JUILLET
Mémoùe sur le vol des imecîes et des oiseaux, par M. Marey. Paris, Victor Masson et fils, 1869.
DEUXIÈME ARTICLE
Huber, de Genève, publiait, en 1784, un mémoire, souvent cité et curieux à quelques égards, sur le vol des oiseaux de proie, lis se séparent, suivant lui, en deux classes bien distinctes, les voiliers et les rameurs. Les premiers, soutenus et poussés par le vent, sont, s*il faut le croire» portés sans fatigue au point qu'ils veulent atteindre; les rameurs seuls ont besoin d agiter leurs ailes pour voler et de dépenser un travail Les assertions beaucoup trop absolues de ringénieux écrivain ne valent pas d'être sérieusement discutées. Quelles réflexions les lignes suivantes peuvent-elles, par exemple, inspirer à un mécanicien?
"La légèreté spécifique et relative aux dimensions rend le voilier <ïinliabile i forcer le vent; les voiles déployées, le vent le pousse en ar- «rière, tout en le haussant et réloignant toujours plus du but, s'il ne ti fermait ses ailes pour donner ïrHe baissée dans le vent dans lequel ce H qu'il a de poids spécifique suffit pour le faire pénétrer en plongeant. »
n Lorsqu'un oiseau riimeur, dit ailleurs Huber, donne la chasse à un «voilier, il tente de se précipiter sur lui pour le saisir (le lier) et lanie-
' Voir, pour le premier arlîcld. !e cakier de mars, p. lai^.
«ner en culbutant avec lui jusqu'à terre, où il achève de le mettre hors (cde combat; uiais le plus souvent ie voilier, voyant porter sur kiî avec «celte furie, esquive par un léger mouvement de côté, et le rameur, u emporté par sa propre vitesse, irait toucher terre et s y fracasser, s'il (t n'usait de certaine îacuUe qu'il a de s'aiTêter au plus fort de sa vitesse i< et de se reporter droit en haut au degré nécessaire pour être à portée de «faire une seconde descente, ce qu'il exécute on ouvrant tout à coup u ses ailes, quil tenait serrées pendant la descente; ce mouvement suffit, «non-seulement pour arrêter la descente, mais encore pour le porter »<sans qu'il fasse ellbit aussi haut que le niveau dont il est parti. On apit pelle cette montée une ressource, du latin resunjeroi
Cette ressource est signalée et décrite dans les traités de fauconnerie, et la faculté qu'a l'oiseau de lemonter sans effort paraît constante à la plupart des observateurs. Laissons de côté les derniers mots de la citation précédente, dont l'exagération est évidente. L'oiseau peut-il réellement renverser le sens de sa vitesse et faîi e servir à la remonte la force vive acquise pendant la chute? Théoriquement rien ne sy oppose; je veux dire quen laissant de côté la valeur numérique des coefficients spécifiques, des surfaces et des poids qu'il faut considérer, la résistance de l'air peut produire la conversion complète du mouvement. Cette résistance, en effet» est normale à la surface sur laquelle elle sexerce; foiseau peut donc, en déployant ses ailes et se tournant lui-même d'une manière convenable, lui imposer la direction qui lui convient, entre des limites fort écartées. S'il se dirige, par exemple . horizontalement du nord au sud, la résistance initiale, dont la composante, dans le sens du mouvement, est nécessairement dirigée vers le nord, peut, sous cette seule restriction, prendre toutes les directions possibles de fesl à fouesL du zénith au nadir, et, par des altérations successives, transformer la direction primitive en une autre directement opposée.
Cherchons, en négligeant pour simplifier l'influence de la pesanteur, évidemment défavorable au phénomène de la ressource ^ quel est, pour une vilesse donnée de foiseau, le rayon minimum du cercle dans lequel peut s'accomplir une telle conversion-
Supposons un pigeon qui, dans un air tranquille, se meut avec la vitesse v : tout à coup il étend ses ailes pour faire naître une résistance qui lui fasse rebrousser chemin; il doit évidemment les placer obliquement pour obtenir une conoposimtc perpendiculaire à la direction de son mouvement, soit a langle de cette direction avec la normale à la surface des ailes; la résistance, dirigée suivant cette normale, sera proportionnelle au carré de cette vitesse normale v^cos^a» et la compo-
LE VOL DES OISEAUX. 2e?
santé namiaie au mouvement, relie qui en change la direction, est v'^ cos^ a sin a. Le maximum de ce produit correspond à raiigle dont
la tangente est -j^, c est-à-dire 35** \y'\ tel est Tangle que ta normale
aux ailes doit faire constamment avec la direction du mouvemeut, pour que celle-ci subisse la variation la plus rapide possible. Soit, dans cette hypothèse, p le rayon de la courbe décrite, P le poids de l'oiseau, la
composante normale sera, comme on sail, égale à —y m^iis, en nommant S la surface des ailes, cette composatile est, fiaprès la loi expc^rimentale admise poui" la résistance,
h — cos^a sma,
k étant on coefficient numérique égal a i,Go environ, en remplaraïïl cos* a sin a par sa valeur t~t? on aura
S'il s'agit d'un pigeon, nous pouvons prendre P=-o,3, S = 0,075 eu adoptant, comme toujours» pour unités, le kilogramme et le mètre carré; la formule précédente assigne à p une valeur comprise entre treize et qualor/e mètres; c*est le rayon du plus petit cercle dans lequel paisse se mouvoir l'oiseau sous la seule influence de la vitesse acquise, sans dépenser plus d^eflbrt quil n en faut pour maintenir Jes ailes déployées sous l'orientation la plus Eivorable.
M* Marey» dans ses intéressantes recherches sur le vol des oiseaux, rapproche le phéiiomène, suivant lui bien constaté, de la ressource, des expériences faites par M, J. Pline sur des papillons artificiels qui, abandonnés à eux-mêmes, peuvent, après avoir acquis une certaiur vitesse en descendant , décrire une courbe de petit rayon et remonter en partie sous l'influence de la résistance de l aii'. On doit observer toutefois que le rayon rie la courbe décrite, très-petit dans les expériences citées, ne mesure nullemeni celui du cercle dans lequel peut se mouvoir un oiseau. Ce rayon est proportionnel, en elTet, au
p l'apport ^ du poids à la surface résistante; or ce rapport est, pour une
feuille de papier, deux cents fois moindre environ que pour un oiseau. Nous n avons pas encore analysé complètement le phénomène de la ressource; s ii est vrai , en effet , que , sans déployer aucun travail , Toiseau puisse tourner dans un cercle de treize mètres de rayon . un observateur éloigné, le voyant décrire la moitié de ce ceitîle, peut croire à un changement brusque et spontané dans la direction du mouvement; mais un ralentissement considérable doit se produire en même temps, et c'est par là que les récils si souvent reproduits des phénomènes de la ressource passive sont contredits par la théorie.
La diminution de la vitesse est due à la composante de la résistance tangente h la direction du mouvement. Cette résistance, en adoptant
, kv* ,
les notations déjà employées, est mesurée par ^cos^a, c*est-à-dire
d*après la valeur de a, dans le cas de la déviation ia plus rapide posfiible, - — ^S. Le travail résistant correspondant à un élément parcouru aer est
Il laut 1 égaler, d après un tliéorème connu, à la différr^ntieile de la
P demi-force vive — — dv^, et on en déduit
V 3Pv/3
pt, par conséquenU en tiominant v^ la vitesse initiale, et a Tare total parcouru
vl 3P\/3
3Pv/3
Si ion suppose Tare tr égal à la moitié d une circonférence dont le fl^un ^^l treiie mètres, k=^ i.tio et p==7- Celte formule, réduite en iMhôllMt» donne h vitesse finale v, inférieure A la ciuqunntiènic partie
de v^, et, si ion songe que rinflueiice de la pesanteur, évidenament nuisible à la ressource, a été négligée, il faut en eorjclurequ après avoir accompli son évolution Toiseau, s'il s^abstenait de tout travail, ne conserverait pas la vitesse nécessaire pour Télever à une hauteur appréciable.
Un savant autrichien. PrechtI, a publié, en i846, un volume entièrement consacre à rétiide du vol des oiseaux*
Après avoir» dil-il dans sa préface, consacré quarante ans d'observalions et de recherches à Tétude de cette belie question » il veut, pendant que Tàge le lui permet encore, faire connaître le résultat de ses travaux.
PrechtI prétend embrasser la question tout entière. Habile anatomiste, il décrit chaque muscle pour en discuter le mode d action, Maihématicien assez instruit pour effectuer exactement une intégration, il croit pouvoir réduire en formules les conséquences des hypothèses ad mises.
Une idée lorl séduisante et très-vraiseniblable sur k mécanisnie de l'aile est indiquée dans la première partie du livre de PrechtI : l'aile de loiseau, pendant le vol, ne peut agir sans cesse dans une direction utile. Quand elle s'est abaissée, il faut la relever et produire une réaction nuisible. C'est cette difficulté qui, acceptée sans résistance comme sans étonnement, a conduit Navier à d'étranges résultats; cest elle qui faisail dire à Foucault :« A l'impossible nul nest tenu, pas même la nature ;»> PrechtI la fait disparaître, en admettant que Timbrication des plumes de l'aile la rende résistante dans un sens seulement et lui permet, dans fautre, detre traversée par le vent sans lui résister sensiblement.
<( L air, dit M. Marey, qui adopte celte assertion, ne trouve de résisn lance contre Taile que de bas en haut, tandis qu'en sens inverse il se «fraye une issue facile en (léehissanl les longues barbes des plumes « qui ne sont plus soutenues, m
L'assertion de PrechtI a, nous devons le dire» rencontré des contradicteurs, et plusieurs auteui*s la déclarent absolument sans fondement; Fexamen le plus superficiel en fait apercevoir, il est vrai, l'exactitude pour Textrémité des longues barbes, mais, pour les parties les plus rapprochées du corps de l'oiseau, elle semble difficile à justifien Des assertions également formelles dans les deux sens réclameraient un examen nouveau facilement accessible aux expérimentateurs.
La partie mathématique du livre de PrechtI laisse prise malheureusement à de graves objections» et ses formules ne méritent aucune confiance. Je veux me borner à indiquer ici la théorie proposée par PrechtI pour le calcul de rélévation dû à chaque coup d'aile de l'oiseau. La for-
JOURiNAL DES SAVANTS. — JUILLET 1871.
mule, 6ti effet, est fondamentale, et l'erreur romplète sur laquelle elle rf»pose est aisée ii rendre manifeste.
Le centre de gr^ivité de ! oiseau doit se mouvoir, en vertu d'un princi(>e incontesté de la mécanique» comme si toutes les forces qui agissent aun dilTrrents points du corps y étaient transportées à chaque instant en ronsei'vaDl leur direction et leur grandeur, et, par conséquent, Taccroissement de force vive de Toiseau est égal au travail que feraient les forces après cette translation. Si i oiseau s'élève avec une allure régulière, Ih force vive est constante, et le travail positif dû à la résistance de l'air pendant un coup daile doit égaler le travail ncVatif dû h la pesanteur. Ce dernier travail étant le produit du poids de l'oiseau par la hauteur dont i! sélève, on aperçoit le moyen de former une équation propre à calculer celte hauteur.
PrechtI, qui connaît ce principe, oublie malheureusement le mot souligné dans i énoncé; il ne calcule pas le travail que feraient les forces transportées au centre de gravité, mais celui quelles font réellement dans leur action véritable aux dilTérents points du corps. Ces deux travaux*.qui sont égaux pour les foix^es égales et parallèles dues à {apesanteur, ne le sont ni exactement, ni même d'une manière grossièrement approchée, pour les forces dues à la résistance de fair. Ûéquation de Prerlitl, si le travail dû aux forces horizontales n'y était pas négligé, exprimerait, non que la vitesse du centre de gravité est constante, mais que la force vive totale de roiseau, y compris celle qui résulte de l'agitation des ailes, demeure invariable, et les deux propositions sont non-seulement différentes, mais conlradictoires.
L'examen seul de la formule en montre avec évidence l'inexactitude; elle fournit on effet, pour la hauteur (jagnée à chaque coup d'aile, une expression toujours positive, qui diminue sans jamais s'annuler avec la vitesse d abaissement de faile et la densité du milieu. L'oiseau pourrait donc» quelque lourd qu*il fût, quelque petite quon supposât la surfiice de ses ailes, et quelque lentement qu'il les fit mouvoir, s'élever dans un milieu aussi rare qu'on voudra le supposeï'.
Ces conséquences nécessaires de la théorie contestée peuvent dispenser d'un plus long examen.
Le mémoire de M. Marey laisse de coté les calculs mathématiques, qui, jusquici, ont si mal réussi à ses devanciers; lexpérience est son guide à la fm comme au commencement, et des procédés fort ingénieux et précis lui fournissent des documents qu'il accumule pour les livrer aux amis de la science. Le vol de l'insecte, beaucoup plus simple que celui de l'oiseau, est cependant» sous un certain rapport, plus difFi-
LE VOL DES OISEAUX ' i7i
cile à étudier avec précision. Les coups d'aile en ellet sont incomparablement plus rapides, et, sans i^courir à des artifices particuliers, fœil serait incapable de les suivi*e et de les compter. La détermination du nombre des battements est le premier problème abordé et résolu, La grandeur de ce nombre, tri^s-variable avec Tespèce de f insecte, est revélée par Télévation du son qui accompagne le vol. Les mouches et les moustiques produisent, on le sait, un son extrêmemenl aigu; la note est plus grave pour le bourdon et rabeille» plus grave encore pour les macroglosses et le sphinx; elle cesse pour d'autres lépidoptères, dont le vol silencieux, comme celui du papillon, nest pas perceptible a roreilte humaine,
A chaque note correspond un nombre déterminé et connu de vibrations, et roreille peut, par conséquent, indiquer avec précision le nombre des coups d'ailes donnés par seconde; mais de grandes difficultés se renf^untrent; le son n'est ni lixe ni régulier dans les variations. 11 est impos sible, en outre, de distinguer le vol de chaque aile; rien ne prouve. d'ailleurs, que les battements produisent directement le son entendu et en déterminent Ja hauteur. Des naluralisles fort compétents Font contesté, et une expérience de Lacordaire semble décisive; Tinsecte enduit d'une couche gélatineuse imperméable continue à voler sans produire aucun son. Le battement des ailes n'est pa.s cependant altéré, et Téminent entomologiste en conclut que le mouvement de l'air aspiré et rejeté par les tracliées est la cause véritable des vibrations sonores qui accompagnent le voL Ces vibrations sont-elles synchrones au mouvenient de l'aile dont elles deviennent la conséquence? M. Marey le pense sans pouvoir le rendre évident; les méthodes qu'il emploie sont d ailleurs indépendantes de toute hypothèse.
La première, quil nomme méthode graphique, est fondée sur un principe bien connu, mais dont rapplicalion au cas actuel présentait de grandes diflicultés fort habilement surmontées par M. Marey.
L'animal, délicatement saisi par la partie inférieure de fabdomen, est placé de telle sorte que les atlcs, qu'il agite aussitôt avec violeuce, viennent, a rhaque battement, frôler une bande de papier noirci qui se dé* roule régulièrement et sur laquelle chaque coup d aile laisse par conséquent une trace nette et distincte. La tigure obtenue est d'une régularité parfaite, et toute erreur sur le nombre total des vibralions semble absolument impossible; un bourdon, par exempte, soumis à ce mode d'expérience, accuse nettement a 5o à a6o coups d'ailes parfaitement distincts pendant une seule seconde.
Une objection se présente cependant i la résistance du papier, si
petite qu'on puisse la faire, ne doit-elle pas retarder les vibratioos et en dimioLier le nombre? On ne saurait en douter, et, pour un même insecte, un frottement plus ou moins considérable causé par un contact plus ou moins accentué, peut faire descendre le nombre des vibrations de 3a I !i iho, La fréquence des mouvements varie de plus avec leur amplitude , quelquefois , pour un même insecte , dans le rapport de i à 3 , et lamplitode elle-même dépend du caprice de fanimal. Ces restrictions étant faites, citons quelques chiOres*
xXOMfiAR DM. BATTEMENTS EN DUE SECOHDE t
Mouche 33o
Bourdon aio
Abeille 1 5o
Guêpe. -.•,.,,,... 1 ïo
Libellule ..... aS
Papillon . « . 9
Méthode opiiqae. — Une méthode fort ingénieuse a complété les ré* suitals de la métliode graphique; Fhabiie expérimentateur, après de difficiles essais, est parvenu à poser au bout de Faite h étudier une parcelle de cire à cacheter blanche préalablement fondue sur une pointe d*aigyille. Le refroidissement est assez rapide pour que finsecte conserve le petit fardeau quon lui impose; fanimal, saisi ensuite au bout d'une pince, et, comme le dit M. Marey, volant sur place, fait décrire au petit point brillant ainsi obtenu une courbe fixe dans fespace que la persistance d'impression sur la rétine rend visible; cest la méthode si ingénieusement appliquée par Wheatstone à Tétude des mouvementés vibratoires.
La ligne décrite par la pointe de faile devient ainsi Irès-netteraent perceptible, elle ressemble à un huit de chilfre très-allongé, dont les deux boucles, variables de grandeur et d'ouverture, sont souvent assez inégales pour donner à la figure l'apparence d'une ellipse.
En dorant la face supérieure de lailc d'une guêpe, fanimal, placé dans un rayon de soleil , montre , par les réflexions sur cette petite surface devenue brillante, les directions successives quelle prend pendant la durée d'un battement. La figure du huit se présente avec des intensités fort inégaies dans les deux moitiés de l'image , dont fétude montre que le plan de faile occupait, pendant lascension* une position favorable à la réflexion, défavorable, au contraire, pendant la descente* Si Ton re-
tourne ranimai, les apparences se présentent bien entendu en sens inverse, et confirment par là l'explication, daîlleurs évidente.
Les mouvements complexes, accompagnés des changements continus du plan de l'aile, tendraient à faire admettre l'existence don appareil musculaire très-complexe lui-mêoie , dont l'anatomie cependant ne révèle nullement rexislence. M. Marey a parfaitement démontré, enefifet, que, pour produire les actes successifs du vol, il sufïit d'un va*et-vient alternatif imprimé par les muscles; la résistance de fair et la flexibilité des surfaces et de la nervure qui sert de charnière entraînent tout le reste.
Un appareil fort simple, nommé à bon droit par M. Marey insecte artificiel^ confirme toutes ces explications et peut à lui seul en tenir lieu : deux ailes artificielles sont composées d'une ner\^ure rigide terminée en arrière par un voile flexible formé de baudruche soutenue par de fines nervures d acier. Le plan de ces ailes est horizon lai, un mécanisme de levier les élève ou les abaisse sans permettre aux points d'attache aucun autre mouvement; cest une pompe qui fait jouei" les leviers en comprimant ou dilatant des membranes en caoutchouc >ur lesquelles ils sont articulés. Lair comprimé ou raréfié dans un tambour fermé par ces membranes leur imprime des mouvements puissants et rapides qui se transmettent aux ailes.
Si Ton dore Textrémité de ces ailes, auxquelles les articulations de fappareil ne peuvent imprimer quun mouvement de va-et-vient, et qu'on fasse rapidement marcher la pompe à air» après avoir fixé le tambour, les ailes, agitées sur place comme celles d un insecte saisi par fabdomen, décrivent précisément le huit de chiftre observé sur l'animal vivant, et 1 éclat des deux branches éclairées par un rayon de soleil varie, dans les deux cas, précisément de même sorte; mais lexpérience devient plus décisive et plus simple, si l'on donne h finsecte artificiel la possibilité de se mouvoir, en rendant le levier qui le porte mobile autour dun axe vertical, en même temps que l'angle quîl fait avec cet axe peut varier librement entre des limites fort écartées; si Ton atjit alors sur la pompe, en agitant les deux aîles, on voit l'appareil tourner aussitôt autour de son axe, sans autre force motrice que celle développée par les deux ailes alternativement poussées de haut en bas et de bas en haut. En changeant, par un pivotement do tambour, !e plan d'oscillation des ailes, et faisant en sorte quelles oscillent dans un plan horizontal, la nervure étant tournée vers le haut, on développe une force ascensionnelle sous rinfluence de laquelle le levier qui porte l'insecte s élève lentement sans tourner; pour 1 abaisser» au contraire , il suffit de faire faire
un demi-tour à rinsecle, de façon que les ailes» oscillant toujours dans un plan horizontal , mais tournant leur nervure en bas, développent une force verticale descendante, capable de soulever un léger contre-poids, qui, dans Tétat de repos des ailes, aurait la force de soulever, en sabaissant lui même, le tamboiu' qui leur est lié* En donnant enfin au plan d'oscillation une position oblique, les deux effets se produisent è la fois, et Tinsecte, soulevé et porté en avant, tourne autour de Taxe vertical, en s élevant en même temps malgré Faction de son poids qui tend à rabaisser, ou s abaissant au contraire, malgré le contre-poids plus ou moins puissant qui tend A lelever.
Le problème que s'est proposé M, Marej est de démontrer expérimentalement le mécanisme du voi chez les insectes; imsecte artificiel en fournit une solution aussi simple qu'élégante et complète, à laquelle aucune objection ne semble possible. En imitant, jusque dans leurs détails préalablement étudiés, les inflexions et les déviations des ailes véritables, M. Marey dirige son petit appareil horizontalement ou verticalement et dans le sens qui lui plaît; sa seule préparation consiste, avant de faire jouer le soufl3et moteur, à disposer Taxe autour duquel s agitent les deux ailes, de manière à donner à leur oscillation la direction que chercheraiL un insecte, s'il voulait suivre le même chemin. Mais cette similitude cheichée et obtenue entre foriginal et la copie laisse subsister, à cause de sa perfection même, en présence de l'insecte artificiel, le même problème précisément que pour un insecte véritable, avec cette différence, toutefois, que la possibilité de manier le mécanisme lentement, et de farrêter à volonté, rend fétude plus facile et les vérifications immédiates. Quelles sont les forces motrices et la loi de leur intensité? M, Marey, dans son mémoire , semble glisser trop légèrement sur ce point essentiel de la théorie quil étudie, et, satisfait d'avoir préparé les éléments à la réponse exacte, il se borne à fcsquisser en quelques lignes.
Les ailes de finsecte, pour produire fascension, doivent osciller, pour adopter l'expression de M. Marey, dans on plan horizontal; cestà (lire que Taxe autour duquel elles tournent aUeriiativement dans un sens et dans l'autre doit être placé vertiralcment; c'est tout lecontrairr précisément de ce qu à première vue il serait naturel de présumer, car, pour produire une résistance diiigée de bas en haut, il est nécessaire de donner à la surface mobile un mouvement de haut en bas, et, parconséquent, cela semble inévitable de ta faire tourner autour dun axe horizontal : mais, d'un autre côté , par un tel mécanisme, le mouvement en sens contraire, nécessaire pour ramener faile à sa position primitive.
produirait une force précisément égale et contraire, et, pour ne pas annuler reflet tolal, il faudrait donner aux vitesses des valeurs inégales, tfue Navîer supposait dans le rappc^rt de dix à un.
Les choses , en réalité , se passent autrement : pour produire une force verticale, iaile tourne autour d'un axe vertical. Si elJe était remplacée par un plan rigide et inflexible, la force de résistance évidemment horizontale oe pourrait contribuer en rien à vaincre le poids du corps. Mais Iaile est flexible, elle se courbe sous Tinflueûce de la résistance, qui, toujours normale aux surfaces, lui impose précisément la forme nécessaire pour faire naître une composante verticale; lorsque faile, revenant à sa position première , recommence sa course en sens inverse, la résistance horizontale change de direction, impose à Iaile une courbure opposée , et fait naître de nouveau une composante verticale dirigée comme la précédente; les deux périodes opposées du battement concourent donc à leffet désiré* La force horizontale qu'elles produisent change de sens, il est vrai, et son effet est nul pendant foscillation complète, mais la force verticale* beaucoup moindre, qui serait nulle, si Taiie était inflexible, reste constante de direction, et, poui' cette raison, devient seule eflicace. Pour se pousser horizontalement, finsecte, au contraire, doit faire osciller ses ailes verticalement, cest-à-dire de haut en bas et de bas en haut. LVffort vertical dû à la descente détruit alors Telfort inverse dû à la montée; mais la courbure allernative de Iaile dans les deux sens produit une force horizontale de direction invariable, qui conserve toute son action. L'oscillation oblique produira évidemment les mouvements intermédiaires, toujours dirigés parallèlement à l'axe qui sert de charnière.
Cette partie du travail de M. Marey relative aux insectes semble définitive et à I abri de toute objection. L'étude des oiseaux ofirait plus de difficultés. Nous aurons à dire comment féuanent physiologiste les a surmontées en partie, et quels problèmes font naître encore, après Tavoir lu, ces êtres gracieux, mais étranges, qui semblent contredire à chaque instant avec tant d*aisance les lois les plus certaines de la dynamique.
J, BERTRAND
(Ln suite à an prochain cahier.)
The massacre of Saint- Bariholomew , preceded bj a kistory oj the religious mars in the reign of Charles IX, by Henry White. London, 1868, m-8^
TBOISIÈME ARTICLE '.
L'insurrection calviniste de i56i ne peut être envisagée, au point de vue de sa légitimité, de ta même manière par un protestant el par un catholique. Que les huguenots aient alors agi en rebelles, il est diiBcile de le conlester ; mais , suivant qu'on admet rinfaillibilité de TEglise catholique romaine ou la supériorité du christianisme tel que le comprenaient les réformés, on verra dans les révoltés des coupables ou \es champions de la vérité religieuse; on les assimilera à des fauteurs d^erreurs et d'anarchie ou on les comparera aux premiers chrétiens, qui. eux aussi, résistaient k lautorité établie et renversaient tes monuments d*un culte abominable à leurs yeux, M. H. White tenant manifestement pour le protestantisme contre le cotbolicisme, on ne saurait exiger de son inipartialité de condamner absolument Fappel que le calvinisme fit aux armes contre ses oppresseurs. Ce n est donc pas sur ce terrain qu il est permis à la critique purement historique de s'établir. Mais, à coté de la question théologique, qui ne relève que de ia foi et de la conscience, se place une question de fait dont la solution est indépendante des croyances religieuses qu on adopte. Les maux apportés à la France par la guerre civile qui éclata en avril 1 56a ont été si grands, que chacun des deux partis s*est efforcé d'en rejeter la responsabilité sur le parti opposé. Eh bien, quel est le plus fondé dans ses accusations? de quel côté est venue lagression proprement dite? VoHà ce qu on peut examiner, sans avoir besoin de souscrire préalablement à telle ou telle confession religieuse. M. H. White a eu naturellement à toucher ce point délicat, et je dois Fétudier avec lui.
Notre auteur l'observe judicieusement au début de son chapitre vt, Tannée i56a marqua, en France, une période de réaction contre im mouvement d opinion qui avait, auparavant, toujours été grandissant. Voici comment il sexprime :
^ Voir, pour le premier article, le cahier de tnor», p. i4i; pour le deuxième, le cahier d^avrîï-itiaî-juin.
t« Tout efîort puissant est suivi d*une réaction. On a vu comment, du- <* ratU les quarante années précédentes, le protestantisme se répandit tfdtins toute la France; les mesures destinées à fécraser n avaient abouti (I qu'à lui donner une plus grande vitalité. Nous approchons maintenant u d'une période de contre-révolution; le flot de la r/'forme a atteint son M niveau le plus élevé; il ne tardera pas à baisser; il le fera lentement et «suivant une marche irrégulière, mais de telle façon, que le point de «vue religieux se perdra finalement dans la lutte politique qui suivit.»)
Quelle était la cause de ce revirement? Les droits accordés aux protestants sous François II, ceux que leur conférait l'édit de janvier i562 n'étaient que des concessions arrachées au gouvernement par la crainte que lui inspiraient les sectaires; car, ainsi que le remarque un observateur pénétrant de ce qui se passait vers celte époque, l'ambassadeur vénitien Jean Correro, les huguenots étaient aussi hardis et entreprenants que les catholicpies étaient timides; ceux-ci se montraient, comme font presque toujours été en notre pays les conservateurs , divisés et nonchalants, laissant le roi faire et dire seul, attendant que tout remède leur vint de la coar^. Au contraire, les réformés, quoique en beaucoup plus petit nombre, étaient unis et pleins d'audace; ils n étaient en aucune façon reconnaissants k Catlicrine et à ses conseillers de ce qui leur venait d'être accordé, car ils le teuaient pour un droit qu'il eût été injuste de leur refuser, et, sentant fort bien que ces concessions avaient été par eux conquises, ils travaillaient incessamment à les étendre. Les catholiques zélés, le clergé surtout, gémissaient de voir la porte chaque jour plus largement ouverte A Fliérésie, En sorte qu excepté la catégorie fort restreinte des hommes conciliants, qui voulaient avant tout quon procédât avec prudence, personne n'était salisPait. L'édit de janvier ne pouvait donc créer qu'un état provisoire, les calvinistes se promettant, quand ils seraient les plus forts, d'abolir fEglise romaine et de la rem* placer dans le rojaunie par l'exercice exclusif de leur culte^. Les catholiques et Catherine elle-même, désabusée des illusions qu'elle nourrissait au colloque de Poissy, attendaient 1 occasion propice pour revenir sur des concessions dont tout leur annonçait le danger. Mais. commec*était afin de
' Rf laitons des ambassadeurs vénitiens^ l. IL p, 121.^ — ■ Voy. pour les preuve* que le calvinisme professait alors une intolérance au moins égale à celle de fEglise romaine et peut-être plus exclusive, t'articte de M. G. Gandy, intitulé: La Sat ni- Barthélémy dan» la Hevtte des questions historiques, i" année (1866), 1" livraison, p, 16 et suiv. J'ai fait plusieurs emprunts àce savant travaiJ, qnoîqull m'ait fmriï inspiré par un esprit d'hostilité contre le protestantisme, qui nuit à rimpartiaité de* jugements qui j sont portés.
JODRXâL DES SAVANTS —JUILLET 1871
ramener 11 pttx qae rédif iTait é<é rendu, le gouvernement devait tenir et tenait en effet à et qu il fiil sincèrement observé; Tinlëi et politique de la FrmticQ Tobligeasl i être pour le moment loyal dans sa tolérance. Il Q>n éHtl pwét mènie de la population catholique, révoltée de cetfe deniHfWQiiiiaissueederbérésîe, inquiète de ses progrès, et qui, oubliant la tiécessité politique, ne songeait qu è $*opposer aux entreprises hardies des aeetaires. La volonté du roi, dictée par la régente, ëtnit donc mal ok^e; de sourdes hostilités se continuaient entre les deux partis; ées rollisioos ccbtaient joumellcmenl dans les provinces ^ Pour assurer, dans de telles conjonctures, le maintien du pnncipe de la tolérance , il eût fallu en obtenir des deui partis religieux la reconnaissance réciproque, et a^'oir sous la main un grand nombre de magistrats modérés, impartiaux, animés d'un patriotbme éclairé, qui travaillassent activement k apaiser les payions et à arracher de chaque communion des garanties sirîeuses; on agît tout autrement Les catholiques ardents prenaient pour chefs les princes lorrains, chez lesquels iambition s'associait à une avemon prononcée contre Thérésie; les huguenots avaient à leur tèle un prince non moins ambitieux, et, de plus, brouillon et léger» Lmiîa de Condé.
Le massacre de Va^sy a élé, dans l'opinion de plusieurs historiens, la cause véritable de la guerre de i56î; et, en effet, les religionnaires te soulevèrent en masse « immédiatement après cette fatale échauffourée, dont Coudé prit prétexte pour appeler tous ses coreligionnaires à la révolte. Si cette tuerie avait été un acte sans précédent dans la querelle qui divisait alors les deux camps religieux; s*il y avait eu là une provocation gnituile, que n'expliquaient ni lattitude des prolestants ni l'état des esprits, Tœuvre en un mot lâchement préméditée de François de lîuise et do ses gens, on comprendrait quune telle violation de Tédit de janvier eût diV exciter chez les huguenots une indignation que rien ne Mnvait contenir, qu'ils eussent dii y voir la preuve que leur perle était illf4e; dans ce cas, ils auraient pris les armes par droit de légitime déftiyif Mais les calvinistes ne pouvaient ignorer qu'ils s'étaient déjà bien j^^HV^nt attiré, piir leurs attaquer peu mesurées contre le culte catho- KiHIt^ d^ pareilles agressions ; ils en appelaient sans cesse à Tinsurreclion, e*^ éi^^M^ le gouvernement royal avait l'air de revenir sur les conces-
V y^^ f^MM i^lîl P de U Noue, tu début d<- se» Mémoires (chop. i"), où tl dé- . tji KrAnce ne fut pas du tout remue en tranquiUtté, tant à > m w^^'it en aux de la religion pour sestablir et confirmer en la Hr mê poar la crainte générale dei cutholit^aet , qui ne poavoient
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sions par eux obtenues. Us meDaçaient de tirer Tépée. Aussi, malgré les prescriptions de l'édit de janvier, navaient-ils pas désarmé. Les espérances que leur avaient lait concevoir les récents succès de l'actif apostolat des ministres envoyés par Calvin les rendaient en bien des lieux insolents et mutins. Ils étaient les premiers à violer dans leurs paroles les principes de la tolérance, et ils se livraient encore ça et là à de plus graves violences. Cette attitude doit sans doute être mise sur le compte de lardeur de leurs convictions; on peut lexcuser par celle de leurs adversaires; mais il est à remarquer que, se donnant pour plus éclairés et plus vertueux que les catholiques, dont ils prétendaient réformer les crojances et les mœurs, c'était à eux à prêcher d'exemple, et à faire accepter, en Japraliquant sincèrement , la liberté deconscience. M. H. White ne dissimule pas les torts des calvinistes, que ceux-ci n'auraient pas dû oublier quand ils reprochaient avec tant de colère aux catholiques le ïnassacie de Vassy. Je reproduis ici les paroles de récrivain anglais^ :
<« Les huguenots étaient presque aussi turbulents que les adhérents de (• l'Eglise romaine. En une foule de lieux, ils étaient devenus assez forts « pour défier les peines édictées contre eux; ils s'emparaient des églises, «chassaient les moines de leurs couvents» faisaient des feux de joie avec u les crosses , les images et les reliques , el demandaient hautement Fexten- «sion de leurs privilèges. Le 5 juin i56i, lors de la procession de la « Fête-Dieu à Lyon, un huguenot s*elTorça d'arracher l'hostie des mains ïtdu prêire ; cela provoqua une émeute; le peuple criait: A bas les hé* « rétiques! Au Rlïône les hérétiques! Plusieurs furent noyés, et Ton traîna « dans les rues le corps du principal du collège de la Trinité, o
L'écrivain anglais aurait pu produire bien d autres exemples de cesregrettahies violences des calvinistes ^ï IV*gard de l'ancien culte; elles étaient suttout fréquentes dans le Midi, où les passions religieuses et politiques ont toujours été plus ardentes que dans la France du nord* Les concessions faites par fédit de janvier ne les réfrénèrent que faiblement, quoiqu'il prononçât la peine de mort contre ceux qui Iroubleraient, à favenir, les cérémonies catholiques et se rendraient coupables de profanations. Théodore de Bèze nous apprend qucn Guienneje 6 janvier i5(>a, les protestants, bien c|u'ayant pleine liberté de leur religion avaient massacré des prêtres^. Hubert Languet écrivait vers la même époque à rÉIeclenr de Saxe, qu'en Gascogne, dans le bas Languedoc, en Provence et jusqu'aux Pyrénées» à quarante lieues à la ronde, nul prêtre romain n'osait plus se montrer, que partout les idoles étaient
' Oai\ cit, p. i85. — ' Voy. la dissertation de M. G, Gandy citée, p. 34.
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abattues. Au moment où leurs demandes étaient écoutées, les huguenots mettaient à mort k Montpellier environ deux cents personnes, pillaient la cathédi'ale, interdisaient le culte aux alentours de la ville , saccageaient les églises de Montauban, de Castres et de divers autres endroits K Ce n était, il est vrai, ie plus souvent que des représailles amenées par les agressions des catholiques, qui ne pouvaient supporter les prédira tions des ministres contre TÉglise romaine» leurs attaques furibondes contre les objets de la vénération publique^. Les horreurs commises à Vassy furent un fait du même ordre, quoique offrant de plus grandes proportions^, que ceux qui se passaient depuis quelque temps. L'édit de janvier était encore trop noiiveau pour quon pût espérer que les violences cesseraient tout à coup; aussi le fanatisme des soldats de Fr. de Guise, tout en affligeant profondément les protestants, ne pouvait-il beaucoup les surprendre- Au Heu de verser de Thuile sur le feu, il eût fallu persévérer dans les voies d'une conciliation à laquelle Catherine avait convié les deux partis, en tentant de rapprocher Condé et les princes lorrains^. Les chefs réformés auraient dû se borner à poursuivre énergiquemeot la répression du crime commis ie i** mars. Déjà Théodore de Bèze s'était transporté k Monceaux pour faire à la reine mère de vives représentations. En suivant une ligne de conduite résolue, mais légale, on aurait vraisemblement obtenu salisfaction, d autant plus que Fr. de Guise, au lien de se poser en exterminateur des hérétiques, avait honte du massacre qu'il avait laissé accomplir, et se défendait de lavoir provoqué^. Le fait, d'ailleurs, était arrivé dans une pelite localité, et n'aurait pas eu le retentissement éclatant qui! obtint, sans les événements qui se passèrent ensuite à Paris, si les huguenots. s*en tenant à des plaintes respectueuses et fermes à la fois . n'étaient pas accourus de tous côtes en armes. Mais il s'agissait , au fond , d'une question de rivalité entre Condé et ie parti des triumvirs. Des deux côtés on voulait dominer Catherine, qui cherchait à échapper p:ir de faux-fuyants i\ ce double danger^ Si Condé n'avait été préoccupé que des intérêts de sa
' V'oyez la disserta lion citée de M, G. Gandy, p. 3o. — ' Voyez notamtneiU ce que dit Michel de Castelnau {Mémoires , \ïv. HI, di. vi) des violences que les catholinues commirent à Téo^Éird des Iniguenots à CaLors, le 16 novembre i56i. — ^ Il y eul a Vassy soixante personnes tuées et environ deux cents blessées. — * Cûstelnau, Mvmoims , liv. ili, cli. v. — * On sait que Fr. de Guise répéla crUe déclaralion au lil de mort; quand niêmp on doulernit de sa sincërilé, elle prouve, du moins, qu'il ne se donnait pas comme décidé à faire une guerre sans nierri /i F hérésie. (Voy. les judicieuses observations de L* Ranke , Histoire de France, pnncipukment pendant le xvi* et le xvsi* siècle, trad. Porchat, t. I , p. a34.)
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religion, il se serait appuyé de la violation de ledit de janvier qui venait d*avoir lieu dîme manière si épouvantable à Vassy, pour obtenir, en laveur de lexercice du culte réformé, de plus solides gamnlies. Il était tout puissant sur ses coreligionnaires, qni ne pouvaient se passer de son intervention; il se trouvait en situation de contenir les exailés, et, assuré du concours de ia reine-mère, il aurait donné aux réclamations justement soidevées par racte odieux de Fr. de Guise, une force qui les eut vraisemblablement fait aboutir. Le chancelier de THospital faisait, de son côté, des efforts pour retenir rimpêtuosité des réformés , vers les opinions desquels il inclinait pourtant. Coligny, d ailleurs , était opposé , dans le principe, à ce qu'on recourût à la guerre, pressentant les maux quelle allait apporter ; il ne céda qu aux sollicitations de ses frères et de sa femme. Gondé savait si bien que sa conduite devenait celle d'un rebelle, puisque le jeune roi se rendait aux instances quelque peu impérieuses d'Antoinr de Bourbon et du connétable, que, craignant Faccusation de félonie, qu'il avait déjà encourue après la conjuration d'Amboise et à laquelle il avait failli succomber, il mit en avant le spécieux prétexte de délivrer Charles IX et la reine mère des mains de leurs ennemis. La conduite ultérieure du prince montra avec une entière évidence quil respectait peu la liberté du monarque, et qo*il voulait, en s assurant de sa personne, gouverner soQS son nom et ruiner le crédit des Lorrains. Il faut le dire aussi, pour atténuer le tort de Condé» Catherine, dont la façon dagir était toujours ambiguë, parut Fautoriser à procéder comme il le fit*.
M. White insiste sur cette circonstance, mentionnée notamment pai^ La Noue ^, que la prise d'armes des huguenots fut un fait spontané; qu il ny eut pas de plan concerté à l'avance^. Sans doute, mais en se rendant auprès de leur chef, les seigneurs protestants étaient manifestement disposés à entamer la guerre. Déjà, Farmée précédente, ils avaient annoncé leur intention de recourir aux armes. Condé avait, en sep teoibre i56o. fomenté dans le sud-est de la France une insurrection dont les éléments demeuraient tout préparés; en sorte qu'il a sutli de
' Voy. ce ipe dit SauK-Tavaones dans ses Mémoires (L II, p. 326, éd. Petitôl) de rincUnalion c|ue montrait Catherine du coté de Coudé , auquel elle aurait , selon lui, conseillé de se rendre a Paris et demandé appui contre les triumvirs. Il ressort du létijoignagc de Jean de M et gey {Mémoires , éd. Petitot» p. 45J que Condé et les siens étaient autorisés par une lettre de celto reine « tenter d enlever Pari» à ceuxci. La leUre qu'elle adressa nu prince par le baron de La Garde {Mémoires de Condé, i, III, p. 1^3) ,5ans être bien explicite, annonce cependant la pensée d'en solliciter fappui. — * La INoue^ Mémoires, ch. I , p, i A5 et suiv. éd. Pelitot. — ^ Voy- la dépêche de Llîuillier du ao avril i56a {Cabinet historique, L II, p. 291) citée par M. White, p* 301.
pour celui de la controverse théologique; car sa citation de l'évêcfue d'Hippone nous lait tout nalurelJement poser c«lte question : uDe quel M côté étaient , en i 56^ , les vrais chrétiens? » les catholiques pouvant s'appujer de lautorité du même Père; et, pour quiconque a lu saint Augustin, ckjut les doctrines ont servi de hase principale à la dogmatique catholique, c*est beaucoup plus aux enseignements de TÉglise romaine qu aux principes calvinistes que ramènent ses vues sur le christianisme* Il estdiiïicile de justifier rinsurrcction de 1662 parce droit de légitime défense que les réformés mettaient alors en avant dans leurs pla* cards. Ne foiifnant que la minorité de la population dans la plupart des villes dont ils s'emparèrent par surprise» ils ne pouvaient, au point de vue du droit, prétendre imposer leur culte. Exercer leur religion, tout en respectant celle du plus grand nombre, voilà seulement ce quils étaient fondés à exiger, et ils le sentaient si bien, qu'il ne fut question, dans lacté d'association signé à Orléans le 1 % avril, que de la défense de la liberté de conscience. Eh bien, leurs actes s écartèrent immédiatement d'une pareille ligne de conduite. Ce ne fut pas une guerre défensive qu'ils soutinrent pour maintenir leur droit d^honorer Dieu selon leur façon d'interpréter TEvangile, mais une guerre des plus agressives contre ceux qui demeuraient attachés à la vieille tradition catholique. A Orléans, à Bourges, à Lyon, et dans une foule d'autres villes, ils saccagèrent les édilices religieux*, profanèrent les objets de la vénération publique « violèrent les sépulUures, chassèrent les prêtres des églises ou les retinrent comme otages, insultèrent mcme aux souvenirs les plus glorieux de la nation, ainsi quils le firent en brisant et précipitant dans la Loire la statue de Jeanne d'Arc ^. Ce vandalisme et ces fureurs» au lieu de servir leur cause, n'étaient propres qu'à exaspérer une popula-
' Les dévastations des protestants appartiennent, il faut cependant le reconnaître, encore plus à la seconde ei à la Iroisième guiTre civile (|U*à la première. Voici ce qu écrit rarabassadeur vénitien, Jérùme Lippomano : t Dans les premiers ttroubïes, lorsque les huguenots prirent Poitiers, its n'étaient pas encore aus.^i » furieusement enragé»; ils se conientèrent d'abattre les images, les statues et les
• autres ornements, de dégarnir le« niches et les chapiteaux, enfin de briser les «orgues pour fondre des balles d'arquebuse* comme ils font fait pour le bel orgue
• de l'église de Saint-Pierre, a Poitiers, Sn construction, me disaient les chanoines,
• coûta plus de 3o,ooo écus, el il en faudrait davantage pour le restaurer. Au temps
• des seconds cl des troisièmes troubles, les huguenots, avec une fureur diabolique. *ont ravagé jusqu'aux murailles; ils ont brisé les tooiheaux, déterré les cendre* de « leurs pères el de leurs aïeux, *laus toutes les provinces de France ou ils avaient pris «!e dessus. ■ {Helaiions des amhmiadeurs vémiient, L II, p. 3i5.). — ' Voy. ce que dit M. H. Marlin, dans î>on Histoire lie France, a t*annéc i56a.
tion que ses préjugés et ses croyances rendaient peu disposée a accepter le principe encore si nouveau de la liberté de conscience, et la guerre, loin d assurer les progrès de la réforme en France, ne fit que ies arrê-
ter'.
Les calvinistes étaient moins directement menacés que Condé ne voulait le faire croire. Si, au lieu de se rendre à Paris, Guise eut marelle contre les proleslants de Fouest et du midi, quil eut ainsi annoncé le projet de les écraser, la prise d'armes eut pu être regardée comme légitime. Un péril aussi imminent les aurait certes autorisés à tirer Tépée. Mais il n'était encore question, pour les triumvirs, que de laîre révoquer redit de janvier. C'est pour cola que le prince lorrain , qui voulait annuler Finfluence de Condé, se rendit dans la capitale, où les réformés n'étaient qu en très-petit nombre, où leur culte se réduisait à quelques prêches tenus dans les faubourgs Saint-Marceau et Popincourt. Les mesures dirigées contre ces petites assemblées par le connétable de Montmorency , et qui lui valurent le sobriquet de capitaine Brise-bancs , n'avaient point encore eu lieu, quand Condc commença d'appeler ses coreligionnaires aux armes. El, d ailleurs, l'exécution à laquelle le connétable fut poussé par la haine des Parisiens contre les calvinistes, devait être, moins encore que la catastrophe de Vassy, un grief sufTisanl pour légitimer Tinsurrection* Le massacre de Sons, dont j ai rappelé Tan dernier dans ce Recueil les navrants détails^, eut été certes un motif plus sérieux et aurait pu donner à croire aux protestants qu*on les voulait exterminer. Mais cette épouvantable boucherie est des 1 1 et 1 3 avril. Condé avait déjà lancé, depuis cinq jours, sa lettre à toutes les Eglises protestantes, manifeste appel à Imsurrection; et facte d'association dressé a Orléans est du i i avriL Le massacre de Sens fut donc autant le contre-coup de la prise d armes calviniste que leffet des causes qui ravaîent provoquée,
* Voici ce qu'écrivait Jean Correro,â propos de ceUe insurrection: tSi Ion ttisait «quel» guerre de i56i jusf|aà 1563 fui utile au roi, on semblcrail avancer un «paradoxe; et cependant rien n'est plus vrai. Sans la guerre dont je parle, ïe roi se « U'ouvcrait à présent dans la plus alFreusc détresse, et In Fr(ince serait presque toute «entière à la merci des rehelles; car le pencliant aux. choses nouvelles était tléjà si «prononcé, et ces prédicateurs étaienl si fort en crédit, qu'ils seraient paru'ous ù « persuader sans olîslacle tout ce qu'ils auraient voulu. Mais, comme des |)aroles ils M en vinrent aux amies, el qu'ils commencèrent à piller, à dêmotir, à massacrer, le « pauvre peuple se ravisa el dit : » — Qu'est-ce donc que celle religion? Quch sont « ces hommes qui se vantent de comprendre rÉvangiie beaucoup mieux que les <• autres, et où ont-ils vu que le Christ commande de voler et de tuer son prochain, » {Belal, des umh, vénii. t. 11, p. i 30-i2i.) — ' Voy. Joarnal des Savants, snn, 1870, p 3i5 el suiv.
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En résumé . M, H. White ni« semble outre-passer la vérité et sécarter de ses habitudes d'iiiipartialitc, quand il écrit : a On a essayé de faire Il retomber sur les huguenots la terrible responsahililé d avoir été les Hauteurs de la guerre civile. En faisant habilement parler les docu- «ments, on parviendra, sans diflîcullé, à établir cette thèse, comme on «Ta fait pour bien dautres mensonges historiques; mais les dires des n témoins oculaires et des auteurs qui jouèrent un rôle dans les événew ments du printemps i562, conduisent à des conclusions opposées, j?
Ces témoignages, qui sont beaucoup moins explicites que ne l'admet notre auteur, ne sauraient prévaloir sur Tétude raisonnée et le rapprochement des actes. M. Wliite passe d'ailleurs sous silence une circonstance des plus importantes, les menées de Condé à Paris, où, à la tête d\m certain nombre de gentilshommes, il essayait, par une démonstralion armée, de faire respecter Tédit de janvier. La présence du prince dans la capitale était au moins imprudente, car fattitude menaçante de ses hommes tendait à provoquer un soulèvement des habitants, zélés catholiques en immense majorité *. Il avait fallu en quelque sorte violenter les sentiments de la population pour promulguer ledit qu avait refusé d'abord d'enregistrer le Parlement, non moins hostile aux huguenots. Antoine de Bourbon, pour contrebalancer l'influence de son frère, 5*était liàté d appeler François de Guise ^. L'entrée du héros de Calais et de Metz dans les murs de Paris obligea Condé à fuir à la Fertésous-Jouarre, mais il ne renonça pas à l'idée de s'imposer à une ville où il ne comptait pourtant qu'un fort petit nombre d'adhérents. Les seigneurs protestants arrêtèrent avec lui le projet de s'en emparer; ils s'avancèrent jusqu'à ses portes et se rendirent maîtres du pont de Saînt- Cloud. Condé n'abandonna son entreprise téméraire que quand il eut été averti que Fr. de Guise avait réussi à faire quitter au roi Fontainebleau. C'est alors que les huguenots songèrent à Orléans, où d'Andelot pénétra le premier* Tout ceci nous apparaît comme les préliminaires de rinsurrection qui s'organisait* Cliarles IX et sa mère témoignèrent quelque appréhension et quelque regret de se confier aux triumvirs , mais ils ne préféraient pas pour cela s'en remettre â Condé et accepter l'intervention dangereuse de ses gentilshommes armés par lui proposée \
* Voy. ce que dît La Noue {Mémoires, ch. n, p. 128). — " Casteinau, Mémùirûs, \\y. m, ch. vu, p, i65. édit. Pelîtot. . — SaiilK-îavannes, Mémoires, édit. Pctitot, t- IL p* Sa 6. — ^ Oo voit, par ce que rapporte Casîelnau (!îv, II L ch, ix, p. 177), que Cailiennc s'enorcait d*opérer une réconciliation de Condé el des triumvirs, el qu'elle condamnait à la fois l'appel que faisait le premier à rinsurrection et les menées des seconds. Sauk-Tavantjes, catholique parlinl, accuse beaucoup trop cette
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MOKUL DBS SXfUrtS. ^ IttLLET 1871.
i •* à ftofeu ^ne ni Fr. de Guise ni Antoine de Bourbon à fc^il dt Galberioe , qui se résigna à accompa- ' ^Eic le prcimcr prince du sang, le con- , de Termes et de Brissac, unis il ce quil y avait de plus élevé ueliers les plut naturels de la lirnl prise avait don<: bien aiitre- L éâ MwigÊÊÊèt. ipie Topinioa de Condé, frère dans le parti huguenot. Celte , préoccupée qu elle était de gar<
f de Fr, de Guise et de ses alliés
*^ car elle allait ji Ten-
tmH les ialentions que mani-
lofi Mimo Cfue les reformés
le ^mmvîis atinuent-ils réussi
^ ftt ffvtnil de fedît de janvier.
BtafcaÉiBOTnHt McaMHiUBt d'en venir à une
. ùt wiwÊÊt fM êm pff dM mmÊf f«*oo poinrait espë*
vie piii^ téMbin d» ffécmlt unioQ de TÉgÙse
^ÊÊ h yide BM^orilè de la po-
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\^ ^m èà lU-M d» CMifcaii {Mémoires, liv. III, ch. vni. ^ t'a yt l'ttriai da Bawitea^fiil^^^étéci ailleurs son caractère ,
- ^nilb à lut *?PÉlé. ^lajffc mg^mà çul elair par les plus hauts dignili riW Li» MM^ifiMibi tiUI»t Uia is i^ire valoir cette raboD , Ir irs de ia I wi Uhfe4ë»^ «I SM^t^iaMMa dll. mftc une Justesse parfaite : -^ Les hui^VdMdiatiàidiFItelaaaMaadiaEâcntures saintes « en tant c^u'elle^ Àmtaà '.^ utitlUM Jbirt Mt Faairtpnie d\\mboi»e estait juste sur le rov x<-u<nc iW ^aiaaaaaii ^uM «ivoit besoin du roy de Navarre et ^ ^ .,^1^ ^„p^ ^ jyn^^aïUir; ft« au lecups que le roy Charles nen avmt M^ll •«td» N«f4km. qui devoii par les bit en esire tuteur, le
vaiL aliuuier Fincendie, Mais cela n innocenlc pas la conduite de Condé; cela ne fait pas quil n'ait pas poussé le premier cri de guerre » et ce^t à lui, dans ce funeste conflit, quiocombe la principale respoosabilité.
M- White nous retrace plusieurs des sanglants épisodes de la lutte qui suivit. Les représailles des calholiques forent assurément plus violenles et plus impitoyabtes que n avaient é\é les attentats qui les avaient provoquées. Tout en les flétrissant, comme elles le méritent, nous ne devons pourtant pas perdre de vue les excès du parti opposé. Les huguenots ne sen prenaient pas qu'à des images où ils voyaient des idoles, qu'à des reliques dont ils réprouvaient la vénération, quà un culte dont féclat et la pompe les indignaient, ils donnaient aussi la mort; et, avec leurs adversaires, ils se représentaient les massacres dont ils étaient les auteurs comme des actes méritoires de justice ** Pénétrés des exemples derAnciea Testament» ils trouvaient ou croyaient trouver dans la sévérité de la législation mosaïque, dans la conduite des Israélites a leur arrivée en Palestine . la justification de pareilles atrocités. L'auteur anglais, qui nous fait assister aux horreurs commises par les catholiques, aurait pu ne pas oublier celles qui sont à la charge des calvinistes» par exemple le meurtre de Lamothe-Gondrin, celui du baron de Fumel et des cordeliers de Marmande. qui avaient précédé la catastrophe de Vassy^, Si fou se place au point de vue du droit moderne, les catholiques paraîtront certainement les plus coupables, leurs forfaits étant plus nombreux; mais peul-on oublier (pie le peuple était habitué depuis des siècles à voir punir de mort Fhérésie, quon lui enseignait quil ny a pas de plus grand crime que la révolte contre rÉglise, car elle est une révolte contre Dieu et perd les âmes pour l'éternité.
Les chapities vi et vu du livre qui nous occupe sont consacrés à f histoire de la seconde guerre civile , à laquelle mit fin la paix de Longjumeau, de si courte durée. Une fois tes hostilités entamées et les deux partis religieux définitivement reconnus comme belligérants réguliers.
' « Au contraire les prédicateur» calLoliqa&â soutenoienl que ce n'estoit point de
• cruauté, Il chose cslont advenue pour le aèle de fa religion catliolique, et alléguoieni
• l'exemple de Moyse, (pii conmiariduil à tous ceux qui aimoient Dieu de tuer, sanst « excepUon de personne, tous ceux qui avoient plié les genoux devanl rimage d'or « pour luy fmm honneurt etc. » (Castelnau, Mémoires, liv» IIl , cU. vu , p, 167.) — TIl de Bèzc, dciiis sa profession de Ibi (v' [xiinL |>. 119)» est davis ijïi*on extermine les prêtres, et Calvin (Ap. Bccao, Opuscaf^ 17, aphor. i5, Oper, t. V) provoque aux mêmes mesures contre les Jésuileji, — * Voy* ce que dit Montluc, ÇùtnmêntaireSr liv. V, p. U^Mà. éSt A. de Huble.
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les principes du droit deviennent de plus en plus difSciles k appliquer; le critique impartial , dégagé de tout esprit de secte, de toute préoccLipation thëologique , éprouve un réel embarras. Aussi est-ce avec raison que M, V\ hite a inscrit pour titre, en tcte du chapitre vn, le mot de chaos. Catholiques ei protestants rivalisent désormais de violences et de duplicité, tfatrocilés et d'intri^pies. J'ai, dans de précédents articles ^ apprécié les principaux événements qu'expose ici Tauteur anglais, dont on lira les chapitres vi et vu avec întérèl, quoiqu'ils ne jettent sur les faits que peu de lumières nouvelles.
La troisiî^me fîuerre civile, qui éclata en i568, a d autant plus d'impurtance, pour le sujet principal de l'ouvrage, quelle soOre à nous comme ayant plus directement préparé la situation qui aboutit à la Saint- Barthélémy. La paix de Sain t- Germain- en -Laye, conclue en août iSyo, et que, par un jeu de mots, on avait judicieusement qualifiée de boiteuse et malassise ^, ne fut qu'un lemre* Tout donne à penser qu*elle n était pas sincère* Sans doute les concessions accordées aux huguenots par les traités précédents n avaient jamais été, dans lespril des catholiques, irrévocables et délinitives. Le principe de la tolérance absolue en matière de foi ne saurait être admis par TEglise romaine; elle ne consent à laisser subsister rhërésie, i respecter un culte différent du sien que pour éviter de plus grands maux •*. Telle a été sa ligne constante de conduite. C'est donc seulement là où elle rencontre des dissidents assez forts el assez nombreux pour quil soit imprudent de les priver de la liberté de conscience, que rÉglise admet la tolérance, tolérance toute civile et non théologique. Ainsi, en celte matière, le point à examiner pour un catholique se réduit i une simple question d'opportunité. Le roi de FraTice, quoique astreint à jurer, lors de son sacre, de proléger et de défend j"e la foi catholique, avait donc pu, wins manquer à ses serments, autoriser, en i563 et en i568, la pratique du culte réformé. Il fallait . avant tout, rendre la paix au pays.
' Vt^y* lo Journal des Savants, année 1870, — * CeUf épilhèle, qui indiquait ie mm do conluince qu'oji vivait dans une telle paix, fuit ailtision aux deux principaux
K^rBniiiiagtsji qui 1 nvaicnl Jiégociée, Armand de Bîran, qui était boiteux, el de e!»um*, qt*i élnii seigneur de Malassisc. — " «Sous la tolérance civile on enlend «ItilArer jiininlnaiLnl ceux c|ui professent d'autres religions séparées el difi'é^e^lte^ • tU i*t religion colliolique^ qui est la seule vraie, et par cuniiéquent la seule qui 4 l'omtui^e au m\ul l'-lernehet les tolérer sans aucune intention de voulùir recon- «viatU^ pif fvi uttc de tolérance ces religion!^ comme cultes vrais, mais uniquement %plif l*»ituii il'Ktal el de la tranquillité publique, a (A, Theiner, Histoire des deux iillIXî^f.t^ ^9 '** llépuhUqu^^ française et de îa Hépablique cisalpine^ i. II ^ p, 71. Voy. ce 'IHvilil i^t autmu" ilu cnractére op|>o3é des dcu% espèces de tolérance.)
MASSACRK DE LA SAIM-BAHTHÉLEMV. 289
désolé par la guerre civile, mettre la i^eligion de l'Etal elle-même à Tabri des malheurs auxquels cette guerre lexposaiL A deux reprises dilTérentes, les huguenols avaient été Jugés trop puissants pour quon pûl espérer en avoir raison par les armes. Mais, depuis deux années, les choses avaient pris une autre louniure. Les meilleures troupes protestantes avaient péri à Jamac et à Monconlour; le chef redouté et populaire des calvinistes» Condé, uVlait plus; d'Andelot avait succombé près de Sniiïtes. Kucore quelques avantages cl il ne paraissait pas dilîieîle de frapper un dernier coup el d'anéantir les rebelles. Une telle entreprise demeurait pourtant fort aléatoire. Poussés à bout» les protestants pouvaient opposer une résistance désespérée. Ils n'étaient pas, d'ailleurs, épuisés de ressources, et reprenaient, en certains cantons, Layantage. Celte réllexiou, qui se présenta à lesprit de Charles IX et à celui de sa mère» les fil renoncer ii Tidée de continuer la guerre. Ils se flattaient, tout Inidique» d'arriver à ruiner le calvinisme par des moyens qui exigeaient moins de sacrifices d'hommes el d'argent, mais qui demandaient, en revanche, beaucoup d'hypocrisie et d'adresse. Les protestants comp' taient, dans leurs rangs, une noblesse nombreuse, qui faisait leur force. C'était avec elle qu'il importait surtout au gouvernement royal de se réconcilier. Elle avait été jetée dans le parîi huguenot plus par rnéeontcnlemenl el jalousie de la cour cpie par conviction religieuse; elle trouvait dans le parti dit des PoHli(}uvs un appui qui pouvait devenir dangereux. Le moment était d'ailleurs opportun pour tenter de se l'attacher. Les grandes individualités que redoutait Catherine el qu*elle s'était efforcée d'opposer les unes aux autres avaient disparu : Antoine, roi de Navarre, Fr. de Guise, le connétable de Monïmorency, La maison de Bourbon n'était plus, en fait, représentée que par le jeune Henri de îSavarre, qui ne pouvait» pour le moment» donner beaucoup d'ombrage. Le maréchal de Damville n'exerçait pas encore l'influence qu'il acquit depuis; c'était déjà un embarras, mais non un adversaire. On était fondé h .supposer que les seigneurs luigucnots, désarmés par des concessions apparentes et des procédés bienveillants» seraier^t aisément mis dans fimpossibilité d'agir, le jour où Ton fi*apperait, où Ton retiendrait prisonnier le seul chef qu eut encore le parti» Cobgny.
Tel paraît avoir été le plan que se tracèrent Charles IX et sa mère. Le iraité de Saint-Germain n avait, ce semble, d'autre but que d abuser les proLestanls, de leur enlever toute cause de défiance, de permettre d'attirer la noblesse huguenote à la cour pour en paralyser les menées, en surveiller et, au besoin, en atteindre le chef redouté, ramiral, dont il fallait avant tnut gagner la confiance.
Les ternies mêmes du traité» renouvelés en grande partie de celui qui avait été signé à Aniboîse, le i p mars i563, montrent que les concessions étaient faites plus en faveur des seigneurs que de la population protestante, ()uc la liberté de conscience était un privilège qui leur était accordé, non un principe quon entendait appliquer en faveur de tous les réformés. En effet, fexercice de la nouvelle religion était octroyé à toute personne ayant haute justice ou plein fief do haubert, à ijavoir dans le principai domicile, que le maître fut présent ou absent, et dans les autres maisons en sa présence seulement; le tout, tant pour le seî gneur que pour sa famille, ses sujets et autres qui y voudraient aller. Les simples feudataires avaient le même droit pour eux, leur famille et dit de leurs amis au plus. La pratique du culte calviniste n était autorisée que dans les villes où il se trouvait déjà établi; on ne le concédait, en outre, que pour deux villes par grand gouvernement, et dans les faubourgs seulement; de [ïlus, dans quatre des places de la reine de Navarre, en ses pays d'Albret, d'Armagnac, de Foix et de Bigorre. On finterdisait absolument tant à Paris quà dix lieues aux environs, et à deux lieues autour de la coui\
Ainsi limitée, la concession faîte aux réformés ne leur pemiettait guère dr répandre la foi nouvelle ni de gagner des prosélytes. CMtait comme un armistice pendant lequel les deux armées gardent chat ime leurs positions respectives.
Plusieurs auteurs se sont appuyés, pour soutenir la sincérité des intentions tolérantes de la cour, sur Fopposition que fit à la conclusion du traité de Saint-Germain le pape Pie V, qui n'avait pas été consulté, et qui écrivait, à cette occasion, à Catlierine : «Comme il ne peut y avoir «de communion entre Satan et les fils de lumière, on doit se tenir «pour assuré qu'il ne peut y avoir aucune composition entre les cathoujiques et les hérétiques, sinon pleine de fraudes et de feintise. w Mais ces paroles du Saint-Père prouvent seulement quon ne l'avait pas mis dans le secret des vues c:îchécs qu'on pouvait avoir, et cela sans doute parce quon ignorait quelle durée les circonstances imposeraient à un armistice dont tout reflet eut été perdu, si l'on avait laissé clairement percer la pensée prochaine de le rompre. Bien au contraire, la reine mère et le roi insistaient près du S,iint-Siégc sur la nécessité de faire la paix, et Ton rejetait, dans la même intention, rollrc que Philippe II taisait au roi, d'envoyer un secours de 3,oqo chevaux et de 6,000 iantiissins'. Il en résnita, comme cela ressort des dépêches de Walsîn-
* Voy. Cûftleinau, Mémoirc$, liv. Vil, ch, xn, p. Stiu,
gham. 1 ambassadeur d'Angleterre, un assez grand froid entre les cours de France et d'Espagne ^ On ne négligea rien pour calmer rirritation que cetle paix avail provoquée chez le clergé de diverses localités» et des instructions furent données pour faire observer sérieusement le traité. M. H. Whîte elle une lettre de Charles IX, en date du 4 mai iSyîi, adressée aux baillis, et qui se trouve conservée aux archives de (îap. Le roi leur recommande de tenir la main à Vexécaûoa exacte de son. édit de pacification et de punir ceux (jni y conlreviendraient^. Ces faits et d'autres encare pourraient, jeu conviens, donner à croire qui! n y avait pas d'arrière-pensée chez Charles LX et sa mère; d'autant plus que le cardinal de Lorraine parut alors fort mécontent et fut au moment de quitter la cour^; Fornier, dans son Histoire inédite de la maison de Gaise, avance pourtant que ce prélat était dans la confidence des mesures de répression teri'ible que Ton [>réparait sous le couvert de cette pacification menteuse. Suivant hd, dans un conseil secret auquel assistaient la reine-mère, le duc d'Anjou, le duc de Guise et de Retz, tous genSf dit-il , d*un secret inviolable, le cardinal proposa de frapper un grand coup d'Etat, On n'accepta pas rexécution, au moias immédiate, de ce projet hiirdi, M. White n'a rien dissimulé des raisons sur lesquelles on peut se fonder pour soutenir la sincérité des intentions du gouvernement royal, en particulier de Charles L^l; mais il montre que toutes les vraisemblances s'opposent à ce qu'on admette tant de loyauté de la part de Catherine, qui avait depuis longtemps renoncé à fidée que les deux cultes pussent subsister à la fois dans le royaume, «La plus séii rieuse objection a la sincérité du gouvernement, écrit-il (p* 32 6), est « la réserve, le mauvais vouloir, que mirent les chefs réformés à se préusenter i'i la cour, mcme à visiter leurs prppres domaines; pourtant, us ils soupçonnaient une trahison, pourquoi acceptèrent-ils la paix de u Saint-Germain? Pourquoi auraient-ils souscrit à un traité qui n'aurait «été qu'un piège P Ne valait-il pas mieux tomber sur le champ de ba- « taille, en combattant pour la liberté, que de périr sans gloire, pris u comme des rats dans une souricière ? Sully répond dans une certaine <i mesure à la question ici posée. Il écrit dans ses Œconomies royales'*^ :
* Cette paix avait ausîii pour objet de ménager à là cour de France un rapprochement avec la reine d'Angleterre, cjui protégeait les protestants, (Voy, Ciistelnau» îiiy, ai, p. 5o3.) — ^ Ouv. dt, p. Sa 5, — ^ IJ y a, nous devons le dire» des pré- Homptions que ce traité^ conclu malgré TEspagne^ avec laquelle les Guises étaient en intelligence, fut plus parliculièrement l'œuvre de Charles IX, qui Tappelail avec orgueil son traité, sa paix, tancii» que son trère. le duc d^Anjou, le désapprouvait complètement. Unis, ainsi que le remarque M.*While, on ne saurait admettre de sincérité dans son acceptation chez Catherine. — * Cliap. i, p. 218, éd. Petitot
w Faisant alors bien estât de lormer enlr*cux tous une pUts fenijc iioion uel bonne correspondance que janmis, et d^cstabilr par leur continuelle «résidence en celte ville (la Hocholle) un solide fondement à leurs «aflaires^ »►
Ainsi b's protestants coni[Haicnt profiler c!e cette paix, qui les ujetlait nionitntanénient à Fabn des attaques des calbolîques, pour se fortifier et se préparer, au besoin, k une nouvelle lutle, dont Tissue promettrait alors de leur cire p!us favorable, Catherine et son fils, animés depuis longtemps d'une baine mal dissirnulée contre les buguenots"^, lie pouvaient avoir tout à coup cbaiigé de sentiments, el cela préeisénsent an moment où ceux-ci seuiblaient pi es de succomber. Celte ronsidéralion suppose à ce qu'on admette qu'ils songeassent sérieusement à une réconciliation déiinilivc; il ne devait y avoir là qunn changement de tactique à fégard de leurs ennemis, comme Ta pensé Sully ^. Eloigner toute déliaiice de la cour chez la noblesse Imguenote pour arriver à la museler plus sûienicnt, et démanteler en quelque sorte les forteresses des calvinistes, afin de s'en rendre maître ensuite par surprise: tel paraît avoir été le plan du roi el de sa mère en cfujclnanl la paix. Il ne s*ensuit pas que» chez Catherine, dont les projets n'avaient jamais rien de bien arrêté, que, chez Charles IX, qui était d'un catactcre mobile et violent , on eut formellement résolu de se débarrasser de Coligny el de quelques autres chefs calvinislcs. On était trop loin, en i Syo, du jour où un pareil dessein eut été praticable pour en avoir fermement dé* cidé Texécution. Mais, d*aulre part, on sait que le roi et sa mère avaient depuis longtrmps la conviftiun (pie le moyen le plus bùv d(î rétablir Tordre dans le royaume était de frapper les principaux meneurs de la faction huguenote. Ce procédé n'avait pas été absolumeiît désapprouvé par Catherine et son fils aux conférences de Bayonne \ Ce qu'ils voulaient
' (X pourlaiil ce que dît Lu Noue des motifs de cette paix, chap. xxx, p. aoa. — ' t Plus, deux causes de haine que la reine mère disoit boiivent avoir contre les tihuguenotbf et telle qu'cilc ne ccssercMl jamais* à scavoir ^ d'avoir nommé anté* « cUrii*!» cenu d** sa maison et f|u*tm lujgueuot eu^l lue son seigneur et mary, plu^, «la liaiïiP extrême (]uc le roy Chirleî» disotl ive s'eslre jamais pu empesclier de portier aux hujifuenols, depuis qu'ils «nirenl eidrepris de se saisir de sa personne à « Meaux, el qu'ils le conlraignircul de sVnîfuir « [Sully» Œconomies royales^ cfi> iv» p. 333.) — ' iTouUs lesquelles parlictjiûriltz bien considérées p^r la cour, ceux
• qui en avoîtnt radmmi.striilion c ajgnans qu'il arrîvasl tncore pis si l'oïi lïaitardojl
• d*avantaçe rontn" de lanl obstinez rebLlIcs, niulius el sL'^lilicuit, qui ne rombat- *toîent plus qu'en gens desespérei el qui votiloîenl vaincre ou mourir, ils ihan-
• gèrent toul à coup d*opiujou el de l'orme d*allaquement. prenans résolution de
• se desfaîre d'eui par tf autres voyci^ que celles des armes apparentes, » [Œ€onomies royales t cb. i, p. ai8.) — * Le duc d'Albe écrivait àZuniga, le g jieplembre 157a :
MASSACRE DE LA SAINT BAIlTfïÉLEMY. m'6
seulement alors, c était, avant tout, d'éviter la guerre civile ^ La reine mère notait pas, tFailicurs, la iemnic des mesures violentes et inopinées, des remèdes héroïques. Pendant tout le temps de sa régence, sa conduite avait été cauteleuse lH circonspecte; elle s'était attachée à éloigner toutes les causes de dissensions intérieures; les événements qui se produisirent plus tard nous la jnon*rcnl négociant vi parlementant sans cesse. Le cardinal P. de SantaC^roce, qui jouissait de toute sa confiance et auquel elle s'étail plus d'une fois ouverte, écrivait en parlant d'elle, en i563 (27 juin); u Elle veut marcher avec prudence et dissimulait lion, jusqu'à ce que le roi son fris soit en àge^. » Catherine, instruite par l'cxpérif^nce, devait s'apercevoir qut», si, dès le déhut de la guerre, on avait mis la main sur les chefs calvinistes, il eût été ensuite lacile de réduire Inisurrection, car telle était Topinion de plusieurs politiques italiens en communion de vues avec elle.
L ambassadeur vénitien Jean Correro écrivait en i56g : «Or, cest une opinion commune qu'il aurait suiïi pour cela (il parle itde la guérison des plaies que la guerre civile avait faites à la France), <*dés le commencement, de se débarrasser de cinq ou six têtes et pas «davantage; on aurait, par ce moyen, brisé forganisalion si compacte a de la con.spiration; on aurait intimidé la noblesse et découragé le «peuple, qui croit ne pouvoir succomber tant qu'il suit le conseil et la <i fortune de quelque chef renommé. Après leur avoir enlevé ces chefs, «les nobles se seraient soumis d'eux-mêmes^, w
Lorsque le duc de Fenare se rendit en France, en i564, il proposa au gouveinement royal d'employer les moyens les plus énergiques contre les principaux chefs du parti huguenot, ne se restreignant pas toutefois au chilVre fort limité qnlndique Correro et auquel s'arrêtait aussi le duc d*Albe, lorsqu'il donnait un conseil analogue pendant les conférences de Bayonne*, Ce même duc de Ferrare fit reproduire son avis par tous les agents quil accrédila depuis près la cour de France^.
m Muclm5 vezes me Im accorJado de «ver dicho a Su Mag. e>lQ mismo ^u Bayona, y * de îo tjuc mi offrecio , y veo que ha may bien descmpofiado su palabra. » [ Voy. Alhan. Coquerel, Ui Saint- BarthékmY, p. i3, «îàjis la Revue f/ït^%if/«e, i^Sg,) — ' Voy. feicellcnt exposé dc^ conférences de Rayonne, donné par M. J. de Cro^e dans son ouvrage : Les Guisef, îes Vakis et Philippe II J. 1 . p. 1 i 1 et suiv. — * • Vaot atidar « coti <'gni c|ui(>te e dissinmtimone, fin cliè il rc suo tigliolo sin iû eto. •• { Lettre du cfird. de Santa Crôce, publ. par Aymon, p. 2à^ ) — ^ Helaî, des amhass'id. vënit. l. il, p. 1 17. — * Il dil îi Calhi rine : ^QiiQ quando rpiii^sieseo iisor de oiro y averlû* 1 cnn 110 mas prrsonas que ton cinco o «cys que son el ciibo de lodo esto, los totiiji* « 5cn a sn mano y les tortasert las ci^beças. o (Dépêche du duc dAlbe ù Pliilippe II. du 2 1 juin 1 565 , dtins les Papiers du cardinal de Granvelte, t, IX , p- 298,) — * i Ci
tn JOURNAL DES SAVANTS. ^ illLLETf 1871.
Os sentlmenls fuient aussi de bonne heure ceux de Charles IX; ils se réveillaient surtout eu lui chaque fois qinl avait reconnu son impiiissanco à rcHabHr l'ordre et la pai\ par un compromis avec les réformés. Dès l'année 1 5G i , Michel Suriano sVxprîmait ainsi à son égard ^ :
«Ces insolences (il parle ici des protestants) irritèrent le jeune roi, •( Dalurnllemenl roide et sévère. D'après même le conseil de ceux qui u gouvernaient, il prit une résolution qui aurait bien purgé le royaume, u s*ii avait eu le temps de rexécuter, et qui aurait laissé de son nom M une mémoire éternelle; il voulait fondre sur les chefs, les punu' sans «rt^missîon et éteindre ainsi l'incendie. Mais il rencontra des obstacles; «le premier, c*est que les chefs étaient des gens de renom et de grande << importance, des princes du sang, des personnages principaux du «royaume, entourés dVin grand nombre de partisans; je second» c'est H qui! manquait de force pour les combattre cl d'argent pour se prou curer cette force; qu'il ne savait à qui se fier; if soupçonnait ses favoris <t les pins intimes, plusieurs même de ses conseillers.»
Après tant d'elfurts dépensés pour accabler les armées huguenotes, il était donc naturel que le roi et sa mère en revinssent à un moyen qui leur avait été depuis longtemps suggéré» qu'au lieu de tenter de vaincre avec leurs troupes cotte résistance opiniâtre, ils s'attachassent à des voies détournées, quils recourussent à la ruse pour abattre les chefs qui avaient fait tout le mal.
Quand il s'agit de juger la politique de certains personnages dont les habitudes et Fhistoire attestent le défaut de franchise et la duplicité, on ne saurait sen tenir aux documenU diplomatiques, puisque le but qu'ils se sont souvent proposé a été précisément de donner le change sur leurs intentions. Entre leur langage officiel et leur conduite il y a parfois un désaccord complet % Tel est le cas pour Catherine et Charles IX. îl est donc des plus vraiseuiblables que, tout en chercliant à opérer la réconcîh'ation des deux partis religieux qu'il importait à leurs projets du
* nillegriamc^coa lo Maêst»\ sua con tutto Taffetlo tipiranimo, chVlla hnbbia presa «quella risokilione cosi opportunamente sopra la quate i»i stesso rulllma voila
•»che fummo m Fnincin parlamiuo con la Beginji Marïre Dipoi per diversi
*«genlilhaoiïiini cire in varie occorrenïc habbiamo mandato in corte siamo instati tiiel suddello ricordo.t (Dépêche d'Alfonse H à Fofîiiaiîi, du i3 septembre ib'j^, conservée dan** les Archives de Modcne et citée dans un curieux et rêraarf|uable arlicle dy ^'or^h British rctieu* (oclob. 1869, p, 35) , sur le massacre de la Saint- Bar tbéleiiiy.) — ^ lieiat. des ambassad. lémi. i. 1 , p, bib. — ' Voilà pouri|Uoi on ne saurait rien conclure des sentiments quVtprimèrent publiquement» au sujet de !n paix, Charles IX et sa mère» tels qu'ils sont rapportes dans les Mémoires da mare' chai de VictlUuik, iiv. IX, cb. xlix-li; iiv. X, en. i et 11.
MASSACBE DE lA SAINT BARTHÉLÉMY. 295
iiionient de voirs'elTectiii\ la mère et le fils préparaient, pour un avenir plus lointain t la rnîne des protestants et la perte de Coligny. M fallait qu'on eut parlé au pape dans ce sens pour qu'il s'imaginât, comme nous rapprend une dépêche adressée de Dnrtal, en date du 28 novembre 1571, à François de Médicis, que CImrles IX f.dsait venir Tarairal à la cour dans rintenlion de se défaire do lui ^ : opinion conforme, du reste, i\ celle qui se répandit vers Tépoque de la Saint-Barthélémy^. Si fon songe au cliangcment d*attitiide apparent et assez brusque du f^ouverncment royal à légard des huguenots, alors que rien n'indique que Charles JX eût abdiqué ses préventions antérieures, que Catherine ne fut plus Tenneinie de Coligny et qu elle eûl rompu \qs attaches qu elle avait du coté des Lorrains, on sera amené 11 cjoire, je le répète, que la paix de Saint-(iermain eut pour principal objet de préparer un piège a Faniiral et d enlever aux protestants les moyens de recommcucer la guerre. Getlc vue permet d'expliquer à la fois les (énioîgnages pro* duits pour et les témoignages produits contre la préméditation de la journée du 'îi\ août. Un coup imprévu donna le signai de ce qu'on se proposait de faire sans avoir encore rien de bien arrêté. On voulait arriver à se rendre maître des chefs calvinistes. L'attentai dirigé contre Coligny fut cause quon procéda à une exécution plus violente et plus impitoyable qu'on ne Tiivait rêvé, C^esl ce que je montrerai dans un quatrième et dernier article.
Alfred MAUHY.
[La Jin à un prochain cahiers
* A. Do^Jardiiis, Négociations anec la Toscane, L lll, p. 73a. — * \ny, le qui est dit, à ce sujet, dans rarlicle du Norlh hritisk Revieiv , déjà cilt*.
LITTÉRATURE GÏIKQUE. ^ 297
.illiqties qui portent fe nom de Plutaïque ^ les Vies de sopiiistes pur Pliilostratc et par Eunape^, les Notices ëparses dans Suidas^, enfin les nombreux fragments des ouvrages d*Hermippus, de Juba, do Didynie et de tant d'autres, représentent pour nous une iittëratore où toutes les œuvres de Fesprit bumain avaient b*ur histoire, depuis la musique jusqu'à i érudition, où les moindres artistes, les moindres inventeurs. depuis les boojmes de génie jusqu'aux esclaves célèbres par leur inslrnr tien \ étaient curieusement signalés à la reeonnaissance de la postérité. Au ix*" siècle après J. C*, après bien des destructions causées par la barbarie ou par l'ignorance» la Bibliothèifue du patriarche Photius atteste encore des ricli esses liltéraires qui nous étotment.
Les Grecs niéritaîenl donc au plus haut degré que leur littérature trouvât chez nous des historiens. Elle n'en a pourtant Irouvé qu'assez tard. Publiée de jjoS à 1728, la Dîblwiheea ijrœca de Fabricius ^ en quatorite volumes in-/J^ est k la fois le plus considérable et le premier ellbrt de f érudition moderne pour nous présenter dans son ensemble l'histoire de cette littérature qui, d'Homère a la prise de Conslantinople par les Turcs, compte au moins i2,5oo ans d*une fécondité inégaie, mais
soplies sonl réunies en uq volume , à la suite du Diogène Laërce, dans la Bibliothèque Finuin Didrit; Paris, i85o. — ' Textes réunis tlnns le XXXII* volume de la Bibllotlièque Finuin l>idot. — * Voir surtout rexceUente édition qu en a donnée M, A, VVestermann , en i833, el qui est comme le coniplénicnl de son Histoire de t éloquence (grecque, publiée, en allemand, à Leipzig;, dons le cours de 1« même année.
— ' Voir la Ires-commnde compitalion d*A. Westennatin intilutée Bio-jr-pdpor, Viluram scriptores (frwci minoras (Brunswick» \Sftb, îr»-8'), et don! le complément esi la l'itii Miopi , publiée, la mC^mc année, par cet habile éditeur, d'api es une collation nouvelle des manuscrits de Brcslau» de Munît U cl île Vienne. Dfïiis le premier volume je ne remarque que Iroi.s ou quatre omissions , qu'il peut être utde de signaler ici : 1* celle de la vie anonyme d'Apollonius Djscole, publiée par Sylburg, en tl^te de son édition du traité Uepi (TvvTàks^^ (Franctbrt-sur le-Mefn, ifiQo* în-8*) el que Ton retrouve dans le manuscrit n' 5^i du supplément grec de notre Biblîolbèqnf nationale; 3° celle de la notice de Suidas sur le poeJc épîqiie Evbodus ; 3° ceîlc d'une vied'Aristoleej; veieri tmnsltihone , publiée, entre autre*, pfir Bulde (t, 1» p- 55 de ?on édition, restée incomplète» de cet auteur) el qui est certainement d'origine g^recque; 4* celîe de Ja notice de Snidas sur le médecin Oribase. Cf. K. Wucbsinutb , De foutibiis ex ^uihits Stwias in scripîoram grœiorum vilis hauserit^ dans les Sjmlûiœ pktlulofjonim Bonnensium (Lipsiaî, 1 864-1 867). — * C'était le sujet d*un livre spécial du péripalélicien Hermippiis Uspi tûjv haTrpsff^âi>TfûP èt^'sanhsia SouAwi', dont il ne reste qu'un fragment (t. III, p. 5i de la collection de C. Mùlîer), Cf. D. TVi. Gevers. De scmhs iondiiionis liomifubus aries^ littems et scicntias Romœ cokntibas (Lugifuiii Batavornm, 1816, in-^*')^ Ces esclaves, on le sait, étaient presque tou^ des Grecs»
— ' Heiniarus, De vita el scriptis J, A. Fabncii (Hamburgi, 1737), p. 1 18 el sui'» vriatcs,
UTTERATURE GRECQUE. 299
période par période, les pertos et les acquisition? du vocabuiaire. Encore moins songea-t-il à étudier les origines de riielléaisme, sa division en dialectes et toutes les questions relatives à ce sujet complexe. Il releva seulement, et à Focc^sion, les titres des rares écrits, qui, comuTc le traité de Saumaise, De lingmi hellenistica, y pouvaient jeter quelque lamière. Alors on laissait cette besogne aux grammairiens de profession ou aux pbilologues aventureux qui. dans les origines de la langue grecque, ne recherchaient rien moins que les origines mêmes du langage. Dès lyâô, Timmortel Fréret avait pourtant marqué d'une main très-ferme la vraie méthode à suivre pour la solution do ces difficiles problèmes*, et il avait en cela devancé les leçons qu'allait bientôt nous apporter Tétudc du sanscrit'^. Harles^, qui, en 1778. préparait déjà la quatrième édition de la BibUothèffiie (jrecfjue de Fabricius, prrludant à ce travail par le judicieux abrégé quil intitula modestement Introdactio ad historiam lingaœ grœcœ^, remplit, au moins en bibliograplie, cette lacune de rhîstoire littéraire : cent pages environ de ses prolégomènes sont consacrées à Thistoirc de la langue grecque elle-même, avant le premier cbapitrp, qui traite des auteurs antérieui's à Homèrr*. Depuis Harles, on n'a guère manqué à ce devoir, même dans les plus humbles manuels à Tusage des étudiants, comme est celui de Groddek, publié à Vihia en 182 1 .
La critique philosophique a pris plus lentement sa place dans l'histoire littéraire» et cela était naturel. iVssembler et classer des faits, les vérifier par un contrôle scrupuleux des témoignages, est une chose moins dilïicile que d'en exphquer la succession et d'en apprécier la valeur esthétique ou morale. Allier Félude des monuments de l'art a celle des œuvres littéraires est un mérite rare, même en Allemagne, où ce-
virili œiate, de imminenti seneciute^ de végéta senectale, de inerfi ac decrepita senectatc latin œ Unf^aœ. — ' Observations générales sur l'origine ci V ancienne histoire des hahitanU de îa Grèce ^ mémoire analysé dans le tome XXI du Recueil de l'Acadé' mie des inscriptions , imprimé dans le tome XLVI. L'analyse seule en est réimprimée au tome 1" des Œuvres de Fréret, Paris, 1796. în-8^ Voir surlout le S 9 de ce beau mémoire. — ' Entre autres écrits que l'on peut consulter sur ce sujet, voir, en particulier, Texcetlente Introduction de M. Michel Bréal ù sa traduction de la Grammaire comparée de Bopp; Paris, 1866, et le discours du même prcmonce à la réouverture de ses leçons au collège de France Sur h s proffres de ta (framtuaire comparée (Paris, 1868. — Extrait des Mémoires de la Société de iîngui5tique). — * J*écris ce nom comme paraît Favoir toujours écrit celui qui le portait, et qui est mort en 181 5. Je ne sais pourquoi beaucoup de philologues récrivent Harless. — * !'• édition. 1778; a* édition, 1795, avec des suppléments publiés en i8o4 et
pendant les éludes d'antiqnité ont eu, de bonne heure, un caractère plus encyclopédique que dans les écoles de France et d'Angleterre. Aussi qtrand M. Schoell entreprit, en i8ig, de nous donner une Histoire de la litiératare grecffae profane depuis son origine jusqu'à la prise de Consiantinople par les Turcs ^ il n'en trouva chez ses devanciers que les niatériaiix réunis avec plus ou moins de diligence; il neut sous les yeux aiji'ur» modèle qu il pût suivre sans réserve pour la méthode. Il croit devoir se justifier, dans une note qui termine son Introduction , de n avoir u jamais consulté» le Lycée de La Harpe, pour ne pas «succomber à la u tentation de contredire un littérateur si distingué et d attaquer un M écrivain si éloquent. » La justification était presque inutile, surtout en vue dun Précis comme, à cette occasion, il appelle son propre livre. On IVibsfuidra sans peine aussi pour avoir négligé YHisloire trop peu criti(iuc de ïéloquence chez les Grecs, par Belin de Ballu, publiée en i8i3. et qui ne se recommandait à hii ni par le tond, ni par le style. Ce n étaient pas li de véritables guides pour un futur historien de la littérature grecque. Or M, Schoell, homme tiès-lahorieux, mais dun esprit médiocre, ne pouvait suppléer de lui-même aux leçons qui lui ont manqué. Ses savants amis de France et d'Allemagne, entre autres \L Bast et M* Boissonade, lui fournissaient pour ce travail, comme pour ses travaux précédents, de précieuses indications sur le détail des faits, rien de plus. Pour la mise en œuvre des matériaux et pour Tordonnance de rensemble, il était rédoit a ses propres forces , et il en sen- Uîit lui-même Tinsuffisanoe; car il dériare n'avoir voulu écrire quune H compilation I) etuun livre élémentaire, r) Mais un livre en huit volumes peut-ii s appeler élémentaire? et n"a4-on pas le droit d'y chercher autre chose que des nomenclatures et de fnudes notices biographiques? Srhoell lesenfait si bien, qu*il a voulu nous donner davantage; comme le montrent assez le cadre et les divisions générales de son livre, il voulait raconter Thistoire de !a langue d'après les monuments de tout genre, depuis les inscriptions jusqu'aux chels-d œuvre de la poésie clas-
' C'est la 2" édition de ïflisioire de la ItUtratnre grecque publiée cii î8j3 pHi* Schoell et dont 1*» premier volume Irailiiit de la llltoroture profane, el le second àe la littérature ccclésiâslïqiie. Mais, à vrai dire. on renonçanï â Irailer de In lillérature sacrée et en développant jusqu'à sept volunips (le VIII* ne contient qtïe des Irtblcs) la tualîère résiimée en un seuf djins son premier essai» l'auteur .ivait le droit de présenlcr ce second ouvrage tomtue ud travail tout nouveau. Voir V Essai snr la tne et les ouvratjes de M. S. t\ Schoeiî ^wc A. Pilian de La l^\»rest (Paris, i8.S5),p. 7^ et suiv, où cet ouvrage de Schoell est apprécié, c<inime tom les autres ouvrages ilu morne auteur, avec une indulgence qui vti (|ue[cjueloi5 jujqu a la puériUlé.
siqup; il voiilaii apprécier riiiduence des événements politiques et des institutions sur le progrès des arts et sur leur décadence. Mais, pour faire honneur i\ une telle ambition, et pour embrasser avec quelque force un sujet si complexe, il aurait fallu le dévouement d'une vie entière, non pas seulement quelques années d\me assiduité distraite, comme elle le fui» par des voyages, par des préoccupations et des travaux politiques cfun tout autre genre; il aurait fiillu la science de fbellénisle unie au talent de fbomme de goùf. Or de Strasbourg, où il suivit les leçons des plus estimables érudits, Schoell n'avait guère emporté que la passion des recherches» ! amour des vieux livres et ime certaine habitude de compiler avec méthode; d'ailleurs, ses nombreux ouvrages de géographie , de statistique, d'histoire diplomatique, lui ont coûté trop de peines et de temps, pour qu'il ait [)U pénétrer bien avant dans les littératures classiques de rautiquité. Quoique supérieure à son hvre sur la littérature latine, son Histoire de la liltérature grecque est» eu sonune, une œuvre de faible valeur, et surtout dëpouiTue d originalité.
Quand Fauteur ne trouve pas dans les livres quil compile quelque jugement tout fait sur les écrivains célèbres, il est incapable d en exprimer un qui lui soit personnel, II avait peu lu les originaux, et il en connaissait trop peu la langue pour être directement sensible a leurs beaulés comme à leurs défauts. Les mots grecs que çà e{ là il a du citer sont imprimés dans son livre avec une déplorable négligence ^ Quand il se réfère au témoignage d'un ancien, on s aperçoit souvent que le témoignage a été mal compris. Par exemple, lorsqu'il écrit , à propos du Pht'don. de Platon': («S'il faut eu croire nue épigrammc de l'Anthologie . H le célèbre Panétius le rejetait comme supposé, » son assertion se foude sur une méprise; le poêle dont il sagit a seulement voulu dire que Panétius, en niant l'immortalité de rànie, avec beaucoup d'autres stoïciens, va, du même coup et sans intention, condamner le Pkédon comme une œuvre apocryphe, ou plutôt qu*/7 en fera im apocryphe, v66ov le- XécEt^, De lelles finesses échappent naturellement ii celui qui n*est pas lamilier avec la langue grecque, surtout avec la langue si raflTuiée des épigrammatistes de l'Anthologie. Ailleurs^» c*est le titre d'un ouvrage du grammairien Ilérodien tiuil traduit à contre -sens, faute d*avoir seule-
' Cr. l. IL p. ail, une noie qui prouve qQ*il 5g rendait peu compte de ïa légitimile des préceptes des grainmainens grecs huc Inccenlualion* — * T. Il , p. 38(i. — ^ Anthoiot^tt: Paîutme , IX, S58, L'nuteuT de celle épigrnmme est inconnu- — * T. V, p. 28. Ce n'est |»a«, d'ailleurs, la seule inexactitude que présente son cain- Ingue des ouvrages dllérodien.
nm JOURNAL DES SAVANTS. — JUILLET 187L
ment ouvert Touvrage : Hep) pLOPtfpous Aé^càç ne veut pas dire Sur les monosyllabes; mais, ce qui est difficile à exprimer en français sans une périphrase, «sur les mots isolés des autres mots par quelque caractère tf grammatical particulier, >» comme tarapfeVos, le seul nom en vos qui n'ait pas l'accent sur la dernière ou sur lantépénultième. Il nest guère plus excusable quand il traduit par Des élections le titre Képi xarap^^v ou riepi dTrapx^^'f ^^*^^^^ poême astronomique sur les auspices ou présages tirés de la position des astres pour les diverses actions de la vie ' ; car il avait sous les yeux ce qui reste de cet ouvrage dans la Biblioiheca de Fabrîcius, et il en indique lui-même assez exactement le contenu. Cest Fabricius qui Ta trompe en traduisant par De e/^c<i07u6a5;maisFabricius ajoutait tout de suite sive de auspiciis.
Schoell, s il s'aventure h résoudre quelque question délicate de chro* noiogie littéraire, n'y est guère plus heureux. Ainsi, au livre IH, chapitre XIX, où il traite de réloqucnoe : « Lorsque les historiens commen* u cèrent à insérer dans leurs compositions les harangues prononcées par ules hommes d'Etat, ceux qui parlaient en pobh'c sentirent la nécessité de mettre i leui^s discours un soin qu'ils avaient négligé jusqu alors, ret, au lieu de s^abandonner à l'inspiration du moment, ils comnien- « cèrent à préparer leurs discours et à les rédiger p^j* écrit. Ainsi se forma K k Athènes un art nouveau , dont la Sicile avait dijà produit des maîtres , «tel dont les lois étaient tracées dans des ouvrages quon ne connaissait ««pas encore dans la Grèce orientale,» Voilà des suppositions bien gratuites, augmentées d'une erreur certaine et d'une contradiction, au moins apparente, entre les deux parties de la seconde phrase. Les harangues insérées par Thucydide et Xénophon dans leurs récits n'ont certes pu stimuler le zèle des orateurs attiques A préparer ou à corriger leurs discours avec plus de soin, car ces harangues sont de la main même de Tannaliste , qui, en Grèce, ne s'avisa pas une seule fois, que l'on sache, d'emprunter un discours original pour en orner son ouvrage^.
D'un autre côté , si la rhétorique savante est d'origine sicilienne , comme on le croît d'ordinaire^, les Athéniens n'ont pas formé cet art, ils l'ont
* T. VI, p. 76. CL Fabricius, t. IX, p. 3 a a, éd. Maries. — ' Deux Uisloriens romains seufêracnt, Galon et Fanniiis, avaient quelquefois admis dans leurs récits Iq texle auUientique des discours piihiiés par leurs auteurs. Voir notre Examen enlitfae des historiens d'Amjusîe, p. aiy. — * Voir le mémoire de M. E. Havel sar In flhétori(iae connue sous h nom de ïihétorique à Alexandre, dans les Mémoîrei prvsentés par divers savants à l'Académie des inscription» et belles-lettres, l. Il de la l** série.
tout au plus accommodé à leurs besoins et à leur goût» après l'avoir reçu des rhéteurs siciliens comme Tilias et Corax.
Il est inutile aujourd'hui d'insister longuement sur de telles erreiu*s^ il serait même inutile d en parler, si le livre de Schoell n'avait pas conservé longtemps, en France et en Belgique^, une sorte d autorité classique , et cela , faute de toute sérieuse concurrence. Ce livre a, du reste, un mérite réel et durable, ccst celui d*une bibliographie abondante ei presque toujours exacte, M, Schoell avait été libraire pendant quelques années; on s'en aperçoit au soin avec lequel il traite cette partie de Tbistoire littéraiie ^. Ses notices sur les éditions et quelquefois même sur les manuscrits des auteurs grecs ont une véritable valeur; malgré quelques erreurs et d'inévitables lacunes, elles sont encore aujourd'hui fort bonnes à consulter, d'autant plus que les fâcheuses exigences de nos libraires français n ont guère permis, depuis Schoell , à aucun historien des littératures anciennes de suivre rexcellent exemple quil avait donné, La bibliographie, je le sais, est une richesse qui encombre et dont un manuel n aime pas à s embarrasser. Mais les rédacteurs de manuels devraient au moins prendre la peine de nous indiquer les sources où nous puiserons, au besoin, ce quils ne veulent ou ne peuvent pas nous offrir. Combien serait plus utile l'ouvrage si estimable de M. Pierron^, s'il nous faisait connaître quelques-uns des travaux modernes sur la texte des autem^s grecs, s'il nous renvoyait aux principaux articles de Fabricius, aux lexiques de bibliographie spéciale comme celui de Sclnveiger^ et surtout celui de Hollmann'^. Les Allemands s entendent beaucoup
* H s'en t^iut que rnutcur les ait toutes relevées dans ses divers Errata, et je ne >ais si elles Tont été dans la traduction allemande de ce livre, iraductiou publiée par Scliwarze et Piiider (Berlin, i8a8-i83a) et (|uc je n'ai pu consulter. — * En iSSy» M, Rouiei publiait à Bruxelles un Manuel de rhistoirc de ht Uuératare grecque^ abrégé de roairafje de SchoeU. — ' Voir, p. xni et xiv de sa Préface, de tri?s-nainutîeuseîi observations sur les erreurs des biblio^*a[)ljes relatives au format des livres. C'est à la même préoccnpation que nous devons, p. xxxv et suiv. de son Introduction, une très-utile concordance des pages de la 5* édition de la Bibliotheca grava, de Fabricius, avec la 4' édition, celle de Harles. Ce m'est l'occasiori naturelle de rappeler un curieux article de M Boissonade sur le Réperimre de Uttéraiitre ancienne, de M. Schoell {i8o8), article réimprimé au tome !!, p. ija de La critique Uiténtire soas h premier Empire. — * îlislûirv de la Utiérature grecque ^ âonf la 5* édition, publiée en 1869, atteste la jusle popularité* Nous revrendroos plus loin sur cet ouvrage. — " flandbach der cîassiscken Hibliographie, ErsterTImL Grîechische Sckrijt* stelier. (Leîpiig^, i83o, in- 8*,} — ^ Le^ricon bihiiographicum site index cdiliontim et inierpreiationum scriptoram grœcorttm ttini sacrorum tam profanorum, (Lipsiae, l83al836, 3 voLin•8^) Une très-simple amélioration, qui rend ce lexique lort supérieur à tous lc?5 autres, c*est que le nom de cbaque aulcur y est suivi d'un renvoi au tome
iiueux cjue nous à concilier, dans leurs manuels, l^éruditioii positive et la critique purement littéraire el morale : c est un art oii nous ne saurions trop nous rapprocher de leur méthode. SchoelL Alsacien de naissance et familier avec la langue allemande, a pu faire ainsi aux successeurs et amt abréviateurs de Fiibricius une foule d'emprunts dont |jiolitent ses lecteurs français.
Une autre idée excellente, maïs que son livre réalise iniparfaitement, c'est celle d'une table synclirooique de Thistoirc politique et de rhistoii'e littéraire dans le genre de celle qui termine le Voyage (rAnachanis, Malheureusement, celle qui remplit presque à elle seule le Vlir volume de Schoell est d'une déplorable imperfection. Les noms d'écrivains et d'artistes y figurent ordinairement sans le moindre indice de la spérialité de leurs œuvres, sans renvoi au tome et à la page où Ton voudrait trouver la notice qui les concerne. La clironologie grecque a fait, eu ces derniers temps, et notamment pour les lettres et les arts, des progrès considérables. Il serait tempâ qu'un philologue scrupuleux voulût bien résumer ces acquisitions nouvelles et nous préparer, ne fut-ce c[ue pour la littérature classique » un manuel de chrouologîe moins embarrassant par son volume que les Fasti kellenici de Clinton , et qui seiTiit comme le complément de toutes les histoires littéraires de la Grèce. M. de Murait nous a donné, en ce genre et pour les annalistes byzantins, un premier essai que ion peut signaler à l'estime des esprits studieux ^
A vrai dire, le champ de h langue et des lettres helléniques est trop riche, trop étendu, pour qu'une vie dliomme suffise à Texplorer, à le creuser dans tous les sens. » Toutes mes lectures, pétulant trois ans, «nous dit Schoell dans sa préface, se rapportaienl uniquement à la lit* <c lérature grecque . « Pendant trois ans! et il croit nous avoir ainsi rassurés. Mais c'est lui-même qui, un peu plus bas, nous apprend, d'après un calcul ftiit par Fr. Aug. Wolf, que le nombre des seuls ouvrages grecs profanes qui nous sont parvenus, complets ou mutilés, s élève à près de douze cents, qu'il faudrait avoir lus avant d'entreprendre une histoire générale des lettres en Grèce, et cela en dehors du christianisme! Eu-
et à la page de la Bîbîwthcca t^rteca de Fabricius, où l'on Irouveia la notice qui le concerne, — Un autre réfterloire fort commode à consulter est la BiblLOlheca svnptùmm classtcorum et (jrfecorum et lakiwrum ^ par Engelmûnn» doiil la bil>Iio;^rapbie remonte à Tan 17 ou el s'étend, dans la .septiome cl dernriTC édition . jusqtj*en i8J8» — ' Éd de Murait, Essai de chromyruphie byzantine^ pour semir à ïexamen des anttaies du Bas- Empire et particttlièremcni dt^s clironagruphes slavons (de 5^5 k tob'j); Saint-Pétersbourg, iSbb, in*8\
LITTÉKATUHE GHECQLE. "" '" 305
roro ne parlons-nous pas des auteurs qui, pour nèive connus que par (les fragments, n'en onl pas moins une iir.portance capilale, comme, pai' exemple» le prince des critiques alexandrins, Arislarque. En présence d'uïie telle statislique, avouons que Ja Dibliotkeca (jrœca de Fabricius pouvait être ulilemenl complétée, corrigée, mise au courant des progrès de la science dans une cdilion comme celle d'Harles, édilion qui, d'ailleurs, demeura inachevée; mais qy élever à c6lé de ce monument d*érndilion un monument de haute critique qui lui soit comparable pour les proporlions est um; tentative au-dessus des forces humaines, surtout en ce siècle on la vie studieuse a tant de peine à s'isoler, a se recueillir dans la retraite» où les travaux de lonone haleine trouvent si difiicilement un éditeur courageux et dévoue. Entre de modestes manuels» qui se résignent :* fexacte sécheresse des faits, et des traités complets, mais d'une élendue qui en rendrait la rédaclion et la publication presque impossible, il n j a place que pour des Instoircs où fauteur ne comprendra qu un genre d^ccrits ou une période plus ou moins considérable dans la vie littéraire du peuple grec.
En fait 1 1 par la force des choses, si ce nV'st pas à celte ambition que se sont bornés les historiens modernes de la littérature hellénique, c'est le seul succès qu*ils aient pu atteindre, comme nous le verrous bientôt.
Quatre fois depuis Schoell a été renouvelée lenlreprise d une hisloire générale des lettres grecques : par M. Bernhardy» parOuf Mûller, en Allemagne, par William Mure en Anglelerre, par M, Emile Burnouf en France, sans parler des simples manuels comme le manuel allemand de Ficker, traduit en français par M, 'fheil, le livre rdlemand de Nicolaï*, le livre anglais de Talfourd et de ses collaborateurs'^, le iivrc français de M. Alcxift Pierron. De ces quatre entreprises une seule , celle de Bcrnhardy, a été meuée à bonne tin; l'ouvrage de ce dernier savant est même arrivé à sa seconde édition; mais aussi est-il conçu et exécuté sur un plan assez modeste, quoique avec des prétentions philosophiques un peu ambitieuses. Ottf Midler, subitement interrompu par la mort, n'aura rempli que la moi lié du cadre qu'il s* était tracé :
' Miigdeburg, i86rï-i86t)> en deux volomes in-S*, qtie l'auleur nous dontie cumme Umarheitantj u/ul Ausfuhruntj dvr Skizic von E. HoiTmanns Leitfaden zut Geichichtû dcr tjriechischcn Literakir. — ^ a' édition, Londor», 1 85o, in-8°* dans ÏEncyclopwdia mctropolittma rédi^ét' sur le plan dt* S. Coieridge. M. TaUourJ a pour colla borateurs , dans ce volume, MM, Bîomtleltl , Pococke, Ouley et Thompson» Le volume s'arrcln a Bion ç{ Mosclius; niais la petite lable clironolaçique que les rèdaclçur'v ont emprunt«l'e h iierohardy (édition de i856) s'étend jusqu'à ta prise de Constantinople par les Turcs,
c est M. Donaldson en Angleterre, M. Capellîna en Italie, (jui ont compW'ti* Tœuvre de cetëmincnt maître* M. W. Mure na pu atteindre non |>lus au delà d'un cinquième volume, qui achève à peine le siècle de Pliilippe et dWlexandre, Knfin M* E. Rurnouf n'a renferma en deux volumes Tcnsemble d\m*^ telle histoire quVn s'arrêtant au vi" siècle de Vère chrétienne, et, entre ces Hrailes, en abrégeant d'une manière capricieuse et souvent irïju5îte quelques-uns des eh a pi lies les plus intéressants, les plus impur Lants a développer* Tout en faisant la part des ac* «^'dents humains dans rincgal succès de tant delTorls, il faudra pourtant rerounaître qu'un mauvais sort n'en a pas seul décidé : la matière était trop vaste pour cire utilement embrassée dans toutes ses pfirtîes par le même savant, si courageux et si dévoué quil fût à ce travail. Prenons tout de suite la question qui se présente la première, et que déjà nous avons signalée plus haut, rello des origines et de l'histoire de Thelléntsme^ en donnant à w mot le sens qu€ lui donnent les grammairiens ^ Quelques pages seulement chea Mûller et M. Rumouf, et cela presque sans riiations d'exemples, sans renvois aux textes oritdnaux, sont tout te qui répond ;i notrt* curiosité sur ce sujet capitaL M. Bcrnhardy nous sfitisfait un peu mieux, sinon par des vues très-neuves et par une grande {ibondance de détails, du moins par des renvois aux textes anciens et im\ livres spéciaux des modernes. Seuls Sclioell *'i W» Mui'e ont voulu rétudinr dans son ensemble; seuls surtout ils ont rattaché a Thistoire de la langue celle de récriture, qui on est vraiment inséparable. Mais aucun d'eux, même le dernier venu dans la carrière, n expose largement les rapports primitifs du grec avec l'idiome oriental d où il dérive» son unité nrigineJle, sa division en dialectes, la différence des dialcrles littéraires et des dialectes populaires, la prédominance du dialecte dit commun depuis les temps macédoniL-ns, la formation du grec ecclésiastique, la tradition persévérante du dialecte classique dans les écoles de littéra leurs hp-antins, la persistance des idiomes ou patois municipaux dans cette dernière périotle et les diverses influences sous lesquelles se forma lit romaïque ou grec vulgaire. Ces phases nombreuses de rhellcnisme ont fait , de]niis plusieurs années, lobjet d'ouvrages ou de mémoires spériaux, comme ceux de ILtidrikas"-^, de M. H. L. Ahrens^, de M. Amédée
' Voir notre Essai sar V histoire de la critique chez les Grecs, p. 4 60 et su iv. et le
Thisaums ilH Estieiiue» aux mots ÈXXv^iietv et È)Jpvt<T(Aà9, — ' MeA^j? rifs Ht*wi}s i\X^jvtKTi)s haXéxTOM, etc. Paris, 1818, m-8", nver une ilédtcare en français 4 l'enirninuir tle IVussie Alexandre, protecteur ilf* la langue ol de la relipon (;rt^ci[iie}t« (if, le?» Obnervations du m^me nu Leur sur fopimon de quelques hdîénisies taackant h <jrec moderne. Sttinell (t. 1, p. 7^, et I: t|]« p. la) offre, sur te tlialeclf r(muium , quel(|ue» bonnes obsrrvaiions mêlée* de l>pauconp d'errcnrs. — ^ Dr
Peyron \ de M* Kreyser*-^. On attend encore lo linguiste habile qui ciiordonnern, lYsumera tous ces ti^avaux, dn manière à composer pour la langue grecque un livre tel que celui de J, Grimni pour faHemand^, et celnî de notre eompatriole, M. Renan» pour les langues sémitiques^. Au point où en sont aujourd'hui les éludes de grammaire comparativ**, celle histoire peut offrir le plus sérieux, à la fois, et le plus séduisant intérêt; les esquisses incomplètes que nous présentent nos cinq historiens de la littérature grecque eii donnent seulement uue faible idée. L'esquisse d'Otlf. MCdler est peut-être, dans sa brièveté, la plus inslrut* tive de toutes, celle qui montre le plus vif seiUiment de la vie d'une langue, et qui fait le mieux vnir combien les développements et les allérations de son organisme reflètent fidèlement les progrès de la pensée et les vicissitudes de la vie morale chez le peuple qui la parlée depuis tant de siècles. Mais, pour développer dignement cette esquisse, d aurait talhi plus de temps et d espace que ne s en donna IViuleur, écrivant un peu à la hâte, et surtout écrivant, comme un sait, son livre pour la jeunesse et pour le grand public, plulèt encore que pour des lecteurs préparés par l'étude à le conipiendre et à rapprécier par le détail. Examinées de près, ces belles pages de Mûlier donnenl prise à bien des objections^ Par exemple , dès le début : « On sait aujourd'hui, nous dil-il .
dialecîis fpottvis et pseadœoîicis (GoUingfp, i83g); De diaîecto darîca (i843). »Te ne snis cjyelle tiause a empêché M. Ahrens d'nchever ceUe importante série, au moins par un travail dcnsemble sur le tlialectf ionïcii. Le gros livre de Bredov, Qaœ^honam criùcarum de diaîecto flerodotcu hbri IV (Lipsiae, i846} et les études de M. Littré et de M. J. F. Lobeck sur le dialecte hijipocratique. en peuvent du moin^ Tournir îe» principaux élénienls. Un bon résumé des formes de la grécilé ioniennfl chez IkTodote se trouve dans U prétace de G. Uiridorf , en télé de son édition de cet hislorîen. (i8i44, Bibliollièque de Firmiu Didot.) — ' Ori(fin€ dci (m Ulastri dialeitt ^rea paragonata con qaeiltJi dctt eloqaio iilastt^ tialiuno, dans la 'i' série, volJ des Menottes de l'Acudtlmw de Tarin {i838). Le progrès des études grecques n'a pas confirnié toutes tes vu^s, d'ailleurs si ingénieuses, de M. Peyron; mais te mémoire où il les expose garde néûnmoins une grande vnleur, el TRuteur avait bien le droii de le réimprimer, comme it l'a tait naguère avec d'utiles changements, à la Muite d(? sa traduction iiûlienue de Tiaicydide (Turin, 1861, 111-8*, xn" tippcndice). On ue peut oublier, à ce propos, des leçons , bien ingénieuî«es aussi, de M. C. Fauriel, dan^ son cours sur Dante el les origines de la liUérature italienne, publié en i85i par M. J. MoIjI. — ' Lecture faite en 18^2, nu cinc]uiênie cot»grés des plnlologue> allemands, et imprimée dan^ le Recueil des actes de cette assemblée (Ulm, i843, in-A", p. 45 et suiv.) : Wie kamen wir Neaern zam Grieehischen , ru miserem Hissen so wohî ah ztt umern Vorurihcilen. — ^ Geschichte der deulschen Sprache (Leip/.ig, 18^8, a vol. io-8'). — * Histoire génémhdes langues iémitiquei [Paris, i855, in*8*, iinpr. imp.) — Béiniprimé en 1858 et en j86^, avec des corrections el des additions),
JOLIRNAL DKS SAVANTS. — JUILLET 1871
wquc ce sont 1rs parties ïos plus abstrailr^s crime Lmgup, celles qui «peuvent le moins dérIvLM* do ritnitation des impressions extérieures» «qui ont été les premières établies et qui ont pris i^s premières une " ffirrae définie,» et il cîfe, à ce titre, le vpvhc être dons le sansrrit, le lithuanien et le grec. Rien n'est plus contestable ni plus contesté que cette théorie, et attribuer un sens primitivement abstrait au radical as ou es du verbe être dans les langues ariennes, cest aflirmor beancotip plus que ne démontrent les plus anciens emplois de ce verbe , soit isolé , soit en composiLion, cbez les peuples de notre race. M. R. Biirnouf. qui a spécialement étudié le sanscrit et qui s'est fait connaître, comme indianiste, par d'utiles [)ublica!ions\ n*approuverait fans doute pas sur ce point la doctrine de Mûller; mais, i'i son tour, il exprime, sur le grec même, des assertions qui semblent d'autant plus hasardées, quil ne les appuie sur aucun témoignage formel. Ainsi, au commencemenï de sou Il op court chapitre î^ur la lanfjiir grecque et ses oriffines : <» Il y a eu eu «Grèce une langue commune produite par l'action réciproque fies dia- M 1 PC tes originairement parlés par les races helléniques, (.etle langue <• commune n'a aucun avantage particulier qui la distingue de ces dia- " lectes, tandis que chacun d eux a des caractères et des aptitudes qui u lui sont propre?, n Or quand apparaît pour nous cette langue eommime, celle que l':'s grammairiens appellent KOipt^ StaXemos? A partir du siècle d'Alexandre. Où en sont les monuments? Sur les inscriptions, sur les papyrus grecs de T^gypte, dans les écrits de quelques auteurs, et partiruïièremeut de Polybe, enfin dans les Lexiques de quelcjoes grammairiens tels que Mœris et Ptirynichus. Eh bien , ces témoignages s'accordent pour nous montrer dans le dialecte commun une simple et naturelle déformation du dialecte attique chez les peuples hellènes que rapprochait, que confondait te progrès ménn> de leur unité nationale, sous les Macédoniens d'abord, puis sous les Romains, dans un temps et parmi les fiasses dp la société où s*a (faiblissait chaque joui^ rautorité des modèles [iroduits par In littérature athénienne, et où quelques lettrés gardaient seuls le sentiment et l'intelligence des formes grammaticales particulières aux dialectes de Pindare el de Sappho. }iC mélange et yaction réciproque des dialectes ne sont donc pour rien dans le travail qui produisit alors h langue commune. Cela serait trop long h démontrer ici par une série d'exemples; mais les monuments anciens que nous avons l'appelés.
' Méthode pour éttidter la tangue sanunif^, [mr É Burnont cl E- Lt*iipol; Nancy cl Paris, l85g, in^S". — Dicfionmnre stinscrtt-Jrançais en. atrttrtères eumpétus , par les mêmes; Naocv et Pari?,
Wlt D'ASSAINISSEMKN J.
f!t les ouvrages, que nous avons cités plus hatil, des philologues ujodemes, fourniront des preuves nombreuses h 1 appui de notre objection. On voit combien il est difficile de traiter brièvement des problèmes d'une complexité sî grande et d'un caractère si délicat.
It EGGER.
Lu suite à un prochain cahier.
Traité d'assainissemeni industriel conifjrenant la description des principaiLr procédés employés dans les centres manufaciuricrs de l'Europe occidentale pour proléger la santé publique et ragricuttare contre les ejjets des travaux industriels, par M. Charles de Freycinet , ingénieur au corps impérial des mines, publié par ordre de Son Exe. le Ministre de l'agriculture et du commerce, i volume de texte X'àT'i pages, avec uths de XX planches. Paris, Dunod, éditeur^ cjuai des Augustins, n'^ àg, 1870.
11 a suffi longtemps de la police locale pour que les usines et les ateliers, lors même quils étaient dans lenceinte des villes, ne nuisissent pas à leurs voisins, les autorités chargées de la propreté et de la sùn.*tê de la voie publique disposant du pouvoir de faire droit aux plaintes des habitants. Cet état de choses s'eAplitpie parle petit nombre des usines et des ateliers aloj's e.\istat»l relativement h ce qu'ils sont aujourd'hui, par rétendue des villes, eu égard aux populations, et par les habitudes de leurs hnbitîmts, qui, en les n^ndant moins difficiles sur féliit des voies publiques, leur faisaient supporter sans peine ce qui paraîtrait aujourd'hui intolérable.
Ce n'est guère qu'à partir de 1807 ^ 1810 que la nécessité se fit sentir de soumettre les usines et les ateliers à des règlements ayant force de loi; et la raison en éJait qu*à celte époque on venait d'établir en grand la préparation de la soude dite artificielle, en décomposant d'abord le sel marin par l'aride sulfurique, puis ie sulfate de sonde, produit de
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celte opération, en sel de soude (sous- carbonate de soude) au moyen du cliaibon et de la craie cbau(rts dans des fours à réverbère. Efleclivement la décomposition du sel marin par l'acide sulfurique donnait lieu à un dégageinc nt d'acide chlorhydrique qui ne permettait à aucune plante de vivre dans le voisinage de l'usine où Ton opérait cette déccïmposition; en outre, lacidc cblorbydrique, se répandant au loin» produisait le même désastre en agissant sur les moissons et les arbres comme gaz, ou bien, après s'être uni k la vapeur d eau almospbérique, ii tombait sur les végétaux sous la forme de pluie corrosive. Qu on me permette de donner quelques détails bîstonques sur la découverte du procédé au moyen duquel on convertit en grand le sel marin en se! de soude; Imi* portance de cette découverte sur les progrès des arts chimiques est telle , que la vérité relative aux auteurs aiLxquels on ia doit ne peut être considérée comme indiOeTente, lorsque longtemps elle est restée incomplète et qu'on rattache, comme je le fais, à cette découverte , la cause principale du premier acte administratif relalif à la classification des établissements industriels.
L extraction du sodium du sel marin à Tétai de sel de soude esi connu généralement sous le nom de procédé de Leblanc; en i85G, lorsque le gouvirnement consulta le comité consultatif des arts et manufactures, puisfAcadémie des sciences, sur la question de savoir si fou devait faire droit i la demande d'une réconipense nationale pour làjamilte Leblanc, en me prononçant pour l'affirmative, je proposai quon Tétendît h la jamille Diié à cause de la coopération du chef de cette famille avec Leblanc à la découvejle d'un procédé dont le temps a mis en évidencr fimportance industrielle.
Mon opinion se fondait sur les détails que m'avait donnés De la Metherie, rédacteur éuJoumalde physique , d après lesquels Leblanc, setanl adressé à D'Arcet le père, professeur de elvimie au Collège de France, pour faire des expériences sur rcxtraclion de la soude du sel marin , D'Arcet mit Leblanc en relation avecDizé, son préparateur, et de leur travail commun sortit le procédé qui porte le nom de Leblanc, malgré la part d'invention qui, selon moi, revient a Dizé, opinion qui ne fut pas, en j856, celle d'une grande majorité de la commission de TAcadémie composée de Thénard, Chevreul, Pelonzc, Regnault, Balard et Dumas , rapporteur.
L'idée d'extraire la soude du sel marin n'était pas nouvelle en *i 789 , et, sirhistoire des connaissances cbimiques eût été faite dans un autre f'spril q ie celui qui a présidé à la conception de la plupart des écrits relatifs â cette histoire, on saurait que io premier procédé aa moyen datfncl
on a retiré ta soude da salfate de cette base obtenu de la dvvomfmition du sel maria par l'acide satfuritfue a[>pa!lient k un religieux, le P. Matherbet qui Fimagina il y aura bientôt un siècle, en 1777* Le procédé consistait h fondre le sulfate de soude intimement mf'lé de i/io de charbon avec i/3 de fer ou de vieilles fetTailles. L'eUîcacilé du procéd*^ fut démontrée en 1778, et Tindustriel Aiban h constata dans sa fabrique de Javelle avant Je mois de juin 179/1 ^
C'est donc au P, Matherbe tfue revient t honnear d'avoir démontré le premier que ton peut obtenir te sodiam da sel marin à l'état de sonde carbonafée.en décomposant son sulfate par le charbon et fixant en même temps le soufre au fer; procédé remarquable, parce qu'il esl complet, le charbon enlevant l'oxygène au soufre cl celui-ci se portant sur le fer.
En d('jin!tive, Malherbe est donc le véritable auteur de la découverte de la soiiDE dite AiiTiFrciErLE» ei non tout autre,
Revenons à la de^composition du sulfale de soude par le charbon et la rraie*
On dit que De la Mélherio imagina un prorédé , imparfait sans doute, pour obU'nîf la soude de son sulfate; puis on cite Leblanc comme l'auteur unique d'un procédé qu*il proposa au duc d'Orléans dVxploiter en grand; on ajoute que le duc, voulant en savoir la valeur, consulta D'Arcel, professeur de chimie au Collège de France, et cest alors, diton, qu intervînt Dizé, préparateur de D'Arcel , âgé de vingt et quelques :mnées. Cette allégation, acceptée romme vraie, tiurait pour conséquence rigoureuse que Di^.é ne serait pour rien dans la découverte du procédé, puis(fue ce procédé aurait été inventé avant (jue Dise en eât eu cnnnaissance.
Mais cette version est loin d'être conforme à des détails que nte doima De la Métberiede 1 8o3 h i8o5, et qui, quelques années après me furent exactement reproduits par Diïé ; en outre, le passage suivant du rapport fait à l'Académie , en 1 856 , dont j'ai parlé il y a un moment, me semble être plus conforme que conïraire à mon opinion.
« Il est évident, en efl'et , que. s'il sagissait de reconnaître que Dizé a ^^été mêlé aux essais effectués par Le Blanc {sic)'^ pour perfectionner le
' Rapport sar les divers moyens d'ea:traire avec avanla^e la soude da set marai, [jar Lelièvrp, Pelletier, D'Arcel et Alexandre Giroud, page 171 du H* volume des numoires de Pelletier. — ' Je l'erai remarquer <]ue le nom de Leblanc est ainsi écrit tlarjs son opuscule, Cristaîlo-techuie , imprimé en 1802, et t|u il prend b (jualite d officier de santé et non de docteur en médecine. Il est évident que Le Blanc n e^l pas son nom; car onliLanx pages 71 et 72 deropuacuîe, rjull existe à Saint-Dems nn M. Lûhhtnc {sic) i\ui a son it^v . son prénom (Nicolas).
«dosage des matières employées dans la fabrication de la soude, qu*il (test devenu son associé et qu*il en aurait les droits commerciaux, quil u â pris une part importante dans ïor^amsatiofi des fourneaux et du matériel «rfe la fabrique de la niaison-de-Seioc. qui! aurait spécialement droit «aux deux cinquièmes de tous les bénéfices résultant pour Le Blanc de u l'invention de la soude, il ny aurait aucune diflicutté, car tout cela H est constaté et unihentiqae, ï> {Tome XLII des comptes rendus de l*Academie, dernière ligne de la page 5 y 3.)
La commission, après avoir donné à entendre que le procédé de Le blanc soumis à Texamen de D'Arcet était complet, reconnaît explicitk- MENT cependant que Dizé a été mêlé aux essai:> de Leblanc: à la vérité, elle s'empresse de déclarer qu'il ne s'agissait que de proportions, et plus loin, elle dit encore que Dizé a pris une part importante dans Vorganisation desfoarneanx et du matériel de la fabrique , tout cela est constaté et AUTHENTIQUE sans doute ; mais ce qui ne l'est pas» c*est ïajftrmalion que Dizé n*a pris part qu*à la détermination des proportions du mélange soumis au feu et ii Yor^junisation des fourneaux et du matériel de la fabrique , et c'est là précisément ce que je conteste.
Dizé était bien le cliîmiste de la société composée du duc d'Orléuis, de son lïonnne dallaires Shée, de Leblanc et de lui, Dizé. car il est dit dans le rapport ofliciel fait an Comité de salut public, au nom d'une commission fr*rmée de Lelièvre, Pelletier, D'Arcet, et Alexandre Gi» roud :
" L'établissement est déjà tout formé à la Francîade. Le citoyen Diïé , f< Tnn des coassociés, en a dirigé particulièrement la construction; elle n est faite de manière qu il peut servir également à toute espèce dïisages «et de procédés de ce genre; cest une justice que lui rendent ses coasii sociés. n
Os citations me suffisent, en ce quelles prouvent que, si Leblanc avait imaginé un procédé avant de connaître Dizé, ce procédé était loin d'être parlait, et que, si Dizé, jeune homme et simple préparateur de DArcet, n'avait pas été pour beaucoup dans la mise en état du procédé pratique» il n'eut pas eu une part s'élevant aux deux cinquièmes des bénéGces.
Je m abstiens de toute remarque relative aux conséquences que Ton a tirées des brevets d'invention et des grandes qualités intellectuelles que l'on a attribuées à Leblanc. Je renvoie au tome XLll des comptes rendus de l'Académie, page S-jG, et riux écrits mêmes de Leblanc pour Tappréciation des qualités intellectuelles de l'auleur.
En définitive, îuou opinion est celle-ci : Leblanc a eu Tiniliative de
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l'idée d'extraire la sniide du sulfate de cette bas<^ au moyen du charbon; mais il a été secondé assez puissamment par Ijizé pour que cette idée soit devenue un procédé industrieL en substituant la craie au fer employé plus de douze ans auparavant dans te procédé de Malherbe; et cette part à riiivenlion d'un procédé qui n'a rien de bien origitial en prenant en considération rinventîon de Malherbe , me paraît assez grande pour ne pas séparer, dans une histoire impartiale des arts chimiques, le nom de Dizé du nom de Leblanc, surtout quand il s'agit dune récompense donnée i un procédé industriel dont le bénéfice u été, par acte notarié, réparti en deux paris exactement définies.
Enfin, une dernière citation montrera que Chaplal, dans le tome II de sa chimie appliquée aux arts» imprimé en 1807 (pages 1 ^7 et i 48), s est énoncé d une manière tout à fait conforme à l'opinion que je viens de résumer.
uOn a trouvé plus d'avantage à décomposer le sulfate de soude (que iileselniarm]; et MM. Leblanc , Dizé, Bourlier, etc., ont fait connaître, ttà ce sujet, des procédés plus ou moins économiques.
uMM, Lkulanc et Diii mêlent et broient 1000 parties de sulfate wde soude avec 55o charbon et 1000 craie de Meudon lavée* On u n'introduit la craie qu^après que le mélange des deux premières subs- <K tances est opéré. «
Certes, si mon opinion eût eu besoin de confirmation, ce passage dissiperait tcms les doutes, surtout quand on saura, comme je le sais, la conduite qua tenue Cliaptal à legard de Dizc dans plusieurs circons» tances ^
Je passe au décret impérial du i5 octobre 1810. Le titre est:
Décret impérial relatif aiix mamtfactares et ateliers tjui répandent une odeur insalubre ou incommode.
Ji a pour objet de répartir en trois classes les manufactures et ateliers qui répandent une odeur insalubre ou incommode e! d'exiger Tinter-
vention de l'autorité pour former un de ces établissements»
La première classe comprend ceux qui doivent ètie éloignés des habitations particulières. Un décret du Conseil d'Etat les autorise.
* Il s*n^it de ïa commimicatifm (juo Dî/é fit à Cliaplaï iXun procédé dt) tirer parti du svhht des salineâ, et ensuite d'une demaudede la place d'inspecteur des leinLures des Gobelîus, devenue vacante, Je publierai quelque jour sur llu^toire chimique de mon temps de longs détails sur Chaptal, conceruant Dizé, Vaoquelin et moi-méme.
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La seconde classe comprend des établissements dont f éloignement des liahitatîons nest pas rigoureusement nécessaire; mais la formation n'en est autorisée quaprès la certitude acquise que le voisinage n'aura point à souffrir des opérations qu'on y exécutera. Les préfets autorisent c^s établissements sur lavis des sous-préfets.
La tmsième classe comprend les établissements qui peuvent, sans inconvénient, être voisins des habitations, mais ils doivent rester soumis a la surveillance de la police. Lautorisation de ces établissements est donnée par les sous-préfels, qui prennent préalablement l'avis des maires*
Le progrés de la science a agi de deux manières distinctes pour modifier la classification des établissements industriels : la première, en rendant certaines industries moins insalubres au double point de vue du voisinage et des ouvriers qui les exercent; la seconde, en donnant naissance à des Industries nouvelles.
La science a bien mérité de l'humanité en agissant ainsi sur findustrîe; non-seulement en rendant un art moins insalubre elle a amélioré l'hygiène publique, mais presque toujours elle a servi à fa fois le producteur et le consommateur; le producteur, en lui donnant le moyen rie recueillir des produits qui, perdus auparavant, étant désormais recueillis, sont venus diminuer le prix de vente et augmenter ainsi le nombre des consommateurs. Enfin , en abaissant les classes respectives des industries. Me a allégé les conditions des établissements, et a donné par là plus de liberté au prodocteur.
On s'explii[ue ainsi comment le perfectionnement des procédés industriels a dû apporter des modifications plus ou moins grandes à la classification des établissements industriels, prescrite par le décret dti8j o*
En prenant en considération un certain nombre d'industries postérieures au décret, particulièrement des industries relatives aux matières d'origine organique, nous trouverons des causes d'insalubrité dont les ellets ne se manifestent qu'avec le temps ; lels sont des débris, des détritus, des matières qui» sortant de rusineà 1 état inodore, au bout d'un certain temps portent l'infection dans les sols et dans les eaux qui les ont reçus. C'est surtout en traitant, dans un dernier article, de Vky (jiène des villes, que je parlerai avec quelque détail de ces faits, dont 1 étude na pas cessé de m'occuper depuis 1826,
L*état de choses que je viens d'exposer explique la nécessité où s'est trouvée fautorité, après un demi-siècle, de remanier lu classification des établissements insalubres du décret impérial du i5 octobre 1810.
"en publiant, le 3i décembre 1866, une nomenclattire des éiaUhsements imalubres, dancjereajc oa incommodes, annexée au décret M est entendu que les industries postérieures au i5 octobre 1810 y sont comprises.
Ce travail a occupé le Comité consultatif des arts et manufactures du ministère de ragricuUure, du commerce et des travaux publics, qu'il comprenait alors, pendant plusieurs années; et, pour quil fût au niveau des connaissances industrielles, sur la demande du Comité, M. le Ministre chargea M Tingénieur des mines de Freycinet d'étudier en Angleterre, en Belgique, dans la Prusse rhénane et la France» les établissements industriels au point de vue de l'hygiène, et de comprendre dans ses études les villes principales où il aurait loccasion de séjourner.
Les voyages de M de Freycinet ont doré plusieurs années. Les rapports quil a adressés au Ministre ont été Jugés assez importants pour quils fussent publiés, et TAcadémie des sciences, en leur décernant un des prix de la fondation Monlyon, a donné un témoignage public de Fimportance qu'elle leur reconnaît. Enfin l'auteur îes a refondus en deux volumes, qui ont été publiés par ordre du Ministre : le premier est consacré aux établissements industriels, et le second Test à l'hygiène des villes.
Deux parties [lartagent le premier volume :
La PREMIERE PARTIE, intitulée sallbrité iNTÉBreuRE, concerne Yhyffïène des ouvriers.
Elle se compose de deux chapitres, Je premier comprend iesprocédés Ljènéranx, et le deuxième, les procédés spéciaux.
La SECONDE PARTIE, intitulée salubrité £xteri&ube, concerne l'hygiène des voisins des usines.
Elle comprend deux sections .
La PREMIÈRE SECTION couceme les dégagements de produits (jazeax; La DEUXIÈME SECTION couceme les résidus qui sont solides ou lùjaides.
Enfin chacune des sections se divise en deux chapitres , dont le premier comprend l'exposé des procédés généraux , et le deuxième, celui des procédés spéciaux à une industrie particulière.
En suivant cet ordre dans Tcxamen du livre de M. de Freycinet, nous ne nous arrêterons que sur les points qui présentent quelque intérêt au point de vue de fimportance ou de la nouveauté.
Ce premier article a pour objet la salubrité intérieun^
ko.
JOURNAL DBS SAVAtSTS. — JUILLET 1871.