INTRODUCTION. XXXV
Suivant l'exemple que lui avait donné son frère Charles, qui avait été l'historiographe fidèle des ambassades du comte d'Avaux. dans le Nord, François Ogier avait, pendant son voyage d'Allemagne, noté ses observations et les faits qui l'intéressaient ou le touchaient personnellement. Il a lui-même mentionné ce journal dans sa lettre sur la croix de Tabbaye de Grandmont, adressée à son ancien compagnon de Munster, l'abbé de Chavaroche (1) :
(f ...Vous vous souvenez bien comme j'abusais de votre facilité durant le cours de nos voyages. En effet, n'était-ca pas bien abuser de votre bonté que de vous donner à garder mes vers, à mesure que je les composais, et n'aviez-vous pas bien de la condescendance pour mes rêveries, de quitter vos méditations pour secourir l'infidélité de ma
(1) Inscription antique^ etc., p. 33.
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mémoire. Je vous dois en vérité tout ce qui en est resté dans mon Éphéméride et ce qui servait quelquefois d'agréable divertissement à notre cher M. d' A vaux. »
Peut-être Faumônier du comle d'Avaux avaitil eu, en commençant son journal, l'idée de le publier plus tard, mais les incidents dont il avait été le témoin à Munster avaient dû rapidement modifier ses intentions. Confident de d'Avaux, mêlé à sa querelle avec son collègue Servien, Ogier ne pouvait faire imprimer ses notes. C'est sans doute pour l'en dédommager que Claude Joly lui dédia son Voyage de Munster et inséra à la suite de ce petit ouvrage des lettres que François Ogier lui avait écrites pendant son séjour en Westphalie.
Quoi qu'il en soit, c'est bien VÈphéméride d'Ogier que nous avons retrouvé à la Bibliothèque nationale. Il suffira de le parcourir pour s'en convaincre. Mais le manuscrit 1700 des Nouvelles acquisitions françaises est-il original? Nous le croyons. L'écriture est celle de notre aumônier. Ce n'est pas une copie qu'il a faite lui-même, car le manuscrit porte encore les traces de l'accident qui lui est arrivé dans les marais de la Westphalie, et
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d'ailleurs, si ûgier avait recopié son journal, il aurait sans doute omis le compte de son domestique, qui est sur la dernière page, et la liste de ses correspondants, ou ne l'aurait pas reproduite dans l'ordre confus oii elle se trouve. Enfin, alors que le journal s'arrête au 31 décembre 1647, cette liste se continue jusqu'à la fin du séjour d'Ogier à Munster, jusqu'au 6 avril 1648.
Mais si le journal est original, pourquoi certaines lacunes, pourquoi certaines dates sont-elles ■ûmises? Nous croyons que, à cause de la difllculté gu'il avait à écrire, François Ogier ne tint son m£phéménde que par intervalles ; « Quoiqu'on lln'ait donné, disait-il, des maîtres d'écriture dès |mon âge plus tendre comme aux autres enfants, à Ipeine a-t-on pu jamais façonner ma main pour f former des caractères aucunement lisibles. .Mais t'incommodilé qui résulte de ma mauvaise écriture regarJerait plutôt les autres à qui j'écris que moi-même, puisqu'il n'y a point de si malheureux écrivain qui ne se lise et (|ui ne déchiffre facilement les traits de sa plume. Voici le comble de ma disgrâce : c'est que non seulement j'écris très mal, mais j'écris avec une peine et une lenteur
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incroyable. Voire même il se trouve des temps et des heures oii je ne peux écrire en aucune sorte. Cela provient d'un tremblement de mains et d'une faiblesse de nerfs que j'ai éprouvée dès ma jeunesse. »
N'écrivant donc souvent que quelque temps après les événements, Ogier a pu oublier leur date. Il avait d'ailleurs, comme nous l'avons vu, une mauvaise mémoire. Nous trouverons dans son journal d'autres conséquences de ce défaut. Il cite presque toujours inexactement les passages qu'il emprunte soit aux auteurs de l'antiquité, soit à l'Écriture. Il a. avoué du reste lui-même que, « quoiqu'il n'y ait rien qui se présente à l'esprit d'un théologien avec plus de facilité que les paroles de l'Écriture sainte... il ne lui est pourtant jamais guère arrivé d'en alléguer un passage un peu long, sans y mêler de son latin au lieu de celui de rori2:inal ».
On comprend que le manuscrit d'un homme dont (( on avait de la peine à croire qu'il fût du rang des gens de lettres, puisqu'il avait tant de peine et si peu d'aptitude à en former les caractères », ait été difficile à lire. Notre tâche a été bien