BELGIQUE
Liste chronologique det èdits el ordonnances des Pays-Bas autrichiens de t75i à H96. Première partie. 1761-1780. Bruxelles, imprimerie de Devroye, i853, in-8* de xiv 455 pages. — Cet ouvrage a été préparé par les soins de la commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances de Belgique. Un dernier volume comprendra la liste des édita de 1780 a 1794.
TABLE
De la découverte de la circulation du sang (2* et dernier article de M. Plourens) . . 1 03
Rig-Védaou Livre des Hymnes, traduit en français par M. Langlois, etc. (7* et
dernier article de M. Barthélémy Saint-Hilaire.) 903
Kiamen d'écrits concernant la baguette divinatoire, le pendule dit explorateur, et
les table, tournantes, etc. (6* article de M. Chevreut) v 316
Franc. Carellii numorum Italia veteris tabulas ce 11 edidit Coelest. Cavedonius, etc.
(2* article de M. Raoul -Rochette. ) 931
Nouvelles littéraires. 249
rtN OR Li TABI.».
JOURNAL
Les six femmes de IIexbi VIII, scènes historiques, par M. Empis, de l'Académie française. Paris, imprimerie de Ch. Lahure, librairie d'Artus Bertrand, 1 854 . a vol. in-8° de 5o4 et 479 pages.
L'histoire expose les faits et elle les explique-, mais, d'une part, à coté des personnages principaux, elle ne peut faire mouvoir, dans ses i< ritl la foule des acteurs secondaires; d'autre part, si elle peint les mœurs, les passions, les caractères, ce ne peut être, le plus souvent, qu'à grands traits, sans s'arrêter aux menus détails de la vie sociale, sans se rroire permis de retrouver, par l'imagination, la suite des sentiments, des idées, des paroles, qui ont préparé et produit ce qu'elle raconte. Le drame est moins gêné à ces divers égards; et. toutefois, il est soumis, même sur les scènes les plus libres, à de telles conditions d'unité et de mouvement, que ce qui échappe aux tableaux de l'histoire M trouverait pas encore dans les siens une place suffisante. De lu une sorte de genre intermédiaire, supplément de l'un et de l'autre, que les anciens n'ont point connu, et auquel, chez les modernes, Shaksprai. a ouvert de loin la voie par ce que l'on appelle ses histoires. Sans doute ces scènes sans nombre, remplies du spectacle complexe et changeant des révolutions de l'Angleterre depuis la mort de Jean-sairS-Tcrre jusqu'à la naissance d'Elisabeth, ces scènes dont, parmi tant d'émotioiM mêlées, et tragiques et comiques, un tel spectacle reste l'intérêt principal, n'ont pas laissé d'être portées d'abord sur le théâtre, aux applau-
disseineots d'un public touché de ses souvenirs nationaux; mais, si l'on excepte celles dont l'ensemble plus lié, plus distinct, forme, sous le titre de Richard HT, une véritable tragédie, elles sont devenues depuis longtemps un drame sans représentation, qui ne se joue plus que dans l'esprit des lecteurs. C'est aux lecteurs désormais que s'adressent ces prologues1 par lesquels le poète, se défiant de ses ressources scéniques , faisait appel à l'imagination des spectateurs.
Il est remarquable qu'au dernier siècle, vers 17^7, un de nos bons historiens, le président Hénault, ait conclu précisément de cette lecture, nous le savons par lui-même, qu'on pouvait utilement et aver intérêt prêter aux notions de l'histoire le relief des formes dramatiques, ce que lui-même eut la confiance d'essayer aussitôt dans son François //*. F/idée était nouvelle, assurément, et la tentative hardie, ii une époque où les limites des genres, sévèrement définies, n'avaient pas cessé d'être respectées, où les entreprises d'esprits aventureux pour les déplacer quelque peu, les confondre en quelque chose, bien accueillies à l'étranger, rencontraient chex nous plus de surprise que d'approbation et d'encouragement. L'imagination libre, la verve audacieuse de Diderot n'eussent pas été de trop pour faire accepter alors une histoire dialoguée . un drame sans autres unités que la lutte de deux partis politiques, la durée d'un règne, l'étendue d'un royaume, des personnages de tragédie s' exprimant simplement en prose. Mais le président Hénault, habile à condenser dans des formules précises les résultats de doctes enquêtes historiques, était impuissant à faire revivre dans des images animées les choses et les hommes du temps passé : il ne l'eût pu par le récit; il ne le pouvait pas davantage par le dialogue ; cette forme , appliquée à un chapitre de V Abrégé chronobgiqae, n'en changeait pas la nature; c'était encore un résumé dont l'exactitude scrupuleuse n'était que trop attestée par des renvois marginaux aux autorités et aux sources, par des notes, ou courantes, ou finales*, sur certains points contestés, difficiles, obscurs, un résumé d'ailleurs complètement dépourvu de ce mouvement , de cette chaleur, de cette vie qui constituent le drame. En outre, nulle nouveauté véritable dans ce Nouveau Théâtre Français, c'était le second titre de la pièce, qui procédait bien plus des traditions consacrées de notre tragédie que des libertés de Shakspeare : des faits toujours en récits mêlés de commentaires, et dont aucun n'était amené jusque sur la scène; des conversations sans autres interlocuteurs que
1 Voyez, te prologue de Henri V. — * La première édition de cet ouvrage est de 1767; la seconde, augmentée de notes curieuses et instructives, de 1768. 11 a été compris, en 1770, dans le recueil des Pièces de théâtre en vert et en prote de l'auteur.
quelques personnages principaux; nulle place réservée aux représentants des diverses classes de la société intéressés dans les événements; enfin un langage sans passion, cérémonieux, officiel, le même pour tous : ainsi conçu, le François II n'était pas de nature à établir le genre aperçu par l'auteur, et dont il avait, dans une préface bien supérieure et d'ailleurs bien peu conforme à l'ouvrage, judicieusement trace la poétique.
Et la préface et l'ouvrage étaient depuis bien longtemps oublies, lorsqu'en 1 818, un homme d'État, qui avait toujours mêle aux a flaires la culture des lettres, et que son goût pour les études, les recherches historiques avait conduit à des idées ingénieusement paradoxales sur certains faits, restés obscurs, de nos annales, sur le développement de nos institutions, sur les vicissitudes morales de la société française, M. Rœderer, publia, à Paris, un ouvrage de formes dramatiques, où la querelle des Bourguignons et des Armagnacs, sous Chales VI , servait de cadre à une amusante révolution de palais, et surtout au type , spirituellement exprimé dans un personnage subalterne , de la versatilité politique. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, ne fut pas aussi remarqué qu'il méritait de l'être, quand ce n'eût été que par ce titre : Le marguillier de Saint-Eustatlœ, comédie en trois actes et en prose, poar faire suite au Nouveau théâtre français du président Hénaalt. Déjà , en 1816, le continuateur anonyme du président Hénault avait fait paraître , à Bruxelles, je crois, deux ouvrages de même sorte, sinon tout à fait de même valeur, Le fouet de nos pères, ou l'éducation de Louis XII en 1U69, comédie en trois actes; Le diamant de Charles-Quint, comédie en un acte. En 1837 et i83o, dans des volumes1 aux trois-quarts remplis d'intéressantes dissertations historiques , il y joignit trois autres ouvrages, plus voisins de nous par le sujet, et appartenant, quant à la forme, plus véritablement, à un genre qu'il ne faut pas confondre avec celui dont M. Rœderer ne s'était pas, jusqu'ici, fort écarté et où il n'était certainement pas sans prédécesseurs, témoin, par exemple, La partie de chasse de Henri IV de Collé, et le Pinto de Lemercier; je veux dire la comédie historique ou aneedotique. Celleci ne diffère guère de la comédie proprement dite que par un point de départ pris dans un (ait réel , et par l'emploi de personnages connus au lieu de personnages fictifs. Le genre abordé enfin plus franchement par M. Rœderer a la prétention d'être l'histoire elle-même, exposée,
' Théâtre historique. 3 vol. in-8*; imprimerie de Lachevardièf e , librairie de Hector Bossange.
racontée , pourainsi dire, le plus dramatiquement possible, parle dialogue. Qu'il l'ait ainsi compris c'est ce dont témoignent les titres mêmes de deux au moins de ses compositions nouvelles , titres qu'il est encore à propos de transcrire : La proscription de la Saint-Barthélemy, fragment d'histoire dialogué en cinq actes et en prose; Le budget de Henri III oa Les états de Blois, comédie historique (également en cinq actes et en prose); La mort de Henri IV, fragment ^histoire dialogué, divisé en journées et les journées en scènes. M. Rœderer eût pu arriver de lui-même, et de bonne heure, à ce genre, lui qui, en 1809, avait rendu, d'après nature, le caractère et les allures d'un des plus brillants généraux de l'Empire , du général Lasalle , dans des espèces de scènes, que nous a récemment fait connaître, par une citation piquante et de judicieux éloges, un de nos plus célèbres critiques 1 . 11 y arriva assez tardivement et par une voie indirecte, sur la trace incertaine du président Hénault, dont il avait le tort de trop estimer, on le verrait par ses ouvrages, si on ne l'apprenait par ses préfaces, le glacial François II, et cela, même en 1897, en présence de scènes bien plus vives , et par là plus vraies , dont nous aurons tout à l'heure à parler, de celles qui commencèrent la réputation de M. Vitet. C'est malheureusement au premier qu'il ressemble dans son théâtre historique. Ce qu'il emprunte aux histoires, aux mémoires, ce qu'il eu transcrit même, ayant grand soin d'en avertir, n'est point animé de cette vie dramatique que l'art doit communiquer à la réalité. Il en est de ces froides réminiscences du passé comme de ces portraits mortuaires que moule le plâtre sur les traits d'un visage glacé, 00 même de ceux dont, par l'action de la lumière, le métal ou le papier reçoivent en un moment l'empreinte, figée, pour ainsi dire, dans ce court passage.
Il y a, pour les nouveautés littéraires , comme pour toutes les autres, un point de maturité qui s'annonce par des essais de même nature , tentés vers la même époque, isolément, spontanément. M. Vitet, qui n'a connu , il l'a dit lui-même, le Nouveau théâtre français du président Hénault et par conséquent celui de M. Rœderer qu'après avoir commencé le sien . ne connaissait probablement pas davantage celui qu'avait public, en i8ao, M. de Gain-Montaignac*. Dans les pièces dont se compose ce recueil , et particulièrement dans le Charles I, dans le Charles-Quint à Saint-Just, se rencontrait déjà, sans qu'on y fît grande attention, quelque chose de ce qu'il devait bientôt faire agréer au
1 M. Sainte-Beuve, Cauteriet du lundi, t. VIII, Appendice aux articles sur Rœderer, p. kib et suiv. — 1 Théâtre, par le comte J. H. de Gain-Montaignac, gouverneur du château royal de Pau, 1 vol. in-8'; Paris, librairie de Potey.
public. Ces drames , que distinguait un sentiment assez vif de la vérité morale et de la réalité historique, une assez grande habileté à les mettre en relief, ne restèrent pas toutefois complètement inaperçus. Un écrivain d'un rare esprit, M. Charles de Rémusat, les séparant de la foule des nouveautés vulgaires, en fit le sujet d'articles1 curieux à relire aujourd'hui, où perçaient, sous la discrétion de son spirituel et élégant langage, de hardies prévisions. Ces compositions, qui dérogeaient assez heureusement à nos haditudes dramatiques , y furent présentées par lui comme l'indice d'un changement prêt à s'opérer dans noire manière de sentir et de peindre, dans nos besoins intellectuels, notre goût, notre poétique.
Mais il est temps d'en venir, dans cette revue préliminaire, à M. Vitct, qui, conduit à la même idée que ses devanciers par des réflexions pareilles , la fit prévaloir dans des circonstances plus favorables, par des efforts plus efficaces. L'histoire, vers laquelle s'était portée surtout l'activité des esprits, se renouvelait de diverses manières, et, en particulier, par la vérité jusque-là trop négligée des mœurs. En même temps cette vérité se retirait de plus en plus de l'art dramatique, et par la persistance obstinée de conventions vieillies, et déjà par l'invasion violente de conventions nouvelles que la répétition sans fin des mêmes moyens, des mêmes effets, condamnait elle-même à une vieillesse prochaine. L'intérêt du public était acquis d'avance au livre remarquable où un jeune écrivain, curieux des documents originaux de notre histoire , capable de pénétrer en philosophe le sens des laits, d'en saisir en artiste la forme extérieure, reproduisit avec leur variété, leur vérité, leur mouvement tumultueux, les scènes de la Ligue, les groupant, comme dans une trilogie, autour de trois sujets principaux, Les barricades, Les états de Biais, La mort de Henri ///*.
Parmi les ouvrages de même genre qu'a suscités l'beureux exemple donné par M. Vitet, le plus considérable à tous égards, par les dimensions et le mérite de la composition , est le drame dont la longue histoire des mariages de Henri VIII vient de fournir le sujet à M. Empis.
Dans ces productions, moitié historiques, moitié dramatiques, la proportion du mélange doit varier selon que le point de départ de l'auteur,
1 Voyei le Lycée français, i8ao, t. V, p. 1 1 , ao5 el suiv. — * Les barricada ont paru en 1836, Les états de Blois en 1827, La mort de Henri III en i8ag. Les Iroit pièces ont été, plus lard, réunies sous le litre de : La Ligue, scènes kistoriqmes. L'édition la plus récente de cet ouvrage est, je crois, celle de 1867; imprimerie de Bélhune t\ Pion, librairie de Ch. Gosselin, cl. plu» tard, de Ad. Delahays, a vol. in-ia.
pour arriver à son œuvre , a été plus particulièrement ou l'histoire ou le théâtre. Cela est sensible chez M. Vitet et M. Empis, et établit, entre leurs scènes, malgré la communauté du genre, les rapports du talent et du succès, une différence assez frappante.
M. Vitet a lui-même expliqué, par une spirituelle et élégante introduction, comment, étudiant le xvi* siècle, non-seulement dans se» longues histoires et ses volumineux mémoires , mais dans la multitude des menus écrits où s'exprimaient au jour le jour les passions des calvinistes, des catholiques, des politiques; comment, recherchant de préférence les éditions premières qui, par les formes même de la publication, ont gardé comme une empreinte de la physionomie du temps, il en était venu à évoquer les souvenirs de la Ligue, à leur prêter un corps et un visage, à les faire revivre par l'action et par la parole, mais d'une vie le plus conforme possible à la réalité, sans y introduire une suite, un ensemble, une progression d'intérêt plus marqués; bien au contraire iivec quelque chose de l'apparence fortuite, diverse, confuse, du modèle. Assez longtemps après, en 18/19, revenant au genre dont il avait été l'heureux introducteur, reprenant, heureusement aussi, le sujet autrefois manqué par le président Hénault , M. Vitet distribua en cinq actes les scènes plus étroitement liées de ses États d'Orléans1. Dans une fable plus limitée quant au temps, quant au lieu, quant au nombre des personnages, où l'intérêt était tout à la fois moins dispersé et plus gradué, il fit sortir, par une péripétie frappante, du dernier conflit des princes lorrains et des princes du sang auprès du lit de mort de François II, l'avènement politique de Catherine de Médicis. ménageant, à côté de son personnage principal, une place secondaire pour une autre figure de femme discrètement et habilement restaurée : celle de cette jeune Marie dont l'histoire et la poésie , qui se sont tant occupées de ses fautes et de ses malheurs a d'autres époques de sa vie, ont presque oublié le court passage sur le trône de France. Une telle conception, de tels effets, appartenaient à un nouveau système, et l'auteur en avait, comme du premier, pleine conscience. Lui-même prit encore le soin de faire remarquer à ses lecteurs, comme il en avait acquis le droit, qu'il s'était ici plus rapproché des conditions ordinaires da théâtre.
C'était d'après ces conditions, précisément, que M. Empis était accoutumé, de longue date, à régler ses compositions, remarquables surtout par la structure habile du plan , la conduite des caractères , le mouvement, l'intérêt9. Transportant le drame de la scène dans un livre,
1 Imprimerie de Gerdès, librairie de Michel Lévy, 1 vol. in-ia. — * Deux
il oe pouvait manquer de lui conserver, dans cette autre carrière, quelle qu'en fût 1 étendue, et malgré la nécessité de s'y accommoder au pas de l'histoire, ses allures dramatiques. Le sujet était bien vaste et dune grande complication : toute cette seconde moitié de Ja vie de Henri Mil. dans laquelle se développe , avec l'étrange emportement de ses passions brutales, le progrès de sa tyrannie; une succession iuouîc de tragédies domestiques, liées parleurs conséquences à une révolution dans la religion du pays, au changement de ses rapports iivec les puissances étrangères, et, plus tard, à des querelles sanglantes pour la succession au trône, au profond antagonisme de trois règnes successifs; que de faits, que de personnages à introduire dans l'action ! De combien de fils divers devait se former ce tissu à la trame mêlée , aux couleurs changeantes , où l'auteur, cet éloge lui est dù. a su maintenir constamment la clarté, l'unité du dessin !
Dès le début, il rassemble autour d« Catherine d'Aragon, dont se prépare le divorce, celles que les disirs ardents et inquiets de son époux désignent d'avance pour la remplacer dans la couche royale, et chez lesquelles il se plait lui-même à éveiller vaguement cette espérance , Anne Boleyn, Jeanne Seymour, Catherine Howard . Catherine Parr. Pour Anne de Clèves. l'image de cette princesse, reproduite en traits séduisants par le pinceau d'Llolhein, commence dès lors d'obséder son imagination et ses sens. On pressent, on prévoit tous ces règnes rapides qu'on va voir bientôt se succéder au gré de caprices tyranniques, et qu'un art ingénieux, sinspirant et des données historiques et des vraisemblances morale>. a su rattacher les uns aux autres par plus d'un lien assez étroitement serré : c'est d'abord cette inconstance même qui place toujours en regard de l'objet d'une passion à moitié assouvie, l'objet en même temps poursuivi d'une passion nouvelle ; c'est le zèle officieux d'agents, toujours les mêmes, dont cette inconstance ne réclame jamais en vain les honteux et cruels services-, c'est la complicité ou l'opposition de certains représentants des grandes maisons de l'Angleterre, de son ancien, de son nouveau culte, constamment intéressés dans ces changements:
d'entre elles, qui ouvrent .«on Théâtre (Paris, imprimerie de H. Fournicr, librairie de Tresse, 18/40, a vol. in-8"), et qui remontent aux années i8a4 et 1827, ne sont pat sans, analogie , quant au sujet et au genre, avec le présent ouvrepe Dans Bothwell, drame historique en cinq actes et en prou, M. Empis a retracé une des plus terribles péripéties .de la vie de Marie Stuart; daos Lambert Simnel ou le mannequin politique , comédie en cinq actes et en prose , l'histoire du règne de Henri VII ne lui n frxirni que le titre et l'occasion de son ouvrage, tableau comique d'une ville de province un jour de révolution.
c'est la iâcbe adhésion que ne cessent de leur donner les pouvoirs publics , le stupide ébahissement du peuple, qui y assiste, sans jamais s'en lasser et presque sans s'en indigner, comme à un spectacle; c'est, à certains moments, l'intervention des puissances étrangères, des Etats protestants de l'Allemagne, de l'Empire, de Rome, par leurs ambassadeurs; c'est enfin le désordre légué à l'avenir par le déplacement sans fin de la légitimité, par la transformation violente de la foi religieuse, et déjà s'annonçant, déjà commençant dans des rôles d'enfants, qui ne sont pas les moindres acteurs de ce drame multiple , les règnes , ou essais de règne, d'Édouard VI, de Jeanne Gray, de Marie, d'Elisabeth. J'indique d'une manière générale de très-nombreuses combinaisons auxquelles ne suffirait pas l'analyse, combinaisons qui tendent toutes au même but, la poursuite très-laborieuse, en pareil sujet, de l'unité, et qui toutes attestent un talent de composition formé par la longue expérience , par la pratique heureuse du théâtre.
Peut-être même ce caractère, essentiellement dramatique, est-il parfois trop apparent ; peut-être , dans une œuvre qui devait leur rester commune, est-il arrivé au drame d'attenter aux droits de l'histoire par le rapprochement, fort théâtral, mais quelque peu arbritraire, de choses qui, dans la réalité, avaient été plus séparées?
Ce sont, on ne peut le nier, des scènes très-frappantes que celles qui rassemblent en un seul et même tableau le renvoi de Catherine d'Aragon et le couronnement d'Anne Boleyn, avec la révolution religieuse mêlée à ce changement. En présence du roi qui, alléguant hypocritement de futiles scrupules, réclame l'annulation d'une union de vingt années, siègent, en grand appareil, le cardinal d'York , Wolsey et le cardinal Campcggio, légats du pape Clément VII, chargés par lui de juger ce grand procès. Comme ils hésitent devant les nobles et touchantes protestations de la reine, surviennent les ducs de Sullblk et de Norfolk, insistant, au nom des grands du royaume, pour une prompte décision, avec violence, avec menace, mais sans succès. La commission des légats est révoquée , l'appel de la reine au Saint-Siège est accepté , d'après des instructions secrètes, par Campeggio. Wolsey, qui se sent ébranlé dans la faveur du roi par le tour inattendu que vient de prendre l'affaire dont il avait été le premier promoteur, se hâte de reprocher à la reine d'accueillir les applaudissements qui éclatent dans l'auditoire, et d'annoncer qu'elle pourra encourir une accusation de trahison devant le conseil d'État. Mais son zèle a été en cela plus loin qu'il ne convenait au inaitre. Henri saisit ce moment pour faire éclater la disgrâce, depuis quelque temps arrêtée par lui, du tout-puissant ministre.
Cependant Cranmer, le nouvel archevêque de Cantorbéry, vient déclarer au nom de l'Église d'Angleterre qu'elle a rompu ses liens avec Rome et ne reconnaît plus d'autre chef que le roi lui-même. En même temps , une députation du parlement fait connaître que ce corps a , par un arrêt, conforme aux dispositions reçues par les légats, aux décisions des théologiens, frappé de nullité le mariage du roi. Couvrant sa basse complaisance du masque de la liberté apostolique , Cranmer somme le monarque de mettre fin au scandale d'une union illicite, et celui-ci, se soumettant, avec une feinte humilité, produit à l'instant, revêtue du manteau royal et couronnée de ses mains, l'épouse qu'il s'est choisie, en présence même de Catherine et de sa fille Marie , désespérées et indignées. Alors le représentant du Saint-Siège , Campeggio , proclame adultère le mariage qu'on vient de déclarer, excommunie le roi, et met le royaume en interdit. Voilà, en quelques instants, bien des péripéties, des coups de théâtre; plus, assurément, que n'en a oflérl le cours réel, bien rapide pourtant et bien extraordinaire, des événements. Ce n'est pas trop pour le drame, mais c'est peut-être trop pour lhistoire, et ici parait la difficulté, et même le vice du genre, auquel il n'est pas toujours possible de se ménager entre des obligations contradictoires , de concilier l'intérêt et l'exacte vérité.
Autre exemple : quand , dans la tour de Londres, Anne Boleyn attend son arrêt et son supplice , dans un appartement de cette même tour qui reçoit les reines d'Angleterre la veille de leur couronnement, se font les apprêts du mariage de Jeanne Seymour. Une musique joyeuse alterne avec les chants funèbres, avec le glas lugubre des cloches, avec le bruit de l'échafaud que l'on construit el du sépulcre que l'on creuse : des pages portant dans des corbeilles de riches présents de noce se croisent avec les fossoyeurs armés de leurs bêches; c'est à l'heure même où tombera la tête de l'épouse proscrite que Henri , qui déjà , dans le jardin de White-Hall, tient dans sa main la main de l'épouse nouvelle, donnera à la pompe nuptiale le signal du départ. Ces dispositions sont d'un grand effet; mais l'arrangement ne s'y laisse-t-il pas trop apercevoir ? L'histoire raconte avec indignation que, le lendemain même de l'exécution d'Anne Boleyn, Henri VIII épousa Jeanne Seymour. Elle pourrait ici se plaindre que le drame, son collaborateur, poussant à bout le contraste et avec lui l'émotion tragique, n'attende pas ce lendemain.
C'est aussi aux habitudes de la scène, trop fidèlement conservées dans une œuvre qui pouvait en partie s'en affranchir, qu'on doit attribuer le retour, selon moi, bien fréquent, l'intention bien marquée, de certains
personnages, assez visiblement chargés d'exprimer, on l'indifférente curiosité de la foule, son imperturbable admiration pour la puissance et te succès, ou la complaisance servile jusqu'à la férocité des courtisans. Ce qui peut manquer à ces figures , ce n'est pas précisément la vérité , mais une touche plus discrète. Maître Nicolas Brands représente bien le spectateur de profession, dont La Bruyère1 a tracé un si plaisant portrait. Mais, à force de se montrer à point nommé partout où il y a quelque chose à voir et d'avertir bruyamment de sa présence inévitable, il risque de devenir importun. J'adresserais un reproche analogue au comte de Wriothesley. Son égoîsme, son insensibilité , son dévouement sans scrupule et sans réserve aux désirs à peine connus , à peine prévus , d'une puissance tyrannique, son ardeur à perdre les misérables, ne sont pas ce qui doit étonner chex le courtisan d'un tel prince. Mais peut-être fait-il trop parade de sentiments que les plus méchants ne se soucient pas de laisser pénétrer aux autres, et qu'ils ne s'avouent pas toujours à eux-mêmes ? Je trouve plus naturel ce Cromweli, qui, tout en servant avec grand zèle l'oppresseur, sait se foire honneur, même auprès de lui, d'un reste d'attachement pour les opprimés; qui fait mine de défendre son patron Wolsey dont il va recueillir la dépouille; qui semble empressé de consoler au dernier moment et d'assister de ses conseils, donnés surtout dans l'intérêt du roi, Anne Boleyn, que l'ambitieux travaillait naguère à élever pour s'élever lui-même, et qu'il peut maintenant, toutes convenances gardées, abandonner à son destin.
Un des principaux mérites de' cette œuvre dramatique c'est que les caractères y sont, tout ensemble, et très-divers et fort bien soutenus. Il en résulte, dans le drame lui-même, avec plus de variété, plus de cette unité que nous nous sommes attaché à faire ressortir par notre analyse. Pour nous borner, parmi tant de personnages, à ceux sur lesquels le titre attire particulièrement l'attention, une revue de six reines qui, par des causes analogues, se succèdent sur un même trône, pourrait offrir quelque monotonie, si les traits distincts dont est marquée la physionomie de chacune d'elles, ne renouvelaient sans cesse la situation. D'autre part, il y aurait là pour le moins six actions particulières, si la perpétuité d'un principal acteur, du tyran dont elles développent l'étrange et monstrueuse individualité, ne les reliait à un sujet plus général. Des habiles combinaisons dont on peut apercevoir la trace dans la composition de M. Empis, celle-ci a été assurément la plus forte et la plus décisive.
1 Caractères, c. vu. De la ville
Il a reçu de Shakapeare , niais , c'est une grande louange , sans le faire déchoir, en le continuant, de sa sereine beauté, le rôle de Catherine d'Aragon , cette femme dont rien n'a pu lasser la patience, l'affection conjugale , que ses douces vertus , auxquelles celui même qui la repousse est forcé de rendre hommage , que sa dignité modeste , que sa fermeté paisible, élèvent bien au-dessus de l'outrage d'une répudiation, qui sort du trône sans cesser d'être reine.
Quant au rôle d'Anne Boleyn, à peine esquissé par le grand poète anglais, il lui appartient complètement et il lui fait grand honneur. Les desseins profonds, suivis, les entreprises hardies d'une Ame ambi tieuse, s'y cachent sous des grâces familières et enjouées, qui servent elles-mêmes à la victoire, et, plus tard, au temps des revers, seront encore une arme redoutable contre l'insolence de nouveaux vainqueurs. A la plus haute fortune, atteinte par des voies coupables, succèdent tout à coup, comme une expiation, l'abaissement le plus profond, la catastrophe la plus affreuse. Mais la constance , la fierté de la victime que va frapper une mort imméritée , deviennent comme sa vraie*couronne : La iille-de Catherine d'Aragon , Marie , la salue respectueusement du nom de reine; et elle, soin touchant, s'oubliant elle-même, emploie ses moments suprêmes à sauver par de pressantes exhortations, d'instantes prières, sa jeune amie Catherine Howard, de l'attrait meurtrier de cette faveur royale qu'elle payera tout à l'heure d'un prix si cruel.
Vains efforts! la place de Catherine Howard est marquée d'avance au trône et sur l'échafaud d'Anne Boleyn. Tandis que la gracieuse et bonne Jeanne Seymour est portée par les intrigues de sa famille, plus que par sa propre volonté, à un rang aux dangers duquel elle échappe presque aussitôt par l'opportunité de sa mort; tandis que Anne de Clèves, mettant à profit le mécompte et la répugnance de celui qui l'a choisie sur le seul bruit de sa beauté, se conserve adroitement à celui dont elle est aimée et qu'elle aime, Catherine Howard, par ses agréments, sa coquetterie, par les légèretés, les témérités de sa conduite, préparc à la fois son élévation et sa chute. On a pu de bonne heure prévoir l'une et l'autre à la lecture d'une scène très-hardie et très-bien faite1, trop longue pour le théâtre, mais dont un livre peut souffrir les développements, nécessaires d'ailleurs à la négociation plus que délicate qui en est le sujet. Catherine Howard, cette enfant d'une corruption et d'une audace précoces, ne s'y propose rien de moins que d'amener un amant impétueux et jaloux à l'idée d'un partage utile avec le royal époux qu'elle espère.
' Tableou V, se. a, 1. 1. p. a36 et $uiy.
Dès l'origine, cet époux lui a été sourdement disputé par une rivale redoutable, aussi belle, aussi spirituelle . mais de mœurs plus réglées, et, sauf quelque étalage indiscret de science tbéologique et de zèle religieux, dfl conduite plus prudente, plus circonspecte, en qui enfin les courtisans, et confusément le roi lui-même, ont tout d'abord démêlé son héritière présomptive. Catherine Pair ajoute en effet un nom de plus à cette liste de reines, et peu s'en faut qu'elle n'ajoute aussi à leur histoire une dernière tragédie. Elle a besoin de tout son sang-froid, de toute sa dextérité, de l'assistance des amis dévoués qu'elle s'est faits, pour éviter d'être envoyée au bûcher par un roi inquisiteur dont ses opinions luthériennes ont ému la redoutable orthodoxie, en même temps que, par ses prétentions au talent de la controverse, elle blessait la vanité du théologien. Le danger cette fois écarté peut se reproduire par les intrigues des mêmes adversaires qui l'ont fait naître et de la part d'un voluptueux aux passions mobiles, à qui tout prétexte est bon pour écarter violemment ce qui les gêne. Déjà, depuis quelque temps, il commence à penser qu'il s'est bien hâté de renoncer à la possession d Anne de Clèvcs; il remarque avec regret qu'elle ressemble chaque jour davanîa^e ,i ce portrait d'Holbcin qui l'avait séduit, qu'elle montre davantage aussi ces talents et ces grâces de l'esprit que lui attribuait la renommée. Un tel retour, auquel la vanité féminine de la princesse n'est point insensible , pourrait devenir un grave obstacle a l'accomplissement de ses vœux les plus chers, et, exploité par certains partis politiques et religieux, mettre en péril les jours de la reine son amie, si l'une et l'autre , et avec elles ceux que de tendres espérances lient à leur fortune et toute une cour divisée et tremblante, n'étaient enfin tirés d'une pénible anxiété par la mort ardemment souhaitée du tyran.
Henri VIII était un personnage encore à peindre. Celui de Chénier se produit en traits trop communs et trop vagues , dans une tragédie d'ailleurs élégante, où quelques passages touchants des rôles d'Anne Boleyn et de sa jeune fille Elisabeth ont pu, pour des peintures analogues, inspirer heureusement M. Enipis. Celui de Sliakspcare n'est pas plus caractérisé, et il ne pouvait pas l'être. Comment, dans une pièce laite pour Elisabeth, le poète eût-il pu donner un pendant à ce Richard III, qui a été, je le pense aussi, une des inspirations de notre auteur? Il semble l'avouer indirectement lorsque, dans une scène ingénieuse, montrant Henri VIII qui s'inquiète des jugements de l'histoire, il le fait ainsi parler':
1 Tableau V, se. VOS, t. I. p. 3o8, 309.
• Vous verrez qu'on me rendra responsable de la mort de Fisher! . .de la mort de Morus! Par saint Georges ces gens-ci me feront passer pour un tyran. . .pour uo Néron. . .ah! quand je vois comment Richard III, commentée pauvre Glocester est déjà jugé de nos jours ! . . . •
M. Empis n'est pas resté au-dessous de la tâche difficile qu'il s'imposait lorsqu'il entreprenait d'exprimer au vrai cette affreuse et bizarre figure de Henri VIII. Il a véritablement réussi à marquer de traits vifs et saisissants, avec une énergie hardiment familière, ses ardeurs sensuelles que les années attisent sans cesse, l'inconstance emportée de ses affections et de ses haines excitées tour à tour par les mômes objets, l'intraitable, l'invincible obstination de ses caprices amoureux et de ses fureurs despotiques, sa double soif de voluptés et d'actes sanglants , son insatiable cupidité , l'hypocrisie de son langage, habile à contrefaire, au profit de ses animosités, de ses violences, de ses attentats aux lois humaines, aux lois divines, et dans la crise même d'atroces tragédies, l'accent de l'amitié, de la tendresse, le respect de la justice, les scrupules craintifs d'une âme religieuse. Il a su même, en dépit de tout ce qui révolte et repousse cbei un tel personnage, lui conserver, en certains moments, un art de séduction, une puissance de fascination, qu'il s'est chargé lui-même d'expliquer, cl qu'on ne peut mieux faire connaître qu'en citant son explication. Dans une belle scène ', qui a déjà été rappelée, Catherine Howard se révoltant ù la seule idée qu'elle puisse un jour devenir la femme de l'assassin d'Anne Boleyn, celle-ci lui répond :
« Mois, moi aussi, Catherine, ce fut avec effroi que je ('écoulai, lorsque, au milieu de cette fête, il me parla de son amour! . . .N'en doute pas, lorJ Piercy m'était cher : j'avais de l'attachement pour Catherine d'Aragon-, je m'indignai* à l'idée d'être U cause, même involontaire, des chagrins dont on abreuvait celte malheureuse reine!. . .El cependant je fus amenée à voir l'époux de Catherine d'uu autro œil; insensiblement mon cœur vint à lui!. . . L'ambition m'attira sans doute, et bientôt, j'en conviens, je convoitai ardemment la couronne; mais ce ne fut point l'appât seul du trône qui m'entraîna. Si j'aimai le roi ! . . .cet aveu, dont peut être je devrais rougir,. . .songe dans quel moment il esl fait!. . .si je l'aimai! . . .et croismoi, ce fut sincèrement, c'est qu'il sot se rendre maître de mon cœur!. . .Soit qu il eût réellement de l'amour, soit que sa vanité jalouse se fil une gloire de l'emporter sur lord Piercy, il n'est pas de séductions qu'il n'ait employées pour me fasciner!. . .supplications, larmes, serments, tout servit à m'égarert. . .Dans le transport de sa passion , dont il se plaît à s'enivrer, durant celte lièvre de téle , loul ce qui sort de ses lèvres touche et persuade, tant il affecte de franchise et de loyauté! L'énergie de sa volonté, son mépris de l'opinion des hommes, cette audace à défier
1 Tableau VII, se. xni, 1. 1, p. 4<k.
tous les périls, étonnent, exaltent l'imagination!. . .son regard, sa voix, ses pleurs, ont un charme irrésistible, et, malgré qu'on en ait, ce tigre se fait aimer!. . .
Une dernière remarque à faire sur un rôle mêlé d'éléments si divers, c'est que le comique même n'y manque pas. Ce mari terrible est en même temps quelquefois, par le contraste de sa vieillesse alourdie et infirme avec son langage plus que passionné, par sa foi trop facile à la réalité de ses succès galants, un amant ridicule. L'horreur se dissipe par moments , et laisse place au sourire , quand , par une autre sorte d'illusion , cet insupportable tyran a la bonhomie de se croire l'idole de son peuple; quand ses passions effrénées , ses pensées d'oppression, de rapine et de meurtre, lui laissent le loisir d'admirer en lui-même et de vouloir faire admirer aux autres le profond théologien, et, comme Néron, auquel il ne veut pas être comparé, l'excellent musicien.
Dans ce personnage, curieusement étudié et fortement rendu, se concentre le double intérêt d'une production qui se recommande , on l'a pu voir, aux suflrages et des amis de l'histoire et de ceux de l'art dramatique.