‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 18 sur 79 · PARABOLES DE BOIDDIIAGHO^HA · texte numérisé non relu

PARABOLES DE BOIDDIIAGHO^HA

Les deux chapitres qui précèdrnt montrent bien dij;'t le caraclcre généra! de ces paraboles. Ce soot des leçons de morale données par le Boiitldba, et surtout des exemples de pieuse conduite indiqués à tuTiitation des (idoles. Ce sont aussi sons doule des distractions offertes î'i ieui iinaf^ination. Mais ces récits, comme on peut io remarquer^ n'ont aurune grAce; seulement ils sont assez corrects, et, bien que les invraisemblances n'y manquent pas, ils ne sont |>as extravagants comme bien d'autres ^ Les bouddhistes du sud ne se sont pas laissés aller aux rêveries sans limites que se permettent ceux du nord, C*est tout le contraire quon aurait pu attendre.

Voici une autre légende un peu plus gracieuse, où la modestie est enseignée aux femmes; elle est intitulée : « llistoire de la jeune fille « modeste; tj et elle forme le chapitre xvi des Paraholes,

t* Lorsque Para Taken était dans le pays de Vésâli, il récita la loi de t< la modestie [lliri) parmi les vers da Dévadhamma (Loi des dieux, << Loi divine). Il t xpliqua cette loi par rexcmpic d'une jeune villageoise, «qui, par la vertu de la modestie qu'elle possédait, monta jusf[u'an urang de reine; et il rappella aussi comment, dans une existence anlé- «rieure, elle avait donné naissance à un admirable fils, qui devait u devenir un roi TchaLravartin^,

«I Autrefois, quand Para ïaken résidait dans le pavs de Vésâli, il y u avait un roi nommé Litchavi, qui était extrêmement beau. Un jour il '♦ fit à Para Taken et h ses religieux des offrandes dalimeuts; et avec la «reine, son épouse, il entendît prêcher la loi. Les rahaus se faisaient «remarquer les uns aux autres que la femme du roi n*élait pas du tout " belle, quen outre elle était trés-forte et qu'elle avait de grosses mains « u mais quelle paraissait douée de beaucoup de niodrstie. Para Taken. «entendant leurs conversations, leur dit :

ù Chers rahans, ce nest pas seulement maiittenant que la chose est « ainsi; mais il en était tout à fait de même quand le roi Litcliavi était t»lc roi Brahmadatla, et gouvernait le pays de Bénarès; à cette époque «j*étais son ministre. A celte époque aussi, résidait daus un villag** un** c« jeune fille qui n avait pas du tout de beauté, qui avait un corps très- «louid et de très-grosses mains. Cette jeune fille vint à Bénarcs pour y u voir ses parents. I^e roii qui se trouvait par hasard à la fenêtre de son 0 palais au moment ob passait la paysanne, l'aperçut; et il remarqua

* Les légendes de ï(t collccltondu sud sont, en général, plus raisonnables que celles du nord (Voir le Journal des Savants, mars 1866, p. i55 et suiv.) — ' Qui fait tourner la roue de îa loi, cest-àdire très-jiieust

a qu avec une modestie rare elle tenait ses vêtements soigneusement « serrc's pour les empêcher de flotter pendant qu elle marchait ^ Pensant «que, s'il faisait son épouse de cette femme si modeste, elle lui donce nerait un (ils glorieux, il appela un grand de la cour qui était près « de lui , et il lui commanda d aller demander à cette femme si elle était tt mariée. Le roi, apprenant qu'elle n'était pas mariée, l'éleva au rang de 0 reine en la prenant pour femme, et il eut toujours pour elle le plus o profond respect.

« Peu d(î lenips après, la reine remplit toutes les espérances du roi M(»n donnîuit naissance à un fils qui avait tous les signes de la sagesse « et de la gloire. Ce fils atteignit le rang de roi Tchakravartin.

n (]cttc vertu de la modestie est fort rare; elle n'a rien à faire avec «la beauté ou la laideur; une femme peut être aussi belle qu'on veut; « ce n'est rien (Mi comparaison de la modestie.

u Uahans, mes chers enfants, ces deux personnes, qui étaient alors le (•roi et la reine de Bénarès, sont h cette heure le roi Litchavi, et la « rein(\ sa femme; et le grand de la cour, c'est maintenant moi, le Para. » Kin de l'histoire de la jeune fille modeste.

Deux autres |)araholes (chapitres xix et xx) concernent. Tune, le sens du toucher; et l'autre le sens de l'ouïe 2.

« Para Taken, étant au monastère de Djétavana, raconta une histoire « ((ni se raj)porte au sens du toucher, un des cinq sens.

((Quiconque |)Ossède une qualité excellente, a beau être dans la pauu vreté, il nen atteindra pas moins une position élevée. C'est, pour faire u uiu^ coni|)araison, comme un petit morceau de bambou, qui, si on le «couvre de flems, |)(?ut devenir la parure de quelque noble tête.

«Hahans, mes chers enfants, antérieurement vivait à Bénarès une M tnVs - pauvre fille nommée Panlchapàpi, Elle ne possédait pas la «beauté; mais elle était merveilleuse pour la douceur et la délicatesse «de son toucher. Comme sa famille était fort misérable, personne ne «recherchait crtte fille. A cette époque, il y eut une grande fête à Bé- «narès, qui dura toute la nuit. Le roi Paràlaun, qui régnait alors sur «(Ttte ville, était versé dans les dix-huit sciences; étant plein de con- « liance en lui-même, il sortit tout seul de son palais pour voir la fête. (( fia jeune liWo Pantchapâpi s'amusait aussi à la parcourir; et le roi, en

' D'aprrs une note de M. T. Rogers, il paraît que le vêtement des femmes au Rirmaii est fort léger cliic se compose guère que d*une toile roulée autour du corps. Si la lemmo n'y l'ait point assez d'aUcntion, elle risque de montrer ses jambes. — • BiuUlhutjhoshas Varablcs, etc., p. i4a et suiv.

PAHABOLES DE BOL'DDHAGHOSHA. OT

((passant auprès d'elle, lut toucha, par hasard, la main* Il crut sentir ««un contact aussi délicat que celui d'une pièce de coton qui a été netu toyée cent fois et qui trempe dans de rhuile. Le roi, à celte sensation , a ne put se contenir, et il lui dil r « Madame, avez-vous un mari ? — Seiugneur, je ne suis pas encore mariée, répondit la jeune fille. — ^Alors^ udit le roi, venez à la maison de vos parents. n Ils allèrent donc en- <i semble, et le roi dit aux parents de Panlchapàpî : « Je veux f/pouser. >» «Les parents de la jeune Glle» qui la regardaient comme une pièce d*é* X* tolTe qu on ne pourrait jamais vendre, fujpent enchantés de la demande, ff et la donnèrent en mariage à Parâlaun.

<i Après que le mariage fut consommé , Parâlaun se dit r « Les gens qui une connaissent pas Texcessive pureté et la délicatesse de la jeune fille, une manqueront pas de me blâmer.» Ces pensées quil nourrissait ne « laissaient pas de lui inspirer de la honte. Il alla donc en secret ii « un de ses palais; et, y prenant une corbeille en or qu'il avait remplie t*de diverses espèces de friandises^ il en fit présent à la jeune fdle et i*sen jctourna.

n Au point du jour, les serviteurs se mirent à cliercher la corbeille «dor qui manquait, et le roi leur ordonna d'aller en tel lieu, dans telle «maison, et, s ils y découvraient la corbeille, de la rapporter en rame- "liant le propriétaire de la maison. Les messagers du roi, suivant les indications qu'ils avaient reçues, trouvèrent sans peine la corbeille; et «ils la rapportèrent au roi, en ramenant aussi la jeune fille. Le roi, en i< présence de toute sa cour, lui dît : «Femme, m'avez-vous dérobé ma a corbeille d'or Pn Lajeunefille répondit: a Un jeune homme m'a apporté «cette corbeille pleine de friandises à notre maison; il nVen a fait précisent et il s est retiré.» Le roi, qui voulait faire connaître à ses courtiusaos Texcessive délicatesse de toucher que possédait la jeune fdle, em- « ploya un stratagème, et lui dit : u Jeune fdle, si vous voyiez ce jeune «homme» seriez-vous en état de le reconnaître? n La jeune fille lépon- «dit : w Je nai vu le jeune homme que dans la nuit, il me serait impos- «siblc de le reconnaître. »

" Le roi , quand il avait dormi avec la jeune fille, lui avait révélé avec «intention une cicatrice quil avait à la main, et il lui dit : «Jeune fille, «si vous touchiez la main du jeune homme qui vous a apporté la «corbeille, le reconnaitriez-vousP )i La jeune fille répondit : «Quand « le jeune homme est venu dans notre maison, il m'a fait connaître une «cicatrice qu'il portait à la main; si donc je touchais maintenant sa « main , je pourrais sans doute le reconnaître. «

«Quand la jeune fille eut ainsi parlé, le roi, usant d'un artifice royal,

PARABOLES DE BÛUDDHAGHOSHA. 101

SeîHei" aux rois ni même à leurs sujets de choisir leurs femmes sur un

indice aussi trompeur et aussi grossier.

L*histoirc suivante, concernant le sens de l'ouïe» ncst ni plus morale ni plus instructive. C'est un conte comme le précédent, fait sans doute poiir cliarmer leiix à cfui il s'adresse, mais qui, pour nous, n'a que bien peu de goût et de mérite. Il s'agit encore du roi Parâlaun.

«Un jour Para Takeo étant an monastère de Djétavama, prêcha un t» discours sur le seiis de Tome, un des cinq sens.

wRahans, mes fils bien-aimrs, le roi de Bénarès, s*amusant un jour h ^<se promener dans son jardin, entendit la voix d*une femme qu! chanta tait avec une douceur extrême, tout en ramassant du bois pour se uchaulfer. En entendant celte voix, un désir ardent saisit le roi; il eut ((donc commerce sur-le-champ avec celle femme, qui reçut dans son «sein Tendiryon de Paràlaun. Comme l'enlant qu'elle venait de concea voir devait être plus tard infiniment glorieux, la femme le sentît ausu sitôt et s écria : <* 0 Majesté ! j'ai conçu. )» Le roi , détachanl de son doigt i« un anneau qui valait cent mille pièces d or, ie présenta à la femiue en M lui disant : «Si votre enfant est une fille» vendez cet anneau et vivez « toutes deux du prix que vous en tirerez ; si l'enfant est un garçon, rapt" porlez-moi fanneau* » Après avoir ainsi parlé, le roi retourna à son (< palais, entouré de toute sa cour.

(iLa femme qui ramassait du bois pour vivre donna naissance après 41 dix mois à Paralaun. Quand renfanl lut assez }>rnnd, il demanda un l' jour à sa mère de qui il était fils. La mère lui dît : (( Votre père est Fan* «guste roi de Bénarès. n LVnfant lui répondit : uSi cela est, menez-moi " a mon père, n La femme le prit donc avec elle, et, présentant Paralaun K connue il le voulait, en remettant au roi l'anneau en rubis, elle lui tf dit : u Maître, souverain seigneur, cet enfant est le fils honoré de Votre «Majesté. •» Le roi, bien qu'il reconnut la vérité de ce quelle disait, lut wfort honteux devant toute sa cour, qui était assemblée, et il répondit : « Ce n'est pas mon fils. » Alors la mère de Paralaun fil ce vœu pour n affirmer la vérité de ce qu elle venait de dire : « Si ce n est pas là vrar- «menl votre fife, qu'il tombe a terre et qu'il soit tué; mais, si c'est votre ((fils, qu'il reste en l'air et ne tombe pas", n A ces mots, la femme lantu « l'enfant en l'air. Mais Paralaun, qui devait être si glorieux» se sootint en i< l'air sans descendre, comme sa mère l'avait annoncé, et il resta les ((jambes croisées. 'l'out en demeurant dans cette posture, il exposa la loi «à son royal père; et il lui expliqua les dix devoirs des rois, qui sont : *(de faire dts uHrandcs, d'observer les commandements, de donner des M aumônes, de se conduire avec pleine droiture , d'être doux et cléments.

102 JOnnNAL DES SAVANTS. — FEVRIER 1871.

ude ne p.as faire de mal à leurs sujets, de ne pas être altîers avec les «autres, do n opprimer personne, d'être patients et de ne pas résister « aux vœux de leurs peuples.

(c Le roi de Bénarès, en voyant cette merveille, s'écria : «Cest bien là «mon nis; ô mon cher enfant, daignez descendre jusqu'à moi.n Parâ- " laun descendit sur le sein de son père, et il resta dans son palais. Le «roi lui conféra le rang d'héritier, et il donna à sa mère le rang de « reine.

<« CcUii ([ui était alors le roi de Bénarès est actuellement mon père uS()U(hllio(îana, et la reine est ma mère Màyâ K Le petit prince, c'était «moi, l(^ Para.

(«Voilà comment Para Taken raconta cette naissance (Djât, Djà- « taka).

« ijvsi ainsi que la possession d'une voix agréable peut conduire à u uwo hautr situation. » Fin de l'histoire du sens de l'ouïe.

A la suite de ces légendes, qui ne sont faites évidemment que pour r«museuKMit des esprits, il s'en trouve d'autres qui ont pour but de les inslruin» |>lus sérieusement; et, par exemple, en voici une qui est comme une sorte de catéchisme, où dans quelques pages on a condensé les règles principales de la doctrine bouddhique, en ce qui concerne la conduite (h* la vie. Cette légende est intitulée Its cinq commandements (rhnpilre xxui). Il est possible quelle ne soit pas complète telle que nous l'avons; et, d'après la forme brusque par laquelle elle débute, on pourrait Mipposer que c'est un fragment d'un morceau plus étendu et |)lii.s complet.

K H ^ pn^cha connue il suit les conséquences qu'entraînent les cinq '* connnandcmrnts.

«•Si un (idrio n'a |)as auprès de lui de précepteurs ni de prêtres, il •« doit rrpéler avec constance chacun des cinq commandements, en com- •• nifurant |)ar le PAnAtipAta, et en élevant ses mains vers son front de- " vinil u\u' suinte image de Para Taken dans une sainte pagode.

« \. PAnAli|Milii. dette loi est violée du moment qu'on tue un être ••queleonipie, fierait ce un pou, une punaise, une tique.

• Snlr iiinii iiiivrof^o Lfl liomhiha et sa religion, 3* édition, p. ^4, 52, 54 et «iilv II iiMiililo f|iio, (Iniift roUo légende, le Bouddha fait bien bon marché de Miii iuiiikI (In NU 1111*^10. haiiH lo Laliliivistara et en général dans les monuments du iiMiJ, II» l'ulliAuulu «Muelio pliiH d'importance à sa famille. — * // se rapporte évi- (h'iMhuMil lOi hiMiilillnit iniiin crtto manière de s'exprimer D*est pas assez respechi«mM(. i«l I«mIoImiI do lu l(^/;tMido doit manquer. Le Bouddha est toujours nommé H\^vum«)in»loiii|o viMhWMlioii

PARABOLES DE BOUDDHAGMOSHA. 103

a II. Adiimàdàna* Cette loi est violée du moment qu on dérobe la u moindre chose n autrui, serait-ce un brin de coton qu'on ne vous auu î*ait pas donné*

mIIL KâmésouîTiitchtchliâkàra. Cette loi est violée ne serait-ce que <ipar un regard de convoitise jeté sur la femme dun autre.

w IV. MousàvâdH. CtUte loi est violée du moment que, même par plaivsanterie, on fait un mensonge, qui peut toucher en quoi que ce soît ttlnitéréi ou la fortune d*un autre.

«V, Sourâméraya, Cette loi est violée quand on met sur sa langue

*tne serait-ce qu'une goutte de liqueur enivrante assez petite pour tenir «à rextréniité d'une feuille d'herbe, si l'on sait en ellét que c'est une *< liqueur lermentéc*

M H prccha comme il suit sur !e grand crime de Pànâtipàla.

n La femme du roi du Kosala, la reine Mallikâ, en était à traverser u les trois deraeiu*es ^ et elle était alors une jeune fdle, quand elle entra n dans un bazar pour y acheter un morceau de viande, qu'elle désirait 0 servir à un hôte qu'elle avait reçu dans sa maison* Comme elle n'en u trouvait pas, elle tua une chèvre pour donner à son convive la viande <« nécessaire. Pom^ cet acte alTreux, après avoir soulïcrt toutes les lortm^es «dans l'enfer inférieur, elle eut le cou tordu, et elle fut tuée à son « tour.

M Autre exemple. Pouligatta Maliâthéra, un des disciples les plus u saints de Para Taken, souiTrit dans l'enfer pour avoir clé, durant une «de ses existences, un oiseleur; et, jusqu'il ce qu'il fût devenu un Ka- ^< banda, il supporta le supplice cl avoir les os brisés en mille pièces; <* après quoi il obtint le Paranibbàna (le suprême Nirvana).

u Autre exemple* Le risbi Pandouknbra, dans le temps quil était t» charpentier, perça une mouche avec un petit morceau de bois; pour «punition, il soufïrit le supplice d'être empalé» même pendant qu'il arli complissait toutes les bonnes œuvres et tous les devoirs d'un rishi.

* Les trois demeures sou Iceî le» des hommes, des NaU ei des Brahmas. Cette su* perstîlion est purement birmanci et je ne crois pas qu*on la retrouye soas celte forme ni a Ceyian, ni au Népal Les Nnls tonl les génies ou les demi-dieux tels qu'on les adore en Birmanie. (Voir plus haut, page 90.)

«Autre exemple. Dans le temps de Para Taken, ses disciples saints, «ayant été antérieurement des chasseurs, se battirent entre eux, bien «qu'ils eussent atteint Tétat de disciples saints, et ils s*entretuèrent mu- « luelloment les uns les autres. Para Taken, qui n'avait pu empêcher «celte lutte, fut réduit à n'avoir plus qu'un seul disciple.

«Autre excmpl(\ Tous les rois Sâkiya avaient, dans une précédente «existence, pris du poisson dans l'étang Sansarâya, qu'ils avaient empoi- « sonné; en punition, ils furent tués jusqu'au dernier par les guerriers «de Vidadoûpa, sans que Para Taken eût le pouvoir de les sauver.

«Para Taken continua : Rahans, mes chers fds, celui qui détruit la «vie d'un être quelconque reparaît en enfer après être mort dans l'exis- " tence actuelle, et ensuite il revient sous forme d'animal. Même après «avoir été délivré de l'enfer et de la condition d'animal, et après avoir «même atteint la condition d'homme, il ne vivra pas longtemps.»

"Telles furent les paroles de Para Taken au sujet du Pànàtipâta. n

Il n'est pas nécessaire de poursuivre cette analyse. Pour le vol après le meurtre, pour l'adultère, pour le mensonge, pour l'ivresse, Iç Para Taken cite des exemples qui montrent les châtiments dont les coupables .«iont frappés. Outre les tortures de l'enfer, qu'il ne peut éviter, le voleur ne peut même avoir en ce monde aucune richesse qui soit un peu stable entre ses mains. Les adultères sont punis dans l'enfer après leur mort; et, ([uand ils reviennent k la vie, ils sont toujours des femmes esclaves ^ Les menteurs, après de longues épreuves, voient leur bouche et leur haleine devenir fétides à jamais; ou bien ils sont engloutis dans la terre; car, chose assez singulière, le mensonge passe pour le plus grand des crimes contre les cinq commandements; il est plus criminel que le meurtre et le vol. Les ivrognes deviendront fous dans une suite non interrompue d'existences.

Voilà les châtiments de ceux qui enfreignent les cinq commandements. Ceux, au contraire, qui les observent religieusement reçoivent des récompenses proportionnées à leurs mérites; ils vivent plus longtemps, ils sont plus riches, ils sont plus illustres que tous les autres, et ils

* Parmi les adultères qui ont été punis de leur faute, fauteur cite Ananda, dont il fait le frère cadet de Para Taken. Je ne sais si c'est une erreur de la part de l'autour singhalais ou birman; mais Ananda, du moins celui des légendes du nord, était le cousin et non le frère du Bouddha. Quoi qu'il en soit, Ananda doit, en punition de son crime, fournir quatorze existences sous forme de femme, et sept autres existences sous forme d'eunuque.

PARABOLES DE BOUDDHAGHOSHA, 105

jouissent de tous les biens dans le pys des Nats et dans Tile d'Outtarakourou/foules ces promesses sont faites au nom de Para Taken; nnais, en finissant, l'auteur prend la parole en son nom, et il assure à ses lec* leurs que Tobservation des cinq comniandemcnls procure le bonheur et les plus bautes vertus, si Ton suit sincèrement les préceptes de Para Taken. <• Si tous mes compagnons, dit-il, ([uî en adorant le Para, la loi te et rassemblée, désirent les biens que donnent les cinq commande- «menls, les observent toujours avec une régularité rigoureuse, ils arrî- M veront à raccomplissement de leurs vœux les plus chers, et ils gagne- K ronl h paix t'iernelle et le bonheur dans l'assemblée de Para Taken. o Fin du discours sur les cinq commandements»

Le chapiire xxvi est d'un genre absolument dilTéient de tout ce qui précède, el il contient la généalogie de Gotama. Il commence ainsi ; «Voici ce qu'étaient les rois Sàkiya de la famille de Para Taken. Dans «la contrée de Kapila Valhou^ ils élaient quatre-vingt mille , tous de la a race royale; ceux de la race du Kosala et ceux de la race de Dévaudaha étaient tous de la race royale des Sàkiyas. Et voici leur succès- «sion.w li arbre généalogique remonte jusqu'au roi Oiikkàkaradja, et d'âge en âge descend jusqu'à Souddhodana, le père du bienheureux Para Taken. Dans tous ces détails, il n'y a rien qui mérite d'être remarqué.

Enfin, viennent Irois derniers chapitres où le Bouddha ne figure plus, et où c'est l'auteur des Paraboles, qui, se substituant en quelque sorte à lui, raconte en son nom personnel diverses légendes ^ qui sont autant de conseils el de lerons adressés à la pieté des fidèles» 11 termine son ouvrage par cette conclusion généi'ale : t< De même qu*nn dépôt de u boue qui est produit par de feau peut être lavé et nettoyé par de l'eau, ttde même les péchés qui ont été commis par fesprit peuvent être raie chetés pai* l'esprit.»)

C*est sur cette sentence fort sage et fort pratique que nous clorons cette élude du Dhammapada et des Paraboles dites de Bouddhaghosha. Mais, pour ferminer cette étude avec le proht désirable, il est hon de résumer le plus brièvenienl possible ce que nous en avons dit, et de présenter le jugement définitif que nous en portons.

J'avoue cpic je ne puis accorder ni au Dhammapada, ni aux Paraboles fantiquiléqu on leur attribue ; ce sont des monuments fort curieux tels qu'ils sont, le premier surtout; mais leur âge ne parait pas aussi vénérable quon veut le faire; l'un et Tautre, soit par la nature des idées, soit même par le style, ne semblent pas pouvoir remonter au troisième concile, c'est àdire au m* s ècle avant notre ère. Au point où

fi

m sont nos connaissances chronologiques sur i'Inde, il ne faut se prononcer clans ces ((uesiions ([uavec une extrême prudence, quil s'agisse fraillcnr» du hrainnanismc ou du bouddhisme. Le dernier est, engénéral, |)liis précis, (lu moins dans ses affirmations générales; et, grâce au Maliiivansa, on peut croire à la date authentique de la mort du Bouddha r\ h relie des conciles, dans une certaine mesure. On connaît, en outre, HSSV7. bien Tépoque de Bouddhaghosha et Tensembie de ses travaux. Mîii.s il siérait téméraire de vouloir pénétrer dans les détails avec une cerliludr («gale; et, pour les deux ouvrages qui nous occupent en parlirulicr, il faut avoir beaucoup de scrupule et de circonspection. Il est pnnrtani deux points quon est en droit d'affirmer avec quelque assurance, et cpii résultent incontestablement de rcxamen même du Dhamnin|)a(la.

i" Le Dhannnapada na pas exclusivement le caractère bouddhique. Ainsi cpie j(» l'ai déjj\ dit, ce livre convient presque autant aux brahmanes (pianx .s(»etatenrs du Bouddha; et, comme on peut s* en convaincre, il se termine par un éloge aussi long quVxagéré de lascétisme brahmanique. Il MMuble donc (pie le Dhammapada, faisant line part égale tout .ui ninins aux deux sert(\s, répond à une époque où le bouddhisme, .ilticMll dans .sa ferveur prt»mi('^re, cheivhait à se réconcilier avec sesad- V(»r.Haires, loin de les n^ponsser comme au début, et les flattait môme pour nn'(Mi\ l(\s séduire, l'n t(*l relâchement dans les croyances ne vient (|ua>.se»/, tard, et l\^n peut douter (pie le troisième concile et même rr^poqiH» de Bouddhaghosha, sept siècles après, eussent tant de lolé-

ViWWV.

r* Mn stMond lieu, le Nirvana, dans le niiammapada, a un tout autre ^ruN i|ue dans It^s monuments primitifs; et il signifie bien, dans ce livre, le bonheur Muprt^mo par une vie inunortelle, comme le soutient M. Max Muller. Mais ee sens du Nirvana n est pas réellementbouddhique, ainsi ipie j ai essayé de fétablir par de nond)reux arguments; et la doctrine adoucie du Dhannnapada nVst qu'un compix>mis, comme le livre Ini même tout «Mitîer, (iette interprétation du Nirvana est très- |Mis|érienri\ et v\U' répond sans doute A ces temps d'indiflerence où Ton |ieut adnn'rer tout aussi bien le bhikshou que le vanaprastha, et adorer .MiiKlia\an . flndra des rishis , tout aussi dévotement que le Bouddha luimême.

Sans doutt^ il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie de crilM|ur, et, en (HMilestant la date assignée au Dhammapada et aux Para- ImiIci, \l serait fort dilVteile d'en substituer une autre plus plausible; nous il riinvient de ne pas perdre de vue que le Dhammapada est re-

PARABOLES DE BOUDDHAGHOSHA. 107

légué par les Sînghalais eux-mcmes dans le cinquième et dernier Nikâya de la Corbeille des Soùtras. Or il se trouve que le Kouddhaka-Nikâya , complément des quatre autres, est le recueil confus de quinze morceaux disparates, d'une étendue plus ou moins considérable, de sujets et de styles fort différents, et dont pas un peut-être na véritablement l'empreinte canonique^ On conçoit bien que le Dhammapada, grâce au caractère équivoque que nous lui avons reconnu, ait trouvé place dans un recueil de ce genre. Mais ce n est pas une raison suffisante pour que cet ouvrage prenne rang dans la Triple Corbeille, et fasse partie du Canon sacré, tel que le dernier des conciles bouddhiques larrêtait, sous le règne du grand Açoka. Ce n'est peut-être même pas une raison pour qu'on puisse, en pleine sécurité, attribuer ce livre et les Paraboles, qui ne s'y rattachent que très-indirectement , au fameux Bouddhaghosha.

Mais, encore une fois, la critique historique de la collection du sud, aussi bien que de la collection du nord, est trop peu avancée à l'heure qu'il est pour qu'on puisse se prononcer en pleine connaissance de cause, et ce sont simplement des doutes que j'ai voulu soumettre à la science, à la sagacité et au goût de M. Max-Mùller. Il n'y a pas déjuge plus compétent.

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