CHAPITRE PREMIER
PROCÉDés oiNéRAUX.
Ce chapitre, un des plus intéressants de l'ouvrage par son importance, sa généralité et la manière dont l'auteur l'a traité, ne nous arrêtera cependant pas longtemps, notre inlention étant de revenir sur ce qui en est , selon nous, la généralité, dans l'article ou nous parlerons de rhygiène des villes,
M. de Freycinet examine la position des usines relativement aux circonstances topographiques les plus favorables à la dispersion au loin des résidus liquides et solides.
Après avoir montré les avantages des cours d'eau puissants et du bord de la mer, où les résidus liquides et même solides peuvent être dissous ou simplement délayés dans une masse d'eau considérable, relativement à la leur, et alors disséminés au loin, de manière à perdre toute influence nuisible sur le voisinage de l'usine, il parle successivement des paits-absorbants ou boit4out pour écouler les résidus liquides dans le sein de la terre, de 1 enfouissement dans le sol des résidus boueux ou solides, de la clarification des résidus liquides par voie de dépôt ou de filtrage, du déversement des résidus liquides et solides sur les sols arables, enfin du traitement de ces résidus par la chaux.
Cest à partir principalement de ce chapitre inclusivement jusqu'à la fin de Touvrage, que Ton peut voir la justification de ce que j'ai avancé dans l'article précédent sur les causes d insalubrité d'un certain nombre d'industries relatives aux matières organiques, industries créées posté* rieurement au décret de 1 8 1 o ^ : je donnerai plus de clarté à ma pensée en reproduisant ici, comme exemple de la manière dont j'ai envisagé la question spéciale a riivgiène publique, un résumé des conditions auxquelles un toi^^oa^doit satisfaire pour qu'il soil efficace. Voici ce résumé» que M. de Freycinet a bien voulu insérer dans son ouvrage.
«Les hoii-toat (dit M. Chevreul), sorre de puits creusés dans le sol uavec Tintention d'y faire couler les eaux qui sont à sa surface, n'ont «d'efficacité qu'à trois conditions.
uLa prcntière est que le liquide quon fera écouler dans le boit-iout ne «corrompe pas la nappe d'eau potable qui aliraenle les puits et la source n d'eau servant aux usages économiques du pays où ces boil-Umi seront « creusés,
u La seconde est que les boit-toat aient leur tond dans une couche Cl parfaitement perméable; autrement le terrain» bientôt saturé, ne per* <( mettra plus au boU-ioat d*absorber l'eau.
«La troisième est que la couche perméable où se rendra l'eau que t» Ion veut évacuer de la superficie du sol, étant située au-dessous de M la nappe d'eau qui alimente les puits du pays, cette couche perméable M ne conduira pas les eaux dans une nappe d'eau servant à réconomie Il domestique d'un pays autre que celui où le boit-toitt est creusé.
Je serais heureux que les lecteiu^s du Joarnal des Savants vissent qu en traitant de la salubrité publique je ne l'ai point fait d'une manière légère, et quils ne trouvassent pas déplacé qu'après avoir aciievé de rendre un compte fidèle d'un ouvrage comprenant lassainisseraent des usines et des villes, et proj)re à honorer et son auteur et le ministre qui en a rendu Texécutian possible, j'exposasse quelques vues générales extraites en partie d'écrits déjà publiés , et qui, loin d'émaner d'hypothèses gratuites, reposent sur des expériences dont les premières ren>outent A l'année j8q6, époque de l'origine de mes recherches sur les eaux de ta Bièvre , dont l'influence en teinture était une obligation de ' la place à laqxiclle je venais d'être appelé aux Gobelins.
Les développements que M. de Freycinet donne à rétablissement des puits absorbants sont en parfait accord avec le résumé que je viens de reproduire; ils montrent la réserve avec laquelle laulorilé supérieure
' Journal det SaianU, page '6ii, alinéa 6v
ig
doit procéder lorsqu'il s'agit d'autoriser à creuser des paUs absorbants , car bien peu de localités se prêtent à les recevoir, sans que des populations, plus ou moins voisines de ces puits, ne soient exposées à souffrir de l'altération des eaux qui, jusque-là, avaient satbfait à tous leurs besoins, par la raison que les résidus liquides qui sortent d'une usine portent la corruption dans la nappe d'eau où débouchent les puits absorbants.
ClariBcation par voie de dépôt ou de filtrage.
M. de Frcycinet a décrit la clarification des eaux par voie de dépôt et par voie de filtrage avec des détails d'autant plus intéressants, qu'il existe un procédé fort ingénieux de M. l'ingénieur des mines Parrot, déjà ancien, connu sous le nom de digues filtrantes , dont l'efficacité est hors de doute.
Un chenal reçoit le liquide trouble et le conduit dans un bassin de dépôt; de là il passe dans un bassin d'épuration qu'une digue filtrante, composée de deux couches verticales extrêmes de gravier et une couche centiale et aussi verticale de sable fin, sépare d'un bassin triangulaire, dit régulateur.
La condition essentielle à reniplir dans la pratique est que le liquide parvienne à la digue après avoir déposé tout ce qu'il tenait en suspension. Dès lors, le liquide clair passe dans les interstices du filtre sans y rien laisser.
Si la digue filtrante de Parrot diffère des filtres qui retiennent entre leurs interstices les matières solides, cause du trouble des liquides qu'on y passe, et si parfois même les nettoyages fréquents qu'ils exigent en rendent l'usage plus dispendieux que l'usage de la digue filtrante de Parrot, ce n'est point, à mon sens, une raison de substituer à la qualification de filtrante de la digue de Parrot l'épithète de perméable, car tout filtre est perméable au liquide trouble qu'on y passe, et les filtres de papier et de tissu, employés dans les laboratoires de chimie et dans plusieurs arts, le sont, en général, pour recueillir aussi bien les matières solides suspendues dans le liquide que le liquide lui-même, et dès lors, si les interstices du filtre se bouchent, c'est un accident et un inconvénient.
M. de Freycinet parle de l'emploi des eaux et des matières boueuses qui, sortant des usines, peuvent être répandues comme engrais, parce quelles renferment des matières propres à la végétation. Je reviendrai, clans l'article suivant, sur ce sujet, qui n'intéresse pas moins Tagrieulture que l'hygiène des villes.
Eofiii il termine ce chapitre par l'emploi de la chdux, soit pour neu* traliser des liquides qui sortent des usîoes à l'état acide, soit pour en séparer des matières toxiques à Tétat de composés solides insolubles, ainsi que j*ai proposé de le faire dès i8/!|6.