HISTOIRE DE MADEMOISELLE MARTIN
L'histoire de mademoiselle Martin, avec quelques particularités de plus, est semblable à celle de mademoiselle Ôllivet, et nous rappelons qu'elle est précédée de cette remarque de son historien , le P. Lebrun : que la cause qui fait tourner la baguette s'accommode aux désirs des hommes et quelle suit leur intention.
Premier fait.
Mademoiselle Martin , comme mademoiselle Ollivet , avait la réputation incontestée de faire tourner la baguette sur les métaux, les sources, etc.
Elle raconte que, voyant bien que les reliques devaient avoir plus de vertu que tout cela , elle a essayé et a réussi K
Deuxième fait.
Le P. Lebrun lui ayant dit que Y intention suffirait pour faire tourner la baguette, elle fit de nouvelles épreuves sur des reliquaires et sur
' Journal des Savants, décembre i853, p. 777.
quelques pièces de métal et la baguette tournait oa restait immobile selon . qu'elle en avait le désir.
Enfin l'abbé de Lescot et le père supérieur de l'oratoire, Cavard, l'ayant prêchéc, elle tint la baguette pourtant une fois encoresurdes métaux, et rit sans s'émouvoir quelle ne lai tournait plus.
CONCLUSION
Identique à la précédente.
HISTOIRE DU PRIEUR BARDE, DE M. DU PERNAN, CHANOINE DE SAINT-CHEF, ET DE M. EXPIÉ.
Premier fait
Ces trois personnes faisaient tourner La baguette. M. Expié, après J. Aymar, était le plus renommé par sa puissance.
Deuxième fait.
Après avoir prié Dieu de leur ôter leur puissance, si elle était illicite, ils la perdirent 1 .
CONCLUSION
Identique aux précédentes.
Toutes les personnes qui faisaient tourner la baguette n'avaient pas la même prétention que J. Aymar ; de là le procédé qu'elles employaient pour reconnaître la nature d'un corps caché sensible à la baguette : il consistait à mettre celle-ci en contact avec un corps connu. Mais, en parlant de ce procédé, nous avons fait remarquer qu'il sortait absolument du domaiix- de la science, car les uns, comme mademoiselle Martin, prétendaient que, dans le cas d'identité des deux corps, le mouvement de la baguette est augmenté, tandis que les autres, comme M. Peissou, comme la personne religieuse que cite le P. Ménestrier, concluaient l'identité de la cessation du mouvement Au point de vue scientifique , de tels résultats sont absurdes , parce qu'on ne peut attribuir, dans les mêmes circonstances, deux effets contraires tan à t autre à une même cause. Mais , en en faisant la remarque , nous nous sommes engagé à les ex-
1 Journal des Savants, décembre i8b3, p. 778.
pliquer de la manière la plus satisfaisante. Le moment est arrivé de remplir cet engagement.
Le procédé dont nous parlons a été imaginé conformément à une verlainc manière de penser, et. celte manière de penser n'étant pa* la même pour tous,
Les uns ont dit : ce sont des corpuscules dégages de la matière active qui, par l'intermédiaire de l'homme, meuvent la baguette; par conséquent, si vous mettez un morceau de la matière active avec la baguette, le mouvement sera augmenté.
Les 'autres ont dit : c'est la sympathie de la matière aver la baguette qui la (ait tourner, ou, en d'autres termes, une attraction. Dès lors, si vous la mettez en contact avec un morceau de la matière identique à celle qui la meut actuellement, la force attractive qui la porte vers I;j matière cachée étant satisfaite, h* mouvement s'arrètern.
Existet-il une preuve plus convaincante de l'influence de la pensif sur le mouvement de la baguette, soit pour l'augmenter, soit pour l'arrêter, que des conclusions opposées tirées d'un même fait, mais cou formes à des suppositions préconçues?
Est-il possible maintenant de nier l'influence de la pensée dans la manifestation du phénomène de la baguette, et, lorsque nous avons dit en prenant le fd du pendule explorateur entre nos doigts : voyons si tel corps mettra le pendule en mouvement, voyons si tel corps l'arrêtera; et que les résultats ont été conformes a ce que nous cherchions à vérifier, n'y a-t-il pas analogie parfaite entre les phénomènes de la baguette et ceux du pendule?
L'intention, qui est la pensée de ceux qui font mouvoir la baguette, n'est-elle pas encore plus près de la volonté que la pensée qui m'animait lorsque je me demandais si tel corps mettrait le pendule en mouvement, si tel corps I arrêterait t' .
Si nous examinons les écrits du xvin' et du xix1 siècle dans lesquels on a énoncé une opinion bien différente de la nôtre en attribuant le mouvement de la baguette à des effluves impondérables de nature ma gnetique ou électrique, on trouvera les faits conformes à notre manière de voir, et certainement on n'en trouvera aucun prouvant la réalite des effluves.
De l'aveu de Thouvenel et de Fortis les indications, de la baguette sont souvent incertaines.
Suivant Bleton et Vincent Anfossi, elle est inutile, parce qu'ils prétendent découvrir ce qu'ils cherchent d'après une sensation indépendante de la baguette.
Et cependant plusieurs personnes qui croient à la baguette ont remarqué dans le sourcier un certain tour de main ou un mouvement d'épaule 1 qui évidemment démontre l'influence de la pensée telle que nous l'avons déûnie.
En résumé, comme les pères Lebrun , Malcbranche , Menestrier, et les abbés de Rancé et Pirot , nous avons admis que la matière est sans effet sur la baguette, et que le mouvement de celle-ci est produit par une cause intelligente. Mais, au lieu de l'attribuer au démon , nous l'avons fait dépendre de la pensée de l'homme.
C'est le cas de rappeler une lettre louchant la baguette insérée dans le Mercure de février i6y3 4, dont l'auteur pensait que rien ne prouvait l'intervention du diable, et que , lors même qu'on rejetterait l'opinion du docteur Chauvin, il ne faudrait pas adopter l'opinion contraire; qu'il serait raisonnable d'attendre une explication qui ferait rentrer les phénomènes de la baguette dans le domaine de la physique. Or, selon nous, notre explication a précisément cet avantage.
Nous terminerons ce chapitre par l'examen de ce qu'on doit croire, en définitive, de la part réelle qu'a eue Jacques Aymar dans la recherche des assassins du marchand de vin de Lyon et de sa femme.
Après les preuves multipliées d'impuissance de J. Aymar opérant à l'hôtel de Condé , à l'hôtel de Hanovre , recherchant en vain , pendant deux jours, le voleur des pièces de drap du marchand Ferouillard, ne trouvant pas d'eau à Chantilly, quoique la rivière coidât sous ses pieds, ne découvrant rien dans la rue Saint-Denis où un soldat du guet venait d'être percé de quinze ou seize coups d'épée, ne reconnaissant pas, au Chàlelet, un voleur qui venait d'être pris en flagrant délit, et après les erreurs qu'il commit, à son retour à Grenoble, le critique, sous l'impression de l'examen auquel M. Le Prince avait soumis J. Aymar, et de la conclusion qu'il voulut rendre publique , doit admettre sans hésitation que, dans raffaire criminelle de Lyon, il y a eu illusion de la part de beaucoup de gens, et tromperie de J. Aymar, si celui ci n'avait pas reçu des renseignements sur lesquels il crut devoir garder un silence absolu. En définitive, l'homme dont l'impuissance fut si grande à Paris, qui, dans plusieurs occasions, chercha à donner le change sur son ignorance et se montra assez âpre au gain , doit inspirer aux esprits raisonnables bien des doutes sur les faits si extraordinaires qu'on lui attribue dans l'affaire criminelle de Lyon relativement à la poursuite des assassins.
1 Journal des Savants, mars i85a, pages 174 et i-jb. — * lbid, novembre i853, page 679.
Comme, d'après l'impuissance de J. Aymar à Paris et le manque de délicatesse dont il fit preuve, nous ne pouvons admettre la réalité des faits extraordinaires dont il serait l'auteur , il est heureux pour la justice des hommes que le P. Menestrier ait déclaré que les juges de Lyon ne voulurent avoir aucun égard à ces indications (celles de la baguette), en condamnèrent les épreuves, et ne firent leur procédure que sur les interrogations faites au bossu et sur les indices des témoins qui l'avaient vu entrer dans la maison*.
Enfin nous appuyons notre conclusion du rappel des faits suivants :
i*En 170a, on voyait, dit le P. Lebrun , auprès de la ville de Salon, des puits d'une effroyable profondeur creusés inutilement sur les indications trompeuses que 1* baguette avait données2.
a° Le maréchal de BoufUcrs ne put se procurer de l'eau dans sa terre de Picardie , quoiqu'il eût eu recours à M. Legentil , prieur de Dorenic, et que celui-ci , en plusieurs endroits, tremblât d'effroi en voyant le mouvement de la baguette. On creusa à 60 pieds sans trouver d'eau3.
3' M. de Franchie -Grandmaison, prévôt de l'Ile-de-France et intendant des eaux, a eu recours à un très-grand nombre de gens réputés habiles à manier la baguette , notamment des révérends pères capucins, soit pour reconnaître des coupables ou découvrir des sources, et il n'a jamais trouvé personne en qui l'on pût avoir confiance , parce que la baguette donnait souvent le change et disait très-souvent faux.
W Un jeune garçon, fameux à Paris pour découvrir les sources avec la baguette , fut conduit sur le passage des eaux d'Arcueil et dans un jardin où des métaux avaient été enfouis, et la baguette ne tourna pas : les témoius étaient le P. Lebrun, de la Hire, M. de Francine, l'abbé de Châteauneuf, le lieutenant de roi de Charleroi et un physicien mathématicien4. C'est bien là une véritable expérience.
Sa L'illustre Spallanzani, témoin de plusieurs expériences, qui d'abord lui parurent extraordinaires, finit par reconnaître qu'il n'y avait rien de réel dans la cause à laquelle on les attribuait.
D APPLICATION DC PRINCIPE DO FBNDCLB EXPLORATEUR AD MOUVEMENT DE LA BAGUETTE