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LA CHALEUR SOLAIRE

(( na lirait on pas, si Ton employait, par exemple, mille miroirs! Je prie u donc înslamraent les mathématiciens de tenter avec soin cette expë- ^rience; ils éprouveront quil n*est pas d'appareil catoptrique aussi I propre que celui-ci à porter Tincendie au loin, »

Billion réalisa, un siècle plus tard, le projet de Kircher. Le miroir ([u'il fit construire était formé de 3 60 glaces portées sur uo châssis rectangulaire ayant sept pieds de largeur sur huit de hauteur. Ces glaces, mobiles en tout &ens^ étaient séparées les unes des autres par un intervalle de quatre lignes (o",oi); il fallait une demi-heure pour les disposer de façon à faire coïncider les diverses images qu elles donnaient au soleil, maïs l'appareil, une fois réglé, pouvait servir indéfiniment, tant que la distance du foyer n avait pas hesoin d'être changée* A 5o pieds* le foyer avait environ G pouces, à i5o pieds il en avait 16. Les résultats dépassèrent fattente de BulTon lui-même et confirmèrent les prévisions de Kircher. Le 10 avril 17/17, 128 glaces mirent le feu k une planche de sapin goudronné à la distance de iSo pieds, riuflammation fui subite et eut lieu dans toute Fétenduc du foyer* BufTon réussit à enflammer du bois à la distance de aoo pieds (68 mètres) et fondit également plusieurs métaux à la distance de 1 3 ou 1 3 mètres.

Lorsque, laissant de côté ta condition d'aune grande distance, nécessaire pour la solution du problème d'Archimède, on veut seulement faire servir les rayons solaires à produire des effets calorifiques considérables, un seul miroir solTit, et les dimensions ifont pas besoin d'eti'e considérables. Le Journal des Savants du mois de mars 1666 donne les détails suivants sur un miroir construit par Villette, opticien de Lyon alors fort célèbre :

(I La figure du miroir est ronde, du diamètre de 3o pouces (o'*,8o) et « quelque chose de plus. Il est bordé , d un côté, d\vn cercle d acier, afin «qu'il demeure dans sa juste figure. H est facile de le remuer, quoiqu'il «pèse plus d'un quintal {5o kilos), et on le met aisément en toute sorte u de situation. Le point brûlant est distant du centre du miroir d'environ « 3 pieds. Le foyer est large comme un demi-louis d'or, on y peut passer « la main pourvu que ce soit avec précipitation , car, si elle demeurait le H temps d'une seconde , on serait en danger de se faire beaucoup de mal. m

Voici quelques-unes des expériences rapportées*

Un petit morceau de fer de marmite s est mis en goutte prêt à tomber en quarante secondes; un petit morceau de fer-blanc a été percé en six secondes; l'acier dont les horlogers font leurs ressorts s'est troué en neuf secondes.

D'autres miroirs sont restés célèbres dans Tbistoire de la science eu

tiOO JOURNAL DES SAVANTS. — SEPTEMBRE 1871.

raison surtout de l'illustration des expérimentateurs qui en faisaient usage, pour y chercher le foyer d'une chimie nouvelle. Les 'miroirs fondus par Tschirnauss, dans une verrerie créëe à ce dessein par l'électeur roi de Pologne, produisit, dit Fontenelle, des nouveautcîs de dioptrique et de physique presque miraculeuses. Le duc d'Orléans voulut en posséder un semblable et l'acheta de Tschirnauss. Malgré le nom de miroir, qu'on lui a donné constamment, c'était une simple lentille de verre de 3 pieds de diamètre. Les deux surfaces étaient sphériques et chacune de i 2 pieds de rayon.

Les effets, si violents qu'ils soient, obtenus sur un point seulement , par la réflexion ou la réfraction à l'aide d'un miroir ou d'une lentille, ne sont pas une épreuve suffisante de la puissance mécanique des rayons solaires. Si l'on veut, par exemple, échauffer une masse d'eau, il est évidemment inutile de concentrer les rayons en un de ses points , qui les recevra au détriment des autres sans que la masse s'échauffe pour cela plus rapidement.

M. Mouchot, dans les appareils qu'il a construits avec un plein succès , issocie les deux procédés en les réduisant, condition essentielle, ù leurs traits les plus simples. Le miroir n'a nullement besoin d'être façonné avec le même soin que les miroirs- ardents dont le foyer ne saurait être trop petit ; pourvu que les rayons soient envoyés vers l'objet de grande dimension qu'il s'agit d'échauffer, le but sera atteint; et M. Mouchot a pu remplacer les surfaces sphériques ou paraboliques par un cylindre de construction incomparablement plus facile. Le choix de la substance réfléchissante conserve toutefois toute son importance, et malheureusement la plus avantageuse est en même temps l'une des plus dispendieuses. L'argent, sur 1 00 rayons solaires, en réfléchit 93 , et ] acier poli 60 seulement; l'alliage de cuivre et d'étain qui porte le nom de métal de miroirs n'en réfléchit que 64. Les miroirs d'argent doivent donc être adoptés, mais il suffit de les construire en plaqué, pour (ju'en restant très-suffisamment inaltérables leur prix devienne trèsmodéré. Pour faire bouillir et vaporiser plusieurs litres d'eau, M. Mouchot les place dans une sorte de marmite cylindrique en cuivre enfermée elle-même dans un bocal de verre revêtu d'un couvercle également en verre dont les parois ne sont guère plus épaisses qu'une vitre ordinaire.

On réflecteur cylindrique en plaqué d'argent, à la section duquel on donne grossièrement la forme d'une parabole, et dont la surface ne surpasse pas un demi-mètre carré, suffit pour faire bouillir en une heure et demie 3 litres d'eau dont la température initiale est de i 5°. Un mi-

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roir de 5 mètres de long cl de o",5o en hauteur a fait bouillir, en 35 minutes, S litres d'eau pris à la température de lO^

Dévoué à la vérité s<ins arrière-pensée, M, Mouchot ne dissimule nullement la différence qui sépare la vaporisation de rébullitîon. a Une «des causes qui nuiscrU le plus au succès des applications nouvelles» <i c'est , dit-il avec grande raison, la tendance à s exagérer Timportance udes résultats obtenus, et, par suite, à en tirer des conclusions dont on «ne se donne pas assez la peine de vérifier l'exactitude. » En ce qui concerne les essais relatifs à la clialeur solaire, Ducarla n'est mallieureusement pas le seul qui mérite ce reproche. Buffon lui-même n en est pas exempt, BulTon, en effet, très-excusable de n'avoir pas devancé la découverte de la chaleur latente, faisait , comme le montre M, Mouchot, la confusion signalée plus haut en ne distinguant pas la cludeur capable de porter l'eau h loo degrés de celle qui peut rapidement la réduire i^n vapeur* M, Mouchot fait, au contraire, très-exactement le calcul de l'effet maximum que l'on peut attendre de sa machine, c est-à-dire en supposant que rien ne s*y perde.

Une surface de i mètre carré normalement exposée aux rayons du soleil reçoit par minute, i Paiis, daprès les expériences de Pouillet, jusqu'à I 3 calories dans les circonslances les plus favorables. 11 est donc probable que, dans celle des régions équatoriales où lair est le plus pur, ce (lux de chaleur séiève au moins à i5 calories, cVst-à-dire à 900 calories par heure. Une maf hine à moyenne pression et à détente dépense, dun autre côté, 1 kilogrammes de houille par force de cheval et par heure. Cette comhustion représente i5,ooo calories? mais, comme les meilleurs foyers n'en utilisent guère que la moitié, nous trouvons qu'un réflecteur de S mètres carrés pourra renvoyer assez de chaleur pour (aire marclier une machine d'un cheval de force.

Les circonstances nont pas permis, jusqu'ici, à M. Mouchot de vérifier directement par l'expérience cette déduction très-certaine des mesures les plus dignes de loi; mais ses résultats, pour être obtenus sur une petite échelle, ne paraissent pas moins décisifs. Un réflecteur de I mètre carré d'ouverture, dirigeant les rayons solaires sur une chaudière de cuivre enfermée sous une cloche de verre, lui a fourni rapidement de la vapeur à 5 atmosphères de tension* Là prudence seule a empêché de franchir cette limite.

La loyauté de M. Mouchot, si scrupuleuse et si complète envers ses devanciers, n'est pas moindre envers les contemporains qui l'ont précédé ou suivi dans sa voie. Une lettre du célèbre Ericsson a été traduite et imprimée pour la première fois en Frauce, je crois, dans le livre de

M. Mouchot. Elle confirme, sur plus d'un point, les prévisions du savant français sans rien enlever aux droits qui résultent pour lui d*essais poursuivis depuis près de dix ans et partiellement publiés à plusieurs reprises.

a Pendant le cours de celte année (1868), dit M. Ericsson, j'ai cons- «truit trois machines en vue d'obtenir une force motrice, et je les ai u nommées machines solaires. Une de ces machines est mise en mouveument par la vapeur que produit la concentration des rayons calori- (( fiqucs ; les autres sont mues par la force empruntée à Tair atmosphé- (( rique directement chauffé par la chaleur solaire.

(( D'après mes expériences, lorsque les machines à vapeur et à air chaud «sont à la température nécessaire, l'action du soleil sur une surface de « 10 pieds en carré (y'^'^i^Syy) est capable de vaporiser 487 pouces (( cubes (8 litres environ) d'eau par heure au moyen de mes appareils « de concentration. On ne peut , dit Ericsson , trop apprécier l'importance « de ce résultat en considérant qu'une telle vaporisation dénote un flux «de chaleur capable d'élever 35, 000 livres à 1 pied de hauteur par «chaque minute, ce qui est plus que l'équivalent du cheval vapeur. »

Les résultats d'Ericsson diffèrent peu de ceux que M. Mouchot avait antérieurement obtenus à Tours.

Parmi les nombreuses et judicieuses citations qui donnent au livre de M. Mouchot un intérêt réel pour tous les curieux de l'histoire de la science, j'en veux signaler une encore qui donne lieu h une très-singulière remarque.

En examinant et appréciant tous les moyens proposés jusqu'ici pour utiliser la chaleur, M. Mouchot signale avec raison comme très-remarquable, et susceptible sans doute d'être utilisée pour l'emploi de la chaleur solaire, la machine inventée par M. Cagniard Latour, et sur laquelle de Prony, Charles, Montgolfier et Carnot, ont fait, au nom de l'Institut, un rapport très-favorable. Ce rapport, excellent à plus d'un titre, en donne en quelques pages une idée très-exacte et très-claire; l'extrait étendu qu'en rapporte M. Mouchot laisse subsister cependant un doute inexplicable, sur lequel son attention ne s'est pas portée.

On sait qu'un corps plongé dans un fluide perd une partie de son poids égale à celle du fluide qu'il déplace; c'est sur ce principe qu'est établie la machine proposée par M. Cagniard.

Le moteur, dans cette machine, n'est point la vapeur de l'eau bouillante, comme dans les machines à feu ordinaires, mais un volume d'air qui, porté k froid au fond d'une cuve remplie deau chaude, s'y dilate et qui, par l'effort qu'il fait alors pour se reporter à la surface, agit à la ma-

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nièie des poids « mais de bas en haut, confoiinément au principe énoncé ci-dessus.

Ce moteur une fois (rouvé, on peut remployer de bien des manières différentes; voici celle de M, Cagniard ;

Sa macbine est, à proprement parler, composée de deux autres qui ont des fonctions tout à fait distinctes. La première est destinée à amener au fond de la cuve d'eau chaude le volume d air froid dont il a besoin* La seconde a pour objet d'appliquer à l'elFet qu on veut produire fcITort que cet air» une fois dilaté par la chaleur, fait pour se reporter à la surface supérieure du lluide. Pour remplir le premier objet , qui est d amener Fair au fond do la cu\e, M. Cagniard emploie une vis d'Archimède. Si une pareiile vis fait monter un lluide en le faisant tourner dans tel ou tel sens, il est évident qu'elle devra le faire descendre, si on la tourne en sens contraire; si donc elle est plongée dans Feau de manière que la seule partie supérieure de son fdet spiral reste dans fair, elle devra, lorsqu'on la tournera en sens contraire, faire descendre au fond dé cette masse dVau Inir quVlle saisit a sa partie supérieure à chaque tour de sa rotalion. Cest ce qui a lieu, en elVet, dans la macliinc de M, Cagniard; loir dont il a besoin est d abord porté au fond du réservoir d'eau froide où est plongée lavis; de là, il est conduit, par utï tujau, au fond de la cuve d'eau chaude. La chaleur de celte eau le dilate aussitôt et crée ainsi la nouvelle force qui doit servir de moteur : ainsi se trouve rempli le premier objet du mécanisme proposé.

Le second objet est d'appliquer le nouveau moteur à F elfel qu on veut produire; pour cela l'auteur emploie une roue à augels entière* ment plongée dans la cuve d'eau chaude. L'air dilaté et rassemblé au fond de cette cuve trouve une issue qui lui est ménagée pour le diriger sous ceux des augets dont Fouverture est tournée en bas. Alors sa force ascensionnelle chasse Feau de ses augets, et le côté de la roue où ils se trouvent devenant plus léger que l'autre côté où les augets restent pleins, la roue tourne continuellement comme les roues ordinaires.

Cette roue, une fois en mouvement, peut transmettre à d'autres mobiles quelconques, soit par engrenage, soit par d'autres moyens, Faction du moteur. Dans la machine construite par RL Cagniard» l*iAfet produit consiste à élever, au moyen d'une corde attachée à l'axe de la roue, un poids de i5 livres avec la vitesse uniforme verticale de j pouce par seconde, tandis que la force mouvante appliquée à la vis est seulement de 3 livres avec la même vitesse. L'effet de la chaleur est donc de quintupler FeOét naturel de la force mouvante.

On conçoit que, Feffet de la force mouvante étant quintuplé, on

peut prélever sur cet effet même de quoi suppléer à cette force mouvante et qu'il restera encore une force disponible quadruple de cette même force mouvante. C'est ce qui a lieu, en effet, dans la machine de M. Cagniard. Il établit, par un joint brisé, la communication entre l'axe de la roue et celui de la vis. Celle-ci tourne alors comme si elle était mue par un agent extérieur, et consomme par ce mouvement un cinquième de l'action du moteur. Le reste sert à élever un poids de 1 2 livres avec la vitesse constante de i pouce par seconde, c'est-à-dire que la machine se remonte continuellement d'elle-même et que, de plus, il reste une force disponible quadruple de celle que devrait employer un agent extérieur qui aurait à entretenir par lui-même le mouvement de cette machine.

Il résulte de cet exposé, disent en terminant les commissaires de l'Académie , que , dans la machine de M. Cagniard , la chaleur quintuple au moins le volume de l'air qui lui est confié, puisqu'il est évident que l'effet produit doit être proportionnel au volume de cet air dilaté.

Le raisonnement est exact; la force produite est égale au poids d'un volume d'eau égal à celui de l'air déplacé; elle est donc proportionnelle au volume de l'air. Mais comment les illustres commissaires de l'Académie ont-ils pu admettre un instant qu'il fût quintuplé? Pour quintupler un volume d'air à la pression constante, il faut porter la température à onze cents degrés environ; comment croire qu'une pareille augmentation se produise dans une cuve dont la température, disent plus loin les commissaires, ne dépasse pas 7 5 degrés? La machine de Cagniard promettait de grands avantages; elle n'a pas réussi cependant; il n'en existe, à ma connaissance, aucun modèle fonctionnant aujourd'hui; il y a là un point douteux qu'il faudrait éclaircir. Je le signale à l'attention de M. Mouchot.

Il ne s'agit pas, on l'a compris, dans la pensée de M. Mouchot, de transformer tout à coup l'industrie par la révélation d'une puissance nouvelle gratuitement offerte aux mécaniciens. Le judicieux auteur ne se fait sur ce point aucune illusion. Les idées théoriques qu'il veut utiliser sont depuis longtemps connues et acceptées dans la science; les méthodes qu'il emploie sont la combinaison de procédés séparément essayés déjà avec un succès douteux. Les expériences dans lesquelles il n'a pu, jusqu'ici, réunir toutes les conditions favorables , doivent déjà cependant montrer aux plus incrédules la possibilité de faire marcher une machine à vapeur sans brûler un gramme de charbon. Mais le soleil est chose fugitive et incertaine dans nos climats; il ne faut pas espérer d'en faire dépendre la force motrice d'une industrie régulière et moins

BOUTIQUES DE POMPÉL

encore le dîner d'une famille. Mais en Egypte, en Algérie, dans toutes les régions tropicales oii le soleil se montre à la lois régulier et ardent, les appareils de M, Mouchot, perfectionnés en vue des besoins et d'après les ciiconstances loealcs, sont appelés, j en ai le ferme espoir, à rendre des services sérieux. C'est là, avec restinie des amis de la science, la récompense la plus précieuse et la seule désirée par lauteur d'un livre excellent, ou la science la plus exacte et la plus assurée est mêlée, non sans art, à de nombreux et intéressants documents historiques qui la rendent à la fois accessible a lous et réellement attrayante pour les lecteurs d'élite.

J. BERTRAND

Les BOVTiQUES de Pompéi,

J'ai décrit, dans un récent arlicle, les peintures antiques qui nous faisaient connaître les délails du commerce et de Tinduslric au premier siècle de notre ère^. Les boutiques de Fompci contiennent des cnscigiiemenls d'un autre genre, qui ont aussi leur intérêt et leiu^ précision. C*est de rhistoire familière, racontée par les monuments eux-mêmes, c est-à-dire prise sur le vif

Ce qui frappe d abord à Pompéi, cest qu'il y a des boutiques partout, (^omme à Rome, c'était une source de revenus, et les plus ricbei^ proprié laires ne négligeaient point de bâtir, sur les quatre rues qui déterminaient leur îlot de terrain, des boutiques qu'ils mullipliaient autant qu*il était possible. Les ruines qu'on a découvertes sous Téglise de Saiute- Anastasie, à Rome, au-dessous du Palatin , laisseiit même supposer que les empereurs faisaient cette spéculation. Les propriétaires des maisons de Pompéi étaient d'ailleurs presque tous des marchands. Les plus belles maisons sont flanquées de boutiques à droite et i gauclie de la porte d'entrée, et les boutiques communiquent directement, soit avec Falrium, soit avec le couloir qui mène de la porte à Tatrium. Ces boutiques, plus spacieuses que les autres, servaient donc au propriétaire : il y vendait les objets propres à son commerce; il y avait son comp-

Voy. le cahier d'août 1871.

toir, si cëtait un changeur ou un banquier (le coffre-fort était dans le fond de i atrium scellé dans le sol) M il y exposait un choix de marchandises, s'il faisait trafic d'étoffes, de tapis, de cordages, d'agrès, etc.; enfin, ses esclaves ou son portier [dispensator) y vendaient son huîie, son vin, son blé, ses fruits, s'il était un propriétaire rural, vivant de ses produits, comme certains propriétaires de Florence font vendre leur vin par leur portier.

Ce qui frappe surtout, c'est que presque tous les habitants de Pompéi exerçaient une industrie, soit par eux-mêmes, soit par leurs affranchis, soit par leurs esclaves. On conçoit l'exclamation naïve de ce Pompéien qui a fait encastrer en mosaïque dans le dallage de son atrium l'inscriprtion suivante : «Salut, gain,» SALVE, LVCRV.

Tout le monde a présentes à l'esprit les dispositions si élémentaires d'une boutique de Pompéi. C'est une ouverture presque égale à la disr tance des deux murs qui déterminent la largeur de la boutique. Le jour, cette vaste baie est ouverte aux passants; la nuit, elle est close par des volets épais en bois, qui glissent dans une rainure ménagée par Yar-r cbitecte sur le sol. Ces clôtures ont été rongées par le temps et l'humidité; mais elles ont laissé leur empreinte sur les cendres du Vésuve qui les ont ensevelies. M. Fiorelli a fait couler du plâtre dans les moules naturels ou bons creux que le bois avait laissés en pourrissant. On peut voir aujourd'hui comment se recouvraient les planches de ces fermetures, comment la porte était ménagée sur le côlé, quelle grosse serrure la fermait; on comprend aussi le texte du Digeste^ qui nous apprend que pinrfois une chaîne assujettissait les volets et les rendait solidaires.

L'intérieur de la boutique était généralement divisé dans sa hauteur : le rez-de-chaussée était pour l'industrie; l'entre-sol sciTaitde logement et dentrepôt au marchand. L'existence de ces entre-sols est démontrée par les trous des poutres qui supportaient les plafonds et parles escaliers ou traces d'escaliers qui y conduisaient.

Devant chaque boutique règne un trottoir, en briques, en stuc, en galets recueillis sur la plage, en mortier amalgamé de débris de marbre poncés. Parfois, dans la dalle de lave qui borde le trottoir, on remarque un trou oblique, où le voyageur et le paysan passaient, comme dans un

* On a Irouvé plusieurs de ces coffres-forts garnis de bandes de fer et de clous comme les nôtres, fixés par une barre de fer scellée dans le sol; cette barre pénétrait par un trou ménagé dans le fond du coffre ; le coffre étant ouvert, on passait dans Torifice qui terminait la barre de fer une traverse qui la retenait et empêchait d'en- Jever le coffre-fort. — * XXXÏII, titre vu, loi 7.

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anneau, le licou de leur cheval ou de leur mulet, lorsqu'ils voulaient s*arrêter chez le marchand*

Le soir, les boutiques étaient éclairées par des lampes fumeuses. Les rues n avaient point d'éclairage; les passants attardés portaient des lanternes assez semblables aux nôtres. La sécurité, la propreté, la police de la ville, gagnaient peu à cette absence d'éclairage fixe. Constantinople, avec ses rues obscures et ses chiens qui se jettent en hurlant sui* les étrangers, a du conserver les traditions de Tantiquité. Les douze dieux, le serpent Agathodémon , qu'on peignait sur les murs pom' écarter les affronts des passants pendant le jour, devaient produire peu d'effet dans les ténèbres. Les propriétaires qui menaçaient de la colère de Vénus pompéienne^ n'étaient alors pas plus écoutés.

Les piliers qui séparaient les boutiques les unes des aulies portent encore des inscriptions tracées au pinceau : blanchies à la chaux à diverses reprises, elles ont été recouvertes par des inscriptions nouvelles. Ce sont presque toujours des excitations électorales, des recommandations de candidaliu^es par des électeurs influents ou des clients intéressés. f(Je vous prie de nommer édile M Casellius,»» ou bien uFidelis vous «prie de nommer, etc,^» Trèsrareraent on y reconnaît des annonces correspondant à nos affiches modernes. On a relevé sur le pilier d'ime maison, depuis comblée par ceux-mêmes qui l'avaient fouillée, une annonce où Julia, fdle de Spurius Félix, met en location pour cinq ans des mansardes et une quantité considérable^ de boutiques.

Les oisifs et les enfants ont tracé aussi sur le stuc, le plus souvent avec la pointe dun clou ou dun couteau, des caricatures, des gladiateurs, des alphabets. Ces graffdi ont été lobjet de publications spéciales, La plus considérable est celle du père Garrucci, Quant aux enseignes proprement dites, on en a peu trouvé. Le phallus a été fort mal interprété. Une rosace et un damier incrusté en mosaïque dans des piliers indiquent-ils, comme quelques personnes Font cru, la boutique d'un maître mosaïste? L'ancre, le navire, la chèvre, le moulin tourné par un âne, Tamphore portée par deux esclaves, sont des signes choisis à plaisir par les possesseurs des boutiques ou des maisons , bien plus que des armes parlantes de leur commerce. Nous savons , du reste, quà Home certaines maisons étaient reconnaissables, comme

* Abial (pour haheai) Venere Pompianam iraiam qm Imserit, ûic L*ortlio-

graplie est dun Osque qui avait neu fré(]uenté IVcole* — " M. Ca$eUiam œdilem fa* ciatis oro ou FidelU oral, — * IS/euf centt , maïs iî faut entendre par là beaucoup t un nombre indéterminé; de mèDie qu*en français l'on dit: j'ai mille ennuis, milk affaires.

dans notre vieux Paris, aux enseignes qui remplissaient Toflice de notre numéro. L'histoire a conservé le souvenir de quelques-unes de ces enseignes : VOars coiffé^, la Grenade^, les Poales blanches^, etc.

Kaspect des boutiques de Pompéi est triste et nu aujourd'hui. Les murs dépouillés, les clôtures enlevées, les supports et armoires disparus sans laisser de traces, déroutent Timaginalion. Tout parait petit, surtout avec un soleil qui met tout en lumière; les lézards qui se glissent vivement entre les pierres et les mouches qui bourdonnent au milieu d'un silence de mort éloignent toute idée de commerce, de richesse, d animation. Une étude attentive et quelques efforts d'esprit ne lardent pas à opérer dans le cerveau du visiteur l'œuvre de reconstruction.

Ce banc d'abord, qui est sur le devant de la plupart des boutiques, est la place de l'étalage. Les marchands, avec des planches et des appareils qui étaient dans le genre des nôtres, y étalaient leurs plus beaux échantillons. Les rainures et les traces des gonds dans le seuil expliquent le système de fermeture et d'ouverture. Ici était la réserve ou salle de dépôt; par cet escalier, on montait à la chambre où dormait la famille. Les boutiques d'huile, devin*, de boissons chaudes, se reconnaissent à leurs vases, fourneaux, comptoirs ornés de marbre. Les cafés, où l'on vendait le vin cuit, le vin aromatisé, l'hydromel, le salep, attirent surtout le regard des visiteurs. On leur monlre même les peintures assez grossières d'un de ces cafés, où des soldats trinquent avec des verres semblables à ceux que contient par centaines le musée de Naples, et dont la forme rappelle nos verres à bière, sauf le renflement qui donne plus de prise aux doigts.

Les boutiques destinées à d'autres industries déroutent davantage le visiteur, parce qu elles n'ont conservé le plus souvent que leurs murs dans un état parfait de nudité. Il faut un peu de réflexion pour concevoir que, même aujourd'hui, dans le midi de l'Europe, l'ameublement des magasins est plus que simple. Un comptoir de bois, une chaise et un escabeau en font les frais. Les denrées délicates, les drogues, les couleurs, sont dans des vases de terre cuite ou de verre. Le pain, la viande , la charcuterie, sont fixés par des crochets à de petites planches mobiles qu'on suspend le matin en dehors de la boutique et qu'on retire le soir. Les paniers, les corbeilles de jonc tressé jouent aussi un grand rôle

* Ad Ursum pileaium. — * Ad malam Arahicum, c'était la pauvre maison où logeaient les Fiaviens avant d'arriver à l'empire. — ^ Ad gallincu albas; c'était une station ou auberge au septième mille, près du Tibre; )a villa de Livie était voisine. * Popinœ, Tabernœ vinariœ.

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