‹ Journal du concile de TrenteChapitre 4 sur 11 · DU SAINT · texte numérisé non relu

DU SAINT

La secte de Luther croissait. Déjà une grande partie de l'Allemagne et des pays circonvoisins, l'Angleterre surtout, étaient envahis par cette hérésie, qui, comme un fléau souterrain, pénétrait par tout le monde.. L'empereur Charles-Quint venait de publier V intérim à Augsbourg. Et chaque Etat, chaque province, chaque ville aspirait à la célébration d'un concile général pour mettre fin à ces divisions si grandes dans la chrétienté, ,et éviter parla les calamités qui par suite l'accablaient.

Pour ces motifs, Paul III, dès le commen- Le cernent de son pontificat, se proposa de con- ^i'o^nvonue" voquer le Concile et désigna Mantoue', puis \l Conoie

1 rente.

' « Et ayant pris le sentiment des Princes dont ]e concours nous paroissoit particulièrement utile et

Vicence, comme étant des endroits favorables à cette convocation. Il envoya l'évêque Pietro Verj^^erio en Allemagne pour y déclarer le Concile. Infructueuse fut cette démarche, car cet Etat n'accepta point les villes (}ue Sa Sainteté avait dési[jnées. Finalement, le Pape choisit la ville de Trente , située aux confins de l'Italie et de l'Allemaj^ne. Mais les Hi'rétiques, qui d'abord avaient demandé le Concile, cherchèrent, aussitôt qu'ils l'obtinrent, à empêcher qu'il eût lieu ou au moins à récuser son autorité. Tout cela fut cause

avantajjeux pour le bon succès de ce pieux dessein, el lesquels pour lors ne s'en seroicnt pas trouvés éloignés; nous aurions assigné, comme nos lettres et nos registres en font foy, le Concile (ecuménicjue et l'assemblée générale des Evoques et antres Pères qui ont droit d'y assister, dans la ville de Mantoue, au âS*" de mai de l'an mil cinq cent trente-sept de l'Incarnation de Noire-Seigneur, le troisième de notre pontificat »

Des difficultés politiques de toute nature étant survenues, le Pape, d'accord avec les Vénitiens, avait choisi Vicence et convoqué le Concile pour le l*"" novembre 15;n, puis pour le 1" mai 1538. Voyez la bulle de Paul 111 du 22 mai 1542 et convoquant le Concile à Trente pour le l*""" jour de novembre de la même ;innée.

qu'il ne put être formé que dans l'année

Et puisque la résolution fut prise de tenir le °/g'i"^'|j[g" Concile à Trente, peut-être me saura-t-on ''^ Tieme. gré d'apprendre quelques détails sur les avantages de cette ville et sur les facilités qu'elle offre pour y bien vivre et y résider commodément.

Trente est située entre l'Italie €t l'Allemagne, comme nous l'avons dit, au pied des Alpes, dans une plaine charmante. D'un côté le fleuve Adige, que traverse un beau pont, la baigne ; de l'autre une ancienne muraille, fort élevée et propre à repousser un assaut, la protège. En dehors des portes, sont aussitôt des jardins fort beaux et des résidences de campagne tout à fait agréables. Il est commode d'y aller à cheval et à pied, car à chaque heure du jour l'ombre y domine, en raison des hautes montagnes qui les entourent. Cette ombre, cependant, n'est pas telle que le pays en ait à souffrir; au contraire, le territoire est très-fertile. Les vins, les fruits, les foins y abondent. A la vérité le blé n'y est pas en quantité suffisante à la consommation pour

plus d'une moitié de l'année; mais l'abondance du vin, qu'on exporte en Bavière et en Allema[jiîe, permet d'acquérir le blé avec avanta^je pour une année entière. Par ces montagnes, si hautes qu'elles soient, on y peut chevaucher et jouir des aspects les plus riants, y chasser des oiseaux de toute sorte, et autres gibiers. Au pied des plus grandes, sont des collines d'une fertilité admirable, et faites pour s'y reposer de toute fatigue et récréer un esprit tourmenté. La ville a de belles et grandes églises. La cathédrale est consacrée à saint Vigile, qui y fut évêqiie et martyrisé par les populations voisines. L'église de Saint-Pierre renferme le corps du bienheureux Simon, martyrisé et mis à mort par les Juifs. La première église sert à la moitié de la ville, habitée par des Italiens, et la seconde à l'autre moitié, habitée par des Allemands. Il y a encore d'autres églises dedans et hors les murs , et des couvents de religieux et de religieuses. A l'occasion du Concile, les habitations ont été bien amiuiagées, car bien que la ville ne s étende pas à pins d'un mille environ , elle peut loger trois cents prélats avec leur suite; vingt autres personnages, tels que

cardinaux, et ambassadeurs, et quelque prince encore. Cela tient à ce que les citoyens et tous autres résidents ont laissé les maisons libres et sont allés habiter les villag^es voisins. Les rues, larges et droites, rendent la ville agréable; les petits ruisseaux qui la parcourent la tiennent propre; l'air y est tempéré, la salubi'ité parfaite, et entretenue par l'usage qu'ont les habitants d'y prendre beaucoup d'exercice pour se divertir. L'aménité des vallées, la beauté des montagnes, la plaine, l'ombre, la fraîcheur y invitent. Hermagore, disciple de saint Marc évangéliste , y a prêché la foi chrétienne , qui s'y est conservée intacte jusqu'à présent, malgré le voisinage des hérétiques d'Allemagne. Le site qu'elle occupe rend cette ville abondante de toutes les choses nécessaires à la vie : les viandes d'animaux domestiques et sauvages n'y manquent jamais, de même les poissons, car outre l'Adige et les petits lacs , le fameux lac de Garde est proche, et en une nuit on peut recevoir les plus belles pièces. Mais c'en est assez pour ce qui est des avantages de la ville de Trente.

34 JOL'RNAL 1>U CONCILE DE THE.NTE.

Ouverture Le Concilc, comme nous ravoiis dit, s'oii-

du Concile '

le 13 avril vHt 011 1545, Paiil III avaiit piiblir'' la bulle

dans laquelle il disait avoir déjà désigné Trente pour le lieu des sessions et accordé l'indulgence plénière à qui prierait pour ses heureux résultats. Différentes autres conditions y étaient déclarées.

Ainsi, le 13 décembre de l'année 1545, un dimanche, s'ouvrit le Concile, avec trois Cardinaux pour Présidents et Légats apostoliques; à savoir : Giovanni ^^faria di Monte, qui fut plus tard Jules III; Marcello Cervino, qui fut Marcel II, et Regiiialdus Polus, qui mourut légat en Angleterre. Une })rocession solennelle fut faite de l'éjjlise de la Sainte- Trinité jusqu'à la cathédrale. Le premier Président célébra la messe du Saint-Esprit; Tévéque de Bi(ontc,riionsi{;norCornclioMusso, fit l'oraison : le peuple fut béni. Le secrétaire de don Diego de Mendozza, ambassadeur de l'Empereur, présenta les lettres d'excuses sur le fait de l'absence dudit ambassadeur : lecture publique en fut faite. On lut alors la bulle de convocation, et le premier Président demanda aux Pères s'ils trouvaient bon que le Concile

fût déclaré ouvert'; et tons ayant répondu qu'ils le trouvaient bon, la session fut intimée pour le 7 janvier, la bénédiction donnée au synode, et le Te Denin chanté. Le Président requit alors qu'un ou plusieurs actes publics fussent rédigés. Les Légats adressèrent ensuite une exhortation aux Pères du Concile. Elle a été imprimée. Elle est fort pieuse et, en vérité, fort digne de ces grands personnages. Les ambassadeurs du Roi des Romains assistaient à cette session.

' « Le preniier des Légats s'adressant aux Pères, commença de la sorte : « A l'honneur et à la gloire )) de la sainte et indivisible Trinité le Père, le Fils et » le Saint-Esprit : pour l'accroissement et l'exaltation » de la foi et religion chrétienne; pour l'extirpation » des hérésies; la paix et l'union de l'Eglise; la » réformation du clei'gé et du peuple chrétien ; et )) pour l'humiliation et l'extinction des ennemis du » nom chrétien; trouvez-vous bon d'ordonner que le )) saint Concile général de Trente soit commencé et » de déclarer que l'ouverture en est faite? » Ils répon- » dirent : « Nous le trouvons bon. » — Voyez (e saint Concile de Trente œcuménique et général célébré sous Paul m, Jules m et Pie IV, Souverains Pontifes, nouvellement traduit par l'abbé Chatiut. A Paris ,

36 JOURINAL DU CONCILE DE TRE.NTE.

Seconde Dans la seconde session, le 7 janvier 1546,

session, I , , '11 I <• • 1

-janvieriô4G 'Gs corcmonics ci iisarfc ctaiiL laites, des prescriplions furent données aux Pcrcs cl autres personnes sur la manière dont ils devraient être et vivre pendant Ja durée du Concile, leur recommandant de rechercher et de déclarer quels moyens seraient les meilleurs pour parer aux hérésies et réformer l'Eghse, les invitant à éviter les tumultes et la confusion, à ne point se préoccuper des prérogatives soit pour siéger soit pour voter dans le Concile, pouvant être assurés qu'elles seraient de nature à ne porter, pour l'avenir, préjudice à personne; et la session prochaine fut intimée pour le 4 février.

Troisicme Et audit jouf cut Hcu la troisième session, 4 ft.wr 1546 dans laquelle furent lus les articles de la Foi de l'Eglise romaine et fut récité le Symbole. Et pour attendre les absents , la prochaine session fut convoquée pour le 8 avril, avec cette réserve, toutefois, de ne point passer le temps sans traiter et discuter les matières en question.

Qiiairiùmc Daus la quatrième session, le 8 avril, on Sa'vru'isie. couvoqua la clnquièmc pour le 17 juin et on

lut la déclaration de Sa Majesté Impériale, de l'envoi de Don Diego de Mendozza et de Don Francesco de Toledo en qualité de ses ambassadeurs au Concile. Don Francesco était présent. Les livres du Nouveau et de l'Ancien Testament' furent énumérés et décrits; et il

* De l'Ancien Testament : Les cinq livres de Moïse, qui sont : ta Genèse, l'Exode, le Léviùque, les Nombres, le Deute'ronome ; Josué, les Juges, Rulh; les quatre livres des Rois; les deux des Paralipotnènes , le premier d'Esdras, et le second, qui s'appelle Néhémias; Tobie, Judith, Esther , Job; le Psautier de David , qui contient cent cinquante psaumes; les Paraboles, l'Ecclésiaste , le Cantique des cantiques, la Sagesse, l'Ecclésiastique; Isaïe, Jéréniie, avec Baruch, Ezéchiel, Daniel; les douze petits Prophètes, savoir : Osée, Joël, Amos , Abdîas , Jonas, Michée, Nahum, Habacuc , Sophonias, Aggée, Zacharie , Malachie ; deux des Machabées, le premier et le second.

Du Nouveau Testament : Les quatre Evangiles selon saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jeati; les Actes des Apôtres, écrits par saint Luc évangéliste ; quatorze Epures de saint Paul, une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens , une aux Philippiens , une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens , deux à Timothée , une à Tite , une à Philémon et 'wie aux Hébreux ; deux Epîtres de l'apôtre saiiit Pierre ; trois de l'apôtre saint Jean; une de l'apôtre saint Jacques; une de l'apôtre saint Jude, et P Apocalypse de l'apôtre saint Jean.

fut dit que ceux (jui ne les accepteraient pas comme sacrés et canoniques seraient anathèmes. Ilecommandation fut faite, sous la même peine, de ne point interpréter la sainte Ecriture dans un sens opposé à celui que lui a reconnu la sainte mère l'Éfjlise ; ordre d'imprimeries livres saints ; défense d'appliquer les sentences des Ecritures sacrées à des usa(jes profanes ou ridicules.

Cinquième . . , , •-,„..

session, La cinquicmc session lut tenue le 17 jum,

l"jiiin 1546. , . . -.. , 1 • !•

et la suivante indiquée pour le jeudi après la fête de saint Jacques apôtre. La question fut du Péché originel et de l'effet du baptême à cet égard. Quant au chapitre premier de la lléfonnation, il fut traité de la manière dont on devait lire et prêcher; et ordre sijjuifié que pour la direction des bénéfices, des monastères et des études publiques, on ne devrait élire que ceux qui seraient véritablement reconnus aptes à ces cliar(jes ' .

' Les Ambassadeurs du Roi de France n'étant arrivés que le 26 juin, ne purent donc assister à la cinquième session, qui avait été tenue le 17. Ils furent reçus en congré[;alion le 8 juillet. L'Ambassade était coai posée de Claude d'Urfé, {jouverneur du

La session fut prorogée jusqu'au 13 janvier 1547, par suite des troubles de la guerre d'Allemagne. Le Landgrave de Hesse et le Duc de Saxe s'étaient soulevés contre l'Empereur.

Le 13 janvier 1547 eut lieu la sixième ses- Sixième sion, dans laquelle furent décrétés les articles i3janv.i547. delà Justification^ Le Cardinal Polus, troisième légat, n'y assista pas ; aucun ambassadeur de prince non plus. Après que la doctrine sur la Justification eut été exposée et que vingttrois articles ou canons eurent été prononcés touchant cette matière, on passa aux délibérations sur la Reformations. Les questions

Forez ; Jacques de Ligneris , président au Parlement de Paris , et Pierre Danès , depuis Evêque de Lavaur. Voyez leur mandat dans les Mémoires de Dupuy. . Pierre Danès, troisième Ambassadeur, fit dans cette congrégation un long et éloquent discours.

' La Justijication n'est pas seulement la rémission des péchés , mais aussi la sanctification et le renouvellement de l'homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons qui l'accompagnent.

- Le même saint Concile, les mêmes Légats du Siège Apostolique y présidant, voulant se préparer à mettre la main au rétablissement de la discipline ecclésiastique, extrêmement relâchée, et à la correction des moeurs dépravées du clergé, aussi bien que

principales furent celles de la résidence\ et des c/iâtiments contre les ecclésiastiques délinfjuants. On statua qu'ils ne pourraient exercer leur office dans aucun diocèse sans en avoir obtenu la permission de l'Evêque ordinaire ; et la session prochaine fut ajournée au 13 mars.

Sepiième Elle eut, cn effet, lieu ce jour. Il y fut statué lamlrsTô'ii. sur treize canons relatifs aux Sacrements en général, sur treize relatifs au Baptême et trois à la Confirmation. On délibéra sur la Réformation, avec cette clause : « sauf toujours en toutes choses l'autorité du Siège apostolique. » Il fut dit que des sujets dignes et capables pourraient seuls être élus pour les églises cathédrales ; que nul ne pourrait tenir plus d'une égHse cathédrale ; qu'au soin des âmes ne pourraient être préposées que les personnes les plus recommandables; qu'on ne pomrait occuper plusieurs bénéfices; que les Ordinaires

du peuple chrétien, a jugé à propos de commencer par ceux qui ont la conduite et le gouvernement des Églises majeures, étant certain que le salut des inférieurs dépend de la vertu et de l'intégrité de ceux qui gouvernent.

' C'est-à-dire de la résidence des Prélats dans l'endroit où se trouve leur Eglise.

devraient être consacrés; que les préposés aux bénéfices seraient examinés, et que les évêques devraient présider à la surveillance des hospices. La session prochaine fut ajournée au 21 avril.

Mais ayant été ensuite intimée pour le Le Conciie 11 mars, il fut décidé dans cette séance que, ^ BobgnT pour cause de la peste, le Concile serait transféré à Bologne, et que la session annoncée pour le 21 avril y serait effectuée et continuée jusqu'à ce que le Pape eût trouvé bon d'en décider autrement ' .

Cet avis ayant été communiqué à l'Empereur, aux Rois et aux Princes chrétiens, on convint de cette translation , bien que dixhuit prélats , presque tous Espagnols, s'y fussent opposés. Et ce fut la huitième session.

Dans la neuvième, célébrée à Bologne le Neuvième 21 avril, il fut dit que bien que le Concile eût 21 avri'iT547. été transféré dans cette ville pour des motifs urgents et légitimes, et cela d'après l'autorité

* La bulle de Paul III portant pouvoir et faculté de transférer le Concile est en date du 8 avant les calendes de mars 1547.

Dixième

session,

2 juin 1547.

accordée aux Léfjats par le Siège apostolique , cependant les Prélats ne se trouvant pas en nombre suffisant pour traiter des sacrements, il était convenable de différer l'époque de la session. Il fut convenu qu'elle serait donc ajournée au jeudi avant l'octave de la Pentecôte, avec cette réserve que la Conjjrégation pourrait anticiper cette époque si elle le trouvait bon.

Le 2 juin eut lieu la dixième session, dans laquelle on remit les affaires à traiter pour la session suivante, annoncée pour le jeudi après la Nativité de la ^ladone, c'est-à-dire le 15 septembre. Mais le 14 dudit mois, il y eut Conjjrégation , dans laquelle on prorogea la session prochaine en s'en remettant à la volonté du sacré Concile. Et il ne fut pas parlé d'autre chose.

Mais, en 1540, le 10 novembre, survint la mort de Paul III. Jules III fut créé pape le 8 février 1550, et, par une bulle du 14 novembre, il déclara la reprise et la continuation du Concile à Trente pour le l" mai 1551. Sa Sainteté désigna pour légat à latere Cres-

cenzio, cardinal de Saint-Marcel, lui adjoi- {^nant pour collègues l'archevêque Sebastiano Pighino et l'évêque de Vérone, Alvise Lippomano.

Le dernier jour du mois de mai de l'année Onzième

1 session,

1551 eut lieu la première session, sous le pon- 31 mai 1551. tificat de Jules III. Elle était la onzième du Concile. Les cérémonies d'usage étant faites, on lut les bulles de la nouvelle convocation, et le Légat demanda aux Pères s'il leur plaisait que, conformément aux lettres apostoliques, le Concile fût considéré comme rétabli et qu'il fût continué. Et les Pères ayant répondu que tel était leur consentement, la session prochaine fut intimée pour le P"^ septembre.

A cette date fut donc la douzième session. Douzième Un magnifique discours fut adressé aux Pères, 1er septembre et il fut dit que puisque les Archevêques de Mayence et de Trêves, Princes Electeurs de l'Empire, étaient venus au Concile avec quelques autres Prélats d'Allemagne, on pouvait espérer la présence de beaucoup d'autres. On convint d'ajourner la session au 11 octobre , dans laquelle il serait traité du sacre-

ment de ï Eucharistie et de la Rrformation, Les mandats d'Hn{]fues, comte de Montfort, de Don Francesco di Toledo et de Guillaume de Poitiers , accrédités ambassadeurs au Concile pour l'Empereur et les États héréditaires, furent présentés. Le troisième ambassadeur fit un bref discours, le synode y répondit, reconnaissant le mandat (juantum de jure potesl\

' <i L'Ambassade étoit composée de trois personnes, tant pour faire honneur au Concile qu'afin qu'il y eût plusieurs ministres pour agir. Le prétexte honorable pour choisir ce nombre, étoit que l'un étoit pour l'Empire, l'autre pour l'Espagne et le dernier pour le reste des États de l'Empereur, et tous trois ensemble avoient un pouvoir d'agir solidairement pour tous. Leurs pleins pouvoirs étoient datés du 1" juillet, et ils porfoicMit que le Pape Jules II, pour apaiser les différends de religion en Allemagne, ayant rétabli à Trente, le I" mai dernier, le Concile convoqué, commencé et interrompu par Paul III; l'Empereur ne pouvant s'y trouver en personne, à cause de ses indispositions, y avoit envoyé ses procureurs, pour ne pas manquer à ce qu'il devoit..., leur donnant à tous et à chacun d'eux le pouvoir de paroître en son nom au Concile, d'y tenir sa place, de consulter, traiter, conseiller, opiner, décréter et faire toute autre chose qu'il auroit pu faite lui-même, s'il y eût été présent, les substituant en son lieu, et promettant de ratifier tout ce qu'ils auroient foit ou tous trois

Dans la treizième session, le 11 octobre, fut Treizième

session,

formulé le décret du sacrement de \ Euclia- n octobre ristie avec onze canons, et furent déclarés huit articles ou chapitres concernant la Réformation, tous relatifs au châtiment des ecclésiastiques délinquants et aux affaires des évoques qui devraient être portées au tribunal du Pontife. On ajourna la définition de la communion sub utraque specie au 25 janvier,

ensemble ou l'un d'eux en particulier. » — Voyez Histoire du Concile de Trente, écrite en italien par Fra Paolo Sarpi, de l'Ordre des Servîtes, et traduite par Le Courayer, Londres, 1736, t. 1", p. 512.)

C'est ici le lieu de dire que le secrétaire rédacteur de ce récit va trop vite en besogne, en s' abstenant de signaler l'arrivée au Concile de Jacques Amyof, Abbé de Bellozane, ministre du Roi de France, avec des lettres de créance de son Prince, qu'il présenta au Légat « en demandant qu'elles fussent lues et qu'on écoutât la commission dont il était membre. Elles portaient pour suscription : Sanctissimis in Christo Patribus Conventus Tridentini. » « A la lecture du titre, l'Evêque d'Orense et les autres Prélats espagnols dirent tout haut que ces lettres ne s'adressoient pas à eux, qui étoient un Concile général légitime et non une simple assemblée, et que par conséquent on ne devoit point les écouter ni les lire dans la session; mais que si l'Abbé vouloit dire quelque chose il le pourroit faire en particulier. On raisonna beaucoup sur la signification du mot conventus... Mais les espagnols

afin que les Allemands y pussent intervenir, et un sauf-conduit leur fut donné afin qu'ils vinssent , qu'ils résidassent , qu'ils proposassent des articles et qu'ils pussent conft'rer avec les Pères sur telle matière qu'il leur plairait. Et la session prochaine fut ajouraée au 25 novembre, dans laquelle on traiterait des sacrements de la Pcnitcnrr ^ de VExtrcme- Onction, et de la continuation des discus-

continuant toujours à faire plus de bruit que tous les aiUres, le Léjjal, les Nonces, et les Ambassadeurs de l'Empereur se retirèrent dans la sacristie, où l'on disputa très-lonçtemps. Enfin, retournés à leurs places, ils firent dire à l'Abbé par le Promoteur que le saint Concile consenfoit à la lecture des lettres sans préjudice, estimant que le mot conventus n'étoit point pris là en mauvaise part, qu'autrement ils protestoient de nullité. La lettre, qui étoit datée du 13 août, fut donc ouverte, et on en fit la lecture. Le Roi y disoit que pour imiter le respect que ses ancêtres avoient toujours porté à l'É^jlise, il avoit jugé à propos de leur marquer les raisons qui l'avoient obligé à n'envover aucun Évéque à l'assemblée que Jules avait convoquée sous le nom de Concile public, s'assurant que les Pères étoient fort éloignés de vouloir condamner sa conduite sans l'entendre, et se flattant qu'ils approuveroient ce qu'il avoit fait lorsqu'ils en seroient instruits... « — Histoire du Concile de Trente déjà citée, p. 516. Vovez à V Appendice la lettre de Jacques Aniyot, Abbé de Bellozane, depuis'^Evéque ctAuxerre

sious sur la Réformation. On convint aussi que dans celle du 25 janvier 1552 on traiterait, en outre, des articles de la communion sub utraque specie, et du saint sacrifice de la Messe. A cette treizième session furent présents les trois Électeurs ecclésiastiques de l'Empire, Mayence, Trêves et Cologne, qui siégèrent après le Cardinal Madruccio, évèque de Trente ; venaient ensuite les trois Ambassadeurs de l'Empereur et les deux du Roi des Romains ^ H y eut aussi deux Envoyés du Marquis de Brandebourg^.

et grand Aumônier de France, à M. de Morvillîer, maître des requêtes, datée de Venise le 8 septembre

Sous le rapport diplomatique, cette période du Concile est fort intéressante à étudier, et c'est surtout vers Rome et les dépêches qui en sont datées qu'il faut alors porter l'esprit d'investigation et de curiosité. Nous avions alors pour Ambassadeur M. de Thermes, la France était mal avec le Saint-Siège au sujet de l'affaire de Parme , et l'Empereur venait d'envoyer Jean ^lanriquez pour engager le Pape à faire une promotion de Cardinaux au moyen desquels il pût rendre son parti supérieur ou au moins égal à celui de France. La promotion eut lieu le 20 novembre.

* Paul Gregoriani, Évêque de Zagabria, et Frédéric Nausea, Évêque de Vienne.

* Christofle Strassen, jurisconsulte j et Jean Hoff-

Quatorzième Lc 25 iiovembre, dans la rjuatorzième ses- 25 novembre sioii , sc fit UDC loujfue docti'ine du sacrement de la Prnitencc divisée en neuf chapitres, et on traita d'un article de IFxtrème-Onction. Puis quinze canons du sacrement de la Pénitence, quatre de ï Extrcnie-Onction , treize articles de la Réformation relatifs aux évêqiics titulaires, à Texercice de leurs fonctions épiscopales, à leurs assemblées, au jus patronatus (droits de patronage), et aux coupables d'homicide, furent prononcés. Il fut déclaré que dans la session suivante, outre le sacrifice de la Messe, il serait trait»'- du sacremenl de VOrdre\

mann , Ambassadeur de Joachim , Électeur de Brandebourg.

Ce fut aussi dans rette session que fut lue la réponse des Pères aux lettres du Roi de France du 13 août, qu'avait présentées l'Abbé de Bellozane le 1" septembre.

' Avant cette session, les Ambassadeurs du Duc de Wurtemberg, Jean Tbéodoric Pleninger et Jean Echlin, étaient arrivés à Trente. L'Empereur était à Inspruck, à trois journées de Trente.

Dans le même temps arrivèrent aussi à Trente les Ambassadeurs de Strasbourg et de cinq autres villes protestantes avec ordre de présenter leur doctrine au Concile. Ces villes étaient Essingen, Ra-

Jninzieme

Le 25 janvier 1552, s'ouvrit la quinzième g^ session. On différa de traiter les questions „. -^^^^'T-'-o proposées jusqu'au 19 mars pour attendre les Allemands, auxquels on donna un saufconduit plus ample encore que le premier * . Il y était dit qu'ils pourraient librement et sûrement, aussitôt qu'il leur plairait, finies ou non finies les discussions, retourner chez eux. On décida de traiter, en attendant, du sacre-

venspurg, Rotelingen, Bibrach et Lindau, toutes villes de la Souabe.

Le 20 novembre furent créés Cardinaux : Christofe del Monte, Évêque de Marseille; Fulvio délia Cornia, neveu du Pape; Saraceni, Archevêque de Matera; Jacques Puteo ou Dupuy, Archevêque de Bari ; Ricci, Archevêque de Siponte; Bertani, Evêque de Fano; Mignatelli, Evêque de Grossetto; Poggi, Évêque de Tropi; Gicala, Evêque d'Albenga; Dandini, Évêque d'Imola; Gattinara, Archevêque de Messine; Gornaro, Commandeur de Chypre ; Alexandre Campeggio, Archevêque de Bologne; Sébastien Pighino, un des Nonces au Concile.

' Cependant Wolsius Goler et Léonard Badehorne, Ambassadeurs de Maurice , Électeur de Saxe , étaient arrivés le 5 janvier. Ils furent reçus le 24 en congrégation générale dans le palais du Légat, ainsi que les Envoyés de Wurtemberg, et le titre qu'ils donnèrent aux Pères en leur allocution fut Reverendissimi et Amplissimi Paires et Domini.

ment de 3Iariage, et de continuer les discussions relatives à la lirfonnnlioii.

Seizième Lc 28 aviil eut lieu la seizième session,

28avrin552. qni fut la dernière sous le pontificat de Jules III, et dans laquelle le Concile fut suspendu pour trois ans. La [guerre d'Allemaffne fut la cause de cette détermination, contre laquelle protestèrent douze prélats espagnols. Les Électeurs de l'Empire étaient déjà partis ' .

' L'Électeur de Trêves rtait parti le premier. Il passait pour enfreteiiir quelque intelligence secrète avec le Roi de France, et les Electeurs de Mavence et de Cologne étaient partis le 11 mars et étaient passés par Inspruck pour avoir d'importantes conférences avec l'Empereur.

Les Ambassadeurs de Saxe avaient cru devoir quitter Trente secrètement.

L'Ambassadeur de Portugal était arrivé au commencement de mars.

Le premier jour d'avril l'Électeur de Saxe mit le siège devant Augsbourg, qui se rendit le 3, et le 6 la nouvelle en arriva à TrerUe, où l'on apprit en même temps tjue tout le Tvrol armait pour aller au secours d'inspruck, cliacun s'étaiit pcrsuad»'- (jue l'armée des confédérés avait dessein de se saisir des passages des Alpes pour empêcher la milice étrangère d'entrer en Alleniagne. A cette nouvelle, la plus grande partie des

Le Concile demeura suspendu jusqu'à ce que Pie IV en eût déclaré de nouveau l'ouverture. Ce Pontife fut créé le 25 décembre 1559. Le 30 du même mois. Sa Sainteté reçut acte de la renonciation à l'Empire que Charles- Quint avait faite en faveur de Ferdinand, son frère, Roi des Romains.

A cette époque, l'armée du Roi Catholique Nouvelles fut expédiée pour la prise de Zerbi. Le 5 jan- endroiis. vier 1560, Vargas, Ambassadeur du Roi Catholique, fit des difficultés pour la préséance avec l'Ambassadeur de France, qui s'y montra fort résistant. Aussi le jom' suivant, au banquet commandé par le Pontife en l'honneur de son couronnement, l'Ambassadeur de France y fut, mais celui d'Espagne s'abstint. Le 17 février, le Comte d'Arco, Ambassadeur de l'Empereur Ferdinand, en consistoire public, fit obédience au Pape, bien que dans ses lettres de créance ce mot d'obédience n'y fût pas, mais cet Ambassadeur fut persuadé par les cardinaux Morone et de Trente, auxquels

Evêques italiens s'embarquèrent sur l'Adige pour se rendre à Vérone, et les Protestants de leur côté se déterminèrent à se retirer.

l'Empereui' avait aussi donné commission de concilier pour lui toutes choses.

Le Pape promit à l'Empereur de déclarer le Concile libre.

Il y avait beaucoup de tumulte en Allemagne par suite du soulèvement de Guillaume Grumbacli. Aussi se forma-t-il une assemblée à Worms et une diète à In[|oIstadt, mais l'une et l'autre se séparèrent sans avoir rien conclu.

Dans le même temps le Duc de Moscovie était en armes contre le Roi de Pologne, et les Turcs inquiétaient la Hongrie.

Mais ce qui avait plus d'importance, c'est que la France avait commencé ses mouvements pour cause de religion et qu'il s'y machinait un attentat contre François II, jeune prince de dix-sept ans. Le Pape s'en émut, et, pour ces motifs, crut devoir maintenir le Concile général.

L'armée du Roi Catholique, le 19 mars, s'empara de la forteresse de Zerbi et s'y fortifia. Mais son succès dura peu, car le 11 mai suivant, tout à l'improvistc et dès l'aube, l'armée turque l'assaillit et la mit en défaite en lui prenant de nombreux vaisseaux et en assiégeant les chrétiens renfermés dans le fort.

Le 3 juin, le Pape ayant appelé les Ambas- pieivdédare sadeiirs des Princes, leur fit connaître que sa ^"sadeurs'" volonté était de convoquer le Concile et qu'ils continuer devaient en donner avis à leurs maîtres. A s^ju^nYseo. cette nouvelle, l'Empereur répondit que si Sa Sainteté se proposait de déclarer la continuation du Concile à Trente, ce serait sans succès, car les luthériens n'y consentiraient pas; mais qu'il serait bon d'en déclarer un nouveau à Constance ou à Piatisbonne , et de remettre en tout cas à un an les effets de cette résolution. Le Roi Catholique approuva la convocation, les Vénitiens de même, différents Princes aussi, mais la France y fut peu favorable par suite des mouvements et des agitations du Royaume.

I^e Roi, en effet, était à Amboise, et non Mouvemenis

. , i T 1 r^ -1 , p , en France

sans mquietudes. Le 15 mars, il avait rait tenir fermées et gardées les portes de la ville. Une conjuration sérieuse avait été découverte, de nombreuses arrestations avaient été faites dans le Royaume. Le 17, deux cents hommes à cheval s'étaient présentés et étaient entrés dans le faubourg de la ville. Les Princes et les grands de la cour leur coururent sus, les

pour cause de religion.

mirent en fuite et firent des prisonniers qui furent pendus. On trouva que dans la conjuration il y avait (jens de tout pays, Allemands, Suisses, Savoisiens, An^^lais, Ecossais, Français. M. de la Renaudie, principal conjuré, périt dans la fuite, mais son secrétaire , fait prisonnier, révéla d'importantes choses. Le Roi se raffermit et augmenta ses gardes. Le capitaine Masières, M. Raines, gens du Roi de Navarre, Prince du sang, de la maison de Bourbon, furent mis à mort. Les prisonniers confessèrent qu'ils étaient des soldats du Prince de Coudé, frère dudit Roi de Navarre. On trancha la tête au baron de Château neuf, parent de la Reine de Navarre. Le grand chancelier du royaume mourut et M. de l'Hospital fut élu. C'était un esprit sage et prudent, mais suspect en matière de religion.

En ces mêmes temps, et comme pour mettre le comble aux troubles de France, la Reine d'Angleterre envoya ses hommes d'armes en Ecosse assié(fer Pettilitt; or la Reine d'Ecosse était femme du Roi de France, Sa Majesté Très-Chrétienne avait donc dû pourvoir à la défense.

Pour apaiser les troubles du royaume, le

Roi Très- Chrétien fit publier à Troyes, le 11 avril, que dans six mois les Prélats seraient convoqués en congrégation pour réformer l'Église gallicane. Le Pape envoya l'Evêque de Viterbe en France pour faire plainte au Roi sur cette convocation des Prélats. Sa Majesté lui répondit que lors que le Concile général serait déclaré, le Concile national serait dissous.

La Reine régente mourut en Ecosse. Elle était la mère de la Reine de France. Aussitôt le Roi Très-Chrétien envoya pour que l'accord qui se traitait entre la Reine d'Angleterre et les Ecossais fût conclu à tout prix. Il fut établi le 6 juillet. On convint que le Roi de France abandonnerait le titre de Roi d'Angleterre, que Pettilitt serait démantelé, que les Français abandonneraient l'île (soixantedix seulement devant rester pour garder Dumbar); que le gouvernement du Royaume serait confié à des Écossais ; que quant à la religion , ils pourraient professer celle qui lem' conviendrait. En Angleterre, la Reine fit emprisonner plusieurs évéques catholiques.

Le 30 juillet, l'armée turque prit le fort de Autres Zerbi aux Espagnols, emmenant à Constanti- 1560. nople les chrétiens ses prisonniers. Il ne resta

5f) JOURNAL DU CONCILE DE TRENTE.

que deux mille hommes vivants; vinfjt et ime jifalères furent prises. Et lorsque arrivé à Constantinople le général de l'armée turque voulut qu'il fût fait fête pour une si grande victoire , le Grand Seigneur lui fit savoir qu'il n'y avait point lieu à manifester tant d'allégresse pour un fait de si peu d'importance. Dans ce même temps , le Pape accorda au Roi d'Espagne de pouvoir vendre pour cent vingt-cinq mille écus de rentes du clergé, la croisade pour six ans, et la moitié des produits ecclésiastiques.

, , ., . Le Pape ayant reçu de France la protesta-

jubile pour 1 J j l

1 o.iyermre ^^Jq^-, ^^g gj ^^ jer novcmbrc Ic Concilc général

du Concile. J *J

22nov. 1560. n'était pas convoqué, le Concile national le serait, Sa Sainteté déplora de ne pouvoir le convoquer à Trente, car elle avait eu avis que les Protestants le troubleraient même avec les armes. Néanmoins, le 22 dudit mois, elle déclara partout un Jubilé pour le Concile, et le 24, dans une procession solennelle , elle se rendit à pied depuis l'église de Saint-Pierre jusqu'à celle de la Minerve.

L'Empereur ayant connu la bulle du Concile d'après laquelle il avait pu voir qu'il s'agissait d'une déclaration de continuation,

fit savoir que l'Allemagne n'y consentait pas, parce qu'elle voulait un nouveau Concile. Les Prélats allemands s'excusèrent de ne pouvoir s'y rendre , donnant pour raison que leurs États n'étaient point assurés contre les Luthériens. Le Roi d'Espagne, au contraire, faisait négocier auprès du Pape pour que la continuation fût déclarée.

Dans ces conjonctures, les troubles de Mouvements

J ' en rrance

France étaient continuels. Dans les provinces, pour cause

^ de religion.

d'importants soulèvements, le clergé persécuté, les saintes images renversées. Un sieur de Montbrun partit du Dauphiné, se rendit dans le comtat d'Avignon avec trois mille hommes d'armes, voulant y vivre en chef de bandes. Alors le Roi Très-Chrétien appela à lui tous les Princes du royaume et les gouverneurs des provinces. On discuta le remède. Un édit fut fait sur la résidence des é'vêques. Les princes se réunirent à Melun pour y traiter des choses de la religion, de la justice, du gouvernement du royaume et des finances du Roi. Dans cette assemblée, Je cardinal de Lorraine justifia ses actes ainsi que ceux du Duc de Guise son frère , se disant universelle-

ment calomniés. Le Concile national fut convoqué })om' le 10 janvier. L'Amiral, neveu du Connétable, do la maison de Châtillon, demandait que Sa Majesté leur accordât des «'•[jlises où ils pussent se livrer à l'exercice de la reli(jion nouvelle et célébrer leurs rites; mais le Roi, avec un foit mauvais visa^je, l'avait fait asseoir sans lui donner de réponse. Un espion que le Roi de Navarre avait envoyé dans cette assemblée pour bien connaître ce qui s'y traiterait , fut arrêté. On trouva des lettres écrites par le vidame de Chartres au Prince de Condé. F^e vidame fut arrêté à Paris, et le Roi dépêcha M. de Cursol au Roi de Navarre pour lui intimer de venir à la Cour et d'amener avec lui le Prince de Condé. Ils obéirent. Arrivé, le Prince fut fait prisonnier. Sa Majesté chargea alors le grand chancelier et quelques autres d'interroger le Prince. Celui-ci répondit qu'il n'avait à rendre compte de ses actes qu'au Roi lui-même ou à des juges suffisants pour un prince du sang, à savoir le Parlement de i^uis avec les douze pairs de France.

L'ambassadem" d'Angleterre fit, dans le même temps, des démarches auprès de Sa Ma-

JOURNAL DU COrs'CILE DE TREiNTE. 59

jesté Très-Chrétienne pour qu'elle ratifiât la paix avec la Reine, et le Roi s'y refusa.

A la nouvelle que les Etats avaient délibéré de convoquer le Concile national , le Roi Catholique avait envoyé don Antonio de Tolède faire office auprès du Roi Très-Chrétien pour que ce Concile demeurât non avenu. Sa Majesté répondit qu'une congrégation d'évêques ne serait pas un Concile national , et qu'il n'était question que de remédier aux agitations présentes ; que d'ailleurs les Légats apostoliques interviendraient, et qu'ils étaient les Cardinaux de Tournon et d'Armagnac; qu'ainsi ce ne serait point mettre obstacle au Concile général. Survint alors la mort du Roi Très-Chrétien, le 5 décembre, par suite d'un apostume au cerveau, et Charles son frère, âgé de dix ans, et devant être en tutelle jusqu'à ce qu'il eût atteint sa quatorzième année , lui succéda. Le Roi de Navarre , comme prince du sang, venait de grandir en autorité ; aussi le Prince de Condé son frère et le vidame de Chartres furent-ils promptement mis en liberté. Le 16 février 1561, les États (ils comportent les prélats, les nobles et le peuple) délibérèrent que, pour ce qui était de la jus-

tice, aucuD chanffement ne lut produit; que, sur le fait de la relifjion, il s'accordât un pardon (général à tous, les prédicateurs et les juges royaux exceptés; que les évêques fussent élus par le clergé avec l'intervention des légistes royaux, de douze nobles et de douze personnes du peuple, et qu il ne fût plus envoyé d'argent à Rome pour le compte des annates. Quant aux dettes du Roi (elles se montaient à dix-huit millions d'or), les prélats et le peuple se montrèrent opposés à en libérer Sa Majesté. Ces délibérations faites, les Etats furent dissous.

Nouvelles A Romc, Ic Pape fit la proposition, en Con-

(Ic Rome. . . -, t» • i't-<

sistoH'e, de donner par an au noi d Espagne quatre cent cinquante mille ducats du clergé, pendant cinq ans, pour former une armée contre les infidèles. Sa Sainteté exprima ses regrets sur la mort du Roi de France , mais elle se plaignit surtout des délibérations qui avaient fait l'objet de la réunion des Etats du Royaume. Le 7 mars. Sa Sainteté fit tailler la tète au duc de Paliano , qui était prisonnier, et étrangler le Cardinal Caraffa, neveux du Pane Paul IV. TiC comte d'Aliffe, son

beau-frère, et Don Leonardo de Sangiiini, cousin du duc, furent aussi décapités.

La bulle du Concile, donnée à Rome le Le Pape

eavoie ses

1" décembre 1560, portée en Allemagne, vint Nonces

^ enAllemajjne.

aux mains des protestants réunis pour les noces du comte de Sch^yarzenbourg, et ils proclamèrent une Diète à Naumbourg pour le 20 janvier. Le Pape envoya ses Nonces pour publier le Concile en Allemagne. Tous deux étaient Vénitiens : Delfino alla dans le haut pays, Commendone dans les provinces inférieures. Comme la bulle portait dans son texte le mot de continuation^ , elle ne fut pas pu-

* La bulle de Pie IV fut donnée à Rome le premier jour de décembre 1560. Il y est dit entre autres choses :

Il C'est pourquoi nous aurions jugé n'en devoir

pas retarder plus longtemps la célébration , tant pour détruire le schisme et les hérésies et pour réformer et corriger les mœurs, que pour affermir la paix entre les Princes chrétiens. En ayant donc mûrement délibéré avec nos Vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Eglise Romaine, et ayant donné part de notre dessein à nos très-chers fils en Jésus-Christ , Ferdinand, Empereur élu Roi des Romains, et aux autres Rois et Princes que nous aurions trouvés très-disposés à aider et favoriser la célébration du Concile, ainsi que nous nous l'étions bien promis de leur haute

bliée à la Cour de l'Empereur : toute l'Allemagne voulait un nouveau Concile, la France aussi, la Polofjne de même. T>e Roi de Bohême, fils de l'Empereur, recommanda au Duc de

piété et de leur sagesse.... Nous, à l'honneur et à la {gloire de Dieu tout-puissant et pour le bien et utilité de l'Église universelle,... assignons le saint Concile œcuménique et général au prochain jour de la trèssainte Résurrection de Notrc-Scigneur, ordonnons et arrêtons que totite suspension levée ^ il y soit tenu et célébré.

» C'est pourquoi nous avertissons et exhortons instamment, au nom de Psotre-Scigncur, nos Vénérables Frères de toutes nations, les Patriarches, Arche\équcs, Évêques, et nos chers fils les Abbés et tous autres qui, de droit commun, ou de coutume ancienne, ont séance et voix délibéralive dans les Conciles généraux, et leur enjoignons et commandons aussi très-expressément... qu'ils aient à se rendre dans ledit jour nommé, en la ville de Trente, pour assister au Concile qui y doit être tenu, s'ils n'ont quelque empêchement légitime, dont ils seront pourtant tenus de justifier à l'assemblée, par des procureurs légitimes qu'ils y enverront... Et quant à nos très-chcrs Fils en Jésus-Christ, l'Empereur élu des Romains, et les autres Rois et Princes, il serait à la vérité fort à souhaiter qu'ils y pussent assister en personne; mais s'ils ne le peuvent pas, nous les exhortons et prions qu'ils y envoient au moins leurs Ambassadeurs pour y assister en leur nom , et qu'ils choisissent pour cet emploi des personnages prudi-nts, sages et laborieux... »

JOURNAL DU CONCILE DE TREiSTE. 63

Saxe les Nonces du Pape, afin qu'ils pussent Nouvelles aller en toute sécurité à la Diète de Naumbourg. ^endroits""

Pendant les négociations, les Turcs assiégèrent la ville d'Oran, occupée par le Roi Catholique, et des corsaires prirent sept galères de Sicile. En Calabre, trois mille luthériens se soulevèrent, mais l'armée du Vice-Pioi de Naples les réprima.

Le Pape élut le Cardinal de Ferrare pour son Léftat en France ' .

• " Le Pape voyait clairement que si les Catholiques n'avaient quelqu'un qui les dirig^eât tous au même but, il en naîtrait quelque désordre terrible. Pour prévenir le mal et traverser les desseins qui pourraient lui être contraires, il crut qu'il était nécessaire d'envoyer en France un Lég^at, homme d'autorité et non Français, mais qui fût plus dans les intérêts du Royaume que dans ceux mêmes du Saint-Siège. Après avoir jeté les yeux sur tous les Cardinaux, il s'arrêta au Cardinal de Ferrare , comme ayant toutes les qualités requises pour un tel emploi, une grande prudence, beaucoup d'habileté dans la négociation, et considérable d'ailleurs par son alliance avec la maison de France, par le mariage de son frère avec la fille de Louis XII, grand'tante du Roi, et par sa parenté avec le Duc de Guise qui avait épousé sa nièce et qui était obligé par cette raison de le seconder. Le Pape le chargea de quatre choses : ,1a première, de favoriser le parti catholique et de s'opposer aux Pro-

Le Duc de Florence s'empara du territoire de Pitigliano , forteresse importante , y mit une garde et en donna le commandement à Giovanni Francesco Orsino, exilé de ce pays, et que son beau-frère avait dépossédé. Or l'Empereur fît savoir qu'il prétendait être juge de cette affaire, ce territoire étant fief deTEmpire.

En Espagne , la bulle du Jubilé pour le Concile fut publiée. La mort du Prince Doria, à cette Cour, fut cause de divers troubles, par suite des rivalités qui se prononcèrent à l'occasion de la succession dans le commandement général de l'armée catholique.

La Feine d'Angleterre refusa de reconnaître le Nonce du Pape, annoncé pour traiter des affaires du Concile.

La Flandre refusa l'Inquisition, que le Roi d'Espagne voulait établir pour les affaires de religion.

En France, les Etats de Paris déclarèrent

testants; la seconde, d'empêcher, s'il le pouvait, la tenue d'un synode national ou d'une assemblée de Prélats; la troisième, de presser l'envoi des Évêques français au Concile; la quatrième, enfin, de solliciter la révocation de toutes les ordonnances faites en matière ecclésiastique. — Histoire du Concile de Trente déjà citée, i. II, p. 100.

le Roi de Navarre gouverneur du Roi Très- Chrétien. Le Conseil privé de Sa Majesté déclara le Prince de Condé innocent des imputations dont on l'avait chargé. Cependant les tumultes croissant dans le Royaume, le Roi fit un édit contre la prédication de la religion nouvelle. Le Roi de Navarre favorisait, autant qu'il le pouvait, les Catholiques, et on croyait que la pensée qui le dirigeait était l'espoir où il était que le Roi Catholique lui donnerait les terres de Navarre pour récompense.

Si la Chrétienté était amtée par d'aussi ^,

•J A Nouvelles

grands mouvements, la Turquie ne lui cédait du Turc. en rien à cet égard. Le Grand Seigneur avait deux fils : l'aîné, Sélim; le cadet, Rajazet. Celui-ci, sachant que son père voulait que Sélim lui succédât, d'où il résulterait qu'il n'aurait plus qu'à mourir (puisqu'il est de tradition qu'une fois un Sultan proclamé, ses frères sont mis à mort ou pour le moins emprisonnés), se souleva contre son aîné et forma une armée puissante. Sélim s'arma de son côté, son père lui assura son secours. La rencontre eut lieu à Cogna. Les forces supérieures de SéUm mirent en déroute celles de Rajazet,

66 JOCRXAL DU CONXILE DE TRENTE.

fjni, a|)iès un combat aussi meurtrier que valeureux, s'enfuit en Perse avec quatre de ses fils et se confia à la foi du Sofi , ennemi du Turc, par suite de la différence qui est en leur religion. Le Sofi accueillit Bajazet. Le Grand Seigneur en conçut les plus grands soucis, sachant tous les maux qui pourraient en résulter. Aussi se résolut-il à mettre tout en œuvre pour obtenir du Sofi Bajazet et ses fils, morts ou vifs. Il entama des négocialions, envoya des ambassadeurs avec de riches présents. Le Sofi les accepta comme un tribut et non comme des dons, et il les distribua entre les grands de la Cour. Le Turc commanda alors la formation d'une armée imposante et fit connaître qu'elle était à l'adresse du Persan. Le Sofi envoy»! un ambassadeur au Turc pour 1 assurer (ju'il voulait la paix et que les dépenses qu'il avait faites à cause de Bajazet étaient énormes. Le Turc lui répondit que livrant Bajazet, il satisferait aux dépenses en question. Mais pendant ces négociations mourut Rustem-Pacha, premier vizir et gendre du Grand Seigneur. Ali-Pacha, personnage plein de pi-udence et rompu aux affaires d'État, lui succéda.

La Diète des protestants à Naiimbourg s'étant Les deux formée , les Nonces du Pape, Delfino et Com- enAiiemagne. mendone, y furent reçus en séance publique. Mais les brefs par lesquels le Pape invitait les religionnaires au Concile leur ayant été présentés, la réponse fut qu'ils ne voulaient avoir à traiter aucune affaire avec le Pape, qu'ils reconnaissaient l'Empereur pour leur maître , qu'ils voyaient volontiers ces Nonces parce qu'ils étaient Vénitiens et qu'ils avaient grande amitié avec la République; qu'ils n'accepteraient pas le Concile, puisqu'il était question de la continuation du précédent; que dès qu'ils seraient appelés à un Concile nouveau , libre et général, ils s'y rendraient, à ces conditions que la parole de Dieu serait le seul tribunal, que le Pape serait soumis au Concile, que les Evéques seraient déliés du serment qu'ils avaient fait au Pape et au Saint- Siège, et, qu'à l'égal des Evêques, les princes protestants auraient voix délibérative. Le Duc de Brunswick n'accepta pas le Nonce, en disant qu'il n'avait rien à entendre de l'Evêque de Rome. La Diète de Naumbourg, après avoir confirmé les articles de la Confession d'Augsbourg, convoqua une autre Diète à Erfurth

pour le 22 avril. Le Sénat de Nuremberg répondit au Nonce Delfino qu'il ne voulait pas se séparer de la Confession d'Aurjsbourg, et qu'il n'accepterait pas le Concile puisqu'on ne leur assurait pas les conditions formulées par les protestants. Pareille réponse firent les Sénats de Cologne et de Francfort. Le Sénat d'Augsbourg et celui d'CIm répondirent qu'ils ne pouvaient pas se séparer des autres. Les protestants ne parlèrent pas auti'ement au Nonce Commendone, et les catboliques lui dirent qu'il eût à s'entendre avec 1 Empereur; qu'à la vérité ils étaient aux ordres du Pape, mais qu'ils n'avaient pas confiance dans la présence des luthériens. Le Duc de Prusse, à qui le Pape avait envoyé Connobio, refusa aussi le Concile, prétextant la Confession d'Augsbourg. Les Suisses accueillirent le Nonce; les Catholiques des cantons acceptèrent le Concile, les Luthériens le refusèrent.

Arrivée ^^ 1^ avHl dudit au 1501, firent leur en-

drscardinaux ^^ ^ Trcute Ics Cardiuaux de Mantoue et

Levais

,^^ ^'^^?'1'5;, Seripando, qui avaient été nommés, dans le

lo avril loOl. l ' T '

consistoire du 14 féviier, Légats apostoliques pour la célébration du Concile. Ils y

trouvèrent neuf Evêqnes. Les Légats avaient reçu des pouvoirs en un bref du 5 mars, pour permettre la lecture pendant la durée des sessions des livres mis à Vùidex, et par un autre bref du 23 du même mois, d'autres pouvoirs pour absoudre ceux qui auraient lu ces livres et qui secrètement auraient abjuré la foi romaine. Un bref du 8 août donnait encore à ces Légats le droit d'absoudre les hérétiques.

Le 20 août, fit son entrée le Cardinal de Warmie (Stanislas-Hosius), Légat à Trente, Le 9 décembre arriva le Cardinal Simonetta , autre Légat, et on vit à son entrée s'élever de la terre un feu qui passant sur la ville, ressemblait à une de ces vapeurs enflammées que parfois on voit dans l'air.

Le Cardinal de Mantoue était de la mai- Portraits son de Gonzague, très-pratique des affaires d'Etat pour avoir gouverné le Duché durant beaucoup d'années, après la mort du Duc son frère, pendant la tutelle de ses neveux. Gentilhomme d'un noble aspect, déformes charmantes, libéral, franc dans le langage, d'un très-bon esprit, et fort porté au bien. Seripando était Napolitain , Archevêque de Salerne, de l'ordre des Ermites, fort bon théo-

des Lêjjais.

logien, de beaucoup de conscieuce, d'une rare bonté, désireux du bien {général. Le Cardinal de Warmie (// Varniicnse) était de Pologne, théologien savant, homme capable; Simonetta, Milanais, canoniste distingué, fort enclin aux choses de la Cour de Rome.

Ccncrératiou ^'^ uombre des Évoques s'c'tant augmenté Générale, gj. atteignant à peu près au chiffre de cent, il y eut congrégation générale le 15 janvier 1562. Le Cardinal de Mantoue, comme premier Légat, président, proposa d'ouvrir le Concile le dimanche suivant, et de tenir session le troisième jeudi de Carême. Il exhorta chacun à se prêter à une œuvre si sainte, et à l'honorer par des jeûnes, des aumônes, et une célébration fréquente de la messe. Il fut donné lecture du bref du 31 décembre 15G1, relatif aux sièges des Prélats au Concile, dans l'ordre de leur promotion, les Patriarches d'abord, les Archevêques ensuite, puis les Lvêques. Des doutes s'étant élevés sur les prérogatives des Primats , les Légats déclarèrent qu'on n'avait point eu en vue de déroger à la dignité des Primats, et que ce qui en était fait ne pourrait d'ailleurs porter nulle atteinte aux

droits de quelque personne que ce fût ni en créer de nouveaux.

Le 18 dudit mois de janvier, le dimanche, Dix-sepiième

/-. 1 . , . • r 1 J • session,

se nt la première session, qui tut la dix- is janviei septième du Concile. La procession ayant été faite de l'église de Saint- Pierre jusqu'à la cathédrale, où le Cardinal de Mantoue célébra la messe du Saint-Esprit, l'Archevêque de Reggio prononça l'oraison. On chanta le Veni, Creator Spiritus. Le secrétaire, l'Evêque Filesio , lut la bulle de la célébration du Concile, datée du 29 décembre 1560, et la bulle des Légats, du 10 mars. L'Archevêque de Reggio lut le décret d'ouverture, dans lequel il était dit que les questions seraient traitées proponentibus Legatis. Mais à ces mots, contredirent aussitôt quatre Prélats espagnols , alléguant que c'étaient paroles nouvelles , inusitées dans les autres Conciles, qu'elles restreignaient la liberté de proposer, et qu'ils demanderaient que leurs votes fussent enregistrés dans les actes du Concile. Les autres Pères dirent : Place t. Et la session prochaine fut ajournée au 26 février. Le Piomoteur du Concile invita tous

les notaires et proiiotaires à dresser un ou plusieurs actes des choses susdites.

NouTciies II se fit ensuite diverses congrégations géi5«2 nérales, dans lesquelles on proposa de préparer le catalogue ou Index des livres défendus, selon la teneur du Bref du 14 janvier 1562, et de procurer le sauf-conduit à qui voudrait venir au Concile. On désigna des Prélats pour recevoir les mandats des absents.

Le 5 février, arriva le Cardinal Altemp, cinquième Légat, neveu du Pape, Allemand d'origine et noble.

Le 6 dudit mois fut reçu, en congrégation générale, l'Archevêque de Prague (Antoine Miglitz), Ambassadeur de l'Empereur. On lut le mandat impérial. L'Ambassadeur fit un bref discours et excusa Sigismond Town , second Ambassadeur de l'Empereur, qui n'était pas encore arrivé. Le Synode répondit que c'était avec allégresse qu'il voyait les Ambassadeurs de l'Empereur, et qu il acceptait leur mandat in quantum de jure débet. Cet Ambassadeur essaya d'avoir la préséance sur Madruccio, Cardinal-Evêque de Trente , mais il ne donna pas suite à ses prétentions et s'assit au-dessous de lui.

Le 9, fut reçu l'Ambassadeur de Portugal (Ferdinand Martinez Mascarenhas). On lut sa lettre de créance et son mandat, il prononça un discours. La réponse du Synode fut celle d'habitude.

Le 1 1 , fut reçu l'autre Ambassadeur de l'Empereur, et on donna liberté aux Légats d'élire les Pères pour former V Index des livres défendus et d'en désigner d'autres pour la rédaction des décrets relatifs à la session prochaine.

Le 13, les Ambassadeurs de l'Empereur firent instance auprès des Légats pour que le mot de continuation du Concile fût évité , car de ce mot les Protestants prendraient occasion pour refuser ledit Concile. Ils voulaient qu'on différât la session, ou du moins que l'on traitât de choses de peu d'importance; que l'on n'exaspérât point les religionnaires de la Confession d'Augsbourg, dès le principe, en condamnant leurs livres ; que l'on accordât le saufconduit le plus ample aux Protestants ; que des matières traitées dans les congrégations on en tînt le secret, car tout se publiait et parvenait même aux oreilles des gens du peuple. Ils ajoutèrent avoir eu l'ordre de l'Empereur qu'étant appelés par les Légats , ils

dcvraiont fnvorisn- les affaires du Concile.

Le 17, les Léj^als répondirent aux Ambassadeurs que mention ne serait pas faite du mot continuation; qu'un long délai serait accordé pour la prochaine session, qu'on n'avait pas l'intention pour le moment de condamner la Confession d'Augsbourg; que ï Index des livres défendus ne se ferait qu'à la fin du Concile; qu'on aviserait à ce que les discussions fussent tenues secrètes, et qu'ils feraient part aux Ambassadeurs des Princes des choses du Concile. On lut le décret pour la session, à laquelle on invitait chacun à se rendre, lui assurant la liberté de la parole, puisqu'on se proposait de rétablir la doctrine, de réformer les coutiniies et de faire V Index. La Commission dudit Index fut désignée, et les Pères furent exhortés à tenir secrètes leurs discussions.

Le 22, fut reçu l'Evêque de ( -inq-I^glises {Fiinfkiiclien)^ Georges Draskowitz, Ambassadeur du Roi de Hongrie, et la prochaine session fut proposée pour l'Octave de l'Ascension .

Dix-huitième Le 2G se fit la dix-lniilièmc. session. L'Ar- 26 février chevêquc dc Corfou prononça l'oraison. Les

mandats des Princes furent lus. Une difficulté dans la préséance naquit entre les Ambassadeurs de Hongrie et du Portugal. Aussi publia-t-on que les mandats seraient lus dans l'ordre où ils auraient été présentés, et non pas selon la dignité des Princes. On lut les brefs du Pape touchant la préséance des Prélats, le bref du 14 février 1562, qui confirmait la déclaration des Prélats sur cette matière, et le bref de V Index. On prépara les décrets relatifs aux notifications de ce qui devrait être traité dans le Concile touchant V Index, etc. Et la titulature du Concile étant Sacrosancta OEciimenica et Generalis Tridentina Synodus in Spiritu sancto légitime congregata, quelques Pères, l'Archevêque de Grenade particulièrement, furent d'avis d'ajouter universalem EccLesiam representans .

Le 2 mars on s'occupa, en congrégation générale, du sauf -conduit, et le 4, on résolut qu'il fût libre pour les habitants des provinces où l'hérésie avait d'abord été prêchée, et dans tous autres lieux pour ceux qui se seraient déclarés repentants. Il en fut ainsi eu égard à l'Inquisition à Rome et à celle

tl'Espa(^ne. Les Ambassadeurs de l'Empereur sollicitèrent pour avancer l'œuvre de la Réformalion et pour qu'il fiùt écrit aux Protestants avec exhortation de se rendre, au Concile, ainsi qu'il fiit fait pour les Bohèmes à l'époque du Concile de Bâle. Les Légats répondirent que quant à la Réforniation ^ ils la désiraient et qu'elle se ferait générale, mais que pour celle d'Allemague, ils ne voyaient pas comment l'entreprendre, puisque ses représentants n'étaient pas venus au Concile, et que quant à écrh-e aux Protestants, comme ils avaie*it déjà répondu sur le ton que l'on savait aux Nonces du Pape , ils répondraient pis encore à des lettres du Synode.

Con{;r.(;ations Lc 10 uiars , Ics Légats proposèrcut, en congrégation générale, les articles suivants : l. Que les Pores considèrent quelles mesures on pourrait prendre, afin que les Patriarches, les Archevêques, les Evêques et toutes autres personnes chargées du soin des âmes fassent résidence dans le lieu où est leur église, et qu'ils ne s'en éloignent pas à moins de motifs justes, honnêtes, nécessaiies et utiles au bien de l'Eglise catholique.

IL S'il est prudent de décider que nul ne soit ordonné, à moins qu'il n'ait un titre quelconque pour avoir un bénéfice ; de nombreux inconvénients ayant été reconnus à l'Ordination faite à titre de patrimoine.

III. Que pour l'Ordination, il ne soit reçu ni perçu aucun salaire.

ÏV. Si l'on doit accorder aux Prélats dans les églises la faculté de partager les prébendes.

V. Si les grandes paroisses qui ont besoin de plusieurs prêtres doivent aussi avoir plusieurs titres.

VI. Si les petits bénéfices qui n'ont pas de revenus suffisants pour que le prêtre en vive doivent être réformés de manière que de plusieurs on n'en forme qu'un seul.

VU. Quelles mesm^s sont à prendre à l'endroit des prêtres vicieux et ignorants , et s'il est bon de leur donner des coadjuteurs ou des vicaires capables, avec assignation d'une part des bénéfices.

VIII. Si on doit accorder à l'Évéque ordinaire de transférer à la cbarge des églises principales les chapelles ou petites églises qui, par suite de pauvreté, ne peuvent être réédifiées.

IX. Si on doit accorder à TEvéque ordinaire de visiter les béncficcs.

X. Si on doit empêcher les mariafjes clandestins qui seraient contractes à l'avenir.

XI. Quelles conditions se doivent prescriie poiu' qu'un mariage ne soit pas clandestin , mais contracté à la lace de 11 .jjlise.

XII. Quelles mesures on doit prendre contre les abus énormes causés par les quêteurs.

Les Légats soumirent ensuite à l'examen des théologiens la question suivante, pour en faire l'objet d'une discussion en congrégation :

Si, comme Evariste et le Concile de Lntran l'ont déclaré, les mariages clandestins ne sont point réputés valides (juant à lEylise, ainsi le Concile peut-il déclarer qu'ils sont de toute nullité, de telle sorte que le fait du secret soit compris parmi les empêchements (fui annulent le mariage.

Le IG, fut reçu le Marquis de Pescairc, François -Ferdinand d'Avalos, Ambassadeur du Roi Catholique, en congrégation générale; lu le mandat de Sa Majesté, en date du 28 janvier 1562; prononcé un discours auquel le Synode répondit dans la forme accoutumée.

Le 18, fut reçu r Ambassadeur du Duc de Florence; lu le mandat en date du 24 février 1562. Il y eut discours et réponse selon la coutume.

Le 20, fut pareillement reçu l'Envoyé des cantons suisses catholiques, INIelcliior Lussi, et lu son mandat du 20 février 1562. En même temps que lui fut reçu Joachim Prévôt, Abbé des susdits cantons, au nom des autres abbés.

Le 6 avril furent reçus deux Évêques, députés par le clergé de Hongrie avec mandats du 14 janvier 1562. Le discours fut prononcé par l'Evêque de Chonad, l'im de ces députés.

Le 7, il y eut congrégation générale pour la discussion des quatre premiers articles de la liste des douze ci-dessus indiqués. Les Pères traitèrent amplement de l'article de la résidence. Plusieurs d'entre eux furent désignés pour discerner et recueillir les obstacles et les empêchements de ceux qui ne peuvent faire résidence.

Le 17 avril, on acheva de parler sur les quatre articles, et on proposa de traiter dans

les con^ré}]^ations suivantes les six autres articles, remettant toutefois celui du mariage clandestin à une autre session; mais le 20, les Légats, en congrégation générale, adressèrent aux Pères la demande suivante :

Beaucoup de Pères s étant prononcés pour que la résidence doive être déclarée de droit divin, d autres n'ayant exprimé aucun avis à cet égard, mais d'autres aussi ayant dit qu'aucune déclaration de ce genre ne devait être faite; afin donc que les Pères qui ont été chargés de formuler les décrets puissent consulter avec plus de sûreté, Vos Seigneuries sont invitées à se prononcer par le seul mot « // nous j)lait (Placet), ou // ne noi/5 j)laît pas (Non placet), » sur la question de la déclaration de la résidence de jure divino. Selon le nombre, en effet, des votes et des avis, on rédigera le décret, ainsi qu'il a toujours été fait dans le saint Synode. Et comme, en raison de la diversité des avis, on ne peut véritablement pas bien connaître de quel côté est la majorité des votes, qu Elles veuillent donc s'exprimer clairement et distinctement, et un par un, afin que le vote de chacun puisse être pris en note.

Répondirent simplement : Plncet, — 67.

Répondirent simplement: Nonplacet, — 33.

Répondirent : Placet, consulto prias SS. Domino Nostro^ — 13.

Répondirent : Non placet, nisi prias consaltoS. D. iV., — 17'.

Le Cardinal Madruccio s'en remit au vote qu'il avait donné en congrégation. L'Evéque de Bude dit qu'il trouvait bon que la déclaration fût publiée. Trois abbés du Mont-Cassin répondirent d'une manière différente, voulant que la question fût soumise à plusieurs scrutins. Mais cela ne fut point admis.

Les Pères continuèrent leurs congrégations et pai'lèrent sur les articles désignés plus haut. Puis l'Archevêque de Prague, Ambassadeui' de l'Empereur, ayant exhorté les Pères à parler avec plus de modération qu'ils ne l'avaient fait la veille, l'Evéque de Caorla,

' La différence qui séparait les treize d'avec les dixsept, consistait en ce que les premiers voulaient absolument la déclaration, disposés pouitant à l'omettre si le Pape le voulait ainsi , au lieu que les derniers la rejetaient absolument, à moins que le Pape n'ordonnât le contraire. Cette différence était peu sensible, mais ehaque parti croyait par là mieux pourvoir aux

intérêts de son maître.

Jules Supercllio, lui répondit avec chaleur et d'une façon Irès-mordantc.

Il lut proposé de prier le Pape d'écrire aux autres Princes chrétiens afin qu'ils fissent des instances auprès de la Reine d'Anfjleterre pour la libération des Évêques catholiques qu'elle détenait prisonniers; mais, à cet é^ard, les opinions hirent différentes : les unes étaient favorables, les autres contraires'.

Le 25 avril , jf)ur de saint Marc , en congrégation générale, furent reçus les Ambassadeurs de Venise. On lut leur mandat en date du 11, et l'Ambassadeur Xicolè da Ponte, docteur et chevalier, prononça le discours. Il lui fut répondu selon l'usage établi.

Nouvelles Lorsfju'ou rcçut à Romc la nouvelle du Concile touchant l'article de la résidence et que l'on sut que la majorité inclinait pour la déclaration de jure divino ^ toute la Cour s'en plaignit. Les Cardinaux étaient fort opposés à ce qu'une ])areille déclaration fût faite. Le Pape

' Sarpi dit : La chose fut bien reçue de tout le inonde, mais on convint qu'il était plus aisé de la désirer que de l'exécuter.

disait que ceux qui avaient voté clans le sens du droit divin avaient eu, sans nul doute, une bonne intention ; mais que néanmoins il regrettait qu'on eût renouvelé cette discussion , et il blâmait ceux qui s'en étaient remis à Sa Sainteté, qui alors était tout occupée à réformer la Penitentinria et pensait à la réforme aussi de la chancellerie et de Yoffice du camerlingue.

Sa Sainteté restitua à Marc-Antonio Colonna la terre de Palliano, lui fit beaucoup de faveur, et accorda une de ses nièces, sœur du cardinal Borromée, au fils dudit seigneur Marc- Antonio. Le Pape augmenta encore la concession sur les biens du clergé qu'il avait faite au Roi Catholique pour fournir à soixante galères. Au lieu de six mille ducats pour chacune, il en accorda sept.

Dans le même temps, l'Empereur fit sa- Nouvelles

Tx •'■11- ^^- divers

voir aux Hongrois qu il voulait renoncer au e.uhoiis. Royaume de Hongrie en faveur du Roi de Bohême son fils. Ils lui répondirent qu'ils l'éliraient à certaines conditions. Cette réponse irrita tellement l'Empereur, qu'il fit dire aux Hongrois que c'était trop d'audace à eux

de vouloir capituler avec leur propre Roi ; qu'aussi, quand il lui plairait de donner cette couronne à son fils, il le ferait sans eux. Les Hon^j^^ois s'en rapportèrent ensuite à la volonté de Sa Majesté Impériale.

Les Électeurs de Saxe et de Brandebourg firent dire à l'Empereur qu'il serait sage de procéder à l'élection du Roi des Romains, car la mort de Sa Majesté arrivant pendant que l'Allemagne se trouverait en proie à tant de divisions et sans que le Roi des Romains ait été élu, ce serait la ruine complète de ces contrées.

Le Duc de Moscovie mit en déroute l'armée turque, à laquelle il tua plus de vingt mille hommes. li'Hospodar de Servie, beaufrère d'Alexandre, duc de Moldavie, s'empara de cet ittat avec l'aide de sa sœur, femme dudit Alexandre, après avoir mis en fuite quinze mille hommes avec les trois mille qu'il commandait.

Il y eut aussi dans les comtés du Tyrol de grands soulèvements parmi les ouvriers des mines. Le Concile s en émut vivement et prit peur ; mais la mort des chefs le rassura bientôt.

L'Empereur envoya des Ambassadeurs aux Électem'S de l'Empire pom^ lem' déclarer la Diète de l'électioD d'im Roi des Romains, et les Électem's proposèrent de couronner le Roi de Bohême pour se prévcdoir d'un septième Électeur, en cas de discorde.

Près de la ville de Strasbourg s'abouchèrent le Cardinal de Lorraine et le Duc de Guise son frère avec le Duc de Wurtemberg. Cet événement inquiéta fort les Catholiques, mais les serviteurs et dépendants de la maison de Guise disaient que l'entrevue n'avait eu d'autre fin qu'une justification du Cardinal comme prétendu persécuteur des Princes protestants (ainsi qu'on l'avait répandu partout), et le Cardinal lui-même assurait que son but avait été le bénéfice de la chrétienté et qu'il avait voulu se rendre compte de la possibilité d'amener les Protestants à se réunir aux Catholiques.

Les Génois chassèrent de chez eux un héraut d'armes que leur avait envoyé l'Empereur, en faveur du marquis de Finale, de l'Etat duquel ils s'étaient emparés; aussi l'Empereur parlait-il de les mettre au ban de l'Empire.

Le Duc de Florence négocia et travailla pour être créé Roi de Toscane.

En Flandre, il y eut des tumultes pour cause de religion, quelques prédicateurs français y étant écoutés avec la plus (grande ardeur.

A la Cour d'Espaj^ne, on vit avec déplaisir les mots pro/joncntihus Lecjatis qui sont dans le décret de la première session du Concile. Un accident arriva au Prince d Espagne, fils unique du Roi Catholique. Etant tombé sur les degrés d'un escalier, il se blessa à la tète, et comme il était près de mourir, il guérit miraculeusement, après avoir fait porter dans sa chambre le corps d'un Irère de l'Ordre de Saint-François mort cent ans auparavant, et qui était en bon état de conservation : ce moine était tenu pour saint. Le Prince, avec l'intervention du Nonce, fit office auprès du Pape pour que Sa Sainteté le voulût bien canoniser; il se nommait Don Diego.

Le siège de Magazan, en Afrique, tenu par cinquante mille Monres, fut levé devant les api^rêts du Roi de Portugal, qui venait de demander des renforts au Roi d'Espagne pour secourir cette place.

Le 15 mai 1561, le Roi de France fut Nouvelles

, / 1 1 -Il 1 T» • ^^ France.

couronne et sacre dans la ville de Keims par le Cardinal de Lorraine. Le Parlement de Paris, de concert avec le Conseil privé du Roi, fit un édit par lequel chacun devrait vivre catholiquement, sous peine de la vie, et un pardon général fut accordé relativement aux agitations passées. Le Duc de Saxe envoya un Ambassadeur au Roi de Navarre pour l'engager à favoriser la religion nouvelle , en lui promettant des secours ; mais il ne fut pas accueilli avec faveur. Par ordre du Roi Très- Chrétien, une assemblée des Evêques du Royaume fut formée à Poissy, où il en vint quarante, et six Cardinaux. Le Chancelier, en la présence du Roi, de la Reine mère et du Roi de Navarre, proposa de parler sur les dissensions religieuses et sur la réformation des mœurs. On promit un sauf-conduit à quiconc|ue voudrait venir, en lui assurant la liberté de dire ce qu'il voudrait. Une procession solennelle eut lieu. Tous les assistants communièrent, à l'exception du Cardinal de Châtillon et de quatre autres Evêques. Ces Évêques protestèrent entre eux qu'ils n'entendaient point traiter des dogmes ni de dis-

puler sur les choses de la foi, et ils s'oblijfifèreiit, eux et leurs successeurs, à la résidence. Théodore de Bèze, hérétique, avec quinze de ses corelijfionnaires, furent admis en présence du Roi, de la Reine mère et du Roi de Navarre. Il présenta à Sa Majesté Très-Chrétienne une écriture sur les matières de la foi qu'il professait, laquelle était celle de Calvin. 11 la discuta li(jnc par ligne, et lorsqu'il en lut au passage où il renie le très-saint Sacrement, chacun changea de couleur, et le Cardinal de Tournon, s'adressant à la Reine, dit qu'elle ne souffrirait pas que de si grands blasphèmes fussent prononcés devant le Roi son fils; et Théodore de Bèze, perdant courage, ne put continuer son argumentation. Le Cardinal de Ijorrainc répondit au discours de l'hérétique à la satisfaction unanime, puis, comme à l'improviste, l'assemblée se sépara. Les Etats du Royaume se trouvant réunis à Saint-Germain , la Cour fut en grande confusion, par suite de la préséance qui fut enlevée aux Cardinaux, et Tournon, T^orraine et Guise ne voulurent plus y intervenir. En outre, l'orateur du tiers état parla fort en faveur de la religion nouvelle, de la néces-

site OÙ l'on était de modifier le gouvernement et de payer les dettes du Roi avec les biens du Clergé. Les États décidèrent que l'on mît en exécution les mesures qui avaient été approuvées à Orléans de ne plus payer les annates à Rome. Alors arriva à la Cour le Cardinal de Ferrare, Légat du Pape. Il commença par négocier le retrait du décret relatif aux annates^ et procéda avec beaucoup de modération, si bien que le Conseil décida qu'il pût mettre en avant ses prérogatives de Légat, et révoqua le décret. Le Chancelier n'y consentit pas. Monsieur de Nemours persuada le duc d'Orléans de se retirer avec lui en Lorraine pour échapper à l'influence des Huguenots ( ainsi appelait-on les hérétiques en France). Il lui dit qu'il le ferait le plus grand Roi du monde. Celui-ci en fit part à quelqu'un, son confident, qui le dit à la Reine mère. Son fils fut aussitôt mis sous bonne garde , et Monsieur de Nemours s'enfuit. Le Conseil du Roi, voyant que les mouvements les plus divers agitaient le Royaume , décida que chaque gouverneur, lieutenant, sénéchal et autres ministres, se rendissent à leurs gouvernements, et prévinssent les tumultes et

fissent déposer les armes. La ville d'Orléans se déclara baj^aienote, et la Reine de Navarre y fit la Cène selon le lite protestant : plus de quinze mille personnes y assistèrent. La Normandie, la Guyenne et le f.an;;uedoc se déclarèrent lni;;uenots. Une nouvelle assemblée se forma à Saint-Germain, en présence du Roi et de la Reine mère, à Toccasion des dissensions du Royaume. Il s'y disputa sur l'opportunité d'accorder aux Huguenots le droit d'é(*lises pour l'exercice de leurs rites, la Reine n'y voulut pas consentir. On admit Théodore de Bèze à cette assemblée pour y raisonner sur les Images^ le Baptême^ \ Eucharistie, la Messe et autres ])rincipaux articles, r.elui des Images fut d'abord discuté, et la dispute entre les tliéologiens et les hérétiques dura quinze jours sans qu'on en vînt à aucune solution. La Reine déclara l Assemblée dissoute. Le 17 avril 1562, le Prince de Coudé avec six chevaliers de l'Ordre et une forte compagnie occupa Orléans, et répondit à l'envoyé du Roi qui le venait sommer de déposer les armes, qu'il entendait s'en servir pour Sa Majesté. L'Amiral, d'Andclot et les Frères Châtillon étaient de sou parti.

M. de Valence étant venu depuis pour le môme effet de la part du Roi, le Prince répondit qu'il voulait des (garanties pour sa sécurité. Il prétendait que le Roi était le prisonnier de ses gouverneurs, il voulait l'exécution de FÉdit fait en l'assemblée de Saint-Germain , par lequel les prédications des Huguenots avaient été autorisées; il voulait l'éloignement de la maison de Guise et du Cardinal de Lorraine. La Reine, pour le désir qu'elle avait de la paix, fit que le Roi se déclarât libre, publiât l'Edit et promît toute sécurité au Prince de Condé ; mais , malgré toutes ces concessions , on ne parvint pas à s'entendre. Le Roi Très- Chrétien arma; le gros de l'armée fut à Etampes. Valence, Lyon et Rouen se déclarèrent pour les Huguenots. A Toulouse, Catholiques et Huguenots se battirent cinq jours durant : l'arrivée de M. de Mootluc fit triompher le parti des Catholiques. Le Roi et la Reine mère se rendirent au bois de Vincennes, d'où la Reine partit pour Tours afin de s'aboucher avec le Prince de Condé. L'armée du Roi s'approcha d'Orléans, celle des Huguenots était en vue. Le Roi avait sept mille fantassins et cinq mille cinq cents chevaux, les Huguc-

iiots dix mille fantassins et trois mille chevaux. Condc s'entretint avec la Reine, mais au moment où l'accord se tenait pour conclu, le Prince, selon qu'il en avait été convenu, ne retourna pas à l'entrevue. Les armées se retirèrent : celle du Roi a Blois, celle des Hu|];uenots à Beaujrencv. Des renforts étrangers arrivèrent au Roi : cinq mille Suisses, cinq mille Allemands. Les [;ens d'Aliema{]fne se refusèrent à combattie les Ilufruenots, dont la religion était la leur. On leur dit que c'étaient des rebelles au Roi , et on dénonça pour tels tous ceux qui avaient pris les armes, à l'exception du Prince de Condé, avec privation de leurs grades et confiscation de leurs biens. Paris donna au Roi cinq cent mille francs; le Pape deux cent mille écus, dont vingt-cinq mille à la fois; les Vénitiens cent mille écus en une seule fois ; le Duc de Florence cent mille aussi. Le Roi Catholique lui assura trois mille chevaux et quatre mille fantassins, et le Duc de Savoie trois mille Italiens. TiCS armes seules ne troublaient pas la France; il y régnait aussi la peste, et Paris était infesté. Au milieu de ces grands tourments, on rt'solut d'envoyer quelques Eve-

ques au Concile, et même le Cardinal de Lorraine.

En ces temps, le Sofi députa à Constan- isouveiies tinople un Ambassadeur chargé de dire au Grand Seigneur que s'il lui envoyait par un pacha deux cents bourses , il lui livrerait son fils Bajazet. Le Turc envoya Persan-Pacha avec soixante mille ducats et des présents de la plus grande valeur. Pour la sécurité dudit pacha et des présents, il lui adjoignit un chiaoïis avec cent spahis et deux mille janissaires. Le 18 août 1562, Sinan-Aga, qui avait été envoyé en Perse, revint à Constantinople et rapporta que le Sofi avait fait en sorte que Sinan lui-même étranglât Bajazet avec ses quatre fils, disant qu'il ne les pouvait livrer vivants au Turc, car ainsi l' avait-il juré. Il ajouta que le bey de Van lui amenait les cadavres. Le Grand Seigneur rappela alors Persan-Pacha, commanda que les présents fussent portés par un sangiac, et mit à la voile pour Trébizonde une de ses galères, afin de prendre les cadavres. Il fit encore étrangler un jeune enfant de Bajazet qui lui était resté. Il voulut que la sépulture des corps de ses vie-

timcs fût faite à Van, puis le regrettant, il les fit reprendre et conduire à Si vas.

Nouvelles j^a question de la résidence avait soulevé de

de Irciilc. ■•

[grandes divisions dans le Concile parmi ceux qui la disaient de /iire divino (de droit divin) et ceux qui la tenaient pour être de jure positiva. Il lut question d envoyer de nouveaux Lc{jats.

Des Évêques italiens arrivèrent au Concile. On différa de traiter cette matière difficile. Le Pape avait dit qu'il voulait que le Concile fût libre , mais quelques Cardinaux c'crivaient contre la résidence.

M. de Lansac, Ambassadeur du Roi Très- Chrétien, demanda par des lettres que la session fût différée jusqu'à son arrivée. Le Synode résolut de la continuer, sans toutefois traiter aucune des matières proposées, et en s'occupant seulement à lire les mandats des Princes.

Le 2 mai, arrivèrent deux Ambassadeurs du Duc de Bavière, mais comme ils avaient émis la prétention d'avoir le pas sur les Vénitiens, ils ne comparurent pas eu congrégation.

envie me session.

JOURNAL DU COiNCILE DE TRENTE. C5

Le marquis de Pescaire, au nom du Roi Catholique, demanda que la continuation du Concile fût déclarée ^ Les Légats promirent de la déclarer dans la dix-neuvième session.

Le 14 dudit mois de mai, se tint la dix- Dix-n neuvième session. Après les cérémonies ac- a maiTsci coutumées, on lut les mandats du Roi Catholique , du Duc de Florence , du clergé de Hongrie et des Vénitiens. La session prochaine fut ajournée au 4 juin.

Le Pape irrité par les lettres que lui avaient adressées plusieurs Prélats du Concile, sur la question de la résidehce, se proposa de déclarer évêque le Cardinal de Mantoue, afin de pouvoir envoyer d'autres Légats qui ne lui céderaient pas ; mais le Cardinal donna à entendre par ses dépêches qu'il ne voulait pas du titre d'évêque , et que si le Pape envoyait des Légats, il quitterait aussitôt le lieu du

* Cette demande fut appuyée par les Prélats espagnols et quelques autres qui les suivaient, disant " que cette déclaration était nécessité de foi, parce que sans cela on révoquerait en doute toutes les décisions déjà prises, ce qui serait une chose fort impie. »

Concile. Il fut d'avis qu'on laissât se résoudre la question de la résidence, parce qu'en même temps on ferait un décret qui confirmerait l'autorité du Pape sur le Concile. Les Légats confièrent à quelques Prélats le soin d'engager particulièrement les Pères à consentir que l'article de la résidence iùt différé.

Sur ces entrefaites, arriva l'orcjrc aux Ambassadeurs de l'Empereur de mettre tout en œuvre pour que la. continuation ne fût pas déclarée, et les Ambassadeurs devraient quitter leur poste dans le cas où elle le serait'.

Le 26 du même mois fiii'ent reçus en congrégation trois Ambassadeurs de France^. Le

' Ce prince ne pouvait pas souffrir un pareil affront, après avoir donné sa parole à l'Alleniagiie que cette reprise du Concile serait tenue pour une nouvelle convocation ; qu'ils ne prétendaient point remettre en question les choses déjà décidées, mais aussi que tant qu'il y aurait quelque espérance de ramener r Allemagne, il ne fallait pas la faire évanouir et donner un tel chagrin à l'Empereur.

* Louis de Saint-Gelais de Lansac, chef de l'Ambassade, arriva le 19 mai. Arnaud du Ferier, Président aux enijuêles du Parlement de Paris, et Gui du Faur de Pibrac, juge mage au Parlement de Toulouse, arrivèrent le 25 au soir. Le marquis de Pescaire était pai ti deux jours avant l'arrivée de Lansac.

JOURNAL DU COINCfLE DE TREINTE. 97

plus jeune, Gui du Faur de Pibrac, prononça l'oraison, et, contrairement aux procédés ordinaires , il exhorta le Concile à éviter l'imputation qui lui était faite de n'être pas libre.

On avait accusé à Rome les Evêques qui voulaient la résidence; l'évêque de Cinq-Eglises fit des plaintes sur ce qu'on l'avait calomnié en le disant ennemi du Pape. Les Ambassadeurs de France remontrèrent qu'avec ces pratiques continuelles d'élever tant de difficultés, c'était aller tout droit à la dissolution du Concile. Dans cette crainte, les Espagnols consentirent à ce que la déclaration de la continuation fût différée.

Le 4 juin, se tint la vingtième session, vingiième On lut les mandats des Cantons suisses, de 4/ain'i'562. l'archevêque de Salzbourg et du Roi de France. La session prochaine fut annoncée pour le 16 juillet. Trente-cinq votes se prononcèrent pour qu'il fût déclaré qu'on y traiterait de la résidence. Quelques-uns voulaient aussi qu'on déclarât la continuation. Cela fut interprété comme prémédité pour donner lieu à des tumultes dont ensuite on aurait pris prétexte pour dissoudre le Concile.

Le 6, on proposa en cou{;ré{jatiou les articles concernant la communion siih utnujiie specie, et quelques Evéques relevèrent encore la question de la résidence. L'Archevéqu(^ de Rossano, Jean-Baptiste Castafjna, et TEvéque de Sulmone, Pompeo Zambeccaro, répondirent avec beaucoup d'aijrreur. Il en résulta des rumeurs. Le Cardinal de Mantoue rétablit le calme en promettant qu'on traiti^rait de la résidence lorsqu'on serait venu à traiter du dogme de \ Ordre: promesse qui lui valut la calomnie d'avoir arji ainsi sans l'avis des autres Léf^ats. Il lut reproché aux Ambassadeurs de France de vouloir rabaissement du Saint- Siège, et à Nicole da Ponte , Ambassadeur de Venise , de favoriser la résidence y mais sa justification fut acceptée par le Pape et par la Seigneurie. Les Légats dépêchèrent à Kome 1 Archevêque de Lanciano, Leonardo Marine , poiu" rendre compte au Pape de la marche du Concile et de la question de la rési' dencc en particulier. Ils écrivirent une lettre à Sa Sainteté ellui firent part de leur opinion.

Les Ambassadeurs de l'Empereur voyant comment se traitaient les affaires du Concile, firent instance auprès des Léjiats pour qu'on

traitât de la réformation qu'ils demandaient, et l'un d'eux, l'Archevêque de Praj^ue, partit et se rendit auprès de Sa Majesté Impériale pour l'instruire avec détail de tout ce qui arrivait. L'Empereur se plaignit qu'on ne voulût point aborder la question de la Réformation, comme étant celle qui pour le moment importait le plus, et qui pouvait faire revenir les hérétiques des opinions où ils étaient.

Le Pape craignait beaucoup le Concile , parlait de faire une ligue contre les hérétiques, de former une armée et de vouloir se fortifier ' .

Sa Sainteté écrivit aux Légats d'avoir à coq- Nouvelles server aux Ambassadeurs de Venise leur place immédiatement après les Ambassadeurs des Rois, et que si, pour ces causes, les Envoyés de Bavière voulaient quitter le Concile, qu'ils fissent selon leur bon plaisir. Ainsi, le 27 juin, fut accepté en congrégation l'Ambassadeur de Bavière, Augustin Baumgartner, qui prit siège après ceux de Venise, mais en protestant que ce serait sans préjudice de

* Voyez le curieux paragraphe XXIV du livre VI de VHistoire du Concile par Sarpi, t. Il, p. 198.

'^(Tv't vers (tas BIBUOTHECA

inn JOFRNAL DU CO>"CILE DE TRENTE.

son maître, des autres Princes et Kiccteurs de l'Empire. Les Ambassadeurs vénitiens répondirent à cette protestation en disant (jue c'était de toute justice que leur Scifineuric eût la préséance, et que puisque le Dud de Bavière leur cédait présentement, il devait de même leur céder partout. L'Ambassadeur de Bavière poursuivit sou discours, sollicita une bonne réforme, demanda le mariage des prêtres, et la communion sith iitrnqite spccie. Le Synode lui répondit dans la lonnc accoutumée, c'est-à-dire avec des données générales ' .

Le Cardinal de Mantouc, par suite des calomnies qui lui avaient été imputées sur le fait de la résidence, demanda congé au Paj)c. Sa Sainteté s'opposa à son départ, mais Elle lui iccommanda de solliciter les affaires le plus qu'il lui serait possible, afin d'amener le

' Le Proniolciir ivpondit au nom du (Concile qu'il y avait loiiglomps qiron avait attendu quelque Prince ou quelque Ambassade d'Allemagne, mais surtout de la part du Duc de lîavière, qu'on regardait comme le boulevard du Saint-Siège en ce pays-là, qu'il tâcherait, comme il avait dt-jà fait, d'ordonner tout cequ'il jugerait être du service de Dieu et du salut des fidèles.

Concile à son terme. Les Ambassadeurs de France adressèrent alors (le 4 juillet) des remontrances sous forme de Mémoire aux Légats, prouvant combien, dans tous les autres Conciles, on avait fait cas de F Eglise de France, et combien, dans les circonstances présentes, il était urgent de tenir compte d'elle, en présence de si grands troubles dans le Royaume pour cause de religion. Les Ambassadeurs de l'Empereur, afin d'éviter d'autres disputes, se contentèrent de voir différé l'article de la communion sub ufracfue specie, et Sa Majesté Impériale écrivit au Cardinal de Mantoue en lui conseillant de ne pas abandonner le Concile.

Le 14 juillet se tint la vingt et unième vin^it session, dans laquelle fut donné lecture du ^lession"^ mandat du Duc de Bavière. Une Instruction ^'^^"''^^"''''^ et des Canons furent prononcés sur la communion sîib utraque specie. Il fut dit dans l'instruction que les laïques et les ecclésiastiques non sacrificanti n'étaient pas astreints de jure divino à communier sous les deux espèces; que l'Eglise a le pouvoir des dispenses à l'endroit des sacrements, sans toute-

fois toucher à leur essence, que sous quelque espèce que ce soit on reçoit Jésus-Clirist tout entier, et que les enfants ne sont pas oblijfés à la communion sacramentelle. Cependant il fut dit dans les Canons qu'on anathématiserait ceux qui prétendraient que les cli rétiens étaient tenus à prendre Tune et l'autre espèce par précepte divin ou comme nécessaire au salut ; ceux qui diraient que la sainte Kglise ne s'était pas déterminée par de justes raisons à n'admettre la communion des laïques et des ecclésiastiques non célébrants que sous la seule espèce du pain ou (]ui lui imputeraient à erreur ces décisions , ceux qui émettraient l'avis que les enfants non parvenus encore à l'âge du discernement devraient participer à la communion de l'Eucliaristie ; et enfin on remit à un temps plus éloigné l'examen de la concession de VusrKje du Calice chez les Nations, Royaumes et autres Puissances. On décréta ensuite neuf chapitres de liéforma^ tion : que pour conférer les Ordres sacrés, il ne soit accepté aucune rémunération d'aucun genre ; que personne ne soit admis aux Ordres sacrés sans avoir un bénéfice ecclésiastique duquel il pût vivre; que dans les éghses où les

produits quotidiens sont infîmes, on les augmente avec le tiers du produit des prébendes ; que les Evêques augmentent le nombre des prêtres dans les paroisses , et que , selon le besoin des populations, ils érigent des paroisses nouvelles; qu'ils soient vigilants contre l'ignorance et les mauvaises mœurs des prêtres, les privant au besoin de leurs bénéfices ; qu'ils fassent reporter les bénéfices simples des églises en ruine sur les églises les plus voisines, et fassent reconstruire les églises paroissiales détruites, dépensant, s'il le fallait, les revenus de ces églises, lors même qu'elles seraient jiiri s patronatus; qu'ils visitent tous les bénéfices, les monastères, les abbayes, les prieurés même vacants, et procurent que chacun y fasse son devoir et y exerce le culte divin; que les quêteurs soient absolument supprimés, c'està-dire ceux qui vont demandant l'aumône avec des indulgences et des pardons à la main, mais que lesdites indulgences et grâces spirituelles soient publiées par commission des Ordinaires. La prochaine session fut indiquée pour le 17 septembre, avec déclaration qu'on en pourrait restreindre ou proroger le temps, et ainsi de toutes les autres, selon que

lions.

lO'f JOURNAL DU CONCILE DE TRENTE.

la con[jréf;ation générale le jujjerait à propos. Concrcga- Lc 21 tlu mois do juillet furent produits les articles relatifs au sacrifice de la Messe, et élus les Prélats dési^jnés pour eu faire la doctrine. Les procurateurs des Evéques allemands voulaient voter en con^jréjjation , mais il leur fut fait entendre qu'ils s'en abstinssent, bien qu'ils prétendissent avoir la faculté du vote d après un bref de Paul III. Les théologiens disputèrent lesdits articles en congrégation publique, et les Pères en congrégation secrète. L'Ambassadeur de Hongrie se montra pressant pour la concession du Calice dans 1 Empire; les Ambassadeurs de France firent en sorte que la session fût différée, et qu'en attendant on traitât de la Réformation et de la concession du Calice. Ils présentèrent un mémoire à cet effet, auquel les Légats répondirent par un refus de différer la session. L'Archevêque de Pra{Tue, ^ambassadeur de l'Empereur (revenu le 1 1 août), demanda la concession du Calice au nom de Sa INIajesté Impériale ; les Légats promirent de la pioposer, et l'Empereur se plaignit que l'on se montrât si pressé pour les dogmes et si lent pour la Réformât ion. Le Roi de France exhorta, par des lettres, les Légats

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à pourvoir, avec l'aide du Concile, aux besoins de la chrétienté, ainsi qu'il y pourvoyait avec ses armes , en arrêtant les progrès des hérétiques.

Le 24 août, la question du Calice fut proposée en congrégation'. L'x\mbassadeur de Hongrie démontra la nécessité de l'accorder. Cinq opinions diverses se manifestèrent parmi les Pères : la première, fut de l'accorder; la seconde, de le refuser; la troisième, de l'accorder à la Bohême et à la Hongrie seulement; la quatrième, que le Pape l'accordât à qui il lui plairait, et la cinquième , que par le moyen des Ambassadeurs on sût d'abord comment il serait accepté, sauf à l'accorder ensuite.

Le 15 septembre, on signala aux Pères quelques abus à l'endroit de la Messe, trop légers d'ailleurs pour ne pas ôter tout prétexte aux disputes. Aussi beaucoup dirent-ils que l'Eglise de Dieu avait besoin d'autres remèdes,et l'Evêque de Paris dit que si on ne voulait pas réformer l'Eglise de Rome , on réformât au moins l'Eglise de France. Les Ambassadeurs

' Jacques Lainez, Général des Jésuites, était arrivé le 14 de ce mois à Trente.

de rEmperciii- pressèrent pour qu'une véritable rélornialion fïît faite, assurant aussi que si ou ne se iléeidait pas au libre renvoi au Pape de la question du Cn/icr, ils n'iulerviendraient pas à la session. Los Légats s'étant montrés diffieiles, ils quittèrent la congrégation et furent imités par les Ambassadeurs de France. Ils n'étaient plus que deux , Pibrac étant retourné en France vers le 18 aoîit. Mais on en vint à la décision du libre renvoi au Pape.

Le 17 du mois de septembre se tint la viiKjt-cletixiùnif! session, en laquelle on lut 17 sepiemi.re (|'abord dcs Icttrcs du Cardinal da Mula (pro-

tecteur des cliréticns orientaux) qui attestaient qu'un Patriarcbe d'Assyrie (lequel avait juré obéissance au Pape et promettait l'observation des décrets du Concile) entrait dans des détails sur la foi de ces peuples toute conforme à la foi romaine, convertis qu'ils avaient été par saint Thomas et saint Thaddée apôtres, affirmait qu'ils avaient des livres écrits du temps des Apôtres, qu'une partie desdits peuples étaient sous la domination du Turc, une partie sous celle du Sofi, et une

Vinfjt-

deuxième

session,

partie sous la puissance du Roi de Portugal, [ci l'Ambassadeur de Portugal protesta que les Evêques soumis à son Roi ne reconnaissaient aucun Patriarche pour supérieur, et que par conséquent il n'admettait pas qu'en accueillant ce Patriarche il lui fût fait aucun préjudice. On passa ensuite à la doctrine du sacrifice de la Messe, dans laquelle il fut dit comment le Christ, dans la dernière Cène, offrit à Dieu le Père et le corps et le sang sous les espèces du pain et du vin, et qu'alors il les avait établis prêtres; que le sacrifice de la Messe était propitiatoire, non-seulement pour les vivants, mais encore pour les morts; que bien qu'il se dise des messes en l'honneur de différents saints, ce n'est cependant pas à eux qu'on sacrifie, mais à Dieu seulement; que l'Eglise a été vigilante pour que dans un sacrifice si sublime il ne se trouvât aucune chose qui ne fut très-sainte ; que pour l'édification générale on avait institué certaines cérémonies, comme de prononcer certaines parties de la messe à voixbasse et à voix haute, comme encore l'usage des lumières, des ornements, des bénédictions et des encensements; que bien que le prêtre fût seul à communier, les messes

n'en étaient pas moins dites pour le bien de tous; qu'il avait été prescrit de mettre l'eau dans le vin durant le sacrifice, parce qu'on estimait qu'ainsi le Christ avait lait, puisque l'eau et le sang lui étaient sortis du côté, et que l'eau si{|nifie les peuples, et que par un tel mélanrje on représente l'union de la tête avec les membres ; que la Messe ne se doit pas dire en langue vulgaire, mais que le pasteur des âmes, soit par lui-même, soit par d'autres, devait expliquer ou faire expliquer, de temps en temps, au peuple les choses contenues en la Messe. Et comme on avait répandu tant de bruits contraires au saint Saciifice, le Synode anathématisait ceux qui prétendaient qu'avec la Messe on n'offre point un vrai et salutaire sacrifice; ceux qui diluaient que le Christ avec ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi » , n'avait pas institué prêtres les Apôtres, ou n'avait pas ordonné que ces Apôtres et les autres prêtres offrissent son corps et son sang ; ceux qui diraient que le sacrifice de la Messe était seulement afiaire de louanges ou d'actions de grâces, ou un sec et froid souvenir du sacrifice accompli sur la Croix, non propitiatoire, ou bon seulement pour venir en aide à qui l'offie,

et pas plus utile aux vivants qu'aux morts; ceux qui traiteraient d'imposture la célébration de la Messe en l'honneur des saints pour obtenir leur intercession auprès de Dieu; ceux qui diraient que le canon de la Messe est erroné, et par conséquent fait pour être abrogé ; ceux qui taxeraient d'impiété l'usage des ornements, les cérémonies et autres signes extérieurs de la Messe ; ceux qui proclameraient illicites les messes dans lesquelles le prêtre seul communie ; ceux qui trouveraient blâmable le rite de l'Eglise, par exemple, de prononcer à voix basse une partie du canon et la consécration, ou que les messes devraient être célébrées en langue vulgaire, ou qu'il ne convient pas de mêler l'eau avec le vin dans l'offrande.

On fit ensuite les décrets de onze articles de Réformation : que les prêtres doivent être instruits et honnêtes; qu'ils s'abstiennent de luxe, des festins, des bals, des jeux de hasard, et qu'ils évitent les embarras des affaires séculières; que celui qui devait être fait évêque, outre la naissance, l'âge, et les habitudes, devait être in sacris six mois auparavant, docteur ou licencié, apte à enseigner ; que les Évêques puissent priver des distributions or-

dinaires ceux qui manqueraient à leurs devoirs dans le service des églises ; que dans les chapitres ou collégiales , nul ne pouvait avoir voix à moins d être sous-diacre; que les changements apportés aux testaments devront être connus des Evêques ; que les Légats, les Nonces, les Patriarches, les Primats, les Métropolitains, dans leurs appellations et leurs défenses, doivent observer les constitutions sacrées ; que les Evêqucs sont en droit de visiter les hôpitaux, les endroits pieux, les monts-de-piété, les écoles et établissements de ce genre , sauf ceux qui sont placés sous la protection immédiate du Pioi j que tous les administrateurs des biens des lieux de piété sont obligés de rendre compte de leur gérance aux Evéques, à moins qu'une prescription contraire ne soit formulée dans la fondation; que l'Ordinaire peut examiner les notaires, et, s'il les trouve inhabiles à leurs fonctions, peut les priver d'exercer celles qui regardent les affaires ecclésiastiques; que tout ecclésiastique ou laïque, de quelque dignité qu'il soit, même impériale ou royale, qui s'emparerait des biens de quelque église et lieu de piété pour les adopter à son usage, en quelque

JOURNAL DU CONCILE DE TRENTE. Ul

manière que ce soit , serait et demeui'erait excommunié jusqu'à ce qu'il en eût fait la restitution. On décréta ensuite que les Ordinaires devaient veiller à ce que le sacrifice de la Messe ne devînt pas l'occasion du lucre et du gain ; que l'on ne dît point la Messe en dehors des heures habituelles; qu'il fût interdit aux prêtres vagabonds ou connus pour être vicieux, de dire la Messe ; que la Messe ne soit point célébrée en dehors des endroits consacrés, ni sans les apprêts ordinaires; qu'on ne chantât aucune chose lascive dans les églises , ni avec la voix ni avec l'accompagnement des orgues. On fit ensuite le décret pour envoyer au Pape l'article de la concession du Calice, et la session prochaine fut annoncée pour le 12 novembre. Il y serait traité du sacrement de VOrdre et de celui du Mariacje.

En quittant la séance, les Ambassadeurs de Nouvelles France reçurent des lettres du Roi Très- Chrétien qui leur commandait de faire instance pour que le dogme du sacrifice de la Messe fût différé jusqu'à l'arrivée des Prélats français; mais la question ayant été déjà traitée, les Ambassadeurs s'abstinrent de remplir le mes-

de Trenle.

sage. Ils pressèrent toutefois pour qu'on différât de traiter les articles de l'Ordre et du Mariage.

La nouvelle de la prochaine arrivée des Prélats français, en nombre, au Concile, étant parvenue au Pape, Sa Sainteté y manda un bon nombre d Evêques italiens et donna ordre que les Nonces et les vice-Légats des provinces s'y rendissent. Il adressa aux Légats un décret sur la résidence. Mais ils allaient être encore fort tourmentés, car lés Pères, après avoir eu les canons du sacrement de V Ordre, voulurent qu'un septième canon fût ajouté, à savoir : que les Evêques sont les supérieurs des prêtres de jure divino. L'Empereur ayant eu avis que le dogme du sacrifice de la Messe avait été traité, s'en plaignit, et fit demander aux Légal s qu'ils différassent au moins la discussion des autres et que l'on traitât de la licforination, afin qu'il pût persuader aux protestants réunis alors à Francfort de se rendre au Concile.

L'Ambassadeur de Bavière ayant éprouvé quelques difficultés de préséance avec l'Ambassadeur des Suisses, parla de vouloir partir; mais les Légats firent en sorte que le différend s'accommodât, en convenant avec l'Envoyé

des cantons qu'il laissât aller celui de Bavière quelquefois aux con^'jrégations , et avec l'Envoyé de Bavière qu'il trouvât bon que celui des Suisses y allât aussi quelquefois.

Le 23, fut accepté en congrégation un Ambassadeur de Pologne, qui exhorta les Pères à ne point penser à autre chose qn'au bien de la chrétienté, car si par malheur le Concile venait à être dissous sans résultats, ce serait la ruine de toutes choses. Le Synode lui répondit dans la forme ordinaire.

Par ordre des Légats, l'Archevêque de Lanciano et les Evêques de Modène et de Brescia allèrent trouver les Pères espagnols afin d'obtenir d'eux qu'ils abandonnassent la demande du canon touchant la supériorité des Evêques sur les prêtres de jure divino. Mais ils répondirent qu'ils exigeaient le canon, et qu'il n'était pas juste que la vérité fût opprimée par le nombre des votes des Prélats italiens. De leur côté, les Italiens en grand nombre comparurent, faisant des protestations aux Légats pour qu'il ne s'ajoutât rien aux canons déjà formulés, et ils s'exprimèrent en termes blessants pour la nation espagnole. Aussi l'Archevêque de Grenade ne craignit

l\U JOURNAL DU CONCILE DE TRENTE.

pas de dire en con{5ré(i[ation qu'il était malséant de parler de la sorte de tout un peuple dont les représentants étaient venus des lointaines parties du monde pour le bien de la Chrétienté, et qu'il ne s'a.fjissait pas de procéder par des malveillances, mais de répondre aux arguments qui étaient exposés.

Le 10 novembre, le Cardinal de Mantoue proposa le décret de la résidence qu'il avait reçu de Rome, et qui traitait des récompenses et des châtiments ; il dit qu'il n'y était pas question de parler du de jure divino à cet égard, puisqu'elle n'y était pas exprimée. Mais comme les autres difficultés déjà soulevées n'étaient pas encore arrangées, on différa la session au 26 novembre.

Le Pape , en raison des agitations qui s'étaient produites dans le Concile, fit instance auprès des Ambassadeurs des Princes, et particulièrement auprès de ceux de Venise , pour qu'ils exhortassent leurs Prélats à se tenir bien unis en faveur de l'autorité du Pape et du Saint-Siège apostolique.

L'abbé de Manne, envoyé par le Roi Très- Chrétien au Pape, lui fit savoir que le Cardinal de Lorraine ainsi que les Prélats français ne

se rendaient point au Concile pour y traiter d'aucune chose qui fût contraire à l'autorité du Pontife; et il lui dit qu'il paraissait que les Évêques voulaient être tous autant de Papes, et que déjà à la Diète de Francfort on parlait fort des dissentiments qui existaient entre le Pape et les Evêques.

A cette Diète allèrent l'Empereur et le Roi Nouvelles

^ d'Allemagne

de Bohême. Mais celui-ci s'arrêta d'ahord à Prague pour y être sacré et couronné de la main de l'Archevêque de Prague. L'Empereur y assista en habits impériaux. La Reine fut aussi couronnée. Tous ensuite se rendirent à Francfort, où l'entrée se fît le 23 octobre.

Le 24 novembre , fut publiée l'élection du Roi de Bohême comme Roi des Romains, couronné en cette qualité le 30 octobre. Les Protestants auraient voulu que Sa Majesté acceptât la Confession d'Augsbourg, mais elle répondit qu'elle ne voulait pas d'autre foi que celle de ses aïeux, et que d'ailleurs elle observeraitla convention de Passau, dont le principal article était de laisser vivre chacun comme il lui plaisait. A la messe qui fut célébrée pour le couronnement, les Protestants assistèrent jus-

qu'au moment de l'Évançile, puis ils se retirèrent pour ne pas entendre le reste de la messe ni en voir les cérémonies. Il y eut de grandes fêtes, auxquelles fut présent le Nonce du Pape. Il siégeait au-dessus des Électeurs de l'Empire, qui tous avaient le pas sur tous les autres Ambassadeurs des Princes. Avant de partir de Francfort, l'Empereur fit la paix avec le Turc et congédia l'Envoyé ottoman qui était venu la négocier.

Nouvelles La Reiuc d'Angleterre, vers ce temps, endroits, tcuta dc fomicr une ligue avec les Protestants contre la France, mais aucun ne prêta l'oreille à ses propositions.

Le Concile était lui-même en assez mauvaise réputation en Allemagne, tant auprès des Catholifjnos que chez les Protestants.

Les troubles de Flandre pour cause de religion progressaient, et en Esparjne le clergé s'opposait au payement des quatre cent mille ducats accordés par le Pontife à Sa Majesté Catholique. Mais comme les Églises qui ne payaient pas leur part étaient mises en interdiction , chacun finit par faire son devoir. Dans le même temps, le 20 octobre, le Roi d'Espagne perdit vingt de ses galères, qui.

faisant voiic vers le détroit, donnèrent sur des récifs. Le Roi reçi;t aussi des lettres du Pape, qui se plaignait fort de ce que les Prélats espagnols fissent an Concile des demandes qui étaient si contraires à l'autorité du Saint- Siège.

En France, les perturbations croissaient. A Nouvelles

^ ^ de Fr:iiife.

Paris, plus de cent mille personnes étaient i56'2-63. mortes de la peste, et dans le Royaume plus de deux cent mille étaient en armes. Les Anglais s'étaient emparés dn Havre de Grâce et de Dieppe; l'armée du Roi Très-Chrétien était sons Rouen. Elle le prit le 27 octobre, après avoir ouvert une forte tranchée avec la mine. Peu de jours avant la prise, le Roi de Navarre fut blessé à l'épaule par un coup d'arquebuse, et mourut le 18 novembre, dans la barque qui le conduisait à Paris. M. de Randon, général de l'infanterie, mourut aussi des suites d'une blessure. Dieppe se rendit au Roi. Le Prince de Coudé, sorti d'Orléans, se réunit aux gens de guerre d'Allemagne , conduits par d'Andelot, et prit Poitiers. La plus grande confusion régnait dans Paris, car dans le camp du Prince il y avait treize mille fantassins et quatre mille chevaux'; mais l'armée

118 JOURNAL DU CONCILE DE Tl'.ENTE.

du Roi lui tint tête, et fit entrer à Paris les Espagnols et les Gascons, qui sous M. de Montluc s'étaient fort aguerris en Gascogne. Le Prince s'éloigna de Paris, l'armée du Roi le serrant de près. La Reine eut avec lui et rxVmiral une entrevue. Ils demandèrent un intérim pour les choses de religion, et que le gouvernement du Roi fût remis au Prince, mais la Reine rejeta les deux demandes. Le 19 novembre, les deux armées en vinrent aux mains. T^a journée fut sanglante et le résultat incertain. Le bruit courut dans Paris et dans le Royaume que l'armée royale avait été détruite. Dieppe se souleva. Mais, en fin de compte , on reconnut que le Roi était victorieux. Il est bien vrai que les ennemis avaient défait la troupe commandée par le Connétable et s'étaient emparés de sa personne et de celle du maréchal de Saint- André, mais ensuite, le duc de Guise , qui commandait l'avant- [^arde, fit une irruption si violente sur l'ennemi qu'il lui enleva littéralement la victoire, le terrassa, et fit prisonnier le Prince de Gondé. Le combat dura depuis deux heures avant le jour jusqu'à minuit. Il y eut dix mille morts, parmi lesquels \o HIs'dn Connétable et le maréchal

JOURNAL DIT COrsCil.E DE TP.ElNTE. 119

de Saint-x4.iidré. Le £2, le Roi se rendit à Notre-Dame pour rendre ses actions de grâces au Dieu des armées. La Reine écrivit au duc de Guise pour lui donner le commandement de l'armée, puisque le Roi de Navarre était mort et que le Connétable était prisonnier; mais il refusa, et M. de Ijougueville prit le commandement. Cependant, tout reposait sur les épaules du duc de Guise. Il se rendit à Orléans pour en faire le siège et prit un fort du côté du pont. Le 18 février 1563, au crépuscule, comme il revenait avec quatre des siens d'inspecter les sentinelles, il fut approché par un individu qui lui fracassa l'épaule d'un coup d'arquebuse, et il mourut des suites de sa blessure, sept jours après, he Roi Très- Chrétien déplora sa mort, et la Reine mère, en donnant l'eau sainte à son corps, tomba évanouie. Le scélérat coupable de cet homicide ne sut pas s'échapper des environs pendant toute une nuit, et fut pris : il avoua n'avoir agi qu'à l'instigation des Châtillon et de M. de Soubise, que Théodore de Bèze avait persuadés, en disant que leur religion ne pourrait jamais prospérer tant qu'ils n'auraient pas mis à mort ledit Duc, le Roi, la Reine et tous

les chefs catholiques. Le criminel fut écartelé à quatre chevaux. La dépouille mortelle du Duc lut ensevelie avec les honneurs qui se rendent aux Rois et aux Empereurs. Peu de temps après, le Prince de Condé fut conduit au camp, et la paix fut conclue aux conditions suivantes : Chacun vivra chez lui comme il l'entendra; Sa Majesté commandera que dans chaque baillia(je et sénéchalerie du royaume il y ait un endroit désigné pour l'exercice de la rehgion nouvelle; dans les villes où déjà on la pratiquait publiquement, on pourra en continuer librement l'exercice; les gens d'armes étrangers quitteront le Royaume; chacun retournera à son premier état et retrouvera les biens qu'il avait auparavant; la ville et vicomte de Paris restera libre , sans que la nouvelle religion y soit prêchée. Cette paix fut déclarée au camp le 22 mars 1563.

En Ecosse, on trouva sous le lit de la Reine un Français tout armé qui confessa d'y être venu pour la tuer. Il eut la tête tranchée, nouvelles Lc Grand Seigneur, après la mort de Bajazet, prit des soupçons de Sultan Sélim, son fils unique. 11 interrogea le premier pacha sur la conduite de Sélim, et le pacha lui répondit

du Turc.

qu'il vivait tranquille , avec beaucoup de réserve, et content. Néanmoins il fit couper la tête à Durat-Bey, grand favori de Sélim, et donna l'ordre pour que Sultan Murât, fils de Sélim, se séparât de son père et s'en allât dans les provinces.

Le 13 novembre 1562, arriva à Trente Nouvelles le Cardinal de Lorraine. Les Légats, les Am- Arrivée bassadeurs, tout le Concile, allèrent au-devant de Lorraine de lui. Le 23, il fit un discours en congrégation, ainsi que l'Ambassadeur du Ferrier, et il leur fut répondu selon l'usage. Mais ce fut le Cardinal premier Légat qui répondit d'abord au Cardinal, et l'Archevêque de Zara continua au nom du Concile.

Comme on parlait en congrégation de la suprématie des Évêques sur les prêtres et que beaucoup convenaient qu'ils leur étaient supérieurs de jure divino^ un Espagnol allégua qu'il y avait des Evêques qui ne dépendaient pas du Pape. Il en résulta le plus grand tumulte : on cria à l'hérésie et que le prélat de qui venaient ces paroles devait être chassé de la congrégation. Mais l'Espagnol se défendit, et les rumeurs cessèrent. Les Légats dirent

que bien que difféients Pères, dans le Concile, euss(Mit traité cette question du de jure divino^ cependant ils ne Tavaient point proposée. Et comme T heure était trop avancée pour pouvoir continuer ce même jour les délibérations, il fut accordé qu'on s'entendrait le mercredi suivant sur la date de la prochaine session, qui de la sorte fut ajournée au 17 décembre.

Les Français dirent librement que l'institution des Évêques venait du Christ et que leur pouvoir était de droit divin ^ mais les Légats firent en sorte d'assoupir cette discussion.

Le 15 décembre, on acheva de discuter sur les canons du sacrement de YOrdre et on commença de nouveau à traiter de la résidence. Aussi décida-t-on que dans quinze jours on conviendrait de la date pour la session.

L'Empereur écrivit de Lorraine que, à l'époque du carnaval, il viendrait à Inspruck, ville fort voisine de Trente, et il témoignait le désir d'y voir le Cardinal. Les Légats dépêchèrent au Pape l'Evêque de Vintimille (de la maison Visconti), pour lui rendre compte des affaires, et on parla de suspendre le

Concile, en raison des différends qui existaient entre les Pères tant sur l'article de V institution des Evècjues que sur celui de la résidence. Et la lenteur que les Pères mettaient à se prononcer par un vote sur la résidence fit proroger pour quinze jours encore le terme qu'on avait assigné pour la déclaration de la session prochaine.

L'Ambassadeur de Portugal demanda la 1563. Réformation et présenta six articles. Les Ambassadeurs de France firent de même, et présentèrent leur demande par écrit le 3 janvier 1563. L'Évêque de Viterbe porta aussitôt à Rome leur mémorial. Les Ambassadeurs de l'Empereur justifièrent Sa Majesté Impériale du bruit qui se répandait qu'elle pensait à faire suspendre le Concile ; ils portèrent plainte de ce qu'on avait laissé courir des copies de demandes qui leur étaient particulières, mais qui n'avaient pas encore été proposées.

Le 15 janvier, fut annoncée la session pour le 4 février. Liberté fut accordée aux Cardinaux de Lorraine et Madruccio de présenter le décret de la résidence. Mais comme les difficultés soulevées par les articles de Y institution des Evêques de jure divino, de la

suprématie du Pape sur l'ÉrjUse universelle et de la résidence, étaient de la plus fji-andc importance, il se fit parmi les Pères diverses réunions ; il se tint divers conseils, et les choses allaient à une véritable rupture.

Le Cardinal de Lorraine présenta le décret de la résidence^ formé dans une confjrégation de seize Pères, approuvé par douze, refusé par quatre. Les Légats dépêchèrent Tévêque Commendone à l'Empereur, pour l'instruire de l'état des choses et s'excuser pour le retard apporté à proposer les demandes de Sa Majesté Impériale.

Le 13 janvier, fut accepté, en congrégation générale, l'Ambassadeur de Savoie.

Le 3 février, on prorogea la session au 22 avril. Les ambassadeurs de France firent des plaintes, en congrégation publique, sur ce que leurs demandes n'avaient pas encore été proposées, et beaucoup de Pères exprimèrent vivement le regret de voir quel temps on perdait sans faire une bonne chose. Quelques Pères furent désignés pour recucilMr les abus relatifs au sacrement de lOrdre.

Le 12, le Cardinal de Lorraine partit pour se rendre auprès de l'Empereur, qui était à

Inspruck. Les Légats envoyèrent à Rome pour demander au Pape ce qu ils auraient à répondre aux réclamations des Impériaux et des Français, et le Cardinal de Mantoue écrivit de sa main qu'il ne se sentait plus capable de comparaître en congrégation pour n'avoir à donner que des paroles, ainsi qu'il avait fait depuis deux grandes années ; qu'une vraie réformation était indispensable et qu'elle était demandée universellement.

Le Cardinal de Lorraine, revenu de chez , ^lo^i

du Cardinal

l'Empereur, louait les dispositions de son de Mamoue

etduCardinal

esprit à l'égard du Concile, et assurait qu'au seripando, besoin Sa Majesté viendrait en personne et qu'elle irait même à Rome, pourvu qu'il s'agît de bien faire.

Le Duc de Mantoue , avec don César de Gonzague, arriva le 28 à Trente pour aller auprès de l'Empereur; mais la grave maladie qui survint au Cardinal de Mantoue les empêcha de partir. Le Cardinal rendit l'âme le 2 mars, à quatre heures de la nuit, et le Duc et Don César retournèrent à Mantoue.

Le Cardinal Seripando, se trouvant alors premier Légat, écrivit à Sa Sainteté qu'il serait très-heureux qu'Elle lui envoyât un Légat qui

J26 JOrRNAL DU CONCILE DE TRENTE.

lui serait supérieur et qui aurait la direction du Concile; mais que s'il lui plaisait de le laisser premier Légat, il a[}irait et se conduirait selon que Dieu l'inspirerait. Il n'en eut pas la charge longtemps, car, tombé malade, un apostume se forma dans sa poitrine, et il succomba le 17 mars, après avoir reçu le matin même le très-saint Sacrement de l'Eucharistie, qu'il voulut prendre hors du lit, agenouillé. Remis au lit, et en présence de cinq prélats, des secrétaires de Venise et de Florence et de tous ses domestiques, il fit luie oraison latine aussi longue que lui dura la connaissance. Il confessa ses croyances, conformes en tous points à la foi catholique de l'Eglise de Rome; parla des œuvres du chrétien , de la résurrection des morts, des affaires du Concile, on recommanda le succès au fiégat et ,au Cardinal de Lorraine ; puis, voulant encore parler sur ce qu'il y aurait à faire à cet égard , mais reconnaissant qu'il n'avait plus de souffle, il dit que le Seigneur lui défendait d'aller outre, et que la majesti* divine se manifesterait en temps et lieu ; et ainsi mourut-il sans plus dire un mot.

Le 29 du mois de mars, les tliéologiens finirent

leurs controverses sur les articles du Mariage.

Le Cardinal de Lorraine était parti le 23 pour se rendre à Venise.

Aux difficultés citées plus haut s'ajoutèrent les suivantes : la Réformation demandée par tous, l'adjonction des secrétaires à celui du Concile , et la suppression des mots proponentibus Legatis.

Le Cardinal Simonetta imputa aux Cardinaux de Mantoue et Seripando, défunts, tout le désordre et les difficultés du moment, alléguant que seuls ils avaient été les promoteurs de l'article de la résidence.

liC Duc de Florence perdit deux fils, l'un Cardinal, et Don Garsia, et l'on dit qu'ils s'étaient entre-tués, et que de plus le Duc, dont le fils héritier était en Espagne, ne savait comment faire pour le rappeler à sa Cour. Le Pape créa Cardinal un autre enfant de ce Prince , et en même temps Don Frédéric, frère du Duc de Mantoue. Le Pape se plaignit alors beaucoup des prélats ultramontains du Concile, qui tentaient d'enlever le pontificat à l'Italie.

A la nouvelle de la mort du Cardinal de Nonveaus Mantoue, Sa Sainteté déclara Légats, le Car-

i:s .irr.NAL du concile de trente.

(linal Morone, Milanais, et le Cardinal Navagero, Vénitien. Et TEmperenr lui ayant écrit pour qu'Elle voulût bien venir à Trente et qu'alors il y viendrait aussi, le Pape répondit qu'il ne pouvait pas faire un aussi lonj^ voyage, mais que si Sa ]Majesté Impériale consentait à se rendre à Bologne, il y appellerait le Concile et ferait son couronnement. Nouvelles T)on Luigi d'Avila, arrivé à Rome au nom IndrôhT ^^^ ^*^' Catholique, fit instance auprès du Pape pour que le Concile procédât librement, et pour qu'il s'y déclarât une bonne réformation; mais que quant aux demandes de 1 Empereur de la concession du Calice et du mariage des prêtres, Sa Sainteté fît en sorte d'en dissuader Sa Majesté Impériale et obtînt d'en arrêter la proposition.

I^e Roi Très-Chrétien demanda au Pape qu'il lui permît de vendre pour cent mille ducats de biens du clergé, une dispense pour que le Cardinal de Bourbon se pût marier, et pour que le Concile fût transféré à Worms, Spire ou Constance. A ces fins, les Français envoyèrent M. d'Osel au Roi Catholique, mais ce Prince ne consentit pas à appuyer ces propositions. C'était le temps où la ville d'Oran

était assiégée par le Roi d'Alger et réduite aux dernières extrémités; mais à la vue des galères du Roi d'Espagne, les Maures prirent la fuite et la ville fut sauvée.

Eu France, bien que l'accord eût été conclu, on ne cessait pas moins de ruiner les églises, à Orléans surtout, et les Anglais occupaient le Havre de Grâce. Le Roi résolut d'aller reprendre cette ville avec mille fantassins de France , quatre mille Allemands , six mille Suisses et la cavalerie du Royaume. Le Cardinal de Ferrare, Légat en France, partit pour Rome. L'Amiral voulut se rendi^e à Paris avec cinq cents chevaux pour se justifier de l'imputation à lui faite de la mort du duc de Guise , mais la Reine lui fit savoir qu'il n'eût pas à comparaître avec une si grande troupe.

Le désir de l'Empereur, des Rois de France et d'Espagne, était que le Concile pom^suivît ses sessions, et le Pape au contraire n'aspirait qu'à en voir le terme. Il fit négocier dans ce but auprès des Princes.

Le 10 avril, qui fut le samedi saint, dans Nouvelles l'après-dînée , le Cardinal Morone fit son entrée à Trente avec les honneurs pontificaux.

Les Légats, les Ambassadeurs, le Concile, le clergé de la ville allèrent au-devant de lui. Il fut conduit sous le dais à l'église cathédrale, où se firent les cérémonies d'usage, puis, dans une congrégation générale, Sa Seigneurie Révérendissime fit lire le bref de sa légation. Il fit ressortir les bonnes intentions du Pape, qui voulait que les dogmes pour extirper l'hérésie fussent établis, la réformation pour détruire les abus déclarée; puis il exhorta les Pères à se tenir en bonne union et à renoncer à toutes altercations.

Le Comte de Luna, Ambassadeur du Roi Cathohque, ayant fait son entrée solennelle à Trente, visita les autres Ambassadeurs et les pria chacun en particulier de s'employer de toutes leurs forces au bon succès du Concile, car dans le cas où la fin n'apporterait aucun fruit, il estimait que la convocation qui en avait été faite serait pour la Chrétienté plutôt une ruine qu'un bien. Cet Ambassadeur tarda à se rendre aux congrégations , par suite des difficultés où l'on était d'accommoder le différend de la préséance entre les Ambassadeurs de France et Sa Seigneurie.

Le Cardinal Morone partit pour se rendre à la cour de l'Empereur.

Le Cardinal de Lorraine, revenu de Venise, le 20 avril, fit des plaintes sur les soupçons que le Pape avait conçus de lui, et il envoya à Rome Monsignor Filippo Musoto, Polonais, son secrétaire, pour qu'il le justifiât.

Le 21 fiit prorogée la session qui devait être ouverte ce jour, et on convint de la déclarer le 20 mai. En attendant, on laissa partir du Concile les Pères qui étaient pour le de jure divino.

Le 27 , les Légats remirent aux Pères seize articles sur les abus touchant le sacrement de \ Ordre.

Le Cardinal Navagero , Légat , entra à Trente secrètement, à une heure de nuit, pour éviter les solennités et les cérémonies.

A cette époque le Duc de Moscovie atta- Nouvelles

k-j-, 1 P , 1 de divers

^ Pologne avec une lorte armée , et le endroits.

Roi de cette contrée conclut avec le Moscovite

une trêve de six mois.

L'Electeur palatin de l'Empire , après avoir

chassé les prédicateurs luthériens et appelé

les calvinistes, mourut, et son fils, luthérien,

lui succéda.

\Z2 JOURNAL DU CO^XILE DE IHK.NTE.

Le Cardinal Moronc, arrivr auprès de l'Empereur, négocia fort secrètement avec Sa Majesté Impériale, qui écrivit à Rome que comme elle ne se proposait pas de donner congé au Cardinal avant d'avoir reçu une réponse de Sa Sainteté, le Pape en attendant voulût bien conseiller à ses théologiens quatre articles : premièrement, supprimer les mots jiroponentibus Lecjatis; secondement, que le Concile fût libre de parler et délibérer sans attendre les décrets de Rome; troisièmement, quelles mesures étaient à prendre si les Prélats italiens persistaient à demeurer supérieurs en nombre; quatrièmement, sur l'autorité du Pape et du Concile.

Nouvelles Le 10 mai, le Cardinal de Lorraine présenta les lettres de créance de la Reine d'Ecosse en congrégation générale, et avec une élocution charmante il excusa cette Souveraine de ne pouvoir envoyer ni Prélats ni Ambassadeurs au Concile, mais il assura qu'elle ne serait jamais pour se dévier de la vraie religion. Il lui fut répondu selon les formes d'usage. Le Pape donna avis à ses Légats par un bref que sans écrire à Rome ou sans en attendre de réponse, ils dussent faire les propositions,

autant que les Ambassadeurs leur adresseraient des Mémoires à cet effet, et qu'ils fissent en sorte d'admettre en congrégation les Envoyés d'Espagne.

On commença à discuter sur les abus du sacrement de VOrdre, et le Cardinal de Lorraine blâma les Concordats de France et les dénominations. Il fit la proposition de faire d'importantes réformes à l'endroit des Cardinaux, et demanda qu'on ne leur accordât plus de dispenses.

Le 17 mai, le Cardinal Morone revint de la Cour de l'Empereur. On prolongea le terme indiqué pour convenir du jour où serait intimée la session, les matières n'étant pas encore suffisamment préparées, et le Cardinal étant d'avis qu'il n'était pas bon de faire des décrets avec beaucoup de votes contraires.

Le Comte de Luna vint en congrégation, et on lui donna place en dehors du rang des Ambassadeurs, c'est-à-dire au milieu même de la congrégation , du côté opposé aux Légats, et où il était seul. Il fit faire une protestation sur le fait de la préséance donnée à la Couronne de France, et les Ambassadeurs du Roi lui répondirent.

Le Cardinal de Lorraine, le 22 mai, alla s'aboucher avec le Cardinal de Ferrare, qui revenait de France,

Le Comte de Luna voulut avoir ranj; à la chapelle et à la session; les Français s'y opposèrent et les Légats durent en donner avis au Pape. Outre cet embarras de la préséance, Sa Sainteté en eut encore un autre : le Uoi des Romains, en efïct, ne voulait pas que son Ambassadeur prononçât à Sa Sainteté le mot d^ obédience, et comme on lui dit que l'Ambassadeur de l'Empereur son père l'avait prononcé, il répondit qu'il avait fait une faute, et qu'il ne voulait pas qu'il fût en cela porté préjudice à lui-même ou à ses successeurs.

Sa Sainteté avait promis à ses Léjjats de procéder contre la lîeinc d Anjjleterre ; mais à la nouvelle que cet ordre déplaisait fort à l'Empereur, il le révoqua. Elle invita le Cardinal de Lorraine à se rendre à Rome.

Depuis que le Cardinal Morone avait négocié en personne avec l'Empereur, Sa Majesté semblait notre plus aussi aidente pour les affaires du Concile; aussi ses Ambassadeurs retirèrent leurs demandes de la r('loimation du Pape et des Cardinaux.

En Bavière, grande était l'agitation, les Nouvelles

11 , 1 de Bavière.

peuples de ce pays ayant reconnu qu ou n'avait pris en aucune considération les demandes qu'ils avaient adressées. Aussi le Duc leur promit-il de leur accorder la communion siib utracjue specie, dans le cas où soit le Pape, soit le Concile, ne la leur aurait pas accordée le 15 juin. A cette nouvelle, les Légats envoyèrent au Duc de Bavière Monsignor Ormaneto, Véronais, pour lui persuader de n'en point venir à cette extrémité, car le Concile ne manquerait pas de le satisfaire. Le Duc consentit à patienter.

L'Ambassadeur des Cantons suisses pré senta un mémoire dans lequel il dénonçait fort librement les abus de la Cour de Rome, et ce mémoire était si violent que les Légats prièrent -cet Ambassadeur de trouver bon qu'il ne fût pas lu en congrégation.

Le Cardinal de Lorraine revenu à Trente du lieu de son entrevue avec le Cardinal de Ferrare, l'avait prié d'obtenir qu'au nom du Pape et des Légats on fît en sorte de rejeter le décret de la résidence.

En Savoie, le Duc avait fait un édit par lequel quiconque se refuserait à vivre catho-

13r) JOURNAL DU CONCILE DE TRENTE.

liqiiement devrait quitter l'F.tat, mais comme un trop {jrand nombre de ses sujets se seraient expatriés, Son Altesse suspendit 1 édit. Noineiies II se traitait de donner rang en chapelle à l'Ambassadeur d'Espagne. Les Ambassadeurs de France firent aussitôt connaître que si on lui accordait un rang égal au leur, ils protesteraient à la face du Concile et en appelleraient de la sentence.

Le président Birague fut reçu en congrégation. Le Roi de France l'avait envoyé vers 1 Empereur, et il avait ordre en passant par Trente de remplir une mission auprès du Concile et de lui rendre compte, au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne, de l'accord quElle avait conclu avec les Huguenots. Il assura que le Roi resterait catholique, et supplia le Concile de faire une œuvre qui fût bonne. Le Synode prit quelque temps pour répondre , mais comme il paraissait qu'il voulait tarder, Birague prit congé , et la réponse fut prononcée en son absence et donnée aux Ambassadeurs de France pour qu'ils la fissent parvenir à leur Souverain.

L'Ambassadeur de la leligion de Jéinisalem se présenta au Concile, et il fut question de le

recevoir en congrégation ; mais les procurateurs de Salzbourg et des autres Evêques allemands s'y opposèrent pour cause de préséance, les Patriarches de même, alléguant tous qu'il ne leur paraissait pas convenable que l'agent d'un général d'ordre dût avoir le pas sur eux; aussi différa-t-on, pour avoir le temps de bien examiner les raisons des uns et des autres.

On s'occupa, avec le concours de l'Evêque de Modène , prélat d'une grande doctrine et d'une grande bienveillance, d'arranger les difficultés du dogme de VOirlre.

Les Français admettaient que le Pape se dît chef de l'Église universelle et qu'il eût sur elle toute l'autorité qu'avait saint Pierre ; mais le différend consistait dans les paroles dont ils voulaient qu'on usât : Evêque de l'Eglise catholique, et les canonistes opinaient pour Evècjue dé l' Eglise universelle. Pour ce qui était des Evêques, les Français admettaient que l'on dît Evêques créés par iautorité du Saint-Siège, et les canonistes étaient d'avis qu'il fallait dire Evêques créés par le Pontife romain. Il advint que sur cette question quelques paroles outrageantes s'é-

chan^nfèrent entre le Cardinal de Lorraine et l'Archevêque d'Otrante, Napolitain. Les Français voulaient encore que si on ne pouvait s'entendre sur Tautorité du Pape, on passât du moins à la discussion de la lirfonnalioii, et ils se plaignirent de n'être pas convoqués dans les congré^jations particulières.

T.e 15 juin, la session fut déclarée pour le 15 juillet, et les Légats sétant entendus avec les Cardinaux de Lorraine et Madruccio, firent un décret dont on fut satisfait. Cependant, sur l'opposition de quelques canonistes, la teneur en fut envoyée à Rome pour que le Pape en dît son avis.

L'Empereur étant à la veille de quitter Inspruck pour se rendre à Vienne, le Comte de Luna se rendit auprès de Sa Majesté, et le Cardinal Morone lui écrivit, d'après les ordres du Pape, pour qu'il persuadât le Roi des Romains de prêter le serment dans la forme que désirait Sa Sainteté.

Sur l'instance que fit le Comte de Luna pour la suppression des mots proponentibus Lc- (jatif!, les Tyégats prièrent cet Ambassadeur

d'écrire au Roi Catholique pour qu'il trouvât bon qu'on différât cette suppression jusqu'à la dernière session, et ils promirent par écrit que dès l'instant où Sa Majesté ne s'en contenterait pas, ces mots seraient aussitôt supprimés.

Le Pape dépêcha l'ordre à ses Légats de Affaire donner rang en chapelle à l'Ambassadeur enire d'Espagne, le jour de Saint-Pierre. Le Comte et la France. de Luna s'y rendit donc et prit un siège à part, mais au moment de donner l'encens, revint la difficulté de la préséance avec les Ambassadeurs français.

Il en résulta le plus grand trouble. On ne trouvait moyen de satisfaire ni les uns ni les autres, car les Ambassadeurs français ne voulaient absolument pas que l'Ambassadeur du Roi Catholique allât de pair avec eux, et les difficultés furent si grandes que les Légats quittèrent la chapelle et se retirèrent dans la sacristie pour se consulter. Il fut résolu qu'on ne donnerait ni l'encens ni la paix à aucun, et pas même à Leurs Seigneuries Illustrissimes, afin d'ôter aux Ambassadeurs tout prétexte pour les demander, La messe étant finie,

le Comte do Liina se retira aussitôt de la chapelle, et les Ambassadeurs de France allèrent à leur place avec les Lé{;ats.

L'Empereur écrivit au Roi Catholique pour qu'il trouvât bon que les mots proponentibus Lecjatis ne fussent supprimés qu'à la fin du Concile, et donna l'ordre à ses Ambassadeurs d'en[jager les Lé{}ats à retarder la discussion touchant l'autorité du Pape.

Le Cardinal de Lorraine ayant su qu'à la première occasion le Comte de Luna exigerait l'encens et la paix sur le pied d'égalité avec les Ambassadeurs de France, selon que le Pape en avait décidé, protesta devant les Légats que s'ils le voulaient faire, il monterait en chaire, prouverait l'importance qu'avait C(îtte affaire, quel mal elle ferait à la Chrétienté, et que, un crucifix à la main, criant miséricorde , il persuaderait aux Pères et au peuple de quitter l'église pour ne pas être témoins d'un schisme pareil de la Chrétienté, et que s'écriant : Que celui qui veut sauver la i\cpubli(fue chrétienne me suive, il quitterait la place avec l'espoir que tous le suivraient. Les Légats s'en émurent vivement et décidèrent de ne pas aller à l'c'glise en cérémonie

les dimanches, ainsi que c'était leur usage, et ils en firent part au Pape. Sa Sainteté leur répondit pour les approuver de n'avoir pas exécuté ses ordres sur cet article. Le Cardinal de Lorraine se trouva ensuite avec le Comte de Luna, et fit si bien qu'il obtint de celui-ci de laisser aller les choses comme elles étaient allées jusqu'alors.

M. de Lansac, Ambassadeur de France, Nouvelles

m T-i ^^ Trente.

quitta 1 rente pour retourner en i^rance.

Les Ambassadeurs vénitiens demandèrent au Légat de vouloir bien faire juger dans le Concile la cause du Patriarche d'Aquilée, Grimani, dont les écrits avaient été imputés d'hérésie. On en écrivit au Pape. Sa Sainteté trouva bon que cette cause fût jugée. Les juges furent désignés tant parmi les Ambassadeurs ecclésiastiques que parmi les premiers prélats de toutes les nations, et après de longues délibérations, le Patriarche d'Aquilée fut déclaré absous à l'unanimité.

Le 17 juillet, dans une congrégation particulière , on convint des canons du sacrement de VOrdre, et on les publia ensuite en congrégation générale.

Lé 19, les Espagnols soulevèrent encore

1V2 JOURNAL DP CONCILE DE TRE3NTE.

des difficultés pour vouloir absolument que les Évêques fussent déclarés institués par le Christ. Les Italiens tinrent bon et prièrent le Cardinal de Lorraine do les soutenir.

Le Pape manifesta dans une lettre toute sa satisfaction au Cardinal, et Sa Seigneurie Révérendissime se décida alors à son voyage de Rome. On disait que Sa Sainteté le ferait Tiégat en France.

Nouvelles Madame de Parme, gouvernante des Flanendroits, cb'es, adressa des lettres au Concile pour lui annoncer l'arrivée procliaine de trois Evêques et de trois théologiens.

A cette époque, le Roi Catholique ayant demandé au Roi des Romains (|u'il voulût bien envoyer en Espagne deux de ses fils pour qu'ils se fissent aux usages du pays et se montrassent à ses peuples, par ce motif que le Prince héritier étant fils unique et d'une mauvaise santé, il pourrait arriver que l'un d'eux fut appelé à succéder, l'Empereur et le Roi des Romains y consentirent.

La p^uerre était vivo entre le Roi de Danemark et le Roi de Suède. Le premier fut vaincu. Le Duc de Saxe son beau-frère et le Land.'a-ave de Hesse, beau-frère du Roi de

Suède , s'interposèrent pour la paix à faire entre eux.

Les troubles de religion continuaient en Flandre, et le Roi Catholique donna commission à son Ambassadeur à Trente de faire en sorte que le Concile traînât en longueur.

En France, M. de Crusol, huguenot, tentait de s'emparer des terres appartenant à l'Église dans le comtat d'Avignon. Le Roi Très-Chrétien et la Reine s'étant présentés seuls au Parlement de Paris, lui demandèrent des secours en argent. Ils en obtinrent deux cent mille ducats. Le Parlement ordonna en même temps la vente pour cent mille ducats de biens ecclésiastiques, et lorsque l'avocat du clergé voulut prendre la parole pour en défendre la cause, personne ne lui en laissa la possibilité. La maison de Guise pressait pour que l'affaire de la mort du Duc fût pleinement instruite , mais la Reine mère faisait temporiser, et elle fit si bien que le Connétable revint à la cour. Il l'avait quittée fort irrité pour n'avoir pu avoir la charge de grand maître, donnée au fils du duc de Guise. Le Havre de Grâce fut recouvré, après une convention faite avec les Anglais moyennant laquelle ils

partiraient avec leurs bagajjes. L'accord fut si[jué le 20 juillet, et le 30, arriva en vue de la ville l'amiral d'Angleterre avec trente navires pour la secourir. Mais ayant reconnu que ces secours étaient trop tardifs, il se retira avec la flotte.

Le Roi Très-Chrétien entra solennellement à Rouen le 13 août. Le Cardinal de Châtillon s'y trouvait, et bien qu il eut été privé du chapeau par le Pape , il portait encore les insinues de sa di[jnité. Le 22, le Roi se rendit au Parlement de Rouen, et déclara sa volonté d'être reconnu majeur et hors tutelle. La Reine mère, les Princes du sang et tous les seigneurs s'inclinèrent aussitôt devant Sa Majesté et la reconnurent pour leur Roi. Ce fut alors que Sa Majesté résolut de visiter tout son Royaume. On venait de commencer à vendre les biens ecclésiastiques. Mais il en résulta de si grands inconvénients , chacun prenait avec tant de liberté ce qui lui plaisait le plus , que ces mesures furent suspendues et qu'on envoya à Rome pour obtenir de Sa Sainteté la confiimation de cette aliénation.

Le 15 juillet, se tint la vingt-troisième vingtsession. On lut les brefs de la Légation des session, Cardinaux Morone et Navagerio , les mandats ''•'"' de Pologne et Savoie, la lettre de la Reine d'Ecosse et le mandat du Roi Catholique. On établit une doctrine du sacrement de V Ordre : Que le prêtre doit être visible ainsi que l'est le sacrifice, l'un et l'autre étant institués par notre Sauveur ; que le sacerdoce a des degrés majeurs et mineurs; que l'Ordre sacré est un des sept sacrements ; que le caractère qui se donne à l'Ordre est ineffaçable ; que dans les ordres, les Evêques sont placés par l'Esprit-Saint pour administrer l'Eglise de Dieu, supérieurs au prêtre pour administrer la confirmation, ordonner les ministres du culte, et accomplir diverses autres cérémonies que les inférieurs n'ont pas autorité de faire; que pour les ordinations des Evêques et autres , le consentement des peuples ou de tout autre pouvoir séculier n'est point si nécessaire que sans lui l'ordination serait non avenue, mais qu'au contraire, ceux que le peuple ou tout autre pouvoir séculier aurait seul élus, et qui auraient la témérité d'exercer, ne seraient pas les ministres de l'Eglise,

mais des lanons qui y seraient entrés autrement que par les portes. Sur ce sacrement on fit huit canons.

Sera déclaré anathème contre ceux (jui prétendraient que dans le Nouveau Testament il n'y a point de sacerdoce visible, capable de consacrer le vrai corps et le sang du Christ, et de remettre les péchés ; que le sacrement de l'Ordre n'a pas été institué par le Christ; que ce sacrement n'apporte pas avec lui le Saint-Esprit et n'a pas un caractère tellement inaliénable qu'un prêtre ne pourrait ensuite redevenir laïque; que l'onction sacrée et les autres cérémonies sont inutiles; que" les Évéques qui sont choisis par l'autorité du Pontife romain ne sont pas légitimes et véritables Evéques, mais une invention humaine.

On publia ensuite le décret de réformatiou sur la résidence : qu'étant imposé par commandement divin à tous ceux qui ont charge d'âmes de bien connaître leur troupeau, le prêcher et le conseiller, et ces devoirs ne pouvant être accomplis par ceux qui ne le surveillent pas eux-mêmes; qu'ainsi le saint Synode déclare tous les Patriarches, les Primats, les Métropolitains, en un mot tous ceux qui

sont préposés aux Eglises cathédrales, et les Cardinaux eux-mêmes, obligés à faire résidence personnelle, et cela sous peiue de péché mortel, de perdre leurs avantages, etc., sauf en quelques cas réservés qui sont spécifiés dans le décret.

On passa ensuite aux articles de réformation :

Les préposés aux Eglises cathédrales, les Cardinaux et autres supérieurs, doivent être consacrés dans les trois mois de leur nomination ; les Evêques doivent conférer eux-mêmes les ordres sacrés; les premiers ordres ne pourront être donnés qu'à ceux qui connaîtront bien les matières de la foi; ceux qui seront investis des premiers ordres ne pourront jouir d'aucun bénéfice avant l'âge de quatorze ans; l'Evêque examinera solennellement ceux qui devront être consacrés ; les ordinations se feront dans les églises principales , en présence du clergé ; nul ne pourra être fait sous-diacre avant l'âge de vingt-deux ans, diacre avant vingt-trois ans, et prêtre avant vingt-cinq ans; les prêtres doivent être aptes à enseigner aux peuples les choses nécessaires à lem- salut; ils doivent être d'une honnêteté de mœurs exem-

plaire. Dans tons les diocèses, des séminaires devront être établis pour les jeunes [jens

qui voudraient se destiner à l'Éjjlise, etc

Et la session prochaine lut fixée au IG septembre, avec résolution d'y traiter du sacremout du Mariajje, des revenus des Evêchés et des bénéfices ecclésiastif|ucs. Le Cardinal Moronc proposa aux autres Légats de consulter entre eux pour savoir s'il ne conviendrait pas d'envoyer des Légats dans les provinces où d'auties reformations seraient nécessaires, car il n'était pas possible de prévoir et dési- {jncr toutes les particularitc'S dans le Concile.

Nouvelles Lc Couîtc dc Luua fit demander aux Lénats

(le Trente. ,,. .

d inviter de nouveau les Protestants au Concile, d'où on put comprendre que le Roi Catiiolique ne voulait pas encore la fin du Concile, d'autant plus que les Prélats espagnols demandèrent qu'on traitât les articles des Indulgences, des Images, du Purgatoire, et que les théologiens inférieurs discutassent les matières en congrégations publiques.

Le Duc de Florence désigna poui'^son Ambassadeur l'Evêque dc Cortone, et ainsi fut tranchée la difficulté de préséance qu'il avait

JOURNAL DU CO>iCILE DE TREPs'TE. 149

avec l'Ambassadeiu- des Cantons, cai-rEvêque do Cortone pourrait siéger avec les Envoyés ecclésiastiques.

L'Evéque de Viterbe, après de longues négociations avec le Cardinal de Lorraine, alla à Rome, et le Cardinal essaya de se justifier de n'avoir point ambitionné la Légation de France, disant qu'il ne l'accepterait d'ailleurs pas, à moins d'en être prié parla Reine et à condition que l'Empereur et le Roi Catliolique ne s'y opposeraient pas. Il approuvait cependant l'idée d'envoyer des Légats auxquels on confierait le soin de la réformation particulière des Provinces, après que le Concile aurait procédé à la réformation générale.

Le Pape donna l'ordre aux Légats de traiter au Concile de la réformation des Cardinaux.

Le 24 juillet, on commença la discussion des canons touchant le sacrement du Mariage^ et on recnt le nouvel Ambassadeur de Florence. Le Comte de Luna insista auprès des Légats pour qu'on procédât avec beaucoup de précaution, et cju'on ne précipitât point les choses, ainsi qu'on venait de le faire dans la session précédente.

lôO JOURNAL Dr CON'CILE DE TRENTE.

Dans la discussion du décret contre les mariages clandestins, il y eut cent cinquante votes favorables et cinquante-six contraires.

Le Comte de Luna demanda aux Légats d'élire tant d'Kvêqucs par nation pour convenir des articles sur la Réformation péni-rale, mais Leurs Seigneuries Révérendissimes lui persuadèrent de retirer cette proposition.

Le Pape envoya aux Légats des lettres du Roi Catlioli(jne, dans lesquelles Sa Majesté exprimait le désir que dans les questions de Vautorité du Pontife et de V uistilulion des évèques on procédât avec beaucoup de calme et de prudence. Les Ambassadeurs de l'Empereur demandèrent la réformation générale par chapitres et articles, une réformation des Cardinaux , la création de Cardinaux de toute nation. Les Ambassadeurs de France ne voulaient pas qu'on traitât de la Réformation des Princes. fi'Empereur écrivit au Cardinal Morone de ne précipiter aucune matière et de faire en sorte que tout passât par le Concile.

Les Ambassadeurs de Venise négocièrent poiu' que le septième canon fût arrangé de manière qu'il ne portât point préjudice aux

Grecs touchant leurs usages à l'endroit de la femme adultère.

Le Pape sollicitait les Lé^^ats pour qu'ils le délivrassent des soucis du Concile. Leurs Seigneuries se consultèrent et furent d'avis qu'il serait cependant urgent qu'on achevâtle dogme du Mariage, et qu'une fois publiée la réformation générale , on suspendit le Concile préférablement à le déclarer fini. Ce serait ainsi laisser une porte ouverte aux Protestants, et on éviterait de les irriter. Les Ambassadeurs de Venise avaient mission de négocier pour la clôture du Concile.

Le 25 août fut terminée la discussion sur les canons et les abus du Mariage.^ et diverses congrégations furent faites pour traiter de la Réforwation générale.

Sur ces entrefaites, la Pieine de France écrivit au Cardinal de Lorraine pour lui donner l'avis de se rendre à Rome, mais de ne pas accepter la Légation du Pioyaume. Elle lui recommandait de demander à Sa Sainteté la communion siib utraque specie et la possibilité d'obtenir quelques secours en argent du clergé.

L'Empereur fit savoir au Cardinal de Lor-

raine qu'il ne voulait pas s'opposer à l'envoi de Léf;ats dans les provinces, mais que son désir était qup les ailicles des InduUjenccs fussent discutés dans le Concile.

Les Ambassadeurs de Venise firent réformer l'article concernant la cérémonie qui consiste à présenter l'Evangile au baiser des Princes, ainsi que l'article an jus pnlronnlns, pour lever le pr<''judice que leur [fouvernement en aurait éprouvé.

Les Ambassadeurs de l'Empereur s'opposèrent aux articles du jus patronntus , des décimes et des secours du cler(jé.

Le secrétaire du Nonce Delfino, qui était auprès de l'Empereur, vint à Rome pour y porter la nouvelle de la résolution qu'avait prise le Roi des Romains de ne pas vouloir prêter le serment dans la foime que le Pape avait désirée.

liC 17 septembre , fut reçu en con[jrégation l'Ambassadeur de la relijjion de Jérusalem, et il fut dit que si on lui accordait un ranjj avec les autres Ambassadeurs, ce serait sans aucun prt^udice pour les Prélats qui prétendaient à la préséance.

Le Cardinal de Graiivclle écrivit de Flan-

dre aux Légats qu'on faisait dans cette contrée les plus grands efforts contre les progrès de riiérésie, mais qu'à la vérité le principal remède était attendu de l'œuvre du Concile pour une bonne et certaine réformation.

Après avoir discuté sur le dogme du 3Ia- Affaire de la

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