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DEUXIÈME ET DERNIER ARTICLE

La question de l'édifice dont faisaient partie nos peintures de paysages homériques intéresse à la fois, avons-nous dit, l'appréciation de ces peintures elles-mêmes, et la connaissance de la topographie de Rome. C'est ce qui fait que nous nous livrerons à cet examen avec tout le soin qu'il mérite et avec toute l'attention qui est due au travail de M. l'abbé Matranga.

La première condition d'un pareil examen est de prendre une idée exacte de la localité où furent découvertes nos peintures, et des restes de constructions antiques qui s'y trouvaient. C'est à quoi a pourvu notre auteur, en comprenant parmi les planches de son livre un plan de l'édifice antique, soigneusement levé par l'architecte romain Vespignani,

* Voyei , pour le premier article , le cahier de juin, p. 3a i .

AOÛT 185à. 471

tay. viu , accompagné de deux coupes , qui font connaître avec toute l'exactitude possible la nature , les matériaux et les détails de la construction. Or voici ce qui résulte de l'étude de ce plan et de ces dessins, pour l'appréciation architectonique de l'édifice en question.

Dès l'entrée de la maison n° 68, où fut pratiquée la fouille, on découvrit un pan d'un gros mur, de construction très-ancienne, qui ne se liait pas aux autres murs antiques de la même localité, et qui devait avoir fait partie d'un édifice ou abattu ou ruiné, ou, dans tous les cas, enveloppé dans la construction d'un nouvel édifice. Ce qui restait de ce second édifice , élevé sur le sol du premier, c'était un mur qui se prolongeait sur une étendue de 9", 5 o, jusqu'au point où il rencontrait perpendiculairement un autre mur, dout le prolongement, à droite, encore d'une étendue de i5",5o, renfermait, dans sept compartiments, séparés par des pilastres, nos sept paysages homériques: Ce second mur. dont la hauteur, dans ce qui en subsiste, est de 4"*,3o , est d'une construction qui ressemble, parla nature et par l'assemblage des matériaux, aux édifices de Pompéi à Campo di Fiore; et l'opinion des architectes de Rome, exprimée par le plus illustre et le plus savant d'entre eux, M. Canina1, est que l'édifice qui renferma nos peintures doit être reconnu, d'après cette circonstance, pour appartenir à la fin de la république ou au commencement de l'empire. Voilà donc une première donnée très-importante pour l'âge de l'édifice qui nous occupe, et par conséquent pour l'époque des peintures employées à sa décoration ; c'est le premier élément de la question que nous nous sommes proposé d'examiner.

Des indices architectoniques , soigneusement relevés par M. l'abbe Matranga, et représentés dans ses dessins, donnent lieu de croire que le mur, orné , dans sa partie inférieure , des peintures qui y ont été trouvées, avait supporté une voûte; d'où il suit que l'aire, couverte par cette voûte, avait renfermé une ou plusieurs rangées de colonnes ou de pilastres, de manière à constituer un portique, qui aurait au moins eu un premier étage. Cette conjecture semble bien justifiée par le fait qu'il existe encore en place, dans l'espace de terrain situé derrière ce mur, la base J'une colonne corinthienne, et, à quelque distance, dans la même direction , un pilastre , construit en petits parallélipipèdes

1 Indicazione topografica di Borna antica (Roma, i85o, 8*, U' édît.) p. i48: «Si è rinvenuto ullimamenlc la parte posteriore di una nobile casa ediBcata o negli • ullitni terapi délia repnbblica o nci primi delT imp«ro, corne puô chiarameote de- « dursi dall' opéra mnrarla in essa impiegala, che è assai aimile a quella posta in uso « ne! teatro di Pompeo cd in nllrc fabbriche dei Romani di qucll' epoca. •

De quelque manière qu'on veuille interpréter les paroles d'Ovide , quelque hyperbole poétique qu'on y suppose, il n'est pas possible de réduire ce vaste terrain d'âne seule maison occupant la superficie d'une ville, à un aussi petit espace que M. Matranga voudrait l'admettre pour le besoin de son opinion. Il est vrai qu'il croit trouver une preuve décisive contre l'exagération d'Ovide, dans un passage de Pline », où il est question d'un cep de vigne unique , qui formait des allées couvertes dans le portique de Livie: Una vitis Ronue, in Liviie poriîcibas, sabdiales ambalationes umbrosis pergulis opacat. Il infère de ce texte , que la vigne unique dont il s'agit circonscrivait par l'ombre des treilles que formaient ses rameaux tout l'espace renfermé dans les portiques de Livie Mais c'est la , dans un autre sens, une exagération qui ne saurait se soutenir. Pline a voulu parler d'une vigne qui existait dans la partie en plein air du portique de Livie, dans l'aire enfermée par les colonnades, et dont les nombreux rameaux y formaient des ahees couvertes, sabdiales ambalationes; mais il ne dit pas, il n'a jamais pu dire que cette vigne unique circonscrivit avec ses treilles TOUT l'espace du portique de Livie; et le passage de Pline, entendu comme il doit l'être, prouve encore l'immensité du terrain occupé par le portique de Livie, et l'impossibilité d'y reconnaître le petit édifice de la via Graziosa.

Nous avons un autre témoin oculaire, un autre garant conte mpo rain de la grandeur et de la beauté du portique de Livie, c'est Strabon , qui, comme l'on sait, visitait Rome après la mort d'Auguste; l'auteur grec . pour compléter l'idée qu'il a voulu donner des magnificences de Rome, cite en dernier lieu l'ancien Foram et les nouveaux Forums qui y avaient été ajoutés, les portiques publics et les temples situés dans cette partie de la ville, puis le Capitole et les nombreux ouvrages d'art du Palatin et du portique de Livie * : Kaï rb KamtlejXiov xa) rà ivJaSôa Ipya xeà tà. év t$5 TlaXaVep xai rn< Ai€/af mptiretlq>. L'expression de vrepî- ■jreflos, employée pour désigner un ensemble de colonnades formant des portiques autour d'une aire découverte , tel qu'était le portique de Livie, ne saurait offrir aucune équivoque; et il n'est pas un seul antiquaire qui n'ait reconnu sans difficulté ce portique dans ce passage de Strabon. Ce texte si clair et si curieux a pourtant été l'objet d'une assez étrange méprise de la part d'un très-habile critique, M. Preller*. qui

1 Hin. XIV, m. — * lUattraxione di Au», «te., p. 118. — * Strabon, I. V, e. m, $ 8, t. I, p. 373, éd. K ramer. — 4 Dit Regionen dtrStadt Roma, p. 137 : • Nach den Andeulungen Strabo, V, 3, 8, mu*s dieser Dau zu seiner Zeit vom « Forum her sichlbar gewesen sein, t Je saisis avec plaisir cette occasion de témoigner l'eatime que je fais de cet ouvrage de M Preller, rempli d'aperçus neufs

infère des paroles de Strabon, que, de son temps, U portique de Livie était visible du Forum. Assurément, Strabon ne dit rien de cela; et, à quelque proximité du Forum que fût bati le portique de Livie, qu'on sait avoir existé sur les pentes de YEsqailin, il est impossible que tant de grands édifices, basiliques, temples, portiques, interposés entre celui-là et le Forum , aient permis de l'apercevoir du Forum. Il ne faut donc pas chercher dans le passage de Strabon une indication topographique qui ne s'y trouve pas, mais une notion précieuse sur les ouvrages etart, ëpya, qui faisaient du portique de Livie, comme du Palatin, un des édifices les plus remarquables de Rome et les plus propres à donner l'idée de la magnificence de Rome au siècle d'Auguste.

En quoi consistaient ces ouvrages dart, sur la nature desquels M. l'abbé Matranga ne parait pas avoir suffisamment fixé son attention, peut-être parce qu'il y aurait trouvé la plus forte objection contre son système? C'est encore ce que nous allons apprendre d'un contemporain qui ne saurait nous être suspect, d'Ovide, qui, parlant des portiques qui prêtaient une ombre favorable à la promenade de ses disciples dans l'art d'aimer, cite en ces termes le portique de Livie] :

Nec tibî vitetur, quœ, priscû sparsa tabellis, Porticus aucloris Livia nomen habet.

Ce texte d'Ovide, où le portique de Livie est si clairement indiqué comme orné sur ses murailles d'anciens tableaux peints sur bois, n'avait pu échapper aux recherches de M. l'abbé Matranga; mais ce qui ne laisse pas d'exciter quelque surprise, c'est qu'il y trouve précisément l'indication du portique découvert par lui dans la via Graziosa 3 : Nei qaali due versi io vedo la précisa distinzione del portico da me scoperto in via Graziosa. Il est vrai qu'il regarde comme des expressions poétiques les mots de priscis sparsa tabellis, employés par Ovide , et qu'il ne croit pas qu'il y ait eu tant de tableaux peints suspendus dans le portique de Livie, puisque Pline, qui a parlé de la vigne de ce portique, n'a rien dit de ces iableau.1. Mais le fait est que l'indication donnée par Ovide doit être prise à la lettre et admise avec toute sa valeur: c'étaient bien des tableaux anciens, chefs-d'œuvre de l'école grecque apportés à Rome à la suite de faut de conquêtes et de violences, qui étaient exposés sous le portique

el solides Sur la topographie de Rome, et l'un des meilleurs travaux en ce genre qu'ait produits la science moderne. — 1 Ovid. Art. amat. I. I, v. 71-73. J'ai fait usage de ce témoignage dans mes Peintures ant. inédites , p. 62 , 3, où j'ai cité le portique de Livie dans le nombre des grands édifices publics de Rome qui avaient rte ornés de tableaux de l'école grecque. — * fllattraxione di dae, etc., p. 1 36.

pouvoir s'autoriser, comme renfermant des peintures antiques de Polygnotc , du genre des peintures esquilines , le Lesché de Delphes et la Pinacothèque des Propylées d'Athènes1, n'ont pas le moindre rapport avec l'édifice, quel qu'il fut , de la via Graziosa , de même que ces peintures esquilines n'ont rien de commun avec les tableaux de Polygnote.

La seconde raison assignée par M. l'abbé Matranga, pour prouver que cet édifice de tEsquilin fût un monument public de Rome, c'est que, parmi les débris d'antiquité qui furent recueillis dans les décombres , il se trouva trois fragments d'un calendrier dont la paléographie Pudique bien les premiers temps de l'empire*. Mais, bien que ce fût l'usage le plus général d'exposer les calendriers dans les lieux publics, afin de porter à la connaissance du peuple les jours de marchés ou de fêtes publiques, ce n'était cependant pas une règle tellement absolue, qu'il ne pût y avoir aussi des calendriers dans les habitations des particuliers. L'exemple de la tablette, suspendue dans le tricliniam de Trimalchion \ où se trouvait l'indication des joars bons oa mauvais, « qui diesboni, quique incommodiessent, » semble bien, quoi qu'en dise notre auteur, se rapporter à cet usage. Et pub, le calendrier dont on recueillit les fragments dans les décombres de la via Graziosa était peint sur enduit; ce qui ne pouvait être le caa d'un calendrier exposé dans un édifice public, et nécessairement gravé sur la pierre ou sur le marbre , ainsi que le prouvent les monuments de ce genre qui nous restent de l'antiquité ro mainc *.

Si les deux premiers arguments employés par M. l'abbé Matranga pour prouver que l'édifice antique de la via Graziosa fut un des monuments publics de Rome, n'ont pas une grande valeur, le troisième dont il se sert n'y ajoutera pas beaucoup de force : c'est que le chapiteau des pilastres peints, qui formait l'encadrement de nos peintures, est orné de la figure d'un aigle s. Mais de ce que l'aigle était devenu , à partir du second consulat de Marius, ou de l'an 65o de Rome, le symbole public des légions romaines, s ensuit-il que tous les lieux où se trouvait \' aigle, comme motif de décoration architectonique , fussent

1 La Pinacothèque des Propylées renfermait une galerie de tableaux, de différents âges et de différents maîtres, parmi lesquels il y en avait deux de Polygnote; c'est une notion que je crois avoir établie d'une manière certaine dans mes Lettres archéolog. sur la peinture des Grecs, l" part. S î". Qu'y a-t-il là qui se rapporte à l'édifice de nos peintures esquilines? — ' C'est ce dont on pourra juger d'après un fac-similé de ces fragments, que l'auteur a public dans I une des planches de son livre, Tav. vi , A. — ' Pelron. Satyr. c. xxx. — * Âpud, G m ter. 1. 1 . p. cxxxiucxl, et alib. — * Un de ces chapiteaux, dessiné au quart do l'original, forme le sujet d'une des planches du livre de M. Matranga. tav. vu.

des édifices publics? C'est là une conséquence que je ne puis accorder à notre auteur; et il me serait si facile d'en donner les raisons, avec des exemples à l'appui, que je jugo superflu de m'y arrêter.

Ce premier point ainsi bien établi, comme le croit M. l'abbé Ma- Iranga , et comme je ne puis l'admettre, que l' édifice de la via Graziosa fut un des monuments publics de Rome, il s'agissait de déterminer quel fut ce monument. Notre auteur s'est décidé pour le portique de Livie, construit par Auguste sur le terrain de la maison de Vedius PoIIîod , que cet opulent chevalier romain lui avait léguée par son testament. Nous savons par Dion Cassius i, qui entre, à ce sujet, dans beaucoup de détails, dans quelles circonstances et sous quelles conditions eut lieu cette riche succession, qui échut à Auguste en l'an de Rome 789; et il est constant que la construction du portique de Livie fut le monument public par lequel la générosité d'Auguste répondit à la libéralité de Pollion. Suétone cite a, parmi les grands ouvrages publics qu'Auguste fit construire à Rome, sous le nom de ses petits-fils, sous celui de sa femme et sous celui de sa sœur, les portiques de Livie et i'Octavie, » item porticu Liviee et Octavùe;» et ce témoignage, qui s'accorde avec celui d'Ovide*, ne saurait donner lieu à aucune difficulté. Maintenant, il s'agit de savoir en quoi consistait ce portique de Livie, et, si cela est possible, de reconnaître la place qu'il occupa dans la topographie de Rome.

Les témoignages classiques qui concernent le portique de Livie ont été rassemblés et discutés en dernier lieu par W. Ad. Becker4 : de sorte que ma tâche se trouve déjà toute préparée par cet ingénieux et savant antiquaire. Le portique de Livie était un des grands monuments de Rome ; et ce premier point de la grandeur de l'édifice doit être bien établi, contre l'opinion de M. Matra nga, qui , pour faire cadrer ce portique avec le petit édifice de la via Graziosa, s'efforce d'atténuer l'immensité du terrain occupé par l'habitation de Vedius Pollion et ses nombreuses dépendances. Or nous avons ici un témoin oculaire, qu'il n'est pas possible de récuser; c'est Ovide, qui avait vu s'élever le portique de Livie, avant de partir pour son exil, et qui nous en donne l'idée que voici 5 :

Dis ce tamen, veniens œtas . ubi Livia nanc est

Porticu», IMMENSAE (ecU fuisse rlomus.

Urbis omis DOMVS VNA fuit, spatiumque tenebal

Quo brevius maris oppidt muita tenent.

1 Dio Cass. 1. LIV, c. xxm. — 1 Sueton in August. c. xxix. — * Ovid. Fut. VI, 037, sq. — * Handbuch dur Rôn. Alterthûm. t. I, p 54a, 544. 11 44. n45. 1 146. — 1 Ovid. Fast. VI. 639-648.

d'Ovide. D'ailleurs, nous possédons, à l'appui de ce texte, d'un auteur conteuporain et d'un témoin oculaire, un autre témoignage classique, celui de Dion Cassius, qui constate la dédicace du portique de Livie, en l'an de Rome 767, en employant une expression qui ne peut s'appliquer qu'au temple de la Concorde; voici ce texte 1 : Ka) vè TtfiéuKrfJta rè Aiotiibv <ùvo(ia(T(iév<iv xaÛiépùxxs fxtrà int ftn1p6*. Il est vrai que ce mot de rtfiévurpux, employé par Dion Cassius, a été tourmenté par la critique de plus d'une manière, toujours pour l'ajuster avec un système. Ainsi M. Urlicbs y a vu le marcW de Livie, macellam Liviœ ou Livianum*; et, à son tour, M. Matranga y voit une enceinte profane, telle que le portique de Livie, sans aucun caractère sacré3. Mais quoi qu'on ait pu faire, le mot refiéviapa, comme le mot répevot, dont il dérive, signifie un liea sacré, une enceinte renfermant soit un temple , soit un autel; et les exemples en sont si nombreux dans toute la littérature grecque, qu'il est superflu de les citer. Je me contenterai d'en pro duire un seul, que j'emprunte à Dion Cassius; car c'est, sans nul doute, le procédé le plus critique que d'expliquer le texte d'un auteur par cet auteur même. Dion Cassius, exposant le fait de la dédicace du temple d'Apollon sur le Palatin, avec les portiques qui l'entouraient, emploie le même mot de Tepivio-p*. Voici son passage1: T© t» AnoXXaivstov t6 te év rs» YlaXdliy, xal rb rtpévio*fta t6 «rep) èulb.... iÇtwotvet xa) xaôtépùxn. Il est sensible que l'historien n'a désigné les portiques qui entouraient le temple d'Apollon par le mot rtfiévivpa, enceinte sacrée, qu'en raison même de ce temple d Apollon, qui s'y trouvait enfermé; et c'est un fait absolument analogue, celui du temple de la Concorde, compris dans l'enceinte du portique de Livie, que Dion Cassius a exprimé ]>ar le même mot, repépurua. Son témoignage vient donc a l'appui de celui d'Ovide , pour prouver qu'il y eut réellement un temple de la Concorde dans le portique de Livie; et tout le travail que M. Matranga s'est donmla peine d'entreprendre, pour bannir, comme il le dit, ce temple de ce portique, est véritablement en pure perte. Je n ai pas cru devoir alléguer le témoignage des régionnaires , tels que Sextus Ru fus, qui, dans la description de la rv' région de Rome, font mention de ce temple de la Concorde dans le portique de Livie : Templum Concordim in porticu Li'vt>\ parce que je regarde ces écrits des prétendus régionnaires comme de.s documents apocryphes, fabriqués par les savants du xv*etdu xvi'sièrie . d'après les données du Curiosus urbis et de la Notitia, et à laide d'in-

' Dio Cass. LV. vin. — * Betchnib. der Stadt Rom, 111 B. S. ai 1 , ff. — ' II- Uutnzione d, due, etc., p. iaa-ia3. — 4 Dio C»m. LUI, 1. — » Nardioi, Rom Mie*. 1. I, p a63. éd. Nibby.

tcrpolations de toute sorte et de tout âge. C'est ce qu'avaient déjà soupçonné les auteurs allemands de la Description de Rome1, et ce qui vient d'être démontré par M. Preller5 dans son excellent petit livre sar les régions de Rome.

De toutes les notions que je viens de réunir et de discuter sur le portique de Livie, il résulte, à ce qu'il me semble, avec toute la certitude désirable, que cet édifice, un des plus grands monuments de Rome, construit par Auguste, du fruit de la succession de l'opulent Vedius Pollion, orné sur les murailles d'un choix à'anciens tableaux, chefsd'œuvre de l'art grec, et renfermant un temple de la Concorde, ajouté par Livie à l'œuvre de son mari et à la splendeur de son propre nom. ne peut être le petit édifice avec des peintures sur mur, représentant des paysages homériques, qui vient d'être découvert dans la via Graziosa. Ce résultat, que je crois parfaitement admissible par la critique, me dispense de suivre M. Matranga dans les considérations auxquelles il se livre pour prouver que le site du portique de Livie s'accorde avec celui do l'édifice de la via Graziosa. La seule indication topographique que nous possédions sur la situation du portiqae de Livie se tire du Curiosas Urbis, document statistique du iv* siècle de notre ère, qui enregistre ce portique dans la III' région de Rome, et qui le nomme entre les thermes de Trajan et le camp des Misénates : Thermos Titianas et Trajanas, Porticam Libies, castra Misenatiam*. En admettant, comme cela est bien probable, que l'ordre suivi dans ce catalogue soit à peu près conforme à la situation respective des monuments, on peut bien croire que le portiqae de Livie se trouvait à moitié chemin entre les thermes de Trajan . qu'on sait avoir existé là où se voit aujourd'hui l'église de S. Martino a' Xfonli", et le campement des Misénates, qu'on présume, d'après un fragment du plan de l'ancienne Romei qui place ce campement près de la hnsilique de Licinius, à l'endroit où existe l'église de S. Vito, avoir été situé dans cette partie de ïEsqailin. Cette situation ne s'éloigne pas hraucoup sans doute de la via Graziosa; et M. Matranga s'y est attaché comme à une preuve topographique qui lui permettait de reconnaître le portique de Lboie dans le petit édifice de la via Graziosa. Mais il faut bien convenir que l'indication fournie par le Cariosas Urbis est beau-

1 lieichrtibang der Sladl Rom , t. I. — ' Die Reqionen der Stadt Roma , Ieoa. , 1 8&(i . in 8*. — 3 Canostu Urbis apud Preller, Die Reqionen, etc., p. 6. — ' AnasUu. In Vit. S. Symmach. i Basilicam sanctorum Silvestri et Martini a fundamento construxit « juxla tlicrmas Trajanas. • Voy. Canina, Indicaz. topograf. p. io3-io5. — ' Fragm. Vrstig. rel. Romœ, tab. ut ; voy. Visconti, dans Venuli, Antick. di Roma, Part. I, c vu. el Mus. P. Clem. t. I, p. 8.

de Livie; ce n'étaient pas, ce ne pouvaient pas être, comme l'entend M. l'abbé Matranga des peintures mitant les anciennes ou représentant d'anciens sujets, qui pouvaient être exécutées sur mur; car, encore une fois, les expressions d'Ovide .priscis sparsa tabellis, ne sauraient se prêter à cette interprétation. 11 n'y a pas moyen non plus de récuser le témoignage d'Ovide, qui n'avait aucune raison, aucun intérêt, pour nous représenter le portique de Livie décoré d'anciens tableaux s'il ne l'eût pas été effectivement, et ce témoignage s'accorde, d'ailleurs, avec celui de Strabon, qui range le portique de Livie au nombre des principaux monuments de Rome, à cause des ouvrages d'art qui s'y trouvaient, et qui ne pouvaient être que ces anciens tableaux de l'art grec.

Mais notre auteur a été plus malheureux encore dans un dernier motif qu'il oppose au témoignage d'Ovide, c'est que les commentateurs de ce poète avaient reconnu eux-mêmes la difficulté d'admettre le fait de tant de tableaux peints, suspendus sous le portique de Livie, en le comparant au Pœcile d'Athènes , qui n'était pas , assure-t-il , orne de tableaux, attachés aux murailles, mais dont les parois étaient peintes sur l'enduit*. En lisant ce passage du livre de M. Matranga , j'ai éprouvé, je dois en convenir, un sentiment de profonde surprise et de vif regret, de voir qu'il fût aussi étranger à l'état actuel de la science, sur un point si important de l'histoire de l'art. S'il est, en effet, une notion avérée pour tout homme versé dans ces études, c'est que les peintures du Pœcile étaient exécutées sur panneaux de bois , et que ce fut l'enlèvement de ces tables de bois peintes, ràs aavtèas, opéré par l'ordre d'un proconsul, qui amena la dégradation de ce portique, ainsi que l'atteste Synésius3, qui le vit en cet état , au iv* siècle de notre ère *. Les commentateurs d'Ovide n'avaient donc pas eu tort de comparer, sous ce rapport, le portique de Livie au Pœcile d'Athènes; et c'est M. Matranga qui s'est gravement trompé, en se faisant, de ce grand monument attique, une idée si contraire à la réalité, pour le faire cadrer avec son opinion sur le portique de Livie. Maintenant qu'il est bien établi , par les témoignages d'Ovide et de Strabon , que cet édifice renfermait sous ses portiques un

1 Illustrazione di dae, etc., p. \3"j : t pitture imilanli io antichc, ovvero rappresenttanti prischo istorie. » — * Ibid. : tripugna a segno, che i commentalori ai quel < distico non ebbero alcun dubbio di paragonare il nostro portico al Pecilo di Atone, • ove non pendevan tavole dipinte, ma le pareil n'eramo decorate sull' inlonaco. » — ' Synca. Epi t loi. liv et Epistol. cxxxv. — J'ai discuté avec tout le soin possible, et je puis dire, avec l'assentiment des premiers philologues de notre âge, Golb, Hermann, MM. Welckcr et Boeckh, ce point important de l'histoire de la peinture grecque, dans mes Lettres arcliéok sur la peinture des Grecs, i" part, lettr. S u p. 3a-A3.

coup trop vogue par rapport à un espace aussi considérable que celui qu'embrasse le catalogue des édifices de la m' région , pour qu'on puisse fonder sur une pareille base une détermination topographique tant soit peu sûre. Ce qui le prouve , c'est que M. Canina , qui suit aussi les données du Curiosus relativement à la position du portique de Livic, intermédiaire entre les thermes de Trajan et le campement des Misénates, place le portique de Livie dans une situation bien éloignée de la via Graziosa, c'est-à-dire dans cette partie de l'Esqailin qui avoisinait le temple de Vénus et de Rome1, et cela, je dois le dire, par une pure conjecture. L'incertitude qui règne, à cet égard, est telle, que W. Ad. Becker n'a pas même essayé de fixer un site quelconque pour le portique de Livic, ainsi placé d'une manière si vague entre les thermes de Trajan et le cam pement des Misénates; et quant à M. Preller, qui n'essaye pas non plus de déterminer sa situation , j'ai déjà relevé la méprise qu'il a commise en inférant du texte de Strabon qu'il pouvait se voir du Forum*. Tout est donc incertain et problématique dans la situation du portique de Litie, et c'est bien vainement que M. Matranga a cherché k reconnaître oette situation dans celle du petit édifice de la villa Graziosa.

Une dernière difficulté subsistait encore contre le système de notre auteur, c'est celle qui résulte de l'observation du monument même, dont les ruines ont été découvertes dans la via Graziosa. Comment croire, en effet, qu'un édifice construit en matériaux d'une qualité si commune, en petits cubes de tuf et en briques, avec des murs de si peu d'épaisseur, ait pu être le portique de Livie, bâti par Auguste, un des plus splendides monuments de Rome ? Notre auteur se tire de cette difficulté en y reconnaissant un trait de la modestie d'Auguste, qui voulait donner une leçon à l'ambitieuse Livie , en même temps qu'un

1 Indicaz. topograf. p. m. Dons un autre passage de Dion Cassius, cité par tous les topographes de Rome , il est dit , 1. LVI , cap. xxvti , « que le portique de Livie , bâti • en 1 honneur des Césars Caius et Lncius , fut dédié eu fan de Rome 765. • Comme cette notion ne peut s'appliquer au portique Je Livie, qui fut bâti en l'honneur de Livie, et qui avait été dédié en l'an de Rome 747, il est évident qu'une faute s'est glissée dam le texte de Dion Cassius, par le fait de ses copistes. M. Canina, qui a été frappé de ces difficultés [Indicaz. topograf. p. 1 1 1-1 12 , »3) , n'a pourtant pas osé corriger le passage. 11 ignorait que Merkel , ad Ovid. Fut. p. exu , avait lu . H « «7oè i) iov/Ja, au lieu de : H r$ &loà 4 Aiovfr, et qne celte correction indubitable avait été approuvée , d'abord par W. A4 Becker, Handtmch , p. 543 , puis par M. Preller (Die Regiontn, p. 108, **). M. l'abbé Matranga a été conduit par les mômes raisons à proposer la même correction ( llltutrazions ai due, etc., p. 114,17); et, bien qu'il eût été précédé par un autre critique, il conserve encore le mérite de cette restitution. — * Die Rtgkmen, etc., p. 137.

exemple propre à réprimer le luxe des bâtiments publics1. Mais, je le dis â regret, il n'est pas possible d'apprécier d'une manière plus contraire à la vérité historique le caractère d'Auguste et celui de son siècle dans l'exécution des grands ouvrages qui s'élevèrent sous l'influence de son génie. La modestie d'Auguste consistait, ainsi qu'il le déclare luimême dans l'inscription d'Ancyre*, à dédier, sous le nom de membres de sa famille, tels que les deux Césars Galus et Lucius, ses petits-fils, Marcellus, son neveu, Octavie, sa sœur, et Livie, sa femme, des monuments publics d'une grande importance. Mais cette modestie n'allait pas jusqu'à y employer des matériaux vulgaires, propres à la demeure d'un simple citoyen. Loin de là, Auguste, qui se vantait, à son lit de mort , de laisser de marbre une ville qu'il avait reçue de briques, « ut jure sit «gbriatus, dit Suétone5, marmoream se relinquere, quant latericiam acce- « pisset; » Auguste, si grand dans ses monuments publics, ainsi que nous pouvons en juger par ce qui en subsiste encore, n'aurait certainement pas construit le portique, où il voulait à la fois faire honorer le nom de Livie et oublier celui de PoUion, dans les humbles proportions, avec les matériaux communs, que nous trouvons au petit édifice de la via Graziosa; et n'y eût-il que celte seule considération, tout homme qui connaîtra le génie du siècle d'Auguste décidera que cet édifice a bien pu être l'habitation privée de quelque citoyen aisé de Rome , mais qu'il est impossible qu'il ait été l'un des grands édifices de Rome, tels que le portique de Livie. C'est donc une illusion à laquelle il faut renoncer, quoiqu'il doive en coûter beaucoup , je le reconnais sans, peine et avec rrgret, à M. l'abbé Matranga, qui a caressé longtemps cette idée, et qui s'y est attaché comme à la création de son esprit, comme à l'œuvre de son savoir. Réduite à ces termes, la question de notre édifice de la via Graziosa perd sans doute toute l'importance qu'elle pouvait avoir pour la topographie de Rome. Mais une idée de M. Canina, dont je dois, en finissant, faire part à nos lecteurs, pourrait lui donner une autre sorte d'intérêt , si cette idée pouvait se vérifier. Nous savons, par beaucoup de témoignages antiques*, que les Jardins de Mécène, Horti Mœccnatis, étaient situés dans la in* région de Rome, et qu'ils occupaient une partie.de ÏEsquilin , dans une direction qui nc.dutpas s'éloigner beaucoup du site actuel de la via Graziosa. Or l'ancien biographe de Virgile, Donatus, nous apprend que ce poète possédait une fortune

1 lllttslrazione di due, etc., p. j3i-i3a. — ' Marm. Ancyrnn apud. Cbishal. Anliqait. atiat. col. iy, lin. 9-10; lin. i£-i6; aa-3. — ' Sueton. in Aagatt. c. xxix. — • Horal. Sat. I, vin. 7, sq. cf. Schol. Cruq. ad t. 7 et ad v. i4 ; Tacit. Annal. XV, xxxix ; Suelon. in Néron, c. xxxi ; Acro ad Horat. Sat. I , vin , 8.

qu'il devait aux libéralités de ses amis, et qu'il avait sa maison sar l'Esquilin , près des Jardins de Mécène : « Possedit prope ccnties sester « tium, ex libcralitatibus amicorum, haluitqnc domum Romœ in Esquiliis, « jaxta hortos Mwcenatis l. » Bien que cette indication topographique soit très générale, elle peut néanmoins s'accorder très-bien avec l'emplacement de la via Graziosa; en sorte que nous avons déjà nne raison, tirée de la localité, pour voir la maison de Virgile dans l'édifice de la via Graziosa. Le mode do construction viendrait encore à l'appui de cette opinion, puisqu'il est reconnu que l'appareil des murs de cette maison ressemble à celui des édifices de Pompéi, conséqueinment qu'elle date des derniers temps de la république ou des premiers de l'empire. Enfin, la nature des peintures et le choix des sujets fournissent un troisième motif en faveur de celte manière de voir, car il est sensible qu'un poëte tel que Virgile, nourri des traditions boniériqties, ne pou vait avoir dans sa maison des images plus agréables et plus conformes à toutes ses études, que celles qui étaient inspirées par les souvenirs de l' Odyssée, lorsque nous savons, d'ailleurs, par le témoignage de Vitiuvc. contemporain de Virgile, que les voyages d'Ulysse étaient un des sujets favoris de cet âge : telles sont les considérations qui ont porté le savant architecte, M. Canina", à reconnaître la maison de Virgile dans l'édi fice, orné de paysages homériques, de la via Graziosa, et j'avoue qu'elles me paraissent très. -plausibles. Toutefois, ce n'est encore là qu'une conjecture, la plus heureuse et la plus satisfaisante de toutes, à mon avis; et, faute de preuves plus certaines qui nous manquent encore et qui peut-être nous manqueront toujours, ce n'est peut-être aussi qu'une illusion, comme en offre tant d'exemples cette topographie de Rome, où se pressent tant de ruines de monuments détruits par le temps et d'opi nions détruites par la critique.

RAOUL-ROCHETTE

1 Donat. Vit. F' Virgit. Mann. S vi — ' Indioizume lopogra/ica di ttoma anticu ,

Le Lotus de la bonne loi, traduit du sanscrit, accompagné d'un commentaire et de vingt et un mémoires relatifs au bouddhisme, par M. E. Burnouf, secrétaire perpétuel de t Académie des inscriptions et belles-lettres. Paris, imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie nationale, i85a, i vol. in-£°, iv-897 pages.

lier a tch'er bol pa, ou Développement des jeux, contenant t histoire du Bouddha Çâkyamouni, traduit sur la version tibétaine du Bkah-Hgyour et revu sur l'original sanscrit [Lalitavistara) , par Ph. Ed. Foucaux, membre de la Société asiatique de Paris. impartie, texte tibétain, n-388 pages; a* partie, traduction française, Lxv-4a5 pages, in-4°. Paris, imprimé par autorisation du Gouvernement à l'Imprimerie nationale, 18^7-1 848.

DE LA MORALE ET DE LA MÉTAPHYSIQUE DU BOUDDHISME. QUATRIÈME ARTICLE1

Légende de Çâkyamouni.

Voici l'analyse exacte du Lalitavistara, dans sa partie fabuleuse; je donnerai plus tard celle du Lotus de la bonne loi.

C'est Ânanda, cousin du Bouddha, qui porte la parole et qui est censé l'auteur de ce Soûtra , classe parmi les Soùtras développés ou de Grand Véhicule. Ananda se borne à rapporter ce qu'il a personnellement entendu, comme l'indique cette formule par laquelle débutent tous les Soùtras, et qui en fait des dépositions de témoins irrécusables aux yeux de l'orthodoxie : « Ce discours a été un jour entendu par mok » Bhagavat, le Bouddha, est à Çrâvasti, à Djétavana, dans le jardin d'Anfttha Pindika. Il est entouré de douze mille bhikshous, parmi lesquels figurent au premier rang ses cinq disciples , et de trente-deux mille bodhisattvas «tous assujettis à une seule et dernière naissance, tous >< vraiment parvenus à l'état de bodhisattvas , tous arrivés à l'autre «rive, etc., etc.» A la première veille de la nuit, Bhagavat fut plongé

' Voyez , pour le premier article , le cahier de mai , page a 70 ; pour le deuxième , celui de juin, page 353; et, pour le troisième, celui de juillet, page 409.

dans la méditation calme, appelée Arrangement des ornements du Bouddha. A peine y fut-il plongé qu'une excroissance s étant élevée au sommet de sa te te , elle le lit souvenir exactement de tous les bouddhas antérieurs-, et la lumière de la science sans passion s' étant produite, il éclaira avec elle les demeures des dieux et un nombre incalculable de fils de dieux. Toutes ces divinités, appelées par des stances d'exhortation , qui sortent des réseaux de lumière dont est enveloppé le Tathàgata, se rendent auprès du Bouddha, et le supplient de vouloir bien leur enseigner cette partie de la loi qu'on nomme le Lalitavùtara. Bhagavat, touché de compassion pour ces bodhisatlvas mahâsattvas.ces itiahàçràvakas, pour les dieux, les hommes, les Asouras et le monde, consent d'abord par son silence à la prière qu'ils lui adressent; et il prend la parole pour leur raconter lui-même le Lalitavùtara.

Tel est le premier chapitre, et nous voyons déjà, sans qu'il soit besoin d'aller plus loin , à quelle patience il faut nous préparer pour ne pas repousser, dès le début, tout examen de telles extravagances; mais il faut s'armer de courage et continuer.

Adore par ceux qu'on adore, recevant les hommages de Çakra, de Brahma, de Mahésvaro, des gardiens du monde et de tous les dieux inférieurs , le Bodhisattva quitte le Touchita , le séjour de la joie, et il se rend au grand palais de Dhannotchaya (Nœud de la loi). C'est là qu'il doit instruire l'immense assemblée qui l'écoute et qui se monte à soixante-huit kotis de personnes, c'est-à-dire à six cent quatre-vingts millions d'êtres, tous assis sur des sièges splendidcs '. Bhagavat annonce d'abord que ce n'est que dans douze ans que le Bouddha doit entrer dans le sein d'une mère; et, pour que cet événement s'accomplisse avec toutes les conditions nécessaires, il se livre aux quatre grands examens; ce sont l'examen du temps, l'examen des continents, l'examen des pays et l'examen des familles*. C'est que les bodhisatlvas, au premier développement du monde, lors du rassemblement des êtres, n'entrent pas dans le sein d'une mère. Mais, quand le monde s'est manifesté tout entier, et que sont apparues la vieillesse , la maladie et la mort , c'est alors que les bodhisattvas entrent dans le sein d'une mère. Voilà pourquoi Bhagavat fait l'examen du temps. S'il examine les continents, c'est qu'un bodhisattva ne peut naître dans un continent de la frontière; il ne peut naître davantage dans le Vidéha de l'est , ni dans le Godani de l'ouest, ni dans

1 Raya tch'er roi pa de M. Éd. Foucaux, t. II, ch. n, p. 10 et 1 1, et cb. iii.p. >3. — ' Idem, ibid. p. i3 et ai. Voir aussi une légende chinoise. Induite par M. A. Rémusat, qui a reproduit tous ces détails en les puisant sans doute dans le Lalitavùtara, Foe-Koae Ki, notes du chapitre x, p. 7a.

m JOURNAL DES SAVANTS.

le Kourou du nord. Il ne peut naître que dans le continent du sud, le Djamboudvipa (l'Inde). I) ne saurait naître non plus dans un pays de la frontière, « parmi des hommes stupides, aux sens lourds, d'une nature > muette comme celle des moutons, et incapables de distinguer le bon u enseignement du mauvais. » Il ne naît que dans un pays du milieu. Si enfin le Bodliisattva se livre a l'examen des familles , c'est que les bodhisattvas ne naissent point dans une famille abjecte , celle d'un tchandâla, d'un joueur de flûte, d'un charron ou d'un domestique. Ds ne naissent que dans deux castes, celles des brahmanes ou des kshattriyas, selon que l'une ou l'autre est la plus respectée des peuples à ce moment.

Cependant la foule des dieux se demandent à voix basse « dans quelle » perle de famille » naîtra le Bodhisatlva. On propose d'abord la famille de Vaidéhi, du pays de Magadha. Mais cette famille n'est trouvée assez pure , ni pour la descendance de la mère , ni pour la descendance du père. Elle est, d'ailleurs, peu religieuse , elle est sauvage, inconstante et mobile. Elle ne peut donc convenir au Bodhisatlva. On propose la famille de Koçala. Mais sa filiation n'est pas non plus assez noble; en remontant à son origine, on y trouverait du sang de Mâtangas (paria); d'ailleurs elle n'est point assez riche; et sa considération n'est point suffisante. D'autres proposent la famille du roi Vadsa; mais elle est issue d'hommes étrangers; elle n'est pas assez illustre; « et le roi y parle « de destruction. » Après ces trois premières familles, celle de Vaiçàli est également repoussée. Cette ville, sans doute, est magnifique et trèspeuplée, mais « on ne s'y accorde pas dans les entretiens; on n'y observe «pas la loi, on n'y respecte ni supérieur, ni homme mûr, ni vieillard, ni « chef. Chacun se dit : Je suis roj ; et , en pensant : Je suis roi , nul ne veut " se soumettre à la discipline, ni à la loi » La famille de Pradyota , dans la cité d'Oudjayanl, est puissante à la guerre; mais on y est emporté, violent et cruel. La ville de Mathoura semblerait convenable pour la naissance du Bodhisattva; mais le roi Soubâhou, qui la commande, est né dans une famille «qui a toujours eu des vues fausses, » et il règne sur des hommes pareils aux barbares3. On repousse encore la famille d'Hastinâpnura , bien qu'elle descende des Pandavas, parce que sa généalogie est trop confuse; et enfin celle de Mithila, parce que le roi Soumitra est trop vieux, et qui! a déjà de nombreux enfants5.

Les dieux, embarrassés et ne sachant sur quelle famille arrêter leurs conjectures, s'adressent au Bodhisattva lui-même. Le Bodhisattva leui

1 Htjya tch'errolpa de M. Ed. Foucaui, t II, ch. m, p. a5. — 1 liem.ibxd. —

* Idem, ihïL p. 37.

répond en énumérant les soixante-quatre signes dont est douée la famille qu'il a choisie -, il les nomme un à un; et ce sont autant de vertus. Cette làmille est noble; elle est d'une descendance accomplie-, elle n'est pas ambitieuse ; elle a des mœurs pures, elle est sage, et elle fait de ses richesses le plus magnifique emploi; elle est constante dans ses amitiés; elle connaît ses devoirs ; elle ne se conduit pas par le désir, par la passion , par l'ignorance, par la crainte; elle est ferme dans son héroïsme ; elle honore les rishis; elle honore les dieux, les Tchaityas, les mânes; elle ne conserve pas d'inimitiés; en un mot, cette famille est parfaite en tout1. La femme dans le sein de laquelle entrera le Bodhisattva n'est pas moins accomplie; car elle possède les trente-deux espèces de qualités; elle est exempte de tous les défauts des femmes. Les dieux, dont la curiosité est plutôt éveillée que satisfaite, cherchent quelle peut être cette heureuse famille, et cette femme plus heureuse encore-, et ils ne voient dans le monde que la race des Çâkyas, le roi Çouddhodana et la reine Mâyâ Dévî qui réunissent tant de vertus et de perfection. C'est à Kapilavastou , et de ces deux êtres accomplis , que naîtra le Bodhisattva ; a car aucune autre femme n'est capable de porter ce premier des « hommes3, n •

Sur le point de quitter les dieux du Touchita pour dateendre en ce monde, le Bodhisattva, du haut de son trône, veut s'adresser une dernière fois à eux pour leur rappeler les préceptes de la loi. Il leur en indique d'abord « les portes évidentes, n qui sont au nombre de cent huit , et dont les principales sont .- la foi, la pureté, la retenue, la bienveillance, la pitié, la modestie, la connaissance de soi-même (âtmadjnatâ), le respect; mais où se trouve aussi l'acquisition des formules magiques3. Puis, après cette longue et complète énumérau'on , il ajoute, en se séparant des dieux , qui l'écoutent dans le plus respectueux silence :

« Évitez bien toute immodestie. Tous les plaisirs divins et purs , nés de « l'esprit et du cœur, sont le fruit d'une œuvre vertueuse. Ainsi, souvenez- « vous de vos actions. Pour n'avoir point amassé ces vertus antérieures, u vous allez aujourd'hui là où, loin du bien-être, on éprouve la misère «et l'on souffre tous les maux. Le désir n'est ni durable ni constant; il «est pareil à un songe, au mirage, à une illusion, & l'éclair, h l'écume. «Observez les pratiques de la loi; à qui observe bien ces pratiques «saintes, il n'arrive point de mal. Aimant la tradition, la morale et l'au-

1 Rgya tch'er roi pa de M. Éd. Foucaux, t. H, ch. m, p. 39. — ' Idem, ihU. p. 35. — ' Idem, ibid. rh. iv, p. 3g et 46.

« mône , soyez d'une patience et d'une pureté accomplies. Agissex dans uun esprit de bienveillance réciproque, dans un esprit de secours'. « Sou venez- vous du Bouddha, de la loi et de l'assemblée. Souvenez- « vous de la modestie. Tout ce que vous voyez en moi de puissance sur- «naturelle, de science et de pouvoir, tout cela est produit par l'œuvre « de la vertu, qui en est la cause ; tout cela vient de la tradition, de la mo- « raie et de la modestie. Vous aussi agissez avec cette retenue parfaite. Ce i< n'est ni par des sentences , ni par des paroles , ni par des cris qu'on «peut atteindre la doctrine de la vertu. Acquérez-la en agissant; «comme vous parlez, agissez; que des efforts continuels soient faits par «> vous. Il n'y a pas de don pour tous ceux qui ont agi; mais qui n'agit u pas, n'obtient rien. Abandonnez l'orgueil, la fierté et l'arrogance ; toujours doux et ne déviant jamais du droit chemin, faites diligence « dans la voie du Nirvâna. Exercez-vous à l'examen de la route du salut, « et dissipez complètement les ténèbres de l'ignorance avec la lampe de u la sagesse. Débarrassez-vous du filet des fautes que le repentir accom- « pagne. Mais qu'est-il besoin d'en dire davantage? La loi est remplie u de sens et de pureté. Au temps où l'intelligence suprême aura été « obtenue par moi , au temps où tombera la pluie de la loi qui mène à «l'immortalité, en possession d'esprits parfaitement purs, revenez pour « entendre de nouveau la loi , que je vous expliquerai 2. »

Malgré cette exhortation solennelle , les dieux n'en sont pas moins désolés du départ du Bodhisattva; mais, afin d'apaiser leur douleur, il leur laisse le bodhisattva Maitréya , qu'il sacre en lui mettant de sa main sur la tête sa tiare et son diadème. C'est Maitréya qui doit lui succéder en qualité de Bouddha , quand le monde perverti aura perdu tout souvenir de la prédication de Çâkyamouni1.

Le Bodhisattva descend donc dans le sein de sa mère; et, « pour aceom- •< plir la prédiction contenue dans les Brahmânas et les Mantras du RJg- « Véda , » il prendra la forme d'un éléphant, armé de six défenses, couvert d'un réseau d'or, à la tête rouge et superbe, à la mâchoire ouverte et d'une forme majestueuse. Huit signes précurseurs annoncent sa venue dans la demeure de Çouddhodana. Le palais se nettoie de lui-même ; tous les oiseaux de l'Himavat y accourent, témoignant leur allégresse par leurs chants; les jardins se couvrent de fleurs; les étangs se remplissent de lotos; les mets de toute espèce paraissent toujours entiers quoiqu'on les emploie en abondance; les instruments de musique

1 Rqya tch'er roi pa de M. Éd. Foucaux, t. II . ch. iv, p. 48. — ' Idem, ibid. — 1 Idem, ibii. ch. v, p. 5i.

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rendent d'eux-mêmes , et sans qu'on les touche , des sons mélodieux ; les écrins de pierres précieuses s'ouvrent spontanément pour montrer leurs trésors; enfin le palais est illuminé d'une splendeur surnaturelle, qui efface celle du soleil et de la lune

Tel est le prologue, en quelque sorte, du drame qui se développe dans le Lalitavistara; la scène se passe dans le ciel avant de s'ouvrir sur la terre. Cette exposition ne manquerait pas d'une certaine grandeur, si la forme et le style répondaient à la majesté de l'idée; mais on sent trop que c'est une pure fantaisie d'esprit, et que l'auteur même du récit se joue de ce qu'il raconte. De plus, les détails, dans l'original, sont tellement longs et si fastidieux, que la conception première disparaît presque entièrement pour faire place à des répétitions sans fin , et aux invraisemblances les plus nauséabondes , quand elles ne sont pas les plus monstrueuses.

Lorsque le Bodhisattva , venant se poser sur le sein fortuné de sa mère, descend du Touchita, c'est à la vue de tous les dieux; il est entouré de bodbisattvas, et de centaines de millions de divinités2. Màyâ Dévî, sa mère, a fait cependant un songe ; elle a vu entrer dans son sein un éléphant. Tout enrayée de ce présage, elle communique ses craintes au roi Çouddhodana; on appelle, comme nous l'avons vu3, des brahmanes très-habiles à expliquer le sens du Rig-Véda et des Çâstras; et on leur demande d'interpréter le songe. Les brahmanes rassurent le roi et la reine, en leur laissant toutefois un doute sur l'avenir de leur fils, qui pourra bien un jour abandonner la couronne pour se Cure religieux.

Pendant tout le temps que le Bodhisattva demeura dans le sein de Mayâ Dévi, il y resta toujours du côté droit, et assis, les jambes croisées. Voilà les étranges détails où la légende sacrée croit devoir entrer; mais ceci n'est encore rien, et ce qui suit est bien plus extraordinaire et bien plus insensé. Quelques-uns des fils des dieux sont tout étonnés que le Bodhisattva, u pur et exempt de toutes taches, bien «élevé au-dessus de tous les mondes, le plus précieux de tous les « êtres, b demeure ainsi dans le sang impur d'une mère, quand les simples rois des Gandharvas, des Koumbhandas, des Nàgas et des Yâkshas, dieux inférieurs, évitent toujours la souillure d'un corps humain. Alors, devinant cette pensée des fils des dieux, le Bouddha se fait faire une question par Ânanda; et, pour y répondre, il lui apprend quelle a

1 Hgja tch'«r rvl pa de M. Éd. Foucaux. t. H, ch. v, p. 53 et bà.: Lotus à» la bonne loi de M. E. BurnouC p. 3oa. — ' Rgya tck'tr roi pa de M. Éd. Foocaux , t II, ch. v. p. 58. — ' Voir plus haut, cahier de juin i854, p. 356.

été son occupation dans le sein de sa mère, ce qu'on appelle «le « Précieux exercice du Bodhisattva. » Le Bouddha raconte donc , avec: les détails les plus prolixes et les plus confus, la visite que Brahma, le maître des créatures, est venu lui rendre dans le sein de Màyâ Dévî Brahma, après avoir salué avec la tête les pieds de Bhagavat, lui a offert une goutte de rosée qui contient tout ce qu'il y a d'essence, de vitalité, et de liqueur génératrice dans les trois mille grands milliers de mondes. A la suite de Brahma, Çakra, le maître des dieux, les quatre grands rois des dieux inférieurs, quatre déesses, et une multitude de divinités viennent adorer le Bodhisattva , le servir, et recevoir de lui l'enseignement de la loi. « En ce moment , Bhagavat dit à Âyoushmat Ânanda : « Ânanda , vois-tu le précieux exercice de l'œuvre du Bodhisattva , qu'il « fit jadis quand il demeurait dans le sein de sa mère ? Ânanda r( - «pondit : Bhagavat, je le vois-, Sougata, je le vois. Quand le Tathâ- «gata l'eut fait voir à Âyoushmat Ânanda, à Çakra, le maître des « dieux , aux quatre gardiens du monde , aux autres dieux et. aux «hommes, tous alors furent remplis de satisfaction, de joie et d'allè- ■• gresse. Brahma , le maître des créatures , l'emporta dans le monde de Brahma pour lui bâtir un tchaitya, et l'y déposa ». » Je ne citerais point ces folies, si elles ne servaient d'abord à faire connaître la singulière tournure d'esprit des bouddhistes, et ensuite à montrer à quelle distance il placent leur bouddha au-dessus de tous les dieux du panthéon brahmanique. Brahma , Indra et tout ce que ce panthéon renferme de plus vénéré et de plus grand , sont à peine dignes de servir le Bodhisattva, et, avant même qu'il ne soit né, les bouddhistes prosternent devant lui les objets les plus respectés de la superstition populaire. Le Lalitavislara, comme nous l'avons dit8, n'est pas l'œuvre des disciples immédiats du Bouddha; et, selon toute apparence, ils ne tenaient pas, du temps du maître et aussitôt après sa mort, ce langage arrogant. Mais, en trois ou quatre siècles au plus, la doctrine nouvelle avait fait assez de progrès pour qu'on pût traiter avec ce mépris insultant les adorations du vulgaire. Parfois cet excès même d'outrage semble avoir scandalisé l'auteur qui se le permet , et le roi Çouddhodana , qui assiste comme spectateur à toutes ces évolutions des dieux devant son fils, qui n'est pas encore né, ne peut se défendre de quelque scrupule. Tout joyeux qu'il est d'être le père du futur Bouddha, il s'étonne et se dit : « Celui-ci est bien le dieu des dieux que les quatre

1 Bgya tch'er ni pa de M. Ed. Fonça ux, l. II, ch. vi, p. 6<î. — * lilem, ihid, p. 7f). — * Voir plus haut, cahier tir» mai i854. p. aoi.

« gardiens du monde , que Brahma , Indra et les dieux réunis entourent « de si grands respects ; celui-ci sera bien véritablement Bouddha. «Dans les trois mondes, un dieu, un Nâga, Indra, Brahma, les gar- «diens du monde, pas un être enfin ne souffrirait une pareille adorau tion , sans que les autres ne lui brisassent la tête et ne le privassent «de la vie. Mais celui-ci, parce qu'il est plus pur que les dieux, souffre u toutes ces adorations »

Je ne raconte pas les signes précurseurs qui annoncent la naissance du Bouddha ni les soins dont sa mère Mâyâ Dévi est entourée par les dieux dans le jardin de Loumbinî, où elle accouche sous l'ombrage d'un plaksha, debout et appuyée, pour se soutenir, sur une des branches de l'arbre*. Indra, le roi des dieux, et Brahma le maître des créatures, se tenaient devant elle, et ce sont eux qui reçoivent l'enfant3. Ils le baignent elle lavent de leurs mains, précaution assez inutile, puisqu'il n'avait été souillé d'aucune tache dans le sein de sa mère, dit la légende, et que, de plus, il en était sorti tout enveloppé d'un superbe vêtement de soie de Kaçi (Bénarès) *. Aussitôt né, il descend à terre et s'assied sur un grand lotus blanc, qui venait de pousser spontanément du sol , & l'endroit même qu'avait touché son pied5. Puis, sans être soutenu par personne, il fit sept pas du côté des régions orientales, sept pas au midi, sept pas à l'ouest, sept pas au nord et sept pas vers les régions inférieures , en annonçant de chaque côté la mission qu'il venait accomplir sur la terre : « Je vaincrai le démon et l'armée du démon ; en fait veur des êtres plongés dans les enfers et dévorés par le feu de l'enfer, «-je verserai la pluie du grand nuage de la loi, et ils seront remplis de «joie et de bien-être û. »

Mais le Bouddha, qui est censé raconter toutes ces choses à ses dis-

1 Raya tch'er roi pa do M. Éd. Foocaux, t. II. ch. vit, p. 85. — ' Idem, ibid. p. 87. Ce sont la les détails qui sont reproduits dans tous les monuments bouddhiques où l'on a représenté la naissance du libérateur. Voir le dessin du bas-relief du musée de Calcutta qu'a donné M. Éd. Foucaux à la suite du Raya tch'er roi pa. —

* Une autre légende, Y Abinichkramana, plus décente, suppose qu'Indra , pour éviter a Maya Dérlla honte d'accoucher devant lui, se change en vieille femme. Mais, sous celle forme, l'enfant ne veut pas de ses soins, et if le repousse, sans se laisser loucher par lui, quoiqu'il le reconnaisse pour Indra. — * La superstition bouddhique attribua plus lard ce singulier privilège à bien d'autres saints. Voir Y Histoire de la vie d"Hiouen-Tksang, de M. Stanislas Julien, p. 70, à propos de Çanakavasa. —

* Rgya tch'er roi pa de M. Éd. Foucaux, t. II, ch. vu, p. 88. — ' Idem, ibid. p. 89. Les sept pas du Bouddha au moment de sa naissance sont une des circonstances qui paraissent avoir le plus frappé les imaginations. Ce détail se trouve reproduit dans toutes les légendes; voir le Fot-Koue-Ki de M. A. Rémusat, p. 199 et p. aao, avec la note dr M. Klaproth.

ciples dans Çrâvasti, interrompt son récit, et, «adressant à son cousin Ananda , il lui prédit que bien des esprits douteront de tous ces prodiges. « Dans un temps à venir, certains bhikshous , ignorants, inhabiles, fiers, « orgueilleux, sans frein , à l'esprit mobile, sceptiques, sans foi, devenus <• la honte des Çramanas,» ne voudront pas croire à la puissance du Bouddha ; et ils s'étonneront qu'il soit né dans le sein d'une femme. Ils ne comprendront pas, les insensés, que, s'il était venu dans la condition d'un dieu, au lieu de venir dans le monde des hommes, il n'aurait pas pu faire tourner la roue de la loi, et les êtres seraient alors tombés dans le découragement. Mais ces créatures, qui ont nié l'intelligence du Bouddha, seront, aussitôt après leur mort, précipitées dans l'Avitchi, le grand enfer1, tandis que ceux qui auront eu foi au Bouddha deviendront les fils du Tathâgata ; ils seront délivrés des trois maux; ils se nourriront de la nourriture du royaume ; ils briseront les chaînes du démon . et ils auront dépassé le désert de la vie émigrante 2.

La légende raconte ensuite, avec d'assez longs détails, comment l'enfant fut apporté de Loumbini à Kapilavastou , après la mort de sa mère, et comment il fut confié, du consentement des Çâkyas et de leurs femmes, qui se le disputaient, à sa tante Mahâpradjâpatî \ La légende insiste beaucoup sur la prédiction du brahmane Asita (le noir), qui descend tout exprès de l'Himavat, où il habite, pour venir reconnaître sur le corps du nouveau-né les trente deux signes du grand homme et les quatre-vingts marques secondaires, qu'il a bien soin de citer une à une, tout extraordinaires qu'elles sont parfois. Le grand Rislii, en constatant que c'est bien le Bouddha, s'afflige d'être si vieux, et de ne pouvoir entendre un jour l'enseignement de la loi pure. Puis il se retire comblé des présents du roi, que sa prédiction a charmé, et il retourne n son ermitage comme il en est venu, par la voie de l'air, où il s'est magiquement élevé en compagnie de son neveu Naradatta. Mais il semble que la parole d' Asita, toute grave qu'elle est, ne suffit pas*, et, après lui, un (ils des dieux, suivi de douze cent mille autres dieux, vient de nouveau vérifier les signes et les marques, pour affirmer encore une fois à Çouddhodana que son fils est bien le Bouddha qui sauvera le monde *.

On se rappelle que l'enfant fut présenté solennellement par son père au temple des dieux; mais la légende ajoute qu'à peine le Bodhisattva

' Ryya tch'rr roi pa de M. EJ. Foucaiiï, t. H, ch. vu, p. 9/1. — 1 Idem, ibid. Ces menaces contre les incrédules et les impies sont fréquentes dans les légendes bouddhiques. On le comprend sans peine. — ' Idem, Ma. p. 10a. — ' Idem, ibid. p. 107 et in.

eut-il posé le pied dans le temple , que tout ce qu'il y avait d'images inanimées des dieux , y compris Indra et Brabma , se levèrent de leurs places pour aller saluer les pieds du Bodhisattva *. Puis tous ces dieux, montrant leurs propres images, prononcèrent ces stances, ou Gâthas, que je cite, parce que j'y trouve une inspiration poétique qui est , en général, presque inconnue du bouddhisme, quoique la moitié au moins des Soûtras développés soient remplis de vers : « La plus grande des « montagnes, le Mérou, roi des monts, ne s'incline jamais devant le scu nevé. L'Océan, demeure du roi des Nâgas, ne s'incline jamais devant « l'eau contenue dans le pas d'une vache. Le Soleil , la Lune, qui donnent « la lumière , ne s'inclinent pas devant le ver luisant. Celui qui sort d'une u famille sage et vertueuse, et qui est rempli lui-même de vertu, ne s'in- « cline pas devant les dieux , tout grands qu'ils sont. Le dieu ou l'homme , «quel qu'il soit, qui persiste dans l'orgueil, est pareil au sénevé, à l'eau <- contenue dans les pas d'une vache et au ver luisant. Mais, semblable au « Mérou, à l'Océan, au Soleil et à la Lune, Svayambhou, l'être existant <i par lui-même , est le premier du monde ; et le monde qui lui rend « hommage obtient le ciel et le Nirvâna a. »

On doit voir assez clairement par tout ce qui précède ce qu'est la légende, et comment elle a tâché de transformer et d'embellir, à son point de vue , les faits réels qui composent la vie de Siddbârtha. Pour achever de la faire connaître, je ne m'arrêterai plus qu'à un- épisode qui lient nonseulement une très-grande place dans le Lalitavislara, mais qui figure dans presque tous les Soûtras : c'est la lutte que Siddhârtha, sur le point de devenir Bouddha , soutient contre le démon appelé Mâra le pêcheur ou Pâpîyân, le très-méchant', dieu de l'amour, du péché et de la mort.

Siddhârtha est à Ourouvilva, dans la retraite que nous savons4, livré, depuis six ans, aux austérités les plus dures. Sa mère Mâyâ Dévî, effrayée des souffrances de son fils, et craignant qu'il ne meure bientôt, est venue le supplier de mettre (in à ces excès de mortification. Il a consolé sa mère, mais il ne lui a pas cédé*. Mâra vient à son tour essayer de le

' Raya Ich'er roi pa de M. Éd. Fnucanx, I. II, ch. vtii, p. 1 15. Voir ce que je viens de dire un peu plus haut sur le mépris des bouddhistes pour les dieux brahmaniques (page Ago ci-dessus), et aussi l'Jntrod. à l'hùt. da bouddh. ind. de M. £. Burnouf, p. i3a. — ' Idem, ibid. p. 116 — ' M. L. Buinouf, Inlrod. à l'hist. du boaddh. ind. p. 76, et Lotus de la bonne loi, p. 385; Foe-Koue-Ki de M. A. Rémusal, ch. xxv, note de M. Klaprolh, p. 3^7. Dans la plupart des Soft Iras, le demon est nommé Mâra : dans le Soûtra de Mândhalri , dans le Pralihârya Soùtra du Divya avadâoa, dans le l.otus de la bonne loi, etc. Mais, dons le Raya Ich'er roi fia, il est appelé Pâpîyàn, ^e son surnom. — * Voir plus haut, cahier de juin i854, p. îf.g. — » Rgya Ich'er roi pa de M. Éd Foucaux, t. H, ch. xvn, p. a46.

vaincre, et, d'une voix douce, il lui adresse ces paroles flatteuses : « Chère «créature, il faut vivre, c'est en vivant que tu pratiqueras la loi. Tout « ce qu'on fait durant la vie doit être fait sans douleur. Tu es amai- " gri ; tes couleurs ont pâli ; tu marches vers la mort. Quelque grands « que soient de tels mérites, que résultera-t-il du renoncement? La voie » du renoncement, c'est la souffrance; la victoire sur l'esprit est difficile «< à obtenir. » Siddhârtha lui répond : a Pâpîyân, allié de tout ce qui est •• dans le délire , tu es donc venu à cause de moi ! Quoique mes mérites ^soient bien petits, le but n'en est pas moins connu. La fin inévitable vi de la vie étant la mort, je ne cherche point à éviter la mort. J'ai l'inttention, le courage et la sagesse; et je ne vois personne dans le « monde qui puisse m'é branler. Démon , bientôt je triompherai de toi. " Les désirs sont tes premiers soldats; les ennuis sont les seconds; les •< troisièmes sont la faim et la soif; les passions sont les quatrièmes ; Fin- « dolence et le sommeil sont les cinquièmes; les craintes sont les sixièmes ; "les doutes que tu inspires sont les septièmes; la colère et l'hypocrisie " sont les huitièmes ; l'ambition , les panégyriques , les respects, la fausse « renommée, la louange de soi-même et le blâme- des autres, voilà tes < noirs alb'és, les soldats du démon brûlant. Tes soldats subjuguent les « dieux ainsi que le monde. Mais je les détruirai par la sagesse; et alors, «esprit malin, que feras-tu1?»

Mâra , humilié et confus, disparaît pour revenir bientôt. Mais les fils des dieux viennent, à leur tour, livrer à l'ascète un combat peut-être plus dangereux encore. Ils lui proposent de ne pas prendre de nourriture ; ils lui feront pénétrer par les pores la vigueur dont il a besoin , et qu'il a l'intention de réparer par les aliments et les moyens ordinaires. Mais le jeune Siddhârtha les refuse, et se dit : « Certes, je pourrais jurer « que je ne mange pas; et les habitants qui demeurent dans la ville « voisine de mon district diraient que le Çramana Gaoutama ne mange «point, tandis que les fils des dieux, respectueux pour un être affaibli, « feraient pénétrer la vigueur par mes pores ; mais ce serait de ma part « un grand mensonge. » Le Bodhisattva , pour éviter une faute aussi blâmable, n'écoute pas les paroles de ces fils des dieux, et il échappe encore à ce piège*.

Cependant, avant d'atteindre à la Bodhi , il doit vaincre le démon; il le provoque donc , tandis qu'il est à Bodhimanda , en faisant partir du

' Hgya lch'er ni pa de M. Éd. Foucaux, t. II . ch. xvui, p. a53. — ' Idem, ibid p. a 54. Tous ces détails se retrouvent dans la légende chinoise traduite par M. Klaproth, Foe Koue-Ki, p. a88. On peut voir aussi la Pradjnà pâramita, en huit mille articles. Loto* d$ la fom«e loi, de M. E. Durnouf, p. 385. ,

AOÛT 1854. m

milieu de ses sourcils , de la touffe de poils appelée Ournâ , qui est un des trente-deux signes du grand homme, un rayon de lumière qui va illuminer et faire trembler toutes les demeures des démons1. Pâpîyân , épouvanté de cette splendeur subite et de trente-deux rêves affreux qu'il vient de faire , convoque aussitôt ses serviteurs et toutes ses armées. Son empire est menacé; il veut engager le combat-, mais, d'abord, il prend les conseils de ses fils , dont les uns le poussent à céder et à s'épargner une défaite certaine, et dont les autres le poussent à la lutte, où la victoire leur paraît assurée. Les deux partis , l'un noir, l'autre blanc , parlent tour à tour ; et les mille fils du démon , ceux-ci à sa droite , ceux-là à sa gauche, opinent successivement et en sens contraire8. Quand le conseil est fini, Pâpiyân se décide au combat; et son armée, composée de quatre corps de troupes , s'avance contre le Bodbisattva. Elle est forte et courageuse; mais elle est hideuse à faire dresser les cheveux. Les démons qui la forment ont la faculté de changer de visage et de se transformer de cent millions de manières; ils ont les mains et les pieds enlacés de cent mille serpents ; ils portent des épées, des arcs, des flèches, des piques, des javelots, des haches, des massues, des pilons, des chaînes, des cailloux, des bâtons, des disques, des foudres; leur tête, leurs yeux, leur visage flamboient; leur ventre, leurs pieds, leurs mains , sont d'un aspect repoussant ; leur visage étincelle d'une splendeur sinistre; ils ont des dents énormes, des défenses effroyables, la langue épaisse, grosse et pendante; leurs yeux sont rouges et enflammés comme ceux du serpent noir rempli de venin, etc., etc., etc5. J'abrège cette longue description, qui tient plusieurs pages dans le La- Uiavittara, et où l'imagination indienne se donne carrière pour inventer les figures les plus bizarres et les plus monstrueuses. On dirait un enfer de Gallot.

Jl va de soi que toutes les attaques des démons sont parfaitement impuissantes contre le Bodbisattva. Les lances, les piques, les javelots, les projectiles de toutes sortes, les montagnes même qu'ils lui jettent, se changent en fleurs et restent en guirlandes au-dessus de sa tête. Pâpiyân voyant que la violence est vaine, a recours à un autre moyen : il appelle ses filles, les belles Apsaras, et il les envoie tenter le Bodbisattva , en lui montrant les trente deux espèces de magies des femmes. Elles chantent et dansent devant lui; elles déploient tous leurs charmes

1 Bgya Ich'trrolpa <le M. Éd. Foucaut, t. II, ch. xxi, p. a86. Ce rayon de lumière a un nom spécial, et il s'appelle Sarvamàramawlalavidhiran'anakàri , « qui • opère la destruction de tontes les provinces d<* Mâia . » ou du dfaion. — 1 Idem . itirf. p. ao,6. — 1 Idem, ib'td. p. 231 et sui».

et toutes leurs séductions ; elles lui adressent les provocations les plus insinuantes ; mais leurs caresses sont inutiles comme l'ont été les assauts de leurs frères ; et, toutes honteuses d'elles-mêmes, elles en sont réduites à louer dans leurs chants celui qu'elles n'ont pu vaincre et faire succomber. Elles retournent donc à leur père lui apprendre une seconde défaite plus triste encore que la première1. Pàpiyân est confus; mais les fils des dieux Çouddhâvasakàyikas viennent mettre le comble à son dépit en le bafouant par les insultes les plus poignantes et les sarcasmes les plus amers. Cependant le démon ne se rend pas : «Je suis le seigneur '< du désir, dit-il au Bodhisattva, je suis le maître du monde entier; les "dieux, la foule des dànavas, les hommes et les bêtes, assujettis par « moi sont tous tombés en mon pouvoir; comme eux, venu dans mon « domaine , lève-toi et parle comme eux. » Le Bodhisattva lui répond : « Si tu es le seigneur du désir, tu ne l'es pas de la lumière; regarde-moi : •< c'est moi qui suis le seigneur de la loi ; im puissant que tu es, c'est à ta vue « que j'obtiendrai l'intelligence suprême1.» Pâpiyân essaye un dernier assaut , en réunissant de nouveau toutes ses forces ; mais il succombe encore une fois. Son armée en désordre se disperse de toutes parts , et il a la douleur de voir ceux de ses fils qui, dans le conseil, avaient opiné contre la bataille, aller se prosterner aux pieds du Bodhisattva, et l'adorer avec respect*. Déchu de sa splendeur, pâle, décoloré, le démon se frappe la poitrine et pousse des gémissements ; il se retire à l'écart, la tête baissée, et traçant avec une flèche des signes sur la terre; il se dit, dans son désespoir : «Mon empire est dépassé4. »

Après ce triomphe décisif, le Bodhisattva arrive à l'intelligence suprême, à la Bodhi; il devient Bouddha, et va faire tourner la roue de la loi à Bénarès.

Tel est le Lalitavistara dans sa partie mythologique, indispensable peut-être pour les peuples auxquels elle s'adressait, mais qui, à nos yeux, n'est qu'une extravagance, bonne seulement à faire douter des faits historiques et vrais que ce Soûtra renferme. Je passe au Lotos de la bonne loi.

Le Lotos de la bonne loi, qui, sans aucune trace d'histoire, n'a que la légende fabuleuse, comme la comprennent les bouddhistes, est moins intéressant que le Lalitavistara; et selon toute apparence , il lui est un peu postérieur. Bhagavat se trouve à Radjagriha sur la montagne ap-

' Rgya tch'er roi pa de M. Ed. Foucaux, l. II, ch. xxi, p. 3o6, 3i 5 cl 3 18. — * Idem, ibii. p. 3ao. — * Idem, ibid. ch. xxm, p. 34 1. Ce» fils du démon sont appelés: « Ceux du côle blanc. » — ' Lolui de la bonne loi, de M. E. Barnouf, ch. 1 , p. 1. Voir plus haut, cahier de juin i85A , p. 36g.

pelée le pic du Vautour (Gridhrakôuta) '. II est entouré de douze cents religieux, tous arhats ou vénérables, et grands auditeurs (Mahâçrâvakas), d'Annnda son cousin, de deux autres milliers de religieux, de six mille religieuses, ayant à leur tète Mahâpradjâpatî , la tante du Bouddha, et Yaçodhâra, l'une de ses femmes, de quatre-vingt mille bodhisattvas, de seize hommes vertueux, de Calera , 1 Indra des Dé vas, avec vingt mille fils des dieux, de Brahma, avec douze mille fils des dieux, d'une foule d'autres divinités, et enfin d'Adjàçatrou, le roi du Magadha, (ils de Vaidéhî Bhagavat , après avoir exposé le* Soûtra nommé la Grande Démonstration , gardait le silence plongé dans la méditation appelée la Place de la Démonstration. Une pluie de fleurs divines tombe sur lui et sur l'assemblée qui le contemple , quand tout à coup un rayon s'élance du cercle de poils qui croissait dans l'intervalle de ses sourcils, et va illuminer les dix-huit mille terres de Bouddha situées à l'orient, jusqu'au grand enfer Avitchi, et jusqu'aux limites de l'existence5. Tous les assistants sont frappés de ce prodige, et l'un d'eux, le bodhisattva Mahâsattva Maitréya, s'adresse à Mandjouçxî, qui est auprès de lui, pour savoir ce que signifie cette apparition merveilleuse. Maitréya expose sa question en cinquante-six stances de deux vers chacune *. Mandjouçri lui répond dans le même style , prose et vers , que ce rayon de lumière présage que le Bienheureux va expliquer le Soûtra développé appelé le Lotus de la bonne loi 5.

C'est, comme on le voit, une introduction analogue à celle du Lalitavistara, avec moins de grandeur, et, s'il est possible, avec encore moins de vraisemblance, puisque la scène est placée sur la terre au lieu d'être supposée dans le ciel.

Bhagavat sort de sa méditation, et, répondant à Çàripouttra °, qui ne l'avait point interrogé, il lui expose d'abord en prose, et ensuite dans des vers qui ne sont guère qu'une répétition , les difficultés que présente l'enseignement de la loi. A ce moment même, cinq mille religieux , incapables de la bien comprendre , viennent de quitter l'auditoire , et le Tatbigata s'en félicite''-, puis il apprend à son disciple que, pour enseigner la loi, il use de cent mille moyens variés, bien qu'au fond il n'y ait qu'une seule route , un seul véhicule pour arriver au salut. Il lui répète en cent quarante-quatre stances ce qu'il vient de lui dire en une prose suffisamment diffuse-, et, pour lui donner un exemple des

' Lot m de la bonne loi de M. E. Burnouf , ch. i , p. i ; voir plus haut dons le Journal des Savants, cahier Je juillet i854, p. &19. — ' Idem, ibid. p. 3. — ' Idem, tbid. p. 4- — * Idem. ibid. p. 5 et p. 498, Appendice n* 3. — » Idem, ibid. p. i5. — * Idem, ibid. ch. 11, p. 19. — ' Idem, ibid. p. a5.

m JOURNAL DES SAVANTS.

moyens qu'il applique à l'instruction des créatures, il lui propose une parabole1 : Un vieux père de famille trouve, en rentrant chez lui, sa maison toute en feu. Ses jeunes enfants y sont renfermés, insouciants de ce qui se passe et courant risque d'être brûlés. Le père les appelle en vain ; les enfants , qui ne voient pas l'incendie, ne veulent pas le croire; et ils résistent à ses prières. Pour les séduire, il leur promet, s'ils sortent, des jouets magnifiques ; et, entre autres, il leur donnera, à ce qu'il leur assure, trois espèces de chars propres à les amuser et à les ravir. Les enfants une fois sortis sains et saiifs , le père , au lieu de leur donner des chars de trois espèces, leur présente à tons une seule espèce de chariots. Mais ces chariots sont superbes et très-richement ornés. Ce père a-til donc commis un mensonge3? Non, sans doute. Eh bien, de même, le Tathagala, prenant pitié de la légèreté puérile des hommes, qui, au milieu des misères de la vie, jouent, s'amusent et se divertissent, s'accommode a leur faiblesse. U leur offre , pour les làire sortir de l'esclavage des trois mondes, trois véhicules divers, celui des Çrâvakas, celui des Pratyéka-Bouddhas, et celui des Bodhisattvas. Les créatures, séduites comme les enfants de la maison embrasée, sortent de la réunion des trois mondes ; et le Tathâgata ne leur donne alors qu'un seul véhicule, le grand véhicule du Bouddha, qui mène au Nirvana complet9.

A cette parabole, quatre des principaux disciples du Bouddha, Soubhôuti, Kâtyâyana, Kâçyapa et Maoudgalyâyana, répondent par une autre, afin d'excuser les inclinations misérables qui empêchent les hommes d'écouter et de suivre la loi 4. Ils sont comme le (Us d'une riche famille qui abandonnerait ses parents pour aller courir le monde, que le hasard ramènerait, après bien des fautes et des traverses, auprès de son père, qu'il ne reconnaîtrait pas, et qui, soumis à de longues épreuves heureusement subies rentrerait enfin dans la bonne roule, et dans la possession de son héritage compromis par son inconduite9. Bhagavat leur propose encore plusieurs paraboles , dont l'une est trèsremarquable *. Un aveugle de naissance se disait : u II n'y a ni couleurs, « ni formes, belles ou laides ; il n'y a pas de spectateurs pour les voir; «il n'y a ni soleil, ni lune, ni étoiles, ni constellations.» On veut dissuader cet aveugle de cette grossière ignorance. H résiste , et soutient ses assertions jusqu'à ce qu'un habile médecin lui rende la vue. L'aveugle alors passe à un excès contraire , et se dit : « Certes j'étais un insensé , moi «qui jadis ne croyais pas à ceux qui voyaient et ne m'en rapportais point

1 Lotut dé la tonne loi de M. E. Burnoaf, ch. m, p. /16. — ' Idem, Aid. p. âg. — * Idtm, ibid. p. 53 et «ussî ch. it, *Unce 68, p. 3i. — * Idmi, ibid, eh. nr. p. 6a. — * idem, ibid. ch iv, p. 68. — ' Idem, ibid. ch. v, p. Si.

« à eux. Maintenant je vois tout; je suis délivré de mon aveuglement , et il « n'est personne en ce monde qui l'emporte en rien sur moi. » Mais de sages Rishis, témoins de cet aveuglement plus redoutable encore que le premier, cherchent à calmer cette vanité insensée : o Tu n'as fait , »ô homme, lui disent-ils, que recouvrer la vue; et tu ne connais « encore rien. D'où te vient donc cet orgueil P Tu n'as pas la sagesse et « tu n'es pas instruit Quand tu es assis dans ta maison, tu ne peux rien avoir de ce qui est au dehors; tu ne distingues pas les pensées de tes a semblables; tu ne perçois pas, à la distance de cinq yodjanas, le bruit « de la conque et du tambour; tu ne peux te transporter même à la dis- « tance d'un kroça sans te servir de tes pieds. Tu as été engendré et tu « t'es développé dans le ventre de ta mère , et tu ne te rappelles rien «de tout cela. Comment donc es-tu savant? Comment donc peux-tu « dire : Je connais tout ? Comment peux-tu dire : Je vois tout ? Reconnais, « ô homme, que ce qui est la clarté est l'obscurité, que ce qui est l'obs- « curité est la clarté. » L'aveugle , honteux de sa présomption , se fait instruire par les Rishis dans les mystères de la loi; et bientôt les yeux de l'esprit lui sont donnés, comme naguères ceux du corps lui ont été rendus, par f habile médecin, qui n'est autre que le Tathâgata l.

Suivent ici, dans le Lotos de la bonne loi, plusieurs chapitres qui sont consacrés aux prédictions du Bouddha. Ces prédictions ne sont pas compromettantes. Le Bouddha prédit à quatre de ses auditeurs, Kâcyapa et les trois autres, qu'ils deviendront bouddhas à leur tour3. 11 leur désigne le nom sous lequel ils renaîtront dans l'univers dont il seront les sauveurs. H prend même la peine de décrire pour chacun d'eux , en prose ou en vers , la beauté du monde dont ils seront les chefs , de fixer en chiffres précis, quoique fabuleusement énormes, la durée de leur règne, etc. Il en fait autant pour l'un de ses auditeurs moins illustre que les quatre autres, Poûrna, qui avait jadis abandonné une immense fortune pour suivre le Bouddha5. Ces prophéties splendides éveillent, comme on peut le croire, les désirs , si ce n'est l'envie , de ceux qui écoutent Bhagavat4. Douze cents de ses auditeurs ont tous en même temps cette pensée : Si Bhagavat pouvait aussi nous prédire à chacun séparément notre

' lAitas de la bonne loi de M. E. Burnouf, ch. v, p. 84- — ' Idem, ibid, ch. vi , p 89. Voir plus haut sur Kiçyapa, cahier de juillet i854. P* 4a5. — * Loin de la bonne loi de M. E. Burnouf, ch. vin, p. îa j, et la légende de Poûrna, dans YIntrod. à l'hist. da bouddk. ind, p. a35 et suit. — ' Lotus de la bonne loi de M. E. Burnouf, p. iaC. Hiouen-Thsang parle aussi de prédictions faites par le Bouddha à K&çyapaet à Maitréya, pendant qu'ils séjournaient a Bénarès, p. i33 delà traduction de M. Stanislas Julien.

destinée future , comme il a fait pour ces grands Çravakas I Bhagavat devine la pensée qui s'élève en eux; mais il se contente de prédire que cinq cents religieux , tous arhats , deviendront Bouddhas sous le nom de Samantaprabhàsa , qui sera commun à tous1. Cependant Ânanda , cousin du Tathàgata, Râhoula son fils, avec deux mille autres religieux, conçoivent le même désir, et il faut que Bhagavat prédise à chacun d'eux la destinée qui l'attend; il seront tous aussi des bouddhas sous des noms et dans des univers différents*.

Voilà déjà bien des détails extravagants et tout à fait inutiles , puisque l'exposition de la loi, promise par le Lotos, n'est pas donnée; mais en voici de bien plus absurdes encore.

Pendant que Bhagavat déroule ces prédictions qui pénètrent de joie , de contentement, de plaisir, de satisfaction, d'allégresse, tous ceux qui en sont l'objet, ou même qui les entendent sans en profiter, tout à coup apparaitun stoûpa merveilleux, sortant du sol au milieu de l'assemblée, fait de sept substances précieuses, haut de cinq cents yodjanas et d'une circonférence proportionnée 11 s'élève en l'air et se tient suspendu dans le ciel , aux regards de l'assemblée , qui a tout le loisir de le contempler, et d'en admirer les milliers de balcons jonchés de fleurs, les milliers de portiques, d'étendards, de drapeaux, deguirlandes.de clochettes, sans parler de l'or, de l'argent, des perles, des diamants, des cristaux, des émeraudes, etc. Une voix sort de ce stoûpa pour louer Bhagavat de l'exposition qu'il vient de faire de la loi, ou plutôt. de promettre. C'est la voix d'un antique Tathàgata nommé Prabhoùtaratna*, qui vient offrir ses hommages au Bouddha, et prendre sa part de l'enseignement. Après avoir réuni des centaines de mille, de millions, de myriades de kotis de bodhisattvas, pour honorer cet illustre visiteur, le Bouddha avec l'index de sa main droite sépare le stoûpa par le milieu; et l'on y voit le Tathàgata Prabhoùtaratna , assis sur son siège , les jambes croisées , et ayant les membres desséchés sans que son corps ait diminué de volume, et comme plongé dans la méditation. Il sort cependant de son extase ; et c'est pour inviter le Bouddha, qu'il accable d'éloges, ù venir s'asseoir à côté de lui dans le stoûpa. Le Bouddha se rend à cette prière; et tous les deux se tiennent dans les airs, parlant à l'assemblée qui s'est élevée comme eux dans l'espace, par la puissance surnaturelle de Bhagavat '. *

' Lotus de la bonne loi de M. E. Burnouf. ch. vin, p. 116. — ' Idem, ibid. cl*, ix, p. i3o. — * Idem, ibid. cli. xi, p. iâ5. — * Idem, ibid. p. îlfj. Voir, pour les §loùpas, l'Iatrod. à l'hit t. du boudJh. ind. do M. E. Burnouf, p. 34g. — * Idem, ibid. p. i5i et î&a.

Puis les prédictions recommencent, et cette fois c'est à des femmes qu'elles s'adressent. La tante du Bouddha , Mahâpradjâpati la Gotamide, deviendra, elle aussi, un Bouddha selon son désir; Yaçodharâ, la mère de Râhoula, jouira du même bonheur-, et les milliers de religieuses qui les suivent deviendront des interprètes de la loi. Il est probable que, pour remplir cette mission surhumaine, les femmes changeront de sexe; et, si la légende ne le dit pas pour celles-ci, elle l'annonce formellement pour la fille de Sàgara, roi des Nâgas, qui, pleine de sagesse dès l'Age de huit ans, se transforme en homme pour devenir un bodhisattva en récompense de sa piété l.

Je sens vraiment un grand embarras à exposer toutes ces absurdités , qui ont aussi peu de grâce que de raison dans le style des bouddhistes-, et je voudrais les épargaer au lecteur, si je ne tenais à lui donner une idée fidèle de ces monuments vénérés par tant de peuples, tout étranges et monstrueux qu'ils sont. Mais, pour en finir, je dois faire une dernière citation qui, je crois, dépasse tout ce qu'on peut trouver dans les soûtras -bouddhiques en niaiserie et en grossière stupidité. C'est dans le chapitre xx du Lotus de la bonne loi, intitulé : Effet de la paissante surnaturelle du Tathâgata. Des centaines de mille de myriades de kotis de bodhisattvas, en nombre égal à celui des atomes contenus dans mille univers, sont sortis des fentes de la terre, après qu'un rayon de lumière est parti du milieu des sourcils de Bhagavat'. Ils adorent, les mains jointes, le Bouddha, qui vient de les réunir, et lui promettent, quand il sera entré dans le Nirvâna complet , d'exposer la loi à sa place. Le maître les remercie. Puis le bienheureux Çakyamouni et le bienheureux Praboùtaratna, qui sont toujours assis sur le trône de leur stoûpa, se mi rent à sourire ensemble. Leur langue sortit de leur bouche, et atteignit jusqu'au monde de Brahma3. Ils s'en échappa en même temps plusieurs centaines de mille de myriades de kotis de rayons. Les Tathâgatas innombrables dont les deux personnages sont entourés les imitent; ils tirent leur langue comme eux , et ils opèrent « cet effet de leur puis- « sance surnaturelle » pendant cent mille années complètes. A la fin de ces cent mille années, ils ramènent à eux leur langue et font entendre en même temps le bruit qu'on produit en chassant avec force la voix de la gorge, et celui qui s'entend quand on fait craquer ses doigts.

Vraiment la plume me tombe des mains, et, si je ne me disais que ces

' Lolut de la bonne loi de M. E. Burnouf, ch. xu, p. i63, el ch. xi p. tôt. Dans le Lotus de ht bonne loi, ch. vm , p. i a3, il est dit formellement qu'il n'y aura plus de femme» dans les univers des bouddhas. — ' Idèm, ibid. cli. xx, p. a33. — * Idem, ibid. p. a34.

niaiseries misérables sont dans un livre canonique, je renoncerais à poursuivre. Mais heureusement la tâche, comme on a pu le voir, n'est pas toujours aussi ingrate , et nous trouverons plus tard , dans l'exposition de la morale bouddhique , des compensations à tant de sottises et de dégoût.

Le reste du Lotos de la bonne loi ne mérite pas une analyse particulière. Le chapitre xxi et les suivants sont consacrés à peu près exclusivement à énumérerles avantages que doit procurer aux fidèles la lecture de ce soùtra; et on leur promet entre autres des formules magique» qui les préserveront de tout danger1. Enfin , au vingt-septième chapitre, Bhagavat confie le dépôt de la loi à l'assemblée, qui vient d'en écouter l'explication , et congédie ses auditeurs ravis de l'avoir entendu3.

J'en ai fini avec l'analyse des deux soùtras que je voulais faire connaître. Ce travail, tout fastidieux qu'il a été parfois, était nécessaire. En voyant les aberrations des livres qu'on répute pour inspirés, ou comprendra mieux aussi les erreurs bien autrement graves qu'a commises le bouddhisme dans sa métaphysique, source de croyances déplorables pour des peuples sans nombre. Le Lotos de la bonne toi, ainsi qu'on a pu s'en convaincre, est fort inférieur au LalitavUtara , et tous deux représentent assez exactement, quoique a des degrés divers, la classe des soùtras bouddhiques qu'on appelle de grand développement, et qui appartiennent plus particulièrement au Népàl et au nord. Les soùtras simples sont, en général, exempts de ces extravagances; et, bien qu'on y puisse trouver une diffusion insupportable et des rêveries fort ridicules , on n'y trouve point de ces monstruosités révoltantes3. Us sont plus rapprochés de la prédication même du Bouddha , et ils

1 Lotos de la bonne loi de- M. E. Burnouf, ch. xxi, p. 339 et 4i8. M. E. Burnouf a donné ces formules en sanscrit; ce sont, jxrst la plupart, des mots sans suite el des allitérations. — 1 Idem, ibid. ch. xxvn, p. a8a. — 1 Voir la dissertation de M. E. Burnouf sur ce point spécial. Introduction à l'hittoire du bouddhisme indien, p. 70 et suiv. La distinction entre les soùtras simples et les soùtras développés est de la plus haute importance. Les premiers étant, .sans aucun doute, antérieurs, c'est à eux qu'il faut demander la tradition exacte de l'histoire et de la doctrine de Çakyaruouni. Les soùtras développés (mahâ vaipouliya soûl ras, mahàyana soùtras) sont venus plus tard, el lorsque déjà le sens des croyances primitives commençait à s'altérer sous l'amas des superstitions et des commentaires dont elles étaient l'objet. Mais , si cette distinction est très-importante , elle est , en général , aussi très-difficile, et, comme ces monuments, tout sacrés qu'ils peuvent être, sont, pour la plupart, sans nom d'auteur et sans date précise, il est extrêmement délicat de discerner des nuances que les bouddhistes eux-mêmes se sont bien gardés de fixer. Après une étude attentive et sagaco, voici les différences principales que M. E. Burnouf a reconnues entre ces deux classes de soùtras, qui passent, d'ailleurs, les uns et les autres, pour avoir été recueillis de la bouche même du Bouddha, par des

gardent la trace de ta réalité , tout en ta faussant. Au contraire, ia réalité a disparu presque entièrement dans les soûtras développés pour faire place aux inventions d'une imagination déréglée, qui touche à l'insanie. Il faut ajouter, pour être juste, que les soûtras du sud, les soûtras singhalais, sont, en général, beaucoup moins déraisonnables que ceux du Népâl; et c'est la une preuve certaine de leur antiquité ».

Avant de quitter la légende de Çàkyamouni, je veux, pour la compléter, donner l'explication des principaux noms par lesquels nous avons vu désigner le réformateur; ils sont très-nombreux, et tous ont de l'importance au point de vue du dogme et de la doctrine philosophique. Ils peuvent se diviser en deux classes, selon qu'ils sont laïques ou religieux. Les noms laïques nous sont connus; celui que le jeune prince reçoit de son père au moment de sa naissance est Siddhârtha, comme nous le savons*. On se rappelle aussi ce que signifient les deux noms de Çalcyamouni3, et de Çramana Gaoutama.

auditeurs dont le témoignage est irrécusable : i* le soùlra simple est en prose; le soùtra développé est en prose el en vers, les vers ne faisant que répéter, comme dans le Lotus de la bonne loi, ce qui vient d'être dît on prose. Quand il y a par hasard des vers dans les soûtras simples . ce ne sont que des stances fort courtes, qui , sans doute , avaient pour objet de mieux graver dans la mémoire des fidèles certains préceptes importants, et qui remontent à Çàkyamouni lui-même {Loin* de la bonne loi de M. E. Burnouf, p. 7i5). a* la langue des deux classes de soûtras est différente. Les soûtras simples, prose et stances, sont en sanscrit ordinaire, peu correct mais uniforme; dans les soûtras développés .les vers sont en un sanscrit barbare où se trouvent confondues des formes sanscrites, pâlies et pracrites. Selon toute apparence, cette partie des livres canoniques a été rédigée hors de l'Inde , en deçà de V indus ou au Kachemire. 3* les soûtras simples sont beaucoup plus concis que les soûtras développés. 4* jamais on bodhisattva n'y paraît k coté de Çàkyamouni ; il est toujours relégué dans le Touchita, en attendant qu'il descende dans le monde après que le Bouddha en sera sorti. S' il n'est pas question , dans les soûtras simples , de ces bodlnsaltvas en nombre in uni, qui tiennent tant de place dans le cadre des soûtras développés. L'invention de ces bodhisattvas de la contemplation , comme les appellent les bouddhistes eux-mêmes, n'apppartient pas aux premiers temps du bouddhisme. 6* il n'y n pas dans les soûtras simples de formules magiques, tandis qu'il y en a MMiveol dans les soûtras développés ( Introd. à Chût, du bouddk. ind. de la page 99 à la page ia6). M. E. Burnouf attache le plus d'importance à la cinquième de ces différences. C'est, d'ailleurs, dans les soûtras simples a peu près exclusivement et dans les légendes (avadânas) qu'il faut chercher des détails historiques sur la société brahmanique, au milieu de laquelle naît et vit le réformateur. Les soûtras développés ne donnent, en général, aucun renseignement dont l'histoire puisse profiler. Ils ne sont que des œuvres d'imagination oùla réalité n'apparaît plus. — 1 On peut se convaincre de l'exactitude de cette assertion en lisant les soûtras singhahris qu'a donnés M. E. Burnouf dans les Appendices du Lotos de la bonne loi, p. AAq, A90 et 534. — 1 Voir plus -haut le Journal iet Savants, cahier de juin i85£, p. 356. — ' On l'appelle aussi assez souveol Çikyasinba, île lion des Çàkyas,. au lieu de de so-

Le nom de Bouddha, le plus célèbre de tous, parce qu'on en a tiré celui d'une religion, ne signifie pas autre chose que le savant, l'éclairé1. Il vient de la racine Boudh, connaître. Ce titre est assez modeste, 6i on le compare au rôle immense joué par celui qui l'a reçu ou qui l'a pris; mais il montre on même temps la haute idée que le génie indien s'est faite de la science, qui, selon lui, est seule capable de sauver l'homme et de lui assurer, avec des pouvoirs plus que divins , une immortalité que les dieux mêmes ne peuvent atteindre. Comme le mot de Bouddha n'est pas un nom propre , il ne faut jamais l'employer pour désigner personnellement Çâkyamouni , sans y joindre l'article et sans dire : le Bouddha. C'est une simple qualité ajoutée ou substituée au nom sous lequel le prince de Kapilavastou était connu dans le monde3.

Tathâgata, l'un des titres les plus élevés qu'on donne au Bouddha, et qu'il paraît s'être donné lui-même, signifie : « Celui qui est allé comme «ses prédécesseurs, celui qui a parcouru sa carrière religieuse de la « même manière que les bouddhas antérieurs. » Par ce titre , la mission de Çâkyamouni se rattache à celle de tous les sages qui l'ont devancé, et dont il ne fait qu'imiter les exemples9.

Sougata, ou le Bienvenu, est une épithète semblable, sous le rapport de l'étymologie, à celle de Tathâgata ; mais on voit que le sens historique et philosophique en est moins profond. Elle atteste simplement que, dans la croyance bouddhique, Çâkyamouni est venu pour sauver le monde et faire le bonheur des créatures4.

Bhagavat, qu'on ne peut guère rendre que par «le bienheureux,» ou « le fortuné, » est le nom le plus ordinaire du Bouddha dans les soûtras du Népal. C'était un titre assez fréquemment appliqué aux grands personnages dans la langue du brahmanisme6; mais, dans celle des bouddhistes, il l'est à peu près exclusivement au Bouddha, ou bien à l'être qui , sans être encore bouddha , est sur le point de le devenir. Il faut , pour le mériter dans toute sa valeur, avoir accompli envers les créatures tous les actes d'un dévouement sans bornes; et, comme c'est précisément par une telle abnégation que le Bouddha devient ce qu'il est , le titre de

• lilaire des Çàlya*. ■ Voirie Lotus de la bonne loi, ch. i, stances 93 et 98. — Introd. à l'hist. du bouddh. ind. de M. E. Burnouf, p. 71, note. — * Idem, ibid. L'usage du mol Bouddha, pris comme nom propre, est une faute qui est commise encore très-souvent, et qu'on fera hieh de corriger aujourd'hui qu'on en peut sentir l'importance. — 1 Idem, ibid. p. 76 et 76, on note; Foe-Kout-Ki, p. 191; Caoma deKôrôs, Asiat. Researckes, t. XX, p. aa&; M. Schmidl, Mim. de l'Acad. déficiences de Saint- l'étersbourg , 1. 1, p. 108, vi* série; M. Hodgson, Jourtu of ihe asiat soc. of Bengal, p. 384; M. Tuntour, MahJeansa, introd. p. lvi. — • Idem, ibid. p. 77. — r fdtm.Uiusdc la bonne loi de M. E. Burnoof, p. 48/j.

Bhagavat ne convient réellement qu'à lui; aussi, d'ordinaire, c'est pour lui qu'il est réservé1.

Le nom de Bodhisattva présente des nuances un peu plus compliquées. Grammaticalement, il signifie : « celui qui a l'essence de la Bodbi, » ou de l'intelligence suprême d'un bouddha a. Or, pour acquérir cette intelligence suprême , il faut avoir victorieusement subi les plus rudes et les plus longues épreuves dans une multitude d'existences successives. On est mût alors, comme on dit en style bouddhique, pour obtenir l'état de bouddha parfaitement accompli. Mais la volonté la plus énergique et la plus constante ne suffit pas à elle seule; la vertu elle-même est impuissante pour que l'être arrive à ce degré supérieur de sainteté. Il faut, en outre, qu'il gagne la faveur d'un ou de plusieurs des anciens bouddhas. Quand il a su la gagner, il va, dans l'un des cieux qui s'élèvent au-dessus de la terre, attendre l'instant de son apparition dans le monde. Mais, même après qu'il y est descendu, il reste toujours bodhisattva, et n'est pas encore bouddha. Il ne le devient enfin qu'après avoir ici-bas montré, par les austérités, par la pratique de toutes les vertus, parla science et l'étude , qu'il est digne d'instruire les créatures et de sauver l'univers dans lequel il a paru. C'est à ces conditions seulement que le bodhisattva devient bouddha. On se rappelle que c'est là justement toute la série des progrès successifs que nous avons trouvés dans le Lalitatistara. D'abord, nous avons vu le bodhisattva dans le ciel Touchita, séjour de la joie. Là il s'entretient, avant de s'incarner dans le sein d'une femme , avec les dieux qui le servent et auxquels il enseigne la loi. Puis nous l'avons retrouvé à Bodhimanda, se soumettant, durant six longues années, aux mortifications les plus effrayantes. C'est ainsi que de degrés en degrés, après avoir pénétré, par la méditation la plus profonde, la vérité et les lois des choses , il devient bouddha sous l'arbre appelé leTarâyana3. Jusqu'à ce moment suprême, Siddhârtha n'a été

1 Introd. àl'hist. du boudd. ind. de M. E. Burnouf, p. 71, en note. Il parait que le mot de Bharravat, appliqué au Bouddha, est fort ancien dons la langue des bouddhistes du Nord, car on le trouve déjà dans l'inscription de Bhabra, découverte, en j84o, par M. le capitaine Burt, et qui est un édit du roi Piyadasi. Voir plus haut, Journal des Savants, cahier de mai i85A, p. a83 ; Journal of the asiat. toc. of Bengal, t. IX, 11* partie, p. 616, et M. E. Burnouf, Lotus de la bonne loi, Appendice n* x, p. 710. — ' Introd. à tkist du boaddh. ind, de M. E. Burnouf, p. 110. Pour la Bodbi. voir plus haut. Journal des Savants, cahier de juillet i854 p. 4i 1. — ' Voir plus haut, cahier de juillet i854 , p. Ai 1 et k 1 a ; Introd. à l'hist. du bouddk. ind. de M. E. Burnouf, p. 110. Le bodhisattva doit encore fournir une existence, tandis que le bouddha est désonnais soustrait a la loi de la transmigration; mais, comme le bodbisatlva est un futur bouddha, il ne peut exister dans le même monde un bodhisattva et un bouddha.

que bodhisattva, c'est-à-dire, en quelque sorte, aspirant bouddha. Si, durant le reste de son existence , et même après qu'il est devenu bouddha, on l'appelle encore bodhisattva, c'est par une espèce de licence orthodoxe. La mission du bouddha n'est vraiment complète, elle n'est achevée , que quand il entre définitivement dans le Nirvana , et l'on peut , . jusqu'à ce moment, lui conserver une dénomination qui ne lui convient plus parfaitement. Mais, une fois que le bouddha est entré dans le ^Nirvâna, le titre de bodhisattva ne doit plus lui être appliqué; car il y a longtemps qu'il l'a dépassé.

Souvent on joint au mot de bodhisattva celui de mahàsattva , qui signifie «celui qui a la grande essence, » ou bien «grand être, grande créature *. » Cette seconde épithète affaiblirait plutôt le sens de la première , quand on songe à tout ce que renferme l'idée de la Bodhi pour les croyants. On peut voir, du reste, dans le Lotus de la bonne loi, au chapitre intitulé : La Position commode, et dans le Pradjnâ paràmitâ, toutes les conditions que doit remplir un bodhisattva mahàsattva 2.

Un dernier nom qu'on donne quelquefois au Bouddha , et qui est moins élevé que tous ceux qui précèdent, est celui d'arhat ou de vénérable, que prennent aussi les religieux du degré supérieur3. Mais, quand il s'applique au Bouddha, on le complète et on le relève en disant: «Le « Vénérable du monde » ou « le Vénérable du siècle, » autant, du moins, qu'on en peut juger d'après la traduction danoise *.

Les bouddhistes ne se sont pas contentés de faire du Bouddha un idéal de vertu, de science, de sainteté, de pouvoirs surnaturels; ils en ont fait aussi un idéal de beauté physique; et la même tournure d'imagination qui a produit les développements extravagants des grands soûtras, s'est exercée avec autant de diffusion et de puérilité dans le portrait du Tathâgata. Il est assez probable que, de même que la légende renferme quelques faits réels et historiques, de même le portrait du Bouddha doit avoir conservé quelques-unes des particularités de la physionomie personnelle de Siddhàrtha \ Mais il est bien difficile encore ici de faire le discernement du vrai et du faux. Dans les trente-deux signes

1 M. E. Burnouf , Introd. à Vkiit. du boaddk. ind. p. 465, «a note. — 1 Lottu de la bonne loi de M. E. Burnouf, ch. xni, p. 167 et suiv., et dans ia Pradjnâ pàramilâ, ch. i", Introd. a ikiit. da bouddh. ind. de M. E. Burnouf, p. 465 et suiv. Les détails <lans lesquels entrent le Lolus et la Pradjnâ sont des plus coofus et des plus obscurs. — 1 Introd. à Ikist. du bouddh. ind. de M. E. Burnouf, p. 80 et 394, et Loi** de la bonne loi, p. 287, aqa. — * Foe-Koue-Ki de M. A. Reroosal, p. 58, 101 et 1 13. Hutoire de la vie d'Hiouen-Thsang de M. Stanislas Julien, p. iaa, i58 et patin*. — * M. E. Burnouf a discuté ce point de vue , qui semble assez probable, Lottu de la bonne loi. p. G19, Appendice n* vin.

caractéristiques du grand homme et dans les quatre-vingts marques secondaires, il y a des impossibilités naturelles , ou plutôt des exagérations qui vont jusqu'à l'impossible. Toutefois, il ne faut pas négliger ces détails; car ils attestent quel était, dans ces temps reculés, le goût de ces peuples, et ils sont comme une partie de leur esthétique, sans parler des renseignements qu'ils peuvent fournir à l'ethnographie. Cette nomenclature exacte des trente-deux signes et des quatre-vingts marques secondaires remonte aux premiers siècles du bouddhisme, puisqu'elle se trouve déjà dans le Lalitavistara 1 ; elle a , de plus, une valeur égale chez les bouddhistes du sud et chez les bouddhistes du nord. C'est donc une partie importante, quoique tout extérieure des croyances bouddhiques. L'on a voulu en faire, en quelque sorte, un signalement, que peuvent vérifier les intelligences les plus vulgaires avant de donner leur foi.

M. E. Burnouf a consacré à cette étude un des appendices les plus considérables du Lotos de la bonne loi. Il a pris la peine d'étudier et de comparer sept listes différentes données par des ouvrages Népalais et Singhalais : d'abord celle du Lalitavistara ; puis celle du vocabulaire pentaglottc de M. Abel Rémusat2; une troisième, celle qu'a empruntée M. Hodgson au Dharma sangraha, terminologie religieuse et philosophique des bouddhistes du Népal s; une quatrième et une cinquième puisées à un ouvrage spécial sur ce sujet, le Lakkbana soutta de Ceylan . qui se trouve dans le recueil intitulé Digha nikâya; enfin, une sixième et une septième , toutes doux singhalaises aussi , tirées Tune du Mahâpadhàna soutta, qui fait partie du même recueil, et l'autre du Oharma pradipika. ouvrage moitié singhalais, moitié pâli4.

Je ne veux pas énumérer un à un les trente-deux signes, ni encore moins les quatre-vingts marques secondaires; je n'en citerai que les plus remarquables. Le premier signe est une protubérance du crâne sur le sommet de la tète. Rien n'empêche de croire que cette singularité de

' Rgya tck'er roi pa de M. Éd. Foucaux, t. II, p. 107 et suiv. M. Abcl-Rémusat a renversé pour jamais l'hypothèse de Williams Jones, qui avait voulu faire un nègre de Siddhârtha, parce que ses images le représentent avec des cheveux frisés. Voir le mémoire spécial sur les signes caractéristiques d'un bouddha, Mélanges asiatiques, 1. 1, p. 101 et 168. — 1 Abel-Rémusat, Mélanges asiatiques, t. I, p. 164. — 1 M. Hodgson , Zoom, of the roy. asiat. tociety of Great Britain , t. II , p. 3 1 4 , et Joum. asiat. soc. of Bengal, t V, p. 91. — ' M. E. Burnouf, Lotus de la bonne loi, p. .07. Appendice n' vin. Ces sept listes ne diffèrent, en général, entre elles que par l'ordre d'énumération , et, selon toute apparence, elles dérivent d'un seul et même original. Il y a cependant quelques caractères que ne contient pas le Lalitavistara, et qu'ont les autres Iules. Voir le tableau comparatif de M. E. Burnouf. Lotos de la bonne loi, p. 677 et 58i.

conformation n'ait appartenu à Siddhârtha. Le second signe, c'est d'avoir des cheveux bouclés tournant vers la droite, d'un noir foncé et à reflets changeants. La chevelure tournée vers la droite rappelle sans doute l'acte du jeune prince coupant ses cheveux avec son glaive et les boucles écourtées , que l'on avait prises à tort pour celles d'un nègre , confirment cette tradition qui vivait encore chez les bouddhistes de Ceylan quand le colonel Mackensie les visitait en 1797*. Ce second signe est tout aussi vraisemblable que le premier. Le troisième, qui est un front large et uni, ne l'est pas moins. Le quatrième, au contraire, semble bien de pure invention : c'est la fameuse toufle de poils, oùrnà , naissant entre les sourcils et qui doit être blanche comme de la neige ou de l'argent. Suivent deux signes qui se rapportent aux yeux : le Bouddha doit avoir des cils comme ceux de la génisse, et l'œil d'un noir foncé. Les dents doivent cire au nombre de quarante , égales , serrées et parfaitement blanches. La description passe ensuite à la voix , qui doit être celle de Brahma, a h langue, à la mâchoire, aux épaules, aux bras, qui doivent descendre jusqu'aux genoux, beauté que nous comprenons peu, mais que les poèmes indiens ne manquent jamais de donner a leurs héros puis à la taille, aux poils , qui doivent être tous séparés et tournés vers la droite à leur extrémité supérieure -, puis aux parties les plus secrètes du corps; de là aux jambes, aux doigts, aux mains, et enfin aux pieds, qui, entre autres signes, et outre le cou-de-pied saillant, doivent être parfaitement droits et bien posés.

Les quatre-vingts marques secondaires ne font qu'ajouter des caractères moins saillants aux trente-deux qui précèdent*. Il y en a trois pour les ongles, trois pour les doigts, cinq pour les lignes de la main, dix pour les membres en général, cinq pour la démarche, trois pour les dents canines, une pour le nez, six pour les yeux, cinq pour les sourcils, trois pour les joues, neuf pour les cheveux, etc., etc..

Il ne faut pas attacher a toutes ces minuties plus d'importance qu'il ne convient ; mais il ne faudrait pas non plus les négliger entièrement.

1 Voir pltu haut, Journal des Savants . cahier de juin i8f>4, p. 366. — * M. le colonel C. Mackensie, Asiatic Researehes, t. VI, p. 453, éd. de Londres, 4*- — 1 Celte forme particulière des bras est célébrée comme une beauté des héros dans le Mahâbhàrata et dans le Kàmâyaaa; M. E. Burnouf, Lolui de la bonne loi, p. 618. Au* citations que fait M. E. Burnouf, on peut joindre la Bhagavad guilà, lect. I, sloka 18, qui donne de • grands bras* a l'un des héros que cite Ardjouna. Dans le Ria-Véda, i' ashtaka, lecture 8. hymne k (p. 363 de ledit, de M. Max. Mûller, et p. ao4, t. II . de la traduction «Je M. Langlois) , le divin Savitri est appelé « dieu aux » longs bras. •— * Lotus de la bonne loi de M. E. Burnouf, p,583 et suif. Appendice n* vin.

Quelques-unes ont donné naissance à des superstitions qui tiennent une, grande place dans le bouddhisme. Ainsi le trente et unième signe du grand homme, c'est d'avoir sous la plante des pieds une figure de roue. Delà les bouddhistes de Ccylan , du Népâl , du Birman, de Siam, du Laos, etc. , ont cru retrouver en divers lieux l'empreinte du pied du Bouddha 1 ; c'est le fameux Prahhât ou Çrîpâda , ou pied bienheureux , dont l'une des traces les plus célèbres se trouve sur le pic d'Adam à Ceylan, et où la superstition singhalaise croit reconnaître jusqu'à soixante-cinq figures de bon augure *

J'ai tenu à entrer dans tous ces détails, à la fois sur la vie réelle de Çâkyamouni et sur sa légende, pour qu'on pût voir nettement les deux côtés du génie bouddhique. D'une part, une grandeur dame peu commune; une pureté morale presque accomplie, avec une métaphysique profondément incomplète et fausse; une charité sans bornes; une vie héroïque , qui ne se dément pas un seul moment. De l'autre part , une superstition qui ne recule devant aucune extravagance , et qui ne se rachète que par une admiration enthousiaste pour la vertu et pour la science. Des deux côtés, de très-nobles sentiments avec des erreurs déplorables; le salut du genre humain cherché avec une égale ardeur et la plus louable sincérité-, des chute9 désastreuses, trop juste punition d'un orgueil qui ne s'est point connu, et d'un aveuglement que rien ne peut éclairer. Telles sont les deux faces les plus générales du bouddhisme. Nous allons les retrouver dans sa morale et sa métaphysique.

BARTHÉLÉMY SAINT-HILAIRE

( La suite à un prochain cahier.)

1 Lotus de la bonne loi de M. E. Burnouf, p. 646. — * M. E. Burnouf, Lotus de la bonne loi, p. 6a3 el suiv., a énaméré et discuté ces soixante-cinq tigures , d'après le Dharma pradîpika singhalais et les descriptions de divers voyageurs. Cette superstition du Çripdda est assez ancienne dans le bouddhisme. Le MahÂvansa, au iv* siècle de notre ère, en parle déjà, ch. i, p. 7, Irad. de M. Turnour; au v* siècle, Fa-bian vit une empreinte dans le royaume d'Oudyâna et deux autres a Ceylan, Foc Koue-Ki de M. Abel-Rémusat , ch.viu, p. 45 et 63, et cb. xxxviu , p. 33a et 34i. Au vu' siècle, Hiouen-Thsang vit un très-grand nombre d'etnprcinios dans les royaumes du nord de l'Inde, dans celui de Kapitha, dans celui de Magailha , près de Râdjagriha, et dans divers royaumes de l'Inde occidentale, Histoire de la vie d'Hioaen-Tksang de M. Stanislas Julien, p. 111, i38, 207, 310, etc. Le roi Açoka avait fait construire des sloùpas dans tous les lieux qui passaient pour avoir conservé la trace des pas du Bouddha.

NOUVELLES LITTÉRAIRES

INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANCE

ACADÉMIE FRANÇAISE

L'Académie française» tenu , le a4 «oui, sa séance publique annuelle, sous la présidence de M. le comte de Salvandy, directeur.

A l'ouverture de la séance, M. Villemain, secrétaire perpétue), a proclamé dans l 'ordre suivant les prix proposés et les prix décernés.

MUX DECERNES.

Pris de poésie. — L'Académie avait remis au concours, pour sujet d'un prix de poésie à décerner en i8f>4, Y Acropole d'Athènes. Le prix a été décerné à Madame Louise Colet. M. Arthur de Boissieu a obtenu l'accessit.

Deux mentions honorables ont été accordées : la première à la pièce inscrite sous le n* 55 ; la seconde à la pièce inscrite sous le n* Ào. En dehors du prix et des mentions précédentes , l'Académie ayant particulièrement remarqué une pièce de poésie inscrite sous le n* 18, a décidé qu une médaille de 1,000 francs serait décernée, par exception, à l'auteur de ce poème, M. Adolphe Dumai, après autorisation obtenue.

Prix Montyon dettiaét aax actes de txrta. — L'Académie française a décerné :

Deux prix de i,5oo francs chacun : à Rosalie Auber, domiciliée à Bemay (Eure); a Madeleine-Adèle G robot, domiciliée à Angouléme (Charente).

Six médailles de 1 ,000 francs chacune aux personnes ci-après nommées , savoir : a Marie Bourdet, domiciliée à Navarrenx (Basses-Pyrénées); a Marie Dogimont, domiciliée à Rœux (Pas-de-Calais); à Anne Trepsat, domiciliée à Aurillac (Cantal); à Josépbine-Hortensc de Vaugrigncuse, domiciliée à Bécherel (lUe-et- Vilaine); a demoiselle Baumont, domiciliée à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais): à Louis-Auguste Le Chevallier, domicilié au Havre (Seine-Inférieure).

Dix-sept médailles de 5oo francs aux personnes ci-après nommées , savoir : à .Marguerite Jacquot, domiciliée à Sapois (Vosges); à Peyronne Maréchal, domiciliée a Paris; a Victoire Boulin, domiciliée au Pecq (Scine-et-Oise); à Marie Bcncset, domiciliée a Montsalvy (Cantal); à Thérèse Collin, veuve Modot, domiciliée à Saint-Maurice-sur-Vingeanne (Cote-d'Or); à Jcau FouiUet, domicilié à Saiot-Sjm

phorieo-dcs-Bois (Saôoe-et-Loire); aux deux soeurs Monique Loppe et Élis* Loppe, domiciliées à Wimille (Pas-de-Calais) ; à Catherine Guillemette, domiciliée a Audi (Gers); à Anne Pioger, domiciliée à Fyé (Sartho); à Joseph-Henri Bonnival, domicilié a Die (Drôme); à Théophile Derlique, domicilié a Havrincourt (Pas-de- Calais) ; à Claude Gollot, domicilié a Bellefood (Cole-d'Or) ; à Horlense Jenot, domiciliée à Villers-sir-Nicol (Nord); à la dame veuve Barbier, domiciliée à Paris, à Rose Malafosse, domiciliée à la Parade (Lotère); à Anne-Françoise Bietrix , veuve Ponçot, domidhée a Amagney (Doubs) ; à Cléonice Lacroix, domiciliée à Foigny (Aisne).

Prix destinés aux ouvrages les plus utiles aux mœars. — L'Académie française a décerné deux prix de a,5oo francs chacun : a M. l'abbé A. Gratry, auteur d'un ouvrage intitulé : Philosophie. De la connaissance de Dieu; à M. Jules Simon, auteur d'un ouvrage intitulé : Le Devoir.

Un prix de 2,000 francs à SI. de Beauchesne, auteur dan ouvrage intitulé : Louxs XVII, sa vie, son agonie, sa mort.

Cinq médailles de i,5oo francs chacune ; A M. Aniédée Fleury, auteur d'un ouvrage intitulé : Saint Paul et Sinèque, recherches sar les rapports du philosophe avec l'apôtre; à M. Louis Ralisbonne, auteur de la Traduction en vers français de YEnfer du Dante; à M. F. T. Pcrrens, auteur de l'ouvrage intitulé : Jérôme Saconarole, sa vie, ses prédications, ses écrits; a M. Pierre Clément, auteur d'un ouvrage intitulé : Jacques Cceur et Charles VII, ou la France au xv* aiède; à M. Léon Feugère, auteur de Y Essai sur la vie et les ouvrages de Henri Estienne.

Prix fondé par M. le baron Gobert . — Le premier prix demeure décerné à M. Augustin Thierry, auteur de l'ouvrage intitulé : Considérations sur l'histoire de France et récits des temps mérovingiens. Le second prix demeure décerné à M. Henri Martin, pour la section de son ouvrage contenue dans ies tomes XIV, XV, XVI, XVII et XV1I1, et renfermant Y Histoire de France sous Louis XIV et les premières années du règne de Louis X V.

Prix fondé par M. le comte de Maillé-Latour- Landry. — Le prix institué par feu M. le comte de Maillé-Laiour Landry en faveur d'un écrivain on d'un artiste a été décerné à M. Leçon le de Lisle, auteur d'un livre de poésies intitulé: Poèmes antiques.

Prix fondé par M. Lambert. — L'Académie a décidé que la récompense honorifique fondée par feu M. Lambert, pour être annuellement attribuée , soit à un homme de lettres connu par d'honorables travaux, soit à sa veuve, était décernée, cette année à M** veuve Souvestre.

Prix pour {855 et 1856. — L'Académie avait proposé pour sujet d'un prix d'éloquence à décerner en )854 : un Discours sur la vie et tes écrits du duc de Saint- Simon. Ce prix n'ayant pas été décerné, le sujet est remis au concours pour l'année 1 855. Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 2,000 francs. Les ouvrages envoyés au concours seront reçus jusqu'au 1" mars i855.

L'Académie propose pour sujet du prix de poésie à décerner en i855 : Les restes de saint Augustin rapportés à Hippone. L'Académie a décidé que la limite de trois cents vers ne devra pas être dépassée par les concurrents. Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 2,000 francs. Les ouvrages envoyés à ce concours ne seront reçus que jusqu'au 1" avril i855.

L'Académie propose pour sujet du prix d'éloquence à décerner en i856 : Y Eloge de Vauvenargues. Le prix sera une médaille d'or de la valeur de a.ooo francs. Les ouvrages envoyés à ce concours ne seront reçus que jusqu'au 1" mars i856.

Prix Montyon pour 1855. — Dans la séance publique annuelle de i855, l'Acadé-

mie française décernera les prix et les médailles provenant des libéralités de feu M. de Montyon, et destinés par le fondateur à récompenser le* actes de vertu et le* ouvrages les plus utiles mm mœurs qui auront paru dans le cours des deux année* précédentes.

Les pièces relatives à ce concours doivent être parvenue* au secrétariat de l'Institut avant le i" janvier de chaque année.

Prix de F ouvrage le plus utile aux mœart. — Ce prix peut être accordé à tout ouvrage publié par un Français dans le cours des deux années précédentes , et recommanda blc par un caractère d'élévation morale et d'utilité publique.

Deux exemplaires de chaque ouvrage présenté pour le concours devront élro adressés, francs de ports, avant le i" janvier i855, au secrétariat de l'Institut Ce terme est de rigueur.

Prix extraordinaires, provenant des libéralités de M. de Mojityon. Prix proposés pour 1855 et 1856. — L'Académie rappelle quelle avait proposé, pour sujet de deux prix à décerner en i853, les deux questions suivantes;

î* t Faire Miistoire de notre poésie narrative au moyen âge, en s'arrétant par- < ticolièrement aux grands romans de chevalerie en vers. En rechercher les origines, «l'invention première et les développements successifs. En faire connaître les carac «tères littéraires par des analyses, de» citations traduites, de* comparaisons em- «prunlées a d'autres époques, cl déterminer comment celle poésie se rapproche de

• quelques-unes des conditions l'épopée, t

a* • Décrire le travail des letlres et le progrès des esprits en France dans la pre-

• mière partie du xvn' siècle, avant la tragédie dn Cid et le Discourt de Descartes t iar la Méthode. Rechercher ce que, dan» l'érudition , la controverse, l'éloquence, « cette époque intermédiaire conservait de l' esprit et des passions du xvi* siècle, et

• ce que, dans le mouvement des idées et de la langue, elle annonçait de nouveau,

• et produisit de mémorable, antérieurement à l'influence de deux génie créateurs.

• Caractériser par des jugements étendus, et d'après des études précises sur la vie «el les écrits, ceux des hommes célèbres dans les lettres en généra] , dans l'Église,

• dans la magistrature, la politique, qui, poursuivant ou achevant leur carrière à

• celte époque, soit par de beaux essais d'art, soit par des œuvres savantes, soit «par des monuments de la vie active, lettre», mémoires historiques, négociations,

• discours, ont contribué dès lors à l'avancement de la pensée et de la langue. »

Aucun mémoire n'ayant été jugé suffisamment digne des prix, les deux questions ont été remises au concours pour l'annéo i855.

Chacun des prix sera une médaille d'or de la valeur de 3,ooo francs. Les ouvrages envoyés à ces concours ne seront reçus que jusqu'au i" avril i855.

L'Académie rappelle qu'elle avait proposé pour sujet d'un prix à décerner en i854, la question suivante :

• Etude critique el oratoire sur le génie de Tile-Live; faire connaître, par quelques traits essentiels de la société romaine au siècle d'Auguste, dans quelle» concilions de lumières et de liberté écrivit Tile-Live, et rechercher ce qu'on peut «savoir des circonstances de sa vie. Résumer les présomptions d'erreur et de vérité

• qu'on peut attacher a ses récits, d'après les sources qu'il « consultées et d'après

• sa méthode de composition historique, et, sous ce rapport, apprécier surtout les «jugements qu'ont portés de son ouvrage Machiavel, Montesquieu, de Beau fort et «Niebubr. Faire ressortir par des analyses, des exemples bien choisis et des frag-

• ment» étendus de traductions , les principaux mérites el le grand caractère de sa

• narration, ses vues morales et politiques, et son génie d'expression, en marquant

• ainsi quel rang il occupe entre les grands modèles de l'antiquité, et quelle étude

• féconde il peut encore offrir à l'art historique de noire siècle. •

Aucun mémoire n'ayant été jugé suffisamment digne du prix, la question a été remise au concours pour l'année i855.

Ce prix sera une médaille d'or de la valeur de 3,ooo francs.

Les ouvrages envoyés à ce concours ne seront reçus que jusqu'au 1 5 mars i855.

L'Académie avait également proposé pour sujet d'un prix à décerner en i854. la question suivante :

• Étude historique et littéraire sur les écrits de Froissart. Le considérer comme ■ le créateur principal, en vers et en prose, d'une époque nouvelle dans la vieille

• langue française. Rechercher les caractères de celte époque et l'influence qu'elle

• a eue sur les âges suivants de la langue.

• Apprécier la grande chronique de Froissart sous le rapport de la vérité histo- « rique, de la peinture des moeurs et du génie de narration; en faire ressortir les

• divers mérites par un examen attentif de la composition et du style, et par

• quelques rapprochements, soit avec les chroniques ilaJieones et espagnoles du

• même siècle, soit même avec certaines formes des antiques récils d'Hérodote. •

Aucun mémoire n'ayant été jugé suffisamment digne du prix, la question a été remise au concours pour l'année i856.

Ce prix sera une médaille d'or de la valeur de 3,ooo francs.

Les ouvrages envoyés à ce concours seront reçut jusqu'au i" janvier i856

Prix fondés par feu M. le baron Gobert. — A partir du i" janvier \&bb, l'Académie s'occupera de l'examen annuel relatif aux prix fondés par feu M. le baron Gobert , pour te morceau le plat éloquent d'hit loin de France , et pour celui dont le mérite en approchera le plut. L'Académie comprendra dans cet examen les ouvrages nouveaux sur l'histoire de France, qui auront paru depuis le \" janvier iSbà- Les ouvrages précédemment couronnés conserveront les prix annuels , d'après la volonté expresse du testateur, jusqu'à déclaration de meilleurs ouvrages.

Prix fondé par feu M. le comte de Maillé-Latour-Landrj. — Le prix institué par feu M. le comte de Maillé-Latour-Landry, en laveur d'un écrivain ou d'un artiste, sera, dans les conditions de la fondation, décerné en i856, par l'Académie, à l'écrivain dont le talent, déjà remarquable, méritera d'être encouragé à suivre la carrière des lettres.

Prix fondé par fou M. Lambert. — L'Académie a décidé que le revenu annuel de cette fondation serait, dans les limites de la pensée du testateur, convenablement affecté . choque année . à tout homme de lettres , ou à sa veuve , auquel elle souhaiterait donner une marque publique d'estime.

Prix fondé pur fou M. Bordin. — La fondation annuelle instituée par feu M. fiordin, et dont 1 emploi, sous la forme d'un prix unique, aura lieu pour la première fois en i856, sera spécialement consacrée à encourager la haute littérature, soit que l'Académie dispose de ce prix en faveur d'un ouvrage publié dans les deux années ou dans l'année précédente, et remarquable, quels qu'en soient l'objet ou la forme, par l'étendue des connaissances littéraires et le talent d'écrire;

Soit que, dans d'autres cas préalablement annoncés, l'Académie ait jugé convenable de proposer le sujet même du prix par la mise au concours d'une question d histoire ou de critique littéraire empruntée, soit à l'antiquité , soit aux temps modernes.

Pour la première application du prix en i856, l'Académie statuera exclusivement par l'examen comparatif des ouvrages imprimés dans les deux années précédentes ,

qui lai paraîtraient rentrer dans le* conditions indiquées ci-dessus , et dont l'envoi . a trois exemplaires au moi ru , lai aurait été adressé par les auteurs.

Après la proclamation et l'annonce de ces divers pris, ua des membres de l'Académie a lu la pioce de vers qui a remporté le prix de poésie sur ï Acropole d'âthenn. M. de Salvandy. directeur, a terminé la séance par on discours sur les prix de rertu décernés par l'Académie.

ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES

M. Langlois, membre de l'Académie des inscriptions et beUes-lettres, esi décède n Nogcnt-iur-Marne. le 11 août i854.

L'Académie dos inscriptions et belles lettres a tenu, le 18 août, sa séance pu hlique annuelle, sous la présidence de M. Lenormant.

A l'ouverture de la séance, le président a proclamé, dans Tordre suivant, le* prix décernés et les sujets de prix proposés.

PRIX DÉCERNÉS

Prix onlinaires de l'Académie. — L'Académie avait proposé, en i85a , pour sujet de prix a dwremer en i854, la question suivante : «Examiner toutes les ioscrip ■ lions latines qui , jusqu'à la fin du v* siècle de notre ère, portent de* signes d'ac-

• centuation ; comparer le résultat de ces recherche» épigraphiques avec les règles

• concernant l'accentuation delà langue latine, règles données par Quintilien, par

• Priscien et d'autres grammairiens ; consulter les travaux des philologues modernes

• sur le même sujet; enfin essayer -d'établir une théorie complète tic remploi de

• l'accent tonique dans la langue des Romains. >

Ce prix a été décerné à M. Raphaël Garrucci. Napolitain.

Antiquités de la France. — L'Académie a décerné la première médaille a M. l'abbé Cochet, pour son ouvrage intitulé : La Normandie souterraine, ou Notice mot dm cimetières romains et des cimetières francs explorés en. Normandie, 1 vol. in-8*. La seconde médaille, à M. Boulhors, pour ses Coutumes locales du bailliage d'Amiens, rédigées en i501, publiées d'après les manuscrits originaux, S vol. in-4*. La troisième médaille, à M. Alfred Maury, pour son mémoire manuscrit sur les Forêts de la France dans l" antiquité et au moyen âge : nouveaux essais sur leur topographie , leur his toire, et la législation qui les régissait.

Rappel de médaille k M. Azéma de Montgravier. pour son mémoire manuscrit iotitulé : Recherches sur quelques points de géographie ancienne dans h province d'Onu [Algérie).

Des mentions très-honorables sont accordées : i'AU. d'Arbois de Jubainville.

nr son ouvrage intitulé : Poaillé du diocèse de Troyes, rédigé en HOl, publié pour t remière fois, d'après nne copie authentique de 1535, 1 vol. in-8*. a* A M. Rossignol, pour son Histoire de la Bourgogne pendant la période monarchique. Conquête de la Bourgogne après la mort de Charles le Téméraire, 1/176-1083, 1 vol. in-8'. 3* A M André Salmon, pour son Recueil des chroniques de Touraine, 1 vol. in-8*. 4" A M. A. H. Taillandier, pour son Histoire du château et du bourg de Blandy-en-Brte , 1 vol. in-8*. 5* A M. Anatole de Barthélémy, pour ses Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, broch. in-8*. 6* A M. H. Morin , pour la Numismatique féo-

AOtT 1854.

dale du Daaphné, i vol. in-4*. 7* A M. l'abbé Pascal , pour son ouvrage intitulé : Gabalam Chnstianum , ou Recherches historiée critiqué* sur T église de Menée (ancien Gévaudan, aujourd'hui département de la Loîère).

Des mentions honorables sont accordées aux auteurs dont les noms suivent, rangés dans l'ordre alphabétique : 1* A M. l'abbé Auber, pour ses Recherches historiques sur l'église et la paroisse de Saint~Pierre-leS'Églises , prés Chàuvigny-sur-Vienne , 1 vol. in-8\ a* A M. Baudot, pour son Rapport mr la colonne de Cussy. broch. in-4*. 3* A M. Aug. Bernard, pour son ouvrage intitulé : De f origine et des débats de l'imprimerie en Europe, a vol. in-8*. A" A M. G. Boulanpo, pour ses diverses brochures relatives aux Antiquités du département de la Moselle. 5* A M. Bouta rie, pour son mémoire intitulé : Organisation judiciaire du Languedoc au moyen âge. 6* A. M. l'abbé Victor Chambeyron, pour son l'remier Essai sur Bellerille, ou Recherches archéologiques et historiques au sujet de l'église de Notre-Dame tle Relleville-snr-Saâne , brochure in-8*. 7* A M. Combes, pour son ouvrage intitulé : L'abbé Suger, Histoire de son ministère et de ta réaence, 1 vol. in-8*. 8* A M. Ch. Gomart, pour ses deux brochure» intitulées : 1 * Le château de llam et ses prisonniers ; a* Sotice sur f origine du château de Ham. 9* A. M. Lecaron, pour son Histoire manuscrite du commerce par en a de la ville de Paris, et de la corporation des marchands hanses ou municipalité parisienne. 10' A M. Henri Lepage, pour ses deux ouvrages intitulés : i* Recherches sur Finduttrie en Lorraine, 1 vol. in-8*; a* Quelques notes sur des peintres lorrains des ik*, xvi' et xr 11' siècles, broch. in-8*. 1 1* A M. Martin Daussignv, pour sa Dissertation sur l'emplacement du temple d'Auguste aa confluent da Rhône et de la Saine , brochure in-8*. ia* A MM. Mignard et Lucien Coûtant, pour leur ouvrage intitulé : Découverte d'une ville gallo-romaine, dite Landmum. Examen des fouilles, broch. in- A*. 1 3* A M. le comte de Soultrait . pour son Essai sur la numismatique nivernaise , 1 vol. in-8*.

Prix fondés par ht baron Gobert, — ■ Pour le travail le plus savant et le plus pro-

• fond sur l'histoire de France et les études qui s'y rattachent. » L'Académie accorde le premier de ces prix à M. Ch. Weîss, auteur de l'Histoire des réfugiés protestants de France, depuis ta révocation de Tédit de Nantes jusqu'à nos jours, a voL in-ia: et le second prix à M. Francisque Michel , professeur de littérature étrangère à la Pacuhé des lettres de Bordeaux, auteur des Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d" or et d'argent et autres tissus précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen âge, a vol. in-A*.

Prix de numismatique. — Le prix de numismatique, fondé par M. Allier de Hauterochc, n'a pas été décerné cette année.

prix moroses.

L'Académie rappelle qu'elle a remis au concours, pour l'année iSbb, les ques tions suivantes :

• 1* Restituer, d'après les sources, la géographie ancienne de l'Inde, depuis les « temps primitifs jusqu'à l'époque de l'invasion musulmane. »

1 a* Quelles notions nouvelles ont apportées dans l'histoire de la sculpture ches

• les Grecs, depuis les temps les plus anciens jusqu'aux successeurs d'Alexandre,

• les monuments de tous genres, d'une date certaine ou appréciable, principalement

• ceux qui, depuis le commencement de ce siècle, ont été placés dans les musées

• de l'Europe? •

Elle avait substitué, en i85a , à la question des monarchies grecques de ( Orient ,

retirée momentanément du concours, la question suivante, objet d un prii à dé cerner en i854 :

• Etudier l'étal politique, la religion , les arts , les institutions de toute nature, dan»

• les satrapies de l'Asie Mineure sous les Perses et depuis, particulièrement dans > les satrapies déjà héréditaires ou qui le devinrent après la conquête d'Alexandre , t c'est-à-dire le Pont, la Cappadoce, la Lycie et la Carie. » 11 a été déposé au secrétariat un seul mémoire, dont plusieurs parties sont traitées avec beaucoup de savoir et d'habileté , mais qui ne donne pas tous les développements dont le sujet était susceptible. L'Académie proroge le concours jusqu'à l'année i855.

Eue rappelle qu'elle a aussi proposé, pour le prix annuel ordinaire qu'elle décernera en 1 855 , le sujet suivant : « Faire l'histoire des biens communaux en France.

• depuis leur origine jusqu'à la Go du xtn* siècle. »

Elle propose, pour le prix annuel ordinaire, qu'elle décernera en i856 , le sujet suivant : • Rechercher l'origine de l'alphabet phénicien ; en suivre la propagation ' chez les divers peuples de l'ancien monde; caractériser les modifications que ces

• peuples y introduisirent, afin de l'approprier à leurs langues , à leur organe vocal , « et peut-être aussi quelquefois en le combinant avec des éléments empruntés a

d'autres systèmes graphiques. •

Chacun de ces prix sera une médaille d'or de la valeur de a.ooo francs.

Le prix annuel de numismatique ancienne, fondé par M. Allier de Hauteroche, sera décerné, en i855, au meilleur ouvrage de numismatique qui aura été public depuis le î" avril i854- Les membres de l'Institut sont seuls exceptés de ce concours.

Trois médailles, de la valeur de cinq cents francs chacune , seront décernées aux meilleurs ouvrages sur les antiquités de la France, qui auront été déposés au secrétariat de l'Institut avant le î" avril i855.

Il sera décerné, en outre, la même année, à l'auteur du meilleur mémoire sur un sujet d'antiquités de l'Afrique, une médaille de cinq cents francs, représentant celle que M. le général Carbuccia avait obtenue dans le concourt des antiquités de la France en i85i, et dont il a remis la valeur à la disposition de l'Académie, avec autorisation de M. le ministre de l'instruction publique.

Prix de M. Bordin. — M. Bordin, ancien notaire, voulant contribuer aux progrés des lettres, des sciences et des arts, a fondé, par son testament, des prix annuels qui seront décernés par chacune des cinq Académies de l'Institut. L'Académie des inscriptions a décidé que le sujet du prix qu'elle décernera pour ta première fois en 1 856 serait pris dans l'antiquité classique.

Elle propose le sujet suivant : t Faire l'histoire des Osques avant et pendant la «domination romaine; exposer ce qu'on sait de leur langue, de leur religion, de . leurs lois et de leurs usages. . Ce prix sera une médaille d'or de la valeur de 3,ooo francs.

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