‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 26 sur 79 · AVRIL-MAI-JUIN · texte numérisé non relu

AVRIL-MAI-JUIN

Histoire des Perses, d'après les auteurs orientaux, grecs et latins, et particulièrement d après les manuscrits orientaux inédits, les monuments figurés , les médailles, les pierres gravées, etc., par le comte de Gobineau. — 2 forts volumes in-8**. Paris, 1 869, chez Henri Pion, imprimeur-éditeur, rue Garancière, 10.

PREMIER ARTICLE

Ce vaste et savant travail, déjà publié à la fin de 1869, aurait mérité d*être annoncé plus tôt aux lecteurs du Journal des Savants. Aussi n*aurions-nous pas attendu jusqu'aujourd'hui pour accomplir envers eux ce devoir, si, au moment où nous en étions le plus occupé, des événements terribles n'étaient venus donner un autre cours à nos réflexions.

Les deux nouveaux volumes que M. de Gobineau vient d'ajouter à ceux qu'il a déjà écrits sur l'Asie, et particulièrement sur cette partie de l'Asie où il a longtemps rempli des fonctions diplomatiques, ne renferment pas seulement l'histoire politique des Perses, mais leur histoire morale, religieuse, intellectuelle, poétique, ethnographique, ]é< gendaire , depuis le moment où ils commencent à apparaître comme une nationalité, tout au moins comme une race distincte au milieu de la grande famille Ariane, jusqu'après la mort d'Alexandre le Grand et bien au delà, jusqu'à la (in de la dynastie des Arsacides.

Mettant à profit ses connaissances des langues orientales et le long se-

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jour qu'il a fait dans le pays» hauteur ne s*est pas borné , comme on Ta fait trop souvent avant lui, à rccueillirles témoignages de ! antiquité grecque et latine^ il s'est adressé principalement aux auteurs de rOrienl, et aux manuscrits plus quaux livres imprimés. Disons-le tout de suite, cette prédilection pour les écrivains arabes et persans , musulmans ou guèbrcs» ne lui a pas toujours porté bonheur. Si elle lui sert quelquefois ^i rectifier ou à expliquer d'une manière assez vraisemblable les récits d*Hérodole, ordinairement i! nen lire que des légendes, dont un grand nombre ne se recommande pas môme par Tintérêt poétique, ordinairement répandu dans ce genre de fictions. L'historien est quelquefois obligé de tenii* grand compte des légendes : c^esl lorsque» étant nées avec les événements qui en font le sujet ou les ayant suivis de près, elles nous aident à les comprendre et à en mesurer la portée. Mais celles que M, de Gobineau se plaît à reproduire sont loin d^appartenir h celle catégorie. La plupart denlre elles sont empruntées au Kousch- Nameh, une chronique fabuleuse qui ne remonte pas au delà du XI* siècle de notre ère. Celles que lui fournît le Shah-Nameh sur Alexandre le Grand ne méritaient pas davantage fhonneur d'être citées. On peut affirmer en toute confiance qu'elles ne changeront rien à fidée fjuon s'est faite jusqu'aujourd'hui du vainqueur d'Arbèles,

De la légende à rallégorie la dislance nest pas grande, et cette distance, M. de Gobineau n a pas toujours craint de la franchir. Des personnages historiques, dont lexistenrc a toujours été universellement reconnue ou n a été démentie par aucun fait positif^ se transforment sous sa plume en abstractions , en symboles. C est ainsi que le roi Zohak, le même selon lui que Déjocès, le fondateur d'Ecbatane, et Ninus, répoux de Sémiramis, ne seraient que la personnification de lesprit sémitique pénétrant par la conquête au milieu de Tirana Zohak nous offrirait quelque chose de plus encore. Opposée h Djem-Schyd, le roi ou plutôt le type de flran, la figure allégorique de fanlique race des Iraniens, «sa personnalité, dit M. de Gobineau*, représente nonuseuiemeul tout le mouvement militaire et conquérant de l'Assyrie à « 1 époque de la conquête de flran, mais encore une série entière et fort << longue de dynasties dont la tradition persane» qui en a oublié le dé- «tail» se souvient dans rensemble, puîsquelle dit que Zohak a régné u mille ans moins un jour. » M. de Gobineau aurait du éviter avec d'autant plus de soin cette manière de traiter, ou plutôt de supprimer Thistoire, qu il la blâme avec une juste sévérité chez les écrivains parsis.

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