‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 24 sur 79 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Mémoire sur le vol des insectes et des oiseaux, par M. Marey. Paris, Victor Masson et fils, 1869.

PBBMIBR ARTICLE.

Le mécanisme du vol chez les oiseaux semble , au premier abord , extrêmement simple; Timpulsion procurée par chaque coup d'aile surmonte , outre Tinfluence de la pesanteur, la résistance de lair due à la vitesse acquise. La puissance et le développement des muscles pectoraux révèlent et expliquent l'énergie et Taisance de leur action; loiseau vole en effet sans faire paraître aucune fatigue, et, quand un poëte nous parle de

Ces grands aigles qui font d'un coup d'aile une lieue ,

Tallure majestueuse si bien peinte par ce seul trait saisit et frappe l'imagination, sans que Tesprit remarque pour en être choqué la hardiesse de l'hyperbole.

D aussi vaguas aperçus ne peuvent cependant satisfaire le mécanicien , et la plus parfaite des sciences physico-mathématiques, dans Tanalyse d'un phénomène aussi considérable, doit découvrir toutes les forces mises en jeu et en rechercher la mesure. Une telle étude n'intéresse pas seulement une curiosité stérile; on doit y trouver le point de départ

indispensable de toutes les tentatives, si souvent et si vainement renouvelées pour permettre à Tbonune de se diriger dans les airs.

De désastreuses déceptions ont, jusquici, suivi tous ces essais; sans confirmer les calculs des mécaniciens, elles ont accompli leurs prédictions. La force développée par f oiseau qui vole est, suivant Boreiii, supérieure à dix mille fois le poids de son corps; c'est dix fois plus qu'il ne faudrait pour déchirer et rompre les muscles moteurs, fussentils remplacés par l'acier le plus tenace. Le livre de Borelli date à peu près de Tépoque où Pascal écrivait : « la géométrie seule sait les véritables « règles du raisonnement; » avec beaucoup de science et se piquant de géométrie, il en abandonne cependant la méthode. L'étrange résultat que nous venons d'énoncer ne repose en réalité sur aucun fondement solide. Le saut d'un animal exige un effort d'autant plus grand que le sol est moins résistant. Est-il un point d'appui plus mobile que l'air? La force requise pour voler doit donc être plus considérable que pour sauter sur le sol le plus mou. Borelli la suppose au moins triple. Ce n'est pas tout; l'effort développé doit être, d'après les idées de liescartes, proportionnel à la vitesse imprimée au centre de gravité et par conséquent, comme le démontre alors la théorie de Galilée, à la racine carrée de la hauteur qu'il peut atteindre. Cette loi étant admise, la force sera connue, si, dans un cas déterminé, quel qu'il soit, on parvient à l'évaluer. L'exemple type de saut choisi par Borelli est singulier, c'est celui d'un honmie qui se relève sans que ses pieds quittent la terre; il ne saute pas, mais dépense un travail qui sufiBrait pour félever à une certaine hauteur, évaluée sans preuve précise i un demi-pouce. Lorsque ensuite de ces appréciations arbitraires, le savant italien ose affirmer que, quels que soient les moyens dont l'homme aide sa faiblesse, aucune combinaison ne lui permettra de s'élever dans les airs, une question ainsi jugée restait véritablement entière : l'autorité incontestée d'un livre alors classique contribua cependant à diminuer poiu* un temps le nombre des inventeurs, sans doute aussi celui des déceptions.

Après Borelli, pendant plus d'un siècle, les géomètres délaissèrent la théorie du vol. Coulomb le premier, dans un mémoire inédit présenté à l'Académie des sciences de Paris en i 78a , affirme de nouveau l'impossibilité de faire voler un homme , en évaluant à trente ou quarante mille pieds carrés tout au moins la surface des ailes 4ont il faudrait l'armer. Les raisonnements et les calculs de Coulomb sont inscrits dans un mémoire inédit et rapportés avec détail dans un rapport manuscrit signé par Monge, que les circonstances ne permettent pas de consulter. J'ai souvenir de l'avoir parcouru ; les raisonnements sont simples et

LE VOL DES OISEAUX. TSl

semblent concluants. Le point de départ est la loi supposée de la résistance de l'air proportionnelle au carré de la vitesse. Cette loi s'écarte peu de la vérité et Ton peut, sans grande erreur, quand une surface plane se meut dans lair» regarder la résistance comme égale à une fois et demie le poids dun volume dair ayant cette surface pour base, et pour hauteur la hauteur due à la vitesse dont elle est animée dans le sens normal, cette hauteur étant, comme on sait, proportionnelle au carré de Ja vitesse. Pour qu'un homme du poids de soixante kilogrammes s'élève dans lair, il faut que Telfort développé par les ailes surpasse le poids de son corps, c'est-à-dire, d'après la densité connue de Tair. celui de 45 mètres cubes d'air. Si la surface des ailes est de loo mètres carrés, cela suppose une vitesse due à o^.âo, qui correspond à 2'**,/|0 par seconde, en supposant l'action de faile conlinue et toujours dirigée verlicalemenL Si Ton veut bien remarquer dans quelle énorme proportion une telle hypothèse diminue Feiïort strictement nécessaire, on admettra aisément qu'eu se tenant dans des limites vraisemblables , et sans rien exagérer, Coulomb soit arrivé au chinVe décourageant souvent cité depuis. Hàtonsnous d'ajouter que la grue d'Ansiraiie, dont le poids quelquefois atteint lo kilogrammes, vole cependant avec des ailes dont la surface totale est inférieure à i mètre carré. Navier, dans un rapport inséré parmi les mémoires originaux de rAcadémie, sans suivre précisément les traces de Coulomb, ne présente aucune objection à ses calculs. Il estime, par des raisons très-contestables, qu'tm oiseau, en parcourant i5 mètres pendant une seconde» développe la puissance suffisante pour élever le poids de son corps à 3 90 mètres de hauteur.

Des idées très-séduisantes, presque universellement adoptées et enseignées avec beaucoup de force par des esprits éclairés et étendus, condamnent absolument ce résultat de Navier. Lorscjue Coulomb après Borelli décide que l'homme, par aucun artifice, ne saurait porter et mouvoir d'ailes assez puissantes pour élever son corps, aucune expérience ne vient le contiedire; mais on peut tous les jours voir les oiseaux voler, et il est compromettant de prouver mathémaliquement le contraire; or les physiologistes s*acrordent aujourd'hui avec les physiciens, suivant la brillaqte théorie de Robert Mayer. Pour assimiler lelre vivant à une machine, impuissante aussi bien que toute autre à produire plus de travail qu'elle n'en consomme, empnmtons à trn critique émînent, qui fut en même temps un penseur judicieux et profond, lenoncé exact du principe. On lit dans la seconde leçon de Verdet sur la théorie mécanique de la chaleur :

« Ce ne sont pas seulement nos machines qui empruntent leur puis-

sance motrice au travail des aRiDÎtés chimiques. La puissance motrice des animaux, la nôtre, n'ont pas d'autre origine. La respiration, je veux dire Tensemble des reactions chimiques qui s'opèrent entre l'atmosphère extérieure et l'organisme d'un être animé, n'a pas seulement pour objet l'entretien d'une température constante, la destruction et réiimination des matériaux hors d'usage dont il iàut que le corps se débarrasse, elle est encore la source de la faculté que l'être animé possède de déplacer le centre de gravité d'un corps extérieur ou son • propre centre de gravité en prenant un point d'appui. Quelque com- '«plexe que soit le détail de ces réactions chimiques, leur résultat défi- ^nitif est conlbrnie à la tendance générale des affinités. Cest mie *' production continuelle d'eau et d'acide carbonique aux dépens de Fhy- ^(dix>gène et du carbone qui existent, soit dans le corps, soit dans les '^aliments, à des états naturels de combinaison où leurs affinités pour t l'oxygène sont loin d'être saturées. Le travail des forces chimiques « dans la respiration est donc bien évidemment positif. Lorsque Tanimal M^st on ivpos, ce travail a pour équivalent la quantité de chaleur que ««ranimai dégage incessamment pour compenser la perte de chaleur M duo au rayonnement, au contact de l'air et à l'évaporation. Lorsque ^laninuil ost on mouvement, une portion du travail due aux affinités « rlumi(|uos a pour équivalent le travail effectué par le mouvement. Le «ivsto soulemont se convertit en chaleur, et, par conséquent, à une u mémo somme d'actions chimiques produites dans l'intérieur de Torga- « nismo doit n^pondro un dégagement de chaleur moindre dans Tëtat I» do mouvomont quo dans l'état do repos. •

Suivant la proportion approximativement découverte par Mayer, ohaquo calorie équivaut, si rien n'est perdu, à 4^5 Lilogrammètres, et <*otto Hmilo no saurait otre franchie par aucun artifice. Cette doctrine étant supposée, soumettons-y le résultat de Xavier :

Une hirondollo du poids de quinze grammes peut, sans épuiser ses fondes, oonsorvor pendant plus d'une heure la vitesse de quinze mètres par «ooondo. Lo travail développé est donc, suivant l'assertion de Navior. do o^''.oir> X 3i)o X SGoo, c'est-à-dire s i 360 kilogrammètres. (losont les trois oinquièmos environ de travail que pourraient produire, dans lo momo temps, les efforts d\m homme vigoureux. Sans nous en tenir i\ ce rapprochement , qui pourrait suffire, poussons jusqu'au bout \v oahui : l\'(pu'valont do i 1 u6o kilogrammètres est cinquante calories, oosl-i\ iHro. environ la chaleur produite par la combustion de huit grammes do charbon pur et plus par conséquent que n'en pourrait foiu^nir la substance entière de Toiseau, chair et sang, plumes et os,

consumée jusqu'à incinëration complète et sans perte d'une seule calorie.

Les calculs de Navier nemériteut malheureusenjcïU(me pardonnera* t-on de ne pas dire heureusement P) aucune confiance. Non-seulement il ne clierche nullement, comme la fait depuis M. Marey, à sassurer sur la connaissance distincte de la forme et du mouvement de faile , mais , trop dédaigneux des détails, il refuse même son attention aux dispositions les plus apparentes. Le savant ingénieur réduit» en effet, l'organe raoleur à deux surfaces planes, perpendiculaires, lorsque l'oiseau se meut rapidement, à la direction de son niouvcment. Elles battent l'air alternativemenl dans deux directions opposées, plus rapidement quand Taction est favorable, plus lentement quand elle est contraire; l'eflei obtenu se Irouve ainsi la différence des deux termes, fun et fautre fort considérables,

11 y a toujours plus que de la hardiesse à vouloir deviner la nature; maïs, lorsqu'on la voit en toutes circonstances ménager ses ressources et les dispenser avec tant d'ari, oser, sans examen, lui imputer une imperfection aussi visible, cest une témérité insoutenable, non moins contraire àTesprlt scientifique qu'à févidencc et à la vérité*

Navier calcule enfin , inadvertance singulière chez le savant auteur de tant de belles études sur riijdrodynamiquc, la résistance opposée par Tair au corps de l'oiseau, comme si la forme allongée et le bec placé en avant n'en atténuaient en rien la grandeur.

Le résultat final, on ne saurait en douter, est beaucoup trop élevé; les premières lignes du mémoire de Navier devraient cependant faire prévoir tout le contraire en indiquant, pour prévenir seulement qu'il la négligera, une quantité traction très-considérable et presque é^ale a celle quH conserve,

ti Si Ion pouvait concevoir, dit Navier, Toiseau contenu dans un nii <t lieu très-rare qui ne présentât aucune résistance sensible i ses mout» vements, et que, dans cette situation, il vînt à agiter ses ailes, ce mouttvement ne saurait avoir Heu sans Kii causer une certaine fatigue qui a proviendrait ou de ce que certains frottements intérieurs sont surmoncités ou de la nécessité de détruire et d'imprimer à chaque battement «les mouvements donnés à la masse des ailes* Nous n'aurons point «égard à cette partie de la fatigue de l'oiseau, dont on obtiendrait dilliucilement une appréciation exacte. Nous considérerons simplement la <t quantité d'action qu'il serait nécessaire de produire pour surmonter «la résistance que fair oppose au mouvement des ailes, et effectivea ment» lorsque Ton 'fait abstraction des frottements intérieurs, cette

«quantité serait la seule dont il fût nécessaire de tenir compte, si Ton u voulait disposer un appareil mécanique destiné à imiter le mouvement « du vol des oiseaux. »

Les dernières lignes corrigent très-imparfaitement Terreur grave inscrite dans les premières. Navier distingue ici les éléments qui doivent servir à estimer la fatigue de loiseau de ceux qui mesureraient la fatigue d un ressort intérieur capable de produire le mouvement des ailes. La force vive qui leur est imprimée à chaque battement devrait, suivant lui, figurer dans le premier compte, non dans le second.

La distinction est illusoire, et Ion s'en convaincra par un court raisonnement. Lorsque f oiseau, dans la première période du battement, imprime uue force vive considérable à ses ailes vivement abaissées ou déployées en arrière, il développe, cela nest pas douteux, un travail équivalent dont la production contribue h la fatigue; mais cette période est suivie d'un ralentissement progressif pendant lequel, sans travail ni fatigue de loiseau, lair, par sa résistance, contribue utilement à son mouvement. La force vive acquise se change ainsi en force motrice. Si les ailes, animées de la même vitesse, avaient une masse moindre , elles ne pourraient d'elles-mêmes, et sans nouveau travail de T oiseau , accomplir qu'une moindre partie de leur course; l'oiseau devrait les pousser en dépensant précisément le travail épai^né par la diminution de leur force vive. La remarque précédente n'est pas sans intérêt. Faute de la bien comprendre, les mécaniciens d'une certaine école, habitués, dans toute question, à porter leur attention, d'une façon exclusive, sur l'évaluation du travail et des forces vives développées, rencontreraient un singulier paradoxe.

Le vol des oiseaux , pourraient-ils dire . semble renverser et démentir, par une sorte de miracle continuel, les lois incontestées de la science du mouvement. L'air extérieur, en effet, agit seul sur le corps de l'oiseau; la résistance, quelque part qu'elle s'exerce, sur les ailes ou sur le corps, à quelque période de battement qu'on veuille choisir, produit exclusivement un travail négatif, et, quelle que soit la force vive de l'oiseau, il ne peut recevoir du dehors que des actions qui la diminuent. On le voit cependant, singulier paradoxe, s'élever à une grande hauteur et s'y mouvoir avec rapidité pendant tout le temps et dans le sens qui lui plaît.

Le sophisme est à peine spécieux , et le moindre examen en découvre la faiblesse. La force, quelles que soient les apparences, vient du dedans, non du dehors. Loiseau placé dans le vide et sans aucun point d'appui conserve la faculté d agiter ses aifes et la puissance de

créer ainsi une force vive. Cette agitation sur place nVst, par elle-même, nullement efficace pour mouvoir le centre de gravité; mais transformée et réglée» quoique amoindrie, par la résistance de Pair, cest elle qui lui permet de s élever et de se diriger en tous sens. Un appareil mécanique servant 6 imiter le vol serait soumis aux mêmes nécessités, et le travail dépense pour imprimer aux ailes leur force vive serait seul indispensable. Dans ce travail» il est vrai» on doit distinguer deux parlies : l'une qui pourrait, même dans le vide, imprimer aux ailes leur vitesse première, lautre qui surmonte la résistance de lair constarîiment opposée à cette force vive. Toutes deux concourent à faire naître la fatigue du moteur animal ou lï épuiser lénergie du ressort qui le remplace.

Navier, en s appuyant sur des principes mécaniques incontestables, ne prend aucun souci de la forme des organes. Comme il s'agit d*approximaiion, une rigueur absolue nest pas requise « et, faute de la chercher, il se place complètement en dehors de la vérité.

Croyant pouvoir étendre les méthodes et les résultats à l'étude de la natation des poissons dans Veau, il paraît, écrit-il, que les poissons se meuvent moins vite dans feau que les oiseaux dans Faîr. Cette forme dubitative sur une vérité aussi évidente montre assez bien le peu de souci de l'auteur pour les chiffres exacts et précis. Il accepte les données de toutes mains ou les choisit arbitrairement sans y attacher d'importance. Il a cru mettre une formule exacte à la disposition des curieux : c'était tout son dessein et son but.

Un ingénieiu^, presque contemporain de Navier» doïit le nom est resté attaché à de savants et utiles travaux, M. Vallée, avait poursuivi avec une rare persévérance Tétudc géométrique et optique de la théorie de rœiL Pas plus que Navier, Vallée ne veut devenir expérimentateur; mais, en appliquant tous deux leur science à l'étude des phénomènes de la vie, une ditTéren ce profonde séparait leurs méthodes. Admirateur passionné des merveilles de l'organisme animal. Vallée ne pouvait rien supposer que de parlait; foeil est parlait, tel est en effet son axiome et le fondement de ses recherches. La forme des surfaces, la puissance réfringente des milieux, les mouvemenis et les déformations possibles, sous finfluence de la volonté, doivent étendre autant quil se peut les limites de la vision, sans en altérep^*cxcellence.

Ces conditions supposées sont pour lui, dans les vues d'ensemble aussi bien que dans l'appréciation minutieuse des détails» un guide sur et fidèle, qui doit le conduire droit au but. Vallée en accepte les plus lointaines conséquences: si des mesures précises viennent le contredire .

ccst quon a opéré, il ne veut pas en douter, sur un œil malade ou difforme. Les progrès de l'optique n ont pas justifié ses assertions trop absolues et trop hardies, mais, en présumant un peu trop de ses forces, fexcellent et habile chercheur a construit une théorie ingénieuse, utile sur plus d'un point, et qui ne saurait, sur aucun autre, nuire au pn^rès général de la science.

Il ne faut pas se demander seulement quels sont la forme et le mouvement des ailes d'un oiseau, mais quels sont les formes quelles peuvent affecter et les mouvements divers qu elles peuvent prendre.

£st-il contraire à la nature des choses que ces mouvements puissent s accomplir sans rien présenter à aucun instant qui ne tourne à l'avantage du but qu'il faut atteindre? Telle est la première question à résoudre, si l'on ne préfère, ce qui vaut mieux encore, tout demander à l'observation, ainsi que l'a fait M. Marey. La question de possibilité mathématique, dans le cas de la natation des animaux aquatiques, s'était présentée h un excellent et lucide esprit, Léon Foucault, qui, dans l'improvisation rapide d'un feuilleton de journal , y a trouvé la matière d'une excellente page.

Après avoir décrit l'hélice nouvellement employée alors à l'arrière des navires et montré que, l'axe tournant toujours dans le même sens, elle exerce une force de propulsion incessamment efficace, Foucault ajoute : ((Néanmoins, malgré tous ces avantages, ne serait-on pas en droit de (( se demander pourquoi, parmi tant d'animaux grands et petits qui vivent (( dans l'eau, on n'en connaît pas un qui se meuve à l'aide d'une hélice, « pas plus qu'on n'en voyait se servir de roues à aubes , et de faire valoir «pour ainsi dire le dédain de la nature pour l'un et l'autre système: ((eh bien, au risque de sembler bien hardi, nous répondrons que, si la «nature n'a pas eu recours aux belles propriétés de l'hélice, c'est tout « simplement parce qu'elle ne le peut pas, et que, d'ailleurs, elle s'en est

« approchée le plus possible dans la plupart de ses œuvres

« On va bien comprendre l'impossibilité où se trouve la nature de pro- « duire chez des êtres vivants certains mouvements que nous exécutons « facilement à l'aide du mécanisme le plus simple. Dans nos machines «construites de main d'homme, on compte ordinairement un grand « nombre de pièces entièrement distinctes les unes des autres qui ne « font que se toucher par quelque point; chez un animal, au contraire, V toutes les parties adhèrent ensemble, il y a connexité de tissus entre « deux points quelconques donnés de son corps. Ainsi l'exigeait la fonc- (( lion de nutrition qui s'opère continuellement, fonction à laquelle est « assujetti tout être vivant pendant toute la durée de son existence. On

LE VOL DES OiSKAUX. 137

«conçoit d'ailleurs rimpossibilité absolue quil y a d^obtenir un raouve- «ment de rotation continu d*une pièce sur une autre en conservant la «continuité enlre ces deux pièces,

« Ellbrçons-nous , avec ces reslrictions , de construire un animal qui u voyage par le moyen d'une litMice; deux partis se présentent parmi «lesquels il faut choisit: ou Tanimal sera pourvu d'un membre hé)i* «çoïde, ou bien son corps tout entier revctîra celte forme* Dans le pre- «mier cas, le membre aura besoin d exécuter un mouvement de rotation «continu sur les articulations, ce qui vient d*être démontré impossible; «dans la seconde hypotlièse, lanîmal devrait se mouvoir en tournant »itout d'une pièce, ce qui est également absurde.

(tll y a, ajoute Léon Foucault, dans ces considérations, de quoi caU « mer tous les scrupules; k l'impossible nul n'est tenu, pas même la «nature, et vouloir chercher dans ses œuvres le mouvement de rota- « lion continu nous semblerait aussi déraisonnable que de lui demander «de faire un animal incombuslible.

«Quant h Tanalogie qui exisle entre le mode d'action des surfaces «héliçoïdes et celui de beaucoup d'animaux nageurs, de l'anguille, par «exemple, elle nous semble presque palpable. Dans les deux cas, c'est «une succession de petits plans qui viennent frapper le liquide ambiant; <<là oii passe la tête de fanguille passera aussi le reste de son corps; M fendroil où s'est engagée rextréniité du pas d'tme héUce devra livrer «passage au reste du même pas. Quand on veut examiner à loisir lu «nature des mouvements de languille, il faut la prendre presque mou* «rante; alors on voit les choses se passer lentement, on voit par «exemple la tête s'incliner fortement, puis revenir en décrivant une «anse et celle-ci se propage comme une onde jusqu'à l'extrémilé de la «queue; on dirait de ces lignes llexueuses se poursuivant l'une fautrc « que le vent dessine sur une bannière flottante, »»

Les lignes suivantes peuvent éveiller lulce d'un beau travail, on nous saura gré de prolonger la citation :

«Ce n'est [)as la cenlième partie de ce qu'on pourrait dire sur ce fr brillant sujet: oui il y aurait un beau livre à faire sur fexamen des «dillérents modes de progression quon observe chez les animaux, non- M seulement sur la marche ordinaire des mammiftres, mais aussi le vol «puissant et rapide des oiseaux; sur le vol bien [>Ius singulier des in- «seetes pourvus d'ailes tout A fait planes, et qui savent garder en l'air, « vis-â VIS d'une fleur, d'un objet qui les intéresse, une fixité étonnante. «Que de choses il y aurait i raconter sur les fliçons tellement différentes 't dont rampe le serpent . qui déploie une agilité si grande; le ver de terre,

KiS JOIRNAL DES SAVANTS — MARS 1871.

1. qui tiraille et conincte tout son corps élastique; le limaçon, qui glisse < comme par enchantement et d'une manière incomprise, et les rames . lie ces insectes nageurs plongeant clans l'eau sans se mouiller, empôrlar.t 5iir leur corps velouté une rouclie d*air miroitante , admirable vcinture de s^uiTeta^r. et 1j hideuse démarche de la chenille Tarpentcuse. cette \,\ï\c Je phalène, qui. n'étant pouvue de pattes qu'à ses i-\Mrnùtc,<. l'ait sailh'r tout à coup une horrihie bosse, rapproche de sa lit.* les derniers anneaux, puis setend pour recommencer encore, et les poul^>es. I« S4K-lîes, les calmars, qui, pour changer de place, pro- . litcnt du mouvement de recul qu'ils font naître en rejetant avec force l'eau qu'ils aspirent à dessein. Parmi tant de procédés divers que la natun^ emploie, beaucoup gisent encore totalement inconntis et qui >. l'ounuraieut matière à des observations nombreuses et h un livre intéressant. « \Joanuil des Dthats. a a octobre i8à5.) l.a voie esi|uis$ee par Léon Foucault pour abonler le problème est .is>uivu)ent tnVphilosi^phique; il semble plus sûr cependant d'étudier t\nit d abord les faits sans chercher à les prévoir pour en déduire ensuite Ic^ conseqtionces. Quoique les beaux tniN'aux de M. ^larey nous fourlussent aujounl'hui une prtie des documents qui, il y a quarante ans, lais^ient défaut à Navier. trop d incertitudes subsistent encore pour qu\ni puisse pn^poser une Si^lution exacte. Sans admettre, avec Buifon , que rois<\Hu connaît peut-être mieux que l'homme tous les degrés de ivsistance de lair, il faut avouer notre ignorance de la loi précise qui la rèijle; vWr dépend de la forme des surlaces, et le corps dun oiseau ditVèrc Miiiiulit^rement des disques ronds ou carrés et des sphères concaves ou convexes dont on s'est ser\n pour 1 étudier. Les ailes n'ont pas, lie plus, connue le veut Navier. un simple mouvement de va et vient, ri il unpt>rterait tie faire intervenir, outre la forme de la partie active, I ( liM |Mt*cise et la rapidité de leurs natations. Plusd*un problème diflicilo He|vuv encoiv M, Marev du succès de son grand dessein. F^a tâche s*é- ! Mj;il et NiMend dexant lui. s us dépasser, nous en sommes certain, ni L\cti\ite ui\euli\e de simi esprit, ni son aixieurau travail.

i a couuMiaiHou île la chaleur produite et du travail dépensé est un

..,Mni «MiMlaldu piiddi^me; i»herchons à les évaluer approximativement.

; A dv*pi\*poiSion accusée par les recherches de Navier s'opposerait, s'il

j t i Miuvv\wU* den changer le sens, à une théorie qui, sans avoir subi

v^»èl Mms\ *îi audit depuis vingt ans triomphante et admirée. •

ç>v^MV^ ih»mV exen^ple un pigeon du poids de i5 graumies, accom-

..uLfr^ >^^s^ heuiv^ "» '«^y*'* *'* "^^^^ '"'"^'' "^'^^ ""^ vitesse constante,

%***Wt • w^re* ouvitvn |var seconde. D'après les expériences les

plus exactes, la résistance dans de telles conditions est, nous lavons dit déjà, propoilionnelle au carré de la vitesse et mesurée par une fois et demie environ le poids dune colonne d'air ayant celte surface pour base, et pour hauteur la hauteur dae à la vitesse normale.

La hauteur due à une vitesse de 2q mètres par seconde est a 5 mètres environ. Si donc nous nommons A la surface plane de grandeur inconnue qui, mue dans Tair avec la même vitesse que le pigeon et maintenue perpendiculaire au mouvement, éprouverait la même résistance que le corps entier de foiseau , cette résistance sera égale au poids d'une colonne dair ayant A pour base et pour hauteur aS X ï,5, c'est-à-dire 37'",5o, le mètre cube d'air pesant iSSg. Cela revient à dire qu'en prenant pour unité de surface le mètre carré, la résistance est représentée par

Cette force retydatrice agit sur un parcours de 4oo,ooo mètres et produit un travail égal à .

19600000 A kilogrammèlres ,

qui doit être vaincu; ce travail, à raison d'une calorie par linS kilogrammèlres, équivaut à

àligiS A calories,

qui elles-mêmes, à raison d'un gramme de charbon brûlé pour 6 ca> lories, représentent la combustion de

7689 A grammes de charbon.

On en conclut qu a chaque gramme de charbon brûlé dans la production de la chaleur équivalente à l'elTet cherché, correspond, dans la surface inconnue A, ^ de mètre carré, c'est-à-dire i35 miUimètres carrés, soit 1 ,33 centimètres carrés. Ajoutons enfin que, dans les calculs précédents, la force nécessaire pour vaincre la pesanteur de l'oiseau n'a pas été prise en considération; le travail de cette force est nul, il est vrai, si Toiseau reste rigoureusement horizontal, mais elle est de beaucoup la portion la plus considérable de l'eflort qui doit être fait à chaque instant. Peut-elle être produite sans aucune dépense? On n'a jamais, je

crois, par des expériences exactes et dignes de foi, pris la précaution de peser un pigeon voyageur au départ et à l'arrivée, en tenant compte, ce qui est fort difficile, de la nourriture qu*ii a pu prendre en route. Noos restons donc en présence de deux chi£Bres inconnus, mais dont la détermination semble relativement simple. Quelle est la surface plane à laquelle, pour une même vitesse, Tair opposé normalement présentera la nicme résistance qu au pigeon ? Quel est le nombre de grammes de ccirbone représentant la combustion accomplie par la respiration de f oiseau pendant le voyage?

En nous tenant dans les bornes delà plus grande circonspection et sans hasarder ici aucune hypothèse précise, nous pouvons admettre que la puissance calorifique due à la respiration du pigeon représente la corn* imstion dun très-petit nombre de grammes de carbone, et A,- par conséquent, pour le succès de la vérification , doit être égal à un petit nombre de centimètres carrés. La section maxima du corps d un pigeon perpendiculairement à la longueur, représente, suivant Navier, 5o centimètres carrés environ, et la surface des ailes déployées est évs|luée à ySo centimètres carrés. Le pigeon, cela n est pas douteux, présente une surface de résistance considérablement amoindrie; son bec fend fair qui glisse ensuite sur le col et sur le ventre rencontrés très-obliquement. Les ailes enfin, pendant la période où la résistance de Tair produit une composante nuisible, se réduisent à une tranche peu épaisse ou une surface très-oblique; il y a donc dYnormes réductions à faire, et Navier, en les fixant arbitrairement à la moitié ou aux trois quarts du maximum possible, est resté sans aucun doute bien au-dessous de la réalité. Pour obtenir des chiffres acceptables il faudrait réduire A au-dessus de la centième partie de la valeur quil prendrait, si le pigeon, au lieu d amoindrir la résistance de Tair par la position de ses ailes, avait intérêt à raccroître le plus possible. Une telle réduction est-elle admissible? L'expérience seule pourra prononcer.

Sans trancher aujourd'hui une aussi grave question ni rien détoruïinor avec précision, nous en avons peut-être facilité la prochaine solution. Les explications qui précèdent montrent au moins où Texpériniro <loit tendre et quelles mesures elle doit fournir. Si les calculs, MM'iipulfUsenicnt vérifiés, laissaient pencher la balance dans le même Mm» i|ur Itvs rhiffros acceptés par Navier, que resterait-il è conclure, sinon tiMo la chaleur de la respiration n est pas la source unique de la Uwvi^ di»»» nuisclos? L'élude chimique de la digestion et de toutes les lonrtltMi?» ilr Torgonisme pourrait cependant rectifier les éléments \\\\\\s' \^\\\u\um\\M)U aussi importante. La question est de haute portée»

Ul

ce n*èst pas ici le lieu d'en discourir; mais^ supposé le résultat dont févidence éclate pour d'excellents esprits, fe problème par là sera- 1- il résolu? Cette transformation des forces, dont avec grande raison on vante la découverte, n'explique en rien le mécanisme du vol . et ne peut y prétendre. Ne doit-on pas, en outre, tout en laissant une large pari à ce qui doit rester éternellement incompréhensible, demander par quelles voies mystérieuses la chaleur produite se transforme en travail? El. quand on dit: un animal est une machine thermique, ne peut-on, sur ce point, désirer plus de kimières et demander, sans foHe curiosité, quels sont les organes invisibles de cette machine? Quel est le principe physique des transformations qui s'y accomplissent? Par quel artifice et dans quels réservoirs 1 énergie accumulée reste- t-elle sans cesse disponible? Chaque fois qnW admirateur trop enthousiaste me semble excéder la portée d'une belle el profonde découverte en répétant avec complaisance I et comme s*il donnait la solution définitive d'un problème, Un animal est une machine ihermiqtie, il me rappelle un ancien souvenir, que Ton me pardonnera de noter en passant :

Je recevais un jour devant un haut fourneau les savantes explications d'un très- habile ingénieur. Il me disait comment Toxygène de l'air, en traversant de grandes masses de charbon incandescent, devient oxyde de carbone que l'action du minerai brûle à son tour pour en faire de Tacide carbonique, immédiatement réduit lui-même par le charbon en excès; il me faisait comprendre comment l'opération serait impossible, si le carbone ne pouvait former, avec l'oxygène, deux combinaisons distinctes et toutes deux gazeuses* Les explications étaient larges el précises, et chaque détail s*y encadrait pour confirmer les principes. Un négociant du village voisin écoulait cependant sans comprendre ce langage étrange et inconnu : serait-il possible, me demanda-t-il en sortant, de traduire les explications de fingénieur sans y mêler ces mots d oxygène et d'acide carbonique qui embrouillent tout?

Rien de plus simple, lui dis-je : le haut fourneau ressemble à une vache; le minerai et le charbon forment sa nourriture; elle respire l'air qu'on lance par la tuyère; la fonte est son lait, et on la trait chaque soir en faisant la coulée. L'explication fut jugée lumineuse et profonde. Mon homme, depuis ce temps, croit savoir la théorie du haut fourneau et l'explique volonliersA d'autres*

J. BERTRAND

( La suite à an prochain cahier. )

Ii2 JorUNAL DES SAVANTS. — MAUS 1871.

The massacre of Saint- Bartholomew , preceded hy a history of the religions uars in the reign of Charles IA\ hy Henry Whîte. London, i8G8, in-8^

PREMIER ARTICLE

On peut dire de riiistoirc des guerres religieuses au xvi* siècle quelle l'st rtHnioil de i'iinparliulité; car les croyances et les opinions théolo- <;iques do rôrrivaiii exercent sur la manière dont il juge les hommes et les choses de cette époque une influence capitale, et les couleurs mornes sous lesquelles il nous dépeint les événements réfléchissent, A .HOU insu, les doctrines ou la foi dont il est pénétré. La différence des points de vue rend à peu près impossible la conciliation des appréciations. Toutefois riustoricn peut, dans son récit, mettre plus ou moins de |Kis.Nion, céder plus ou moins aux entraînements du parti pris. L'habitude de la critique et lapaiscment des inimitiés religieuses donnent i\ espérer un progrès dans ce sens. Il faut bien l'avouer, catholiques et prol«'stnnts no se sont guère, par le passé, montrés plus modérés les uns t|ue les autres; et c*est seulement depuis peu que, dans les deux riinips. (pielques bons esprits ont cherché à démêler la vérité sans préoc* rupation de justifier tous les actes de leurs coreligionnaires ou du moins il'en atténuer les excès. La Saint-Barthélémy a été le principal chef d'accus^ttion des protestants contre leurs adversaires orthodoxes. Ils ont ie plu» onlinairement repivsenté cette néfaste journée comme le produit 1 uue infernale préincditation et la preuve manifeste des trames scélét^K» di^ la papauté et de la cour des Valois.

IV"^ «niteurs fraudais et allemands, dont Tindcpendance en matière -^ijtww*" W saurait être suspectée , ont , depuis quelques années, revisé

cv a^ilt'iwt' dictée par Tesprit de secte et tenu compte de lexagération.

w:.^«?ieiW> loulefois, demeurait attachée aux vieux préjugés de la

^ • «^ :4xr i'< P^^»it ctnnmo sur bien d'autres, et nulle part on ne ren-

siIli» de iWolawintions et de récriminations violentes sur la com-

'^^^ ^Kvchtv au chef de TÉglise dans le massacre des huguenots

^^^"^ \ ^ C^wrW* l\. Le livre de M. Henry White est un heureux

^ ^^^^ . ^^. Jo* dUpositions plus impartiales se manifestent en cette

^ to* ^oisiiw d'oulre-Manche. Dans un livre consacré tout

• 4*r k Saial-lîartbélemy, cet écrivain essaye d'assigner

à la catastrophe son véritable caractère; il en recherclre le point de départ; il en suit ce quon pourrait appeler la genèse; il en marque les conséquences immédiates. Pour atteindre ce but, il a consulta nonseulement tous les ouvrages impnmés qui datent du temps» mais encore une foule de documents inédits ou peu connus, propres à éclairer son sujet. Son travail est une œuvre sérieuse, exécutée avec conscience et tout à fait digne de notre attention. Ce n'est pas un récit long et circonstancié ou viennent prendre place une multitude de détails recueillis i^k et là; ce nest pas davantage une discussion mii^utieuse de ce qui a été dit pour ou contre les fauleurs du massacre et leurs complices ; c'est un exposé rapide, sans cesser d*etre solide, de tout ce qu'il y a eu d essentiel dans ce déplorable événement. M. Henry White, qui avait à sa disposition un grand nombre de témoignages, ne choisît que les plus décisifs; il ne i*apporle que les faits qui sont de nature à clairement caractériser la journée du ih août i S-a. Il lient à nous faire comprendre quel enchaînement de circonstances amena Catherine de Médicis et son nis à recourir à un si épouvantable moyen. Voilà pourquoi il ne se borne pas à apporter les antécédents les plus voisins du massacre, pourquoi il remonte jusqu à l'origine du calvinisme et aux premières persécutions dirigées contre cette secte; en sorte que le livre de Técrivain anglais est une véritable histoire, composée à grands traits, du protestantisme français jusqu'à la journée qui en frappa les plus illustres défenseurs et en arrêta les progrès. Fidèle à la même mélhnde, M. H. White ne prend dans la succession des événements qui devaient aboutir a la Saint-Barthélémy que ceux qui peuvent éclairer celte lugubre journée. Quelques épisodes habilement choisis lui servent ?» peindre la physionomie du calvinisme et le rôle qu il joua en France; ils suflisent à nou^ donner une juste idée de la Reforme telle quelle débuta dans notre patne. En lisant cet ouvrage, on retrouve plus d un reflet de la manière d*un des plus grands historiens de l'Angleterre, Macaulay. qui, lui aussi, dans son histoire, fait un choix entre les témoignages, les groupe avec art. les enchaîne avec logique» et sait répandre sur tout son récit un attrait qui nous fait goûter davantage la solidité et ia finesse des appré^ dations. Le livre de M. H. White nous a parfois offert le même charme et, si la pensée n*y révèle pas autant de profondeur, elle sait du moins y revêtir un air de bonne foi et d'impaitialilé qui lui concilie la sympathie du lecteur.

Ce que je viens de dire du plan adopte par M. H. White explique paurquoi son livre débute par le règne de François ï*'. Le protestantisme était alors à sa naissance. Le retentissement qu'il avait en Aile-

rationnel qu'ils abonlaient des questions que rÉylisc nvaît jusqu'alors traitées en prenant pour guiJe la tradition. De là, la divergence qui se manifesta tout d'abord dons les opinions des principaux apôtres du protestantisme, les uns» plus réserves, n'osant encore briser complètement avec le passé, les autres apportant dans la reforme des théories plus radicales. Du nombre de ceux-ci était Calvin, fidèle en cela au génie français, dont les lendances logiques et absolues s accommodent mal des compromis.

Le radicalisme calviniste ne contribua pas peu à provoquer en France contre les protestants des persécutions auxquelles ils durent leurs premiers martyrs. M. H. White rappelle et retrace la mort de plusieurs d'entre eux, moins peut-être pour nous inspirer l'hoiTeur de l'intolérance du temps que pour nous donner la mesure de Tenthousiasme qu inspirait à certaines âmes la foi nouvelle et de rénergique résistance que dès le début les buguenots opposèrent à la répression catholique.

Je ne m'étendrai pas sur ces faits dont la plupart étaient connue, mais que l'auteur anglais n'en a pas moins dû rappeler, parce qu'une place leur appartenait nécessairement dans son récit; je ne veux nVarréler que sur Tune des pages les plus sanglantes de ce martyrologe que Ton s'est attaché à compléter depuis quelques armées pour l'édification protestante, celle qui a trait au sac de Cabrières et de iVIérindoL

La raison en e.'^tque M.tLWliite, tout en appréciant avec assez de justesse le caractère de ce massacre et du procès auquel il donna lieu, na pas cependant examiné d'assez près les documents originaux pour se représenter les faits exactement tels qu'ils se passèrent, et reconnailre à qui revient la responsabilité d'une exécution aussi inbumaine* L'auteur anglais est ibndé ^ rattacher aux persécutions dirigées contre le proteslanlisme naissant les mesures cniclles prises contre les Vau dois de la Provcmce. Quoique la secte des Pauvres de Lyon datât de la fin du xn* siècle, et que les idées religieuses prcchées par Pierre Vaido difîérassenl, à bien des égards, de celles des réformateurs, il est constant que là où ces idées se transmeLlaient encore en dépit des condamnations de rÉgUïC, le terrain était tout préparé pour recevoir la nouvelle semence^ Les prédicants sortis de Genève n'avaient pas long

' On trouve dans l'hisloire universelle de J. de Tbou une notice sur les Vaudois, où l'on rottache l'origine de leur secte à celle des Albigeoi» el des Picard»; ceUe notice »u|ipose enlre les divers sectaires du .\ii* siècle une afîilîftlion directe, qui n'a pas exislé* Voyez i*ouvrftge de M. Schniidt înlilulé: Histoire el docirine de la stciç des Catkarts ou AWitjeois {Paris 1869) l* I. p. 358, t H, p. aSfS.

n^NAL P: s >\VANT> — MARS 1871.

hr-: :!; A û::v iv.i-; ù le;- tr^-^uver ces secljîr»»5. et ils rencontrèrent chez

■.•.\ iri t.iYora..e acj :•::[. Les Naiidois. qui ttaient généralement des

^;:?> ? lup •* c: j»r'i pauvres, ei qui. selon toute apparence, n'avaient

:î>qi:ai -^^ ;*.h:: pj>:-iirs que qi:clqiîes-uns de c^s hommes peu lettrés

.\\\ J.;:> ji^.riM'oij. isappt'!a'0!r. f.irft's. fuent aisément entraînés par

i ;M'vi " p.'.î> eL\iuonte lî p!u> ii>ct-* i!e> di-ciples de Calvin. En sorte

M'.^ \-: ri,'ti's:.ui:isme ;at'ni^!^î'. \Hyi\v ainsi dire des croyances qui avec

• : !:'[»> av.r.eu: Jei.i pu satlail^iir ou s'ait rer. Que le protestanlismc

-.* ^vvî izre.Ve a*n^i .mi Provence sur la vieille secte vaudoise. c'est ce qui

:essv*î: ii'i:u curieux passa^:* du plaidoyer de l'avocat du roi Jacques

\',:!v\\ . lîan^ \c pi\n\s de i'ariaiie de Mt-rindol et de Cabrières, qui fut

lijie au parleuuMiî de Paris. Je le transcris ici. non d'après la repro-

hh't-on qui eu \\\\ ilounee. en ih j>. dans un ouvrage cité plus loin.

mais tel que je le ti\uî\e d.ns le reiristre manuscrit. Le lecteur me

N.îiiia cie de lapprler ce curieux spicimen de l'éloquence judiciaire du

w • ^ièi*!e.

1 ^ pa\> 1 1 eouiie de Provence d^vlans lequel sont advenus les mauix

, î nu\Mi\v uients dont i\ nous faut parler, est le plus esloigné du siëge

îv neipal Je la eouioune de Franco, que j'entends estre en ceste ville,

.:v\ '^oît en toiàle l'empire des (îaules; car il commance pour le plus

'Mvs J ie\ à 1 extrémité du Dauphuie. costoyanl d'un costé le fleuve du

lu»^:! * , d autre le> montagnes des Alpes rt se va afronler àla mer Médi-

•.• anee. ilepuis A^gucs-^!ortes jusques au lleuve du Var, qui sépare la

i» { •!/ de rilalve pr- s de Nice. Cest esloignement du grand siège et de la

. ^ i.qUi nte habitation du Roy a esté en partye cause, comuiC il est

,.v a "^ .', dn ilesordre tant de la part des grands que de la part du po-

*; .( IV ear les pai^.'^anls qui ont le gouvernement et les magi.strats en

V.S'- .M"* l.eoueieux et entreprenans se sentans sy loing du grand cor-

w -.vî que le pouve oprimé na faculté ne moien d'en aporter la

,«,.• - ' rx.vie'^iex. ou.s'illa porte, eeluveslunc seconde oppression de

,1 .\ ai> ^c >\ long chemin. Ce que bien entendit Alexandre le

> ..xi ,v-tt t-^* ivoiie Plutarque, quand luv estant en Babilone vindrent

" x-a.> N^t«' î^ K-onlre Antipate, qui estoil demouré gouverneur en

V V • 10 ;!«««'" t pense tu ^ditAlexandreàCalistènes^ qui, vouloit

\t fv.o v:tH* i'«** gens-cy soient venus de si loing pour calom-

i^N* AM n>u*»i ^*^* "^'** P^^ Calli.slhène, main Cas<.indrc au-

*^ > •••* '-^^ ^^ »\«|\^U* cl qui l"i répondit comme il est dit au siijtU de

*' *"'*^** ^ ^^^11.1^1 \i*v, IMulanpio, Vie <i\U\randrc , c. ixxiv.) Ce

MASSACHE DE LA SAINT-DARTHÉLEMY, Hhl

«nier, s'ilz Dont souffert quelque grande injure. Mais, respoiidit Calis- " tènes , plus aisément peuvent-ilz calomnier parcequ i! n'y a point icy de et lesmoiiis pour les conUedire; ce sont, dit Alexandre, des sophismes de « Aristote que je (eray repentir et vous avec , si je says qu il y ail eu homme « opprimé en mon absence, parcequ il se donbloitquc luy estant rsloigné « de son pays, Aniipalc et Aristote usurpassent indeoe auclorit/*, saehatit ce «que peuvent faire les gouverneurs eu l'absence d'ung roy, De cest e^.- " loignement aassy procedde qoe quelque peine que misl le feu Roy à vé- (f former les estais et la justice du pays de Provence» l'an i536, ceste « réformalion n a peu teniï' et est en grande partie dissolue , comme nous H dirons en son lieu.

H D autre part le populaire de Provence est laborieux en aigriculturc, upeu aizé et grand nournssier de bestial, lidèle au Roy, comme ils «inonstrèrent au temps de la nécessité, quand l'Empereur y entra, mais «grossier d'esprit et de nulle érudition, conséquemnjent facilleà tour u ner et faire croire ce que Ton leur dit : hominum nntnqae atiiel hii maxime tf<)m ab omni sapieniia attjue ûnidiiione alieni sanl, omnilnis iltis qnœ uiiqaa u dicuntar persuasi fdem adhibere consaevemni, dict Palephatus, m libiv dv Il non credendis fabalis. »

uCc pouve peuple mal garny de bons prcscheurs (et comme nous u voïons par le procès), les pasteurs trop endormis, a esté assailly de deux n manières de loups, les ungs vieux, les autres nouveaux; les vieux sont u les Vaudoys, qui commencèrent du temps de Loys le jeune, pcre du «Roy Philippe-Auguste, environ fan ii8o, d'ung bourgeois de Lyon u nommé Vaido, duquel ilz sont nommez Vatdenses, lequel ayant donné u tous ses biens aux pouves, se appclla pouve volontaire cl ses disciples ytPaaperes de Lu^dano, prist les livres des Saintes Escritures en françois »« et langue vulgaire, les interpréta i son sens et par là tomba en infinie <» erreurs. Par quov fut excommunié et chassé et ses disciples dispersez « par plusieurs lieux où encores aujonrdbuy ilz retiennent Terreur de «t leur maistre.

i\ Ce dit Robert Gaguin , et dit Ton qu'il y en a quelque vieille escholc uen un creux des montagnes de Suvoye que l'on nomme le Val de Lu- H zeroe^Leurerreur s addresse principalement contre les gens d'hglise, ce * u dit Gaguin; tuais aussy n'ont ils pas la foy calholicque du Saint-Sacreci ment de l'autel , comme ils tesmoiguèrent par lepistre qu ilz envoyèrent «au Roy de Bohême et Hongrie Vladislous, du temps du concile de (Basie, el sont malheureux sacramenlaires.

u Les nouvaux loups sont les disciples de Martin Luther el autres pires M héréticques depuis survenus qui tiennent rcscollc d'erreur a Gene&ve,

u Tous deux assez voisins de ce pouve pays de Provence et afin^de ne nous « flater point par deçà , je trouve qu'il y en est allé de ceste ville, niesmes ( ung augustin natif d'icy nommé de Clusa, qui se alla faire brusler à Aix , « y sont aussy allez quelques uns d*Alençon et d'autres pays de ce royaume . (cordeliersrenyés, nioynes apostatz, prebslres desréglez, comme vous *« voyez que cesle vermine cherche les peuples les plus simples et " aisés à abuser cl n en fault autrement marquer les Provenceauxgnieres t plus que nos autres provinces, car il n'y a région crestienne que ceste îf peste là n ayt entascliée depuis trente ans. En çà que ce malheureux «(Martin Lulhor jetla la première pieire contre l'Eglise qui resveilla les .( Vaudoys ù sortir de leurs cavernes, qui para le chemin à l'exécrable « Zwingle pour assaillir le gage de notre foy, qui est le saint Sacrement de (l'authel, et renouveller le vieil erreur de Berangarius. Non merveille i( doncq si ceste maladie a gaigné quelques gens d'ung peuple rude et ' agreste et mal instruit , voire si mal que vous trouverez que contre un "j)rédicant catholicque y en avoit six héréticques, qu'ils appellent en • leur jargon barbes et en plusieurs endroits n'avoient prebstre ne curé ' qui ne fust de ceste malheureuse secte tant estoient les Évesques en- " dormis, et verrez que aucuns pouves prisonniés interrogez ont respondu ' à Messires du Parlement de Provence qu'ilz avoient creuce qu'on leur « avoit presché et qui leur prescheroit aullre chose , ils le croiroient. Qui «< eust donc pris les loups et les prcdicants, il n'eust esté besoing de tuer «« tant de pouves brebis. >»

Les mesures répressives prescrites par François I" contre les luthériens, c'est ainsi que Ton appelait encore sous ce roi les protestants français, durent, on le comprend maintenant, s'étendre aux Vaudois. L(\s exécutions terribles dont Cabrières et Mérindol furent le théâtre n'ont été que la conséquence de celte recrudescence d'intolérance de la pal t de fautorité. Les principales circonstances de cet affreux massa<*r(* se trouvent consignées dans des livres qui sont entre les mains de tous. On V peut (^pendant ajouter quelques détails empruntés à une ho\uto des plus authentiques : je veux parler du volumineux registre du p.irlement de Paris, qui m'a fourni le passage cité tout à Theure et qui $c eon>erve aux Archives nationales sous la cote U, 8a8; il a pour titre : rU^'\^: . tirrcv/j ei avec proceddares sur le faict de ceux de Cabrières et M f^rt^hld^ Vnnrmr depuis lan Î5i0 jusqaen lan 155i. Le contenu s'en Avw ^« poulie reproduit dans la publication de Louis Aubery^ inti- -*ï^* H:x<^M>v d^ Ivxt'rniion de Cabrières et de Mérindol et d'autres lieax

^V A>» -Jl

c^*i*u\«uùralii»i> do col ouvrage, devenu rare aujourd'hui, à mon sa-

de Provence [Paris, in*4% i645). On sait, eu elFct, que larrêt du parlement de Provence, qui avait légitimé ces exécutions, donna lieu a un appel qui amena l'aU'aire devant le parlement de Paiis, C'est ce procès, jugé après la mort de François I", en septembre et en octobre 1 55i, dont les pièces principales sont réunies dans le registre en question. La lecture des lettres patentes du roi Henri II qui (évoquaient ralTaire devant le parlement de Paris et qui sont du 17 mars iS/jg. celle du long plaidoyer présenté en faveur de Jean May nier \ baron d'Oppède, premier président du parlement de Provence, celle surtout du réquisitoire de Jacques Aubery, faisant fonction d avocat g*'*néral , et dont est tirée la citation ci-dessus, permettent d apprécier la pari qu*il faut fairr aux ordres du roi dans cette impitoyable exécution. M. H, Wliile répète , d'après plusieurs auteurs, que les mesures courre les Vaudois furent arrachées au roi par le cardinal de Tour non, peu de temps après le traité de Crépy, alors que François ^^ dangereusement malade el inquiet sur son salut, pouvait s'imaginer qu'un redoublement de zèle pour la foi Im' assurait devant Dieu le pardon de ses péchés. Sans doute les instances de ce prélat et de plusieurs autres contribuèrent è faire accueillir par le monarque les mesures répressives qui devaient avoir un si terrible dénouement^. Mais deux faits sont à noter; dune part, les poursuites dirigées contre les Vaudois de Mérindol et des bourgades voisines étaient fort antérieures au traité de Crépy; elles remontaient à Tannée i 533, Dès l'année i 53 1 , ratlention de l'autorité ecclésiastique fut appelée sur Texistence des Vaudois en Provence. Deux ans après, une sentence de mort était rendue par le parlement d*Aix contre huit individus accusés d'appartenir à leur secte. Cet arrêt et d autres pomsuites qui aboutirent à des condamnations analogues furent le prélude de celui du 18 novembre 1 5/io, désigné par les contemporains sous le nom d'arrêt de Mérindol, et en vertu duquel seize personnes de ce village» accusées detre de ladite secte, étaient condamnées, par défaut ci contumace, à être brûlées comme hérétiques, ou, si elles ne pouvaient être appréhendées, à être brûlées en effigie; les femmes et les enfinlsdevaienl *Mre bannis et leurs biens confisqué.s. Quoique les autres habitants de Mérindol n eussent été ni appelés ni entendus, le même arrêt ordonnait que toutes les maisons de ce village fussent abattues et rasées, les

vanl confrère, M. Ch, Giraud, — ^ On trouve aussi ce nom écrit Ménier. — * Cesi plus tard que le mrdirial âe Tournon u»a de son influence sur Tespiit du n>î . non î)our faire «ntoriser le massacre, niitts pour obtenir que ceux qui 5*en traient rendus coupables ne fusseal pas inquiétés. A sa suggestion. François (*' donna son approbation à rcxçcution qui avait éLé faite.

caves même coaibiées. Un si moDstrueiix jugement , que les (pttres patentes de Henri II qualifient elles-mêmes d'inique et contre tout droit de raùon, était suggéré à la cour de Provence par une haine fanatique contre les Vaudois. Leur alliance et presque leur fusion avec les protestants avaient ravivé la vieille aversion de la population catholique environnante pour ces inoQensils sectaires. Les magistrats de la Provence et en particulier le parlement d*Aix partageaient les sentiments implacables d mtoiéi^ance dont les prélats de la province étaient animés. En dépit des lettres de grâce et de pardon qu avait délivi*ées, en i535 et 1 536, François I** à ceu\ qui étaient suspects ou accusés d'hérésie, les magistrats provençaux, poussés parles archevêques d*Aix et d^Arles, n en continuaient pas moins leurs poursuites contre les Vaudois^ De temps à autre, ils se faisaient faire des rapports sur les sectaires par des inquisiteurs ou des espions, ils tiraient de ceux qu'on avait arrêtés pour cause d*hérésie des informations qui leursei*vaient à diriger de nouvelles poursuites. Dès )533, peu de temps après le pardon que le pape Clément Vil lui-même avait approuvé^, un nommé Guillaume Serre et sept autres personnes avaient été arrêtés comme suspects dliérésie par les gens d'Eglise et renvoyés aux juges ordinaires séculiers pour se voir condamner à mort. L'année suivante on emprisonnait à l'officialité d'Aix un nommé Philippe Galion et l'on apprenait par son interrogatoire qu'il se tenait en divers lieux de la Provence des prêches vaudois auxquels avaient assisté des personnes dont le prévenu donnait les noms. En 1 535 , les arrestations se multiplièrent. Le président d'Oppède se signala par son zèle dans toutes les [)oursuites. Les rigueurs ne discontinuèi^nt pas jusqu'au moment où parut l'arrêt qui vient d'être rappelé et qui suivit la constatation faite par les ecclésiastiques et les magistrats que le village de Mérindol était un des principaux foyers d'hérésie. H semble que l'on dépeignait alors au roi les Vaudois comme des séditieux qui mettaient en péril le bon ordre du royaume, car, en i538 et en i539, il donnait des lettres-patonton destini^es t\ assurer la répression que poursuivaient par tous les movt^ns MM. de la cour de Provence et, en particulier, le président

' IVtÀ, t>H xWS^s on avait interdit aux Vaudois de porter des armes et de tenir ,kN* A*M*ud*UVî». — * liO plaidoyer d'Aubery fait mention de cette amnistie dans cette x*k;.v\MVMU »lvlo «.HMU orij;inal : «El afm que les héréticques ne se plaisent en iv¥«x hkh^x^IIv» iuvrulions» il fusl admii par le pape Clément et le feu roy Fransvw *^^>^ vl0«Mt*«» do faicl quo csloit le pape de nom, de saulver le pouve peuple li^ vM^^I IMir d<v^^»ultomonl des choses acoustumées et faulte de jugement se ]îijj^,iw^^ j^ xwi^r^» Iw «ouv^llctc» . fust promulgué en fan 1 533 un pardon et im-

d'Oppède. En i538, le procureur général lui repréîientaiL l'hérésie comme faisant de tels progrès, qu il y avait danger pour tout le pays. «Les hérétiques, disait-iU tiennent des assemblées et s'apprêtent h se « rebeller contre la justice , se retirant en places et chasteaux , dans hs mon- M tagneSt les forts et les lieux malaisés à avoir, n Le roi crut i un péril inmiinent et donna les ordres les plus sévères. En i 539» J'^i''*'ps lettres patentes, par lesquelles on menace de confi^icalion de corps et de biens toute persoime qui sera trouvée porteui' d armes cachées » prouvent que François I*"", dupe des rapports quon lui adressait » s'attendait à une insurrection de la part des hérétiques. Il e&l, au reste, vraisemblable que, déjà en butte h tant de persécutiohs et redoutant les horreurs dont ils allaient bientôt être victimes, plusieurs Vaudois songeaient sérieusement à se défendre et cherchaient à s'en assurer tes moyens. Le plaidoyer d'Aubcry nous montre tjue c'est sous Tempire de ces préoccupa lions systématiques et exagérées que les habitants de Mérindol furent ajournés en masse en i54o par le parlement de Provence. Ils ne cornparurenl pas et c'est ce qui amena larrél du i8 novembi*e. Les habitants de Cabrières, village dépendant du comlat Venaissin, qui avaient eu de leur côté à soullVir des poursuites du vice légal pour le fait de imiidoisie, n'étaient pas moins menacés. Grâce à Tintervcntion de Barthélémy deCliassaneux*, célèbre jurisconsulte, alors premier président du parlement de Provence, qui recoimaissait combien Tan et rendu par sa cour avait été inique et imprudcnl . à celle de Guillaume du Bellay- Langey, gouverneur du Piémont, surtout a celle du célèbre Sadolet. évèqne de Carpenlras, on sursit à Tcxécution , que pressaient au contraire les archevêques d'Aix et d'Arles^. Fiancois 1" ordonna des informations. Le parlement d'Aix, par une déclaration du i8 février i 54ï , accorda aux Vaudois un délai de trois mois pour abjurer leurs erreurs. Les sectaires parurent alors par procureurs devant cette cour de justice et présentèrent leur profession de foi. Une commission ecclésiastique et judiciaire se transporta dans les villages habités par eux, et, sans réussir à les convertir, elle constata leur hérésie. Dès ce moment , quoique les Vaudois eussent donné des preuves irrécusables de la con« fluife odieuse que Ton avait tenue à leur égard -, rinlolérance des ma-

^ J. de Tlion nous apprend, ce qui est coTiforme aux document^ du registre cité, ne le» orcKov^qnea d'Aix ol d'Arles étaient ceux qui prcî^SûieiiL le plus Cbasiîaiieux ; lia Youbicnl qu'on se rendît à main armée pourconlmindre le.s Vaudois à oblempérei* an jugement. pruniL'UaDt de fournir les fraifi nécessaires a ceUe croiMide, digne pendant de la croisade contre len Albigeois. — * KnU'e ces violences inouïes, se plaçait la conduite sanguiuaife du niotue jacobin Jean il^3 îloin^. Voici ce qu'on Ut dans

gistrals, forte de la législation en vigueur, put se donner libre carrière, el l'éxecution de l'arrêt de Mérindol, rendu déjà depuis plusieurs années, fut finalement décidée, pressée surtout par les présidents d'Oppède et de La Fonds^- ConHants dans la requête qu*ils avaient adressée au roi, les malheureux sectaires se flattaient pourtant d échapper aux rigueui^ de la persécution, comptant sur les eflets de lenquête où ils s'imaginaient avoir établi la pureté de leur foi^

Ainsi le sac de Mérindol et la dévastation de Gabrières, qui le suivit, n'ont été que le dernier acte, que l'issue finale d'un projet inspiré aux magistrats provençaux par leur intolérance, et qui était antérieur de beaucoup au traité de Crépy. *

Il ressort des lettres patentes de Henri II que la religion de son père avait été en grande partie surprise et que le parlement de Provence, dans son ardeur à châtier les hérétiques, attribua aux ordres du roi une précision qu'ils n'avaient pas et excéda conséquemment ses pouvoirs. Jalouse de son autorité et acharnée à la perte des Vaudois, cette cour avait réussi à empêcher qu il ne fût donné suite à la requête des habitants de Mérindol. François I'', après avoir fait prendre connaissance de la requête où les habitants de ce village exposaient les vexations et les maux dont ils avaient souffert, réclamaient contre la (iépossession dont ils étaient menacés, avait ordonné quun maître des requêtes et un docteur en théologie se transportassent sur les lieux.

l'exposé d' A liber)' : c Mais ont esté plusieurs fois esprouvez des tourments, pilleries «cl exactions (|ue Ton leur n faitz, dont ils ont enduré infinis maulx, entr*aa(res c par un inquisiteur do In foy en Provence, nommé frère Jean de Roma, qui raenoit

• Avocluy ^ens do force comme un capitoine, alloit par les maisons et villages, trompant luiys cl colTre^, emportant or, argent et meubles, confisquoit, condam-

• noil on amendes, faisoit compositions secrètes, tant par luy que par gens interpo-

• son, tant qu'il en a pour grande multitude, portoit avec luy des bolines plaines de

• croitso qu'il i haussoit aux pouvez gens, puis mettoil le feu dessoubz et leur faisoît « nruslor les piodz; cepondonl les frappoit el les tiroit par les cheveux, s'ilx ne di-

• noiont 00 qu'il voulloit. Bref, il éloit inquisiteur, accusateur, juge et partie, tan- Miu'il en A fniol mourir les uns, aucuns mutilez, les autres mis à pouveté. > Dans tour HUppliquo adrossôo au parlement d'Aîx, le i8 avril iD^i , les habitants de MévmM avrtioni dt\ja dénoncé les actes de ce moine, qui agissait sans ordre du roi.

' 0\\ lit d»u»H lo nïémo plaidoyer : « Ils s'excusent des tesmoignagcs et faulses accu- ' \ali«^ik!^ «lU iU disont avoir esté faictz contre eux, disent qu*ilz ne sont héréticques, . MV x^lilionx « no tionnont la doctrine de Valdo, ni de Luther, sont humbles et obéis* v^u* subiovt» du i^\v, p»'«'ti i obéir à la cour. • — La confession de foi que les ha- ^a»*\U do i'abru^io!» ttVrtionl nMnisc au vice-légat, et qu'examina Sadolet, démons >M^ U*\M hOUMod\»\io; iU la remirent en toute simplicité, et le doux évèque de Tm^vw^um vuu^a a^v sa tolérance accoutumée.

MASSACRE DE LA SATNT-BABTHÉLEMY. 155

afin de s'enquérir de la manière de vivre des plaignants. Informé de la décision royale, le parlement de Provence, ou plutôt ceux qui le dominaient » à savoir les présidents d'Oppède et de Ija Fonds et quelques autres . recoururent aux mêmes moyens qui leur avaient déjà réussi pour faire approuver par François I" les rigueurs déployées contre les Vaudoin. Ils représenlèrcnt les habitants de Mérindol et des bourgades voisines comme continuant à prêcher leurs erreurs, étant en armes, tenant de grandes assemblées, forçant les villes et les châteaux, arrnchant de prison les criminels et se rebellatit contre la justice. Ils allaient jusqu'à prétendre que ces Vaudois étaient en mesure de mettre sur pied une armée de iG,ooo hommes, quils favorisaient le parti de lempereur et avaient formé le dessein de s emparer de Marseille, quoicpie aucune nouvelle information n'eût été faite à ce sujet.

Les remontrances de la cour d'Aix aUeignirent leur but : le roi revint sur sa décision, et, d^s le commencement de Tannée i545, des lettres étaient délivrées qui autorisaient rexéculion, demeurée en suspens, du terrible arrêt. Toutefois, comme on redoutait que les Vaudois, informés de cette nouvelle, ne se missent sur la défensive, on tint les lettres secrètes cl Ton prépara en silence l'invasion des malheureux villages; puis tout à coup, le 12 avril, dimanche de la Quasîmodo, le président d*Oppède assembla le parlement, notifia les lettres, et fit requérir par le procureur général Guillaume (luérîn leur eîtécutîon. Selon ce réquisitoire, le roi autorisait la destruction du village de Mérindol, prononcée par la cour, le 18 novembre i54o. Cependant, ainsi qu'il est observé dans les lettres patentes de Henri II, le contenu des lettres royaux de son père n'était pas à beaucoup près aussi explicite; elles mentionnaient seulement en termes généraux les arrêts rendus contre les Vaudois, révoquaient les lettres d évocation et ordonnaient, sans spécification particulière, la punition des individus qui seraient reconnus coupables d'hérésie, enjoignant au gouverneur du pays ou i son lieutenant de prêter mainforte à la justice. Or» en fabsence dWdhémar, comte de Grignan, qui avait été envoyé à la diète de VV^orms, le baron d'Oppède prétendait avoir qualité pour le remplacer, Cest à ce titre qu'il se chargea de Taffreuse mission dont il s'est acqiutlé avec une

si sauvage cruauté.

Quand on lit le récit des horreurs commises à Mérindol et à Cahrières, horreurs rappelées tant dans les lettres patentes de Henri II que dans le plaidoyer d'Aubery, on reconnaît qu*afin d'exciter les soldats, le président d*Oppède, qui paraît avoir clé aussi poussé par des sentiments d'animosité personnelle, continua son système de faux

rappoits sur laltitude des sectaires ^ quoique ceux-ci s'attendissent si peu alors à être attaqués quils n'opposèrent aucune dëfense. Je ne m'étendrai pas sur ce récit que rhistorien J. de Thou a donné d'une manièi^ à peu près complète^. Je ne suivrai pas village par village la marche malfaisante de la petite armée coalisée du parlement d'Aix et du vice-légat , assouvissant sa rage sur des créatures sans défense. Les fureurs de Iét soldatesque et la férocité de ceux qui la conduisaient nous montrent de quelle haine implacable les catholiques provençaux étaient animés contre les Vaudois. Bien que ces derniers ne pussent, par leur nombre et leur genre de vie, inspirer de craintes sérieuses à leurs voisins, la divergence de croyance suffi&it pour les constituer h l'état d'ennemis. C'est sous la pression du fanatisme local , aux incitations duquel il inclinait déjà à céder, que le gouvernement royal laissa faire cette boucherie. Ainsi, par les causes qui l'ont amené, le massacre de Mérindol et de Cabrières n'est pas sans une certaine analogie avec la Saint-Barthélémy, dont il apparaît comme le significatif et lointain avant-coureur.

* On lit dans les lettres patentes de Henri II au 1 7 mars 1 Siig :

«Furent commis M' François de La Fonds, second président, Honoré de Tri- « butiis , et Bernard de Badct conseillers avec Icsquclz se transporta le dict sieur Jean « Maynier, président comme lieutenant de nostre feu père, pour donner ainsy qui «soit la main forte à justice, seullemcnt et en ce qucn seroit be^oing et mena «gens cl artillerie Icsquelz sans tenir le chemin de Mérindol allèrent à Cadenet, « auquel lieu Icdict Maynier tint conseil en sa quallité de lieutenant de nostre feu «père, et sur ce qu'ilz disoient qu*on leur avoit rapporté qu'il y avoit grand nom- «bre des dilz babilans en armes, qu'ilz avoient faict un bastion et sans autrement « en enquérir conclurent qu'ilz les yroienl assaillir et rompre le bastion et les tuer « s'ilz ne les revauquoicnt et s'ils ne s*enfuyoient , que leurs maisons seroient bruslée « distribuant aux capitaines plusieurs villages pour eslrc bruslez et cousequemmeni «pillez; combien que de ce ne fust faicte aucune mention au prétendu arrcst qu'ilz «disoient exécuter et qu'à iceluy donner les diclz habitans ny en général, ny en « particulier n'eussent jamais esté appeliez. ■ — * J. de Thou est loin d'avoir rapporté cependant tous les actes de cruauté qui furent commis ainsi , et, en parlant de ce qui se passa au village de Mus , il ne dit rien du massacre qu'on y fit de vingt-cinq femmes et enfants qui s'étaient réfugiés dans une caverne. Mormoiron, capitaine du vicelégat, fit tirer dans celle caverne des coups d'arquebuse, et, comme ces infortunés n'y demeuraient pas moins blottis, il fil mettre le feu à l'entrée, et femmes et enfants périrent brûlés ou étouffés. On reprocha vivement celte atrocité et plusieurs antres à d'Oppéde, qui y avait assisté; il se borna à dire que M. de Grignan, dont il était le lieutenant, avait reçu l'ordre du roi de prêter main-forte aux troupes du vice-légat. Il soutint n'y avoir pas pris part et se fit un mérite d'avoir empêché le pillage de Cavaillon , que demandaient les soldats piémontais. Le nombre de femmes livrées aux derniers outrages, dans le sac des vingt-deux villages rais à feu et à sang, est considérable; \o chiffre total des victimes dépassa trois mille.

MASSACRE DE LA SiUIST-BARTHÉLEMY,

L'examen attentif des faits se rattachant h Vévénenient qui déshonora la fin du règne de François P"" peut donc jeter quelque jour sur ceux qui, vingt-sept ans plus tard, préparèrent le massacre du ^li août, Voilà pourquoi j*ai jugé à piopos de in y arrêter,

L'arquitlement scandaleux du baron d'Oppèdc et de ses complices dans le procès en appel de i 55i Ja relaxation du baron de La Garde*, si gravement compromis dans celte ail^iîre, no sauraient être imputés à François V\ qui paraît , au lit de mort . avoir eu des remords ou au moins des regrets pour ces inhumaines exécutions. L'historien Jacques de Thou, en position d'avoir éié bien informé, explique cet acquittement par la circonstance que les Vaudois ne trouvaient plus dans le duc de Guise un protectem' intéressé. Le comte de Grignan hii avait en elVet cédé la terre qu il convoitait* Toute querelle avait cess^ entre les deux seigneurs. Assurément ce fait exerça une notable inlluence sur la décision du parlement de Paris; mais il est à noter qu en même temps les dispositions du gouvernement avaient changé. Les progrès du protestantisme décidaient le roi à redoubler de sévcrité envers l'hérésie» et, cette même année i55i (127 juin}, paraissait le trop fameux édit de Châteaubrîant, que M, FL Whîte qualifie h bon droit de sanguinaire. On dut craindre que la condamnation du président d*Oppède ne fût une arme mise aux mains des protestants, quelle ne justifiât les plaintes que ceux-ci faisaient déjà entendre contre les mesures qui leur étaient appliquées; on redoutait au moins, comme le montrent les paroles d'Aubery, de porter atteinte à la mémoire et à la bonne renommée du feu roi. Mais , comme il était irapnssible de laisser impunies les cruautés les plus atroces, des violences qui dépassaient toute mesure et dans lesquelles, comme cela s'était pratiqué dès avant i5i5, hérétiques et orthodoxes n'avaient pas été distingués'*, Guillaume Guérin servît de bouc émissaire cl paya pour les autres coupables,

M. HAVhite donne ii penser que le motif de la condamnation de Guérin ne fut pas tiré des circonstances odieuses qui avaient accompagné Vexécution de rarrêt du parlement d'Aîx, mais uniquement du préjudice causé aux sujets de M'^de Cental et du dommage souQ'ert par se^ biens;

' Le baron de La Ganlc vînt, à la demande de Ln Fonds, qui s^élaît rendu près de lui à Marseille, prêter main-forte à rcxécutîon de Tédil, — * Dé» f année ibà&f on avait conLînu^à exercer des sévices et des rigueurs sur des Vaudois qui avaient abjuré; le parlement d'A.ix en avait condamné piusieura nux gnlères â perpéluité ou à temps; d'autres, raalgré ceUe abjuration, avaient été renvoyé» devant les officialitcs. qai prononcèrent contre eut h pcrne des galères ou de l emprisonnements et de ia contiscotion de biens.

so.

cest aller trop loin. Guérin, accusé de concussion, fut réellement condamné pour avoir outre-passé les rigueurs permises. On lui reprochait, entre autres iniquités, le supplice d*un jeune homme contre lequel ne s'élevait aucune charge et que le président d'Oppède avait, à son dire, voulu simplement envoyer en prison. Si l'un des principaux motifs de la sentence rendue contre cet avocat fut en effet tiré de la plainte de M""* de Cental, c'est que cette dame avait représenté au baron d'Oppède que ses paysans n'étaient pas hérétiques et ne suivaient pas les erreurs des Vaudois ^ En réalité plusieurs avaient partagé leurs croyances, mais ils y avaient renoncé, ou du moins avaient feint d'y renoncer. Ils devaient donc être comptés parmi les bons chrétiens^ que le procès mentionne comme ayant été, dans le massacre, confondus avec les coupables. Celte circonstance fut jugée une des plus aggravantes et on la fit retomber sur Guérin.

En général le reproche fait à d'Oppède, à La Fonds son assesseur et à ses gens, fut moins d'avoir usé de violence et de cruautés envers les Vaudois, condamnés par la Cour, que de les avoir exercées contre des personnes qui n'avaient pas été mises en cause, n'avaient été ni appelées ni entendues, notamment contre les habitants des villages autres que Mérindol que ne mentionnait pas l'arrôt en vertu duquel avait eu lieu l'exécution.

L'élargissement du baron de La Garde pouvait au reste indiquer au parlement de Paris les intentions du monarque^. Évidemment on ne voulait pas donner de suite sérieuse à une affaire depuis longtemps pendante. Cet élargissement fut prononcé, le 1 6 février 1 55 1 , par le roi en son conseil privé , auquel assistaient les cardinaux de Lorraine et de Ghâtillon, le connétable de Montmorency, le maréchal de Saint-André, le garde des sceaux. On trouva le général des galères suffisamment puni par la détention préventive assez prolongée* qu'il avait subie; on avait

' On lit dans les lettres patentes de 16^9 :

«Feurent aussy distribués au capitaine Poucq plusieurs villages appartenans «à la dame de Cental, laquelle Tadvertist et aussy le dict Maynier que ses sub- « ieclz esloient bons laboureurs et bons chrestiens et non de la secte vaudoise, «les priant de ne leur faire tort, offrant de les faire ester et obeyr h justice.» — ' M" de Ccnlal avait envoyé au capitaine de La Garde le rôle de ses paysans qu*cHe déclarait bons chrétiens : cependant ce genlilbomme n*en incendia pas moins (luatrc villages de ses terres; aussi Varrêt qui renvoya La Garde absous fil-il réserve (les indemnités que ladite dame pouvait lui réclamer. — ' Cependant, lors du procès jugé en septembre, le baron de La Garde fut encore appelé; son avocat Danquechin demanda et obtint qu*il fut mis hors de cause. — Le procès du baron de

d'ailleurs besoin de ses services ^ et ceux qui donnaient leur approbation à l'élargissement de ce gentilhomme ne virent pas de mauvais oeil le zèle, même excessil\ apporté par lui k la répression de l'hérésie, puisqu'on sapprêtait à user encore de violence, Larrêt du conseil privé du iG février i55i prépara ainsi Tacquittement des présidents d'Oppède et de La Fonds. En blâmant les excès de la soldatesque, on n'en consacra pas moins le principe de Fextirpation radicale de rhérésie. La voie était donc définitivement ouverte à une guerre sans merci contre les protestants, voie qui devait aboutir k la Sainl-Barthélemy, comme M* H, While le montre au chapitre ir de son ouvrage. J y reviendrai dans un prochain article.

Alfred MAURY,

[La suite à an prochain cahier,)

Des principales collections d'inscriptions grecques publiées depuis un demi-siècle , et particulièrement da Corpus inscriptîonum graecarum. Auctoriiale et impensis Academim litierarum regiœ Borussicœ, éd. Aug. Boeckh.J. Franz, Ad, Kirchhojf, Berolini, 1825- 1859, U volumes in-folio.

PREMIER ARTICLE

On a beaucoup discuté, surtout en Allemagne, depuis un siècle, sur le nom qu'il convient de donner à Tëtude et à l'interprétation des inscriptions, et sur la place que cette science doit occuper dans renseroble des travaux qui ont pour objet l'histoire des peuples anciens ^,

La Garde , jugé par une commission extraordinflire, dura quatre années. — ' C*estce mdme baron de La Garde qui avail commandé en i553 une escadre française dans la Manche et occupé TMe de VVigbt, L*arrèt du i6 février i55i le qualifie de Aûtoine £scdUn des Esmars , seigneur et baron de La Garde ^ genlilliomme ordinaire de la diambrc du roi, lieutcnanl général sur la mer du Ponant* 11 <^taît connu sous le sobriquet de capitaine Polin. — * Voir» sur ce sujet, la préface de M* Boeckh en tête du Corp as inscriptionam grœcaram.

Il nous semble peu utile de nous arrêter ici à de telles discussions ; la mélhodologie , comme on l'appelle volontiers chez nos voisins, a ses avantages sans doute dans les cours comme dans les livres, mais elle tourne facilement à un formalisme stérile. Qu il nous suffise de constater par deux observations préliminaires le caractère et Timportance des monuments compris sous le titre d'épigraphie, titre un peu vague, mais que l'usage a consacré en le déterminant.

Toute écriture gravée ou moulée sur une matière dure et d'un poids considérable, sur une matière autre que le papier, est proprement une inscription ou épigraphe, selon le sens primitif de ce dernier mot. Partout où le papier, avec quelque substance qu'on le fabrique, devient plus commun et moins coûteux, l'usage des inscriptions devient plus rare, et la découverte de rimprimerie le réduit à n'être guère qu'une sorte de luxe monumental. En Egypte, où l'invention du papier de papyrus remonte au moins à trente siècles avant l'ère chrétienne, l'écriture continue néanmoins de couvrir les monuments, parce que cette écriture, h moitié idéographique , est , en même temps, un signe des pensées et des souvenirs que l'on veut perpétuer, et un ornement destiné à charmer les yeux, une vraie peinture. Dans les pays où l'écriture simplement alphabétique , comme chez les peuples de l'Occident, n'a rien des charmes de la peinture, une fois qu'elle a trouvé dans le papier un véhicule commode, elle n'a plus guère, sur les monuments, qu'un rôle de consécration oflicîello. Mais ce rôle des inscriptions sur la pierre ou le métal est important encore, et il Testa double titre. D'abord, le texte n'est, d'ordinaire, gravé ainsi que pour durer à toujours sous cette forme authentique; et, en ollct, la pierre et le métal inscrits, quand ils parviennent jusqu'à nous, nous apportent, sans l'intermédiaire d'aucune copie, ie toxtc original que la main du graveur y a déposé comme sous la dictée des événements. De plus, comme, en général, le papier dure peu, fut-ce même le parchemin, l'histoire écrite dans les livres chez les peuples anciens ne nous est parvenue que fort incomplète. Le bronze, et surtout la pierre, moins altérable, moins facile à transformer que le bronze, nous ont donc transmis des milliers de pages qui complètent utilement les témoignages déposés jadis dans les livres. Pour nous borner aux peuples vraiment classiques, les soixante ou quatie-vingt mille inscriptions recueillies jusqu'à présent dans les pays latins, les douze ou quinze mille inscriptions retrouvées sur le sol grec, forment le plus riche ensemble de documents propres à nous faire connaître la vie publique et la vie privée de nos ancêtres européens. Chose remarquable, les inscriptions grecques, bien que moins nombreuses, oQrent une proportion

INSCRiPTlONS GRECQUES. 159

plus considérable de pièces vraiment imporlanles pour Thistoire, et cela» parce que les Grecs ont moins souvent que les Romains préféré le bronze au marbre pour l'inscription des actes authentiques. Sur dix plaques de métal, neuf peut-être ont péri» soit sous la terre et par laclion conosive de Thumidité» soit parce que 1 industrie ignorante et la cupidité les ont fondues pour en employer la matitTC à dautres usages; au contraire, la plaque ou le bloc de picn*e» même déplacés, même brisés pour servir à la construcliou d'un édifice, ne se transforment pas, ne s*ait6rent pas toujours au point qu'il n'y reste rien du texte que jadis on y avait gravé.

Ces simples remarques suffisent à montrer ce que vaut Tëpigraphie en général» ce que nous promet, en particulier, fépigrapbîe grecque,

La science de Icpigraphic grecque n'a pounant pris qu assez tard la place qiVcUe mérite d'occuper dans une encyclopédie de l'antiquifé. Au milieu même du xvm* siècle, lorsque le Français J. F. Ségtder entreprenait sa patiente statistique de Tépigrapliie classique, qui contient environ cinquante mille articles pour les inscriptions latines, il n existait aucun recueil spécial dmscriptions grecques» et Séguier n'en pouvait guère relever plus de deux mille*, soit dans les collections mixtes, comme celles de Gruter et de Muratori, soit dans les livres dos érudits sur diverses parties des antiquités de la Grèce , comme sont , par exemple , les dissertations de Van Dale et de Corsini^, Toutefois ces livres s'étaient assez multipliés, ainsi que les découvertes des antiquaires et des voyageurs sur le soi de la Grèce, pour que, dès le début du xix* siècle, on songeât à réunir en un seul corps tant de documents épars. C'est TAca* demie de Berlin qui eut, en i8i5, Tbonncur d'une telle pensée, d'une telle entreprise, et elle en confia l'exécution au pliilologue le plan capable assurément de répondre à sa confiance, M, Aug. Boeckh , déjà célèbre par plusieurs excellents travaux sur diverses parties de la littérature grecque, par un bel ouvrage sur Y Economie politicjne des Athéniens (i" édition. 1817; a* édition, i85i ; livre traduit en français par Laligant, en i8a8)» et par une grande édition de Pindare (181 i-i 82 1 , en trois volumes in-i"*), édition restée classique par lensemble, sinon par le détail, de sa riche doctrine. Après douze années de labeui^s nssi-

' Je regrette de ne pouvoir donner ce chiffre que de mémoire et approxîmativement; mais la table olplmbélique des inscriptions grecques qui fait partie des papiers de Séguier, à la BiÙiotlièque nationale, ny peut être, en ce moment, consuftée : elle fait partie des trésors qu*on a du placer spécialement à Tabri des chances du bombardement. — * Amfllerdam, 1703, in-V, et Florence» 1749* în-foK; 1752, iïX'à\

dus, où contribuèrent, pour assembler, pour épurer par la critique tant de matériaux, presque tous les hellénistes de l'Europe savante, le premier fascicule du Corpus inscriptionum grœcarum parut en 1828, et il fut suivi, à des intervalles inégaux, par cinq autres qui, en i8â3, complétaient deux volumes. Une préface, ou plutôt une introduction, à la fois bibliographique et dogmatique, ouvre le premier volume; des dissertations préliminaires sur les principales classes d'inscriptions rangées, avant tout, par ordre géographique, puis, pour les villes où les monuments abondent, par ordre de matière, une discussion approfondie sur les inscriptions fausses ou suspectes, comme sont la plupart de celles que Ton doit (le mot n^est que trop vrai) à Michel Fourmont, la reproduction, fixée par un examen sévère, de près de quatre mille textes, avec un commentaire habilement et justement proportionné à leur importance, forment de ces deux volumes un véritable modèle en son genre. Quelques personnes ont cru alors que cette publication était prématurée et qu il n était pas temps encore de réunir en un livre tant de pièces jusque-lc^ éparscs, souvent inédites, et dont le nombre s'augmentait chaque jour par suite des découvertes accomplies, presque sans relâche, en divers lieux du monde ancien ^ A cela M. Boeckh répondait, déjà en 1827, que louvrage ne serait jamais commencé, si, pour le faire, il fallait attendre la fin des recherches et des découvertes heureuses de l'archéologie. La science de Tépigraphie grecque ne pouvait se constituer que par un premier effort pour en rassembler, en coordonner, en utiliser les éléments; et ce premier effort devait, au contraire, fixer les méthodes, et diriger, pour l'avenir, le zèle d'autres explorateurs et d'autres critiques ; c'est ce qui arriva , comme il le pensait. Pendant que se succédaient les fascicules du Corpu^Ja Grèce renaissait à la liberté et reprenait un goiit chaque jour plus vif à l'exploration de ses monuments antiques. En 1 SSy, se fondait, à Athènes, une Éphiméridc archéologique, qui, à travers bien des difficultés et avec quelques interruptions, s'est continuée jusqu'en 1870, recueillant et publiant, au fur et î\ mesure des découvertes, plus de cinq mille inscriptions. De iS/ia à i855, un Grec, disciple intelligent et laborieux de Boeckh, M. Rangabé, dans ses Antiquités helléniques, en pubhait environ deux mille cinq cents, presque toutes accompagnées d'un commentaire et d'une traduction eu français. Plus près de nous, un recueil rédigé en grec, le Philùitor, dont quatre volumes ont paru de 1861 à i863, livrait au

* liO savant G. Ilermann s*esi surtout fait remarquer par cette injuste hostilité contre les travaux épigraphiques de son illustre contemporain.

public un grand nombre d'inscriptions récemment découvertes, et dont plusieurs sont d*importancc capitale.

De i834 à 1845, M.L. Ross publiait trois fascicules d'inscriptions incditcs recueillies dans aes voyages à travers la Grèce continentale et insulaire '. Après avoir, en iS^S, jelë, on peut le dire, les bases d'une science nouvelle dans ses Recherches pour servir à lliisiaire de l'Egypte sous la dominadon des Grecs et Romains, tirées des inscriptions grec(ja€S et latines relatives à la chronologie, à l'état des arts, aux asages civils et religieux de ce pays, M. Letronne donnait, en î833, son ingénieux mémoire sar la Statue vocale de Memnon , considérée dans ses rapports avec l Egypte et avec ta Grèce '^; en iS/n et en i8àS paraissaient les deux premiers volumes de son Recueil des inscriptions grecques et latines de l'Egypte, véritable clief-d*œuvre de critique pénétrante et féconde. Dans la môme période, la Commission dite de Morée mettait au jour, avec d'abondants commentaires de M. Philippe Le Bas, quelques centaines d'inscriptions recueillies par Texpédition française en Grèce. Pendant que la France sassociait si honorablement au mouvement d'études provoqué par fAllemagne, M* Boeckh ajoutait à son grand recueil toute une série d'inscriptions relatives à la marine des Athéniens, récemment découvertes au Pirée, et il en faisait la matière d un juste volume qui, sous le titre de Secwesen der Athener {VtexMw , i84o), forme le troisième de sa seconde édition de \' Economie politùjae dis Athéniens. Ses prévisions étaient donc largement réalisées : le Corpus inscriptionum grœvaram avait, par une influence plus ou moins directe, suscité une l'on le de travaux sur le même sujet, si bien que le zèle même du savant éditeur s'en trouvait comme embarrassé. Aussi , après fachèvement de son second volume, M. Boeckh, sans cesse distrait par d'autres devoirs académiques et universitaires, entraîné vers d'autres recherches, comme celles qui nous ont valu ses deux volumes sur la métrologie et la chronologie^, voulut se décharger sur un de ses élèves et collaborateurs du soin de continuer l'œuvre épigraphiquc entreprise sous le patronage de l'Académie de Beilin : ce collaborateur, comme désigné d'avance par Teslime des juges compélents, fut M. J. hVanz, qui avait,

* I*' fascicule publié à Nauplie, en §834; 2* fascicule, a Allièiies, en iS^a;

3* cl dernier, à Berlin, en i845. — * Je ne parle pas de plusieurs niétiioircs plus spécmux pubhYs par M, Leironoe, dans le Journal d4^s Savants, dans les Mémoires de FAcadomie des inscriplîons, dans h Revue archéologique^ etc. On en Irouverp le ca!alo(;ue complet à la suite de la Notice de M, Walckenaer surce savant académi* cieo (i85o}, — ' Meirologhchc VtUenachanqen ûber Cacickfe, Mùnzjusse und Masse des AlUrthums in iltrem Zusaminenhangc» Berlin, 1038, iii-8'; Manetho and die

en iS^i, publie, sous le titre A'Elemenia epigraphices Grœcœ ^ un excellent manuel, marquant même à quelques égards un progrès sur la science telle que la présentent les deux premiers volumes du Corpus. C'est ainsi que M. J. Franz donna, de i845 à i853, les quatre fascicules composant le tome IIP du Corpus, et qui renferment les inscriptions de TAsie, de l'Afrique et de l'Europe occidentale : long travail du, presque sans exception à ses soins personnels et dans lequel M. Boeckh n'a eu qu'une très-faible part, constatée d'ailleurs avec un religieux scrupule dans la préface de son continuateur. Le volume se termine par des Addenda et corriqenda, qui en forment une portion notable (p. io5i à layi), grâce aux publications nombreuses dont répigraphie gi'ccque s'était enrichie dans l'intervalle de dix ans environ qui sépare la rédaction du premier et du dernier fascicule de ce volume. Le second tome des Inscriptions de V Egypte par M. Letronne, publié en 1868, avait à lui seul fourni d'importantes additions et corrections dont le Corpus devait s'enrichir. Quant à la matière comprise dans les deux premiers volumes, il fallait, en i853, renoncer à la mettre au courant des pubhcations récentes; les découvertes avaient été trop nombreuses, trop variées, pour qu'il fut possible de les rattacher, comme un simple supplément, aux sections correspondantes du recueil : elles suffisaient à la matière d'un volume. On réservait donc pour le IV* tome les inscriptions grecques de provenance inconnue, l'ensemble des inscriptions dites amphoriques, ou marques de fabrique emj)rcintes sur des milliers de manches provenant des ateliers de Rhodes, de Thasos et de Cnide; les inscriptions céramiques, c'est-àdire tracées au pinceau sur les vases de l'ancienne Grèce, de la Cyrénaïque et de l'Ilalie grecque; les inscriptions gravées sur des objets d'art, des pierres précieuses, des ustensiles divers ; enfin, les inscriptions chrétiennes. On réservait de même le traité de paléographie, Commealatio palœographica , qu'il était prudent, en effet, de ne pas rédiger avant l'achèvement de l'œuvre, et dont M. Franz avait donné une esquisse en tête de ses Elcmenta epigrapliices Grœcœ. L'habile critique essayait seulement, dans sa préface, un premier classement des marques anophoriques. Il suivait d'ailleurs fidèlement la méthode géographique adoptée, dès l'origine, par l'Académie de Berlin, pour la distribution générale des textes; puis, selon lexemple donné par M. Boeckh,

Hundsslernperiode , ein Bcitrag zur Geschichte der Pharaonen. Berlin, i845, in-8*; Epigraphisch'chronologische Studien, zweiter Beitrag zur Geschichte der Mondcyclen der Hellenen.he\ipz\g, i856, in-S", etc.

LNSCBIPTÎONS GRECQUES. 163

loinlre des matières et celui des dates dans les inscriptions, cotnme celles de l'Egypte, qui sont assez nombreuses pour admettre ce classeîncnt secondaire. Il s abstenait de faire reproduire par le dessin les œuvres d'art qui portent des inscriptions, pensant avec raison qu*un recueil épigraphiquc ne doit pas se confondre avec un livre d'archéologie, et il ne s'écartait de cette réserve que pour quelques monumenls d*élite, comme les Tahlcn JUat^ties [if 6i!i5 et suivants) et la mosaïque dite de Palestrine (n" 6i3i], dont le dessin est à peu près nécessaire pour comprendre les textes destinés par le graveur ancien h en expliffuer les figures.

L!n autre usage, constamment suivi par les éditeurs du Corpus inscriptionam grœcarum et, en général , par les éditeurs allemands de textes épignipliiques, est de publier ces textes sans les arrornpagner dun«* traduction. Pour notre par t, nous ne pouvons que blâmer cette réserve trop [ïrudenle. Sans doute, le plus grand nombre des inscriptions grecques, ne contenant que des noms propres ou des formules courtes, banales et faciles à comprendre, n'ont pas besoin d'être traduites soit cil latin, soit dans la langue de I éditeur moderne; mais, pour tous les textes de quelque étendue, comme les actes officiels, les contrats de vente, les lettres, les longues fornudes de dédicaces honorifiqtms, etc., le lecteur se passe dinicilemeut de ce secours. L'éditeur lui-même, en renonçant à traduire, s expose à laisser sans explication bien des (rait«î et des passages obscurs. L'école des épigrapbistes fiançais» depuis l'abbé Belley et l'abbé Barthélémy jusqu'à M. Lctronne et h M. Le Bas. pratique avec raison la méthode contraire. En Grèce, M. Rangabé, dans svs Antiquités hel(vni(jues , a bien fait de suivre, à cet égard, Tcxemplc de M* Letronne plutôt que celui de M. Bocckli, et je regrette que M.lLWoïidington, le dévoué continuateitr des travaux épîgrapbiquesde M. Le Bas, ait reculé devant robliiîation que s'était imposée ce laborieux antiquaire dans les publications épigraphiques que, malheureusement, il a laissées interrompues. Il a pu craindre d'allonger ainsi outre mesure un livre déjà volumineux; qui sait si, au contraire, il ne l'eût pas abrégé? Vne traduction fidèle et précise dispense de bien des noies explicatives. Kn tout cas, elle a Favantage de nictlrc fiicilement au service du lecteur qui n'est pas éiudil de profession ce que j'appellerais volontiers la substance utile de ces vieux documents. Le plus simple curieux parcourt avec plaisir les Anliquités helléniques et les Inscriptions de Œfjyple^ sauf à s'arrêter sur les documents qui demandent une étude spéciale et qui méritent cette peine. Le Corpus inscriptionam grœcarum n'a pas ce genre daltrail facile qu'on aurait pu

lui assurer sans lui rien ôler de sa sérieuse valeur; la partie épigraphtque du Voyage archéologiqae de M. Le Bas ne la pas non plus , sauf quelques rares exceptions.

Au reste, même simplifiée par lomission que je regrette, la tâche des éditeurs du Corpus était immense, et à M. Franz non plus il ne fut pas donné d*y mettre la dernière main. Il avait fini le troisième tome et préparé en partie le quatrième, quand une mort prématurée vint le surprendre. L'Académie de Berlin confia sa succession à M. .Ernest Curtius, élève du grand Ottfried Mùller, voyageur, antiquaire et helléniste des mieux préparés à la recueillir^; mais, appelé bientôt à une chaire dans TUniversité de Gœttingue, M. Curtius dut renoncer à rhonneur du travail qui lui était confié. M. Ad. KirchhofF en hérita, sous la condition de hâter fachèvement du recueil en réduisant le travail au strict nécessaire, pour que T Académie pût, après un demi-siècle, consacrer la clôture du Corpus par la publication des tables si justement et si longtemps attendues. Âlais ce vœu même des hauts patrons do l'entreprise n'est pas encore accompli, et, à vrai dire, le quatrième tome de la collection commencée par Boeckh, et continuée par Franz, ne répond pas dignement aux trois précédents. D'abord, M. Kirclihoff, «pioiquc |)hilc)logue et critique de la meilleure école, n'était pas encore l'épigraphisle qu'il est devenu depuis. Il n'avait pas publié ses excellents niéinoii?es sur (|uclques chapitres de l'épigraphie athénienne et sur rin.sloire do l'nlphabel grec, mémoires qui le placent aujourd'hui a côté d«\s maîtres de lu science-. C'est, à ce qu'il semble, en classant^ on complriant, en corrigeant quelquefois les matériaux réunis par Franz poiu' les inscriptions de provenance incertaine, pour les inscriptions cliréliennes, etc., qu'il s'est formé c\ fart difficile dont il H étnit jusque-là peu occupé. M. Boeckh, qui vivait encore (il est mort on iSGy, à Berlin), s'intéressait toujours à fœuvre de ses continuateurs rt les éclairait au besoin de sa critique et de son vaste savoir. Par un sentiment de modestie qui lui fait honneur, M. KirchhofF a conservé des manuscrits de Franz tout ce qui pouvait être utilement livré à l'impression, et surtout une très-solide introduction à l'étude des vases peints, considérés au point de vue épigraphique. Pour améliorer les autres chapitres, comme celui des monuments métrologiques et celui

' Voir surtout les Anecdota Delphica. Beroliiii, 1843, iii-i% et les Inscriptione»^ (jrœcœ nupcr reperlœ duodecim. Berolini, i843, in-8". — * Ueber die Chronologie der Atlischen Volksbeschlàsse fur Methone, 1862; Bemerkungen za den Urkanaen der Sclialzmeister der anderen Gôtter (raytiai râw iXXeov Ô^ôv) , 1 864 , dans los Mémoire» de l'Académie de Berlin.

des inscriptions gravées sur pierres précieuses, il* s'est aussi adressé aux juges les plus compélenls en chaque matière. Forcé de travailler un peu trop vite, il a fait du moins ce que lui permettaient les conditions d*une telle lâche.

Les inscriptions de provenance douteuse et les însci'iptions chrétiennes sont la partie du recueil qui laisse le plus à désirer. Cela est naturel pour les premières, parce qu'elles sont corame le résidu d'une immense collection de matériaux inégalement élaborés par la critique, et parce que bien des documents de ce genre restent obscurs ou dénués de tout intérêt tant quon n*en connaît pas la provenance* Cela est naturel pour les inscriptions chrétiennes, parce que, répartîtes sur un espace de dix-sept siècles (on n'a pas craint de descendre jusqu'à la prise de Constantiuople) , souvent peu instructives pour t'histoire de siècles plus voisins de nous, pour lesquels abondent les témoignages des historiens, conçues souvent et d'assez bonne heure en un fort mauvais langage, écrites par des mains de graveurs très-inhabiles et défigurées par mainte faute d'orthographe, elles offrent h la curiosité des érudits un sujet peu al trayant. Aussi nes*estil pas, jusqu'ici, rencontré, comme pour les inscriptions chrétiennes de F Italie, un de Rossî, et, pour celles de France, un K. Le Bbnt, qui prît en inuin la tâche de les ranger et de les interpréter méthodiquement, d'en constituer la science, si je puis ainsi dire< Une soixantaine de ces textes s'étaient même , par erreur, glissés dans les trois premiers tomes du CorpusK ce qui prouve qu'on n'avait pas alors d'indices bien surs pour en déterminer le caractère. M, kirchholf n'a donc guère fait plus pour les inscriptions chrétiennes que résumer les travaux antérieurs; c'est de quoi je puis témoigner particulièrement en ce qui concerne les tessons ou ostraha, d'origine égyptienne, que j'avais publiés naguère dans les Mémoires de rÀcadéraie des inscriptions *. Il en est de même pour la célèbre inscription métrique d'Autun, l'un des plus anciens aujourd'bui et des plus précieux monuments que nous possédions pour l'histoire de la liturgie chrétienne, et qui, à ce double titre, est devenu, dès sa réapparition, fobjet de travaux approfondis^.

IjC quatrième voiume du Corpus înscriplionnm grœcamm devait, on l'a vu plus haut, avoir pour compléments un traité spécial de l'écriture grecque épigrapluque et des tables. Le traité paléographique, rédigé en

' M, Kirciilioiî en doiiuo un relevé dons U prt^face tlii lome IV lIu Corptu. — ' Tome XXI, r* parlic, 18&7, morceau qu*ou trouvera réimprimé avec quelques fiméliorûlions dans mei Mémoires d'histoire ancienne et de phiîohgte. Paris. l863, in-S"; dans le Corpas, n. 9060*9063. — * Corpus, n. 9890.

langue allemande, a paru en 1 86i , mais sous le format in-i*, dans les Mémoires de t Académie de Berlin, et M. Ad. Kirchhoff Ta réimprimé sous le format in-S"*. en 1 867, avec quelques améliorations, sous le titre d'Etudes pour rhistoire de ialphabct grec, titre dont la modestie est en mémo temps fort sensée ; car les éléments d'une telle histoire se sont tolloment multiplies depuis cinquante ans, et ils se ramifient, si je puis ainsi parler, d\me façon si compleie, en se rattachant à l'histoire gé* nérale de récriture alphabétique, qu'il va là. aujourd'hui, toute une science. En 1 855. l'Académie d^'s inscriptions proposa sur ce sujet une question qui ne reçut qu après avoir été plusieurs fois remise au concours une solution satisfaisante, et ce fut un jeune savant français, M. François Lenormant. qui obtint le prix par un mémoire en deux gros volumes, en ce moment sous presse à flmprimerie nationale, et dont un extrait seulement a été publié, en 18^7, dans la Hevaearckéohhjitfue. Les seuls éléments crées de ce grand problème sont déjà nombreux et variés: il y a la paléographie nuinismatique. jadb esquissée par labbe ll;irlheleni\ dans un lîest^ meilleurs mémoires au Recaeil de r Académie des inscriptions^*: il y a la paléographie des manuscrits sur impyrus, sur ixurheinin et sur j^apier, qui est le principal et presque l'unique sujet du grand ouvrage de Montfaucon*, et que le professeur («onstantin Tischonilorf, le plus grand connaisseur de fEurope savante, avec M. Kn^uK Miller, en fiil de manuscrits grecs, se propose de traiter i\ fond dans un ouvrage où seivnt résumées toutes les acquisitions de la seienee depuis cent cinquante ans: enfin, il y a la pal^pgraphie des inscriptions, celle que les dilferents éditeurs du Corpus inscripiionam gnrcaram ont successi; ouient développée, qui s*éclaire aussi par f étude des formes airhaîques de lalphabet latin*, et que M. Ad. Kirchhoff expose, avec toute la précision désirable, dans son mémoire déj& cité. Aussi, 2\ part quelques additions que réclament des découvertes toutes

' 'I orne XXIV. Tous les Mémoires de Barthélémy insérés dam ce recueil aaraîent

hieiiiiuVito (f^treréimpiimè^en un volume, à la suiledes Œuvres diTersesdelaulear.

- ' Parisiis e typogrttphia regia, 1708. Les Anecdota sacra et profima , Lii>iie, 1861,

ui.'»\ ilo M, lions». Tischendorf, avec les trente-cinq planches qu ils renfemieat .

iMMivrnl i^ho lonsiJôrês comme le spécimen d*iine nouvtllt' Paléographie depuis on^lompH promise par ce savant. Le manuel récenl de M. W. Wattcnbach, AideiîHfhf cHt' tfrifsvhischtn Palœographie, Leipzig, 1867, ^^^ "" a*l«» de douze spéciwww palei»j«iMphiq"e« et un texte explicalif, laisse, sous tous les rapports, fcîeaunuip rt ile.NiriT. — * N oir surtout la partie du Corpns inscriptkmam latinarmm confiée .ui^ soinn tie M. Kr. Uilsohl : Prisctv laiinitaiis monumcnfa epigrapkica ad artheirpot^um fid^m iMviH/Ww Uthographis repnFsentata. Berolini, 186a, in-foiio, arec les SappUm^HUt. in A*» publiés à Bonn en 1862 et années saivaote».

INSCBIPTIONS GRECQUES. Iflî

récentes\ on peut dire que les épigraphistcs éditeurs du Corpus se trouvent avoir rempli maintenant la promesse faite, dès le début, par M. Boeckh, et depuis si longtemps ajournée.

Il n'en est pas de même pour les tables. Nous n avons là-dessus, à rhciire quil est, aucun renseignement formeJ. et nos lecteurs comprennent qu'il est fort difficile de s'en procurer dans Télat actuel de nos relations avec rAllemagne, Du moins, nous croyons savoir que les ac;i* démiciens berlinois, considérant l'étendue et I importance des additions et corrections que réclame aujourdliui Tensemble du Corpus pour être mis au courant de la science, renoncent à en rédiger les tables et songe* raient plus volontiers à préparer une nouvelle édition de Touvrage: nous regretterions beaucoup une telle décision. Parmi les tables qui sont le complément nécessaire de ces grands recueils de documents il y en a surtout une qu'il eût été nécessaire de publier avec le dernier fascicule d'inscriptions : c est l'index par ordre alphabétique des lieux aaxquels appartiennent les dix mille inscriptions du Corpus. On a suivi, pour classer tous ces textes, et Ion a fort bien fait, Tordre géographique, de manière que cbaque inscription se trouve rapportée au lieu où elle H été découverte; mais, d*abord, pour beaucoup de localités obscures, il faut souvent recourir à quelque dictionnaire de géographie ancienne avant de cbrrcher dans le Corpus les inscriptions quelles ont fonrnies au recueil; telle est, par exemple, la petite ville de Gambrium, en Troade, où l'on n'a retrouvé jusqu'ici qu*une inscription , mais fort précieuse, car ce:it un règlement somptuaire sur le deuir-'. En outre, bo!i nombre, de textes intéressent d'aulres villes que celles où on les a trouvés. Par exemple, l'inscription reproduite au n» 5885, sous la rubritjuc de Rome, appartient, en réalité, à la ville asiatique de Mopsueste.MiUs voici une cause plus fréquente de déplacement. Quand une cité grecque décerne des honneurs à quelque citoyen d'une autre ville, le décret, ordinairement gravé en deux ou même en trois exemplaires, a pu se conserver pour nous tantôt dans le niunicîpe d où émane le décret, tantôt dans la patrie du personnage en riioniieur de qui le décret est porté et qui en avait reçu oflTiciellement une copie sur marbre; quelquefois aussi, comme pour les traités de paix, cbaque partie intéressée possé* dait un exemplaire authentique de la pièce ofBcieUe, et, en outre, un exemplaire en était déposé, pour pins de sûreté encore, dans quelque édifice religieux. C'est ainsi que la ville de T^os, à elle seule, nous a

' Voir une a-ldïlion fournie par M. KirihliolT Kitmème, < de rAcadémie de Berlin, 1870, p. 5i et suiv. — ' Corpus, n

dans !c Monaisbertckt 356a.

consenre . dans ses ruines . une trentaine de décrets consacrant rimmunité ou lis) lie de son sanctuaire de Barchus, et ces décrets émanent de TÎlles Cretoises et d'autres pays plus éloignés encore de la côte ionienne'; or i!s sc^nt tous rèimis chez M. Boeckh . comme chez M. Le Ehs, qui nous on fournit une transcription plus correcte et plus complète « dans le rhapftro des inscriptions teiennes. On voit par là quels inconvénients entraîne !a méthode géographique scrupuleusement appliquée. Ces inconvénients seraient corriges par le moyen d*une table spéciale, qui devait è:re la première de toutes celles que Ion attend, et qui, futelle provisoirement la <^eule. rendrait beaucoup de services aux amateur> de recherr*-es epi^raphîques. L'observation qui précède s'applique également au i .;»j;r jrcke*:li>ji^me de M. Phil. Le Bas. et, à plus forte raison, aux A^t::zitc< keiU^i'jmcs de M. Rangabé. sans ôter rien, d'ailleurs, a:: so^de uurite qui les recommande. J*y insiste d'autant plus V AMit!er> que si. en la ctncralisant. quelque studieux philolc^e dres- M*t. ivir v^rJe aîohabetique. une table de toutes les localités anciennes .Hi Ion a rvtrvHîv- dts inscriptions crecques. avec indication des ou- \ radies ou .-es uisc.iptior.s ont ete publiées, cette table serait, dans 'Vtat ai-txioî de ta science, un des plus précieux instruments de travail qi:e i .^n pût t^iîrnîr aui helléniste* et aux historiens.

Ine vî-:rn:ere oUs-^rvation no.îs reste i faire sur fensemble des Ira- \aiî\ qui ont jx>i:r v^h'el h^ inscriptions grecques : c'est que, pour ces uuMUuno is. la cr:;:qae. grâce i Dieu, ne se roit pas souvent arrêtée, coirme fvur les in>c:iptîons latines, par le devoir de démasquer des tîaiuio. la ianiiac et les antiquités grecques sont, en somaie, un genre lie saxv^ir moins cv>n-mun que la langue latine et les antiquités romaines. AiiSNi îes taus>aires latinistes, en épigraphie, ont-ils été plus nombreux c( pla> tc\xMuls; le grand nombre de leurs fraudes avait même produit, au wiu* >iMe, une réaction de scepticisme, que représente i son plus I a\U iKxre lArs criticn htpidaria du célèbre MalTéi. Mais que sont les xiujit ciùij ou tnmte inscriptions apocryphes de Michel Fourmont, dont M Bo(H kh a victorieusement démontré la fausseté? que sont les rares cx.NnpIo du même genre épars dans divers recueils^, à côté des ccn-

' i>yx>. n. ">Oilh cl suivants; Le Bas, Vojrage archéologique, V, Inscriptions. tk «s* il >«'x ^nt*. ^^tt tn>uvera d'autres exemples de ces déplacements aux n. 335a , ; iSi' .^.*^S' ol ^x'^M *lu CorpvLs; dans le Voyage archéologique de Le^s, partie II, n V^i nU- • * l. * origines chrôiiennes sont le lorrain où **esl peut-être le plus \vtNAV \ilN* uwl*Aiuo industrie : voir, par exemple, Tinscription de Malle, dont M tUsili slemontm U fausseté, en iSSa, dans un programme de rUuiTersité de tUwUÙ e^ .jui m teuvUit a rien moins qu'à éUbUr. pour ces premiers siècles de

laines et peut-être des milliers d^inscriplions latines dues au gënie inventif des antiquaires, surtout des antiquaires italiens du xvi* siècle? Dans celte partie de son travail romnie dans les autres. M, Boeckh s est monlré un véritable maître '. Nonseulement il a établi avec clarlé le fait de fabrication moderne» quand il y avait lieu, mais il en a distingué avec grand soin certain cas où, comme pour la célèbre inscription de Sigée, le faux archaïsme remonte à l'antiquité même'. L'antiquilé, en effet, a eu ses faussaires, ou simplement ses aniateurs de textes archaïques, qui cottiposaient et faisaient graver de fausses inscriptions pour orner leurs musées domestiques. Quelquefois aussi il nous est parvenu d'un texte très^ancien une copie lapidaire plus récente ^ : en pareil cas, le désaccord de récriture avec rorlhogi'aphe et ia grammaire u pu, mais sans raison» jeter quelque doute sur Tauthenticité de rorigioal. Au reste, quoique ces problèmes délicats s'imposent moins souvent aux éditeurs d'inscriptions grecques qu'aux éditeurs d'inscriptions latines, la tâche des premiers reste encore laborieuse; elle exige de plus les ressources d^un riche savoir et les dons d'une heureuse sagacité.

Après avoir ainsi exposé l'histoire sommaire et apprécié la méthode des principaux recueils d'épigraphie grecque, nous voudrions les con* sidérer successivement à deux principaux points de vue : i" celui de Id langue et de la littérature, car if y a là aussi d'utiles suppléments à nos connaissances actuelles; i"" celui des moeiu^s et des institutions de l'ancienne Grèce.

Un premier caractère, tout extérieur et pourtant digne d'allenlion, qui signale l'épigraphie grecque comparée à l'épigraphie latine, est

îîotre ère, Texisience d*une secte pseudo-chrétîenne, poussant le commuoiâme jusqu'à la communauté des femmes- — * Fran^, Ehmenta ep, gr., p. 84, en note, t^atleste par celle remarquable observation» que plusieurs de* inacriplîons de Fourmont, reconnues pour authenlîqu^s par Boeckh, ont été, en effet» relrouvées sur les hcux par des voyageurs plus récenis; que, pour les aulre^^, la critiquo de Thobile épigrapliisle n*a reçu encore aucun démenli par suite des découvertes récentes. — 'Voir, parciiempte, Finscription en vers élégiaques qu'une fausse tradition attribuait à Hercule, dans l'ouvrage pseudo-aristolélique de$ Récits merveilleux, c. i33 (ou 145, édit. Beckmann), et, pour rinscrtption deSigee, les n. 8 du Car^paj (avec les Addenda du tome I, p. 869) et n. 3î des Elemcnia de Franz. Cf les n. ^56 cl 1759 du Corpas, — * Exemples : dans le Corpus, n. 170, io5o, io5i et a655. On sait que tel est aussi le caractère de la célèbre inscriplion latine dite de la colonne rosira/e : nous n'en possé'lous qu'une copie de beaucoup postérieure aux yîc lotres navales de Duilius.

Textrême simplicité de Texécution. De bonne heure, les Romains, que l'on n'est pas habitué pourtant à voir précéder les Grecs en tout ce qui tient à Fart et au goût, ont mis une certaine recherche d*élégance dans la gravure de leurs inscriptions, surtout de celles qui décorent les mo uuments d'architeetui^e ou la base des statues* Les graveurs ' grecs se sont assez tard attachés à ce genre d eflet, et en cela ils semblent avoir suivi Texemple des Romains. Les deux écoles de graveurs, si Ton peut employer ce mot pour un métier si modeste, commencent par de grossiers essais^; leur écriture se régularise peu à peu. Mais, tandis que le graveur latin chercha bientôt à varier les dimensions et la disposi* tîon des lettres, le grec, en général et durant toute la période classique, ne songea qua la netteté du trait. Longtemps il écrivit, comme les bœufs tracent un sillon [^oucrtpo^nSov), alternativement de la droite a la gauche et de la gauche à la droite'; plus longtem{>s encore il écrivît sans séparer les mots par des intervalles sensibles, et, quand il employa des signes de séparation (ce sont d*ordinaire deux ou trois points en ligne verticale), ces signes n'avaient pas la valeur d^une véritable ponctuatioD. L'écriture attique pratique dès une haute antiquité, et jusque vers le milieu du iv' siècle avant notre ère, lusage de graver sur chaque ligne un nombre égal de lettres et de les ranger avec ia même rigueur dans le sens vertical que dans le sens horizontal [<T'TQtx''iS6v)^, Cela donne à ces pages lapidaires un aspect fort réguUer; mais cela en rend

' A vrai dire, le nom apécial de ce mtî'tier chez 1<î3 Grecs et îcs Romains manque jusqu'ici dans nos lexiques; il manque surlout à notre langue. Ce devait ^Ire, en grec» ^Avpsi^s, cl eu latin, scalplor, comme l'indique une inscription bilingue, et. a ailleurs, fort incorrecte, de Palermc (Orelli. Inscr. luL n. iaaa; Cùrpm Imçr. grœc. n. 5354. Cf. Lelronne, Imcr. de V Egypte, n. i8). Les mots latius lapicida, proprejnenl « tailleur de pierres » (quelquefois francisé en lapicide) , et marniontrius , « marbrier f (fjtatpfxapipio». Corpus, n. 1107), ont un sens trop vague. QuadratariuSy employé une fois pour « graveur dinscriplions » par Sidoine Apolliuaire [Epist. III, 13)» n'est guère facile à naturaliser en français. — * Voir, par exemple, le* premiers numéros du Corpus, et les inscriptions archaïques de Théra, découvertes par M. de Prokescb, publiées par M. Boeckb dans les Mémoires de l'Académie de oerîin, en i836, reproduites avec des observations nouvelles par M. Frani dans ses Eicmcnta cpigraphices grœcœ. — * L* exemple le jthis remarquable do ce genre d'écriture est assurément Tinscription rapportée deGorlyne, en Crète, par M-Theiion, et qui parait contenir (car le déchiMcement en est resté jusqu'ici imparfait) un règlement ou nue loi sur les successions (Bevae archàihgique de i863). — * Ëlxemple dans la belle sléle du musée du Louvre dont Tabbé Barthélémy publia le texte eu 179a [Mémoires de r Académie des inscripiions , tome XLIV) et qui forme un des documents principaux reproduits dans Y Éconamiç poUtique des Alhémens de M. Boeckb,

roSCRIFTIONS GRECQUES.

pour nous la lecture assez pénible, car les mots se trouvent souvent coupés, à la Cm des lignes, de la façon la plus bizarre et sans aucun souci de leur organisme grammatical. On s étonne que des pièces constituant de véritables affiches, destinées à être lues par tous les pas* sants S le fussent assez facilement pour qij*on se soit avisé si tard dy introduire les divisions et les distinctions qui nous semblent aujourd'hui si nécessaires. L'habitude, apparemment, rendait les Athéniens peu sensibles à cet étrange défaut* C*est aux Romains que nous devons surtout l'exemple d'une meilleure méthode : on peut s*en convaincre en comparant, parmi les chefs-d œuvre de rimprimerie des Aide, les textes latins et les textes grecs, et surtout la forme des majuscules dans chacune de ces deux séries. Il est facile d'y reconnaître rheureuse et prédominante influence d'une imitation des beaux types de Tépigraphie^ latine.

Lalphabet ou plutôt les alphabets employés par les graveurs d'inscriptions grecques offrent le sujet d'études et d'observations plus intéressantes encore. Je dis les alphabets, car ce pluriel résume le progrès considérable que nous avons fait depuis un demi-siècle dans la connaissance des écritures grecques. De même que Tidiome primitif des Hellènes s*est diversifié selon les divisions mêmes de ce petit peuple sur les parties du sol asiatique ou du sol européen auxquelles il a donné son nom; de même» l'alphabet dit carfmc^fi ou l'alphabet sémitique primitif, répandu parles Phéniciens sur toutes les côtes de la Méditerranée, y a pris des formes et des développements si divers, que, sans compter les variétés latine, osque, ombrienne, étrasque et ibërienne, on trouve, dans la Grèce seulement, plus de vingt alphabets différant entre eux, avec un fonds commun, par le nombre et la figure des caractères, ce qui donne aux inscriptions doricnnes, attiques, éoliennes, etc., autant de physionomies particulières, images assez fidèles de la diversité des dialectes parlés parles divers membres delà famille hellénique; indices souvent obcurs, il est vrai, mais toujours précieux, de la diversité de prononciation que devait offrir, selon les pays, ce riche et harmonieux langage. On voit ainsi les Grecs s'essayer à noter de leur mieux par récriture les nuances locales et les changements successifs de l'harmonie dont ils étaient si fiers, qu^ils allaient jusqu'à vouloir montrer, dans leurs

* La recommandation t de placer les stèles dans le lieu le plus en vue, » (TlifuaLt ip èiit(pavea1àrù} rà^ù)^ est fréquente à la fin des actes offiriels, (Voy. Fran*, Elemenia ep, gr. p. 3i5.) Au re^te, il est juste d'observer que, même chez naus, les personues illettrées réunissent volontiers, soit en lisant, soil en écrivant, les mots que la grammaire nous enseigne à séparer

JOllRNAL DES SAVANTS. — MARS 1871.

écoles, que leur langue était réellement celle des dieux de FOlympe*. On voit, en même temps, combien est vaine la tentative, si souvent répétée jusque nos jours, de retrouver la vraie prononciation du grec ancien, quand il y a eu dans lantiquité tant de façons de prononcer le grec, tant de façons de fécrire. Comment selait-il, par exempte, que, avant l'introduction du "4^, les Attiques représentent toujours par d>2. jamais par 112 ou par B2, le son double de cette lettre? que B2 ne se soit, jusquici, rencontré sur aucun texte; que 112 ne se trouve que sur des textes d'origine dorienne^? Quel était au juste le son de l'aspiration éolienne appelée digamma, F, et celui de Taspiration plus forte H, répondant à Icsprit rude de notre orthographe usuelle? Quand et comment s*est eflbcé, dans l'usage, le son de Tiota que nous disons souscrit, que les Grecs adscrivaient régulièrement jusquaux temps voisins de Vère chrétienne, et qu ils finirent par négliger absolument dans leur écriture épigraplîique? Voilà bien des problèmes délicats, pour lesquels l'épigra phie appoile des éléments de solution nouveaux, sinon toujours décisifs; et ces éléments n intéressent pas seulement la grammaire grecque, mais encore la grammaire comparée des langues indo-européennes. Si Torthographe archaïque des Grecs et des Romains, si, en général, les ivlphabets divers employés chei les peuples Aryens eussent été mieux connus de Fr. Bopp quand il écrivait sa Grammaire comparative des idiomes de cette famille, nul doute que ses fines analyses de phonétique n'y eussent gagné un surcroît de précision et de rigueur que les disciples de ce maître ont seuls pu atteindre, grâce aux travaux des épigraphistes et des paléographes.

Nous avons tenu à montrer l*élroite connexité de ces divers problèmes et l'appui que se prêtent aujouidhui des études trop longtemps isolées Tune de l'autre : un durable honneur s'attachera certainement au nom de M. Boeckh, pour avoir, en fidèle continuateur de Fr. A.Wolf, compris fantiquîté comme un large ensemble de faits et de doctrines dont les parties sont vraiment inséparables et doivent séclairer mutueile ment. A vrai dire, c*est 16 Tesprit même de Faurienne critique française , si bien représenté dès le xvni* siècle par Fréret dans TAcadémie des mscriptions : nous pouvons rendre cet hommage à notre pays sans faire tort aux travaux de nos voisins.

* On en a le témotgtiage formel dan5 une page du (railé de Philodéme Uef>i Tijs rév S-ccwv èvtrloxpt^fAétnfç hayùtyyffs, col. li, au lorac VI des Volantma kerctdanmsfa. — ' Franx, Elementa cp. (jr, p. 19-3 1 , et 127. Cf. Corpus ^ n. Sy/ic», et le nom Z^voxXns éçïk KZENOKLEZ sur un vase de la Collection Durand» n* 67.

Si des alphabets nous passons aux dialectes, l'importance des grands recueils d'épigiaphie ne nous paraîtra pas moins considérable.

Les documeDts littéraires ne nous font bien connaître que trois dialectes: le dorien , Fionien et Tattique; encore, des deux premiers ne nous font-ils connaître quune forme tout artificielle, la fonne qu'avait adoptée et perfectionnée telle ou telle école dïcrivains. Par exemple, le dorîen de Pindare est propre surtout à la poésie patriotique et religieuse, et cestà ce titre quon le retrouve peu modilié dans les chœurs des tragiques d'Athènes. L'ionien d'Hérodote est, sauf uue ou deux exceptions, la langue de tous les logogmphes ^ cest-à-dîre de la plus ancienne école des historiens grecs. Un peu plus rapproché du dialecte attique, dans les écrits qui portent le nom dHippoeratc, il est, là aussi, et il reste longtemps le dialecte préféré des médecins. Les grammairiens grecs qui ont traité des dialectes, ceux, du moins» dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous, ne connaissent guère que les formes littéraires de l'hellénisme, et ils tiennent volontiers potu* primitive cette cx)mmode répartition des dialectes de la langue en trois ou quatre variétés qui répondent au partage du sol grec entre les trois fils d'Hellen, les fabuleux Ion, Dorus et Eolus (le dialecte attique n*étant quune forme secondaire de rionien). C'est à peine s'ils nous signalent, dans Epicharme, un dorien particulier à la Sicile; dans Corinne, un éolien particulier à la Béotie et fort dillérent de celui qu employait Sappho à Lesbos. Les inscriptions seules nous font voir combien de dialectes obscurs \ivaicnt, à côté des dialectes littéraires, dans une région inférieure de rhellénisme. Au commencement de ce siècle, un savant grec, Kodrikas, retrouvait encore sur le sol de sa patrie treize principales variétés dialectiques'. L*aacienne Grèce en avait peut-être un plus grand nombre : deux sections du Corpus nous le font surtout comprendre, celles qui réunissent les inscriptions éoUennes de la Béolie et les inscriptions doriennes de la Crète. D'abord l'éolisme des Béotiens, celui que Corinne employait dans ses vers, n est point du tout le dorien de Pindare: ce dernier poète ne chantait donc pas en sa propre langue les dieux et les héros , pas plus qu'Hérodote n'écrivait le dorien , dialecte usuel de sa patrie, Halicarnasse; chacun deux s'était librement choisi, avait librement enrichi un langage approprié aux sujets quil voulait traiter- Le recueil des inscriptions béotiennes, complété, amélioré bientôt par la diligence de M. Keil^, nous permet aujomd'hui de mieux

* Obiervatloni sur l'opinion de quelques heUéruates fauchant h grec moderne* Pûris, «n XIJ, in*8*. — * Sylloge inscriptionum BœoHcarum, Lipsiee, rSAy, în-4*.

saisir dans leur ensemble et dans leur diversité les dialectes réunis sous le nom commun d'éolieiu De même en Crète, dans la Crète t^aux cent avilies, r> celui de tous les pays grecs où régna» on pourrait presque dire où sévit le plus rétroit patriotisme des petits mnnicipes, les dialectes, quoique tous doriens, redètent, en quelque mesure, ces divisions municipales. Les inscriptions seules ont permis à M, Boeckh de traiter spécialement du dialecte ou des dialectes crétois. Si, après ses Introductions à ces deux parties du Recueil , on étudie les deux traités de M. H. L. Ahrens , De dialecto molica ( i SSg) et De dialecto dorica ( 1 84 3 ) . on a ridée d'un bien grand progrès accompli dans ces études par les travaux des épigraphisles ^ et qua certainement accéléré mainte découverte postérieure à cette dernière date.

Quelques exemples particuliers le font mieux ressortir encore.

L*inscription éolo-dorienne d'Olympie, contenant un traité entre Élis et Héréa^, les traités plusétendus entre Œanthéa et ChaléioD, entre la Locridc Hypocnémidienne et Naupacte^, qui ont été retrouvés plus récemment, rinscription crétoîse de Gortyne que je rappelais plus haut, Tinscription argolique communiquée en i86o par M. Rangabé à TAcadémie des inscriptions *, confirmant le témoignage des rares textes béotiens et mégariens contenus dans les comédlies d* Aristophane , font voir à quelles profondes dissemblances allait la diversité des dialectes : elle allait parfois jusquà rendre pour nous presque méconnaissable, à première vue, le caractère hellénique d\m texte que lanalyse grammaticale rattache pourtant, avec peine, mais avec sûreté, à sa vraie famille. Or ce phénomène se présente encore dans le grec moderne. Il y a dans la Morée un obscur dialecte, le tzaconien, que des conditions particulières semblaient devoir protéger plus qu'aucun autre contre les altérations qui viennent du dehors, et pourtant un texte en tzaconien parait, tout d abord , étranger au fond de la langue hellénique : on dirait quelque patois vraiment barbare. Mais, à force de patience, on a pu

* U est regrettable que nous n'ayons pas les mêmes ressources pour le dialecte ionien. Malheureusement nous avons peu d'inscnottons des villes ioniennes où le dialecte local ne se confonde pas déjà plus ou moins avec le dialecte aUique. — * Boissonade, dons le Classical Joarnal , XX, p. a85; Corpus, n. ii; Franx. Elementa ep. gr, n. ai. — * Le premier publié en i85i, le second, en 1869, tous deux par un savant grec M. S. N. OEconomîdès, qui a déjà mis un zèle fort méritoire à en éclaircir les principaleij difficultés. Le premier a été, depuis, Fobjel d'un travail împorLanl de M. Ross (Leipïig, i854); le second, de quelques observrttions Utiles de M. G. Curiius, Studten sar griechUcken and latcinischcn Grammatik , t. Il » p. 11 , p. 44o et suiv. — * Tome VI des Mémoires présentés par divers savants étranger» (i863).

ressaisir, au moins sur les points principaux , le fil qui le relie à cette antique origine K C est donc sur le sol même d un si petit catUon que le dialecte de ses habitants s'est transformé par une sorte de végétation séculaire « et quil s est de plus en plus éloigné des dialectes voisins. L*bi$toirc des langues néo-latines nous présente des exemples analogues, et ces analogies relèvent singulièrement la valeur des observations recueiHies dans ces derniers temps sm^ les dialectes grecs.

En général, et pour toutes les paities comme pour tous les âges de la langue grecque, Tépigraphie a fourni, et peut fournir encore aux lexiques des additions nombreuses et variées : tantôt c'est un dérivé qui vient s'ajouter au mot simple jusqu^ici seul connu; tantôt cest une forme grdmmaticalement intermédiaire entre deux autres, que Ton pouvait admettre par conjecture, mais que Ton aime à voir attestée par un exemple authenlique. Quelquefois un mot fouini par les anciens lexiques, mais dont la leçon était douteuse, se trouve confirmé ainsi par l'autorité des marbres. Certaines séries de mots, comme ceux qui expriment des fonctions publiques, s'augmentent dune foule de synonymes dont chacun représente une nuance particulière ou un caractère nouveau pour nous de l'idée principale^.

Ces observations d'ailleurs (le moment m'est opportun pour le remarquer) doivent surtout leur importance à l'exacte leçon des textes, et les méthodes, à cet égard, se sont fort perfectionnées. Chose étrange et pourtant vraie, il n'y a guère plus de trente ans que Ion a songé à relever les textes cpigraphiques au moyen dempreinles prises sur l'original avec du papier mouillé : ce procédé si simple, dune pratique presque toujours sûre, permet de constater avec la dernière précision l'état du texte, les degrés de nmtilation, les fautes de la gravure primitive (car les graveurs, eux aussi, sont des copistes, et, comme tels, sujets à l'erreur), et devant les étranges nouveautés que certains monuments nous apportent, il est le seul moyen qui, surtout pour un voyageur, unisse à la sûreté du relèvement une honnête promptitude. Quand les marbres sont à notre disposition, le long des murs d'un musée, un antiquaire habile et attentif les peut relever et coUationncr sans peine et sans beaucoup de chances d'erreur : les récents catalogues de nos musées européens^ nous ont, en cela, rendu de grands services par la diligence

* Ceâtle sujet d'une thèse fort Ingénieuse du regretté G. Deville, ancien membre de rÉcole française d'Athènes, mort à Paris en 1869. — * Nous avons étudié spédalement une de ces séries de mots dans un mémoire lu, en 1870, àfAcadémie des inscriptions et belles-leUres , el inséré aux Comptes mndasée ses séance», août 1870. — ' Voir, entre autres, les catalogues de la collection épigraphique de Leyde par

des conservateurs de ces trésors. Mais autre et bien plus difficile est I;i tâche des voyageurs comme Ph. I^e Bas» comme MM. Foucart et Wescher, comme M. Waddinglon» comme M* Emm. Miller, qui avaient à copier par centaines, quelquefois par milliers, des textes épîgraphiques, A tnivers les fatigues et quelquefois les përils d'une exploration dans des [ïays pestilentiels, parmi des populations demi-barbares ^

Athènes, qui est, h elle seule, comme un musée central des antiquités grecques, regorge (ce nest pas trop dire) d'inscriptions qu'elle ne «ait plus où abriter, où ranger, tant elles abondent chaque jour par le progrès de fouilles heureuses : ces inscriptions, toujours soumises à fexamen attentif des hellénistes, nous aident à fixer avec précision Forihographe du dialecte attique selon ses différents âges ^, Tallération considérable qu il subit dès les temps macédoniens, les progrès de ce dialecte sans couleur et sans élégance que depuis ce temps» surtout depuis finvasion romaine en Grèce, on a désigné sous le nom de dialecte commun, ei dont la lillérature grecque nous offre un exemple dans la grécité de rinstoricn Polybe, comme déjà l'avait bien vu notre vieil érudit Claude Saumaise^, Un autre degré d'altération se marque par fintrusion de nombreux mots latins, en parliculicr dans le slyle administratif et officiel : 'adrpùji;, au génitif tjdrpùyvos, grâce a l'identité de sa racine avec celle du latin paironuSt est un des premiers de ces intrus [Corpus, n. 1878, 2a i5, 8609, '6621, etc.), que suivront bientôt d'autres; KovpoLTûjp (Corpus, n. SSyy, 5898, etc.), carator; titXos [Corpus^ n. 3998; Ross, n. 3 16), tiîahu; xnvcroç [Corpus, n, SySi), census; ixia [Corpus, n. 2927), acta, et ses dérivés àmoudptos {n. 4 00 4) ou ébiTovdpis (Le Bas, Vo)'age arch. V, n. 2037); mais, ce qui altérait plus gravemcntl'helléuisme, des dérivés comme €raTp^*'€Uûj(Corpfi5, n. 1 695), Kovparopsuôj [Corpus, n. agSo et 5884); des composés hybrides comme èpoTtpaméa-nos , «le préposé h la garde des frontières» (Corpus, n. 1086. Cf, Le Bas, V, n. laoî, qui nous offre un exemple de ^panritjtTos , prœposilus)^ et tant d autres quil est inutile d'énumérer icu Au premier

M. Janssen (iSia, ia-4*'); des înscripiînns grecques du Louvre par M, Froeliner ( i865, înoa) ; du Musée de Tnubuse par M. Roscliach ( 1868, in-8*), — ' Comme lémoignaçe des nombreuses diflictilté^ que font nailre les mauvaises copies acceplées et corrigées sans conUôle. voir les notes de M. Waddingïon sur le recueil ae Bailie, InscripUons de Le Bas, V, n, i3oo, i3ii» i3i6, i3ao, i34o, 1371, i383, i^ii- — ' Le premier essai mèlhodique en ce genre me parait être cebit de M. N. Wecklein, Carœ epîgrapkicœ ad grummaiicum fjrœcam et poetas sccnicos pertinenteB. Lfpsiœ, 1869, in-B\ — * Daa» sa pi'd?iulesque, mais très-savante controverse avec Beinsius cl Schook : De Ungaa Heiknuiica (v, surLoul livre II, c* i]t et

siècle de notre ère, Quintilien * signale ces emprunts du grec à la langue ktine; il serait intéressant d en étudier» mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici, le caractère grammatical, et d'en suivre, siècle par siècle, le rapide accroissement^.

Le rapprorhement du grec el du latin nous conduit à sigtmler les inscriptions bilin^urs, qui sont c^n assez grand nombre dans nos recueils (par exemple, Corpus, n. hl\^i * 5/|o8, S/jyA ♦ ^AgS, SSig, 5'job, etc.). Quelquefois le grec y sert à interpréter un tuxte conçu en une langne moins ronrme, comme c'est le cas pour certaines inscriptions de la Syrie et pour le monument gréco-phétncien de Malte (Corpo5, n. SySS). Mais, en dehors mûme de ce cas, malheureusement assez rare, la seule juxtaposition des langues grecque et latine, dans les pays où il est fréquent, montre assez bien en quelles relations y vivaient les deux races hellénique el romaine. Enfin la proportion dos inscriptions grecques par rapport aux latines en Caule, en Espagne» en Germanie, nous sert à déterminer avec une certaine exactitude en quelle faible mesure l'action de Thellénisme avait pénétré dans ces divers pays.

A un autre point de vue, plus spécialement littéraire, les inscriptions altiques nous intéressent par comparaison avec celles des îles de l'archipel et du corjtinent asiatique. Au temps de Périclès et de Philippe, elles se distinguent par une sévère sobriété d'expression , et quelque chose de ce mérite se perpétue jusqu'au siècle des Ptoicméesetdeia domination romaine. Mais alors le goût de l'emphase, Tabondance stérile et déclamatoire du style , ce qu'on appelait dans l'antiquité, ce que Cicéron et Quintilien blâment si souvent sous le nom de goût miatiifue, se répand dans les actes nombreux des autorités municipales. Athènes elle-niêrae se laisse atteindre par cette corruption, contre laquelle proteste raiticisme toujours défendu avec plus ou moins de succès, en théorie par les grammairiens puristes, comme Phryniclms; en pratique, par quelques écrivains et quelques esprits délicats, comme Lucien, Les pages cou-

Fanus lingnoî helknisticœ i643. — ^ Insi, orat. I, 5* S 58 : «Confessis quoque grae* «cis uliniur vorbis. iihi noslra drsmnl, sicut îllt a nobi* nonnunquam mutuAnlur. • Cf. une observa tt un piquante que fait, en sens inverse, Lucien , dans son petit traité De ta manière d'iicrire Vkisloire, cb, XV. — 'Le premier, que je sache, un Grec érudit, M, E, Sopboclis, a essayé un recpusenient chronologique des inscriptions grecques, il ce point de vue particulier de l'iusloire de la langue, dans son Introdaction, en anglais, à un glossaire de li basse grécitt» inséré an tome Vlll (i86o), nouvelle !iérîC| des Mémoires de rAcadéniie américaine de Cambridge el Boston. La méthodique el ulile compilation de Wannowski, Anti(jattatei romans e grœcis fontîbat expUcatm (Rcrnigsberg, i846), aurait pu s'enrichir beaucoup par le dépouiMemenl deâ recueils épigrap biques.

ad

servies jur les marbres de la Grèce insulaire sont aujourdliui presque" les seuls documents authenlique$ à laide desquels nous paissions apprécier les dérouU de I école d*Aî>ie t*t les reproches que lui prodiguent les critiques fidèles aux traditions classiques du langage et de réloque nce^

La poésie a également sa place, et une place considérable» sur les marbres de rancienne Grèce. Véplijramme, ènlypcL^^ia, ou texte en vers gravé sur la pierre d'un monument (car c'est le sens primitif et général de ce mot dans rantiquilé) semble niôme une des formes les plus anciennes de Yê7nypa<p}f, On trouve de simples vers, puis des distiques parmi les uionuments archaupies que, par une juste exception à la méthode géograpliique, M, Bocckli a réunis dans la première section de son recueil. Ces petites compositions, d'une simplicité d'abord un peu rude, sV tendent avec le temps à plusieurs distiques, sans dégénérei' jusqu'à une abondance inconciliable avec tes conditions mêmes de la gravure moDumentale, au moins dans les siècles antérieurs à fère rhrélicnne. Grâce ^ rheureuse souplesse de la langue grecque, le poète épigrammatique excelle à exprimer en peu de mots, quelquefois avec un n^erveilleux relief, tantôt l'idée dune dédicace ou profane ou religieuse, tanlôt les sentiments d'un adieu funèbre. Aussi les Grecs ont eu de bonne heure la vanité bien naturelle de rassembler en des reeueik spéciaux ces petits chefs-d'œuvre de leur poésie lapidaire*, et ils forment deux ou troi^ chapitres de celte Antholotjie grecque qui fait aujourd'hui le c]iarme de tant d'esprits délicats. Déjà les éditions moflcrnes de YAntholo(iie se sont enrichies de /loo pièces environ par le dépouillement des recueils épigraphiques. L'édition Boissonadc, dont nous attendons avec impatience le second volume, confié aux soins de j\L Délions, pourra certainement doubler le nombre de ces morceaux. Toutes les variétés de la force, de lu grâce et de l'élégance, s'y déploient avec une merveilleuse richesse; et plusieurs écrivains illustref, comme Simonide'\ comptent parmi leurs meilleurs titres à l'admiration de la

* Voir, çnire aulres exemples de cette verbeuse éloquence, dans le Corpus, le* n. 234? (à Syros), a835 (à Tênoô , en l'honneur d*un citoyen romain nommé Autklitis Ba53us). — ^ M, Fronx réunit les litres de plui>i«nirs ouvrages de ce genre, iiujourd*hui perdus, dans le c. n de son Inlrodaclion aux Elvmenfa epigraph'wes^rœcm, — ^ Exempieâ dons le Corpiis n, i5o et io5i. Cf ÂftlhoL Pttl VII, 35 1» et iosfragments 8A el 96 de Siraonide dans \es Poeiœ lyrici de Bergk, Les auteurs anciens (comme Pausanias, I, xlui, S a« et I, \xix, S 9 et jo) onl souvent ou cité ou tranacril de telles inscriptions [Cf le Corjias^ n. 1 05 et 171). dont sur les marbres nous n'avons pas toujours les textes originaux, mais de simples copies, comoie Kinscription en Tboûnear d'Orrippus ou Orsippui de Mégare, Corptut^ n. io5o; cf.

posléntc quelques ëpigrammeî» gravées sur des monuments publics ou particuliers, en souvenir dev<^nemetUs conleiuporains. Là aussi ou peol, d'un siccle à Tiuilre» suivre les progrès et Iti décadence du fjoùt r 1 aOectatioa et la uiignardise |îenètrent peu u peu dans les inscriplions métriques funéraires» comme Temphase et la banalité des éloges dans les dédicaces et daiis les épitaphes en prose. C'est un nouveau parallélisme, digne d'être note, cnive la littérature des marbres et celle des livres : des deux côtés on constate les mémos pliascs de proj^rès et de décadence, depuis l'exquise perfection des modèles classiques jusqu'aux centons d'une versification incorrecle, en un langage demi*barbare. Deux excellents manuels, l'un de M. Welcker\ l'autre de M, Meineke^* oDient aux amateurs le plus heureux choix de pièces de ce genre, qui sont presque toutes, soit directement, soit indirectement, d origine épigraphique.

Une autre classe dmscriptjons importantes pour l'histoire littéraire est celle qui renferme des StScvTKotXtai ^ listes ou programmes de représentations dramatiques; les catalogues aijfjnistifjaes , ou des concours publics pour les divers exercices de i'esprit, comme il y en avait pour ceux du corps^ enlin les dédicaces ou épitaphes de personnages célèbres par leurs écrits.

Les fragments de didascalies anciennes conservés sur les marbres sont malheureiisemetU rares; mais ce qui en reste est plein pour nous de renseignements précieux sur les concours de comédie chez les Athéniens. Tels sont les textes qui figurent sous les n" aag, a3o et a 3 j du Corptts, où Ton relève les titres et les dates de plusieurs comédies perdues, appartenant A diverses périodes du drame comique, et où ion constate le changement introduit, durant la période de la comédie moyenne et de la comédie notwelle, dans ce que les anciens appelaient la chorefjie, cestà-dire, dans ce que nous pouvons appeler leconointe des représentations : tandis que, du temps d'Aristophane, trois concur rents seulement étaient admis à faire représenter leurs pièces dans une même f«He de Bacchus, plus tard, les pièces diminuant d'étendue, on en admit jusqu'à cinq à la fois. Les causes et les conséquences de ce changement seraient trop longues à développer ici.

Pau«aniafl,Lxijv,5t. — ^ SYUaffeejngrammatum,ed,2*,Bonn:Ei, i8a8.irt-8*. L'auteur de ce recueil ne craint pjs dp. descendre, dans ses ctmix, jusqu'aux temps de ta bfis^c gréciLé. M, OrellI a aus5i donné un choit d^. ces épigratiimes à la suite de l'utile recueil iutiUilé Delectus poeturtun latinomm (a* édition Zuricli, i833, in*8*). — * Dehctus poetartim Aatholo^im ^rxcœ , cumudnotationa crltica, Berolini, i84î. in-8'.

Les inscriptions agonistiques de la Béolie, au i" siècle de Tère chrétienne ^ nous offrent une remarquable variété de concours pour la musique, pour la poésie, et même pour la prose; celles de TAsie Mineure sont peut-être plus remarquables encore à cet égard : à Téos, par exemple, sous le n. 3o88 du Corpus, on trouve des concours de calligraphie, de lecture^, de peinture, de poésie mélique et de rhyihmiqae. Les solennités littéraires ne sont pas moins variées à Aphrodisias, en Carie, et dans la ville ionienne de Smyrne': cela nous fait apprécier la vive activité, la noble émulation des esprits, môme dans certaines régions qui, comme la Béotie, passaient pour assez peu favorisées des Muses; cela éclaire ainsi d'un jour nouveau quelques phases de Thellénismc antique.

Il y a, en ce genre, toute une série de textes qui, complétant les trop rares témoignages des écrivains, permettent de retracer Forganisation et presque Thistoire des corporations d*acteurs ou artistes dionysiaques. depuis le temps de Démosthène jusqu*à la chute de Tempire romain. Nous possédons, au Musée du Louvre, une de ces inscriptions*, autour de laquelle beaucoup d autres, dans le Corpus, viennent se grouper ^; elles ont fourni déjà le sujet de plusieurs dissertations®, qui sont loin encore d'avoir épuisé Tétude dun si important chapitre des antiquités grecques.

Parmi les dédicaces ou épitaphes que doit relever Thistoire littéraire on distingue d*abord celles qui concernent des personnages déjà connus, par exemple, Plutarque et ses descendants'', Hérode Atticus et sa famille *. Ce dernier surtout, opulent et vaniteux, avait multiplié si bien les inscriptions monumentales, que ce qui en reste aujourd'hui a pu récemment fournir à lun dos jeunes antiquaires de l'Ecole française d*Athènes, M. Vidal Lablache, la matière d'un assez long mémoire.

* Corpus, n. i584-i585. — ' kvàyvctxris, ce que l'on relrouve aussi dans une inscription de Chios, au Corpus , n. 22 14. — * Corpus, n. a 758 et 3ao8. Cf. a88o, 3089 • ^'^^ (^" j^ remarque des vfivcfy^oi) , et Saoi (où figurent, chose plus notable encore, des vyLveohoi tîjs yepovaias) , 27 1 5 , elc. — * Fac-similé dans l'ouvrage deClaraQ, Inscriptions du Musée du Louvre , planche xxxiv; texte courant, traduction française, avec notes dans le Catalogue de Frœhner, n. 67. — * N. 3o68-3o7i. Cf. 3oA6, et surtout 2/i48, le Testament d*Epicteta. — * Grysar, De Grœcorum Tragcedia circa tempora Demoslhenis (Colonix, i83o, in-û*). Egger, Mémoires d'histoire ancienne et de phÙoloçjie (Paris, i863, in-8°), p. 409. — ' Corpus, n. 1627, 1628, 1713. Cf. n. 38o, inscription honorifique de l'historien Herennius Dexippus, dont nous avons encore des écrits. — ^Corpus, n. 989-994. Cf. 355, 382, 383, 3189^ 3579, 6280 et suiv. etc. Des découvertes récentes ont beaucoup enrichi celte série de textes.

Mais beaucoup de personnages, qui ont dû. jadis avoir un grand rôle dans les lettres el dans la science, ne nous sont aujourd'hui connus que par des témoignages lapidaires. Tel est le médecin Hermogcne, fils de Charidémus, qui, vers le u* siècle de Ybre clirétienne, paraît avoir justifie la théorie de Galien sur Falliance de la médecine avec rérudition ou nîêine avec la plnlosopliie ^; car» ayant vécu soîxante-dîxsept ans. il avait écrit un nombre égal de livres, parmi lesquels son épitapbe ^» quoique mutilée, cite encore les titres suivants : sur Smyrne, sur la Science ou la Sagesse dTIomrre et sur la patrie de ce poète; sur la fondation des villes d'Asie, d'Europe et des lies; des Stadiasmes (ou livres de poste) à Tusage des voyageurs en Asie et en Europe ; un traité des Stratagèmes, des Listes chronologiques de personnages (sans doute de personnages célèbres dans les lettres) romains el smyrnéens» En général, la profession des mcdeciiis est souvent célébrée ^» souvent mentionnée avec plus nu moins de détail sur les marbres ^, Parmi ces menlions j en signalerai encore une comme justement notable ^, c'est le résumé dun décret du Sénat et du peuple de lihodiapolis, en Asie Mineure, décret qui comble de toutes sortes dlionneurs un médecin illustre, olllciellement proclamé l* Homère de la poésie médicale [i/tf àvéypa4fap larpinêv 'CfoiyjfjLd'TGûv ÙfjLfjpov ehai ) , que d autres villes , Alexandrie, Rhodes, Athènes, et, dans cette dci'nière ville, TAréopage et la Snciété, comme nous dirions aujourdliui, des philosophes épicariens [ol kOnvncrtv Èirtxoipaot ÇiX?i<To^oi) avaient comblé des distinctions les plus llatteuses*^. Il était riche autant qu*érudit, et, entre autres générosités» il avait fait don de ses écrits en prose et en vers [otfyypdfAfÀaTo. xcù uroiî/ftarût) aux diverses bibliothèques des villes qui lui témoignent ici de leur reconnaissance. De semblables traits de mœurs, notamment en ce qui concerne les bibliothèques'', ne sont pas rares sur les monuments. Durant

* Ûrt âptfjlo^ hrpôç xai '<^{k6ao^os. Fabricîus, Bihliotheca grœca^ t. V, p. 4ûO, éd. Hftrles. — ' Coqmi , n, 33 n* Cf, Journal des Savants de 1716; Mémoires de Trévoux de 171 '>; Mémoires de l'Académie des inscriptions , t. IV, p. 665. — * Mé Inodore, comme médecin d'un roi de Syrie, Corpus, n. 35f)(i (à Iliuui novum); Arlorius , comme médecin d'Auguste, Corpus, n. 367 (à Athènes), 3283 (à Délos). 3285 (à Smyrne); etc. Le médecin mentionné n. 6197 était un ami du poêle latitJ Perse. — ^ Corpus, ù. 367, 38o, 1778, 1963, 6672, 6683, 6696, 6738. 67^8, 6750, etc Cf. ViHoi.son, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, L XLVII. p. 290. — * Corpus, n. 43 1 5° el dan» Le Bas, Voyage arckéof., Inscr. V, n. i336, où le conlinualenr de Leba*, NL lî. Waddînj^lon n'a eu que peu à ajouter à rexcellcni commeolaîrc de Franx sur ce document, — * Cf. Le Bas, V, n. 1206, et la noie de M. Waddin^ton sur les i>ouvenirs de Platon et des platoniques conservé» par les intcriptions — ^ Epkéméride archéoi n. 4o4 t ; Le Bas, II, n. 8/|5 ; V, n. 1618 ;

NOUVELLES LITTÉRAIRES-

INSTITUT NATIONAL DE FRANCE

ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

L*Académie des inscriptions et belles-lettres a prorogé le (erme de ses différents concours de 1871 aux époques suivantes :

1* Concours du prix ordinaire et du prix Bordin, au 3o juin 1871;

a* Des antiquités de la France, du prix Gobert et du prix de numismatique, au 3o avril 1871;

3* Du prix de la Fons-Mélicocq et du prix Brunet, au 3i décembre 1871.

Page 1