CHAPITRE H
PROCÉDAS SPÉCIAUX.
Les considérations générales que nous venons d'exposer, applicables aux procédés spéciaux dont nous avons à parler, sont assez précises
TBAITÉ D ASSAINISSEMEIVT 375
pour que je n*entre pas dans les détails de celle partie de Touvrage; nous passerons donc rapidemeiit sur les moyens de combattre les actions délétères des acides chlorhydrique t^t sulfureux, des vapeurs nitreuses, et de i acide sulfhydrique dont lauteur s* occupe d abord.
L acide chlorhydriquc , comme nous l'avons dit, est le plus puissant destructeur au double point de vue de laction et de retendue de se» effets; on le combat en opérant laclion de Facide sulfurique convenablement dilué d'eau sur le sel marin dans un fourneau cios doiit la çaz chlorhydrique qui en sort se condense sur des surfaces mouillées que lui présentent des batteries de bonbonnes; et le succès est obtenu lorsque le mouvement de vapeur acide dans Tintérieur des bonbonnes est convenablement lent pour que la condensation soit obtenue avec le moindre nombre de ces vases. La loi anglaise oblige Tindustriel à condenser le gaz de manière que, sur cent parties, il n*y en ait pas plus de cinq qui se perdent dans fair. Un appareil dit aspirateur est annexé à chaque fabrique pour s'assurer de l'exécution de la loi.
On peut encore recueillir le gaz chlorhydrique dans des condenseurs verticaux cylindriques ou quadrangulaires remplis de boules de porcelaine on de gris, ealrelenues constamment mouillées, afin de dissoudre le gaz chlorhydrique arrivant dans le condenseur par la partie inférieure.
Si les inconvénients du dégagement do l'acide sulfureux dans fatmosphère ne sont ni aussi graves ni aussi étendus que ceux du gaz acide chlorhydrique» ils nen sont pas moins encore considérables, et nous devons faxie remarquer quil existe bien des industries différentes, du Fusine desquelles il se dégage. Je citerai la fabrication de facide sulfu- 1 iquc, le grillage des sulfures métalOques , le ralïinage du soufre, le passage des laines et des plumes à l'acide sulfureux, la combustion de ia houille et même celle du coke, l'affinage de fargent, etc. A la vérité, ces industries ont été bien assainies. Autrefois, pour loo parties de soufre brûlées pour la fabrication de l'acide sulfurique, on en perdait de aS à 3o à l'état de gaz acide sulfureux, aujourd'hui la moyenne est de 6 ou y.
Au lieu de passer les laines, les plumes, h la vapeur du soufre allumé dans des chambres, on peut les passer dans de leau d'acide sulliireujÊ. Au lieu de perdre l'acide sulfureux provenant du grillage des pyrites, on peut le recueillir dans des chambres de plomb, où on le convertit en acide sulfurique au moyen des vapeurs nitreuses.
Vapeurs nilrcuses.
Les vapeurs nitreuses, représentées essentiellement par de facide
hy])oazotique et de lacide azotique, se dégagent des chambres de plomb où l'on fabrique Tacide suifurique; le meilleur procédé pour les empêcher de nuire , est la colonne ou la Tour-de-Gay-Lassac de 3 à j o mètres de hauteur, remplie de morceaux de coke ou de boules de porcelaine ou de grès : c est de Tacide suifurique concentré, et non de Teau, qui absorbe la vapeur nitrcuse. M. de Hemptinne emploie des boules creuses de grès de 1 5 centimètres de diamètre percées de cinq trous à la partie supérieure, qui, en se remplissant à moitié d*acide suifurique , présentent une grande surface à l'extérieur et à Tintérieur, et agissent alors efficacement.
Hydrogène sulfuré (acide sulfhydrique).
« L'hydrogène sulfuré est peu préjudiciable à la végétation, » dit avec raison M. de Freycinet, en supposant qu'il le soit dans les cas ordinaires , « mais il est dangereux à respirer, ajoule-t-il, et il cause des dégâts dans «les maisons d'habitation, où il noircit l'argenterie, les ornements mé- (( talliques et les peintures, notamment celles au blanc de plomb.»
Il n'est pas inutile de faire remarquer que l'acide sulfhydrique, dont l'odeur se manifeste dans une foule de cas, par exemple, tou(es les fois que des solutions du sulfate de po(asse de soude, de chaux, sont en contact avec certaines matières organiques, lorsqge des bains sulfureux, dits de Barége, sont répandus sur la voie publique, etc., ce qui alors affecte désagr(^ablement l'odorat et cause les dégâts dont parle M. de Freycinet, s'il pénètre dans nos habitations, n'est pas jugé nuisible par l'ouvrier qui, dans une usine de produits chimiques, est exposé à le respirer ; il le juge donc tout autrement que les gaz chlorhydrique et sulfureux, que les vapeurs nitreuses, qui l'affectent douloureusement aussitôt qu'il les respire, tandis que, si le gaz sulfhydrique commence par l'affecter désagréablement, bientôt il y est accoutumé; et il est à ma connaissance personnelle que des ouvriers, avertis qu'il y avait danger, même de la vie, de rester quelque temps exposé à ce contact, ont été en quelque sorte forcés par leur chef de sortir de Tusine pour respirer le grand air.
Cette remarque faite, il y a donc plus d'une raison de se tenir en garde contre les effets que l'acide sulfhydrique tend à produire comme agent délétère, et de préserver de l'altération les métaux usuels et les peintures à base plombeuse.
Lorsqu'il ne se dégage qu'en petite quantité, on peut le brûler dans un foyer, ou l'absorber par un lait de chaux, ou le détruire par le chlore, mais, s'il s'agissait d'une source continue d*acide sulfhydrique.
TRAITÉ D A5SAIMS5EMENL 377
iXï chercherail ;\ recueillir industriellement le soufre pour en faire usage coiimie madère première ulilc; en ce cas, si Ton a lieu d'espérer une solution heureuse et prochaine du problème, on peut dire avec M. de Frcycinet qu aujourd'hui les procédés d'assainissement sont nombreux, mais aucun n'est cntihvment satisfaisant. Je renvoie à loiivrage pour connaître le^ difficultés du prohlème.
Acide arsenieux
Le procédé de salubrité extérieure des minerais arsenil'ères qui laissent dégager de Xacide arsenienx par le grillage consiste à faire parcourir aux vapeurs un conduit horizontal assez long pour que la totalité de lacide arsenieux soit déposée, de sorte que Tair qui a servi à la combustion arrive à la base de la cheminée verticale du four de «rillage. de manière quil ne contienne plus de produit toxique.
G as de i^éeUirage
M. de Freycinet ne parle du gai de l'éclairage que pour indiquer quelques parUcularités nouvelles relatives à son épuration et au nettoyage des appareils sur lesquelles ia pr^itique a prononcé favorablement en Angleterre.
Une préparalion avantageuse pour absorber lacidf sulfhydrique, c est lïi sciure de bois humectée d une solution dp lilharge dans Teau de soude. Il se produit un sulfure de plomb noir» qui, par une exposition à Tair de quelques heures, perd sa couleur, mais non son efficacité: car la même préparation peut être employée huit à dix mois,
M. de Freycinet parle ensuite du procédé employé par le directeur de la grande usine de gaz de Londres. Au nioy en de la vapeur et des pompes ' de Tusine, il nettoie cinq grands cylindres garnis de coke humide pour absorber fammoniaque et cinq larges caisses remplies de chaux et d'oxyde de fer pour absorber lacide sulfhydrique.
(ji\t des fours è ciment, a ch^iux, a briques, elc.
La lecture des huit pages consacrées à ce sujet par M. de Freycmet ma fait penser à rulitité d'un Traité général de iassatnissement des usines. qui serait divisé en deux parties.
La première comprendrait l'étude de chaque cause simple qui concourt à lassainissement;
La seconde partie traiterait de chaque industrie en particulier, avec l'indication des causes simples auxquelles il faut avoir égard pour Tassainissemenl des usines où Ton exécute les opérations de cet art.
Cette disposition des matières aurait un avantage considérable quant à la précision des idées et aux détails que permettrait la première partie, et, parla concision avec laquelle chaque industrie serait traitée, dans la deuxième partie , elle donnerait d'ailleurs à Tauteur toute facilité de faire connaître ce que telle industrie peut présenter de particulier relativement à la connaissance quon aurait acquise, dans la première partie, des causes d'assainissement envisagées en général.
Une méthode qui pourrait présider à un tel ouvrage lui donnerait un caractère éminemment philosophique; évidemment, la première partie tout à fait abstraite correspondrait à l'esprit de la physique, puisqu'elle traiterait de chaque cause d'assainissement, comme la physique traite de chaque propriété quelle examine; et la seconde, occupée des industries en particulier, correspondrait à l'étude du concret. Là encore serait une application de nos vues à l'étude des sciences naturelles.
Appliquons cette manière de voir aux inconvénients signalés par l'auteur dans la fabrication des ciments, de la chaux, des briques; ils consistent :
1** Dans la fumée provenant du carbone des combustibles;
2** Dans le dégagement des acides sulfureux et sulfhydriquc;
3** Dans des fumées blanchâtres acides;
4° Dans des émanations fétides provenant des matières soumises à l'action de la chaleur;
5° Dans de l'air chaud capable de nuire à la végétation.
Les causes de ces inconvénients ainsi déterminées, il serait aisé d'y remédier en consultant un Traité d'assainissement des usines composé avec les idées que je viens d'exposer; car, dans la première partie, on aurait parlé de l'inconvénient d'une combustion incomplète qui donne lieu à une production de noir de fumée, — et aussi des combustibles minéraux pyriteux qui produisent en brûlant de l'acide sulfureux. Quant aux trois derniers inconvénients, c'est dans la deuxième partie qu'il en aurait été question.
On aurait fait remarquer que l'inconvénient de fumées blanchâtres et acides qui s'était manifesté dans la grande fabrique de ciment de M. Demarle de Boulogne , tenait à ce qu'on délayait la pâte du ciment avec de l'eau de mer, et qu'on faisait usage de celle-ci pour éteindre le coke. Une vapeur formée d'eau, de sel marin, d'acide chlorhydrique
et de poussières diverses, provenait si bien de ïemi de mer, que TincoDvénient a cessé dès qu'on a eu remplncé ce liquide par de leau douce,
Quant à des énianations fétides, elles peuvent provenir des maUèreii calcaires d origines diverses, par exemple, entre Londres et Roches* ter» on fabrique le ciment de Poriland avec de la chaux et du limon de la Tamise; de là un dégagement de gaz hydrogènes carbures, d acide sullliydrique, d'oxyde de carbone, etc. M. Medloek a imaginé un four où tous ces inconvénients disparaissent.
Ce four serait utile dans le cas où Ion chaufferait des argiles fétides de nature limoneuse comme celles de Guélary (Basses-Pyrénées).
Parlons de finconvénient de l*air cbaud à Fcgard de la végétation. Si . dans tous les cas où il a été question, au comité consultatif des arts et manufactures, de ces inconvénienlà atlribuésau voisinage des fours à chaux et à plâtre, je n'ai jamais dit qu'il y ait une cause permanente de dommages pour la culture dans les circonstances ordinaires où on les établit» j'ai toujours pensé quil existe des circonstances où ce dommage pouvait avoir lieu, et cette opinion nesl point une hypothèse de ma part, elle résulte de quelques observations personnelles. Ainsi j'ai pu me convaincre que de Tair chaud provenant de brûlis de mauvaises herbes ayant touché Tenvers des feuilles dun certain nombre d'arbres, sans y occasionner la moindre hrâbire, les avait sécliées au point de détruire leur végétation. Cette observation n*rst donc point à dédaigner lorsqu'on veut établir des fours à chaux ou à plâtre, Il faut leur donner autant d'altitude que permet la localité et consulter la direction des vents dominants. Cette observation peut être appliquée à des cas accidentels où des dommages peuvent avoir été produits sur des plantes voisines de fours à chaux ou à plâtre, et ce serait commettre une injus* tice, dans un cas particulier, de juger en principe que le dommage nest pas possible,
M. de Freycinet traite ensuite d'un grand nombre d'industries variées; mais, les moyens d'assainissement dont il parle ne présentant rien de bien nouveau, je me bornerai à une revue succincte de cette partie de l'ouvrage.
Il parle de l'efficacité dun long conduit pour condenser les vapeurs plombeuses qui se dégagent lors du traitement de minerais du Chili; des dépôts et du traitement des huiles minérales (pétrole); de la distillation de bois pour en retirer à la fois du charbon et de l'acide acétique en briMant dans le foyer les gaz inflammables; de la gélatine, delà colle forte, de rextraction des matières grasses animales, de leurs tissus, de
la conservation des peaux au moyen de Facide phénique employé avec tant de succès par M. Cal vert; des bougies stéariques, de la fabrication du savon en vases clos, de la révivification du noir animal, des engrais artificiels, et enfin de la manière d'éviter les famées noires dans les foyers. S*il n'existe pas encore de procédé simple absolument efficace , on ne peut se dissimuler que , depuis une qiunzaine d'années , de grands progrès aient été accomplis dans tous les centres industriels où, auparavant, l'atmosphère était constamment obscurcie par d'épaisses fumées. Nous répéterons que ce sujet est si général, quil eût été convenable , ce nous semble, de le traiter dans les procédés généraux.
If PARTIE.
SALUBRITE EXTÉRIEDRE.