SEPTEMBRE
Là CHALEun SOLAIRE et ses applications wdastrielles par A, Mouchât, Paris, Gaultiier-Villais, 1869.
Le livre de M. Mouchot a plus d'un mërîte. Je signalerai tout d'abord le moins commun, sans contredit, dans les écrits d'un inventeur; c'est une extrême et sincère modestie. Craignant par- dessus tout de s'attribuer les découvertes d autrui, M. Mouchot, après avoir réaiîsi', vn suivant ses propres idées, des expériences curieuses et utiles, s*est fait érudit pour chercher; depuis lantiquité, les traces do ses prédécesseurs et démontrer, pièces en main , sans y mêler aucun discours su perfîu, que te problèoie aucpiel il s*est appliqué a déjà été abordé et résolu par des méthodes analogues à la sienne.
Tous les moteurs naturels, on la souvent remarqué, tirent leurorigine directement ou indirectement de laction du soleil* La force du vent, faction des cours d'eau, le pouvoir caiorifique du combustible qui chauffe une machine à vapeur dérivent également de l'énergie incessamment versée par les rayons solaires. Ce sont eitx, en ellet, qui, f^n échauffant inégalement les diverses contrées, ne souffrent dans Tatmospliï re aucun repos durable; en échaulTant les eaux de la mer ils les changent en vapeurs qui, élevées au sommet des montagnes, en re- . descendent condensées pour alimenter les fleuves. C'est la lumière solaire, enfin, qui, par un artifice inexpliqué jusquici, décompose dans les plantes facide carbonique de lair pour y fixer le carbone, dont la combustion crée une puissance motrice. Les applications industrielles des rayons solaires nous sont donc depuis longtemps familières; M. Mou-
chot ne Tignore pas, et le rappelle en termes excellents, mais il prétend les mettre plus directement en usage en recueillant la chaleur versëe sur un point quelconque de la surface terrestre pour la substituer au combustible. Le jour où Ton pourra faire marcher une machine à vapeur ou à air chaud, entretenir le foyer destiné à la cuisson des aliments sans autres frais que ceux de première installation, un grand et mémorable service sera rendu à Thumanilé. M. Mouchot ne réclame pas Thonneur qui doit s attacher à une telle découverte; conduit par ses études de physique expérimentale à entrevoir une solution , il a étudié avec un esprit sagement critique les tentatives produites jusqu'ici; acceptant sans scrupule toutes les idées qui pouvaient le conduire au but, il les a réunies et perfectionnées sans autre souci que celui de bien faire, et l'appareil auquel il s'est arrêté, très-intéressant déjà pour les physiciens, doit donner le plus sérieux espoir d*un succès pratique et complet dans les régions où un soleil plus ardent rayonne presque constamment dans un air pur et sans nuages.
Examinons avant tout Tordre de grandeur de cette force quil s'agit de recueillir et d'utiliser en partie. Des expériences concordantes dues à WoUaslon, à Herschell et à Pouillet, évaluent à 38 mètres environ l'épaisseur de la couche de glace recouvrant uniformément la terre, dont la chaleur versée par le soleil pourrait, chaque année , déterminer la fusion : i kilogramme de charbon produit, en brûlant, 8,5oo calories, c'est ce qu'il faut pour fondre 107 kilogi'ammes de glace environ, et, par conséquent, les 3o,ooo kilogrammes de glace fondue qui représentent la chaleur versée par mètre carré représentent la combustion de 290 kilogrammes de charbon, soit 800 grammes par jour environ — moins de 1 kilogramme de charbon par jour pour chaque mètre carré de surface utilisée, tel est le maximum théorique au-dessus duquel il ne faut pas songer à s'élever, et dont, sans aucun doute, on restera toujours fort loin. Le nombre des mètres carrés est, il est vrai, illimité; mais la dépense ne peut manquer de leur être proportionnelle, et il n'est pas aisé de concentrer sur un seul appareil toute la chaleur reçue sur un grand espace. Qu'on ne s'attende donc pas à voir créer de puissantes machines en remplaçant par le soleil nos mines de houille et nos forêts; il ne peut être question que d'effets modestes et de travaux qui ne demandent pas une très-grande force. Le problème ainsi restreint n'en conserve pas moins une très-grande importance, et les expériences de M. Mouchot, non moins que ses consciencieuses études historiques sur la question, en ont sans aucun doute avancé la solution.
La science recueille tous les faits et les enregistre sans parti pris.