‹ Journal des savantsChapitre 27 sur 66 · C. APPLICATION DO PRINCIPE 00 PENDULE EXPLORATEUR AO SIMPLE MOOVEMENT · texte numérisé non relu

C. APPLICATION DO PRINCIPE 00 PENDULE EXPLORATEUR AO SIMPLE MOOVEMENT

DE LA SACCETTE.

A une époque où nous ne connaissions pas les écrits sur la baguette

divinatoire, dont l'analyse a été l'objet de la 1™ partie de ces articles,

nous disions dans la lettre de 1 833 de la Revue des deux mondes .

« C'est en cela que les phénomènes que j'ai décrits me semblent être de quelque iotérét pour U psychologie et même pour l'histoire des sciences ; ils prouvent combien il est facile de prendre des illusions pour des réalités , toutes les fois que nous nous occupons d'un phénomène où nos organes ont quelque part, et cela dans des circonstances qui n'ont pas été analysées suffisamment. En effet, que je me fusse borné à faire osciller le pendule au-dessus de certains corps, et aux expériences où ses oscillations furent arrélées, quand on interposa du verre, de la résine, etc., entre le pendule et les corps qui semblaient en déterminer le mouvement, et certainement je n'aurais point eu de raison pour ne pas croire. À la baguette divinatoire et à autre chose du même genre. Maintenant on concevra sans' peine comment des homme* de très-bonne foi, et éclairés d'ailleurs, sont quelquefois portés à recourir à des idées tout à fait chimériques pour expliquer des phénomènes qui ne sortent pas réellement du monde physique que nous connaissons1.

Ce rapprochement des phénomènes du pendule explorateur avec

1 Note de la lettre, t Je conçois très-bien qu'un homme de bonne foi, dont l'ai-

• ten lion tout entière est Gxée sur le mouvement qu'une baguette qu'il lient en ses ■ mains peut prendre par une cause qui lui est inconnue, pourra recevoir de la « moindre circonstance ta tendance au mouvement nécessaire pour amener la manifestation du phénomène qui l'occupe; par exemple, si cet homme cherche une

• source, s'il n a pas les yeux bandés, la vue d'un gazon vert, abondant, sur lequel

• il marche, pourra déterminer en lui, à son insu, le mouvement musculaire ca- . pable de déranger la baguette par la liaison établie entre l'idée de végétation acti»e

ceux de la baguette avait été fait avant nous par Gerboin , en termes i]uc nous reproduisons fidèlement.

• Maintenant, si l'on examine l'instrument désigné par le nom si peu philosophique de baguette divinatoire, on trouvera que sa nature et son objet le rapprochent, jusqu'à un certain point, de l'appareil explorateur. Le premier de ces instruments doit l'activité qui lui est propre à l'impression motrice qu'il reçoit d'un fluide que le corps de l'homme lui transmet , impression qui se lie à sa forme et à sa composition chimique, et qui varie selon l'état des corps au-dessus desquels il est soutenu; or tous ces caractères se retrouvent dans la constitution du pendule organoélectrique. La circonstance qui distingue le mieux ces machines, c'est que la seconde présente, dans ses opérations, une plus grande diversité de formes et des dimensions qui les rendent plus commemurablcs. On doit ajouter que l'appareil pendulaire jouissant d'un plus haut degré de mobilité, et son action étant susceptible d'être excitée par un plus grand nombre de personnes, l'usage de ce moyen devient plus étendu, en même temps qu'il oûre des résultais plus précis et plus faciles à observer'. •

Ainsi, l'analogie des deux ordres de phénomènes qui a frappé l'esprit de Gerboin comme le nôtre, malgré l'extrême différence de nos interprétations respectives, est certainement un motif de croire à sa réalité.

Enfin, avant nous, avant Gerboin, Ritter considérait la baguette divinatoire comme an double pendule, qui, pour être mis en mouvement, n'a besoin que d'une force supérieure à celle qui produit les effets qui viennent d'être

décrits *.

Notre manière de voir n'est-elle pas confirmée aujourd'hui en tous points par les passages que nous avons empruntés aux écrits examinés dans la première partie de ces articles? C'est ce que nous allons développer, en rapprochant nos paroles de ces passages ; mais , avant tout , établissons notre point de départ, en rappelant les conséquences auxquelles nous a conduit l'examen critique de ces écrits.

Si quelques auteurs ont avancé que certains corps, particulièrement des métaux, exerçaient sur la baguette, sans intermédiaire, une influence capable de la mettre en mouvement, le plus grand nombre, tout en reconnaissant ce mouvement comme réel, n'en admirent la manifestation qu'à la condition de l'intervention des mains de l'homme. C'est Kircher qui démontra par l'expérience que les métaux ne troublent pas l'équilibre d'une baguette placée en équilibre sur un pivot 5.

• et celle de l'eau. • [Revue des deux mondes, livraison du 1" mai 1 833.) — 1 Recherches expérimentales sur un nouveau mode de l'action électrique, par Gerboin, p. a4a. — ' a* partie, B. Journal des Savants, cahier d'avril i85â , p. aaa. — Ibid. octobre i853, p. 609.

A mesure quon étudie, dans Tordre chronologique, les écrits du xvn* siècle sur le mouvement de la baguette , on voit la part de la matière, savoir celle qu'on recherche et la matière même de la baguette, perdre de plus en plus de l'influence que la théorie leur accorde relativement à l'homme qui la tient, tandis que l'influence attribuée à la, pensée s'accroît de plus en plus, et semble ainsi se rapprocher davantage des temps anciens, où la baguette était un instrument de diviuation ou de magie, ou encore un simple signe de puissance.

En effet, c'est à partir du xv* siècle que l'on trouve la première mention écrite de l'usage de la baguette pour découvrir les métaux, et c'est en 1 63 o qu'on apprit, en France, l'usage qu'on en faisait en Allemagne dans la recherche des eaux souterraines '. Le mouvement de la baguette fut généralement attribué à une cause occulte, une sympathie* supposée exister entre la matière souterraine et la baguette, jusqu'en 1670, que M. de Saint-Romain, dans son livre de la Science naturelle dégagée des chimères de l'École s, l'attribua à des effluves d'esprits ou de corpuscules , conformément aux idées de la philosophie cartésienne. Celle explication fut adoptée par l'abbé de Lagarde et les docteurs Chauvin et Garnies et l'abbé de Vallemont1; évidemment elle rapprochait les effets de la baguette des effets dont l'étude est du ressort de la physique proprement dite. Ce fut alors, du mois d'août 169a à avril 1693, que la part d'influence que l'on fit, au xvu* siècle, à la matière dans le phénomène de la baguette fut la plus grande possible.

Mais, dès le mois de juillet de l'année 16895, le P. Lebrun commença, dans sa première lettre au P. Malcbranche, à émettre une opinion qui devait renverser l'explication cartésienne des mouvements de la baguette. Cette opinion était fondée principalement sur les considérations de la diversité des cas que l'on citait, où la baguette avait fait connaître des choses du monde moral que l'on voulait savoir, tout aussi bien qu'elle faisait découvrir des métaux, des eaux, etc., etc. C'est ainsi que, dès ^ 689 , le P. Lebrun, le P. Malcbranche, l'abbé de la Trappe M. de Rancé , et l'abbé Pirot, s'accordèrent tous à chercher la cause du mouvement hors du monde physique, du moins en ce qui concerne les cas où la baguette tourne sur des choses du monde moral.

C'est dans la dernière moitié de l'année 169a que l'attention publique se porta sur la baguette divinatoire, à cause de l'usage que J. Aymar en avait fait pour découvrir les assassins du marchand de vin de

* ' Testament du frère Basile Valeotin , Journal des Savants, octobre 1 853 , p. 606. — * Ibid. p. 608. — ' Ibid. p. 611. — * Ibid. novembre >853. p. 676, 677. 678. 679. — ' Mi. p. 670.

Lyon et de sa femme, et, comme nous l'avons vu, c'est à cette occasion que ia théorie cartésienne des corpuscules de M. de Saint-Romain fut de nouveau mise en avant par l'abbé de Lagarde, les docteurs Chauvin et Garnier et l'abbé de Vallemont, et qu'elle fut combattue par le P. Lebrun, fort de l'appui du P. Malcbranche et des abbés de Rancé et Pirot; un an après (i6oà), le P. Ménestrier professa l'opinion du P. Lebrun.

Nous ne reviendrons sur leurs écrits que pour montrer comment l'influence attribuée à la matière , dans le mouvement de la baguette , s'affaiblit, et comment la part de l'influence de la pensée alla en augmentant jusqu'en 170a.

Sans doute que, du moment où l'on crut à l'influence des choses morales sur le mouvement de la baguette, l'influence de la matière, dans le phénomène, dut perdre de son importance, et l'affirmation de J. Aymar, qu'entre ses mains la baguette ne tournait que sur ce qu'il avait l'intention de trouver, dut contribuer certainement à accréditer celte opinion. Effectivement, si on admettait comme fait, que J. Aymar découvrit les traces des auteurs de l'assassinat de Lyon', il fallait bien reconnaître qu'en passant dans des lieux où existaient des métaux, des eaux, etc., etc., en allant de Lyon à Beaucaire, puis de Lyon à Toulon et de Toulon à la frontière , ces corps avaient perdu toute action sur la baguette. Même conclusion lorsque, à Lyon, la baguette tourna sur la serpe qui avait servi à la perpétration du crime, tandis qu'elle resta immobile sur deux serpes pareilles formées cependant de fer, qui, dans les cas ordinaires, agissait sur elle. Enfin l'influence de la matière, dans le phénomène , était encore amoindrie lorsque J. Aymar disait que les sensations qu'il éprouvait étaient telles, qu'il pouvait se passer de la baguette.

L'histoire de mademoiselle Ollivet et celle de mademoiselle Martin , que nous avons racontées d'après le P. Lebrun , sont de véritables expériences, qui mettent hors de toute discussion l'influence de la pensée sur le mouvement de la baguette ainsi que nous en avons déjà fait la remarque '.

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