‹ Journal des savantsChapitre 58 sur 66 · V. COUSIN · texte numérisé non relu

V. COUSIN

{La saiie à un prochain cahier. )

«Se S. M. non vi prendi rimedio, il parlamenlo e li grandi havranno troppo d'au- « ihoriuV t P. 1 5 : Consideri quelio che fâ U parlamento d'Engbillera. U parla- «rnento crede ester assolulamente sopra la regenia, et è chiaro mentre rumpe t quello fu fauo dal rc solennemente. • — 1 III' carnet, p. 8 : • Far mi ricevere con- « siglïere honorario al parlamenlo. • W carnet , p. 86 : « Entrar nel parlamenlo «per consignera. * — * IV carnet, p. 59: «Avvocato générale Briquet (Etienne

• Briquet, devenu second avocat général quand Jérôme Brignon passa au conseil

• d'État. Voyes les Mémoires d'Orner Talon.) ba detto mille spropositi, et è slrana «cosa che, quando S. M. la gratie al parlamenlo, sieno necessarii mezzi per (arli « lornar buoni. 1 — V* carnet, p. 43: « a.ooo lire alli président! d'Enquestes. ■ Ibid. p. g3 : iH. Talon e Briquet, tre mila lire per aumento di gages.* Ibid. p. 99 :

• M. di Nemon, quatre mila scudi in segreto a conlo delli vinti.i — ' On annonce en ce moment la publication prochaine de mémoires de Mathieu mole;. jusqu'ici inédits, qui viennent d'être trouvés à la Bibliothèque impériale et dont la société de lmiistoire DE francb a confié l'impression à M. Aimé Champollion. qui a déjà bien mérité des amis du xvn* siècle par ses deux excellentes éditions des mémoires de Lenet et des mémoires de Retz, d'après les manuscrits autographes, dans la collection de MM. Michaud et Poujoolat. Ces mémoires, accompagnés de lettres et de pièces officielle», s'arrêtent, dit-on .vers 1639, avant que Mathieu Molé ait été promu à la charge de premier président C'est donc sur la carrière du procureur général qu'ils doivent jeter de précieuses lumières. Us nous apprendront, nous l'espérons du moins, l'entière vénté sur ce qui se passa au parlement dans l'affaire du maréchal de Marillac, et nous aurons un troisième récit à mettre à coté de ceux d'Orner Talon et de Claude Le Pelletier. Les mémoires de Talon nous introduisaient déjà dans la vie intime du parlement de Paris, pendant uno vingtaine d'années, à partir de i63i. Mathieu Molé remontera plus haut et fera connaître le parlement du commencement du xvn* siècle. Vraisemblablement il s'étendra sur son éducation parlementaire et sur son père, Edouard Molé, l'auteur de l'illustration de la famille. Nous souhaitons bien vivement aussi d'y rencontrer de nouveaux renseignements sur les rapports du procureur général avec Saint-Cyran et Port-Royal, et de nouvelles et belles pages à joindre à celles des mémoires de Laocelot sur cette partie si honorable de la vie de Mathieu Molé.

Narrative op a journby tbrovge Syria and Palestine in 1851 and 1852, by C. W. M. Van de Velde. Translatée! under the author s superintendence. Edinburgh and London, 1 854, a vol. in-8°.

PREMIER ARTICLE

Depuis les premiers temps du christianisme, la Palestine a, de siècle

en siècle, été visitée par un grand nombre de voyageurs, qu'attirait surtout Je désir de reconnaître et de vénérer les lieux consacrés par les récits de la Bible et par les événements qui avaient marqué le berceau de la religion de Jésus-Christ. Parmi ces pieux pèlerins, plusieurs, à leur retour, cédaient facilement au désir de présenter à leurs contemporains et à la postérité le tableau des sites qu'ils avaient eus sous les yeux, de retracer les sentiments qu'ils avaient éprouvés en contemplant les lieux témoins des miracles , des prédications du Sauveur des hommes, et d'offrir le récit fidèle des faits remarquables et des périls dont avait é(p semée leur route aventureuse-, aussi, on compte par centaines les relations imprimées ou manuscrites de voyages dans la Terre sainte. Et, toutefois, il faut le dire, malgré cette foule de renseignements offerts à la curiosité des lecteurs, la Palestine, cette contrée d'une médiocre étendue, est encore aujourd'hui imparfaitement connue. La Palestine et la Syrie sont , en grande partie , occupées par des tribus arabes et autres, chez lesquelles la civilisation n'a guère pénétré, et qui ne reconnaissent que bien faiblement l'autorité du Grand-Seigneur. Avides de pillage, elles étaient toujours prêtes k attaquer, à dévaliser complètement, souvent même à égorger le voyageur imprudent qui osait s'aventurer dans cette région inhospitalière. Aussi les hommes xeles que le» sentiments religieux ou l'amour de la science amenait dans ia Palestine ne pouvaient s'avancer dans le pays sans se mettre à la suite d'une caravane, ou sans être protégés par une escorte qu'un pacha bienveillant metlait à leur disposition. Il fallait, par conséquent, se résigner à suivre, en général, la route tracée par les caravanes, à marcher sur les pas des voyageurs précédents, sans trop s'écarter du chemin frayé, de peur de tomber dans quelque embuscade, et de se voir, sinon massacré, du' moins dépouillé de la manière la plus barbare. On doit donc peu s'étonner si tant de relations dont la Terre sainte a fourni la matière offrent, pour la plupart, une simple répétition de ce qu'on a lu cent fois , et présentent plutôt un récit d'aventures personnelles qu'un tableau

de ces traits géographique* et antres que le lecteur curieux s'attendrait à y trouver réunis. Jusque dans un temps assez rapproché du nôtre , une excursion dans les contrées qui s'étendent au delà de la mer Tibériade . du Jourdain et de la mer Morte, était regardée comme une entreprise complètement impraticable et qu'on n'aurait pu tenter sans s'exposer à une mort certaine. Le premier qui osa se lancer dans cette carrière aventureuse fut l'habile et infortuné Seetzen. Par malheur, les résultais des recherches auxquelles s'était livré cet homme estimable n'étaient connus en Europe que d'une manière imparfaite , par quelques morceaux publiés dans différents recueils scientifiques. Mais une main amie a pris soin de réunir ces fragments épars, de les coordonner, d'y joindre tout ce qui était inédit, et de mettre cette collection entière sous les yeux du public. Deux volumes ont déjà paru, et la suite ne se fera pas attendre. Je n'ai pas besoin de nommer ici les voyageurs, dont plusieurs vivent encore, et qui, marchant sur les traces de Seetzen, ont exploré avec succès plusieurs parties peu connues de la Palestine.

M. Van de Velde, après avoir séjourné plusieurs années dans les îles de la Sonde, et avoir publié une magnifique carte de l'île de Java, partit, en i85i, pour la Palestine, avec l'intention de parcourir cette contrée, de l'explorer dans tous les sens, et d'en dresser une carte plus exacte et plus complète que toutes celles qui figurent dans nos atlas. Mais une aventure extrêmement désagréable vint contrarier ses plans de voyage. 'Après avoir quitté la ville de Beirouth , il s'était dirigé , en passant par Sidon , vers Hasbeya . où se trouve la sourie la plus septentrionale du Jourdain. En rentrant dans la chambre où il avait établi temporairement sa résidence , il s'aperçut que ses caisses avaient été violemment ouvertes, et que tout l'argent qu'elles contenaient était devenu la proie d'un voleur. Toutes les recherches auxquelles il se livra pour découvrir l'auteur de ce hardi larcin restèrent sans succès, et il se trouva dénué des ressources qui devaient le mettre à même de continuer son voyage. Frappé de cet événement comme d'un coup de foudre, il allait se voir contraint de renoncer à des recherches commencées sous d'heureux auspices, et de reprendre immédiatement la route de l'Europe. Par bonheur, des amis généreux vinrent à son secours dans une circonstance aussi cruelle , et lui fournirent les fonds nécessaires pour continuer le cours de ses recherches. Mais on sent bien que des idées de délicatesse ne permirent pas au savant voyageur de prolonger, autant qu'il l'aurait désiré , ses courses aventureuses , et qu'il dut limiter le plus possible le cercle de ses investigations. M. Van de Velde se propose de retourner

dans la Palestine et d'y faire un séjour beaucoup plus prolongé, afin d'explorer dans toutes ses parties cette contrée éminemment intéressante et pour l'antiquaire et pour le chréUen. Qu'il me permette , à cette occasion, de lui adresser un conseil. Je l'engage, avant son départ d'Europe, à étudier la langue arabe, de manière à pouvoir facilement converser avec les habitants du pays. On voit par la relation de son voyage, qu'il n'avait pas pris d'avance cette précaution , et qu'il était constamment obligé de s'en rapporter à un interprète. Les voyageurs, en général, ne se doutent pas de l'avantage incalculable que leur offre , tant pour les recherches que pour leur sûreté , la connaissance de la langue parlée dans la contrée qu'ils visitent. Les Orientaux sont naturellement flattés de voir que des Européens ont pris la peine d'apprendre leur idiome , de causer familièrement avec eux; et ce sentiment les dispose tout â fait à la bienveillance. D'ailleurs, on fait voir aux hommes mal intentionnés que l'on ne saurait être trompé par eux, que l'on peut éventer leurs intrigues, déjouer leurs complots. On est plus à même d'obtenir, d'une manière certaine, les indications qui conduisent à la découverte d'un monument, d'une inscription. Le plus habile interprète remplacera toujours imparfaitement celui qui saura exprimer lui-même sa pensée ; et un Arabe sera toujours plus satisfait de s'entretenir directement avec le voyageur, que de se voir en présence d'un tiers. En joignant au talent de parler la langue du pays quelques connaissances de la médecine, on peut, jusqu'à un certain point, parcourir l'Orient sans être exposé , de la part de la population , à des dangers inévitables.

Et, toutefois, malgré le progrès des lumières, malgré la terreur qu'inspirent les armes des Européens, il se passera encore, je crois, bien du temps, avant que les contrées de l'Asie, qui ont été le berceau de la civilisation et de l'hospitalité, deviennent, à leur tour, assez hospitalières pour que les voyageurs puissent les parcourir avec une sécurité entière, sans être protégées par une escorte respectable.

M. Van de Velde, contraint par une nécessité impérieuse de resserrer le cercle dans lequel devaient s'étendre ses recherches, a voulu employer, d'une manière utile pour la science, le temps qu'il lui était permis de consacrer à ses investigations. S' écartant, autant qu'il lui était possible, des routes trop battues, trop fréquentées par les voyageurs, il s'est appliqué à parcourir des cantons mal connus, ou, du moins, imparfaitement explorés.

Qu'il me permette, avant d'entrer en matière, de signaler un défaut qui m'a frappé dans sa relation. On voit, avec peine, dans une narration si grave et si importante, percer partout un sentiment d'ai-

greur contre les catholiques qui habitent la Terre sainte. A coup sûr, comme tout homme sensé en conviendra, et comme j'ai eu occasion moi-même de m'expliquer sur ce sujet, on n'est point obligé d'adopter, dans toute leur étendue, les traditions qui ont cours à Jérusalem et dans le reste de la Palestine. Quelques-unes forment des opinions pieuses, plus ou moins probables, que l'on peut admettre ou rejeter, sans blesser la foi chrétienne. D'autres sont appuyées sur des témoignages plus certains, qui semblent leur donner une autorité réelle. M. Van de Velde repousse avec un égal dédain, et comme de vaines superstitions, toutes ces traditions, sans en excepter aucune. Et les jugements qu'il porte à cet égard sont partout empreints d'un sentiment d'amertume, qui ne prend aucun soin de se déguiser. A coup sûr, s'il est, dans le monde , un lieu où l'on doit concevoir des sentiments de tolérance et d'affection pour tous les hommes et surtout pour les chrétiens, c'est, sans doute, à Jérusalem, en présence du Calvaire, du haut duquel le Sauveur du monde a prié pour ses persécuteurs.

M. Van de Velde , ainsi qu'il est facile de le voir, lorsqu'il parcourut la Palestine, n'était pas, comme beaucoup de voyageurs, guidé uniquement par un sentiment de curiosité et par la passion des découvertes. Une pensée religieuse domine partout chez lui, et le conduit dans toutes ses recherches. On s'aperçoit aisément qu'il s'est préparé par de longues et pieuses études à ce voyage lointain , et que son esprit est nourri constamment de la lecture des livres saints; ce qui est pour un chrétien la plus intéressante des études. Il cite à tout instant des passages extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament. On ne peut qu'applaudir à une érudition si importante et si nécessaire, puisqu'un voyage en Palestine a certainement pour but d'offrir un commentaire sur les ouvrages qui sont la base de nos croyances religieuses, de développer et d'expliquer, par des rapprochements ingénieux, les faits, les usages, auxquels la Bible fait allusion. Mais, si je ne me trompe, M. Van de ■ Velde a quelquefois poussé trop loin cette attention si louable, en citant, dans toute leur étendue, des faits, sans doute bien intéressants , mais dont le souvenir est gravé dans la mémoire de tous les chrétiens.

Toutefois, pour être juster il faut se rappeler que levoyagequi se trouve sous nos yeux n'est pas une relation écrite à loisir, dans laquelle l'auteur se serait attaché à presser ses récits, à faire disparaître les répétitions, les longueurs; elle se compose de lettres écrites & un ami, sur les lieux mêmes, et dans lesquelles le voyageur laisse sa plume courir en liberté , bien assuré que l'amitié accueille avec plaisir toutes ces confidences, sans se plaindre de l'étendue des détails.

Notre voyageur, après avoir séjourné à Saïda, l'ancienne Sidon, se dirigea vers le mont Liban, puis à travers la Galilée jusqu'à Hasbeya, où se trouve une des sources du Jourdain. Je dois faire observer qu'il a paru, cette année, dans le Journal de la Société asiatique de Londres1, une relation d'un voyage fait par le capitaine Newbold, et dans laquelle l'auteur a décrit, avec une exactitude minutieuse, le lac appelé parles anciens Phiala, et les diiTérentes sources du Jourdain.

M. Van de Velde s'engagea ensuite avec courage dans les montagnes de la Galilée supérieure , traversa des localités importantes , où aucun voyageur avant lui n'avait pénétré, mais qui furent, bientôt après, visitées par MM. Robinson et Smith ; il recueillit plusieurs observations géograplùques, qui intéressent également l'histoire de la Bible et celle des croisades.

Je pourrai, dans un autre article, revenir sur ce sujet important.

Notre voyageur explora ensuite les ruines de Tyr, le littoral qui avoisine cette ville, et a su, après tant de narrations , communiquer des détails curieux , qu'on lira avec fruit et avec plaisir. Arrivé à Saint-Jean d'Acre (Aklta), il entreprit de visiter avec un soin minutieux la montagne du Carmel. Cette exploration présente un véritable intérêt. On sait que le mont Carmel a tiré son nom des vignobles et des vergers qui en couvraient les flancs. Quoique, sur plusieurs points, ces beaux jardins aient entièrement disparu, on voit encore des traces évidentes de l'ancienne fertilité. Partout, ou remarque les ruines des murs qui soutenaient les terres, arrêtaient les eaux, et offraient un sol fécond où croissaient les différents genres d'arbres fruitiers. L'homme ayant, ou à dessein, ou par négligence, laissé dégrader ces murailles, les vents ont balayé la terre végétale, et transformé en un roc aride d'admirables cultures. Cette remarque peut s'appliquer à d'autres endroits de la Palestine. M. Van de Velde s'est livré à des recherches curieuses, pour déterminer le terrain où le prophète Elie offrit à Dieu un sacrifice solennel ; il croit l'avoir trouvé dans le lieu que les Arabes désignent par

le nom de Moharrakàh, A*^, c'est-à-dire « brûlée. » Les rapprochements qu'il fait, a cet égard , présentent, a vrai dire, quelque chose d'ingénieux , et donnent à son hypothèse une assez grande vraisemblance; seulement je ne crois pas que la dénomination Moharrakàh (brûlée), qui a cours parmi les Arabes, doive avoir un poids quelconque dans la décision d'une question de ce genre. Quand il s'agit de faits qui remontent à une m haute antiquité, les traditions reçues chez les Arabes et les dénomi

1 Vol. XVI, pari, i, p. 8 et suiv.

nations appliquées par eux à certaines localités doivent être comptées à peu près pour rien.

M. Van de Vfclde, après avoir parcouru, en différents sens, l'ancienne province de Samarie, où il trouva la matière de plusieurs observations intéressantes, arriva à Jérusalem, où il séjourna pour la première fois.

Parmi les points nombreux qui devaient être l'objet de ses doctes recbercbes, il en est un auquel il attachait, avec raison, une haute importance. 1) voulait, autant qu'il lui serait possible , explorer le littoral de la mer Morte, et vérifier si les ruines annoncées récemment comme existant encore aujourd'hui sur le bord de ce vaste lac s'y trouvaient réellement et pouvaient à bon droit être prises pour les restes de Sodome, de Gomorrhe et des autres villes enveloppées autrefois dans une même et épouvantable catastrophe. Des circonstances impérieuses ne permirent pas à M. Van de Velde de réaliser ce plan autant qu'il l'aurait désiré. Mais, du moins, il put examiner avec soin un des points les plus intéressants, vers lequel- il s'était proposé de diriger ses investigations. Après avoir quitté la ville d'Hébron , il se rendit au camp de l'émir des Arabes Djihàlis Abou-Dakouk. Par son sang-froid et sa fermeté , il sut en imposer à cet homme lier, qui exerçait, dans le midi de la Palestine , une autorité presque despotique , et dictait ses lois aux caravanes, comme aux voyageurs isolés. Il obligea cet Arabe à tenir l'engagement souscrit en son nom , mais auquel il aurait voulu se soustraire pour exiger du voyageur une somme beaucoup plus considérable que celle qui avait été stipulée.

M. Van de Velde s'avança vers la mer Morte, explora avec soin les ruines de Masada; il fait observer comment les débris qui existent encore aujourd'hui dans un état de conservation parfaite s'accordent avec la description donnée par l'historien Josèphe. Les beaux restes de poteries et de mosaïques romaines, ainsi qu'une petite église située sur la crête du rocher, attestent que cette plage aride fut encore habitée durant quelque temps, sous l'empire romain et depuis l'existence du christianisme. Après avoir traversé et examiné le site de Zouweïrah , M. Van de Velde arriva à l'extrémité méridionale de la mer Morte. Guidé par les assertions de M. de Saulcy, qui assure avoir découvert dans cette localité les ruines de Sodome, il explora ce terrain et tous les environs avec une curiosité avide et scrupuleuse. Mais toutes ses recherches furent complètement inutiles. Aucun débris antique ne s'offrit a ses regards : des masses de pierres isolées, entremêlées de sable, et qui indiquent le lit des torrents dont cette plaine est sillonnée durant

l'hiver, sont les seuls objets qui se présentent partout A la vue; et, suivnnt l'assertion du voyageur, ces ruines annoncées avec tant d'enthousiasme ne se trouvent plus et ne paraissent pas avoir Jamais existé. Je ne m'arrêterai point plus longtemps sur ce sujet. J'y reviendrai dans un second article.

M. Van de Velde, après des recherches infructueuses sur le rivage méridional de la mer Morte, abandonna ces plages désolées; traversant le grand désert qui sépare la Palestine de l'Arabie , et dans lequel il se vit exposé aux plus cruelles extrémités mje peuvent produire une chaleur terrible et une soif ardente, il se dirigea vers l'ancien pays des Philistins. Il visita, en passant, les puits qui indiquent le site du lieu nommé Beer-Scheba , dont il est si souvent mention dans l'histoire d'Abraham, d'Isaac, et où l'on plaçait les limites méridionales de la Pa lestine. Il rechercha les ruines des cinq villes qui formaient les cinq satrapies des Philistins, je veux dire Ascalon, Gath, Gaxa, Aschdod ( Azotus) et Ekron ( Akkaron). La dernière de ces villes , la première qu'atteignit le voyageur, a disparu complètement, et il n'en reste que quelques puits. Le site porte encore aujourd'hui le nom d'Akir. Esdoud. l'ancienne Aschdod ou Azotus, qui joua dans l'histoire des Hébreux un rôle important, qui. plus tard, soutint contre Psammétique, roi d'Egypte, un siège de 29 ans. le plus long dont les annales du genre humain aient conservé la mémoire; cette ville qui, du temps des croisades, était un |K>stc important , n'est plus représentée que par un pauvre village.

M. Van de Velde atteignit ensuite le misérable village nommé encore Askelan, auprès duquel s'étendent des monceaux de ruines, qui appartiennent à l'antique Ascalon , cette ville célèbre dans l'antiquité biblique, qui fut la patrie d'Antipater, père d'Hérode; qui, dans le moyen âge, fut si vivement disputée par les musulmans et les chrétiens , et dont le nom se trouve dans une ode de J. B. Rousseau, qui dit. en parlant des Arabes :

Kl des vents du midi la dévorante baleine

N'a consume qu'à peine Leur» ossements blanchis dans les champs d'Ascalon.

Malheureusement, le voyageur, pressé par le temps, ne put prendre aucune esquisse de ces ruines imposantes. De là, il se rendit à Gaza, qui offre encore aujourd'hui une assez grande importance, attendu qu'elle se trouve placée sur la route qui sert de communication entre l 'Egypte et la Syrie. M. Van de Velde ne put retrouver les ruines de Gath; et l'état de sa santé ne lui permit pas de visiter celles de Gerar,

qui existent à une faible distance de Gaza. Cette partie de la narration, sur laquelle je ne puis m'arrêter maintenant, offre des détails intéressants sur la géographie de ces contrées, du temps des Hébreux. Après cette exploration, le voyageur se dirigea vers Jérusalem, où il séjourna quelque temps.

M. Van de Velde, pendant qu'il habitait cette ville, ne pouvait manquer de visiter la grotte si remarquable désignée par le nom de tombeaux des rois. Il dut examiner l'opinion de M. de ^Saulcy, qui â cm retrouver, dans cette excavation, le lieu de la sépulture de David et des autres rois de Juda. Il est bien éloigné d'adopter une pareille hypothèse, et la combat avec les armes dune logique sûre, qui s'appuie sur le témoignage unanime des livres saints et de l'historien Josèphe. A l'époque où le mémoire indiqué fut présenté au public je réfutai cette opinion dans une dissertation étendue communiquée à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et dans laquelle je ne laissai passer aucune assertion sans y répondre. Je croyais, à vrai dire, que la question était parfaitement éclaircie et que je n'aurais plus à revenir sur cet objet. Ce qui avait lieu seulement de surprendre, c'est que, de tous les savante qui, après moi, ont discuté la même question, et qui, en adoptant mes conclusions, n'ont fait autre chose que reproduire une partie des arguments employés par moi, aucun n'a cru devoir citer mon travail, ni m "me en faire la moindre mention. M. Van de Velde, lui-même, malgré son exactitude habituelle, s'est trompé assez gravement, lorsqu'il a prétendu que mon travail, sur cette matière, a paru dans le Journal des Savants. Cette collection renferme mes observations sur la mer Morte. Quant au mémoire sur les tombeaux des rois, il a été publié dans la Revue archéologique.

M. de Saulcy, en répondant à M. Vinet, qui avait soutenu, tout récemment, une opinion conforme à la mienne, a entrepris de défendre encore une fois son hypothèse . et croit l'avoir fait de manière à pouvoir s'attribuer la victoire. Mais les nouveaux arguments qu'il emploie ne sont pas, il faut le dire, plus solides, plus convaincants que ceux dont il avait fait usage dans son premier travail , et que j'avais pris soin de réfuter de la manière la plus complète. Sans répéter ce que j'ai exposé tout au long dans mon mémoire, je vais discuter brièvement les nouvelles preuves alléguées par l'auteur, et il ne me sera pas difficile de faire crouler le fragile échafaudage srfr lequel s'appuie l'argumentation de l'écrivain.

M. de Saulcy, pour prouver que le monument appelé tombeaux des rois a , en effet, renfermé les corps de David et des autres rois de Juda,

cite, outre la tradition du pays, le témoignage de l'historien Josèphe, qui appelle ce monument les caves royales. «Pourquoi, dit-il, M. Vinet «i ne tient-il pas compte de ce fait capital , auquel personne , jusqu'ici, n'a «jugé à propos de répondre, quand je l'ai opposé aux attaques qu'on « m'adressait? » Le fait exprimé ici n'est pas parfaitement exact. A coup sur, j'ai répondu à l'objection indiquée. Josèphe a désigné ie monument par le nom de caves royales, parce que cette excavation présentait un caractère de magnificence , par lequel il se distinguait de toutes les grottes creusées dans les environs de Jérusalem , et auxquelles la tradition a assigné des dénominations qui ne sont , en général , appuyées sur aucun témoignage historique. Mais l'historien juif n'a jamais supposé que le corps de David et ceux des autres rois de Juda aient reposé dans ce monument. Bien au contraire, il atteste, conformément au témoignage des livres saints, que David et ses successeurs avaient reçu la sépulture dans la ville de David, c'est-à-dire, comme il le reconnaît lui-même , sur le mont Sion, à l'autre extrémité de Jérusalem. Ainsi donc, comme je viens de le dire , la dénomination do tombes royales ne repose sur aucun fait historique. Elle a été appliquée au monument dont il s'agit , a raison de son extrême magnificence , qui semblait ne pouvoir convenir qu'à une sépulture royale. Du reste, je ne reproduirai pas ce que j'ai dit dans mon mémoire, sur l'origine que j'attribue ù ces tombes.

«J'ai, dit l'auteur, dressé une liste des rois qui ont été ensevelis » dans le caveau sépulcral de David , et celle des rais qui n'y ont point « été ensevelis. Trois nombres résumaient cette double liste, un nombre « total et deux nombres partiels. Autant il y avait de rois enterrés de m science certaine dans le caveau de David, autant je trouvais de tombes «achevées, et qui avaient été occupées. Autant il y avait de rois qui « avaient reçu la sépulture hors du caveau dynastique, autant je trouvais « de tombes inachevées. Enfin , en suivant l'ordre naturel dans lequel «ces tombes achevées et inachevées ont été taillées successivement, le « trouvais que partout où la liste royale mentionnait un roi absent du « sépulcre de famille, se présentait une tombe inachevée. » Ce raisonnement, à coup sûr, pourrait avoir quelque valeur s'il s'agissait d'un fait sur lequel les historiens sacrés auraient gardé le silence , et qui , par conséquent, pourrait offrir un champ libre aux conjectures, aux hypothèses des critiques. Mais , malheureusement , le texte de la Bible , sur cette matière , est tout à fait formel. Et , comme je crois l'avoir démontré, tous les rois de Juda, à l'exemple de David, avaient choisi le lieu de leur sépulture sur la montagne de Sion, non loin de celle du plus illustre monarque de l'empire juif. Je me propose de faire réimprimer

mon mémoire, en y ajoutant les nouvelles preuves que nécessitent des objections sans cesse renouvelées.

Le même écrivain prétend que le nom de viUe de David ne s'appliquait pas exclusivement au mont de Sion, mais qu'il s'employait aussi pour désigner la ville de Jérusalem tout entière. Il croit trouver un appui pour sou hypothèse dans plusieurs passages du livre des Rois. Mais ces passages sont loin de fortifier son opinion. On y lit 1 : « La fille de Pharaon h monta de la ville de David vers son palais, que lui avait fait bâtir Saulomon. Et ce prince fit construire Millo. » Il résulte évidemment de ce texte que la colline appelée Millo , ou le palais qui en occupait le faite, se trouvait un peu en dehors de la ville de David, c'est-à-dire du montSion. Le passage suivant3 n'est pas, à coup sûr, plus concluant. On y lit : « Le roi Salomon fit bâtir la forteresse de Millo, et fermer les m brèches delà ville de David son père. » Il est évident que, dans cet endroit, la colline de Millo est présentée comme primitivement distincte delà ville de David, c'est-à-dire de la colline de Sion. Je reviendrai tout à l'heure sur cet objet, et je discuterai ce qui concerne le roi Amasias.

Quant aux passages des livres des Maccabées, où l'on croit trouver une preuve décisive contre mon opinion, on va voir si l'on peut réellement s'étayer d'un pareil appui. On y lit9 : « Les Syriens entourèrent la ville de David d'une muraille grande et forte et de tours «solides, ils en firent leur citadelle. » Josèphe*, racontant le même fait, s'exprime en ces termes: aAntiochus livra aux flammes la plus » belle partie de la ville; et, ayant renversé les murailles, il fît construire dans la ville inférieure une citadelle qui était extrêmement «(élevée et dominait le temple lui-même.» Ces passages, s'ils étaient isolés, sembleraient indiquer que le nom ville de David désignait toute autre chose que la montagne de Sion. Mais ceci réclame une discussion.

D'abord, on pourrait répondre que les usages d'une époque comparativement récente ne contredisent en rien ce qui a eu lieu à une époque beaucoup plus ancienne : que, dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé, depuis la composition des monuments originaux de l'histoire des Hébreux jusqu'à celui où furent écrits les livres des Maccabées, il pouvait s'être introduit dans le langage des modifications essentielles : que le nom ville de David, qui, dans l'origine, s'appliquait exclusivement à la montagne de Sion, avait pu ensuite, surtout après le boule-

' I" livre des Rois, châp. ne, v. a4- — ' Cbap. xi, v. 37. — ' Ltv. I*. cl»op. 1", y. 33. — * Antiqaitat. lib. V, cap. iv, p. 609.

JOUlNAL DES SAVANTS

vervirt» ni produit par 1 invasion des Chaldéens. être donne par ex tension j toute ta ville de Jérusalem, comme ayant été le lieu de ia i*-*idenrc du roi David. Ce*t ainsi que Jésus-Christ dit à ses apôtres 'S. Mathieu . cliap. V, *. 35) ; «Ne jurer point par Jérusalem, parce .quelle est la ville du grand roi.» c'est-à-dire de David. Mais il n'est pas même nécessaire de recourir à ce moyen de résoudre la diflicuJte.

Je sais très-bien, car je ne veux déguiser aucune objection, qu'il • existe un passade du premier livre des Maccabées (chap. n, v. 3i/, où il est fait mention des troupes syriennes qui étaient cantonnées dans Jémuilem, la ville de David, é» ïepoweùnft triïzt <bea>tS. Mais la petite i oiitradiclion que ce passage semble offrir avec d'autres passages du texte hébreu, où les mois «ville de David» désigneut exclusivement < la montagne de Sion.» n'est, je crois . qu'apparente. Si je ne me trompe, dans le texte syro-chaldaique, qui formait l'original du premier livre des Maccabées, on Usait m prnra D^trTva, «à Jérusalem, dans « la ville de David. * Et le traducteur grec, ou un ancien copiste de sa version, aura oublié de reproduire la préposition qui précédait les mots «la ville de David. » Josèphe l'historien a pris soin de nous expliquer ce que, dans le passage cité plus haut, il faut entendre par «es mots « la ville inférieure, » car il dit' : «Judas Maccabée, ayant chasse « de la ville supérieure les garnisons syriennes, les refoula vers la ville " inférieure, que l'on désigne sous le nom d'Acra; et, étant resté maître <■ du temple , il le purifia et l'entoura d'une muraille. » Nous lisons , dans le deuxième livre des Maccabées1, «que Jason s'étant emparé de la «ville de Jérusalem, Ménélaûs s'enfuit dans la forteresse, o Or cette forteresse était située sur le terrain que fauteur du I" livre désigne par le non» de ville de David. 11 est donc clair que cette dernière dénomination ne s'applique pas à la ville de Jérusalem tout entière, mais à une partie de cette grande cité. Après la défaite de Nicanor', les soldats syriens qui avaient échappé au carnage se réfugièrent dans la ville de David. Il est évident que, par ces mots, il ne faut pas entendre la ville de Jérusalem tout entière . mais la citadelle, qui était destinée à tenir en bride cette importante capitale. Quelle était cette partie? C'est ce que je vais examiner.

On ne saurait, d'après les lois d'une bonne critique, vouloir juger de l'état ancien du sol de Jérusalem, parce qui existe aujourd'hui, ou morne par ce qui existait du temps de Josèphe. Car, ainsi que cet histo-

' D* belto judateo, lib. I, cap. i, p. 53. — • Chap. v, v. 5. — 1 Chap. vu,

rien nous l'atteste les princes asmonéens, étant restés paisibles possesseurs de Jérusalem, firent combler la vallée qui séparait le temple de la ville, et firent couper et abaisser le sommet de la colline d'Acra, afin que, par suite de la diminution de sa hauteur, cette colline pût être dominée par le temple. C'est depuis cette époque que cette colline, se trouvant moins élevée que la montagne de Sion et ayant été couverte de maisons, fut désignée par le nom de ville basse. Mais il n'en était pas ainsi dans les temps les plus anciens, et même à l'époque de Judas Meccabée et de ses frères. Elle formait alors un mamelon, qui ne le cédait guère en hauteur à la montagne de Sion et à celle du temple. De là vient que Simon Maccabée*, voulant établir sa demeure sur la montagne do temple, fit fortifier la partie de cette colline qui longeait celle d'Acra. Et l'on conçoit comment, à l'époque de Judas Maccabée», les Juife avaient fortifié le mont Sion, et l'avaient entouré de murs élevés, de tours solides, afin d'empêcher que, dorénavant, les étrangers ne pussent envahir et fouler aux pieds cette colline. Au moment de la mort d'Antiochus Epiphane*, les troupes qui formaient la garnison et la citadelle coupaient la communication des Israélites avec les lieux consacrés par la religion, et s'occupaient constamment à leur nuire. Si Nicanor, en sortant de la forteresse, monta vers la montagne de Sion, ce fait no saurait présenter aucune difficulté réelle; puisque la citadelle étant située, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, sur une colline isolée mais voisine du mont Sion, il fallait bien que l'on descendît de la première colline pour remonter sur la seconde. Plus tard », les généraux syriens, ayant pris en otage les fils des principaux personnages d'entre les Juifs, les déposèrent sous bonne garde dans la citadelle de Jérusalem iv 1$ Sxpf b> UpoumtXtfft. Ces mêmes otages furent remis par le commandant de la citadelle à Jonathas , qui les rendit à leur père 6. Démétrius 7, cherchant a attirer les Juifs dans son parti , leur promit de renoncer à la possession de la citadelle de Jérusalem, et de la remettre au grand prêtre, afin qu'il pût y placer une garnison choisie par lui. Jonathas, un peu plus tard8, écrivit au même roi, pour l'engager à retirer la garnison qui occupait la citadelle et qui incommodait extrêmement les Juift. Par le conseil de Jonathas9, les habitants de Jérusalem travaillèrent à exhausser les murs de cette ville et à élever une vaste muraille entre la forteresse et la place, afin

1 DeMlo mdaico, lib. V, cap. iv, p. 337. — * Premier livre des Maccabées, chap. xii!, y. 53. — » Chap. iv, v. 60. — * Cliap. vi. v. 18. — ' Chap. », v. 53. — * Chap. x, v.g. — ' V. 3a. — * Chap.xi, v.f,\. — * Cbap.xti. v. 36.

JOIRNAL DES SAVANTS.

d'isoler complètement la garnison , et de la mettre hors d'état de rien vendre ni de rien acheter. Grâce à ces précautions les soldats qui lardaient la citadelle se trouvèrent redoits à nue extrême disette, et la famine en fit périr un grand nombre. Enfin * Simon Maccabée se rendit maître de la forteresse et y plaça une garnison composée de Juifs.

l>c tous les passages dont je viens de présenter le tableau il résulte, aver évidence, que, dans l'opinion de l'historien des Maccabée». le mot ville de David ne désignait pas la ville de Jérusalem en général, mais une partie d*; cette place. Cette portion qui, sous les princes .tsmonéens, avait pris la dénomination A' Aéra, à cause de la citadelle construite sur ce terrain , formait une colline qui, dans la suite, fut aplanie et abaissée de beaucoup, afin de préserver le temple, que mettait en danger le voisinage d'une forteresse dont les créneaux dominaient les murs <lu temple. Elle était donc placée tout près de ce magnifique monument; elle ne pouvait, d'une autre part, occuper, comme on l'a cru, toute une moitié de la ville de Jérusalem. Car, si elle avait couvert un aussi long espace, comment les Juifs auraient-ils été en état de construire une muraille immense, capable d'isoler complètement de tous côtés la garnison de In citadelle, et de lui fermer toute communication avec le «este de la ville? On sent bien que les Syriens qui occupaient cette place de guerre , cl parmi lesquels on comptait des soldats aguerris, ainsi que «les Juifs transfuges, n'auraient pas laissé réaliser un travail de ce genre sans opposer une vive résistance, et sans troubler, par des sorties continuelles et vigoureuses , une entreprise qui avait pour objet de les livrer à la plus affreuse famine. Il faut donc supposer que la citadelle se trouvait placée sur un terrain d'une étendue médiocre, mais fort par son assiette, et que l'on pouvait, sans un travail, trop considérable et dans un laps de temps peu prolongé, isoler complètement du reste de Ja ville. Si je ne me trompe, le terrain nommé Àcra occupait l'espace qui s'étend entre la colline du temple et celle de Sion, et se prolongeait jusqu'à la vallée qui longe le torrent de Cédron. Le témoignage de Josèphe confirme parfaitement cette hypothèse. Au rapport de cet historien3, durnnl Je siège de Jérusalem par les Romains, Simon occupait la ville supérieure, c'est-à-dire le mont de Sion, la fontaine de Siloé et la colline d'Acra, ou la ville inférieure, tandis que le temple était au pouvoir de Jean. Nous apprenons du même écrivain* que la ville inférieure, Acra, était « parée de la montagne de Sion par une vallée

1 Chap. xuii. v. 4$. — ' Chop. xiv, v. 6. 36, 07. — 'De Mlojodaiœ, 1 il»- V, op. vi, p. 337. — » C«p. iv. p. 3a7

appelée Tyropeeon. En admettant, comme je le fais, que la colline d'Acra se trouvait placée entre le mont de Sion et celui sur lequel s'élevait le temple, on conçoit que cette colline pouvait être considérée comme formant un appendice du mont Sion, et avait pu recevoir, à une époque asseï récente, la dénomination de ville de David, qui, du temps de la domination des rois juifs, désignait le mont Sion tout entier.

Et un fait auquel on n'a pas fait attention mérite, je crois, de trouver place ici. Du temps de Salomon, il existait, comme je lai dit, à Jérusalem, une colline appelée Millo, NïVp, sur laquelle Salomon avait fait bâtir un palais, qu'il avait assigné pour demeure à la fille du roid'Égy pte, son épouse. Il avait sans doute voulu, par cette mesure , concilier les intérêts de son amour et les ménagements qu'il devait à un puissant monarque tel que Pharaon avec les prescriptions de la loi de Moïse , qui interdisait aux Juifs les mariages avec des femmes étrangères, surtout avec celles qui étaient livrées au culte des idoles. Salomon crut donc accomplir ou éluder le précepte de la loi, en éloignant de son palais une princesse dont la demeure dans la résidence de David, près du tombeau de ce monarque, avait pu exciter les murmures des sujets, et surtout les remontrances des prêtres. On peut croire, toutefois, que ce roi, en cédant aux scrupules d'hommes zélés pour l'observation de la loi, n'avait pas cependant poussé la condescendance jusqu'à éloigner tout à fait de lui la princesse qui avait partagé son trône et son lit, mais qu'il lui avait fait construire un palais somptueux sur une colline qui était comme une dépendance , un appendice du mont Sion , et que l'on avait peut-être formée ou exhaussée artificiellement par un amas de terre et de pierres ; car le nom de Millo, trtVo, dérive du verbe mala, kVd, qui signifie remplir. De là vient que , dans un passage du Livre des Rois , on lit : Millo de la ville de David , in ry mko. M. de Saulcy traduit : «Millo, qui est la ville de David. » Mais cette version est inexacte. Si l'écrivain sacré avait voulu exprimer ce qu'on lui fait dire, il aurait écrit : v.i ")>s> tnn itfN kV?d, « Millo, qui est « la ville de David. » Il faut traduire : « Millo, de la ville de David , » c'està-dire, «Millo, qui fait partie de la ville de David. «Si je ne me trompe, la colline de Millo, qui formait pour Jérusalem un point important, puisque le roi Amasias, dans la crainte d'un siège, avait cru devoir la fortifier d'une manière spéciale, était identique avec celle qui, dans un temps postérieur, reçut la dénomination grecque d'Acra. On conçoit donc comment cette colline, séparée par une vallée de la montagne de Sion , dont elle semblait faire une partie intégrante , avait pu , longtemps après le retour de la captivité, à la suite des bouleversements causés

par la catastrophe de Jérusalem, recevoir la dénomination de ville de David, dénomination qui, dans le langage unanime des écrivains hébreux , dont la tradition a été confirmée par le témoignage de l'historien Josèphe , s'appliquait à la montagne de Sion tout entière.

Une autre objetion, à laquelle j'avais d'avance suffisamment répondu, est reproduite ici, comme un argument péremptoire. Je vais en apprécier la valeur. Suivant l'auteur du Livre des Rois1, Amasias, roi de Juda. ayant été assassine dans la ville de Lachis, fut rapporté sur des chevaux et enterré à Jérusalem , avec ses pères, dans la ville de David. Et on lit dans les Paralipomènes*, en parlant du même roi: «OnJ'enterra «avec ses pères, dans la ville de Juda, mirv "vya. » M. de Saulcy prétend que, dans ce passage, les mots « la ville de Juda » et ceux de « la a ville de David» sont synonymes, et que cette dernière expression désigne o la ville de Jérusalem tout entière. » Mais celte assertion ne saurait soutenir l'examen de la critique. Les mots «ville de Juda, n c'est-à-dire « la capitale de Juda, » répondent au nom de Jérusalem, qui se trouve dans te premier passage. Et les mots « ville de David, n ajoutés par l'auteur du Livre des Rois, indiquent une partie de cette même ville, je veux dire la montagne de Sion. Si un écrivain français, en parlant d'un personnage historique, s'exprimait ainsi : «Son corps fut transporte « dans la capitale de la France, » et qu'un autre écrivain dît, en d'autres termes : «Il fut enterré à Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève,'» tout lecteur, en rapprochant ces deux passages, en conclurait qu'ils s'expliquent l'un par l'autre : que Paris est la capitale de la France, et que la montagne Sainte-Geneviève forme un des quartiers de cette grande ville.

Avant de terminer celte discussion, je dois examiner une assertion émise par l'auteur de l'hypothèse que je combats, et qu'il regarde comme victorieuse, en faveur de l'opinion qu'il soutient: «Je regrelte, « dit-il , que M. Vinet ne sache pas assez d'hébreu pour pouvoir consulter « un dictionnaire, le premier venu, et pour pouvoir y chercher lui- «même ce que veut dire la préposition bi, a , qu'il traduit par dans en " toute circonstance. Il se convaincrait, par ses propres yeux, que ce que «je vais transcrire est exact ; Bi, preepositio loci : /nier, iatra, prope, « coram. Or, comme c'est précisément cette préposition, qui est em « ployée partout, qu'il s'agisse de la ville de David, de la maison de Sa- « muel, de Hama, de Tirsah, et enfin de Samarie, la série des preuves ^ que M. Vinet pense avoir données, à l'appui de son système

1 Livre IF. chap \iv, v. ao. — ' Livre H, cliap. xxv, v. aU.

«n'a aucune valeur, et je l'engage fortement à en chercher d'autres qui « soient acceptables. »

Et moi je répondrai à mon tour : si l'écrivain indiqué avait pris la peine d'étudier la langue hébraïque, il n'aurait pas écrit ce qu'on vient de lire. La préposition bi, a, signifie dan» et non pas devant, dans les environs de, ainsi Ba-ir, v»a , désigne toujours dans la ville, et non pas auprès de la ville. Quand Samuel fut mort1, on l'enterra dans sa maison , c'est à-dire dans le terrain renfermé dans l'enceinte de sa maison. On trouve, il est vrai, l'expression p'M, u sur la fontaine, » *o5 in», «sur le fleuve Kobar, » aira, a sur la montagne de Horcb. » Mais il est indubitable que, dans la Bible, les mots «dans la ville» signifient «dans l'intérieur « de la ville. » Baasa a donc pu1, sans aucune difficulté, être enterré dans l'intérieur de la ville de Tirsah , Aniri dans celle deSamarie5, ainsi que Joachas4 et Joas, son fils5. Et l'on n'a nul besoin de dire, avec, quelques traducteurs, que ces princes reçurent la sépulture près de la «ville de Samarie. Par conséquent les mots u dans la ville de David » signifient nécessairement «dans l'intérieur de la ville de David, «c'est-à-dire, «sur «la montagne de Sion;» et l'on traduirait fort inexactement, si l'on rendait ces mots ainsi : « aux environs de la ville de David, » c'est-à-dire , « de Jérusalem. » Si l'opinion que j'émets ici est, cômrae je m'en flatte , conforme à la vérité; si, comme je l'ai démontré dans mon précédent mémoire, l'expression «ville de David,» chez les écrivains hébreux, ainsi que chez l'historien Josèplic, désigne constamment «la montagne de Sion, » que devient donc le système que j'ai entrepris de combattre? Je déclare, avec une conviction intime, que ce système ne repose absolument sur aucune base solide. II est impossible de produire en sa faveur aucun passage emprunté à la Bible ou aux écrivains de l'antiquité, classique ou ecclésiastique. Tous les arguments sur lesquels on a voulu étayer cette hypothèse s'évanouissent d'eux-mêmes, et ne peuvent soutenir l'épreuve d'une discussion critique. Je ne répéterai point ici toutes les preuves que j'ai rassemblées dans mon premier mémoire, et dont, il faut le dire, aucune n'a été l'objet d'une réponse sérieuse. Sans doute, il est plus commode et plus facile de passer sous silence des objections fort gênantes que de les réfuter. Je vais, comme je l'ai dit, faire réimprimer cette dissertation, et j'attendrai avec une tranquillité parfaite le jugement des personnes instruites que leurs études et des réflexions solides rendent compétentes pour prononcer

' I" liv. do Samuel, ebap. xxv, v. i. — ' I" liv. des Rois, ebap. xvi, v. 6. — 1 IbiJ. v. a8. — ' II' liv. des Rois.clup. xiu, v. 9. — 1 Ibid. chap. xiv, v. 6.

sur une pareille matière. On restera, je crois, bien convaincu que. parmi les rois de Juda, aucun n'a été enterré dans le monument connu vulgairement sous le nom de «Tombeaux des rois,» mais que tous, sans exception, à commencer par David, ont eu leur sépulture dans la ville de David , c'est-à-dire sur la montagne de Sion.

Une découverte importante, que M. Van de Velde partagea avec MM. Robinson et Smith, est celle de l'emplacement qu'occupait l'ancienne ville de Pella. On savait, par le témoignage de Josèpbe et d'autres liistoriens de l'antiquité, que cette ville importante était située à l'orient du Jourdain. Mais sa position avait été fixée un peu au hasard, même par le savant géographe Danville. Les deux voyageurs , après des recherches exactes et minutieuses , se convainquirent qne les ruines de Pella existent encore aujourd'hui à l'orient du Jourdain, non loin de Baïsan, l'ancienne Scythopolis, dans un lieu nommé 7abakat-Fahel. M. Smith a publié une relation de cette découverte dans le Journal de la Société orientale allemande1.

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