‹ Journal des savants (volume 5)Chapitre 53 sur 79 · BEULÉ · texte numérisé non relu

BEULÉ

x^ *'\> R.S>VIVVIT FLEPANTVM. L'H delephantus a été omis.

The massacre of Saint-Bartholomew , preceded by a hisiory of ihe religions wars in ihe reign of Charles IX, by Henry White. London, 1868, m.8°.

QUATRIÈME ET DERNIER ARTICLE

En politique , on arrête quelquefois longtennps à Tavance de grands projets, mais il est rare quon ne soit pas conduit par la suite des événements à les modifier, à s*écarter du moins, au jour de leur exécution , du plan quon avait d'abord formé. Il est donné à certains hommes d'Etat de prévoir l'avenir, la prévision ne s'étend jamais jusqu'aux faits de détail, aux circonstances accidentelles; or celles-ci altèrent le cours prévu des choses et oWigent à abandonner, dans la pratique, bien des idées qu'on avait, à l'origine, adoptées. C'est ce qui advint après la paix de Saint -Germain. J'ai dit, dans un précédent article, qu'elle semble avoir été conclue avec la secrète pensée, chez le roi et sa mère, de préparer la ruine du calvinisme en mettant plus facilement ses chefs sous leurs mains. Quoiqu'il accordât la liberté de conscience, le gouvernement se réservait de revenir, dès qu'il le pourrait sans péril, sur les concessions qui étaient faites. Ainsi l'entendait Catherine de Médicîs, et il est à supposer qne Charles IX, en traitant avec les huguenots, n'était pas plus sincère qu'elle. Mais, à mesure qu'il s'éloignait du temps où sa mère avait régné en son nom, il aspirait davantage à secouer une domination qui lui devenait à charge; il pensait en même temps à affranchir son royaume de l'espèce de vassalité dans laquelle prétendait le retenir l'Espagne, secondée par les Guises. La mort de sa sœur Elisabeth et les soupçons qui s'élevaient à ce sujet contre Philippe II venaient encore refroidir Charles IX pour son beau-frère. Catherine elle-même n'était pas éloignée de croire que son gendre avait été le meurtrier de sa fille. Avec l'éducation que recevaient alors les princes, entré dans l'âge des illusions et des brillantes espérances, le jeune roi devait rêver gloire et souhaiter pour ses Etats un agrandissement qui en assurât l'indépendance et en accrût les ressources. A partir de 1670, il

r * Voir, pour le premier article, le Journal des Savants, cahier de mars, p. 1^2 ; pour le deuxième le cahier d'avril-mai-juin , p. ail; pour le troisième celui de juillet, p. 276.

put se livrer librement à ces pensées ^ et, sous leur influence, il dut laisser sommeiller en lui i aversion quil avait pour les huguenots, puis* qu il ne pouvait songer k faire la guerre simultanément à ceux-ci et à Philippe H. La paix conclue rendait un peu d*ordre et de calme au pays; le danger de nouvelles luttes armées à l'intérieur semblait conjuré , et, sans abandonner absolument le dessein de punir un jour les chefs calvinistes et de comprimer ensuite Thérésie, Charles IX tourna ailleurs ses vues. Il avait besoin des gentilshommes protestants pour combattre TElspagne , car c était chez eux qu il était assuré de rencontrer le plus d'hostilité contre elle. D autre part, les Pays-Bas, où la l'éforme comptait de si fermes adhérents, détestaient le joug espagnol et soutenaient contre Philippe une lutte héroïque; ils sentaient qu'ils pouvaient difficilement se passer de l'appui de quelque grande puissance ; une opposition d'intérêts commerciaux les empêchait de se tourner vers l'Angleterre, malgré la communauté de foi religieuse; ils inclinaient du côté de la France. Le comte Louis de Nassau, frère du prince d'Orange, vint olTrir ik Charles IX l'annexion à ses États des provinces néerlandaises révoltées, À condition que ce prince les aiderait à chasser les Espagnols. De telles ouvertures tentaient fambition deCharles, et, une fois qu'il eut conçu le projet de faire la guerre au fils de Charles-Quint, tout un nouveau système de politique se présenta h son esprit : c'était d'unir les différents ennemis de l'Espagne autour de son trône pour les opposer h cette redoutable rivale. Charles tmuva chez Coligny un concours empressé, et chei Henri de Bourbon, plus politique que sa mère, un bon vouloir qui acheva de fengager dans les voies nouvelles que lui ouvrait la proposition de Louis de Nassau. Ceci expliqué, le mariage de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre, loin d'apparaître comme la plus macliiavélique des combinaisons, uVst plus qu'une des habiletés auxquelles Charles recourut pour atteindre son nouveau but. On comprend que le massacre de la Saiut-liarthéJemy, qui suivit de si près la célébration de cotte union , ait fait supposer au gros du pubUc qu'il y avait li\ un piège abominable tendu aux protestants, et, suivant l'exprt^ssion prêtée au roi de France, un moyen de les prendre à la pipée. Voilà pourquoi L'Estoile, qui n^nieillait tous les commérages de Paris » »i ropix>senté ce mariage comme Tune des trames préparées contre

CK^rle* IX écrivait, lo 1 1 mai 1673 , « François de Noailles : • Tontes mes lan- ^ v^xanm v\«I lvAnde«« |H>ur m opposer à la grandeur dos Espagnols; cl délibère m'y ^sn'^^^Ih^^^ W |4ii« d^xtrement qu il sera possible. • (Voy. Noaiiles, Henri de Valois,

Coligny et ses coreligionnaires» pourquoi Sully et J. deThou ont écrit clans le même sens. Mais les témoignages les plus explicites et les plus authentiques déposent du contraire. Saulx-Tavannes nie absojuiiient toute connexion entre le mariage d'Henri et de Marguerite et les événements du nii aoùL De l'aveu de Marguerite \ c'étaient les Montmorency qui avaient les premiers mis en avant cet hymen, alors qu'il était encore question de donner la sœur de Charles au roi de Portugal. Philippe II et le pape s'étaient activement entremis pour faire réussir cette dernière union. Coligny, au contraire, usa de toute son influence pour vaincre la résistance que Jeanne d*Albret opposait à I autre mariage. Ainsi les catholiques se montraient contraires à Falliance de Marguerite et d'Henri de Navarre, qui était vue d'un œil favorable par les protestants et les politiques. Ce seul fait démontre suffisamment que l'hymen en question ne fut pas l'œuvre de la perfidie des catholiques, comme l'observe notre auteur avec beaucoup de raison , et après de judicieux historiens, tels que M. J- de Groze^. I/idée d'une semblable union n*était pas d*ailleurs nouvelle. Dès lenfance d'Henri et de Marguerite, on y avait songé comme à un moyen de cimenter étroitement l'amitié des Valois et des Bourbons, et Antoine, auquel il ne fut pas donné de la voir se réaliser, l'appelait de tous ses vœux^. Catherine inclinait plutôt du côté du roi de Portugal, mais, une fois que le projet eut été arrêté par le roi, elle ne négligea rien près de sa fille pour le lui faire agréer** Charles IX apporta à la conclusion du mariage une ardeur et une ténacité qui attestent quelle importance il y attachait pour sa politique. Sans doute, dans faccueil empressé qui fut Tait, à Blois^, à Jeanne d*Albret, par le roi et sa mère, il y eut plus de calcul que de sincérité, mais ces démonstrations aCTectées d amitié n irnphquent pas le dessein quon a prêté dès cette époque à Catherine et à son bis. Elles trouvent leur explication dans un commun désir chez ces deux personnages de dissiper les préventions que la reine de Navarre avait encore contre une alliance qui ne répondait pas à ses vœux; et combien de mariages, même bourgeois, où une future belle-mère est ainsi entourée des cajoleries des parents de celle qui veut devenir sa bru,

* Mémoires, éd. Guessord, p. aii, — * Les Guises, les Valois et Philippe H, i. I, p. aoo. — ^ C'était en i557î voy^ ce qui est rapporté par M. H. VVhile (p. 347) d^ ceque dit le roi Henri II au jeune flenri de Béoni et de la lettre d'Antoine de Bourbon à sa sœur Marguerite, duchesse de Nevers, — * Voy. la pièce exposée au muâée des Archives nationales , sous le n* 767. — ^ * Disons en passant que M» H. Wliîte (p, 354) moDlre que farrivée do Jeanne à Blois se place non en mai, comme on Tft généralement répété , mois en mars,

MASSACRE DE LA SAlNT-B/y\THliLEMY.

u quiJ espf^ie que le pape ne compromcltra pas tout en tenant la corde (ttiop roide dans une affaire qtii lient beaucoup plus à la politique «quaux scrupules de religion, puis il menace de passer par-dessus la «dispense, s il est iiinonL» à ne consulter que les meilleurs moyens de «rétablir la tranquillilé dans son royaume et de faire te mariage pro- . fc jeté. Dans uo posl-scrîpluiii , le roi dit en dernier lieu : Qu*il vient de voîi' «Salviali» le nonce du pape, auqucf il a communiqué la substance de la «dépêche en le priant décrire au Saint-Père à la même fin. Saiviati t( ccrivit-il comme le roi le lui demandait P Oui, et toute sa corrcsponudance atteste qu'il ignora absolument l'existence d'une machination il quelconque jusqu'au jour du massacre; et ce jour même, le roi don* « nait ses instructions à Beauvillé, qui partait pour Rome, le chargeant de «justifier 1 hymen cpii venait d'avoir lieu par cette considération que les H huguenots se trouveraient ainsi liés ii la couronne. A la même date uil écrivait à De Fcrrails que le mariage était nécessaire et que voilà «pourquoi on Tavait célébré sans attendre l'arrivée de la dispense, «céléhralion qui avait eu lieu au grand contentement de tons ses «sujets. — Or, qu aucune allusion à une Irame qui se serait ourdie ne se ti trouve dans ces diverses dépêches, c'est là imc preuve décisive quelle *< n'exista pas. Nous ne devons point, en conséquence» accorder grande (t attention à •la lettre de d'Ossat, qui ne (ait après tout que répéter «ce qull entendait dire. Quant à lanecdote rapportée par Alessandrino, «ce que Ton peut alléguer de plus fort en faveur de son authenticité, (c ce sont les paroles mystérieuses qui terminent une lettre adressée à lui «pir Rusticucci, le 6 mars iSj^i, et qui contiennent une allusion à «quelque chose qu'avait dit Charles IX, et qui ne devait être transmis u qu'A l'oreille du pape, n

lies raisons que l'auteur anglais fait ici valoir ont assurément beaucoup de poids, et elles sont tout a lait concluantes à Tégard des motifs qui déterniinèrenl Charles IX à donner la main de sa sœur au roi de Navarre; elles me paraissent moins décisives quant au message particulier et de bouche que le nonce aurait reçu pour le Sainl-Père. M. White me semble avoir attaché trop peu d'importance à ce que nous donne a entendre Alessandrino. Celui ci en dit assez pour nous laire comprendre qaahn d'obteru'r fadhésion du pape, si opposé au mariage, le roi avait alTcclé de lui laisser entrevoir un plan qu'il tenait pourtant à garder secret. Aucun fait ne prouve que ce plan ait été le massacre du là août. L'exclamation du nonce, à la nouvelle de cette épouvantable exécution, montre que Charles n avait rien articulé de précis; cétait par voie d'interprétation qu'Alessandrino y reconnaissait la con-

iirmation de ce qui lui avait été dit à mots couverts; car, ainsi que cela ressort d'un témoignage quil est difficile de rejeter, Charles s'était borné «'^ assurer le pnpe que Thymen de sa sœur avait pour objet de lui permettre de se venger un jour de ses ennemis les huguenots. S'il s'ensuit que, comme je l'ai déjà noté, le roi n'avait pas abandonné l'espoir d'abattre l'hérésie , il n'en résulte pourtant pas qu'il eût dans la pensée de le faire prochainement; ses paroles impliquent seulement qu'Henri de Navarœ enchaîné par ce mariage, et détaché des intérêts du parti protestant, il devenait plus facile au roi d*écraser ses ennemis. Mais, je le répète, il n'y avait là qu'un dessein lointain, et dont la réalisation n'était possible qu'après qu'on aui^it frappé une ennemie plus redoutable, TËspagnc. Et, à la rigueur, Charles IX se serait-il fait scrupule de leurrer le Saint-Père par une vague promesse, afin d'en arracher la dispense si désirée. Les paroles auxquelles se réf&re la lettre du ti mars iSya, même entendues dans le sens d'un projet hostile aux Imguenots, ne sont donc pas contradictoires avec les dépèches dont s'appuie M. \Miite. Ces dépèches nous font connaître quelles étaient les intentions présentes du roi, non ses vues pour l'avenir; elles montrent .^ quel point celui-ci tenait à la conclusion d'un mariage étroitement Hé il des visées de politique extérieure; on ne doit, en conséquence, y chercher aucune traliison. Le cardinal Alessandrino a prêté à Charles IX des intentions plus immédiates et plus précises qu il n'en avait, et a supposé que tout était préparé pour une mesure à laquelle ce prince ne songeait (>as dans le moment. Quant à l'anecdote de l'anneau, on ne s;iurait guère en dénier fauthenticité, comme la judicieusement remarqué Tautour de larticle du Norlh Dritish Retiew, déjà cité. Je lui emprunte les principales considérations qu il a présentées à ce propos.

Le plus ancien autour qui ait rapporté l'anecdote est Capilupi, lequel écrivait environ sept mois après la date à laquelle elle se place. Folieta y IX' sacn\f\vdertA Ta répétée; on la trouve ensuite racontée dans tous ses ilétaiis par les biographes du pape Pie V, Catena et Gabuzû. Le premier était sOiMVtaiiv du cai^inal Alessandrino dès juillet 107a. Avant de publier son ouvrage il le ptvsenta à son patron, circonstance qui donne à son témoignage une grande valeur. Quant à Gabuizi, il est si bien infuiuné de tout ce qui touche à Alessandrino, qu*il nous a conservé l'inscription gravée sur fanneau envoyé par Charles IX après la mort de Pio \' à iH> canlinal. CV'tait sur les instances du même Alessandrino qu'il avait composé la vie du saint pape; le cardinal lui en avait fourni le« matériaux. Le livre, une fois écrit, (ut soumis à Texamea et à Fapprobatiou de Camille Borghèse, depuis Paul V. Or comment supposer

MASSACRE DE LA SAINT-BAnTHÉLEMY.

que le neveu et lancien légat de Pie V, quiin ponlifc te! que Paul V, eussent laisse passer dans un ouvrage aussi grave que la vie d'un pape qui avait été mêlé aux affaires les plus délicates de son temps, un récil où se seraient trouvées rapportées des paroles faussement attribuées au roi de France sur un fait de cette importance. Voilà une première présomption. Le témoignage dHippoljte Aldobmndiui, qui fut pape sous le nom de Clément VIII, est plus décisif encore. Quand, parvenu au Saint-Siège , il eut ^i prononcer sur la dissolution du malheureux mariage d'Henri IV et de Marguerite, il rappela à Camille Borghèse et aux autres cardinaux lanecdotc de l'anneau dont il vient d'élro question, et c est par lui qu'on a appris rcxclamation que poussa Alessandrino k la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélémy. Sans doute , comme l'observe M- White, d'Ossat ne fait que répéter ce quil avait entendu dire» mais son» informateur est un personnage bien sérieux, puisque cesl Clément \ill lui-même. Ce pape lui envoya une relation de la journée de la Saint-Barlhéleiuy dont il était Tauteiu', et où était consigné ce que le cardinal français a rapporté. La relation de Clément VIII n a pas au re^le disparu; car c'est, selon toute vraisemblance, celle qui se trouve parmi les manuscrits du marquis Capponi ^ Daprès ce qu écrit Aldobrandini, Charles IX aurait déclaré quil ne faisait le mariage de sa sœur avec Henri de Navarre, que dans fintenliou de se venger des ennemis de Dieu et de son propre royaume, quavec la pensée de punir un jour les rebelles, ce que, ajoutait-il, montrera févénement, nen pouvant dire davantage^» Telles sont les paroles dont on s est surtout appuyé pour voir dans l'hymen qui semblait resserrer lalliance des Bourbons et des Valois la plus infernale des embûches. Mais, mises en regard de celles qui terminent la lettre dVVlessandrino à Rusticucci^, elles n*accusent pas autre chose quun lointain projet d'écraser les huguenots, projet qu il était dans le moment de rinlérêt de Charles de faire entrevoir au pape afin de surmonter ses résistances* Le vague même qui règne dans les paroles du roi prouve qu'il ny avait rien d arrêté, et que Tépoquc où le plan indiqué se réaliserait était loin d'être

* Voyez ce que dit l'auteur de l'article du North British Revlew , n* i o i , cité , p. ^ i . ' «Significale Pontifici ilhiraque ccrtum reddite, metotum hoc quod circa iâ matritmonium feci et facturas siim, nuïla alia de causa facere quam ulcbcendi iaimicos iDei et hujiis regni et puniendî tam inûdos rebelles, ut evcntus î|>se doccbit, nec • aîiud vobis amplius signiticai'e possimi. » — ' • Con alcunî particolari chc io porto, « de' quali ragguagliero N. S'* a bocca, posso dire di non partirnii a£Fâtto maie espe- «dito. 1 (Voyez Ranke, Uhloire de Fmnce pendant U xn' el h xm* siècle^ Irad. Porchat, liv. IV, ch. m, p* Sog.)

k2k JOURNAL DES SAVANTS. — SEPTEMBRE 1871.

rapprochée. A cet égard les dépêches à Ferrails sont pcremptoires. La dissimulation profonde qu'impliquerait le dessein attribué à Charles IX de préparer le massacre des protestants en donnant la main de sa sœur au plus élevé d*entrc eujc . n est guère admissible chez un jeune homme tel qu'était le roi, quelque habitude de duplicité qu'on lui suppose. Et d'ailleurs il faudrait alors admettre, contrairement aux faits les mieux établis , que ce fut Charles IX qui dirigea toute la trame, landis que Ton sait que Catherine et le duc d*Anjou ont été les principaux promoteurs de la néfaste journée du 2 4 août. Or ce dernier prince avait été précisément Tun des plus opposés au mariage de Marguerite avec Henri de Navarre; ce qui achève d'écarter la supposition que l'hymen fut imaginé comme une sorte de panneau où devaient se laisser prendre les huguenots.

Quelque confiant (|u'ait été Coligny , il n'aurait pu pousser ^ssez loin la simplicité pour ne pas soupçonner ce qui se machinait. Le fait est que les négociations et les démarches du roi de France tendaient alors à un but purement politique, l'union de toutes les forces du royaume contre TEspagne. Il s'agissait de revenir sur le traité de Cateau-Cambrésis. H fallait pour cela s assurer l'alliance de l'Angleterre et soutenir Tinsurrection des Pays-Bas. Charles IX, en épousant la fille de l'empereur d'Allemagne, dont les dispositions conciHantes à l'égard des protestants étaient peu d'accord avec la politique de Philippe II, avait été déjà conduit à s'éloigner de celui-ci. L'expérience et le concours de l'amiral semblaient d'ailleurs indispensables à ceux qui tenaient à voir le gouvernement français opérer un revirement dans sa diplomatie. La reine d'Angleterre, Elisabeth, recommande à son ambassadeur, Walsingham, d'écrire à Lamothe-Fénelon qu'elle verrait avec plaisir le roi de France appeler à sa cour Coligny, personnage de trop d'importance pour qu'on le laissât à l'écart à la Rochelle. L'amiral , qui venait de contracter un nouvel hymen, était peu enclin à se rendre dans une coiu* où il se savait de nombreux ennemis et dont il redoutait les intrigues; il céda cependant aux instances qui lui furent faites; on l'assurait de divers côtés des bonnes intentions du roi à son égard; ce que confirment plusieurs témoignages, notamment celui de Walsingham. Charles IX devait d'autant plus désirer un rapprochement avec Coligny, qu'entouré à sa cour de personnes dévouées à l'Espagne, de catholiques hostiles au projet de soutenir les rebelles des Pays-Bas, les conseils lui faisaient défaut pour l'éxecution de son projet. Cela ne veut pas dire quil ait été pris tout à coup d'une belle passion pour un homme qui l'avait si longtemps combattu. Je le répète, l'intérêt

|K)liliqije fut, selon toute apparTnce, Tunique cause qui valut c^ Famiral un accueil si empressé de la part du roi. Catherine paraît avoir agi» en celte circonstance, comme elle allait bientôt le faire pour le mariagr de sa fille avec Henri de Navarre. Voyant Charles résolu a poursuivre un plan qu'elle ne condamnait peut-être pas absolument, elle ne songea plus qu'à bien se mettre avec l'amiral afin de ne pas trouver en lui un ennemi et de sauvegarder rinfluence quelle voulait conserver sur son fils. Cest encore VValsingham qui le remarque, et M. Wliite nous dit avec raison que la reine-mère parut entrer tout à fait dans les vues du roi. Elle assura Télignj, le gendre de Tamiral, et le comte Louis do Nassau, qui avait été te principal intermédiaire enlre la cour et les chefs protestants retirés a La Rochelle, quelle ne désirait rien tant que le maintien du traité de Saint-Germain, et cela pour le repos et le bonheur de TElat, que son fils avair besoin des avis de Coligny, Celui-ci partit pour Blois, malgré les observations de Jeanne d'Albret, h laquelle il répondit en loyal genulhooïme qui ne veut pas mettre en doute la parole de son roi. Il est vrai qu il se fit escorter |)ar cinquante seigneurs de son parti, mais, ainsi que Tobserve AL White, cela ne prouve pas qu il se défiât de Charles IX; il avait à pourvoir h sa sûreté personnelle dans une cour où Henri de Guise comptait tant d'affidés et où Ion ne se taisait pas faute de meurtres et de guet-apens, Coligny, arrivé à Blois le la septembre iSyi, fut, dès le premier jour, l'objet des plus (latteuses attentions. Il y a lieu de reproduire i ce propos la réflexion que j'ai déjà consignée au sujet de la réception faîte l'année d après à la reine de Navarre; les témoignages d*aniilié prodigués par Charles IX à Famiral sentaient raffectation et Thypocrisie. On sait les paroles que le jeune roi adressa h Coligny quand, celui-ci s'ctant jeté à ses genoux, Charles le releva et fembrassa, en lui disant : «Ce jour est le plus beau de ma «vie; votre venue est plus pour moi que celle de ceux que j'ai reçus t< depuis vingt ans. » Plus sincères, je pense, étaient les mots qui précédèrent ces paroles : m Mon père, nous vous tenons enfin, vous ne nous u échapperez pas quand vous voudrez.» La préoccupation qui dominait le monarque c était en effet de ne plus laisser Coligny dans les rangs de ses ennemis. Et la preuve que tout cet accueil fut une démonslration calculée, cest que Catherine elle-même, qui n'aimait certes point ramiral et qui redoutait sa présence à la cour, lui donna un baiser et s empressa de le conduire, comme elle feùt fait pour un ami dévoué, dans la chambre de son fils bien-aîmé, le duc dAnjou (Henri III), alors indisposé.

S'il napuy avoir, dans le principe, d'affection sérieuse de Charles IX

pour lamiral, les relations journalières et intimes qui s établirent entre eux paraissent avoir fait naître un véritable attachemenl. La communauté dlntëréts lie bien vite les bommes. Charles et Coligny étaient sans cesse en conférences; leurs conversations roulaient principalement sui' la guerre des Pays-Bas. L'amiral, qui n avait rien tant à cœur que cette guerre parce qu'il y voyait, comme l'ont remarqué les écrivains contemporains, un moyen de détourner au dehors Tesprit tui4>ulent de la noblesse protestante^ et de consolider ainsi la paix intérieure, quil avait rompue naguère à regret, encourageait le roi dans ses projets. II souhaitait d'ailleurs tout naturellement voir triompher la cause de ses coreligionnaires, victoire qui ne pouvait manquer d'apporter en France de nouvelles garanties à la liberté de conscience. Charles demandait à ('>tre soutenu dans ses plans; il était d'un caractère inconstant et assex irrésolu; il n'avait pas secoué, à beaucoup près, la domination morale de sa mère, et la subissait encore tout en souhaitant y échapper. Coligny, qui comprenait bien que Tinfluence de Catherine ne pouvait que préjudicier à ses vues, poussait le roi à s'émanciper ; c'est, du moins, ce qui a été rapporté avec grande vraisemblance. On colportait des. paroles (lu roi*^ assez significatives; Catherine en prit de l'ombrage et sentit se réveiller chez elle une antipathie, une aversion , qui n'était pas efiacée de son cœur. C'est ce que nous apprend Walsingham, dont Lamothe- Fénelon a reproduit les paroles.

Une telle appréciation des dispositions respectives de Charles et de su mère nous doiuie la clef des événements qui s'accompUrent Tannée suivante. La position de l'amiral était fort délicate et pleine de difficultés; il se trouvait être à peu près le seul entre ceux dont l'avis comptait près du roi i\ souteiu'r le projet, d'une politique si française, de faire la guerre à l'Espagne dans les Pays-Bas, projet qui devait être pourtant iH?pris par Catherine, quand elle travaillait à faire élire son fils le duc d'Anjou roi de Pologne^, et que, plus tard, devait poursuivre le duc d'Alençon. Mais un tel plan rencontrait, après la paix de Saint-

' C'est dnns cp sens qu'il faut entendre les paroles de Coligny qu'a rapportées Saulx-Tavnnnes, en leur prêtant un caractère de menaces qu'il avait iotérét à exagérer, pourjustiiier la Saint-Bartbélemv. «Faites la guerre aux Espagnols, Sire,

• ou nous aerous contraints de vous la faire; nouâ ue pouvons plus tenir noire

• peuple. » [Mt'moirts, t. Hl» P- 270.) — * Voy. ce que dit le Journal de P. de L' Estoile, à Tannée 1672, p. 70, édit. Pelitot. Charles IX, disait-on, s'était plaint a Coligny de sa mère, qui voulait mettre le nez partout, qui était la plus grande hrouillote de la terre ! — * Voy. ce que dit M. Henri Martin dans son Histoire de France, k Tannée 1673, t. X, p. 4a8.

MASSACRE DE LA SAÎXT B V RTHÉLEMY. 427

Ceiinain, de iiombrcuit contradicteurs, aussi résolus que passionnés. Morvilliers écrivit on mémoire pour réfuter celui que ramiral avait sou nais à Charles IX, Saulx-Ta vannes De se prononça pas avec moins (l'énergie. Les catholiques appréhendaient par- dessus tout la force qu'une telle guerre donnerait aux huguenots; celait, à leurs yeux, un précédent funeste de soutenir un peuple révolté contre son prince légitime. A ces objections de principe ils en ajoutaient d'autres Urées des difficullés de Texécution et alléguaient félat déplorable des finances'. Cliarles IX ne voulait ou n'osait rien brusquer, et, tiraiJlé en dînerenïs sens, bien quinclmant du côté de Coiigny, qui ne faisait après tout qu insister sur un projet dont le roi avait eu l'idée, il laissait la situation devenir de plus en plus tendue. L'Espagne, pénétrant les desseins de Charles, poussait les Guises à une résistance quils n'étaient que trop disposés à opposer h la volonté royale. Sur le bruit qu*on allait tirer J epée en faveur des Pays-Bas, le clergé faisait retentir la chaire des déclamations Ici plus violentes, traitant d'impie une guerre entreprise eu laveur des hérétiques. Catherine se rapprochnit des princes lorrains, et l'hostilité des catholiques à l'égard des huguenots, quon s'était flatté d\irrêtrr par la paix de Saint-Germain , se perpétuait en s envenimant ; elle avait percé jusque dans les fêtes célébrées à foccasion du mariage d'Henri de Navarre et de Marguerite ^,

Tout présageait donc une prochaine explosion des passions qui n a*

' Voy, Mémoires de Saulx - Tamnnes , i. III, p, a6o et suivantes, 3ii et sui vantes^ — * Voy, la description que M. H. While a donnée (p. 3 80 el siiiv,) du mariage et des réjouis.iance.s qui eurent lieu à cetle occasion. Lauteur anglais pense qu'on ne doit pas attacher grande importance aux allusions peu favorables aux huguenots que Ton *tuI saisir dans la scène allégorique qui fui rtiprésenlée à riiôtel Bourbon , le mercredi soir ao août, lors des fêtes du noariage, et où était figurée la lutte des bons el des mauvais anges. . . Il faul convenir, en effet, qu'on s'expliquerait difficilement quau moment où l'on voulait réconcilier les deux partis on eùl clioisi, avec intention, un sujet destiné à froisser tienri de Navarre et sa suite. il peut cependanl y avoir eu quelques nialicieusea allusions dans Texécution de cette bouffonnerie tout à fait dans le goût du temp^. Les acteurs n'avaient pas les mêmes préoccupations que le roi, et, a ce propos, je rappellerai ce que M. White rapporte lui-mctne précédemment {p. 333) de^ fêtes du ranriage de Charles IX et d^Éiisabctb Dans une des représentations allégoriques, le roi apparaissait ftous les trails de Jupiter, la jeune reine sous ceux de Minerve, Cathenne sous ceux de Junon, tandis que les calvinistes tnlervenaient sous la tlgure de T)phon et des gtants. On lisait au-dessous ces deux vers, qui sont «ne claire allusion aux trames qui se préparaient contre les huguenots :

Cadme. relinque ratetu; pastoria sibila finge; Fa9 superare aoto, quem vis non viacit apcrta.

vaiciit cessé de gronder sourdement; voilà ce qui explique les sinistres pressentiments de plusieurs des gentilshommes calvinistes présents alors à Paris, ce qui détermina quelques-uns d entre eux, comme le capitaine Blosset^ à quitter la ville. La tentative d assassinat dirigée contre Tamiral déchaîna la tempête et précipita ceux qui avaient le plus contribué à lamener sur une pente où il ne leur fut plus possible (Ir s'arrêter. Les détails de ce guet-apens, que M. While rapporte avec précision et expose avec une grande clarté, lèvent les doutes que Ton pourrait encore conserver sur la part qu'y eurent les Guises, Catherine et le duc d'Anjou. La duchesse de Nemours, qui n avait jamais cessé (l'accuser l'amiral du meurtre de son premier époux et de demander publiquement justice^, unit en cette circonstance sa vengeance à la haine de Catherine. Le témoignage du duc d'Anjou, corroboré par celui do sa sœur Marguerite^, est ici irrécusable. Je veux parler de ce qui est relaté dans le discours da roi Henri III à an personnage dhonnear et de iiualité, estant près de 5. M. à Cracovie , publié pour la première fois à la suite des Mémoires de Villcroi *. Opposé à la guerre à laquelle poussait Coligny, le duc d'Anjou partageait avec sa mère la défaveur de (jharlcs IX dont elle commençait à être lobjet; celui-ci, toujours viohîut, avait même un jour menacé son frère de le faire poignarder. u Kn joignant toutes les circonstances passées avec cette dernière rent( contre, dit Henri III, dans l'opuscule ici rappelé, nous demeurâmes « l'un et l'autre persuades (il parle de sa mère) et comme certains que « l'amiral estoit celui qui avoit imprimé au roi quelque mauvaise et «sinistre opinion de nous et résolûmes dès lors de nous en défaire. » Un document récemment mis en lumière nous fournit d'autre part l'aveu de Catherine elle-même. Dans une dépêche à Du Ferrier, ambassadeur de la cour de France à Venise ^, elle avoue avoir ordonne une exécution qui seule, suivant elle, pouvait punir la rébellion et la désobéissance de l'amiral et de son parti. Ce sont donc les Guises, Catherine et le duc d'Anjou qui ont armé le bras de Maurevel^; mais

' Voy. ce que rapporte L'Estoile, année ibya, éJit. Pelilot, t. I. p. 74. — * CcUe complicilé de Coligny dans le meurtre de François de Guise, dont il s*est toujours défendu et qui répugne à ce qu'on sait du caraclère de l'bommc, était regardée par bien des callioliques prévenus comme un fait avéré. (Voy. Claude Uaioii , Mémoires , t. I, p. 363.) — ^ Voy. ce que dit Marguerite dans ses Mémoires. — * Voy. édit. Petilol, p. 5o6 et suiv. — ' Ce document, qui se trouve à la Bibliollièque nationale, ms. fonds français, n** i555, i^ 139, a été signalé par M. Éd. de Barthélémy — * C'est ainsi que, comme le note M. Wbite, doit être rétabli le nom de fassassin de Colig^ny, qu*on écrit ^généralement Maurevers ,

ce que M. While ne dit pas, parce qui! n'en transpire rien dans les Mémoires de Saulx-Tavannes ni dans la conversation d*Henri III à Cracovie, cest que Philippe II avait travaillé de son côté à ce crime abominable. Une pièce publiée par le P. Theiner dans sa continuation des Annales de Baronius, et qu'a relevée dans un excellent article sur la Saint- Barthélémy M. E. Boutaric^ le prouve clairement. Il s'agit d'une dépêche secrète datée de Madrid , du 5 août 1672, adressée au cardinal de Como par Tarchevêque de Rossano, nonce du Sainl-Siége près la cour d'Espagne. 11 y est dit que, si le roi de France a l'intention de purger son royaume de ses ennemis, le moment est venu; qu'en s'entendant avec le roi d'Espagne il pourra détruire ce qui en reste , surtout à présent que l'amiral est à Paris, ville dont la population est foit attachée à la religion catholique; qu'il serait facile à Sa Majesté Très-Chrétienne de le faire disparaître pour toujours; que Philippe II fera des ouvertures dans ce sens au roi de France et offrira ses services^. On sait d'ailleurs que le roi d'Espagne envoya six mille écus de récompense au meurtrier de Coligny^. Le coup manqua, et Maurevel ne parvint qu'à blesser sa victime. Cette tentative, loin d'avoir l'approbation de Charles IX, l'irrila fortement, moins sans doute parce qu'il avait pris de l'attachement pour Coligny, que parce qu'elle contrariait ses projets et lui créait de redoutables complications. Il est bien difficile de croire en effet que les paroles que prononça le roi à la nouvelle de cet attentat fussent une feinte destinée à donner le change sur ses desseins. Les témoignages les plus authentiques mentionnent la vive colère dont il se montra, animé contre le duc de Guise, qu'il soupçonnait, non sans cause, d'avoir été l'instigateur du crime, et Marguerite de Valois affirme que, si le duc ne se fût caché, son frère l'aurait fait pendre sur l'heure. Donc Charles IX n'avait alors aucune intention de frapper les protestants et de revenir sur Fédit de 1 670. Ses ordres à Mandelol sont précis à cet égard. Il lui écrivit de faire savoir à ses sujets, quels qu'ils fussent, que son intention formelle était de faire observer inviolablement son édit do pacification. Il écrivit dans le même sens à Lamothe-Fénelon.

mais sur la forme duquel les contemporains ont beaucoup varié. — * Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 5* série, l. III, (1862), p. 1 1 et suiv. — * Theiner, Annales ecclésiastiques (Romœ, i856), t. I, p. 827, 328. — ' « Ha avulo con questa occa- « sioiie, dal Rè di àSpagna , sei mila scudi a conto délia dote di sua moglie , a richiesta « di casa di Guise. » (Dépêche de Pelrucci, du 16 septembre 1572. Dans Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. III, p. 838.) — Le 27 décembre i574t le cardinal de Guise demandait à Philippe II une nouvelle somme d'argent pour Maurevel. (Voy. de Bouille, Histoire des ducs de Guise, t. II, p. 5o5.)

Ces instructions, au demeurant, sont en parfait accord avec sa conduite sitôt après lassassinat de lamiral. Il ordonne à Téligny de monter à cheval et de courir à la recherche de Tassassin ; il prescrit au prévôt de Paris de prendre des mesures contre les mouvements populaires qui pouixaient se produire à la suite de cet attentat. Les emportements auxquels Charles se laisse aller, quand Henri de Navarre et le jeune prince de Condé viennent lui demander lautorisalion de quitter Paris, où ils ne se trouvent plus en sûreté, dénotent également Tirritation et le dépit que lui causait cet événement; il ne l'avait donc ni préparé ni prévu, et les souvenirs de Marguerite de Valois, les réflexions de Saulx-Tavannes sur la Saint-Barthélémy, achèvent de confirmer le critique impartial dans Topinion que Charles ne fut pour rien dans l'assassinat.

Les sentiments de Catherine et du duc d'Anjou, depuis Henri IH, étaient tout différents. A la nouvelle de cette tentative avortée d'assassinat sur l'amiral, ils se montrèrent inquiets, non irrités; leur agitation était extrême. C'est qu'ils redoutaient que, si l'amiral venait & en réchapper, la part qu'ils avaient eue dans la prémiditation du guet-apens ne fût découverte : u Notre importante entreprise ayant manqué, dit Henri HI (( dans le discours cité , ma mère et moi nous eûmes ample matière à (i réflexions et à inquiétudes pendant tout le jour. » Il y avait encore espérance que les balles étaient empoisonnées et que la blessure serait mortelle, et voilà ce qui mettait sans doute Catherine et son fds préféré dans une grande perplexité. De plus, il était fort à croire que les huguenots, auxquels le coup enlevait toute confiance dans la loyauté de la cour, et qui accusaient plus particulièrement la reine-mère, prendraient les armes pour venger leur chef. Catherine et le duc d'Anjou devaient donc craindre pour leur propre vie. Paris était dans un état de fermentation effrayant; des attroupements remplissaient les rues et des menaces se faisaient entendre de part et d'autre. Tout annonçait une explosion.

Charles tint à se rendre de sa personne chez Coligny. Quand bien même son amitié pour l'amiral ne lui eût pas dicté cette démarche, elle lui aurait été commandée par la nécessité de décliner ostensiblement toute participation au meurtre. Catherine et le duc d'Anjou se crurent obligés de l'accompagner. Le roi partit à pied pour la demeure de l'illustre blessé; il était morne et silencieux , et si absorbé dans ses réflexions, que, malgré ses habitudes de dévotion, il négligea d'ôter son chapeau devant une image de Vierge placée au coin de la rue qu'il traversait. C'est à peine s'il répondit aux acclamations du peuple

MASSACRE DE LA SArNT-BABTHÉLEMY.

qui se pressait devant Fhôtel Afi l'amiral, où t'étaient accourus une foule d'amis agités et inquiets; ils reaiplîssaienl l'escalier de l'hôtel et rcgar^ dèrentd'un œil menaçant monter Catherine et le duc d'Anjou, que la rumeur publique accusait de l'atlentat.

Les dëiails de Tcntrevue de Charles et de CoHgny ont élé trop sonit rapportés pour qui! soit besoin de les rappeler ici *; ils montrent îintcTet que prenait le monarque à lYtat de la victime, et ils suggtirent la même observation qui a été consignée plus haut à propos des entretiens affectueux qu*avarent eus si souvent auparavant les deux personnages. Il est presque impossible de supposer cliez le roi une perfidie assez noire pour que ces marques d'intérêt au Ut du blessé n aient été qu'une indigne comédie -, On ne sait pas avec certitude toutes les paroles qui furent alors échangées; mais ce qoi en transpira indique cher. runiiral des plaintes contre ses ennemis, dont abondaîl la cour, où les allldés de fEspagne allaient rapporter, dîsait-iK au duc d'Alhe tout ce qui s*y passait* Ce langage ne put qu'accroître les mauvais sentiments de Catherine. Charles paraît, il est vrai, s'être montré réservé sur la question de la guerre de Flandre, à laquelle Coligny revenait sans cesse. L'excilation du parti catholique rendait en eiret pour le moment le projet peu praticable; mais le roi déclara quil tiendrait la u>ain à Tobservalion de Tédit de pacification, ajoutant quil avait envoyé des commissaires dans tout le royaume pour y pourvoir, et il prit à témoin sa mère de la vérité de ce quil avançait; celle-ci conllrma ses paroles. i\ quoi Coligny opposa quelques mots indiquant qu'il était peu confiant dans la sincérité et refficacité dr telles mesures. Charles n'en maintint qu'avec plus de force son engagement,

11 est vrai qu'Henri III a raconté les circonstances de cette enlrevue un peu diiréremment; mais, outre que les souvenirs sont rarement préris chex tous les témoins de semblables détails, il y a lieu d'observer que ce prince a ét^ trop compromis dans le meurtre de l'amiral pom* (ju'on puisse se fier à lui sans réserve, Afio de se justifier, il a dû exagérer ce qu il y avait de provoquant et d'irrévérencieux dans lattitudc des gentilshommes huguenots; il est loutefois une circonstance sur laquelle on |)eut l'en croire, c'est que Catherine, sous prétexte qu'im plus long entretien aurait fatigué famirai. insista pour que le roi prît congé de lui. Elle avait, certes, plus que jamais à redouter rascendant de Coligny sur Charles IX. et cesl là un indice de la diversité des vues que poursuivaient alors le jeune monarque et sa mère,

* Voy. do Thou, I. LïL — ■ C'est cepentlaiit ce que soulinrenL ensuite Iw prutestiints. (Voy* Mergey, Mémoires, p. 65, édit. Petilot.)

MASSAChE DE LA SAlNT-BARTfJÉLEMY. 433

Ijiiiscs en particulier, la popularilé du duc Henri ëlait telle» qiul y avait n craindre que le roi ne marchât à sa perle. Les événements, de quelque manière qu'ils se déroulassent, étaient donc gros de conséquences; ce qui entraînait les moins graves, c'était de frapper l'amirai, d achever Toeuvre de Maurcvel, et d'étendre rexécution aux principaux chefs protestants. Telle fut Topitiion de la reine mère et de ses intimes. Pour parvenir à ce but» ruses ci finesses, disait le duc d'Anjou, ne sont plus de mise : il faut agir par voie découverlc, Culigny se trouvait placé sous la protection royale; raltacheraenl que lui témoignait Charles IX ne donnait pas à supposer que celui-ci consenlît à le sacrifier. On devait tout faire pour triompher de la résistance du roi.

M. White, quand il en vient a pailer de ce qui se passa au Louvre le 2 3 août, soumet les dilTérents témoignages à une cinliquo sévère. Des trois relations que nous possédons, Tune, consignée dans les Mémoires (le ÏÉtat de France, émane des protestants et n'a pas une autorité suffisante: aussi noire auteur la rejelte-t-il résoli'unenl; fautre, que nous fournissent les Mémoires Je Marguerite de Valois, lui paraît peu acceptable; la Iroisieme est la seule i laquelle il allachc une réelle valeur; c*est le récit que fil lUnri III k Cracovie, et dont il a été question plus haut; mais ce récit ne cadre pas avec Tordre certain des événements, el il est, h quelques égards, en contradîclion avec le témoignage irrécusable des registres du Bureau de la ville de Paris. Tout en admellant qu'Henri III nous a rapporté les faits tels qu'ils se sont passés, M. White suppose avec beaucoup de vraisemblance quil ne nous a pas dit la vérité tout entière.

A l'aide des documents les plus aulhentiques que nous avons sur les événements qui précédèrent immédiatement le nuissacre, l'écrivain anglais nous donne un lableau, hahilemeut Iracé, des conciliabules, des menées, des tergiversations, qui se produisirent dans la demeure royale et alentour. Peut être l'auteur a4-il le turl de prétendre reproduire texluelleraenl les enlrcliens de Catherine et de son fds. Les témoins nont guère pu nous en rapporter que le sens général. Mais, à part quelques détails dont la réalité demeure douteuse, on doit reconnaître que tout l'exposé présenté ici par M. White est des plus satisfaisants; il achèvera de convaincre ceux qui conservent encore quelques doutes que le massacre des protestants n'avait point été résolu à l'avance, que le ai août ni un jour quelconque n'avait été fixé pour une si épouvantable mesure. On ne doit voir là qu'une calaslrophe, parce que la détermina lion de frapper tous les huguenots fut prise à firaproviste pour parer au danger que créait l'assassinat de Coligiiy; c'est ce qu'indique

déjà assez clairement le récit de J. de Thou, confirmé, dans une certaine mesure, par ce qu avançait Tévèque de Valence Montluc, quand ii cherchait à disculper le duc d*Ânjou (Henri III). Lordre fut arraché à Charles IX, qui résistait d'abord, auquel on exagéra Timminence du péril , dont on blessa ensuite la susceptibilité en affectant de croire que c était par couardise qui! ne se rendait pas aux raisons pressantes qui lui étaient apportées. Le roi, avec sa violence et sa mobilité accoutumées, en accorda plus quon ne le lui demandait, et, redoutant les représailles quune telle atrocité pouvait lui atth^er, il sécria qu on frappât tous les hérétiques. Ceux qui ourdissaient depuis plusieurs jours cette trame funeste se hâtèrent d'assurer Texécution d'un ordre donné dans un moment d'emportement et de lassitude , et sur lequel dès lors Charles pouvait revenir. Et, en effet, à minuit, quand Catherine se rendit près du roi , elle le trouva dans des dbpositions tout autres. Il parlait d'appeler près de lui les huguenots pour défendre sa vie, qu'il jugeait menacée; il éclatait en imprécations contre son frère le duc d'Anjou. Mais le duc de Gube, le duc de Nevers, le chancelier de Birague, de Retz et Saulx-Tavannes arrivaient au Louvre; les dispositions étaient prises. La reine mère dit à Charles d'un ton sévère qu'il n'y avait plus à reculer, qu'il était trop tard, et que revenir sur ce qu'il avait ordonné, c'était perdre la plus belle occasion que Dieu eût donnée à rhomme de se délivrer de ses ennemis. Le roi céda, en s'apitoyant un instant sur le sort de ceux qui allaient être égoi^és. On lui faisait donc en quelque sorte violence; les paroles de Catherine à son fils montrent toutefois que les huguenots étaient, au fond, encore regardés par lui comme des ennemis; que le projet qu'elle le pressait d'exécuter n'était pas absolument nouveau, qu'il avait été jadis agité. Charles IX ne lavait éloigné que pour le but politique du moment; Festime qu'il conçut ousuito pour Coligny avait atténué son aversion pour les protestante et fiiit indéfiniment ajourner la pensée de les frapper. Catherine le ramona, quand il y pensait le moins, à cette pensée première, et, je le répète, le revirement si rapide qui s'effectua dans la volonté de ce prince à l'égaixl des calvinistes prouve que les sentiments de bienveillance qu'il allichait auparavant étaient calculés, ou tout au moins peu (Profonds.

La répression dépassa en étendue et en violence celle à laquelle Catherine avait songé. Une fois les passions déchaînées, il était malaisé de les arrêter. Il faut le dire aussi, bien des catholiques frappaient avec d autant plus de rage qu'ils se croyaient eux-mêmes menacés par les pix)testants. D'autre part, si Catherine exagérait au roi le danger de la

"silOBlion, elle élaît cependant fondée à rcdouler, pour !a Iranquillîté du royaume, les conséquences de rinfluence que famiral prenait sur lui. Le fanatisme des catholiques exaltés, excité par les Guises, était tel^ que, si Cliarles IX se fut tourné résolument du côté des huguenots en faisant la guerre de Flandre, sa couronne eût été en périL Le sort dTFenri III pouvait ratteindre, ceux qui allaient être bientôt les ligueurs tenant déjà sur son compte le langage insolent qu*ils tinrent quelques années plus tard à Tégard de ce dernier** Des i568, à la siiîfe des massacres dont ils avaient été victimes à Amiens, à AuxciTe, à Fréjus, les prolestanls entendaient dire hautement à leurs ennemis, que, àh que la moisson et la vendange seraient achevées, on ferait main basse sur eux, et que, si le roi le voulait empêcher, on Ter i fermerait dans un couvent et Ton mettrait un autre à sa place ^*

Je ne suivrai pas M, Whitc dans h* récit de cetïe néfaste journée, où se reproduisirent des scènes semblables à celles qui s'étaient passées dans Paris au temps de Charles VI, scènes qui ont été comme favantcoureur de celles auxquelles la g!*ande révolution a fait assister nos pères. Ces horreurs prouvent qu'il y eut à toutes les époques nombre de scé^ lérats, surtout dans les grands centres de population, prêts à donner carrière à leurs passions sauvages dès quun désordre éclate; quelle ijuc soit la cause au nom de laquelle le sang coule, la justice est violée et la propriété attaquée. Les massacreurs de la Saiul-Barthélemy, dont on retrouve dix-huit et vingt ans plus lard plusieurs dans les rangs des Seize, profitèrent de ce prétendu chfitimenl de l'hérésie pour satisfaire des convoitises coupables, des vengeances personnelles et des ambitions désordonnées. Au ai août iSyài comme lors des massacres de septembre, on ne respecta ni râgo, ni le sexe, ni la vertu, ni la science, ni les services rendus à la patrie, et, afin de donner au carnage Tapparence d'un grand acte de justice populaire, on inventa une conspiration.

On s'est fondé, pour soutenir que la Saint- Barthélémy a été le résultat d'une longue préméditation, sur ce qui se passa dans les provinces après le ih août. Mais, comme Tobserve judicieusement M. Wbite, loin de pouvoir être invoqués en faveur de celle opinion, les massacres qui ensanglantèrent dilférentes villes de France déposent du contraire. A moins qu'on ne suppose, écrit-il, que Catherine et ses conseille» s

' Henri lit, dan§ ga relation déjà citée, roppç>rle , entre autre» uiolifs alléguée par Callicrinç n Clïiirlp.5 IX, que les calholiqacs étaient décidés , pour la protéger, à élire un cap U(j tac général et à faire une ligue offensive et déjtnsive cantre les huguenots, en sorte que le roi demeurtrait seul» enveloppé en tjraîids dantfcrs , sans puissance m autorité, — ' Voy. de Thou, Uist. aniv , \\h^ X\l

italiens élaient les plus maladroits des conspirateurs, on doit admettre que, s ils avaient décide Textermination en masse des huguenots, ils auraient pris les mesures nécessaires pour que Texécution se fît partout le même jour. Or c'est ce qui n'eut pas lieu. Ordonnés, ainsi que 1 attestent les documents officiels, par le roi, sitôt qu'il eut cédé aux conseils de sa mère, ces massacres, qui furent en quelques villes l'œuvre spontanée du fanatisme populaire, ont été la conséquence du premier crime. Une fois les scènes d'horreur accomplies dans Paris, il fallait aller jusqu'au bout, sinon les protestants se levaient dans tout le royaume, comme ils l'avaient fait après l'affaire de Vassy. Mais les instructions inhumaines envoyées par Charles IX à ses lieutenants ne sont pas, je le répète, la preuve d'une préméditation antérieure au a 4 août. Il se passa alors un fait fort analogue à ce qui arriva en septembre 1792. Les massacres des prisons ne furent pas , à Paris, le résultat d'une longue préméditation. La Commune s'y décida en quelques heures. Mais, une fois le forfait accompli, des émissaires se rendirent en différentes villes pour organiser de semblables égorgements; çà et là le sang fut verse à la seule nouvelle des fureurs dont la capitale venait d'être le théâtre ^

Combien y eut-il de victimes? On a singulièrement varié sur le chiffre, ainsi qu'on peut le constater par le tableau qua dressé M. White; il oscille entre deux limites aussi éloignées que^ a, 000 et 100,000. Notre auteur s'arrête au chiffre de ao,ooo, admis par de Thou, La Popelinière et Montfaucon. Eût-il été en réalité n)oins élevé encore (dans des évaluations de ce genre, on est toujours porté à l'exagération), la Sainl-Barthélemy n'en devra pas moins cnco-irir toute notre exécration. Odieuse par les moyens mis en usage, elle n'atteignît même pas le but que se proposaient ses auteurs; et certains furieux, quelque temps après, parlaient de recommencer^. Si les calvinistes furent d'abord frappés de terreur', si un grand nombre d'entre eux émigrèrent i\ Genève et dans les pays étrangers, leur parti n'en garda pas moins les places fortes de la Rochelle, Montauban et Sancerre, qui fournirent à Ihérésic un asile où elle put organiser sa défense et préparer une nouvelle guerre civile. Charles IX et Catherine le comprirent bien vite;

' On iloit aus2ii reproduire contre la prt^méditatioD de la Saint-Barih ^lemy TargU' luonl si lU^cisif que fais.iit valoir Monlluc. évoque de Valence, alors qu'il cherchail à lu'orlo iluo d'Anjou aux yeux des Polonais; c'est que, si le massacre de tous les piHt(o«(«nts avait été décidé à Tavance, on ne se serait pas d'abord borné à tenter \lo {V\w AHAASiiiner Coligny, on aurait enveloppé l'amiral dans l'extermination gênéii^Uv • Voy. co que At Thou (liv. LIV) dit du projet du bâtard d'Angouléme. — ^ V\»v vo quo rapportent Gnmon et Claude Haton dans leurs Mémoires.

[ASSACRE DE LV SAlNT-BAnTIlÉLEMY.

ils tenltTeiit tle dissimuler leur forfait en le représentanl comme une mesure purement répressive, devenue impérieusement nécessaire pour arrêter la conjuralîon huguenote qui s'ourdissait. Ils protestèrent de leur intention de maïutenir Tobservation de Tédît qu'ils venaient de déchirer d*une manière si perfide; ils sefForcèrcnl d'arri^ter l'émignidon des calvinistes. Les conséquences de ce sanglant coup d'Etat n'étaient pas moins graves à rexlérieur qu'c\ l'intérieur* La Saint-Barlhélcmy avait éveillé la défiance et soulevé tmdignation des puissances prolestantes auxquelles Charles IX donnait» à Villers-Cotterets, de si positives assurances de faire respecter la paix de Saint-Germain, Il importait de ne pas se les aliéner, car les projets contre TEspagne n étaient pas absulumcot abandonnés et l'on avait besoin de leur ap]îui, Schomhergécrî* vait d'Allemagne au roi quon n avait plus ii conipter sur les alliés prolestants, si ceux-ci n'acquéraient la preuve que le massacre n'avait pas eu lieu par ses ordres*. On s'empressa donc, à la cour, de déguiser les faits, on insista sur cette circonstance, qu'il n'y avait pas eu préméditation, qu'on avait seulement entendu frapper certains chefs ambi* lieux. On caclia les circonstances les plus compromettantes el Ion mit tout le reste sur le compte de Texaspération populaire. Le gouvernement français s'engagea même à prouver la ré;dité de la prétendue conspiration. L<^s Pays-Bis et FAngleterre, qui ne voulaient pas se brouiller avec Charles IX, dont l'alliance était à ménager, se contenlèrenl de ces promesses, qu'on ne tint pas et pour cause. Après qu'on eut fait le procès à deux malheureux huguenots qui payèrent de la vie le crime de leurs ennemis, on prit soin d'arrêter la procédure et de faire disparaître les pièces accusatrices **^.

Ainsi la Saint-Barthélémy fui h la fois un grand crime et une grande faute; elle a attaché ii la mémoire de ses auteurs un ineflaçable stigmate. Tous subirent la peine de leur forfait. Henri de Guise périt comme Coli;;ny, qu'il avait fait assassiner, Charles IX mourut en proie aux remords; sa mère , méprisée de tous, ne retrouva pas dans le parïî calhoh'que exalté une [lopnlarlté quelle clierchait à acquérir. Henri MI en fut réduit à

^ Voy- la noie de F. Buurquelot sur la correspondance de Charles IX et de Scliomberg , conservée dans la collection Dupuy, à la Bibliothèoue mlioniilu, Mémoires de Viande Halon, t. U, p. 615a. — ' ■ ÀTin que ce que vous ave/ dressé de» ■ choses passées a la Saint-Barthélémy ne puisse être publié parmi le peuple, et « inéniemenl entre les étrnnger"*, comme il y en a plusieurs qui 5e mêlent d'écrire

• et qui pourraient |irenrlre occasion d*y répondie, je vous prie t]u'il n'en soit rien

• imprimé ni eu fram^ois ni en Jalin, mais, si en avez retenu quelque chose» le gnrn der vers vous, > (Lettre de Churies IX au préaident de Célv. du a4 mars 1 ayS . dans la Bévue rétrospectif, a*»*jrie, b ÏII, p. 193.)

/j38 journal des SAVANTS. — SEPTEMBRE 1871.

frapper celui-là même qui avait été son complice dans le carnage du ilx aoûl, et il tomba sous le poignard des fanatiques, dont il avait jadis allumé les fureurs. La religion catholique n'eut pas moins h regretter que la politique française cette abominable journée. Le pape, qui prenait au sérieux, d'après les rapports que lui faisait la cour des Valois, la prétendue conspiration huguenote ^, envoya son nonce complimenter Charles IX d'avoir échappé par miracle aux ennemis de la foi, en prévenant leurs desseins. Ce prince se sentait fort embarrassé des éloges que lui prodiguait le Saint-Siège 2, car ils le compromettaient auprès des puissances protestantes. Des prêtres, des prélats, donnèrent hautement leur approbation à la mesure ^, et un représentant du souverain pon^ tife alla jusquà blâmer ceux qui, tout en ayant coopéré au massacre, avaient témoigné quelque compassion pour les victimes *. Ce furent

' Vov. Theiner, Annales, 1. 1, p. 829, cf. North British Review, n* 101 , p. 97, où sont rapportés les difîérents témoignages sur la joie qu'éprouva Grégoire XIII et les actioDS de grâces qu'il fil rendre à Dieu. Ces témoignages sont à metlre en regard de ce que dît M. Gandy [Revae dts questions historiques, ^'livraison , octobre-décembre 1 860, p. 879 suiv.). Le pape put croire k une conjuration huguenote quon aurait prévenue par le massacre, mais il se moulra assurément peu scrupuleux en approuvant les moyens employés; car il n'ignorail pas qu'il y avait eu un affreux carnage, et, d'après un témoignage que rappelle M. Gandy, il pleura sur les innocents qui pouvaient avoir alors péri; les innocents, à ses yeux, semblent avoir été les catholiques qui reçtirent par méprise ]a moit, comme il y en eut effectivement uciques-uns. Le légal Fabio Orsini, en passant à Lyon, où les circonstances e Texécution qui avait eu lieu dans celle ville lui furent rap|)ortées, n'octroya-t-il pas publiquement le pardon aux massacreurs ? — * Voy. ce que rapporte de Thcu (liv. LiV) de rembarras de Charles IX, qui, sans insister sur la victoire que louait le légal, se borne à Tassurer de son zèle pour la religion catholique. Les ministres, dit cet historien , avaient fait donner avis an cardinal des Ursins de parler sobrement de celle affaire, mais il r.e laissa pas d'cxaller la prudence du roi. — ' Voy. notamment Claude Haton, Mémoires, t. Il, p. 691. M. Gandy, dans le savant article cité ci-dessus, où domine un manifeste parti pris de toul justifier, scmlienl que le clergé de Paris ne pouvait refuser, sur la double invitation de la cour et du parlemenl, de remercier Dieu de la journée par une messe d'actions de grâce. Mais le clergé n'a pas ici l'excuse qu'on peut faire valoir pour Grégoire XllI; il avait été témoin des horreurs commises, et il savait fort bien que les accusés avaient été frappés sans être jugés. Nul n*a dit qu'il ait agi par peur et en protestant tout bas, comme le fit le parlement. Le fait est qu'on tenait, dans la majorité du clergé, un tel moyen de frapper l'hérésie pour légitime. — * C'est ce qu'attestent ces incroyables paroles du nonce Salviati, dans une dépèche du a septembre 177a : «H « Re Cristianissimo in tutti questi accidenti , in luogo di giudicio e di valore ha mos- I tralo animo crisliano , con lutto habbia salvalo alcuno. Ma li allri principi che « fanno gran professione di cattoiici e di merilar favori e gratie del papa hanno poi «con estrcma diligenza ccrcato a salvare quelli piii di Ugonolti che hanno poluto,

les aoleurs italiens les plus dévoués auSaint-Siégc qui s'attachèrent à établir que Fassassinat deColigny et le massacre d(^s protestants avaient été le résultat d'un plan longuement prém<^'dité, plan qui était à leurs yeux un chef-d*ŒUvre de prudence et d*habileté. Les ennemis du catholicisme ont souvent rappelé ces déplorables erreurs des ministres de la parole divine, qui subissaient l'influence des idées perverses de leur temps ^; ils s*en sont armés contre TEgllse.

Ce qui fait de la Saint-Barlbélcmy un crime plus épouvantable peutêtre que ceux d*un caractère analogue qui marquèrent les troubles du \iv', du XV* et du xviu* siècle, cest qu'au lieu d'avoir eu pour instigateurs et principaux artisans des liommes sortis des classes inférieures de la société, quelques ambitieux vulgaires ou déclassés, des démagogues sans consistance et sans honneur, elle fut l'œuvic de personnages qui semblaient, par leur rang, leur éducation et leur naissance, appelés à donner l'exemple de la justice, de la modération et de fhumanité. Notons, toutefois, avec M. White, pour nous consoler de la taclie qui déshouqrc en iSyi nos annales, que le principal auteur de ce hideux coup d'Etat est une femme étrangère, compatriote et disciple de Machiavel, qui prenait ses conseillers parmi les Italiens imbus de ses déteslabiés principes. Nous remercions Fauteur anglais d'avoir lei*uiiné son livre par cette remarque. Mais nous sommes bien contraints d ajouter que le sens moral doit être singulièrement aflaihli chez un peuple où un acte tel que la Saint-Barthélémy rencontre tant de complices et d'approbateurs. C*est que la guerre civile, les guerres religieuses, avaient profondément ébranlé dans les cœurs les sentiments de mansuétude et de charité que le christianisme répand et enseigne, mais qui demandent « pour exercer tout leur empire, des temps de concorde et de paix.

Alfred MAURW

-c §c non gli nomnio p;vrlicnlnriiieiile, non si maniviglr, pcr che indilt'renltnut'ute ^ tutti lianno fatUr n un modo, n ( Vo\\ Norlh lirittsh BcvieWt n* loj , p. 47) C'est ce même Salviati rpi proposait de se dùbtirrasser par tous Ivs moyens possibles de la comtesse d'Enfremonl, pour empêcher j*on manage avec ramir.iL ^ — ' CVsl ce f|ui iivait lieu nobnunent pour ladoclrine de ra5*sassinat politique, si maiheureuseuient occeplée par le» cours du xvi' siècle. iVoy. les jiKli<Npii^*is ol)?»prv.itioiis de W K, Boutarie, ttrî» ciL p. 3 G.)

UkO JOURNAL DES SAVANTS. — SEPTEMBRE 1871.

Dictionnaire turk-oriental destiné principalement à faciliter la lecture des ouvrages de Bâber, d'Aboul-Gâzi et de Mir-AU-Chir- Nevâï, par M. Pavet de Courteille, professeur au collège de France. 1 vol. très-grand in-8° de xiv et 662 pages. Paris, Imprimene impériale, 1870.

Les relations de la France avec l'empire ottoman remontent, comme chacun sait, au règne de François!*', c est-à-dire à environ trois siècles et demi; la langue turque est professée au collège de France et à l'École spéciale des langues orientales vivantes depuis 178/i et lygS, et cependant la litlérature turque nous est beaucoup moins connue que celles de i extrême Orient. Celte circonstance, qui peut sembler étrange à première vue, tient à deux causes principales. D abord, la littérature turque n*est guère que le reflet, souvent assez pâle, des littératures arabe et persane, beaucoup plus anciennes et plus riches qu'elle; ses jJus célèbres productions dans les genres plus spécialement littéraires sont des traductions d ouvrages écrits en arabe et en persan. En second lieu, rétude du turc a été chez nous le partage presque exclusif des drogmans, et ceux-ci, à quelques exceptions près, sont trop peu disposés à faire profiter le public du fruit de leurs connaissances. Cependant la langue turque, outre une multitude de poètes, compte un grand nombre d'historiens ou plutôt de chroniqueurs dont les ouvrages mériteraient d'être traduits, au moins par extraits. N'est-il pas regrettable, pour ne pas dire plus, que nous ne possédions encore aucune veraon imprimée d'ouvrages tels que le Djikân-Numa, ou cosmographie, de Hadji-Khalfa, si souvent citée et mise à contribution d'après la traduction manuscrite d'Armain par notre illustre d'Anvilie; de Y Histoire des guerres maritimes des Tares, par le même polygraphe; de Y Histoire de l'empire tare jasqaà Soliman le Grand, par SaadEddin? Aussi est-ce avec une véritable satisfaction que nous avons vu un laborieux orientaliste, petit-fils du savant Silvestre de Sacy, s'adonner spécialement à la culture des lettres turques, qu'il est chargé de professer au collège de France depuis environ dix-sept ans. Mais M. Pavet de Courteille s'est acquis des titres encore plus grands à l'estime et à la reconnaissance des orientalistes. Non content de leur faire connaître, par des éditions correctes et des traductions élégantes, deux ouvrages, l'un envers, l'autre en prose, célèbres chez les Turcs de l'empire ottoman, il a entrepris de

DlcnoNNAmE TURK-ORIEMAL Udï

fonder ert France sur une base solide renseignement du hirc orienlal. cVst-à-dire de la langue en usage chez les populalions qui habilenl a l'est *!e la mer Caspienne, langue qui offre, comme il le dit» wle type pur «eî primitif (le cet idiome que les Osmanlis modernes ont laisse écraser <«sous rinvasion toujours croissante des mats arabes et p<"rsan9, »> Dans cette voie, un seul Français lavait précédé d'une inaniète sérieuso : c'était le savant Etienne Qualrenière, car on ne peut guère mentionner que pour mémoire les aperçus ingénieux, mais iocoojpleïs, de rillustre Abel-Rëmusat, dans le tome I (et malheureusement resté le seul) de se» Hechercheâ mr les iamjaes iartarcs , et les courts essais d'Auiikb^e Jaube.rt publiés ditns le Journal aslatii^ae il y a bientôt un deuii-siède.

Dans le dictionnaire qu'il nous donne aujourd'hui, M. Pavet de Cour teille a fait entier non-seulement les mots que lui ont fournis plusieurs lexiques orifçiuùux, mais ceux qu'il a puisés dans deux ouvrages historiques fort importants, les Mt^moires du sultan Baber; fondateur dp f empire mongol dans l'Hindoustan, et ïUisloire généalofjiqae des Tartares par Abou'l Gha/i Bébadur-kban. Il n a pas négligé non plus une autre source, fréquemment mise à contribution par EtienneQtiatremtTO, je veux dire les Œavt'es complètes du vizir Ali-Cbir-ISiévaï, Ou sait que l*iHustre orientaliste que nous venons de nommer avait recueilli d'abondants matériaux pour la coraposilion d'un dictionnaire turc-oriental. Il ri*en a utilisé qu une faible partie dans ses divers écrits, uotatument dans l'Histoire des Mongols de la Perse, et dans sa notice de la chronique persane du règne de Chih-Rokh, 111s de Tainerlan. insérée au tome XIV du Becaed des notices et extraits des manuscrits. Le reste est conservé eu manuscrit a la bibliothèque royale de Munich et a été mis à profit par un orientaliste alleuiand, M. Théodore Zenker, dont fouvra^^e , en cours de publication, est favorablement apprécié par M. Pavet de Courieille, qui a oublié toutefois de rappeler les secours que 1 auteur a trouvés dans les papiers de M* Qua! remère ♦

On peut sélonner que M. Pavet de Courteille nait pas mis directement à contribution les notes imprimées, si savantes, si nombreuses, d'Etienne Qualremèn\ Elles lui auraient fourni le moyen d'éviter quelques erreurs, de comble»' quelques lacunes de son beau travail. Il aurait pu recourir utilement aussi ^ des publications d'un ordre inférieur, il est vrai, mais cependant dignes dVstime, telles que le Supplément à l'histoire générale des Hans.etc., par Jos. Senkowski ^ et le mémoire de feu Cliairaoy intitulé : Expédition de Timoùrilénk au Tamcrhn contre

* Saint- t^étersbourg, iSai, in A*

Toqtamiche^. A la suite de ce mémoire , Taulenr a publié un grand nombre de textes d'écrivains arabes, turcs et surtout persans, où se trouvent plusieurs mots turcs qu'il a, pour la plupart , expliqués d'une manière satisfaisante. La lecture des chroniqueurs persans de l'époque mongole aurait fourni d'utiles indications à M. Pavet de Courteille; c'est une mine où il aurait bien fait de puiser largement et non pas seulement dans trois ou quatre cas, comme il s'est contenté de le faire. L'auteur du présent article se rappelle encore avec reconnaissance combien ces divers genres de secours lui onl été jadis utiles pour expliquer quelques mois d'origine turque ou mongole, qu'il rencontrait dans ses recherches sur l'histoire ou la géographie de l'empire persan et de l'Asie centrale. Il en est de même de la lecture des principales relations de voyages dans des pays occupés par des populations turques ou mongoles. Il n'est pas jusqu'aux voyages en Perse où M. Pavet de Courteille aurait pu rencontrer de précieux renseignements, puisque la cour des Sophis avait plus d'un fonctionnaire dont le titre officiel était emprunté à la langue turque telle qu'elle est encore en usage à l'est de la mer Caspienne.

Le plan qua adopté M. Pavet de Courteille, d'ajouter à beaucoup d'articles de son dictionnaire des exemples plus ou moins longs empruntés à divers écrivains turcs, lui a permis de noter des faits curieux pour la connaissance des mœurs, des croyances, des productions naturelles des contrées de l'Asie centrale. Nous allons indiquer plusieurs de ces particularités intéressantes, après ([uoi nous soumettrons au savant auteur les observations que nous a suggérées une lecture attentive de son travail. Sous l'article oaïoun , (j^^l , « portion , ration , » on lit une curieuse citation de Baber, qui nous fait connaître un singulier usage des Afgans. Lorsque des guerriers de ce peuple ne pouvaient plus soutenir la lutte, ils se présentaient devant leurs ennemis en tenant de l'herbe entre leurs dents, comme s'ils avaient voulu dire : «Nous voilà, nous «sommes votre part^. » Au mot boarna, b;^, u d'abord, au commence- « ment, n on rencontre un passage du même auteur où se trouve retracée la façon dont les femmes consultaient l'avenir. «Quand les femmes, y «est-il dit, veulent savoir si elles auront un fils ou une fille, elles pren- «nent deux morceaux de papier; sur l'un elles écrivent Ali ou Haçan, «sur l'autre Fatime. Puis elles les placent dans deux boules de limon «qu'elles mettent dans une coupe d'eau; celle des deux qui s'ouvre la « première leur sert à deviner l'avenir'. »

^ Mémoires de l'Académie impériale de Saint Pétersbourg , vi' série, sciences politiques, t. III, p. 89-505. — • M. Pavet de Courteille, p. 89. — ' P. 167, 168.

DICTlONNAIllE ÏUHKORIEINTAL.

On sait que, chez les Mongols et ies Turcs, Je nombre neuf, iohouz, était considéré comme un nombre sacré. uTchinghk-khan, dit Etienne Quatremère, se prosternait neuf fois devant la divinité. Le drapeau des Mongols avait neufpoinles* Les officiers qui portaient le titre de Tarkhan avaient le privilège de ne pouvoir ctre jugés et punis qu après avoir commis neuf fautes. Dans les Mémoires de Baber, un des officiers de ce prince lui dit: tr Vous aviez |u*is avec moi rengagement de ne pas K uie mettre en jugement tant que je n aurais pas péché neuf fois. » Ou voit, dans le même ouvrage» que Ton fléchissait le genou neuf fois devant un prince. Lorsqu*on ofTiait au prince des présents d'une espèce quelconque, ces objets devaient être au nombre de neuf, et cet usage s*est toujours conservé chei les peuples turcs et mongols, . . • D'après cet usage le mot turc tokoiiz désignait constamment la quantité d'objets offerts au sultan; et, comme, à cet égard, la coutume était invariable, Je nième terme» sans aucune addition, se prenait quelquefois dans le sens de don, présent ^)ï

On voit, par trois citations poétiques consignées par M. Pavcl de Courteilie, sous Tarlicle tokouz (p* aSi)). que, cliez les Djaghataïens, il était d*usage de boire neuf coupes si une seule goutte s'échappait de la coupe, vi trente coupes si la première venait à se renverser. Aussi l'expression : Ma coupe s'est renversée, s'employait-nlle pour dire: Je rae suis enivré.

On lit sous farticli' ijjUjt. oamâk , que ce mot , qui signifie propremeui un os, sVmpIoie pour désigner une race, une famille. La même particularité se reproduit avec le mot JXi^-ui, soun^âc (p. 363), qui signifie également un os et une race. On peut ajouter qu'il en est de mt^me pour le persan (jl^-s^v**^!, oastoiikhvdn , et pour farabe fJàs., azhm, ainsi (ju Etienne Quatremère en a déji fait lobservation^. A l'article J^^^^. onloach, c part» portion, w on lit que, d'après un ancien usage attesté par Baber, celui qui s'était distingué, chez les Mongols, par sa bravoure contre rennenii, recevait, dans les grandes occasions, telles que les fêtes ou les repas, une part exceptionnelle appelée oalotîch héhadury.

Sous le mot i^^^^^l, oiul, «en dessous,» on trouve cités deux vers dont voici le sens : «Le jardin du paradis et les parterres de délices se u trouvent sous les pieds des mères; si tu désires arriver quelque jour H dans ies bosquets éternels, deviens poussière sous les pas d*une mère^. o

' Notices et Extraits des manascrits, t XIV, T* partie, p. 3a, 33, ik Cf. Charmoy , optu supra laadittum, p 137, i38, n. i4; C, d'Ohsson, HisL dei Monfjob^ t, L p- 35, note I, — * Hutoire des Mongols de la Perse, p. 9a, 4 a S, 4a 6 - — ^ P. i9«

iiUU JOURNAL DES SAVANTS. —SEPTEMBRE 1871.

M. Pavet de Courteille aurait pu faire observer que le poêle turc cité par lui sesi inspiré d'une parole attribuée à Mahomet et qui est ainsi

conçue: ci^l^^i J«xïl c;^^' nlÂf «Le paradis est sous les pieds des «mères;» cest-à-dirn, comme Tobserve S. dcSacy, quil dépend d'elles on quelque sorte d'en accorder ou d'en interdire l'entrée h leurs enfants, et que, pour l'obtenir, il faut se rendre digne de leurs bénédicliocs. Un poète persan n dH on conséquence: «Ne retire jamais ta tête de « dessous la main de la mère, car la poussière du chemin que les mères « foulent aux pieds est le diadème de la tête des enfants. Sois poussière «sous les pas de ta mère, car le paradis sera aux lieux où reposeront «SOS pieds ^ »

On lira avec intérêt dans le dictionnaire lu rk - oriental (article ^^jj^M^j^ p. 2 1 /i , Q 1 6j le récit dune espèce de joule poétique entre le sultan Baber et un de ses généraux, doué du talent des vers comme le conquérant, son maître. Le lecteur saura gré à M. Pavet de Courteille de lui avoir fait connaître les pièces de ce petit débat entre le souverain et son vassal.

Parmi les mots que l'on peut s'étonner de ne pas rencontrer dans le

bran volume dont nous rendons compte , je signalerai le terme c:>|^;*i-, djoiKjhrât, « lait aigre, » qui, d'après les lexicographes persans, appartenait au dialecte deSamarcande, et que l'on trouve dans la relation du voyageur anglais VVood'-. C'est sans doute le même mot qui, dans le turc c:ccidenlal , s'écrit ^j^yA ou ^jy^y?. , ïoghourt. Le mot (ix^\ , oghroak, est simplement interprété par poids, fardeaux^. L'auteur aurait pu renvoyer à une savante note d'Etienne Quatremère*, où l'on voit que ce mot , d'origine mongole, signifiait dans le principe une tente, et qu'ensuite il désigna «le camp, le quartier, la réunion des tentes, avec tout ce « (|u'elles conlenaienl, tel que les femmes, les enfants, les esclaves, le « gros bagage. » L(; mot ^ , boulan , « élan , » grand quadrupède de l'espèce du cerf, a été omis^. Il en est de même des mots (j^à^g^ iSX>^^^ darouy miltik , « poudre à fusil , »> ^^JéJ^, garanmégui , « audience , » (^^*>Kt^ , djidouk,ii enseigne, drapeau, » ^Ui^ , ouïchâq , «jeune garçon, page, » ta^, ketchim, « armure de fer dont on munit la partie du bras entre le coude <• et la paume de la main; c'est un tissu très-épais de petits cercles mé-

' Pend'Nameh ou le Livre des conseils de Férid-Ekldin Attar, traduit et publié par M. le baron Silvestre de Sacy, Paris, 1819, in-8*, p. i25. — * Personal narrative 0/ a Journey to the source ofthe river Oxus, p. 3ii. — ^ P. aS. — * Mongols de la Perse, p. 98-101. — * Cf Charmoy, loco laadato, p. 1^6, 147.

DICTlONNAmE TIÎBK-ORIENTAL. 4M

♦' talliques^ » M. Pavet dotuie ce dernirr mot sous la forn»e r^vsc^» mais i*n (ui aUribuanl le sens de v armure du cheval au jour du combat »

Un terme dont on peut encore signaler Tomission, c'est celui de (^^\ , itchéhyt dans le sens de « garde du corps, >» que i on rencontre JVéquenmient chez les historiens des dynasties turques de la Perse ♦ et dont j'ai donnt'^ do nomb.^ux exemples ailleurs. Je regarde ce mot comme formé du turc dU.^?! , ichik\ u seuil , n ou peut-être de g-J, ihk, «le dedans, i» rintéricur* n II y avait k la cour de Perse, sous les monarques Soufis, u uTi onicier appelé le gi*aud Ivhik agassi ou maîtie du dehors, sous lequel u^oot tous les /lec/uA'/c/ri. 4^:^-^.^io ", qui sont gardes du roi, qui gardent «sa personne la nuit* Il aura peul-ctre plus de deux mille personnes «sous lui^. » La charge dJchik ayiissi existe encore à la com* de lemir de Bokliaia, et M- de KhanikofT traduit ce titre par celui de maître des cërëraonies^. Mohan Lai écrit à tort Fshak Qasi^.

On cherche tout aussi vainement un terme, d'origine persane, à la vérité, mais qui a passé dans le turc-oriental, ainsi qu'Etienne Quatremère Ta fait observer^. Cest le mot djomty ou djemr)', i^y^ , qui signifie homme turbulent, et que l'on emploie au pluriel sous la foniie «^U^l , adjamiré t laquelle est empruntée à la langue arabe. Dans une chronique persane intitulée Djami-Moujidj, on voit le terme adjamiré accolé aux mots djonhhal et aonbâch (ignorants et vagabonds^); plus loin, il y est

* Sen\iO\kf>ki t Supplément à rkistoire des Huns^ p. i j5 , et sur wickâk, en particuîîer» cf, Qualremére, Histoire des Stiltans mamlouks de l'Èfjyptc, L I, T* partie, p. 108, et Dau lût chah, apad Chariiioy, Expédition d'Alexandre le Grand contre îês

Busses, p. 33. Le mot^»^ se renconlre dans co passage Je Khondémir rclAlif à BabM' : o3j \à^f^ V^^ U^ ) ^Lm*,j .jS-it^é&Jif tXJU c^t %3 i^>^ fi^^ ^^^fï^ V - • Ayonf poussé son cheval dans le fleuve, c|uoiqu*it • ftU armé d'une cuîra!*se et d'un htchim (brasêard), il gagna Tautre rive avec une t grande peine;» llahib Assiyer, uij. GenlîK t. IIÎ. fol. 28^ r". Cf. Erskine, A history of îndia undcr the two fir&i sovet^iynsofthtf hoase ûf Taimur , t, 1 , p. 1D2, où louleloîs le mol ketckim est Iraduit par hoos»e>»* — * M. Pavcl de Courteille n'a pas donné le mot i^Uu^ kichic, que le Lo(fhati ttirki («/ittf/Quîîtremère, Monijoh, p, 3i j B) Irnduit par jj J ju^Lj ,*h gtirde 1 1 maÎH H n enrof^islré le terme ^^ajçj, avec la signi(ication d'intime» intérieur, — ^ Etat de lu Perse, monument Irançâib de In Bibliothèque nationale, n* 61 lû» p- 37 Ci. le Ptre Huphaél du Maos, Relation manuscnie de la Perse, ms. loaGo ter, fol. 6 v"» Chardin, Vayages, t Vi, p, lob, 106. — * Bokhara; ils umirand its pcople^ p, a38. — ^ Traveû, i846, p* a 38- Cf* V Histoire des Klians montfols du Turkistan et delà Transosiane, traduite du persan, etc, ♦ par C, Defrémery; t^aris» i853, in-8', p. 96, 97. — ' Mongols de la Perse ^ p. 226, 237» note* ^ ' ^-^îî' y c>^^ ^uJ^ «y»l^l^ JW> • manuscrit persan 45, fonds Gentil, à la Bibî. nation, f* 64 v*

DÏCTIONNAIBE TURK-OrilENTAL. Ukl

ie nom d'un oiseau appelé en arabe J^^\y^^ haoaassiL Ce dernier mot est une forme plurielle, dont le singulier est fX^ey^, haoussala, M. Pavei de Courteille n'n pas cherché à détertniiier de quel oiseau il sagit. Mais la chose n'est pas douteuse, si Ton a recours h un passage de la grande Histoire des Animaax de Démiry, déjà cité par M. de Joug, el où l'on voit que le haoïLisal est un grand oiseau, doué d'un jabot volumineux (ftaoti5Jsa/a, d'où vient son nom); on Tappelle aussi j^, hcdja, chameau aquatique [djemel-alma] et coP.

L'expression composée \j^ jy^ y djaouz boaïa, est traduite (p* 29/1) par unoix de teinture, u La vraie traduction est unoix odorante, >ï et il s^agit ici de la noix muscade^. On rencontre (p. A 16) un mol j^^.^. hopichour, traduit par « tribut fixé officiellement, >» et moins de trois pages plus loin, le motj^^siji, kofjlnljour, interprété par « impôt régnlier, contttribution en bétail, 0 II est probable que ce sont lii deux formes diQ'érentes du même mot, et qu'au lieu de kogkdjoar, il vaut mieux jirejjyaisï, kofdjouî\ le V» ^t '^t le s-», /Ji permutant avec le 0,j\ mais non avec le t , jf. M. Pavet de Courteilie ne donne aucun exemple du mot en c|uestion. Et* Quatremcre a fait connaître le mot jy^, kobdjoar, ouj^^, koabjour, mongol d*origine, et signifiant : 1° un pâturage; q** un impôt payé pour les animaux et consistant en une tête de bétail par chaque centaine ou son équivalent en monnaie^. M* Brosset cite un mot mongol, ghonbtchifjour, signifiant impôt sur les revenus de la terre, cens, tribut*.

On trouve (p, 417) un mot qui nous paraît orthographié peu exactement, C'est le terme ^^-^l^, karaktchy, interprété par «voleur de grand u chemin, » Nous pensons que la forme exacte est kazaktchy,ikvec un ta[z) au lieu du ra (r), ainsi qu'on la rencontre, du reste, chez M. Pavet de Courteille (p. 4o/i , v, ^Î>j>). Ce terme est formé du mot kazak ou mieux kaizak, que le Loghaii tarki^ interprête par le persan (j>»tj. « voleur de a grand chemin,» mais qui, primitîveujcnt, désignait un partisan, un homme qui ne combat point en bataille rangée, mais qui exécute des incursions rapides et imprévues. De là vient le persan i^y», « incursion,

* LaiaïfoUmaarif, atictore Ahu-Mançar , , , al Tha alibi , Lugduni Batavorum, 1867, in-S", p. XH, XIV. — ' CL les Voy a fje$ fV Hm-Batoiilah , ^uhWé^ el traduits par C. DefrwmerY et le docteur B. R. SnnguineUi, l. IV, p. a43, Voyc* encore le Dictionhiurefrançais-arabeèEWions Boc!lior et Caussin de Percevol, v* Muscade, et Edward Laoc, An aruinc - enrfiish Lexicon , y" djaouz, ^^, p. 485 C, — * Utsioire des Monipls de la Perte, p. 356-269. ^^* ^^ Tarikhi Gazidè, manuscrit persan de Brueix» n"9, fol. 198 V*, et AboulFaradj, Ilistoria dynasliarum, p. 5oï, 1* i5, où on Ht ^^•5. C, dOhssun a lu Counlchoar {Hisloire des Monf^oh , II, 26^), et Coîtckoar (ibid. ÏV, 3-0, 571, 43o), — ' Annaks de ta Géorgie, addîuona et éclaircisseûïcnt^ . p. 438* — * Cité par Quairemère, Motujoîs de la Perse» p. 4o6, note.

DICTIONVAIHE TUBK.OBIENTAL

On peut regrctler que M. Pnvel de Courtcîllc n'ait pas fait connaître quelie esl la vraie leçon. Le mot lémadjamichj (p, a i6) est Irarluît par élal de gêne, d*angoîsse. Il aurait été à propos d*ajouter que Quotremère 1'^ interprt^té par dispute, conihat» en s appuyant sur divers passages dVuiteurs persans ^ qui nadmeltent pas d'aulre sens.

A Tarticle baghiry kara (p. i5a), M. Pavet de Courteille aurait pu renvoyef, au sujet de Toiseau appelé de ce nom (littëralenienl à la poitrine noire ) , à la relation de James Morier-» ou 5 celle de J, Ed* Alexander, qui le dépeint comme une des variétés du coq de bruyère [grouse] de la Perse, et parle de son vol bruyant^.

Page 1 55, on trouve le mot ^I*>s>lf , buïtlafjh, avec Ir*. sens de drapeau, mais sans aucun exemple à l'appui, ce qui me fait croire que ce pourrait bien nètre qiruue leçon fautive du mot persan (i\^ , belrak, qui, comme on le sait, a passé dans le turc occidental avec la signîlication de drapeau, élendard. Je dois ajouter, toutefois, que M. de Kliatiikoll donne aussi la forme laïJak^,

LemotjU-, tckao, est tr-aduit (p* 281) par fc voix, son, nouvelle, ap- "pel, oet l'auteur y rattache le terme (ya-j^., qui siguifieraii crieur public. Mais il y a là, je le crains, un double emploi et une confusion avec le terme J^^♦ djar, expliqué sept pages plus haut par bruits son, appel , convocation , messager* Les formes djar et (ijariehi sont les seules correctes, ainsi quon peut le voir en consultant les notes d'Ltienue Quâtremére^ et de Charmoy -*. On lit dans la relation manuscrite de la Perse, par le père Raphaël du Mans ; « Jartclii hachi, publiem* ou chef « d iccux. Iceluy a soubs soy une quantité d'autres qui, pour 4 ou 5 f , «courent le long des rues pour faire disquisition des choses perdues, «criant à haute voix'^» etc.»

Le niotjH^^, tchvper, est expliqué d'une manière insuffisante, en moins dune ligue et sans l'addition d aucun exemple. Il aurait été à propos de renvoyer, à son sujet, à une des plus savantes notes d'Etienne Quatremèrc^.

A la page 1 58 , on trouve le mot ^Uib , l/Oijhmîk . interprété par « tresse

tersbourg, 18 58, p. i36. 1. ja. — ' Monfjoh, p, io5. — * Second journey thimigk Penia, etc«, p. lai, laa, 383. — ^ Travch frotn India {o Encjiand , p. i65» —

* Bokhara, p. aSy. — * Notices des manuscrits, t, XIV', 1" parlie, p. ^1, 93. —

* Mémoires de VAradémîe de Saint^Pt^tershoarg, 0" série, t, lll, p. S^o, note 38, — ' Ms. de la Bibliothèque naU'onale. fol. 6, r*, CL (lliarclin, qui écrit Yariclii » 1. VI, p. 373; t, Vlll, p. 95, i^a; Gcmclli Carteri, Voyafje du tour da mondes éâli, de 1737, t. Il, p. 43, 44» 176; Drouville, Voyatje en Perse, édit. in-ia, l8a8, t, L p. 176» note 3. — ' Histoire des Mongols de la Perse , p. 335-337.

«de soie, en forme de boucles de cheveux, que les iMongols s'allachent uà la tête et que les femmes cousent tout à fenlour de leur coiffure. » Je crois que la leçon bo^hnâk est fautive et qu*il faut lire hoghiâk, ^i\^ , mot sur lequel j'ai donne ailleurs des détails très-circonstanciés ^ Ce qui prouve que , dans le mot en question , il doit y avoir un c:> , /, et non un (j . n * c'est que le voyageur arabe IbnBalouta, qui cite deux fois la coiffure dont il s agit» en écrit le nom avec un Ia, ih, lettre qui permute somfent avec le ^ ou < simple ^ Le dictionnaire persan intitulé Borhâni-Kathi donne les deux orthographes» écrivant ^Ua^, boghthak, et ^l*^» boghiak, Abou'ilaradj adopte la forme ^3Uï^ ^, M. d*Ohsson, parlant du mariage du sultan Œuidjaïtou, dit que Ton mit sur la tête de Tépousée le bakhiak, mot f|ui signifie casque en persan^. C'est du bogtak quil est question dans ce passage d'Alexandre Burnes : uLeur coilTnre (aux femmes tur- «comancs) ferait honneur a nos élégantes dans une salle de bal. Elle H consiste en un prand turbnn blanc de la forme dun shako militaire, •t mais plus liaul, il est recouvert d une écharpe rouge ou blanche, qui t< retombe jusqu'A la ceinture^* »

A la page i 48 on lit une citation d'Abou'bGhazi dans laquelle il est dit que le sultan seldjoukide Sindjar livra bataille à Geuz-Khan. Au lieu de;j57 Geuz, il faut lire^^, Gour. On sait que le titre de Gour-Khan, que M d'Ohsson traduit par grand khan*^, désignait , au xiii' siècle , le souverain de l'Asie centrale, dont la capilale était Btlasaghoun, et dont fempii'c était appelé par les musulmans le Karakhitaî. Sur la défaite de Sindjar par le klian du Karakhitaî, on peut voir le récit de Hanid-Allah-Mustaufi"^.

A rarlicle ^^Uill* (p. hoj) on lit que ce terme est un mot de rallienrent dont se servent les c^^jûXjU en temps de guerre. M. Pavet de Courtcîlle n'a pas essayé de transcrire le nom en question, qui doitélre celui de quelque tribu turque. Ne s'agiraitil pas ici des Mankguites i^^^mCîU, umç des principales tribus uxbèkes^?

' Jourth nsiiU. août 18^7, p, 169-171 : septembre i85o, p. 167 169. — * Voyages publiée el Irailutt5 ptir C. Defrémery el le D' B. R, SanguineUi, t II, p. 879, L 1 , 388, L i, — ^ iihtorm dytmstiamm^ja. à^i* — * Histoire dei Mongoh^ t. IV, p. 484- — • Voyages en Botikhmio , t. It, p, 3G7. — ' Histoire des Mongols, (* 16&. Cf, ibidem , p. 6l el 99. Dans ce dernier passage il est dit que le mol ^our, en mongol, impUfjunnt l'idée deintalilé, goitr-khan signifrc proprement kba'n universel. Sur le titre de Gûur-khan, d. encore Ibn-Alathîr (t. Xt, p- 55), où on iit^-^au lieu de s^-ê». — ' Histoire des Seidjoakides et des hmadliens on Assassins de l'Iran, traduite par G. DcfrL^niery, Paris, j84g,în-8% p. 68-70. Œ Ibn-el-Alhin Chronicon (food pcrfectissimum inscrihitur, vohmen undccimum. . , edidît C. J. Tornberg, Upsaliac, i85i , p. 53et siiiv,, sous Tannée 536 de l'hégire ( 1 i^i-i lia J. C). — • Cf. Khanikoff. Jiokkara, p, 74. 76, 77.

DICTIONNAIRE TLÎRK-ORIENTAL.

A l'article ^b, kar^ d neige n ([)* SgS), on lil que les Karligh, tribu turque, ont été appelés ainsi parce qu'ils no purent suivre Djenguiz- Khan à Iravers les neiges à son retour du Gourdjistàn. Il ne faut sans doute voir là quune de ces étymologics hasardées, fabriquées après coup par les grammairiens ou les lexicographes orientaux, et qui ne résistent pas à un examen sérieux. Le nom des Karliks ou Kailouks est bien plus ancien que Djenguiz-Khan, puisqu'il se rencontre dès le x' siècle chez le géographe arabe Ibn-Haoukal, sous la forme Kharlou- Ithi, iui^ (cf, Quatremère, Mongols de la Perse, p. 5îi , note; d'Ohsson, Voyage d'Ahoacl-Cassim, p* i48, lig). Sous l'année 5a 4 de Thégire (i i3o de J. C>), Ibn-Alathir mentionne des Turcs Karloughi, car c'est ainsi qu'il faut lire (Ajuiî^li), avec le manuscrit venu de Constantinople, au lieu de iU^jb, que porte lédiiion de M. Tornberg (t. XI, p. 54 , 55 . 56» 57), D'ailleurs Djmguiz-Khan ne porta pas ses armes dans le Gourdjistân ou Géorgie, Mais, LYiïpvc& Miikhond {Vie de Djengaiz-Kkcm, édilion Amédée Jaubert et Alphonse Belio, p. 17}, il faut substituer le nom du fabuleux Oghonz-Khan à cekii de Djenguiz-Khan. Le pays dans lequel ce prince avait fait une expédition était le (ihour (il faut lire ainsi au heu dej^, ghouz) et le GbardjistànK

A rarticle pl^ , tcham, il faut lire isyi*^ * sakiiy, et non ts^^-èi**» , sakiry. Il y a simplement omission d'un point» ainsi qu'on peut s'en convaincre en recourant à rarticle>fcjuw, sakiz (p. S/ig).

M. Pavet de Courteille a omis d'indiquer qu'un certain nombre des mots comprb dans son dictionnaire comme appartenant au turc oriental étaient d'origine arabe* Tels sont jU^ii?! , ikhliar (p, 1 o j ), \xm, saka , « canal d'irrigation n (p, 36 9), AAïlt», thakia , u espèce de coiffure 0 (p. 38a), j^j^, ghirâr, o sac n fp, 385)» J^\:>,daghil^ u trompeur, fourbe, vaurien »> (p«3i6). Le motcujfji^, boiiroai, k moustache, « n'est autre que le persan ^^^M et le terme ^Uo^L, baghillhah (p. iS^), est aussi un terme persan, sur lequel Et, Quatremère - et M, Dozy ^ ont donné des détails circonstanciés, auxquels M. P. de Courteille aurait pu renvoyer ses lecteurs. Quant au mot SjS'^ goure, u rhinocéros, » qui est indiqué comme persan, il a , dans cette dernière langue, un sens diiïerent, celui de loup. il aurait été a propos de faire remarquer que le mot pouché-câl ou pouchcâl,n saison des pluies , » (p. 1 58) est hindoustani d'origine , et que le mol balich, «somme d'argent)) (p. i54), appartient originairement à la

* Quatre lignes plus bas, on doit lire ^^^ l^cJ^^^*-^' ^R place de ç^^i 0 <\ J^^by. — * Hiitoh^ des sultans mamlouh, 1. 1", a* partie, p. 75 , 76, note. — ^ Dwtionnaire des noms des vêtements chez les Amhes , p, 8r84*

langue mongole ^ Le terme coutaoaal, coataoul (p. 463], n'est autre cliose que rhindouslani cotoaal^. Le mot J>, âl, qui signifie proprement vermeil, est traduit (p. ag) par cachet, sceau des rois turcs marqué en rouge sur les diplômes. Je suis fort tenté de croire que, dans ce sens, Tadjectif âl doit toujours être suivi du substantif tamgha, lequel, par contre, s emploie quelquefois isolément^. Sous le mot »JyJC^, ichékidè, «jujube,» le lecteur esl renvoyé à aCva», tchicQf qui est peut-être la vraie leçon. Mais le mol ichica manquanl complètement dans le Dictionnaire tark'Oriental, je suis fort tenté de le considérer comme une forme fautive de iJsx^, tchigda, qui signifie effectivement jujube et que Ton trouve à la page Soy.

Malgré les quelques imperfections de détail que nous avons du y signaler, el qu'il était bien difficile d'éviter dans un travail de cette nature, le premier sur la matière publié en Europe, le Dictionnaire de M. Pavet de Courleille est un important service rendu aux études turques. De plus, il ne sera pas inutile pour la lecture des écrivains persans postérieurs à l'époque de Djenguiz-Khan, puisque ces auteurs ont introduit dans leurs compositions un grand nombre de termes mongols ou djaghataîens, dont plusieurs manquent encore dans les dictionnaires persans les plus étendus. Ajoutons, en terminant, une nouvelle dont ne pourront manquer de se réjouir les amis de la littérature turque et de l'histoire orientale; ccst que le savant auteur, accomplissant une promesse faite dans sa préface et dont nous n'aurions osé espérer une si prompte exécution , publie en ce moment la traduction complète des Mémoires du sultan Baber*.

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