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JOURNAL
Des Carnets autographes du cardinal Mazarin, conservés à la Bibliothèque impériale.
PREMIER ARTICLE
La justice de l'histoire a commencé pour Mazarin. On reconnaît aujourd'hui que cet étranger, longtemps sujet et serviteur du pape, et passé assez tard au service de France , avec tous les défauts et même les vices que ses ennemis lui ont reprochés, a été pourtant le digne héritiede Richelieu; que, comme lui, il a porté au plus haut point la passion du nom français, et poursuivi, par des moyens différents, mais avec un succès pareil, les deux mêmes objets, à savoir, la suprématie de l'autorité royale et l'agrandissement du territoire. Inférieur à Richelieu pour tout ce qui regarde l'administration intérieure du royaume, il l'a égalé dans la conduite des affaires militaires et des affaires diplomatiques. Si son esprit était moins élevé et moins vaste, il n'était ni moins pénétrant ni moins ferme ; et le cœur peut-être était encore plus résolu : une fois au moins Richelieu a été tout près de désespérer de sa fortune; Mazarin jamais. Ils avaient tous deux la même foi dans l'excellence de leur cause, et tous deux ils la servirent avec la même constance , avec la même infatigable puissance d'attention et de travail. On admire la prodigieuse quantité de pièces d'État, de mémoires publics et privés, de lettres de toute espèce, sortis de la plume de Richelieu. Mazarin n'a guère moins écrit. C'a été une des plus heureuses pensées du ministère de M. Ville-
main de former et de publier la collection des lettres de Richelieu1; on ne rendrait pas un moindre service à l'histoire nationale en recueillant toutes les lettres de son successeur, qui se rencontrent en si grand nombre dans plusieurs dépôts publics, à la Bibliothèque impériale, à la bibliothèque Mazarine, à l'Arsenal, aux Affaires étrangères. Nous Taisons des vœux pour qu'on élève à Mazarin un semblable monument, et nous voudrions y apporter aussi notre pierre, en faisant connaître avec un peu d'étendue un document précieux, qui devra faire partie du grand ouvrage que nous attendons; nous parlons des carnets autographes de Mazarin.
Le vigilant et réfléchi cardinal avait l'habitude d'écrire de temps en en temps sur un de ces petits cahiers, qu'on appelle ordinairement agendas ou carnets, ce qu'il devait faire, ou même ce qu'il se proposait de dire à diverses personnes. Puis il mettait cet agenda, ce carnet, dans la poche de sa simarre pour s'en servir au besoin. La plupart du temps, on n'y rencontre que des lignes fort obscures , où Mazarin seul aujourd'hui pourrait reconnaître sa pensée. Quelquefois il se développe davantage , et , dans ces notes , jetées à la hâte sur le papier à mesure que les événements se succédaient, on découvre ses sentiments véritables, on a comme un tableau fidèle de ce qui se passait dans son esprit. Ce ne sont point des mémoires que l'on compose après coup pour justifier sa conduite, et où l'on arrange les faits sur le rôle et le personnage que l'on se veut donner auprès de la postérité; ici rien de pareil : tout est écrit sur place, sous l'impression du moment, sans aucun dessein préconçu. Ces notes n'étaient pas faites pour d'autres yeux que ceux de leur auteur; c'est une sorte d'entretien qu'il institue avec lui-même, un compte qu'il se rend de ses actions et même de ses intentions ; par où l'on se peut convaincre que Mazarin n'a rien entrepris sans y avoir mûrement pensé, et qu'ainsi que Richelieu il a voulu tout ce qu'il a fait.
Colbert, le premier domestique de Mazarin , comme on disait alors . son homme de confiance, l'intendant de ses affaires et de sa maison, recueillit ces carnets, à ce qu'il parait; des mains de Colbert ils ont passé aisément dans celles de son bibliothécaire Baluze, et c'est de là qu'ils sont arrivés à la Bibliothèque impériale, Fombs de Baluze, armoire vi, paquet 1, n" i. Chacun de ces carnets est tout petit, à peu près comme un in-3a. Il y en a quinze; on dit qu'autrefois il y en avait seize. Ils commencent en 1 6hi , et vont jusqu'à l'exil de Mazarin,
1 Le premier volume de celte collection a paru l'année dernière, avec dea notes . une introduction et une préface , qui attestent la sagacité et la patience de l'éditeur, M. Avenel.
en 1 65 1 . Ils embrassent donc près de dix années, qui ne sont pas assu rément les moins remplies et les moins glorieuses du xvn* siècle.
Sans entrer dans de trop minutieux détails, il suffit de dire que ces carnets sont écrits tantôt au crayon, tantôt à l'encre. Le crayon est aujourd'hui assez effacé ; l'écriture a mieux résisté, mais elle est souvent bien difficile à lire. Les noms propres surtout sont presque méconnaissables. Ajoutes que Mazarin écrit tour à tour en français, et encore en très-mauvais français, en italien, en espagnol. Nous ne craignons pas d'avancer que la moitié à peu près de ces notes est ou matériellement indéchiffrable, ou presque inintelligible faute de développements suili&ants ; mais l'autre moitié nous parait digne de la plus sérieuse attention : tantôt elle confirme, tantôt elle rectifie, toujours elle éclaire les idées qu'on s'est faites des desseins et de la conduite de Mazarin.
M. Ravenel, un des conservateurs de la Bibliothèque impériale, auquel on doit les Lettres du cardinal Mazarin à la Reine et à la princesse Palatine, etc., pendant sa retraite hors de France en Î65i et 1652 1 , était plus propre que personne, et par ses études antérieures et par sa pénétration ingénieuse, à continuer ce qu'il avait si bien commencé, et à donner des extraits intelligents et fidèles des carnets de Mazarin. Malheureusement M. Ravenel nous a déclaré qu'il avait renoncé à ce travail , et c'est à son refus, plus d'une fois renouvelé, que nous avons entrepris la tâche que nous allons accomplir. Il a bien voulu nous communiquer une copie qui autrefois avait été faite de ces quinze carnets : cette copie nous a été fort utile et nous a épargné bien des peines ; mais elle est encore très-imparfaite, et il n'est pas besoin de dire qu'il ne paraîtra pas ici une seule ligne qui n'ait été soigneusement vérifiée sur le texte original.
Enfin, M. Léon de Laborde, qui, dans tous les sujets où il s'engage, recherche avec tant de patience les documents les plus cachés et les met en lumière avec tant d'art, a eu connaissance de ces carnets., et il en a semé plusieurs passages dans les notes si curieuses de sa savante et ingénieuse histoire du Palais Mazarin*.
Le premier cahier ne prend un peu d'intérêt et d'importance politique que lorsqu'on arrive à l'année i643, après la mort de Richelieu et celle de Louis XIII. Jusque-là Mazarin n'a pas les soucis du gouvernement, il se borne à obéir a Richelieu, et on le voit surtout se livrer a son goût pour les arts et pour toutes les curiosités élégantes, se
' Grand in-8% Pari», i846. — 1 Pari», in-8\ »836.
procurer de toutes parts des tableaux, des statues, des livres, et ici déjà perce la prédilection bien naturelle, mais déplorable, qu'il montra plus tard pour l'art italien au détriment de l'art national. En toutes choses, Mazarin continua ce qu'avait fait Richelieu, mais il y porta un génie entièrement différent. Richelieu avait moins cherché dans les lettres et surtout dans les arts une source de jouissances personnelles qu'un nouveau moyen de gloire pour lui-même et pour la France. Il s'était appliqué à cultiver et à faire valoir les talents français. Il fonda l'Académie française; il encouragea Simon Vouet et son école ; il fit revenir Poussin d'Italie , le combla de soins et d'honneurs , arrêta Champagne, qui allait aussi nous échapper, et employa Le Mercier au Palais- Cardinal et à la Sorboune. Mazarin aimait beaucoup moins les lettres que les arts : il n'a exercé aucune influence sur la littérature ; il ne savait pas même assez bien la langue pour être fort sensible aux beaux ouvrages de vers et de prose qui parurent comme spontanément sous la régence d'Anne d'Autriche, sans nul autre encouragement que celui de la nation montée elle-même au ton de la grandeur, et applaudissant à tout ce qui était grand. Quant aux arts, Mazarin s'y connaissait beaucoup plus que Richelieu; mais il eut le tort de trop céder à son goût particulier. Il fit au Bernin les offres les plus brillantes pour l'attirer à Paris, et c'est seidemcnt au refus de Bernin que Mansard doit d'avoir été chargé de bâtir ou plutôt d'arranger le palais Mazarin. Pour les peintures de ce palais le cardinal fit venir d'Italie deux élèves dégénérés des Carrache, Grimaldi et Romanelli, artistes ingénieux et élégants sans doute et d'une rare habileté de main, mais bien inférieurs à plusieurs des maîtres français contemporains. En vain , il put voir chez M. de Chanteloup Les sept sacrements, aux Chartreux l'Histoire de saint Bruno, et les peintures de l'hôtel Lambert. 11 ne fit pas la moindre tentative pour ramener Poussin à Paris, et, il faut bien le dire, il n'avait pas en lui de quoi apprécier Lesueur. Celui-ci avait peint au Louvre un grand tableau *, où il avait mis tous les trésors de son
1 iM. le Camus, qui estoit alors surintendant des baslimens, employa M. Le- « sueur pour un grand tableau qui fut placé dans la chambre du Roy. Il représen-
• toit, sous des figures allégoriques, la Monarchie françoise appuyée sur un globe « couronné. La Justice et la Valeur donnoient la fuite aux ennemis de la France et « la Renommée en publioit les avantages. Dans la mime chambre il peignit quatre t bas-reliefs de blanc et noir a fond d'or représentant les quatre parties du monde. «Il fit aussi, pour un cabinet qui est à costé, un tableau où paraissoit la figure de
• 1| Autorité élevée sur un trône. Le Temps y lenoil un livre ouvert où la figure de t l'Histoire escrivoit des mémoires sous les ordres de l'Autorité. Des enfants qui
• jouoient avec un lion y figuraient la Douceur et la Force. De tout cet ouvrage il
imagination et de son âme, sur un sujet tout français et bien digne d'exercer un pinceau français, une représentation allégorique de la Monarchie. La Justice et la Valeur mettaient en fuite les ennemis de la France , et la Renommée en publiait la gloire. La beauté de ce tableau excita la jalousie du favori de Mazarin , et Romand li fit enlever du Louvre et de la chambre du roi l'œuvre de Lesueur. Mazarin n'a pas fait une seule commande à Claude Lorrain , et il a fort peu employé Champagne. Richelieu n'avait pas seulement fait appel à des artistes français, il leur avait presque toujours imposé des sujets empruntés a l'histoire de la patrie1. Loin de là, il est à remarquer que, de toutes les peintures qui décoraient le Palais-Mazarin, il y en avait bien peu, s'il y en avait une seule, dont le sujet fût national a. En un mot, Mazarin , si français comme homme d'Etat et diplomate, était resté italien et étranger dans tout ce qui regardait les arts. C'est là le commun caractère de toutes les acquisitions d'objets d'art ou de luxe qu'il fit en 1 64 a, et dont les notes suivantes nous conservent une trace précieuse.
I*' Cabmbt, p. 5. «Un quadro Rubens9 per me. >»
P. 29 : a Per M. de Schavigni*, comprare animali e statuette di
• n'est resté dans l'appartement du Roy que les bas-reliefs des quatre parties du
• monde. Les tableaux ont été enlevés, et le bruit commun en attribue la cause à
• une jalousie du sieur Romanelli, peintre italien que M. le cardinal Mazarin avait
• fait venir de Rome pour plusieurs ouvrages qu'il a faits au Louvre et au Palais-
• Mazarin. On a donc fait courir le bruit que le sieur Romanelli, regardant d'un œil
• jaloux le tableau de la Monarchie y monstroit la teste d'une figure qu'il soutenoit «avoir été copiée par M. Lesueur d après une teste d'un tableau du Guide; mais,
• comme il 6e vit convaincu du contraire, il se servît si adroitement du crédit qu'il « avoit auprès des puissances , qu'il donna lieu d'enlever ces tableaux en proposant de « faire percer le mur de la chambre du Roy pour y donner plus de jour, et prati-
• quer une fenêtre à l'endroit du mur proche du plafond où estait le tableau de «la Monarchie, qui fut effectivement osté sous ce prétexte. » Mémoire historique des ouvrages de M. Eustache Lesueur, par Guillet do Saint-Georges, p. 1 53- 1 54 du 1. 1"
des MÉMOIRES INÉDITS SUR l.A VIE ET LES OUVRAGES DES MEMBRES DE L'ACADEMIE
royale de PEINTURE et de sculpture. Paris, i854- — 1 Voyez dans Sauvai, t. II, la description du Palais-Cardinal , et celle des deux galeries , l'une consacrée aux houime« illustres de la France, où Champagne et Vouet s'étaient distingués à l'envi ; l'autre que Richelieu remplit tout entière de cinq grands tableaux allégoriques de Champagne. Ceux qui croient que Champagne n'était capable que de faire des portraits feront bien d'aller revoir au Louvre 1 Apparition de saint Gervais et de saint Protais à saint Ambroise, et surtout au musée de Bruxelles la grande suite de l'rïi»toire de saint Benott en dix tableaux. — ' Voyez l'ouvrage de M. de La Borde , note 3o. Mémoires de Brienne le fils, publiés par M. Barrière, t. II, ch. jx, et Sauvai, t. II. — ' La copie donne Rahens; l'original se prête a grand peine a cette leçon. — * Mémoires de Brienne, le (ils, t. 1", p. a83 : • J'ai su de Madame de Cha- ' *'gny qu'il ne revenait jamais d'Italie sans lui apporter force pommades , huiles de
«bronzo del Sanguirico e Gio. di Bologna1. » — «Quadri esquûtiti. » — « Due tavole di pietra. » — « Vasi di porfiro o di alabastro. » — a D mio «quadro deila Nativita dei Luini3. »
P. 1A7. «Sei quadri, paesaggi, testa di imperatore, e sei di ruine e « prospettive simili per largo dipinte. Otto pezzi di manmo, teste antiche, «al meno al naturale. Pezzi antichi, moderni, ben travagliati. »
P. 1 5 1 . « Quadro d'Amiens promessomi da S. Eminenza. » — « Quadri u délie galerie o superiori (sic) promessimi da M. di Noyers.9»
P. i5a. «Haver memoria delli duc paviglion nella piazza Gardi- « nale4. » — « Libri délia nuova impressione per l'ambasciator di Genova « e per me 5. »
P. 1 5/i. «Per due quadri, compreso il porto delli marnai e delli u quadri, pistole 54; por la Venere antica, compreso il porto e l'in- «cassatura, pistole 7a; Viaggio delli pittori, lire a, 000.»
Mettons encore ici quelques-uns des objets de luxe que Mazarin tirait d'Italie0 :
P. a3 : « Velluti rasi violetti, nacarati e cremesini. — Velluli piani a «pelo delli medesimi colori. — Velluti a opéra violetti e negri per far u una robba da caméra. — Qualchc drappo a opéra di color conforme « per la fodera. — Qualchc tapezzeria di velluto o damazio contrata- « gliato a buon prezzo. — Velluto a opéra, ne grande ne piccolo, di co-
t senteur, savon de Naples et gants de Rome; quelquefois même des tableaux de peu tde valeur, et des chapelets bénis ou non, cela n'y fait rien. Ces régal» plaisaient • fort à ma belle-mère. • — 1 Nous ignorons quel est Sanguirico; mais, nous en demandons bien pardon à Mazarin, Jean de Bologne est un artiste français, né à Douai , qui a rempli Bologne , Pise el Florence , de fort beaux ouvrages de sculpture , ainsi que son élève et compatriote Pierre de Franqueviile. Voyez le piquant ouvrage de M. Dussicux, i.es artistes français à l'étranger, p. q5 et go. — ' Qu'est devenue cette Nativité de Luini? Personne n'en parle, et elle n'est point au Louvre. — 9 Sublct de Noyers , seigneur de Dangu , chargé de l'intendance des arts sous Richelieu. U est sans cesse question de M. de Noyers dans les lettres de Poussin. — ■ 4 On voit ces deux pavillons dans plusieurs gravures anciennes de la place du Palais-Cardinal. — ' Richelieu avait fondé l'Imprimerie royale et y avait fait imprimer avec soin un certain nombre de livres en format in-folio, qu'on donnait à certaines personnes privilégiées. Au luxe de l'impression il avait voulu qu'on joignit celui de belles gravures , pour faire de ces livres de véritables monuments d'art. Ainsi c'est à Poussin lui-même que fut confié, en 1 64 1, le soin d'inventer les frontispices de l'Horace et du Virgile, et c'est Mellan qui a gravé les dessins du Poussin. Ce sont des compositions du plus haut prix. A côté du Virgile et de l'Horace il faut mettre Y Introduction à la vie dévote de S. François de Salles, dont l'admirable frontispice est un des chefs-d'œuvre de Mellan. — * Est-ce encore pour Cbavigny ou pour sa femme, ou pour la duchesse d'Aiguillon, nièce de Richelieu, dont Mazarin prenait aussi grand soin ?
AOf'T 1854.
«lore isabella e negro cou la fodera di drappo del medesimo colore. « — Una ombreila di gorgeran (sic) cremesino con un porno doro ail' <, cslremita. — Una stora (un store peint) con li bastoni cbe sia depinta « corne quelli di Savoia per mostra da farne Tare in Frauda. «
Depuis i663, Mazarin, en possession du gouvernement, avait trop d'afi'aires sur les bras pour s'en faire une de s'occuper des arts et des lettres ; il l'ait arranger son palais, il le décore, il augmente ses collection? de tout genre; ce sont là les douceurs et Ie:> consolations de sa vie. il s'en amuse, il ne s'en occupe pus assez sérieusement pour s'en parler en quelque sorte à lui-même; aussi, dans les autres carnets, trouvonsnous peu de notes semblables aux précédentes.
11e Carnet, i 6 63 , p. 5 : «M. Yueltuia, pensionc di mille scudi. ' On voit que \ oiturc, bien qu'attache au duc d'Orléans, recherchait aussi les faveurs de Mazarin. — Ibid. a 3. " Silhon , pensionc. » Jean Million était un des écrivains de Richelieu, qui le fit conseiller d'État et membre de l'Académie française. Son ouvrage le plus célèbre est le Ministre d'État, avec le véritable usage de la politique moderne, a vol. imi"; le premier est de 1 63 1 . le second de iGh'S, et c'est vraisemblablement à cette occasion que Mazarin songea à donner à l'auteur une pension. Silhon la mérita bien par sa fidélité, car, en inâo, il composa un gros in-folio sous ce titre : Éclaircissement de quelques difficultés louchant l'administration du cardinal Maturin.
IIP Cab.net, i 663, p. 3, Voiture, encore inscrit pour une pension « M. Vuettura , pensione. » — Ibid. p. 7 5 : « Statue per il giai dino ; prena der le altre. »
Ibid. p. 80 : «Tavola di marin o di Marsiglia, non darla a pcrson-i a cbe non sia affetionatu. »
On savait si bien le goût de Mazarin pour les objets d'art, que. pour lui faire sa cour, on s'empressait de lui en olliir de tous côtés; mais ii parait que, depuis qu'il était premier ministre, pour montrer à la Heine son désintéressement, il alfecta. quelque temps du moins, de ne recevoir aucun cadeau.
V' Carnbt, 1 666 , p. 95 : «Due tapeti di Turchia che mi manda M. La Haye, * imbasciatore a Costantinopoli. Sapere dà Sua Maesta se « conta che li riceva , essendo una bagatella , o persistendo io in non «voler ricever presenti dà alcuno, in seguito del rifiuto fatto al prin- « cipe di Condé che mi mando la tapexzeria del duca di Montmoranci « rilevata d'oro che era a Chantigli. »
Mazarin fit acheter à Rome les beaux tapis du cardinal Bichi.
VIII* Carnet, pour la fin de 1 665 et pour 1 666. p. a . «Facendu
«pagare a M. Mondini lire 9 mille per resto délia tapezteria di Bichi, •«resu'amo aggiustati di tutti li conti nelT ultimo deil* anno i645.»
Il avait continué de favoriser l'Imprimerie royale fondée par Richelieu , et des chefs-d'œuvre qui sortaient de ces presses incomparables il faisait des présents aux tètes couronnées ou à des personnages auxquels il lui importait d'être agréable. En i646, au plus fort des guerres d'Allemagne et des négociations de Munster, où l'alliance suédoise était pour la France d'un si grand prix, Mazarin voulut offrir k la reine Christine, déjà si célèbre par son savoir et par son goût pour les lettres, un présent digne de lui plaire. Aussi lisons nous dans le Carnet VHP, pour l'année i646, p. 3 : «Reginadi Suecia, le stampe dell' impressione re- « gia, la Bibbia, e altrc galanterie. » Parmi les allre galanterie dont parle ici Mazarin, il faut mettre certainement le magnifique Virgile in-folio, avec le frontispice composé par Poussiu et gravé par Mellan en 1 64 1 , sous les auspices de Richelieu, car nous possédons nous- même l'exemplaire qui fut alors offert à la savante reine , somptueusement relié à ses armes, et avec ces mots : « Présenté à Sa Majesté la reine de Saède par Monsieur Véminentissime cardinal Mazarini, premier ministre du roi trèschrestien, le U janvier i6U7. »
X' Carnet pour l'année 16&8, au milieu des troubles delà première Fronde, p. o,5 : a Armorio dorato; tutti li manuscritti chc haveva Nanti deo (son bibliothécaire Naudé) senza che fossero inventoriati. — Tutti « quelli che haveva Bcrnardino (un autre aflidé de Mazarin) che consis- « tono en 1 6 volumi e tre libretli. — Tutti li pianti e disegni di piazze « che non sono radunati in libri. — Due scatolc di conchiglie. »
XI' Carnet, 1 648 et 1 64g, pendant que Mazarin s'était retiré à Saint- Germain avec la reine régente et le roi, et que Condé assiégeait Paris. P. 68 : « Bernardin m'a fait dire qu'on a pris quantité de tableaux et «de raobles (meubles) chez moi, à Paris.» A ces lignes se rapporte ce passage de Naudé, Jugement de toat ce gai a esté imprimé contre le cardinal Mazarin, depuis le 6 janvier jusqu'à la déclaration du ïr avril iôù9, p. 565 . n Je croy certainement que, si la guerre eût duré encore un mois, toutes « ces belles statues et toutes ces excellentes peintures que le cardinal a « fait venir de Rome, afin d'espargner à la jeunesse françoise les longs « voyages qu'il luy faut faire en Italie pour se perfectionner en la sculpture et peinture; les livres mesme qu'il a ramasses avec tant de soin « ès quatre coins du monde , pour faire que Rome , Oxfoit et Milan , ne «se puissent advantager sur Paris au moyen de leurs bibliothèques «publiques; je croy, dis-je, que toutes ces beautez, toutes ces décorations, qui ne peuvent venir que d'un esprit bien né et parfaitement
«bien intentionné, auraient couru pareille fortune que les autres - «meubles, etc1.
Ce fut bien autre chose en 1 65 1 , lorsque Mazarin fut obligé de quitter la France et de se réfugier en Allemagne. En même temps que sa tète était mise à prix, on vendait à l'encan, par arrêt du parlement, les meubles qu'il avait achetés à si grand prix et la bibliothèque qu'il voulait donner au public. A cette nouvelle, Maxarin ne put contenir sa douleur et son indignation, et il les laisse éclater dans plusieurs passages de la correspondance secrète, encore inédite, qu'il entretenait avec l'abbé Fouquet, un de ses agents les plus intelligents et les plus dévoués, le frère du célèbre procureur général et surintendant des finances2. De Bruhl, il lui écrit, le a 3 mai iG5i. qu'il s'afflige profondément qu'on ait vendu les belles tapisseries qu'il avait mis vingt ans à rassembler; il le prie de s'entendre avec Lyonne pour sauver la pièce à laquelle il tient le plus, U Scipion*. A son retour en France, avant même d'être en état de rentrer dans Paris, une des choses qui l'occupent le plus est la perte de sa bibliothèque et les moyens d'en rassem
bler les débris. «De Gien, le 18 avril i65a J'ay une douleur
« extresme d'apprendre la dissipation de ma bibliothèque. On m'assure ■ qu'en offrant 3o,ooo escus on la pourroit sauver; or, puisque M. Me- « nardeau4 en offrait 5o,ooo livres, il me semble qu'il n'eust pas été dîf- «ficilc de trouver les autres Ao.ooo pour éviter ce préjudice. Puisque «c'est une chose faite, je vous prie de sçavoir du procureur général « quel moyen il y auroit d'obliger ceux qui ont acheté les livres de les « rapporter, et quels ordres il faudrait faire envoyer de la cour pour cet « effet Car enfin je veux bien vous dire que mes amis estant extraor- « dinairement aigris d'un procédé si barbare, sont résolus, si on n'y re- « médie , à me venger sur quantité de maisons de campagne qui ap- « partiennent à des conseillers. M. Portail * n'y serait pas oublié. ...» — « Du 1 1 janvier 1 653 , Pont-sur-Yonne Je voy la précipitation
1 Voves, sur les collections de tableaux et de livres du Palais-Mazarin , une Maxalioade intitulée : • Inventaire des merveilles du monde rencontrées dans le palais du cardinal Mazarin, à Paris, ches Rollin de ta Haye, rue d'Ecosse . près le Puits-Certain, 1649-, • et, sur les livres de la bibliothèque de Maxarin, divers passages de l'outrage de Naudé, entre autres, p. a&a-a56. — * Bibliothèque impériale, fond Gaignères, n' 3799. Cette correspondance avec l'abbé Fouquet contient une foule de lettres, la plupart autographes, depuis l'année i65i jusqu'à Tannée i65q. Elle est très-importante, et on peut la considérer comme faisant suite aux carnets de Maxarin. — ' Sur cette tapisserie du Scipion , voyez les mémoires de B rien ne tilt , t. II , P- a3. — * Ménardeau, conseiller au parlement, attaché k Maxarin. — * Portail, autre conseiller an parlement , oui saut doute avait acheté des livres du cardinal.
« avec laquelle on vouloit faire vendre ma bibliothèque, et on roc mande « que S. A. R. insistait pour que cela se fist en détail , plus tôt pour me « f;i ire injure que pour en retirer de l'argent. Il sera beau de voir dans '< l'histoire que le cardinal Mazarin ayant pris tant de soins pendant « trente ans pour enrichir des plus beaux et des plus rares livres du « monde une bibliothèque qu'il vouloit donner au public, le parlement « de Paris ail ordonné par un arrest qu'elle serait vendue , et que les •< deniers qui en proviendraient seraient employés pour faire assassiner
« ledict cardinal » — « Poitiers , le a i janvier 1 653 Je suis
« marry des peines que vous et M. Mcnardeau prenés touchant ma bibliothèque, je croy que c'est une affaire faite, Naudé me mandant « qu'il ne restait plus que les livres de médecine et de droit. Comme le « plus beau s'est perdu, j'ay perdu aussy toute l'amour que j'avois pour » une chose qui m'avoit cousté tant d'argent et de soins à assembler. . . »
Mazarin se trompait : il avait conservé l'amour de ses livres; il travailla et il parvint à en racheter la plus grande partie. Il les augmenta considérablement pendant tout le temps de la puissance incontestée et presque souveraine qu'il exerça jusqu'à sa mort en 1661 ; et il voulut qu'après lui ils devinssent la bibliothèque publique du grand collège des Qualres-Nations1 qu'il fonda, comme Richelieu avait fondé la Sorbonne.
De ces diverses citations, on peut conclure en toute assurance que Mazarin doit être nus au premier rang des amateurs et des bibliophiles; mais il nous faut revenir à l'homme d'Etat, et reprendre nos extraits du premier carnet consacré à l'année 1 6/»i et à la première moitié de l'année i6£3.
Voici quelques lignes qui nous rapprochent peu à peu des affaires et de la politique :
I" Carrkt. aAvignonc, ii marzo i64a, p. i&3. Levar il padre de u Lengiand da Molino , che governa madama di Montmorenci e inviarvi « qualche altro. » Il padre de Lengiand est évidemment le père de Lingendes, directeur de madame de Montmorency, veuve du maréchal Henri de Montmorency, décapité à Toulouse, en i63a, pour une conspiration semblable à celle que Cinq-Mars et le duc de Bouillon tramaient alors avec Gaston duc d'Orléans. Madame de Montmorency,
1 Extrait de la Fondation da collège Mazarin : t Soo Étninence • pri» la résolution de joindre audit collège la bibliothèque des livres dont il a fait l'amas depuis plusieurs années, de tout ce qui a esté trouvé de plus rare et de plus curieux tant en France qu'en tous les paya étrangers, où il a souvent envoyé des personnes trèscapables pour en Caire la recherche , aûo d'en (aire une bibliothèque publique . pour la commodité et pour la satisfaction de» gens de lettres. .
retirée à Moulins dans le couvent des filles de Sainte-Marie, se bornait a garder pieusement la mémoire et le tombeau de son mari. Elle était étrangère à la nouvelle conspiration et à toute intrigue politique ; mais elle haïssait Richelieu et ne le cachait pas. L'ombrageux cardinal qui, en ce moment, se sentait environné de périls, avait vu de mauvais œil l'influence que prenait sur elle le père de Lingendes, qui ne l'aimait pas non plus; il lui fit quitter Moulins et tâcha de faire envoyer à sa place quelque prêtre dont il n'eût pas à redouter les conseils auprès de la noble et altière religieuse
Au milieu de la guerre et des complots, Richelieu ne perdait jamais de vue les grands travaux d'art qu'il faisait exécuter dans la capitale :
« i 2 marzo 1 6ôa , p. 1 38 : far travagliare al Louvre. »
Déjà, en i64a, Mazarin était un objet d'envie. Entré au service de France en i63g, il avait obtenu le cardinalat à la fin de 1 66 1 et reçu la barctte des mains du roi Louis XIII, le a 5 février 1 662. Cette faveur fut bien vite un sujet d'accusation contre lui :
«20 aprile 1662, in Narbona. La Chiavc (quel personnage ce nom « cache-t-il?) doppo haver mi fatto in tre giorni continui diverse proies utationî di amicitia e d'afletto, ni a trovare (Richelieu ou le Roi) e ti • « disse che io avrei potuto passarmi di giocare una piezza semblable, che « dovevo contentanni di veder lasciata indietro tutta la Francia per « elevare un forestière al cardinalato. »
La plus grande affaire que Richelieu ait confiée à Mazarin en 166 a est celle du duc de Bouillon, le frère aîné de Turenne, dont l'ambition, encore excitée par celle de sa femme qu'il adorait, l'avait égaré à ce point, qu'il avait eu la folie de prendre part au complotde Cinq-Mars et de Gaston. Le duc de Bouillon était alors à la tète de l'armée d'Italie. Richelieu le fit arrêter au milieu même de son armée, et conduire à Lyon d'ans le château de Pierre-Encise, tandis que Cinq-Mars était aussi, de son côté , traîné à Lyon et livré à la justice. Richelieu s'était procuré une copie du traité que Fontrailles avait été négocier avec l'Espagne. Gaston avait tout avoué; Cinq-Mars monta sur un échafaud, et le duc de Bouillon aurait eu le même sort, s'il n'avait possédé une souveraineté et une place forte qu'il remit entre les mains du roi pour sauver sa tète. Mazarin avait été chargé par Richelieu de voir le duc de Bouillon avant que la commission, présidée par le chancelier Séguier, se fût emparée de l'affaire; il l'avait interrogé, et c'est lui qui l'avait amené à la tran
1 Voye* la Vie de madame la dachesse de Montmorency, supérieure de la Visitation de Sainte-Marie de Moulins. Paris, i68i, ch. xvn, p. i38. On peut voir A quel point Richelieu se trompait dans ses soupçons sur le père de Lingendes.
sactioD qui arrêta le cours de la justice. Jusqu'à présent, dans les pièces publiées, Mazarin ne parait point. Ici son intervention est évidente. Il s'était appliqué à découvrir les complices du duc de Bouillon ; si sa femme était dans sa confidence; ce qu'il se proposait de faire à l'armée d'Italie; s'il avait gagné Madame, c'est-à-dire Madame royale, régente de Savoie, dont la fidélité était fort douteuse. Voilà ce qu'on aperçoit assez clairement sous plusieurs lignes écrites au crayon et' à moitié effacées : «P. 35 : «Sapere da Monsieur (Gaston, duc d'Orléans), chi li porto il «trattato sottoscritto, etc. Se ne mando copia al C. (Cinq-Mars) e a a B (ouillon). — Se haveva concertato che madama B (Bouillon) ritor- » nasse di segreto a Sedan. — Se iei sapeva il negotio. »
P. 37, encore au crayon : a Conclu n'haveva confidenza in Parigi. — «Se doppo che B (Bouillon) è in Italia, haveva ricevute littere o cor- « riere per sua parte. »
P. 38, toujours au crayon : «Se sapeva che cosa doveva far B.
«in Italia prima di ritirarsi, c se dove andare a Sedan per il Mila- « nese. »
P. 39. « Se doveva travagliare per guadagnare Madama. — Se haveva « tantato di farlo. »
P. A 1 . « Tutti li interrogatorii niandarli subito al Cancelliere in dili- « genza. »
A la mort de Richelieu, malgré la tempête qui s'éleva contre sa mémoire, le roi lui fit faire des funérailles solennelles à Notre-Dame :
P. 55. « Servitio di sua Eminenza a Nostra Dama. »
Mazarin, sans avoir le titre de premier ministre, en remplit les fonctions, et ses notes deviennent de plus en plus importantes.
Sous la date du 3i décembre 16 il a, nous trouvons cette phrase, qui sent déjà le politique qui un jour traitera avec Cromwell dans l'intérêt de la France, et se gardera bien de faire la faute énorme de Louis XIV, de sacrifier l'intérêt national à la dynastie des Sluarts.
P. 1 35 : « 3 1 décembre 166a. Che non bisogna precipitar nelli trat- « tati d'Inghilterra, essendo le cose encora assai imbroglîate e dubbie del 0 parlamento e del re, e che questo è l'awiso di tutti li ministri. »
Le mot d'ordre des mécontents, dès le commencement de i643, quand Richelieu était descendu au tombeau et que Louis XIII était prêt à l'y suivre, c'était la paix. La nation , fatiguée de tant de guerres, commençait à la désirer, et il a fallu au roi mourant et à son ministre une rare fermeté d'âme et un patriotisme courageux pour résister à un sentiment très-répandu, et comprendre que, dans la situation des affaires . la France ne pouvait faire qu'une paix désavantageuse, qu'elle courait
le risque d'être contrainte à restituer ses conquêtes de Lorraine et d'Alsace, d'Italie et d'Espagne, et que remettre l'épée dans le fourreau avant d'avoir atteint le but des grandes guerres entreprises par Richelieu, c'était A la fois perdre le fruit des sacrifices passés et compromettre l'avenir; qu'ainsi il valait mieux tenter un dernier et puissant effort, et appuyer par la force d'armes les négociations de Munster. Aussi est-ce avec admiration que nous voyons Mazarin , à peine entré dans le cabinet, proposer d'écrire de tous côtés que le roi est résolu à continuer la guerre, et qu'on se prépare, en France, & une grande campagne pour le printemps prochain. Il avertit le maréchal de Guébriant, qui commandait sur le Rhin, que toutes les forces de la maison d'Autriche se réunissent pour arrêter nos alliés les Suédois-, qu'il doit donc occuper Julien et Cologne, se maintenir en Allemagne et empêcher que les Espagnols et les Impériaux ne s'y recrutent. 11 lui promet de lui envoyer bientôt de nouveaux régiments. En même temps il propose de répondre au général Torstenson qu'on est bien décidé à ne le point abandonner, et que la France est plus unie que jamais à tous ses alliés. Enfin il est d'avis de donner au duc d'Engbien , que le roi venait de mettre à la tête de l'armée de Flandres, ses dernières instructions et de le faire partir promptement pour la frontière. Ces fermes résolutions honorent à la fois les derniers jours du règne de Louis XIII et les premiers du ministère de Matarin.
P. 4<). «Awertir Guébriant che tutte le forze dell'Imperio disperse «si uniscono per far testa a Tortenson, onde si rimette a lui diritornar « verso Juliers e Colonia per riprender quelli quartieri et impedir cosi « le leva te che li Spagnuoli et Imperiali polrebbero farda quelle bande. »
P. 69. «Prender tre reggi menti di Lorena per inviar a Guébriant, « poiche ne ba nécessita presentemente. »
P. 5o et 5 1 . « A Tortenson bisogna replicar in buoni termini che il
« re è piu resoluto cbe giamai alla guerra , essendo questo il solo modo di costringer li nemici ad una pace avantaggiosa per le due coron e e suoi couYgati; che il re fara sforzi maggiori per mare c per terra la prossima campagna, e che prega la corona di Suecia di far simile per far veder a Spagnuoli che non vi è concerto debole. »
P. 80. « Risolverc l'istruttione per il duca d'Enghien. »
Louis XIII mourut le 1 à mai 1 643 , laissant pour roi un enfant de quatre ans, la régence aux mains d'une Espagnole, le duc d'Orléans lieutenant général du royaume, et un conseil de régence à la tête duquel était le prince de Condé, et sous lui Mazarin avec un certain nombre de ministres. Si la bataille que le duc d'Enghien allait livrer eût été
perdue, c'en était fait de la puissance française et de celle de Masarin. L'ennemi entrait sans difficulté dans le cœur du royaume, soutenu par un nombreux parti de mécontents, amis anciens de la régente, qui lui auraient aisément persuadé de renvoyer Mazarin et toutes les créaturcs de Richelieu , et de faire la paix à tout prix. Le duc d'Engbien , qui n'avait pas encore vingt-deux ans , prit sur lui de livrer cette périlleuse bataille , le jour même où on conduisait a Saint-Denis les restes de Louis XHI ; il la gagna, et fit voir qu'il ne manquait à la politique du nouveau ministre qu'une exécution énergique et habile pour maintenir et accroître la grandeur de la France. La victoire de Rocroy sauva Mazarin ; il n'eut plus qu'à se débattre contre ses ennemis intérieurs et à leur disputer le cœur de la reine régente. l\ y réussit à force de douceur, d'adresse , de patience , grâce aussi à toutes les fautes que firent ses adversaires, et dont il profita avec une admirable habileté.