INTRODUCTION
Les semelles de carton sont de tous les temps. — Un type de volontaire parisien. — Du vrai, du faux et du demifaux dans les publications de Mémoires. — Comment on m'a aidé à découvrir des mémoires de soldats et pourquoi je les aime. — Ce qu'était autrefois l'artillerie des demi-brigades d'infanterie. — Grandes et petites misères des campagnes de 1192 à 1800. — Méthode et ■caractère particulier du journal de Bricard. — La vie militaire de son temps. — Un général en chef à 33 sous et 4 deniers en numéraire par jour. — Nos uniformes en campagne. — Les trois millions de Masséna. — Barbaries nécessaires de la discipline des armées. — Ce que coûtent les pillards. — La fin de la campagne d'Egypte et la politique anglaise. — Comment Bricard voulut laisser Pépaulette de lieutenant pour redevenir ouvrier.
On a beaucoup crié contre les semelles de carton de la guerre de 1870!
Comme si la semelle de carton était une nouveauté....
II JOURNAL DU GANONNIER BRICARD
Mais elle aura bientôt cent ans. Lisez plutôt la page 211 de ce journal :
Nous recevions des souliers dont la semelle était garnie de carton, écrit le canonnier Bricard. On peut juger ce qu'en faisait le soldat sans cesse en marche par des chemins affreux.
Il va sans dire que cette révélation n'excuse en rien les cartonniers modernes. Elle montre seulement que, en Tan V, il ne suffisait pas d'une semelle de carton pour faire lâcher pied.
Le canonnier Bricard n'accorde point d'ailleurs une importance exceptionnelle à ce détail; il rentre, pour lui, dans un ensemble de faits couronnés par cette conclusion : La République est toujours volée *.
Notez bien que Bricard écrivait cela en 1796, l'année des victoires de Mondovi, de Lodi, d'Arcole; l'année du passage du Rhin par l'armée de Moreau, l'année où les Anglais étaient chassés de la Corse, où la Vendée déposait les armes, où le Piémont abandonnait Nice et la Savoie, l'année où la Prusse, notre première envahisseuse (il ne faut pas l'oublier non plus), nous garantissait par
1. Il ne dit pas cela pour critiquer la forme du gouvernement. Non Ml aime franchement la République, mais il déteste d'autant plus les Français qui n'oseraient pas voler un particulier, et qui sont mille fois plus coupable» en ne craignant pas de voler la France.