INTRODUCTION XLIII
méritait, mais l'héroïsme de ce vieillard sacrifié avec son bataillon au salut de l'armée, mérite bien qu'on ne craigne pas de lui rendre un double hommage.
Et puisque nous rendons justice à nos anciens, reconnaissons qu'ils ont donné le premier exemple d'une simplicité et d'une sagesse trop vantées comme des vertus nouvelles après la guerre de Sécession des États-Unis.
Je veux parler de ces officiers redevenus cordonniers ou tailleurs, sans en être plus fiers.
Cette preuve de sens pratique était imposée par la nécessité, puisque le licenciement des armées entraînait celui de leurs cadres.
Sans remonter à l'ancienne Rome, on eût pu dire alors que notre première République avait offert le même spectacle. Jourdan, général en chef, futur maréchal d'empire, redevint petit mercier à Limoges après la victoire de Wattignies. Au bas de l'échelle hiérarchique, nous pourrions citer encore l'auteur de ce journal.
Tapissier, puis canonnier volontaire, parvenu de grade en grade à l'épaulette, Bricard la laisse après dix ans de guerre pour reprendre le tablier de travail. Sa dernière ligne le dit sans pose et sans phrase : ce Je retournai à mon métier de tapissier. »
Son ambition avait-elle été déçue? Redoutait-il une mise en non -activité? L'armée française allait-elle regagner ses foyers? Non, rien de tout cela! Bricard était content de ses chefs comme ses chefs étaient contents de lui. On avait cherché en vain à le retenir; l'ancien, volontaire n'avait marché que pour la libération du territoire, et non par ambition. Certes il n'avait pas prévu dix ans de guerre. Mais enfin elle était finie, et finie glorieusement pour son pays. Notre officier n'avait plus rien à souhaiter.
Ne passons donc plus l'Océan pour aller chercher des modèles. Mais du moins sachons les retrouver parmi nos aïeux, recueillons pieusement leurs souvenirs, et, surtout, tâchons d'en profiter.