INTRODUCTION. XXXIX
facilitée par la gracieuse obligeance de MM. H. Moranvillé et C. Couderc, sous-bibliothécaires au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Nous ne saurions trop les remercier.
Sauf quelques coupures dans la relation du voyage en France, nous avons publié intégralement le texte d'Ogier, en ayant soin de rectiBer l'orthographe et la ponctuation, lorsque cela était nécessaire. Nous donnons en Appendice, avec plusieurs pièces curieuses qui complètent le journal, quelques renseignements que nous n'avons pu nous procurer que pendant l'impression du volume.
Paris, la 15 février 1893.
DU
[n nomine Patris et Filii^ et Spiritus sancti. Amen. Quod feliœ faustumque sit, mihi et meiSj ClaU" dioque Avauœio MemmiOj Mœcenati meo.
Nous partîmes de Paris le 9 octobre 1 643 , jour de saint Denis, évêque de Paris et patron de la France, dont je pris bon augure du succès de la légation, me souvenant que mon frère m'avoit dit qu'ils étoient partis à pareil jour, quand M. d'Avaux fut député pour la paix de Suède et de Pologne, qu'il fît si glorieuse (1). Je recom-
(1) Charles Ogier avait accompagné d'Avaux dans son voyage du Nord. U a laissé sur cette ambassade un très curieux livre qui lut publié après sa mort, par son frère le prieur, sous le titre :
mandai donc aux prières de ce grand saint notre voyage entrepris pour un si important dessein que celui de terminer la guerre des princes chrétiens. Autrefois le nom de saint Denis étoit le cri de bataille des rois de France; mais il me semble plus assuré que ce soit un cri et un augure de paix. Il n'est pas possible que ces saints qui sont en gloire se plaisent aux dissensions et aux discordes qui sont entre les hommes, et leur intercession nous est sans doute bien plus prête pour favoriser la paix que la guerre.
Notre premier gîte fut à Dammartin, où je me transportai après avoir passé à Roissy (1), où je pris congé de M. le président de Mesmes (2) et de Mme sa femme.
Le samedi 10, nous fûmes coucher à Nanteuil, comté de 30,000 livres de rente, appartenant à M. le maréchal de Schomberg.
Le dimanche 1 1 , nous fûmes coucher à la Ferté-
Caroli Ogerii EphemerideSj sive iter Danicumy Suecicum, Poloni-' cum, cum esset in comiiaiu iUust. Claudii Memmii comitis Avauxii, ad septentrionis reges extraordinarii legati. Paris, 1656, in-12. Voy., sur Charles Ogier, la Correspondance du comte d'Avaux avec son père, p. 37, 39, 51, etc.
(1) Bourg du département de Seine^et-Oise, où se trouvait le château de la famille de Mesmes.
(2) Henri de Mesmes, frère aine de d^Avaux. Il avait épousé en secondes noces Marie de la Vallée-Fossez , veuve du marquis de Lansae.
MiloD, petits ville où se remarquent les ruines d'un ancien château qui paroît de même structure et de même âge que celui de Vincennes,
Le lundi 1 2, à la Fère en Tardenois, diocèse de Soissoos, où M. l'Évêque (1) faisoit sa visite. Il ■vint visiter M. l'Ambassadeur et entre autres discours il lui dit qu'il espéroit une réforme effective des abus du clergé, quand il seroit cardinal, dignité qui lui étoit due et qui ne lui pouvoit manquer s'il vouloit se mettre dans l'ordre ecclésiastique (2). L'église est assez belle et bien servie, mais j'y lus une épitaphe qui me fit rire, où il est dit du fils d'un procureur fiscal, successeur de l'of- Cce de son père ; Sceptra paterna tulit, ce qui n'est pas du tout si ajusié que les sceptres des Pédants de Martial, irislas ferulœ pedagogoj-um, ou le royaume du paysan de Virgile : Post aliquol mea régna videns mirabor aristas.
^Le mardi 13, nous Tûmes coucher à Finies, où (1) Simon Le Gm, qui fui, L'véqiie àe Soissons de insi il 16S6. (2) Od croyait giïnèriileiDenl, i celta époque, que le comte d' A vaux ealrerait daaa les ordres. V. T^llema^t jjes Rëaiix, t. IV, p. 416. — Corresp. du comte d'Anaux, p. 119. — A. CiiÉRUEl., Noiice SUT Groutart de ta Court, p. ]S. — v Je vois bien que scb pensràs vont fi l'Ëglise pour âtre cardioal, mais c'est uo clicniiil qui u'est pas sur, daaa lequel beaucoup d'autres ont vieilli siioa y pouvoir parvenir. » — CaiRvéaiAT, D'Avaxac et Seruieii (Jieou» du Lyonnaii, IggS), cite plusieurs letlres ayant trait à rentrée e d'Avaiu dans l'état eccléBias tique.
quelques Messieurs de Reims vinrent au-devant de M. TAmbassadeur.
Le mercredi 1 4, nous arrivâmes à Reims , où nous avons séjourné jusqu'au mardi suivant. Tous les corps, tant de la Ville, du Chapitre, que du Présidial et de l'Élection, vinrent saluer M. l'Ambassadeur, avec harangues qui réussirent assez bien. Il répondit à MM. de la Ville qu'il étoit leur concitoyen du côté de sa mère (1), et que comme l'amour maternel étoit plus tendre et plus délicat aussi que son affection étoit plus sensible pour eux. A MM. du Chapitre il dit que, comme ils étoient dépositaires de l'onction sacrée des Rois de France, aussi qu'il prenoit bon augure de leurs vœux et de leurs prières qui préparoient les esprits à l'onction de la paix, dont l'huile et l'olive étoient le symbole.
Le dimanche, je prêchai aux filles de Sainte- Claire, à la profession de Mlle d'Herbigny^ nièce de Son Excellence (2), oii je fis comparaison du sacrifice d'Iphigénie à l'action de cette sainte fille,
(1) Antoinette, fille de M. de Grossaine, seigneur d*Irval,d'A vaux, de Breuil, de Besancourt et de Bellefontaine, lieutenant général au siège présidial de Reims.
(2) Antoinette d*Herbigny, le dernier enfant issu du mariage de Jeanne de Mesmes avec Lambert d*Herbigny, conseiller d'État. V. Corresp, du comte d'Avatuc.
les augures de la prospérité et du succès de noire uavigalion et de notre voyage.
Durant ce séjour nous eûmes loisir de voir toutes les singularités de la ville, qui consistent principalement en la beauté, richesse et reliquaires des églises où nous fûmes conduits par la courtoisie et l'iiumanité de M. Frémin (1), chanoine de Notre- Dame.
Enfin, après avoir salisfait pleinement à notre curiosité et Son Excellence ayant donné ordre aux atTaires qui la retenaient, nous partîmes le lardi 20, après avoir pris congé de M. et de d'Irval (2) et de Mme de FouquesoUes (3), el de notre bon hôte M. Le Large, qui nous avoit reçus sans cérémonie, mais non pas sans la l'ranchise d'un vieux Gaulois qui nous rendit les maîtres de
(1) DaD3 un nianuecrit de la BibliothÉquo de Reims. Becueil dei chanoinei, aoiis trouvous sur Frémin les reaseignements suivants : Jerûnae Frémin, cleriousRem.auUf. ordio. perproc, limai 1609, per obiluoi Nicalai Lescamounicr, legilur elcmosinanua Domiiii Gasloais Duels Aureiiani, 1630, lit deccmis eccles. Hem. 10 aug. lliSS. Olilit Remis nuper can. Rom. antiquior et Decanug ejusdemeccies.SaXelj. 1603, œt. 68; scpultus in sacillo S'' Nicasii.
(3) Jean-Aa Laine de Mes mes, sieurii'Irval, frère cadet de d' A vaux, coaseilier au l'arloment, avait épousé, le 2' avril 1628, Anue CourUu, lllle de Fraasois CourLiu, conseiller du Roi.
(3)Jeanne-Maria-AngélïquQ,filledeJeanaedeMesmesetde Fran- (Ois-Lambert d'Herbigny, avait épousé en 1635 Giiurles de Rune, marquis de Fouquesollea. {Voy., sur les désordres de sa conduite,
^Bdi PiTiN, Ltttrei, t. 111, p. B35, et Corretpo'odame du comla
au
le
sa maison depuis le grenier jusqu'à la cave, lieu remarquable pour le bon vin qu'il nous départoit libéralement et à tous ceux de notre troupe.
Le même jour nous fûmes coucher à Rethel, qui à mon avis n'a rien de remarquable que son mauvais pavé, si ce n'est peut-être une assez belle église devant laquelle nous passâmes pour nous acheminer à Charleville, le 21 mercredi, où nous arrivâmes par un très mauvais chemin et avec bien de la fatigue, principalement à cause de la lenteur de notre train, d'autant que nous n'osions abandonner notre équipage pour la crainte des paysans et des Bourguignons qui dressent souvent des partis en ces quartiers (1 ) ; mais notre crainte fut dissipée par la venue de M. de Saint-Étienne, gouverneur deChâteau-Regnault(2), qui vint audevant Son Excellence, quatre lieues au deçà de Charleville, et notre travail fut adouci par la belle entrée que nous fit M. d'Aîguebère (3), gouver-
(1) « Entre Launoy et Rethel, dit Claude Joly, Voyage de Munster, p. 13, nous nous aperçûmes bien de la misère du pays, causée par laguerre, et en un certain endroit nous vîmes une bande de paysans qui étoient conduits, à ce que l'on nous dit, par leur curé, ayant tous le mousquet sur Fépaule pour garder leurs bestiaux. »
(2) Saint-Étienne, un parent des de Mesmes (voy . Correspondance du comte d'AvauXy p. 7 et 17), était depuis 1630 gouverneur de Château-Regnault. (Voy. Avenel, Papiers de Richelieu, t. III, p. 572.)
(3) M. d'Aîguebère avait été, sous Richelieu, chargé de plusieurs missions.
neur de Charleville et du Mont-Olympe, qui est un fort brave gentilhomme, et qui a donné des preuves de son courage en la défense d'Aire contre les Espagnolset des témoignages de sa suffisance dans l'entretien que j'eus avec lui à la table de Son Excellence, où il s'expliqua en latin aussi facilement que pas un de la troupe.
On peut dire de cette place que c'est le commencement d'une ville, comme Livia disoit de son fils Claudiiis que c'étoit le commencement d'un homme, et c'est un dessein qui a eu le même succès que toutes les autres entreprises de M. de Nevers. En un mot, c'est une belle apparence et une belle montre, où la pauvreté el la misère est logée magnifiquement ; les habitants sont composésd'un concours de malheureux ou de coupables; bref, c'est l'égout des autres villes. Ce spectacle, qui n'est pas désagréable d'ailleurs, m'a semblé digne d'être proposé en vers ;
Ces palais enehanléa, ces noms ambitieux, Noms de fnble et d'histoire, Olympe et Charleville, Nous promettent merveille, et ne sont qu'un asile De voleurs, d'assassins et de séditieux.
Ces combles et ces tours qui menacent les eieuï. Font paraitro à nos jeux une pompe inutile.
a JOURNAL
La hutte d*un berger, qui n*est que de l'argile, Est cent fois plus commode et nous logeroit mieux.
Ici la gueuserie est à son apogée,
Ici la pauvreté superbement logée
N*en a pas moins de froid, de faim, ni de tourment.
Bref, ces beaux pavillons, ces magnifiques portes Ne sont que la prison et que le monument De crimes impunis et de fortunes mortes (1).
Sur le point que l'on travailloit avec plus d'ardeur à la construction de celte ville, M. de Nevers fut appelé à la principauté de Mantoue, de sorte qu'il en abandonna l'entreprise imparfaite : Matient opéra interrupta.
Il y a toutefois plusieurs maisons religieuses et leurs églises achevées : les Capucins, qui sont Nivernois et ne peuvent être d'autre nation par la fondation, et ne sont pas moins de dix-huit; les Carmélites, qui la plupart sont Liégeoises, dont l'église est fort enrichie de peintures et colonnes de marbre; les filles du Saint-Sépulchre, fondées par Mme de Chaligny, qui s'y rendit et y fut nommée religieuse; elle éloit veuve d'un prince de la maison de Lorraine ; les Jésuites, dont le collège quoique imparfait ne laisse pas d'être beau et capable
(1) Ce sonnet a été publié par François Colletet dans ses Mttses illustres, Paris, 1658, in-12, p. 105.
DU G0HGRË3 DE MUNSTRR. 9
de plusieurs écoliers, qui reçurent Son Excellence avec leurs civilUéà ordinaires, et des épigrammes dont il me rendit le dépositaire.
Auprès de la ville, à égale distance deMézières, est situé un couvent de Cordeliers fondé par un Philippe, bâtard de Jean, duc de Bourgogne, qui après le décès de sa femme s'y rendit moine, et en fut trente cinq ans gardien. Son portrait s'y voit encore dans un tableau de l'Adoration des mages, qui sert de contretable à l'auiel d'une chtipelle, qui est d'un excellent peintre de ce temps-là, et
l dont M. le cardinal de Richelieu a voulu donner
I deux mille écus, à ce qu'ils disent.
Mézières est si voisine de Charleville, que ces
Kdeux villes sont à la portée du canon l'une de
^l'autre. Mais elle est aussi mal bâtie et désagréable tjue l'autre est plaisante à voir. Néanmoins elle est plus riche et mieux habitée. Le vendredi 23, Son Excellence y fut reçue par M. de Bussy (1), gouverneur de la place, et menée dans la citadelle; en laquelle rencontre il me semble que l'épithète que Virgile donne au tonnerre, non imitabile fulmen, n'est pas véritable, car les échos
. des vallons redoublant plusieurs fois les coups
(1) Charles de Lacaeth, comte do B
de canon, représentoient parfaitement la foudre.
Revenons à Charleville.Le gouverneur de Charlemont, place appartenant à l'Espagnol, et située sur la Meuse comme celle-ci, a envoyé depuis trois jours un trompette, par lequel il dit qu'il a appris que certains Portugais et Catalans, se portant pour ambassadeurs, prétendoient de passer en la compagnie de M. d'Avaux, et qu'il ne peut leur donner passage sans offenser la dignité de la couronne d'Espagne; demande que Son Excellence lui envoie une liste des noms et des qualités de ceux qui doivent passer avec elle, à quoi Son Excellence a répondu qu'il n'y avoit aucune personne auprès d'elle qui prît qualité d'ambassadeur de Portugal; que s'il y avoit quelques étrangers en sa compagnie, c'étoient personnes privées, ou de ses amis, ou de ses domestiques; qu'il y en avoit de toutes nations; qu'on ne s'étoit point enquis auprès del'ambassadeur d'Espagne passant en France de quelle nation ou qualité étoientceux qui l'accompagnoient, que son passeport étoit conçu en ces termes : Pro legato, et amicis, familiarihus et famiilis.
Cependant Je lundi 26 arriva M. Servien (1),
(1) Abel Servien, marquis de Sablé et de Boisdauphin , comte de la Roche-Servien, né à Grenoble en 1593, mort au ch&teau de
DU C0MGRÈ8 DK MOWSTEB. M
collègue de M. d'Avaux en ambassade, qui fut reçu par M. d'Aiguebère presque en la même sorte que Son Excellence, et en fut visité tout sur l'heure même, comme un moment après il visita pareillement Son Excellence, qui le traita aussi magnifiquement et madame sa femme (1 ), le mercredi eosuivant; et comme ils éloient au milieu du diner, arriva le trompette espagnol retourné de Charleraont, qui leur apprit que tout étoit disposé à les recevoir, et que l'on étoit satisfait de leur réponse. MM. les Ambassadeurs résolurent donc de parlir le vendredi ensuivant, 30 du mois.
Meudon ea 1659. De toute aa. carrière ndniinlstrativc et diptomatiqne. très bien réaumèe par M. Eug. Assb (Biographie Didot), dous ns vouloDs rappeler Ici qu'une phase, la oi^gociation du [raité de Cbènisco (1631). où il rauatra dans te partage de l'autorité la même iinpalîeDCC qu'à Munster, il desservit sou collègue le mare- I efaal de Toiras, comnie nous le verrons desservir d'Avaux, avec ' pins d'ardeur encore, car il était soutenu à la Cour par son neveu Hugnes de Lionne. — Voy. Lelirei de MM. d'Acaux et Servien, Cologne, 16S0, et Charvériat, D'Acaia: et Servien.
(i) Augustine Leroux, ^tle de Louia Leroux, seigueur de la Rocbe des AubÎL'rs, et veuve de Jacques Hurault, comte d'Onzain Servien l'avait épousés le 7 janvier 1641. en Anjou, où il s'étoil reUré pendaut sa disgrâce. • 11 s'ùlait épris, raconte Tallemant DES RÉtDi (t. IV, p. 407), d'uuti fille d'Angers qu'on appelai Mlle Avril. L'abbé Servien eut peur qu'il ne l'épousât, et fit tau qu'il le maria avec la veuve d'un comte de Douzain de Vibraye. ' qui avait étù tuO à Arras. il eut de la peine à s'y résoudre, D'âtait pas trop épouseur. > Mme Servien mourut on février 1653. (Voy. LoHBT, La Mute historique, et Ad, Rdcuas, Biographie du Daupkiné.)
et pour cet effet s'embarquèrent dans six bateaux, trois pour M. d'Avaux, et trois autres pour M. Servien, et deux autres pour les Portugais et les Catalans, qui perdirent là leur qualité d'ambassadeurs «t de députés, et nous fut commandé de les nommer de leurs noms propres : le Portugais Louis de Castro, et le Catalan M. de Fontenella. Dans le bateau de M. d'Avaux étoient M. de Bussy, gouverneur de Mézières, M. d'Aiguebère, gouverneur de Charleville, et M. de Saint-Élienne, gouverneur de Château-Regnault, qui accompagnoient Son Excellence par honneur. Et quant à ceux de sa comitive, y étoient MM. le baron deSurvilliers (1), l'abbé de Goussencourt (2), Marcilly (3), con-.
(1) Le baron do Survilliers, descendant des anciens comtes de Meaux. « Ce vieux chevalier, dit François Ogier dans ÏÉloge de d'Avaux^ avait un esprit aussi commode, une conversation aussi agréable 'qu'on pouvait désirer; à dire vrai, c'était la partie enjouée et récréative de la famille, qui, par ses entretiens divertissants, a plusieurs fois tempéré le chagrin que nous avions conçu des illusions de la Cour, de la vaine poursuite d*une paix fugitive, et d'une si longue absence de notre chère patrie. »
(2) M. de Goussencourt était déjà avec d'Avaux à Venise. Voy. Correspondance du comte d'Avaux, p. 108, 109, 181 et 222.
(3) Antoine Fouquet de Marcilly-Croissy, reçu conseiller au Parlement en 1641. Il fut, de Munster, envoyé en Transylvanie. A son retour, il négocia en Bavière (1647). Il est l'auteur d'un pamphlet contre Mazarin paru en 1649 : le Courrier du temps, apportant ce qui se passe de plus secret en la cour des princes de l'Europe. Sur son rôle après la Fronde, voy. Valfrey, Hugues de Lionne.
ailler de la Cour; d'Herbigny (1), neveu de Son Excellence; La Briffe (2), deux ou trois autres (3) ©t moi, auxquels fut joint le lendemain M. de Saint-Maurice (4)* Il ne se peut rien voir de plus agréable que le cours de cette navigation, où nous élions convoyés presque toujours, ou par Taccla- Dîation des peuples circonvoisins, attroupés et ''épandus sur le rivage, ou de compagnies de Diousquetaires qui venoient des villes et des châteaux prochains, et nous faisoient des salves conï'ûUelles. Le premier lieu remarquable que nous ''^ûcontrAmes fut Châleau-Regnault, non tant pour '^ t^eauté du lieu que pour son importance; en ®"^t, ce n'est qu'une méchante bicoque, située ^^*^ un roc, et qui représente parfaitement ce que "^•^ Plutarque du pays d'Ulysse, que ce n'étoit
^^i Henri d'Herbigny, né en 1623, fils aîné de Jeanne de Mesmes ^^ François-Lambert d'Herbigny, conseiller d'Élat. v^) Jean de la Briffe vendit ses biens pour accompagner, en
*^^-litéde gentilhomme, nos plénipotentiaires à Munster. En 1645, ^J)0usa Anne de Masparault. Son contrat de mariage lui donne ^ titres de seigneur de Rochefort, conseiller du Roi, trésorier
^ ^^éralde France. Ses descendants portèrent le nom de marquis ^ derrières. Il mourut en 1663. (Cabinet des titres, vol. 135, dos-
^^-^ïs bleus, 3348 et 3349.)
p, ^3) Sans doute les secrétaires ordinaires du comte d'Avaux,
^^doyn, Allego, Préfontaines.
fi) Antoine de Chavaroche, abbé de Saint-Maurice, était le frère
^-^ l'intendant de Mme de Rambouillet. Il devint abbé de Grandmont
^ 8 octobre 1654 et mourut le 14 octobre 1677. (Voy . Gallia Chris- <irui, t. II, col. 659, et Voiture, Lettres,)
qu'un nid d'hirondelle attaché à un rocher; qui ne laisse pas de commander pourtant à la rivière de Meuse, et d'où Ton tira force coups de canon.
De là, nous passâmes devant une petite rivière qui sépare les États de France et le pays étranger; car la première bourgade qui parut immédiatement après est à l'archevêque de Trêves, d'où vinrent les principaux habitants, dans un petit bateau, saluer Son Excellence et lui firent don d'un chevreuil et d'un saumon d'une prodigieuse grosseur. Je prenois grand plaisir à la naïveté des harangues de ces bonnes gens, qui portoient, sur leur visage et dans leurs yeux, des sentiments de joye qui me font augurer un bon succès de leurs vœux et de leurs prières qui ne tendent qu'à la paix. Enfin nous arrivâmes à Fumay à deux heures de nuit, bourgade appartenant pareillement à Son Altesse de Trêves. Le peuple, répandu sur le rivage avec grande quantité de feux et de mousquetades, nous promettoi tune bonne réception, mais l'inhospilalité du curé qui nous refusa sa porte nous pensa faire coucher dehors, et la pauvreté des autres nous fit coucher assez mal ; c'est pourquoi je ne suis pas en humeur de faire plus long séjour en un si mauvais gîte.
Le samedi 31 , nous partîmes dès le matin pour
venir coucher à Diaan, terre des Liégeois; mais pour y parvenir il Taut passer devant Charlemont, grande et importante forteresse, bâtie par l'empereur Charles-Quint, sur le haut d'un rocher qui parait inaccessible. Une lieue avant que d'en appracher, vint au-devant de Son Escellence, dans un bateau pareil au nôtre, M. de Paris, auditeur de la chambre des comptes du roi d' Espagne, de la part de don Francisco de Mello, marquis de Ter de Laguna (1), qui lui offrit par un assez long discours en françois tout ce qui dépendoit du son maître, avec ordre de l'accompagner dans tous
f les lieux de son gouvernement dans un voyage si favorable, et qui étoit entrepris pour faire la paix entre les deux couronnes. M. d'Avaux te retint dans son bateau, et nous arrivâmes incontinent
I après à Givet, bourg appartenant aux Liégeois,
' mais commandé si souverainement par Ciiartemonl que l'on peut dire qu'il est de l'obéissance d'Espagne. Là, le marquis Deseaux, gouverneur de la place, le vint recevoir au sortir du bateau,
, et pareillement après dîner l'y vint reconduire.
(i) Don Francisco Melo de Braganza, comte quis de Tor de LagUQB, desccndail d'un HIb ni roi de Portugal. U était alors capitaioe géoi'ra. Pays-Bas et de Bourgogne. (Voy. duc d'Admalb, Hiit. de» Condé, < t. IV.)
C'est un geDtilhomme qui parle et qui est vêtu à la Françoise. L'après-dîner se passa fort agréable* ment à considérer les merveilleux rochers qui régnent tout le long du rivage, et nos trompettes faisoient retentir ces montagnes , qui par leur écho nous rendoient trois et quatre fois le même son, de sorte qu'il me sembloit d'être en quelque lieu enchanté où les démons et les fées eussent dessein de nous charmer pour nous faire oublier notre patrie. Mais à cette musique en succéda une autre; car toute la ville de Dinan, répandue sur les deux bords de la rivière en belle ordonnance et sous leurs enseignes, nous fit une si furieuse salve de mousquetade, que plusieurs cavaliers de notre compagnie avouèrent de n'en avoir jamais ouï de pareille dans les batailles; à quoi succéda un tonnerre de canons, tirés tant des murailles de la ville que du château, où Son Altesse de Liège, qui est l'Électeur de Cologne, tient un gouverneur qui vint recevoir Son Excellence sur le bord et la conduire à sa maison chez un ancien bourgmestre. Nous y passâmes la fête de la Toussaint, et le lendemain, après la messe pour les morts, nous partîmes pour Namur, le lundi 2 novembre.
C'est une belle ville et bien peuplée, tant de
noblesse que de bourgeoisie, oii MM. les Ambas- "sadeurs furent reçus par le lieutenant du comte d'bembourg (1), vieux soldat âgé de quatrevingts ans, presque perclus de tous ses membres. Il excusa l'absence dudit comte d'Isembourg, sous prétexte de quelques affaires; mais en effet il s'étoit absenté, ou pour ne pas rendre Thonneur à Leurs Excellences, d'autant que l'ambassadeur d'Espagne n'avoit pas été reçu assez honorablement à son gré dans les villes de France, ou bien plutôt pour n'oser paroître devant nous après la perte de la bataille de Rocroy, dont il étoit l'un des principaux chefs, encore que les blessures qu'il y a reçues ne lui puissent être que fort honorables, puisque la plus dangereuse de toutes est sur son visage. Nous logeâmes, M. de Saint-Maurice et moi, Aux quatre fils Aymon, chez M. Pierson, marchand, avec qui j'avois fait connoissance dès Reims, qui nous reçut avec beaucoup d'humanité et de franchise.
Le mardi 3 novembre, nous partîmes de Namur et vînmes coucher à Huy, ville appartenant à l'évêque de Liège. Là les députés des trois ordres
(1) Ernest, comte d*Isembourg, chevalier de la Toison d*or, gouverneur de Namur, mort en 1664. Sur sa conduite héroïque à Rocroy, voy. duc d*Aumale, t. IV, p. 113, 123.
de Liège, entre lesquels étoit le gouverneur même de Huy, vinrent trouver Leurs Excellences pour les supplier très humblement de venir loger en leur ville, qui étoit leur passage, et où on les attendoit avec de grands préparatifs. Mais ils les refusèrent jusqu'à tant qu'ils eussent accordé le retour de ceux qui avoient été bannis de la ville, pour avoir soutenu le parti de France en ces dernières guerres, et qu'ils eussent satisfait au Roi pour l'offense faite à Sa Majesté en la personne de l'abbé de Mouzon (1), agent pour ses affaires audit Liège. Ils accordoient bien de satisfaire pour ce dernier point, et pour cet effet offroient de demander pardon au Roi ou à ses ambassadeurs, voire même à genoux, et en pleine assemblée de tous les ambassadeurs qui se doivent trouver à Munster; mais quant au deuxième point, ils dirent n'y pouvoir satisfaire sans violer les lois fondamentales de leur patrie, par lesquelles ils avoient étéjugés et bannis, non comme partisans de la France, mais comme coupables de plusieurs crimes, voire même d'homicides et d'assassinats qualifiés ; offroient néanmoins révision de leur procès, et de les ouir juridiquement dans toutes les justifications quMls
(1) Sur Tabbé de Mouzon, résident de France à Liège, voy. quelques détails dans les Papiers de Richelieu,
pourroient proposer de nouveau. Mais ces offres furent refusées par MM. les Ambassadeursquivouloient avant toutes choses que les bannis fussent rétablis, autrement qu'il n'étoit point de la dignité de leur Maître d'entrer dans une ville, où ceux qui étoient alTectionnésà son parti éloient si mal traités; que leur affection étoit noloirement la cause de leur disgrâce; et sur ces termes, au lieu d'aller droit sur Liège, ils s'arrêtèrent deux lieues au deçà, et se logèrent en une abbaye nommée le Val-Saint- Lambert, ordre de Citeaux, avec dessein de passer à Maeslricht. Cette abbaye est belle et bien bâtie, et a quantité de grands appartements, de sorte que nous y pouvions tous {et nous n'étions pas moins de deux cents personnes) loger commodément s'ils eussent eu des lits à proportion de notre ■(nombre, du moins avoient-ils des vivres suffi- ■'«amnient, qui furent fournis par la libéralité de l'abbé, qui est moine et électif, et prend confirmation de celui de Clairvaux, comme sont ceux du Pays-Bas. L'église et le cloître sont fort beaux, et iênricliis de beaucoup de tableaux, qui, à mon avis, Ijontde la manière des plus excellents peintres fla- Imands de ce temps. Nous frtmes deux jours dans licette abbaye, durant lesquels les députés des Lié- )is allèrent et vinrent plusieurs fois, pour essayer
d'accommoder l'affaire des exilés et donner contentement au Roi et à MM. les Ambassadeurs. Mais le conseil de Liège n'ayant pu s'accommoder aux propositions qu'on leur faisoit, MM. les Ambassadeurs, malcontents de leur refus, délibérèrent de passer outre, sans s'arrêter à leur ville, et pour cet effet partirent de la dite abbaye.
Le vendredi 6 novembre, passâmes dans nos bateaux au travers de la ville de Liège, au milieu d'une multitude innombrable de peuple, qui nous regardoit passer des maisons qui bordent la rivière des deux côtés, et quoique MM. les Ambassadeurs leur eussent déclaré qu'ils ne vouloient recevoir d'eux aucune civilité, néanmoins ils ne laissèrent pas de faire paroître quelques troupes en armes, qui nous saluèrent à coups de canon et de mousquet, sans qu'il leur fût répondu par nos trompettes, auxquels on avoit imposé silence.
Au sortir de la ville, sur la main gauche, s'offre comme une espèce de faubourg, qui est une souveraineté appartenant au prince d'Orange, qui sert de retraite à plusieurs exilés, qui nous saluèrent à coups de mousquet et de boites, et témoignèrent leur réjouissance et l'espérance de retourner en leur patrie, sous la fiaveur du Roi, par des feux allumés, à quoi il fut répondu incontinent par nos
DU CONGRÈS DE MUNSTER. 3l
Irompeltes. Trois OU quatre des principaux d'entre eux vinrent aborder Son Excellence pour lui recommander leur rétablissement, ce qu'il leur promit au nom du Roi, et leur dit qu'ils ne seroient pas les seuls qui seroient privés du bénéfice de la paix.
Poursuivant notre navigation, nous arrivâmes à Maeslriclit, où MM. les Ambassadeurs furent reçus magnifiquement par M. le comte de Solms, beaufrère de M. le Prince d'Orange (1), qui les traita le soir même.
Le samedi 7 novembre, nous arrivâmes à Maasique, petite ville appartenant au prince de Liège, où les Pères Capucins nous reçurent, M. do Saint- Maurice et moi, nous donnèrent à manger et nous couchèrent fort courtoisement. Nous y célébrâmes la raesae, le lendemain dimanche, puis nous étant rembarques, vînmes à Ruremonde, ville assez belle et assez grande, mais peu forte, et qui sert presque de proie au premier occupant. Elle est maintenant sous la domination espagnole.
Le lundi 9, nous partîmes pour Venloo, qui est ia dernière ville de la domination d'Espagne de (Ce côté; aussi y a-t-il forte garnison, et la place
(t) H était Ti'ère d'Amélie de âolma-Brua^feld, qui arait épousa an 1625 Frédurii;-Henri de Nassau, prince d'Orange,
est bien forti&ée. Là, nous quitta M. de Paris, l'envoyé de D. F. de Mello pour nous conduire sur les terres de son gouvernement. C'est un fort galant homme, entendu aux affaires et employé en plusieurs négociations. Il désira de voir Toraison funèbre du Roi, et je lui en fis présent d'un exemplaire (1).
Le mardi 10, nous arrivâmes à Gennep, ville appartenant à l'Électeur de Brandebourg, mais le château qui est distant d'un demi-quart de lieue en deçà est tenu par les Hollandois, qui l'ont pris sur les Espagnols, qui s'en étoient saisis.
Le mercredi, nous en partîmes pour aller à Grave; sur quoi il faut noter que toutes nos journées n' étoient que de cinq à six heures. Cette place appartient en propre à M. le prince d'Orange, et M. de Rizoart (?), qui en est gouverneur, reçut en son nom Leurs Excellences et les traita après avoir
(1) Parmi les nombreuses oraisons funèbres qui furent prononcées à l'occasion de la mort de Louis XIU, celle d'Ogier n*cst pas une des plus mauvaises. « Oraison funèbre de Louis XHI, roi de France et de Navarre, prononcée en Téglise de Saint-Benoit, le premier jour de juillet 1643, par M. Ogicr, prêtre. » A Paris, chez la veuve Jean Camusat. 1643, in-8», 08 pages, avec une dédicace à la Reine régente. « La Reine mère, écrit Gui Patin, Lettres, t. III, p. 74 j, lui avait promis un évêché pour la harangue funèbre du feu roi Louis XIII, qu'il avait récitée dans Saint-Benoit avec l'applaudissement et l'admiration de tout Paris, et néanmoins elle ne lui a rien donné. »
fait passer devant eux plus de deux mille hommes
de pied ou de cheval, qui y sont en garnison ou
en quartier d'hiver. Là, nous changeâmes de
bateaux le jeudi; car les vaisseaux de Liège
n'étoient plus capables de voguer sur la Meuse,
qui commence à paroitre comme une petite mer.
Nous pensions aller à Bommel, mais la tempête
nous fit arrêter au fort de Yoorne, où mon
estomac renversé et ma pauvre tête agitée, à grand
peine put trouver un malheureux lit pour me
reposer.
Le vendredi 13, nous arrivâmes à Gorcum,
^is-à-vis de Vorcum, qui est sur l'autre rive. La
IMeuse n'est pas là encore corrompue par les eaux
de la mer, car je bus de son eau qui me sembla
fort bonne.
Le samedi 1 4, nous arrivâmes à Dort, ou Dordrecht, qui est la principale ville de Hollande quant à la dignité et l'ancienneté, et dont le député a la première voix de tous ceux des villes dans l'Assemblée des États. Nous demeurâmes là jusqu'au vendredi suivant, pour attendre et concerter Tordre de la réception qu'on devoit faire à IMM. les Ambassadeurs, sur laquelle se présenta c^uelque difficulté : les dits États s'étant dispensés depuis quelque temps de l'iincienne coutume de
venir recevoir nos ambassadeurs jusqu'à cette ville. M. de la Thuillerîe (1), ambassadeur ordinaire pour le Roi, y vint trouver nos plénipotentiaires, et M. Brasset (S), agent aussi pour Sa Majesté; M. de Saint-Romain (3), pareillement agent, ci-devant à Hambourg, gentilhomme du Lyonnois, de la discipline de M. d'Avaux (4), que j'embrassai pour ce plusieurs fois, et M. le baron de Rorté, agent aussi en Suède. M. TAmbassadeur éloitlogé chez des catholiques nommés MM. Oem, très honnête et ancienne famille de la ville (5), qui n'a jamais eu aucun protestant. Un d'eux, Antonius Oem, qui a vu la France, et est homme
(1) Gaspar Coignet de la Thuillerie, baron de Courson, d'abord conseiller au Parlement en 1618, puis maître des requêtes en 1624, avait été ambassadeur à Venise en place du comte d' A vaux. H fut ensuite employé en Hollande, en Allemagne, en Danemark, et devint intendant de la Rochelle.
(2) M. Brasset fut, pendant de longues années, chargé d'affaires en Hollande. Nous verrons plus loin qu'il fut envoyé à Munster comme secrétaire de la mission française.
(3) Mclchior de Harod de Seuevas. baron, puis marquis de Saint-Romain, d'une ancienne famille du Lyonnais. Né en 1614, mort à Paris en 1694. Il fut ambassadeur en Portugal, après avoir été longtemps employé en Allemagne, où il était, dit Chapelain, « le second de M. d'Avaux ». Ce fut son confident dans sa lutte contre Servien.
(4) Sur Rorté et ses missions en Suède et Allemagne, voy. Cor^' respondance de d'Avaux^ p. 90.
(5) FoppENs, dans sa Bibliotheca Belgica, cite plusieurs écrivains qui appartenaient « à cette ancienne et illustre famille de Dordrecht».
de belles-letlres, m'obligea d'insérer mon nom in albo amiconim (1). Il me fit voir le curé de la ville, nommé Liidoiphusab Heu men (2), et un autre prêlre nommé Leduc (3) , que je présentai à M. l'Ambassadeur, qui les écouta favorablement et leur promit son assistance contre une nouvelle persécution de ceitains commissaires députés par toute la Hollande pour exercer une espèce d'inquisition sur les personnes. Je fus aussi voir ce iiiinîstreColvius(i) qui prêche en françois, qui avoit témoigné grand désirde m'aboucher. Notre entrevue dansson étude fut desbelles-lettres. Mais s'étant trouvé le soir chez M. l'Ambassadeur, nous eûmes prise toucliant l'autorité des Écritures saintes. Mais la dispute ne fut que d'un bon quart d'heure, car le ministre ne trouvant pas en moi tant de soumission qu'en ses ouailles, sortit en colère (5).
(IJ VAlbum amuorum était li'èa r^paodu ei Hollando. M. P. v. Rappard a étudiÉ ceui qui dans les Pays-Bas. Overzigt eeiter verzamling A de XVI et XVII eeiiw. Laide, 1SS6. in-S°.
(2) Ludolphus ab Heumen était curé de Dordrectit depuis 1639. n mourut en 4071. (Voj., sur sa vio et son caractère, Balacia aoct-d. p. 171.)
(3) Cornélius Ducbius, • secundarius pastor Doidraci » (Batavia tatra, p. 17S), succi'da è. LudcIphuB ab Heumon comme premier jirâtre de cette ville.
(i)ADdré Colvius, né en 1594. mort enlS71, »□ des hommes les plus savants de lioa temps.
(5) Nous avons été asscx beureuK pour trouver ù la Bibliolbèque
Le vendredi 20, nous arrivâmes à Rotterdam, sur les vaisseaux du prince d'Orange, qu'il avoit envoyés au-devant de nous. On les appelle Macques (1) et sont fort ajustés, peints et dorés. Nous n'eûmes que le loisir de les considérer, car la navigation n'est que de trois heures, et fûmes reçus à coups de canon par les bourgeois.
M. d'Avauxétoit logé en une assez belle maison, où Mme la Princesse avoit logé autrefois et y sont ses armes (2). Pour moi j'eus pour logis le « Croissant y>y où sont trois frères, jeunes hommes catholiques, nommés MM. Rooz, riches marchands dont l'oncle nommé M. Kievitz (3) est un très honnête homme et très savant, particulièrement en fait de controverses, où il réussit si heureusement qu'il a converti quantité de HoUandois et en a composé
de l'Université de Leyde, grâce à TobligeaDce des conservateurs des manuscrits, MM. de Rieu et de Vriès, le rapport que Colvius écrivit à la suite de son entretien avec Ogier et d'Avaux. Nous publions cette curieuse pièce à l'Appendice.
(1) Le Dictionnaire de Littré n'indique pas cette orthographe du mot yacht, que nous avons reti'ouvêc à la page 271 du Voyage à Munster de Joly.
(2) Sans doute Charlotte de Montmorency, femme de Henri II de Bourbon, prince de Condé.
(3) Aarnout Kiévit, d'une ancienne famille de Rotterdam, avait publié, sous l'anagramme de Turano Vehiti, son livre de controverses, Catholik Memorieboek, dont la cinquième édition parut à Louvain en 1648. (Voy. van der Aa et Schotel , Biographitche Woordenboeck der Nederlanden.)
un livre en flamand, imprimé déjà iroia fois à Anvers. Il me fit presque toujours compagnie tandis que je fus là, me fit ouïr la musique de Sainte-Cécile chez lui, composée d'une douzaine de dames hollandoises et d'aulant d'hommes, qui ensuite nous traitèrent dans leur confrérie où étoil aussi un Père Jésuite, fort habile homme.
Le samedi 21 , M. d'Avaux recul nouvelle de la mort de Mme de Roissy, sa mcre(1), qu'il apprit dans un compliment intempestif d'une lettre de la Cour (2), en ouvrant des paquets chez M. Servien, où étoit aussi M. de la Thuilierie. Incontinent il revint au logis fort affligé, où m'élant rencontré à propos, il nous invita à dire pour elle l'office des morts; ce que nous fîmes, M. de Goussencourt et moi d'un côté, M. de Saint-Maurice et lui-même récitant de l'autre.
<i) Madame de Roissy, morte le 11 novembre IGi3, avait été inhumée le 13, aux Grimds-ÂugusUas.
(î)Voy. Bibl. nnt.. coll. Clairambaull, vol.389, fol. iI7. la réponse de d'AvBQx k ce camplimeot, veou sans doute de M. de Brienns : • Monsieur, c'csl do vous que j'ai appris le décÉs do ma bonne inËrâ. Si j'avais choisi moi-même le parrain, je n'aurais pas voulu
favorable et que je vous sois très obligé, Monsieur, du solo qu'il TODs a plu prendre de modérer ma douleur, il faut pourtant, que j'avoue n'en avoir pas été le maitre. Je ne dois pas vous arrêter dauB la considération de mon mBtheur;il mo sutllt de vous dire
plus, etc., Ole. ■■ (La Haje, 23 novembre.]
Le lendemain dimanche, je célébrai la messe pour la défunte, en sa présence ; puis ensuite M. de Saint-Maurice, à la messe duquel survint Mme la comtesse de Losse, qui est une dame de fort bonne mine, mais un peu trop enjouée pour un jour de deuil et pour consoler un homme si sérieux et si grave.
Nous laissons Rotterdam, après avoir salué la statue d'Érasme (i ) ; le lundi 23, nous nous embarquâmes sur de petits bateaux pour venir à la mer, par un canal fait à la main, et passâmes au travers de la ville de Delft. Je n'ai rien vu guères de si agréable pendant tout le cours de mes navigations, tant pour la gentillesse des édifices que pour l'abondance du peuple, qui nous regardoit des fenêtres et qui nous suivoit sur les deux bords du canal. Delà à la Haye, il y a environ une lieue, à un quart de laquelle, j'entends de la Haye, vint M. le jeune prince d'Orange (2), fils de Henri, recevoir MM. les Ambassadeurs avec plusieurs carrosses et les conduisit à leurs logis, où nous fûmes
(1) Joly la décrit ainsi (Voyage de Munster, p. 143) : « La statue d'Érasme, de sa hauteur, tournant le dos au canal, vestu d'une grande robbe et d'un gros bonnet quasi quarré et tenant un livre ouvert entre ses mains. »
(2) Guillaume II de Nassau, né en 1626, prince d'Orange 1647, statliouder de Hollande 1648, mort en 1650.
trois jours traités aux dépens de MM. les Etals, comme nous avions élé dès Rotterdam. Mais M. d'Avaux ne comparut point à lous ces traitements, tant à cause du deuil de Madame sa mère qu'à cause d'une indisposition qui lui survint, pour laquelle il fut saii^né et médiciné (1), et fut jusques au mardi 1" décembre sans sortir de sa chambre. Mais ce jonr même il sortit, et eut audience sur les onze heures du matin de MM. les États dans la chambre du Conseil, où étoient présents aussi M. Servien, son collègue, et M. de la Thuillerie, ambassadeur ordinaire aux États. Tous les députés des Provinces-Unieséloient assis autour d'une longue table et MM. les Ambassadeurs assis aussi vis-à-vis d'eux. Après que leur Conseil eut lu, nue tête et à haute voix, la lettre de créance I de MM. les Plénipotentiaires, M. d'Avaux leur I parla d'un ton de voix médiocre, mais avec une autorité et une grâce sans pareille. M. Vau- ;hem (2), président de la compagnie, genlilliomme
(1) Le comte d'Avaux avait, depuis 1639, à son service un I médccia que lui avait choisi son père, M. àa Roissy. ' 11 se vante
savoir saiguer et connaître quelque chose dans la chirurgie ame aussi fait-il de la chimie. 11 parle bien allemand et sait du [ lalia fort raisonnablement. Il
(2) M. van Gent représentait la province de Gueldre : ' Gentilhomme, veut passer pour baron; passablement prudent et élo* queot, a bien étudié, surtout l'histoire, parle coulamment le fran-
député de la noblesse, répondit au nom des États, en peu de mots, qu^ils étoient disposés de seconder les intentions du Roi avec toute fidélité et promptitude, qu'ils auroient toujours une parfaite correspondance avec lui et qu'ils recevroient toujours ses commandements avec beaucoup d'observance. Ensuite il y eut quelque peu de conférence à voix basse, puis on se départit. Dans cette chambre du Conseil sont en assez grand volume les portraits des trois princes d'Orange : Guillaume (1), fondateur de cet État, au milieu en robe fourrée; à sa droite, le comte Maurice; à sa gauche, Henri-Frédéric; ses deux fils, dont le dernier est encore aujourd'hui capitaine général des États. Il fut visité l'après-dîner par nos Ambassadeurs et ne les 'put ni recevoir ni conduire, car il avoit fort la goutte. Mais Monsieur son fils s'acquitta de ce devoir, puis conduisit ces Messieurs chez la princesse sa mère, qui les reçut et fit asseoir sous son dais a la droite. Je la vis. Elle est du comté de Solms et étoit venue fille d'hon-
çais, tient équipage et mène un assez grand train; est estimé riche de 200,000 florins. » (Vreede, Histoire de la diplomatie hol» landaise^ t. III, p. 139.)
(1) Guillaume le Taciturne, né en 1533, mort en 1584. Son ûls Maurice, né en 1567, lui succéda comme stathouder de Hollande en 1584. Il mourut en 1625 et fut remplacé par son frère Henri- Frédéric.
neur avec la reine de Bohême, en HotlaDde, après ia ruiue du Palatin (1), de sorte qu'elle règne en un pays où sa maîlresse est en exil, el m'a-t-on dit qu'il y a jalousie entre elles pour cette cause. Durant ce séjour à la Haye, je reçus des lettres d'Anvers, de la part de M. de Paris dont j'ai parlé ci-dessus; par lesquelles il me remercie de l'orai- SOD funèbre que je lui avois donnée, la loue en termes trèsavantageux etrae donne avis de l'avoir montrée et donnée à don Francisco de Mello, marquis de Tor de Laguna, qui l'a trouvée excellente, et lui a commandé d'en traduire une grande partie en espagnol; rae prie de lui en envoyer encore un exemplaire, et en échange m'envoie un livre intitule : Pompa introilus Fevdinandi infantis Hispan. cl cardinalis in urbcm Antverpiam (2), plein de tailles-douces fort belles et d'inscriptions magnifiques, pour en faire lecture, aux heures de loisir, à Son Excellence. Je lui présentai, et reçus commandement de faire réponse, ce que je fis le 4 décembre. Je fus aussi faire les recom-
(1) Elisabeth d'Angleterre, qui avait dpouaé l'électeur palatin, Frédéric V.
(2) Cet ouvrage, imprimé à Anvera en 163G. porto pour titre : Stre)ti»iimi prineïpit Ferdinaitdi Hïspaaiarum infaiitis S. R. E. ranJtnoIii triumphalU introttas in Flandria meiropolim Gandavum. Il est ai'Oé de 43 planclies de Van der Does, Galle, Jode, etc., d'après àas dessins de Rubens.
mandations dudit M. de Paris à M. de Servien et présenter à Madame sa femme, de la même part, une médaille de Notre-Dame de Montaigu, qui est une dévotion de Flandre.
Le second dimanche de TAvent, je prêchai devant Son Excellence, après lui avoir administré la sainte communion de ma main, oii étoient quantité de gens de toutes sortes de sectes, qui abondent en ce pays.
J'employai tout le lundi suivant à écrire des lettres à Paris, et mon cœur étoit triste de la nouvelle de la mort de M. le maréchal de Guébriant et de la déroute arrivée quelques jours après à son armée, qui s'étoit maintenue invincible, tant qu'il a vécu (1).
Le jour de la Conception, 8 décembre, je fus voir la princesse Elisabeth (2), fille ainée du duc de Bohème, qui est en grande réputation par les
(1) Le maréchal de Guébriant était mort le 24 novembre, des suites de la blessure qu'il avait reçue le 1, au siège de RottweiU. Après sa mort, les Impériaux, sous les ordres de Charles de Lorraine, de Mercy et de Jean de Wert, battirent son armée, commandée par Rantzau. (Voy. Cheruel, Leltres de MazaHn; Le Laboureur, Histoire du maréchal de Guébriant.)
(2) La princesse Elisabeth, petile-fille de Jacques l", et Tainée des filles de Frédéric V, vivait à la Haye, chez sa mère, qui s'y était réfugiée. (Sur ses relations littéraires et sur ses travaux, voy. F. BouiLLiER , la Philosophie cartésienne, 1. 1, p. 256-258, et FoucuER DE Careil, Descartûs et la princesse palatine, in-8^ 1862.)
^^lles connoissances qu'elle a des langues et des
®<^îences; elle avoit témoigné de le désirer et
'^^ ^avoit envoyé un gentilhomme de sa part plu-
^* «urs fois; mais les prédications m'avoient empê-
^l^é d'y aller jusqu'alors, que j'éprouvai moi-
éme ce que j'avois appris de la bouche d'autrui.
X effet, elle est fille de grand esprit, qui a grande
inture de la philosophie, des mathématiques et
« toutes belles - lettres ; mais ce que j'estime
vantage, sa science ni sa naissance n'empê-
hent pas qu'elle n'ait beaucoup de modestie et
e civilité. Elle témoigna qu'elle se plaisoit à mon
ntretien, qui fut environ d'une heure, m'invitant
e la revoir, et me dit qu'elle auroit grand désir
^e m'entendre parler en public. Je n'oubliai pas
^e lui dire qu'elle étoit vraiment petite-fille du roi
Jacques, et qu'elle faisoit asseoir comme lui les
muses dans le trône.
Je logeai chez une bonne veuve nommée madame Stersun, catholique; il y en a quantité à la Haye et en tout le pays, et tient-on que le tiers de la Hollande est catholique et que si l'exercice de la religion catholique y étoit libre, il s'y joindroit incontinent un autre tiers. Il y a, dit-on, cent chapelles dans des maisons particulières à la Haye; il y a douze abbés, dont le supérieur est un M. de
la Torre (1), gentilhomme hollandois de six mille livres de rente qui a été nourri Père de l'Oratoire en France, et qui se dit encore de cette compagnie. C'est un fort honnête et vertueux prélat. A Amsterdam est un M. Marius, Zélandois (2), que Ton tient vicaire apostolique, qui est, il me semble, recteur de Cologne où il a quitté de bons bénéfices pour travailler à la vigne du Seigneur en ces quartiers, homme illustre en vertu et en suffisance, aussi est-il la terreur des ministres, et néanmoins les aumôniers protestants l'honorent à cause de sa candeur et de sa probité.
Une nuit, ne pouvant dormir, je fis l'épitaphe
(1) Jacques de la Torre, né à la Haye ; il descendait des marquis de Floresta. Entré en 1629 dans la congrégation des Pères de l'Oratoire, il enseigna les humanités au collège de Malines. Nommé en 1637 coadjuteur de Rovenius, il alla en 1638 à Rome. Nous le verrons venir à Munster en 1647, pour se faire sacrer archevêque in partibus d'Éphèse, titre qui cachait sa véritable charge d'archevêque d'Utrecht. Il mourut en 1661. (V. Dupac de Bellegarde, Histoire de l'église métropolitaine d'Utrecht, in-8», 1852.)
(2) Leonardus Marins, qui est qualifié, dans la Bibliotheca Belgica, de « vir mazimi ingenii, prodigiosœ mémorise », avait été professeur de théologie à Cologne ; il était revenu à Amsterdam depuis 1630. Il mourut en 1652, laissant de nombreux ouvrages de théologie et de controverse. L'amitié de Marius avec le grand poète hollandais Vondel a popularisé son nom, et tout récemment on a placé sur la maison qu'habitait Marius à Amsterdam, son buste et celui de Vondel. (V. Alexandre Baumgartner, Joost von den Vondel, tein Leben und seine Werke. Fribourg, 1882, in-8«.)
Mme de Roissy (1), que je présentai à M. d*Aaux :
Si le terme préfix à toute chose née Avoit borné ma vie aux jours de mon printemps, Certes avec raison je me piaindrois du temps, Qui loin devant ma nuit finiroit ma journée.
Mais soixante ans passés dans un même hjménée. Fertile pour la France en illustres enfants, Peuvent faire envier aux esprits plus contents Le cours et le bonheur de notre destinée.
Je laisse une maison si pleine de splendeur.
De dignités, de biens, de gloire et de grandeur. Qu'elle peut enrichir plusieurs de son partage.
Mais, hélas ! tous ces biens sont les jouets du sort 1 Je laisse donc aux miens un meilleur héritage. L'image de ma vie et celle de ma mort.
M. de Wicquefort (2) est un homme illustre, floUandois, conseiller et agent de Mme la landgrave de Hesse, qui demeuroit à Amsterdam, mais qui a transporté son domicile à la Haye et son précieux cabinet depuis peu de temps. Mon frère Tavoit pratiqué autrefois, et il nous connoissoit
(1) Imprimée dans les Muies illustres, p. 106.
(2) Joachim de Wicquefort, le frère d'Abraham, né en 1600, mort en 1670. Après avoir été longtemps agent de Bernard de Saxe-Weimar, il était devenu résident de Hesse-Cassel auprès des États. Sa correspondance avec Barleus a été imprimée.
déjà de réputation. C'est la vertu et la civilité même. Il me montra toutes ses curiosités, peintures, médailles, agates, pierres gravées qu'il a en bon nombre; vases, vaisseaux, cristaux, ouvrages des Indes orientales et occidentales. Mais ce qu'il estime le plus eut un Adam et Eve d'un pied de haut, de bois; sculpture si belle et si parfaite qu'on la peut attribuer à Michel-Ange sans lui faire tort. On l'estime 20,000 francs. Cet honnête homme ne se contenta pas de me montrer toutes ces raretés ; mais encore il me fit présent des Oraisons de Barleus, professeur d'Amsterdam, qui lui sont dédiées.
Le 1 0, je reçus de Dort, par les mains de M. Pusch, l'écrit que le ministre Colvius a fait courre sur notre rencontre, plein de faussetés et d'impostures, auquel je fis réponse durant les fêtes de Noël, et lui ai envoyé par la même voie. J'en ai fait lecture à M. d'Avaux, et il Ta trouvée conforme à la vérité et m'a conseillé d'y changer quelque chose pour le style, ce que j'ai fait (1). Vinci possuntj persuaderi non possunt.
(1) Nous n'avons pu trouver ni cet écrit de Colvius, ni la réplique d'Ogier. Mais nous publions à rAppeodice une longue lettre de Colvius à d*Avauz, du 4 février 1644, en réponse à la réplique d'Ogier. Ce document est conservé parmi les manuscrits de la Bibliothèque de l'Université, à Leyde.
Le ..., M. Marquis, qui est comme le curé des catholiques de la Haye et qui prêche tous les cSimanches en flamand chez M. l'Ambassadeur ordinaire, nous donna à dîner avec M. Valtrin, au- :mionîer de M. de la Thuillerie.
Le ..., M. Descartes vint voir Son Excellence, ^t dîna avec lui; je fis connoissance avec lui, et il Tne dit le sujet de sa dispute avec le ministre Toétius d'Utrecht (i). Je vois qu'il ne fait pas beaucoup d'état de Mlle de Schurman (2), aussi esl-elle fort amie, à ce qu'on m'a dit, de ce ministre.
Le quatrième dimanche de l'Avent, la princesse Elisabeth de Bohème vint entendre mon sermon déguisée en simple demoiselle de compagnie de Madame de Marquette (3), grande dame de ce pays, qui demeure près d'Harlem, que j'ai eu l'honneur de voir plusieurs fois chez elle à la Haye.
(1) Sur la querelle de Descartes avec le théologien hollandais Voét, voy. Baillet, Vie de Descartes ;E. Bouillier, Hist de la philosophie cartésienne.
(2) Anne-Marie de Schurman (1607-1678) avait acquis un savoir universel. £n relation avec tous les hommes distingués de son temps, elle a écrit : De ingenii muliebris ad doctrinam et meliores litteras aptiiudinej 1641, in-8<>. — Opuscula hebrœa, grœca, latina, 1648, in-12.
(3) Sans doute Léonore de Hennin, veuve de Daniel de Hartaing, sieur de Marquette.
J'avois été plusieurs fois invité d'aller au prêche pour entendre un ministre français nommé de Maury, mieux disant que les autres, et l'avois toujours refusé, n'ayant encore jamais entendu, ni en France ni ailleurs, aucun sermon de cette secte. Enfin je me résolus d'y aller le dimanche dernier de février 1644. Le ministre le savoit bien et s'étoit préparé comme pour s'opposer à la réputation des actions publiques que je faisois alors à la Haye. Chose étrange! Le lendemain matin, le temple de l'église françoise où il avoit prêché fut brillé de fond en comble, sans qu'on y pût apporter aucun remède. Sur quoi je fis ce sonnet, la nuit du jour de l'embrasement :
JÉSUS-CHRIST parle :
Vous avez profané mon temple et mes saints lieux, Renversé mes autels et mon divin service, Vous avez aboli l'unique sacrifice Où mon cœur est présent comme dedans les cieux.
Vous couvrez vos péchés d'un voile spécieux En vous attribuant, vaniteux, ma justice.
Et cependant, plongés dans la chair et le vice. Vous pensiez m'apaiser par un haussement d'yeux.
Prêcheurs sans mission, anarchiques ministres.
Voici de votre fin les augures sinistres :
Ce feu purge mon temple et brûle votre cœur.
Tremblez sous mes éclairs, boute feux de la guerre, J'ai la foudre à la main ; ces feux pleins de terreur Sont les avant-courriers d'un horrible tonnerre.
M. SpiroDg est l'agent du royaume de Suède à 1« cour de la Haye, près MM. les États, marchand e Delfty qui s'est avancé à de grandes richesses ar son industrie. Il est homme curieux, qui a ^qfuantité de tableaux et un cabinet plein de toutes tories de médailles, de reliefs d'or, argent, ivoire, cuivre, cire; plusieurs livres de tailles-douces d'Albert Durer, Lucas et autres; dessins de Raphaël d'Urbin, horloges qui vont un an et plus sans être montées qu'une fois. Il a encore plusieurs reliques des saints des églises dépouillées et pillées parles Suédois, lesquelles il garde quoiqu'il soit calviniste.
Le jeudi 25 février, nous fûmes promener à Delft pour voir les religieuses, qui sont logées encore en un lieu qui a été autrefois un cloître qu'on appeloit, il me semble, Sainte-Agathe. Elles habitent de petites maisons séparées, comme feroient des particuliers bourgeois (i); elles sont divisées en deux congrégations, et ont deux cha-
(1) Sur rorganisation de ces béguinages, qui existaient à Delft, Harlem, Amsterdam et Utrccht, voy. Dupac de Bellegarde , Histoire de Véglise d'Utrecht, p. 143-145.
pelles ; Tune, musique de voix et de violes, n'est pas mauvaise; mais l'autre, de dévotion et de ceux qui assistent au service divin, est excellente.
Nous fumes voir aussi le tombeau de Guillaume, prince d'Orange, le principal auteur de la rébellion et de la liberté de ces provinces; il est dans une grande église, en la même place où étoit autrefois le grand autel. Sa statue y est de deux sortes et de deux étoffes différentes : l'une en tète du sépulcre, assise en cavalier, armé, la tète nue, son casque à ses pieds, de bronze; l'autre de marbre blanc, comme une effigie de mort sur le lit funéral. Ce tombeau enrichi de plusieurs colonnes de marbre pourra servir un jour à réparer ce grand autel, quand il plaira à Dieu de remettre son église en lustre; et je l'augure ainsi.
Le jeudi 3 de mars, MM. les Ambassadeurs furent prendre congé des États en plein conseil et publiquement. M. d'Avaux étoit assis au milieu de M. Servien et de M. de la Thuillerie, et porta la parole avec une grâce et une éloquence non pareilles.
On croit que ce qui arrêta si longtemps la conclusion du traité que nos Ambassadeurs faisoient avec les États, étoit un point d'honneur, et que ces Messieurs vouloient être traités des
ïïôtres dorénavaDt, avec tons les honneurs qu'on ^end aux tètes couronnées, qu'on donnât la droite ^ leurs ambassadeurs, et qu'on les traitât d'Excel- *^Dces. Leur fondement principal étoit qu'Henri IV avoit ainsi usé envers eux ; et qu'ils étoient 'aussi bonne condition, voire infiniment plus uissants que la République de Venise à qui 'on déréroit ces honneurs et ces titres. Je sais ^jue s'ils ont voulu accorder la liberté qu'on leur demandoit pour les catholiques, on leur eût pareillement accordé l'honneur qu'ils demandoient; mais ne l'ayant pas voulu, on leur refusa aussi ce qu'ils désiroient avec tant d'ardeur, que ce seul point nous arrêta deux mois entiers.
Nous emploiâmes les jours suivants à dresser notre équipage pour partir, et à prendre congé de nos amis, que nous nous étions acquis principalement par nos prédications. Ils nous disoient adieu, la plupart avec des larmes, et leurs sentiments de piété me représentoient ceux des anciens chrétiens pour saint Paul : Osculantes collum Pauli cum lacrimis deducebant ad navem; et me sembloit qu'ils me disoient :
DiCf hospes Spartœ, nos te hic vidisse jacentes Dum sanctis patriœ legibus obsequimur.
M. de la Capelle, lieulenaot-colonel d'un régiment françois; M. des Champs, écuyer du prince d'Orange; M. Heuloz, M. de Walkener et mesdames leurs femmes; M. Marquis, religieux du tiers ordre Saint-François et prédicateur flamand, les Pères Baudouin et Kofïine, Jésuites; M. Pusch, MmesdePaulnes de Tillebourg, M. de Neubourg, de la maison d'Egmont; M. et Mme de Bering, issus de la maison de Bavière et des comtes de Hollande, et autres; desquels les noms soient au livre de vie.
Nous partîmes le mercredi 9 de la Haye, M. de la Torre et moi, à cheval, et vînmes dîner à Leyde, chez une demoiselle catholique (1), fille dévote des plus riches de la ville, belle-sœur de M. d'Alkemade, de la maison de Wassenaer, ancienne et haute noblesse de Hollande. Je passai l'après-dîner à voir les singularités de la ville, et principalement TAcadémie, où je fus conduit et accompagné de M. de la Barre, professeur de la langue françoise (2) : Tanatomie, où se voient
(1) Mlle Henriette de Duivenvoorde, dont la maison servit longtemps de refuge à l'évêque Rovénius pendant les persécutions contre les catholiques.
(2) Nous trouvons dans l'Album studiosorum Académies Lugduno Batavœ^ 1575-1875, Aecedunt nomina curatorum et professorum (la Haye, 1875, in-4«), la mention suivante, à la date du 6 août 1640 : « Antonius D""^ de la Barre, Gallus. 32. Philosophiœ studiosus. »
quantités de singularités de corps humains et ^autres animaux anatomisés. Beaucoup de Momies, pierres, minéraux, statues, vieux monuments, lampes, urnes des anciens; vêtements; P^ux corroyées d'hommes, femmes, bêtes; ossements de baleines énormes et autres curiosités ^«res, mais certes hideuses. La bibliothèque nous présenta un spectacle plus agréable, où sont les ^ ivres que Scaliger et Bonaventure Vulcanius ont légués, leurs portraits, et autres des hommes :5llustres de ces quartiers.
De là nous fûmes voir M. de Saumaise, qui nous reçut fort civilement et se souvint de m'avoir vu autrefois à Grigny chez M. des Bordes, son beau-père (1). L'entretien qu'il nous fit fut De militia Romanorum et Grecorum (2). Je lui demandai si principes^ hastati, et iriarii, étoient noms seulement tactiques, comme dit Scaliger; il me dit qu'il s'étoit trompé et que in acie et alibi ita dicebantur; que le mécompte oii plusieurs étoient tombés pour le fait de la milice romaine venoit
(1) Saumaise était depuis 1632 professeur à Leyde. Il avait épousé, le 5 septembre 1623, Anne Mercier, fille du savant Josias Mercier, sieur des Bordes, auprès de qui il avait vécu longtemps, à Grigny, près Paris. (Voy. Haag, la France protestante.)
(2) Sur la demande du prince d'Orange, Saumaise avait composé, vers 1637, un traité De re militari Romanorum, qui resta manuscrit et ne fut imprimé qu'en 1657, après sa mort.
de ce qu'elle avoit chaDgé sous les Empereurs; que les anciens choisissoient les soldats eœ censu; les pauvres étoient principes, les médiocres hoêtati, les riches iriarii; que Marins le premier avoit changé cet ordre, comme Salluste Tavoit observé ; qu'il avoit, lui seul, découvert la vraie ordonnance des armées de Pompée et de César à la bataille de Pharsale, inconnue jusqu'à présent par les critiques.
Ensuite, je fus voir M. Heinsius (1 ), qui me reçut avec des caresses extraordinaires et des remerciements extrêmes de l'oraison funèbre que je lui avois envoyée, l'estimant au-dessus de tout mérite. Ce bon homme ne pouvoit se lasser de m'embrasser, me montra des lettres que N. S. P. Urbain VIII lui avoit fait écrire; sur quoi il me dit que, les ministres l'ayant su. et désiré de savoir quelle réponse il avoit faite, il leur répliqua seulement : Vnum scitoie, non vocavi Ipsum antechristum. Il nous fallut boire ensemble dans son verre, et pour clôture de notre conversation, il me promit une amitié sincère et me donna, pour gage de sa parole, un de ses livres sur la Poétique d'Arislote.
Le lendemain, jeudi 10, nous fûmes diner chez
(1) Le célèbre érudil hollandais vivait alors à Leyde.
M. d'Alkemade, en sa maison ou château, à michemin de Leyde à Harlem, et saluâmes madame ^ femme, sœur de notre hôtesse, qui nous avoit ^^it si bonne réception la nuit précédente , et de ^4 à Harlem, où nous vîmes rAngulund (1) ou coin ^es religieuses, qui ne sont pas moins de deux ^^nts, entre lesquelles M. de la Torre a une sœur, ^ni nous reçut en sa chambre. L'ancienne ou Supérieure est la mère Barbara, sœur de MM. Oem ^eDordrecht, à qui je parlai. Les procureurs qui les administrent sont deux frères qui nous reçurent à grand'joie (2). Nous avions dessein de coucher là; mais quand nous sûmes que Son Excellence avoit passé outre, il nous fallut aller à Amsterdam, le long du canal, qui est coupé en deux, à l'endroit d'une digue qui empêche la mer de Harlem de se joindre à un lac, qui autrement inonderoit tout ce pays. Nous arrivâmes toute nuit, et je me trouvai fort mal, de sorte qu'étant arrivé chez un avocat catholique, hôte de M. de la Torre, il me fallut mettre au lit.
Le lendemain, vendredi H, je me trouvai
(1) C'était le Qom que portaient en Hollande ces sortes de béguinages. (Voy. DuPAG deBellegarde, p. 144, et Batavia gacra, p. 330 et suiv.)
(2) Balduinus et Cornélius Gatzius. Le premier devint vicaire apostolique. (Batavia sacra.)
mieux, et fus visité par MM. Marius et Nihusius, dont l'un est le prélat de 20 à 30,000 catholiques qui sont en cette ville; et l'autre est un abbé d'Allemagne dépossédé par les Suédois, autrefois luthérien, fort savant homme qui m'avoit écrit plusieurs fois à la Haye (1). Je leur fis donner audience par Son Excellence, et de là ils me menèrent voir de la ville ce qu'on en peut en trois ou quatre heures. Nous fûmes voir aussi les religieuses, où l'on produisit le Saint-Sacrement avec musique en notre honneur. Là, M. Marius me prenant à témoin, me protesta que toutes ces filles se mettoient entre mes mains pour être présentées à la Reine et mises sous sa protection; qu'elles avoient ouï parler de sa piété et de l'insistance qu'elle avoit fait faire par Son Excellence à MM. les États pour les catholiques, dont elles avoient un très grand ressentiment, qu'elles s'obligeroient à une prière particulière tous les jours
(1) Barthold Nihusius, né à Wolpe en 1589, mort à Ërfurth en 1657. Après avoir été précepteur chez plusieurs grands seigneurs protestants, il s'était converti au catholicisme à Cologne, en 1622. Nommé abbé d'Illfeld en 1629, il avait dû fuir à l'approche de l'armée suédoise et s'était réfugié en Hollande. Il devint évéque de Myre et suffragant de l'archevôque de Mayence. (Voy. les Dielionnaires de Bayle, Moréri, Didot.) Nihusius était en relation avec les principaux érudits du dix-septième siècle, et, outre les ouvrages qu'il a laissés (Disputationes logicœ, 1612, etc.), il a édité de nombreux volumes, entre autres ceux d'il //atius, ^ErUhrœm,
pour la prospérité de Sa Majesté et du Roi son cher fils. Je lui répondis que je n'éloîs pas de qualité à recevoir un tel présent au nom de Sa Majesté, que je ne doutois point toutefois qu'elle ne l'eût pour très agréable, que j'en communiqueroia à Son Excellence. De là, nous fûmes voir la Bourse, qui est comme le change, el ensuite nous nous embarquâmes sur la mer qu'ils nomment
IZuider-Zée. Le port de cette grande ville est la jplus belle chose du monde. Il y a tant de vaisseaux bt si beaux que cela est incroyable; on croit qu'il liabite autant d'hommes dedans que dans les maipons; ils sont arrangés dans des estacades de pilotis, comme un haut bois planté à la ligne. La mer étoit calme et ne faisoit point de vent. Son Excellence s'impatienta et sortit du vaisseau pour s'acheminer par terre dans des chariots. Nous demeurâmes et, sur les quatre à -ciaq heures, survint un vent favorable qui nous porta sur les deux heures de nuit à l'embouchure de l'Yssel,
tqui est une rivière où se répand un bras du Rhin bar la fosse Drusienne, que nous remontâmes |usqu"à Kerapen, petite ville où nous dinâmes. C'étoit le samedi 12 mars; et de là jour et nuit jusqu'à Devenler, où nous arrivâmes sur les ■ quatre heures du matin, dimanche. Je fus beau-
coup moiDS malade sur la mer que je n-eusse espéré, et D*eus aucun vomissement, dont je fus fort étonné. Deventer est une assez belle ville et bien fortiflée, qui a été autrefois de Tempire, et il y a encore la figure et les armes d'un empereur sur rhôtel de ville. Elle est maintenant du corps des États; ils y tiennent un gouverneur qui vint recevoir et saluer Son Excellence qui étoit arrivée le samedi au soir. Les catholiques de cette ville, qui sont environ deux cents ménages, sont fort mal traités par les magistrats; on en avoit fait plainte à Son Excellence dès la Haye, et lui avoit-on dit, qu'ils vouloient ôter le droit de bourgeoisie et chasser de la ville plusieurs catholiques qui s'y étoient habitués depuis vingt ans. Son Excellence leur en parla avec grand soin; je ne sais quel effet aura sa recommandation. Le curé et un autre Père me vinrent voir. Il y a une belle église couverte de plomb et une autre encore plus ancienne; en visitant lesquelles, il me souvenoit du bon Thomas A Kempis, qui y avoit été nourri et instruit, et qui les avoit tant fréquentées; non sans regret de les voir maintenant profanées par des ministres qui n'ont rien de commun ni avec la créance, ni avec la piété de ce saint personnage. Nous y fûmes un jour pour recouvrer
des voitures, et cela nous donna le loisir de sortir de la ville et d'aller voir le canal appelé Fossa Drusiana, que Drusus fit faire du temps d'Auguste pour avoir communication d'un des bras du Rhin à l'Yssel, et qui a servi peut-être d'exemple à tant de canaux dont la Hollande est si accommodée, qu'il n'y a point de ville où l'on ne puisse aller de l'une à l'autre par eau.
Nous partîmes donc de Deventer, capitale de ''Overyssel ou Transisulanie, le mardi 15, Son Excellence dans une calèche que lui prêta le gouverneur, les autres dans des chariots, moi et trois ^^ quatre autres à cheval, et vinmes dîner à une *^virgade nommée Goer, et coucher à Enschede, î^^îétoitle propre jour de carême prenant, suivant ^ ancien style, qu'ils pratiquent en ces lieux-là.
Le mercredi 16, nous fûmes diner à Metlen, '^^ ^chante bourgade demi-ruinée qui a titre de ^^mté et appartient à une abbaye de chanoinesses ^\ie Son Excellence visita. J'y fus en sa compalie. Elles sont toutes demoiselles de naissance ont assez bonne mine ; mais leur église est malt^ropre et délabrée.
De là nous fûmes coucher à Steinfort, comté de ^enlem, petite ville assez jolie et académie fréc^uentée par les calvinistes, mais maintenant demi-
brûlée et saccagée par ceux qui Font prise et reprise durant ces guerres. Maintenant elle est entre les mains des Hessiens qui rachèvent de ruiner. Son Excellence fut logée dans une coromanderie de Malte, qui a été autrefois conservée par la faveur au chevalier de Mérode, qui le reçut le mieux qu'il étoit possible. Nous couchâmes, M. de Goussencourt et moi, dans la chambre du chapelain, qui est un gîte aussi commode et aussi digne du sonnet des grisons de du Bellay, qui s'en puisse trouver dans tout le voyage. Il y avait pourtant une bibliothèque fort considérable par son antiquité. Ce bonhomme est sans doute plus curieux de jambons que de livres; jamais je n'ai vu d'ais ni de chevilles mieux faites pour les arranger (1). De là nous partîmes le jeudi 17 et fûmes d'une traite à Munster. Il ne se peut imaginer un chemin plus mauvais que celui que nous eûmes ces trois jours, et principalement dès que nous fûmes dans la Westphalie, qui est l'image de l'ancienne Ger-
(1) Joly logea aussi plus tard chez ce prêtre, « qui était de gaie humeur et qui voulait que nous prissions de la bière auparavant nous aller coucher, pour boire à sa santé. Mais par après, il s'avisa de nous faire aussi goûter de son vin pour boire à la santé de Son Altesse Madame... Bière ou vin, il faut que les Hol-
andais boivent et qu'on boive avec eux, autrement ils se défient des personnes et ne les tiennent pas pour leurs amis. » (Jolt,
Voyage de Munster, p. 172.)
manie, inculte, désagréable, pleine d*eaux dormantes et de fondrières ; à cela il faut ajouter la saison d'hiver, et le mauvais temps; la neige fondue nous pénétroit jusque dans les os; la moitié du temps nous étions dans des chemins creux où nos chevaux nageoient plus souvent qu'ils ne marchoient; des chariots versèrent et se trouva force gens de bien mouillés jusqu'au collet; mes papiers le furent de sorte que celui-ci que je voulois particulièrement conserver en portera les marques tant qu'il durera (1). Enfin nous arrivâmes en cet équipage proche de Munster (2).
Son Excellence y vouloit entrer de incognito; mais l'impatience que tout le monde avoit de la Voir ne lui permit pas d'en user de la sorte. Les carrosses de l'Empire, d'Espagne et de Venise Tattendoient, qui lui furent présentés par des gentilshommes exprès de la part de leurs maîtres; il sortit du sien pour les recevoir. Le gouverneur de la ville (3) l'avoit déjà abordé quelque temps
(1) Le manuscrit de. la Bibliothèque nationale porte en effet «ncore les traces de cet accident, qui en rend en beaucoup d'endroits la lecture très difficile.
(2) Dans les Négoeiationty 1. 1, p. 243, une lettre d'un des secrétaires de d'Avaux, du 24 mars 1644, donne quelques détails sur rentrée. « Nous arrivâmes le 17 de ce mois en cette sale ville de Munster, aussi honnêtement mouillés et crottés qu'on le peut être êù Westphalie... »
(3) Munster avait été, pour la durée du Congrès, déclarée ville
auparavant, qui le conduisit dedans, marchant à la tète à cheval, on lui fit une belle salve de canons et de mousquets, et étoient la garnison et les bourgeois en armes ; les boutiques et fenêtres pleines de monde, mais monde qui n'approche ni en politesse, ni en beauté, ni en richesse de ceux que nous venons de quitter en Hollande ; de la sorte, il arriva à la place du Dôme jusqu'à sa mai* son (1), devant laquelle étoient en haie quelques compagnies de soldats qui le saluèrent à belles mousquetades.
neutre, et avait reçu comme gouverneur le général de rEmpire Jean de Reumont.
(1) Le Zeitschrifl fur Vaterlândische Gesehiehte und AUerthums Kunde ( Verein fur Gesehiehte Weslphalens) a publié (année 185S) le tableau complet des logements des différents ambassadeurs. Ceux de nos plénipotentiaires avaient été préparés par M. de Meulles, l'ancien secrétaire de M. d'Avaux. Voy. Bibl. nat.. Coll. Clairembault, vol. 386, une lettre du Roi à l'évoque de Cologne, du 9 juillet 1643, pour lui recommander de Meulles, et une lettre de de Meulles au comte de Brienne datée de Munster» 29 juillet 1643, où il rend compte de ses démarches : « Il y a huit jours que je suis ici, où j*ai reçu beaucoup de courtoisie et faveur des principaux de la ville, qui m'ont octroyé tout ce que je leur ai demandé pour le logement de messeigneurs les plénipotentiaires, et ainsi je n'ai pas eu besoin de me servir de la lettre du Roi pour M. l'Électeur de Cologne... J'ai mandé à M. d'Avaux et à M. de Chavigny qu'il est besoin qu'il y ait liberté de venir ici à 15 lieues à la ronde et d'y apporter des provisions, et que sans cela la cherté y serait insupportable, comme aussi que le territoire de Munster soit déchargé des contributions de Hessc. Messieurs de cette ville m'ont fcùt grande instance sur ces deux points qui, outre la commodité qu'on en recevra, concilieront à la France l'affection de ces peuples-ci, qui autrement sont tous bons Espagnols... »
Le lendemain, ou deux jours après, le vinrent saluer les bourgmestres et corps de ville (1), parlant par la bouche d'un bon vieillard, qui lui fit une assez longue harangue latine, à laquelle il répondit sur-le-champ fort élégamment en la même langue; le vinrent aussi saluer les Jésuites, Cordeliers, Récollets, dont je fus l'introducteur et déducteur.
Le samedi 19, jour de l'Annonciation, selon le rituel de deçà, qui l'a fait anticiper, au lieu que nous la remettons après Pâques, quand elle échoit durant la semaine sainte, arriva l'après-diner M. de Chigy (2), nonce du Pape à Cologne, et député pour suppléer l'absence du cardinal Cinetti, légat a latere, pour ce traité de paix; audevant duquel Son Excellence envoia des carrosses (3), accompagnés de dix ou douze gentils-
(!) Pendant la durée du congrès. Munster fut administrée par le bourgmestre Jan Timmerscheidt et l'ancien bourgmestre Henri Herdingh.
(2) Fabio Chigi, qui devint pape en 1655, à la mort d'Innocent X, et prit le nom d'Alexandre VII. Tous les papiers du nonce sur le congrès de Munster sont conservés dans la Bibliothèque des princes Chigi, à Rome. (Voy. Gachard, Bulletin de la Commission royale d'histoire de Belgique, t. X, 3" série, p. 234-237.)
(3) M. le nonce, dit la lettre du 24 mars citée plus haut, « arriva avant-hier avec un train fort ecclésiastique, c'est-à-dire modeste. Sur un des paniers de son bagage il y avait un cordelier, comme un coq sur ceux d'un vivandier. » (Surle séjour du nonce à Munster, voy. TouRTUAL, Zur Geschichle Westfalischen Friedens, Munster,
hommes à cheval , les Espagnols n'y comparurent point de peur de nous céder, et se contentèrent de faire compliment à M. le Nonce quand il fut arrivé à son logis, au couvent des Cordeliers, par un gentilhomme qui lui dit que Leurs Excellences avoient été surprises et n'avoient pas su le jour de son arrivée. C'est là proprement mendacium officiosum. Cependant il pensa arriver un grand désordre à la porte de la ville ; comme les carrosses furent rentrés, on ferma la porte à nos gens de cheval qui retournoient aussi; ils crurent que c'étoit une supercherie et que les Espagnols étoient à quelque coin de rue pour s'entrejeter entre nos carrosses et ceux de l'Empire. On crie, on menace pour rentrer, on met la main au pistolet; la porte est ouverte, on entre en foule; un soldat de la garnison est blessé et porté par terre. Tout fut apaisé quand on sut que la porte avoit été fermée seulement pour empêcher la presse; Son Excellence fit donner deux ducats au soldat légèrement blessé, qui ne s'en porta que mieux.
Le lundi 21 , toute la maison d'Autriche vint nous visiter. En premier lieu, M. le comte de
1874. — A. V. Reumont, Papst Alexander VI in deutschland, Zeitschrift der Aachener Geschichtsvcreins, 1885.)
Nassau (1), et M. Volmar (2), conseiller de Sa Majesté Impériale; et incontiDent après qu'ils furent sortis, entrèrent les plénipotentiaires d'Espagne, don Diego de Saavedra Facardo (3), le comte de Zapata, et M. Brun (4), qui me connoit, 6tqui est Comtois de nation , que j'ai vu autrefois à Paris et hantoit MM. de Vaugelas (5), Méziriac (6)
(i) Jean-Louis comte de Nassau, seigneur de Belstein, conseiller
^ conseil de l'empereur Ferdinand III. Il était arrivé à Munster
^ ^9 juillet 1643. « Son bagage, écrivait Meulles, était un vrai
^^^e d'Allemand, car de vingt-cinq chariots, il y en avait
^inze chargés de vins. »
CS) Le docteur Isaac Volmar, conseiller au conseil privé de ^^hiduchesse de Tyrol et président de la chambre des comptes.
^ ^vait été président du conseil souverain à Ensisheim, en Alsace.
r~*«prè8 le P. Lelong, le journal ou diarium de Volmar, septem- ^« 1643-janvier 1648, serait imprimé dans Adam Gontrecius,
^^ IV, Du droit public de VEmpire. Francfort. 1870, in-fol.
(3) Saavedra (1584-1648), avant d'être plénipotentiaire à Munster, ^^t chargé do nombreuses missions en Italie, en Suisse et en ^^Jlemague. Après le congrès, il obtint un siège au grand conseil ^es Indes. Il a beaucoup écrit. Ses œuvres complètes ont été Réunies plusieurs fois en 1677, 1789, 1833. — Voy. Conde de Roche >* D. José Tejera, Saavedra Fajardo, sus Pensiamentos , sus Poe- 9ias, sus Opusculas. Madrid, 1884. — La correspondance diplomatique des pléoipotentiaires espagnols se trouve dans les vol. 82, 93, 84 de Coleecion de Documentos ineditos para la historia de Espafia. Madrid, 1885.
(4) Les papiers de Brun sont conservés dans les archives de la famille de Scey. M. Poignand les a utilisés pour composer son Éloge de Brun. Besançon, 1864, In-S».
(5) Le grammairien Claude Favre de Vaugelas, mort en
(6) Bachet de Méziriac (1581-1638), membre de l'Académie française dès sa création.
et Faret (1), et ce cher M. CoIIetet (2). Tandis que Leurs Excellences s'entretenoient, nous nous mêlâmes avec leurs gens dans tous les termes de civilité et de familiarité qu'on se peut imaginer, et eux pareillement avec nous; de sorte que l'on nous eût pris pour des amis qui se rencontrent après une longue absence. Dieu bénisse par sa grâce cette première rencontre et donne effet aux bons augures de paix que chacun en prend.
Le reste de la semaine, qui étoit celle que nous appelons Sainte, à cause du grand mystère de notre Rédemption que TÉglise célébroit, se passa dans les exercices de piété et de dévotion ; nous fûmes deux fois à Ténèbres aux Capucins et visitâmes les autres églises.
Le jour de Pâques, Son Excellence et toute sa famille fut communier dans le Dôme, église cathédrale dédiée à saint Paul, de la main de M. de Saint-Maurice; nous y célébrâmes la messe; Taprès-dîner nous fûmes ouïr vêpres et le sermon aux Jésuites.
(1) Nicolas Faret, l'un des premiers membres de l'Académie française, mort en d646. Il a publié des stances en tête de la traduction des lettres de Juste Lipse par A. Brun.
(2) Guillaume CoUetet, le poète, né en 1598, mort en 1659. Ogier était le parrain de son fils.
Le 3 avril, octave de Pâques, je prêchai pour ]a première fois dans Munster, en l'église des Jésuites, sur ces mots de saint Jean, XX, Fax vobis, en présence de Son Excellence et de M. le Nonce, qui n'étoit pas toutefois en vue. Texte d'heureuse rencontre pour notre premier sermon (1) et le sujet qui nous amène en ce lieu. Je crois que MM. les ambassadeurs d'Espagne y eussent été sans le décès de M. Zapata, l'un d'eux, qui mourut ia nuit précédente. C'étoit, dit-on, un fort homme
(1) C'est sans doute à ce sermon que Servien faisait allusion dans sa lettre à d*Avauz du 6 août 1644, quand il lui reproche ce <^e son prédicateur avait osé publier en chaire. « Après avoir exhorté le peuple de prier Dieu pour ceux qui étaient chargés de 'traiter la paix au nom du Roi, il eut Timpertinence d'ajouter en <)ésignant votre personne, principalement pour celui qui tient le oaducée d'icelle, et vous ne pûtes pas vous empêcher de baisser les yeux, écoutant un discours si ridicule, qui scandalisa tous ceux qui m'en vinrent faire rapport. » D'A vaux releva cette accusation dans sa lettre à la Reine du 18 août. « M. Servien censure injurieu sèment un prêtre faisant sa charge et dans l'action où il doit être écouté avec plus de respect. Ce prédicateur. Madame, que M. Servien appelle impertinent et ridicule, c'est M. Ogier; Votre Majesté aura peine à le croire, après lui avoir fait l'honneur d'assister quelques fois à ses sermons et après avoir lu l'oraison funèbre du feu Roi, estimée généralement de tout le monde. Il est vrai qu'à la fin d'une de ses prédications, il exhorta une fois de prier Dieu pour la paix de la chrétienté, pour ceux qu'il a plu à Votre Majesté d'y employer de sa part, spécialement pour celui qui a jeté (disait-il) le caducée entre deux armées prêtes à se choquer. Voilà, Madame, le discours si ridicule et impertinent auquel je n'ai eu aucune part, sinon de l'avoir écouté en baissant les yeux... »
de bien, et d'une vie exemplaire, et parallèle à celle de Son Excellence, de sorte que l'on avoit conçu grande espérance de la rencontre de deux si dévots et vertueux personnages, assemblés pour un si beau dessein que la paix de la chrétienté. Dieu en suscitera un autre par sa grâce.
Le mardi 5, arriva M. Servien, qui étoit demeuré malade à la Haye, et fut reçu de même sorte à peu près que M. d'Avaux, qui fut audevant de lui avec une vingtaine de cavaliers bien montés. 11 y avoit eu difficulté pour son entrée de la part des Espagnols, craignant que le carrosse de Son Excellence n'allât prendre sa place après celui de l'Empereur, et qu'eux, pensant faire honneur à l'ambassadeur de France, ne reçussent affront et fussent contraints de se retirer. Cela n'arriva point; car M. Servien entra dans le carrosse de M. d'Avaux, et ainsi conjointement ils entrèrent dans la ville, suivis de celui de Mme Servien, qui étoit demeurée dans celui de M. son mari.
Le dimanche 10, se fit une procession générale du clergé de Munster, pour la paix, où assistèrent M. le Nonce; M. de Nassau, le docteur Volmar, ambassadeurs de l'Empereur; et MM. d'Avaux et Servien, ambassadeurs du Roi; quant aux ambas-
sadeurs d'Espagne, ils ne s'y trouvoient point. M. Contarini (1), ambassadeur de Venise, comparut seulement à la messe, s'excusant sur sa goutte; mais c est en effet qu'il n'y vouloit point suivre ces messieurs tout seul, mais marcher à côté. MM. les Impériaux alloient au côté droit, fes nôtres à gauche, et étoient couplés deux à deux ainsi : Nassau, Avaux; Volmar, Servien; M. le Nonce y comparut en deux sortes, premiè- '"eoaent comme officiant, et porta le Saint-Sacrement jusques à Notre-Dame, qui est une paroisse ^^ église de religieuses de Saint-Benoit; et là, <^véque suffragant de Munster, qui est un bon
^* billard nommé Joannes Nicolaus (2), lui succéda ; ^ * , lui, prit sa place au milieu de MM. de Nassau
^^ ^1) Alvise Contnrini, né ea 1597, mort en 1651. « Homme de iile prestance, disent les Négociations, 1. 1, p. 243, de bon jugeant, de facile perception, qui témoigne en son procédé une cerioe franchise, aimable, bien disant, résolu, exécutif. Il a passé «ries ambassades de Hollande, d'Angleterre, de France, de Con* ^ tantinople, de Rome, et de toutes a apporté de l'honneur. Qui ^*eslimerait le premier homme de Venise ne s'abuserait pas. » Le ^omte Papadapoli et M. Cérésole ont publié son rapport : Rela- ^ione del congresso di Munster, Venise, in-4», 1864.
(â) L'évéque de Munster était Ferdinand de Bavière, archevêque de Cologne; il avait nommé depuis 1620, comme suffragant (weihbiscliof), Jean-Antoine Claessens , évéque in partihus d'Acca. Claessens dut se retirer en 1647, à. cause de son grand ége; il mourut le 1«' avril 1650, à quatre-vingts ans. (Voy. A. Tibus, Gesehichtliche Nachrichten iiber die Weihbischofe von Munster. Munster, 1862, in-8».)
et d* A vaux; de là on fut aux Cordeliers, puis ensuite à Saint-IVIartin, église collégiale et paroisse; à Saint-Lutgérus premier évêque de Munster; à Saint-Lambert pareillement paroisse, sur la tour de laquelle se fait le guet; et sous les trois cages de fer, dont celles du milieu est plus haute que les deux autres, où fut enfermé avec deux de ses principaux complices Jean de Leyde, le roi des anabaptistes; de là on retourna au Dôme, qui est la grande église dédiée à saint Paul. Par toutes ces églises, Ton fit station, et à toutes, trouvâmes musiques aux orgues composées de voix et de violons, sans celle qui fut faite à quelques maisons particulières, et celle des écoliers des Jésuites qui nous attendoient à toutes les portes des églises, courant devant et nous prévenant. Voici Tordre de procession : premièrement plusieurs croix et bannières qui tiennent Tune à Tautre, et non séparées comme en France, puis suivent quelques officiers et appariteurs du chapitre et un chanoine, un bâton d'argent à la main; puis les Capucins, les Recollets, deux Bénédictins, gouverneurs de la religion des filles dont je viens de parler; puis les chantres du Dôme, au milieu desquels on portoit une image de Notre-Dame comme assise en un trône; puis les grands chanoines, qm
sont lotis gentilshommes, la plupart avec de grands viï a ins cheveux et une mine soldatesque; puis les Cdrdeiiera; je ne sais encore pourquoi ils tiennent un lieu si honorable, mais certes ils le méritent mieux que ces chanoines irréguliers {I ), car ils sont îort modestes et gens de bien; puis suivoient viDgl-quatre pages de MM. d'Avaux et Servien, tous des flambeaux de cire blanche en main, et six écoliers des Jésuites avec des torches; puis
(I) Sur les cliaDOines du MuDSler, voy. ll\bh n&l., fomlt Dupuy, vol. 738, fol. 153. • Ils sont quarante en nombre, et Tant qu'avant que d'être admis, ils prouvent leur noblesse jusqu'au quRtrième degré du côté paternel et autant du cûté mutemel. Ils ont droit d'élire leur évéque, selon le concordat d'Ailemague, Les eaoonicata communs valent par an environ 600 reichataiars àe revenu, qui font I.SDO livres, et les principaux rendent 1,200 talars. Les oIBciers de ce chapitre sont six en nombre, savoir ; ta prévûl, qui est comme l'arcliidiacre; le doyen, qui préside au chapitrt.'; le scholiasle ou théologal ; le trésorier ou gardien des reliques, vases et ornements de réglise; le vidame ou lieutenant de l'évéque au temporel, et le receveur. Les chanoines ont des vicaires sous eux qui les exemptent de se rendro assidus au service divin.
• Kersenbrock, eu l'histoire des anabaptistes de Munïler, manuacripte. lorsqu'il parle des chanlras de la même Ogiise, qui sont ati nombre de vingt-quatre, remarque ce qui s'en suit : Nul n'est admis à ce coUi^ge de chantres do l'église calbùdrale de Hunster, 8i ce n'est que sa voix soit bonne et qu'il entende la musique, et avec cela qu'il fasse profession d'observer le célibat. Advenant qu'aucun d'eux ait un enlant et soil devenu père, il est condamné de faire un banquet il ses colléguest néanmoins, avec cotte prérogative et permission d'envoyer premièrement pour l'amende un tonneau debiéreàl'aecouchéB. A.yantfail ces dépensas, il recouvre son honneur et renommée sans qa'on lui puisse rien reprocher d'une telle faute, ai ce n'est qu'il se soit marié, auquel cas il est axdu du corps du collège. •
révoque avec le Saint-Sacrement, sous un dais porté par des principaux bourgeois, à l'en tour duquel étoient une vingtaine d'enfant3 vêtus en anges, l'un desquels portoit la crosse épiscopale; suivoient MlM. les Ambassadeurs et leur train qui ressemble à une armée; la compagnie des notables bourgeois fermoit la procession avec flambeaux; hors d'œuvre tantôt devant, tantôt derrière, tantôt faisant pause suivant la commodité des lieux, paraissoient les écoliers des Jésuites qui sont grand nombre, divisés en trois troupes sous leurs bannières, et portant chacun sur leurs épaules des images, l'une de la Vierge, l'autre de Saint-Michel, et la troisième de l'Ange gardien. La messe fut célébrée par le bon évèque, à la fin de laquelle il invita par quatre ou cinq prières latines la compagnie à continuer de prier Dieu pour la paix, et pour Ty obliger davantage publia des indulgences apportées à cet effet par M. le Nonce de la part de notre Saint-Père.
Le 17 avril, les pouvoirs des plénipotentiaires d'Espagne furent communiqués aux nôtres par l'entremise de M. Contarini, qui leur communiqua aussi le sien d'envoyé de la République de Venise, en qualité de médiateur. Il est écrit en parchemin sous un sceau de plomb et est conçu en fort mau-
vais termes latins et avec quantité de solécismes, mais il est ample et en forme suffisante. Ceux des Espagnols sont en leur langue, bien couchés en papier seulement comme c'est leur coutume, signés w Yo el Rey », mais fort défectueux, en ce que le pouvoir qui leur est donné est restreint à agir, faire, conclure avec les autres plénipotentiaires qui ne sont ni nommés, ni leur nombre énoncé, tellement que c'est inutilement que Ton travailleroit avec des gens qui ne peuvent rien faire valablement sans leurs collègues, qui ne sont pas encore venus et dont le nombre n'est pas encore certain. De sorte que si le roi d'Espagne envoie encore une douzaine de plénipotentiaires avec de tels pouvoirs, ce n'est rien de fait, puisque leur pouvoir demeure toujours limité et relatif à d'autres plénipotentiaires, qui ne viendront jamais si bon lui semble. Voici les termes qui causent la difficulté : « J'établis, constitue, Saavedra ou Brun, par exemple, plenip. por traitar^ ajustât^ etc. , con mios plenipotentiarios » ; ils ne peuvent donc rien faire sans eux; et où sont-ils, et combien sont-ils? La mort de M. de Zapata redouble la difficulté; car quand on restreindroit ces mots : mes plénipotentiaires, à ceux seulement qui sont ici à Munster, Tun d'eux étant
décédé, les deux autres ne peuvent traiter valablement qu'un troisième autre ne soit substitué à leur place.
Le lundi 1 8, arriva M. de la Thuillerie, ambassadeur ordinaire aux États, mais extraordinaire vers les royaumes de Suède et de Danemarck, pour traiter la paix entre eux au nom du Roi. Il vint accompagné d'une escorte de cavalerie hollandoise et hessienne de deux mille hommes, d'autant qu'il n'avoit point de passeport des Impériaux, ni des Espagnols; et d'ailleurs le dessein de son ambassade va indirectement contre eux, puisque la paix donnera commodité aux Suédois de tourner toutes leurs forces en Allemagne.
Le mercredi 4 de mai, il partit, et prit son chemin vers Osnabrug; Son Excellence l'accompagna quelque heure de chemin, et lui donna dix cavaliers et M. Servien environ autant pour le conduire en sûreté. Il menoit avec lui un honnête homme qu'il avoit fait venir de Paris, pour être sa langue et sa plume en pays de latin ; qui est Gascon et je crois de Montauban, nommé M. de La Péreyre (1), huguenot, mais homme de belles-
(1) Isaac de La Peyrère, né à Bordeaux en 1594, avait quitté le service militaire, où il s*était distingué, pour accompagner la Thuillerie. Pendant son voyage, il recueillit les matériaux de ses deux ouvrages : Relation du Groenland; Relation de l'Islande. De
iettres, avec qui je fis grande connoissance. Il me
donna la lettre de M. de Saumaise touchant VHé-
rode infanticide (1), que je n'avois pas encore vue.
Quelques jours après son départ, nous apprîmes
que Jean de Werlh, dans un festin à Cologne,
^vcit tué le comte de Mérode pour une querelle
Pi*îse entre les pots et les verres.
Le 1 0, Son Excellence nous dit publiquement îvie le comte d'Auersberg, député de l'Empereur ^ Osnabrugy avoit refusé de communiquer son F^CDuvoir pour traiter avec les Suédois, comme ^t-ant expiré par la guerre de Danemarck et par ■^^«bsence des députés du Roi danois qui devoit 9:re le médiateur et qui est maintenant devenu ^rtie.
Je lisois, environ ce temps-là, VHistoire des ndbapiistes, composée par un docteur de Cologne ^^ommé Amoldus Messovius (2), que m' avoit prêtée
Retour en France, il publia son livre fameux sur les Préadamiies. ^oy. sur les événements qui suivirent cette publication, Haag, la France protestante,
(1) Herodes infanticida, tragédie de Heinsius, qui faisait grand bruit à cette époque. La réponse de Saumaise : Epistola ad Algi-* dium Menagium tuper Herode infanticiday est imprimée à la suite de : Cl. Salmasii viri illust, epistolarum liber primus. Leyde,
(2) Cette Histoire des anabaptistes d'Arnold Messov, professeur au gymnase de Cologne, avait été imprimée en 1617. (Voy. Driver, Bibliotheca Monasteriensis, Munster, 1799. )
le Père gardien des Cordeliers de Munster, dont les deux derniers livres sont dédiés aux fureurs de Jean de Leyde qui se fit leur roi; et je prenois plaisir à suivre pied à pied ces âmes bacchantes dans tous les lieux où ils ont fait éclater leur rage ; et il n'y en a guère dans cette ville qui ne soit signalé par quelqu'une de leurs actions funestes. Je fus curieux aussi de savoir si personne n'avoit le portrait de ce faux prophète, pour voir si les traits de son visage et sa physionomie répondoient à ses hautes entreprises et à ses actes tyranniques. M. le curé de Saint- Lambert, paroisse au milieu de la ville, et qui étoit comme le siège principal de la religion anabaptiste, où leur principal docteur Rothmann enseignoit, me dit et m'avertit qu'il étoit peint dans la fermeture de la contretable du grand autel sous la personne de Pilate qui présente au peuple un Ecce homo; digne fantaisie d'un excellent peintre qui le représenta de la sorte peu après son supplice, travaillant à la réparation de cet autel qui avoit été ruiné par ce Nabuchodonosor. Mais je l'ai vu depuis représenté en sa propre personne dans une grande taille-douce, avec son associé et le plus fameux exécuteur de ses furies, KnipperdoUing, qui est enchâssée et gardée dans
le chapitre des chanoines du Dôme. Ils ont tous
deax bien la mine de ce qu'ils ont été : l'un d'un
fanatique imposteur, l'autre d'un résolu pendard.
^ roi est vêtu à peu près comme il est dépeint
dans son histoire, avec sa chaîne d'or au cou, où
pend un globe impérial ; Knipperdoling est vêtu
d'un habit tailladé à la suisse, avec un bonnet et
^^e plume. Sous le premier sont écrits ces vers :
Hœe faciès, hic vultus erat cum sceptra tenerem, Rex anabaptistorum, sed brève tempus ego.
Sous le second ceux-ci :
Ignotus nullù Knipperdolingius oris,
Talis eram hospes cum mihi vita fuit.
Henricus Aldegaster husatriensis fecit 1536,
^ui est Tannée de leur mort tragique. J'oubliois
^ue sous l'image du roi sont écrits ces mots en
allemand, que le chapelain qui me montra ces
portraits m'interpréta : Potestas Dei est mea virtus.
Le 13, arriva M. Rosenham (1), agent de Suède
qui doit résider ici pour le traité de paix, et eut
audience de Son Excellence.
Le 1 4, jour du décès du Roi défunt. Son Excellence m'envoya chez M. Servien pour concerter
(1) Gherings de Roseaham^ gouverneur d'Ostrogothie.
quelle cérémonie on feroit pour son anniversaire.
Le 1 5, jour de la Pentecôte, je prêchai dans Saint-Lambert en présence de MM. d'Avaux et Servien, et de plusieurs auditeurs de toutes nations appartenant à MM. les Ambassadeurs étrangers.
Le 22 mai, le prince de Wurtemberg (1), cadet de cette maison, dont Taîné est dépossédé, dîna chez Son Excellence, oii il fut accompagné de M. de Rorté, agent du Roi à Osnabrug, de M. de Rosenham, agent de Suède à Munster, et de M. de Cérisante (2), conseiller de Suède et envoyé en France pour faire trouver bonne au Roi l'invasion des Suédois en Danemarck, qui s'est faite à son
(1) Aux Affaires étroingères, Allemagne, vol. XXVI, fol. 310, une lettre de Mazarin aux plénipotentiaires, du 14 avril 1644, pour leur recommander le duc de Wurtemberg, qui était chargé de faire des levées pour le compte de la France, ainsi que le montre la lettre de Mazarin à Turenne d'avril 1645, citée par M. Chéruel (t. II, p. 149) : « Nous vous envoyons M. le prince de Wurtemberg pour travailler à la levée d'un régiment de gens de pied, ce que nous présumons qui lui sera facile, maintenant que le Wurtemberg, où il a du crédit, lui est ouvert. Vous lui donnerez toutes les facilités et commodités nécessaires pour cela, et si après la levée dudit régiment vous trouvez à propos qu'il serve dans votre armée, à. quoi je ne vois point de difficulté, vous l'y retiendrez, sinon nous trouverons moyen de l'employer ailleurs à son contentement. »
(2) Maxc Ûuncan, sieur de Cérisante, mort en 1648. Tallemant des Réaux a consacré une historiette à la vie si mouvementée de cet aventurier.
insu et sans son consentement, contre les traités ^ui portent qu'ils n'entreprendront aucune nouvelle guerre sans le consentement de Sa Majesté. Le 23, Son Excellence envoya M. Allego (1) en fronce pour rendre office de consolation à M. le cardinal Mazarîn, sur la mort de sa mère. Il avoit ''endu ce même devoir six mois auparavant à Son excellence sur la mort de la sienne, non par 'ïomme exprès, mais par des lettres très particulières (2) que Son Excellence me communiqua à la
te 26, jour de la Fête-Dieu, je prêchai dans les '-'Oï^deliers en présence de Mgr Chigi, nonce apo- ^'c>lique et député médiateur pour la paix, et de ^^"ti Excellence; ensuite de quoi, MM. de la **^îffe (3) et Bigot me vinrent dire adieu. Ils s'en
tournoient en France.
Le lendemain, je vis M. le Nonce, qui me donna
ande audience; notre entretien fut des belles- ^ ttres et des lettrés, et entre autres d'un Romain qui ^^est voulu nommer Joannes Nicius Erythraeus, et
(1) Âllego avait suivi le comte d* A vaux dans toutes ses ambas- ^^des. (Voy. Correspondance du comte d'Avaux,)
(2) Ces lettres du Cardinal sont du 15 et du 19 décembre 1643. 3) Dans le cahier des preuves de la noblesse du marquis de la
Griffe, en 1773, nous trouvons la mention de deux passeports donnés le 26 mai 1644 à Jean de la BrifTe par Servien et par ^*Avaax. (Cabinet des titres, Dossiers bleus, vol. CXXXV.)
dont le vrai dooi est Joannes Victor  Rubeis (1), qui est un vieillard de soixante et dix ans, son ami de Tacadémie des Humoristes, dont est aussi le dit sieur Nonce, auquel il a dédié un petit livre intitulé Eœempla virtutum et vitiorum. Son style est fort latin, net, et sans fard. Il a fait encore une autre pièce nommée Eudemiœ lib. X, àTimitation de Y Utopie de Thomas Morus, qui est une satire où il fait le procès à beaucoup de gens, sous des noms supposés, et que Notre Saint^Père Urbain a lue avec grand plaisir. Il a encore composé un autre livre appelé Pinacotheca, qui est un éloge ou plutôt une censure d'une soixantaine d'hommes de lettres ou d'affaires de ce temps, mais défunts. M. le Nonce est comme l'éditeur de ses ouvrages. Les Eœempla et la Pinacotheca sont imprimés à Amsterdam.
Le 29, dimanche infra octovam corporis Christij se fît une procession fort solennelle de Téglise de
(1) Jean- Victor Rossi, ou A Rubeis, un des plus célèbres latinistes de ce temps. Réduit par sa pauvreté à choisir des protecteurs, il avait obtenu, grâce à l'amitié de Fabio Chigi, un modeste emploi, celui de commissaire de l'eau marane. Il ne savait pas lui-môme, comme il l'écrivait à son protecteur, ce qu'était cette eau marane, d'où elle venait et à quoi elle servait aux Romains. Erytlirœus mourut en 1647. Outre les ouvrages dont parle ici Ogier, il en a laissé d'autres : Orationes et Dialogi, qui furent édités par Bartbold Nihusius.
Saint-Lambert, où M. le Nonce porla le Sainl- Sacrement, et y assista Son Excellence. Elle dura trois grosses heures, et fûmes à quatre reposoirs différents, où furent chantés par les diacres les commencements des quatre premiers évangélistes, et encore à un cinquième, où deux écoliers des Jésuites récitèrent un long poème iambique à la louange du Saiot-Sacrement, avec des vœux pour la paix. Toute cette cérémonie accompagnée de musique de violes, de trompettes, de cornets, de sacquebules (1) à leur mode; item, d'une légion d'anges de nouvelle création, qui étoient tellement las de porter leurs ailes et leurs atours angéliques qu'ils ne désiroient rien plus que de se retirer, fatigatas ubi Dœdalus exuit alas. Son Excellence, accoutumée à l'air du pays, et d'ailleurs qui se plaît fort aux exercices et tournois de piété, dévore tout cela avec une patience germanique, mais l'ambassadeur de Venise, M. Contarini, ne peut dissimuler son impatience, et prononça en prenant congé de lui : Questi Tedescki non sanno 'fare brève cosa. En effet, ils sont longs en toute jCliose, mais surtout en procession el à table.
(1) Le Dictionnaire de Liltrii définit ainsi la saquebuto : espèce
B trompette à quatre braothes qui se dùmoutcnt, beaucoup
i longue que la trompelte ordinaire: elle sert de basse en
rAllemagae pour loules sorlea
Juin. — Les affaires languissent pour le regs»''il de la paix, et nous sommes aux écoutes pour Jsa nouvelles de la guerre tant françoises qu'esp:»agnoles; chacun de nous s'imaginant qu'il aiB 'a l'avantage dans le traité si la campagne lui ^sl favorable, nous sommes gais et tristes tour à toi« 'i selon que les événements de la guerre sont avantageux ou funestes à l'une des deux nations. Lt^s démonstrations toutefois que nous faisons de joie ou de tristesse ne sont pas excessives; nous devons cela à la révérence des ambassadeurs et à 1^ modestie bien séante à des politiques d'être C*^^^ modérés dans nos bonnes fortunes. Aussi, d^»'** les mauvoises, cliacun fait bonne mine, et témoi^^**^ une constance digne de la majesté de son prirt^*^^ et de la dignité de sa patrie. On dit que les Esp:;^^' gnols s'échappèrent un peu l'autre jour sur la ncn^^* velle de notre défaite en Catalogne, près de L— -^ rida (I). Leurs valets se séparèrent en deu^^ troupes et représentèrent le combat, et frottère:*^' bien ceux qui jouoient notre personnage. Mais J^ crois que c'est un conte fait à plaisir, et quand ils l'auroient fait, cela leur seroit pardonnable; ils sont si peu accoutumés aux victoires, principale-
(1) Leridn était a
e depuis plus
3 par les Espï-
ment en ce qnartier-là, que le moiDcire avantage est capable de les transporter hors des bornes de la raison. Il me souvient d'avoir In dans Plntarque qne lesLacédémoniens, après tant de pertes reçues par la valeur d'Épaminondas, ayant enfin gagné une bataille, en témoignèrent une joie extraordinaire par des hécatombes, des festins et des jeux publics. Ce peuple généreux, qui autrefois pour de grandes victoires ne sacrifioit qu'un coq, oublia la gravité et la frugalité de Sparte. A plus forte maison les Espagnols ont droit de se réjouir. Leur joie toutefois a été fort corrigée par le Boiteux, €[ui leur a appris que leur victoire leur coûte beaucoup plus de sang qu'aux nôtres, dont le petit nombre leur a tué tant de chefs et de bons hommes. De plus, voici un surcroit capable de les remettre dans leur première mélancolie, et de les tenir aussi jaunes qu'auparavant; c'est que M. le maréchal de Turenne a passé le Rhin, et leur a défait trois vieux régiments d'Allemands et quelque Oavalerie. D'ailleurs, je viens d'apprendre par les lettres d'un gentilhomme, procureur hollandois, C[ue l'armée du prince d'Orange a pris le fort Saint-Donat, près de l'Écluse, sous la conduite de M. de Brederode. Nous attendons d'autre côté, de jour en jour, que les Suédois tournent tète en Aile-
magne. La paix se traite entre eux et les Danois, et ils envoient quatre conseillers de chaque royaume sur les frontières pour cet effet. Vrai est que les Suédois protestent de rompre d'abord, si Ton met seulement en contestation la liberté de leur passage sur le Sund; qu'ils veulent absolument être libres et sans aucun péage pour leurs vaisseaux.
Le 20 juin, nous fûmes promener, M. de Goussencourt, M. de Saint-Maurice et moi, à Saint- Mauritz (1 ). C'est un village et une église collégiale distant de la portée d'un canon de Munster, fondé par un évèque de la même ville. Ce bon prélat se nommoit Frédéric et voulut y être enterré. Son monument porte qu'il mourut l'an 11U0. Je ne sais si c'est par respect, ou qu'il Tait ainsi ordonné, mais personne, de quelque condition qu'elle soit, ne peut être inhumée dans cette église; voire même un autre évoque ayant dessein d'être enterré en ce lieu, a fait prolonger l'église d'une chapelle qui est tout au bas et hors d'œuvre. Celui-ci s'appeloit Erpho et est estimé saint. La vieille pierre de son sépulcre porte ce titre : ce Ces deux
(1) Voy., sur l'église de Saint-Mauritz et ses fondateurs, Tarticle du D"" Darpe, Die àlteren propsle von S' Mauritz, dans le Zeit* schrifl de Munster, année 1885, vol. 43.
DU COIiGRËS OB HUN3TBR.
^Rombeaux ayant été ruinés par les anabaptistes, ont été réparés depuis cinquante ans environ, n Ces bons évèques y paroissent armés de pied en cap, comme c'est la coutume d'Allemagne, sous leur chappe épiscopale. Le fameux, apostat Rolmann avoit été nourri choriste dans ce collège par un sien oncle, et depuis en fut chapelain paravaut qu'il eût rempli la ville de Munster de ses fureurs anabaplistiques.
Le même jour au soir, le Père Mulman (1), Jésuite, apporta à Son Excellence un écrit intitulé : 'ndkiœ Anagramm. jWoji'mhï, composé contre moi. spt ou huit jours auparavant, comme on s'entretenoit à table, je ne l'aurois pas assez admiré à son gré, et avoit dit que ces faiseurs d'anagrammes abundabant olio et litterisi de [jIub, sur ce qu'il avoit dit que les vers eu éloient admirables, j'y avois remarqué quelqu'impropriété. Ces gens ne souffrant pas volontiers qu'on trouve la moindre
(1) Hyérooime .MulmanD, oé & Leipzig en 1600, devenu Jésuite après s'âlre converti au catholicisme, ttait prorcitaeur de ptiiloso- {jiie et de UiCologie au collège de Muusler; il eu fut plus tard recteur. Il mourut en 166e. laissant, entre autres ouvrages, Mj/itarium Fraudii, et des apologies contre diUérent.s pasteurs proteatoDlB. (Voy. DnrvBii, BibtiotheeaMonatterieniis. Munsler, 1799.) M, SaxELAND {Gisehiehte der Muaiteriehen gymnaiium) dit que Mulinann servit beaucoup la Compagnie des Jésuites dans ses affaires politiques, t^t cite une lettre de lui au confesseur de l'Empereur, du 12 juillet 1647,
jesu
tVim SepI
chose à redire à leurs ouvrages, ne purent digérer cela: ils écrivirent doue leurs Vindiciœ comme si j'avois abattu les autels de la Vierge. Je fis réponse dès le lendemain que j'envoyai au PèreMulman, et je pensois bien quej'aurois une réplique; néanmoins la chose en est demeurée là ; et nous nous sommes revus depuis Tun Tautre comme auparavant.
Le 29 juin, jour saint Pierre et saint Paul, nous eûmes des indulgences plénières en forme de jubilé dans le Dôme qui est dédié à celui-ci, à condition de communier et prier Dieu pour la paix. Son ËKcellence et toute la famille s'en acquitta, et je célébrai la sainte Messe.
Son Excellence avoit écrit une lettre circulaire à tous les Électeurs, princes, États, villes de l'Empire pour les inviter à l'Assemblée. L'Empereur s'en offensa, comme d'un cri de liberté qui tend a les affranchir de la servitude. Il fit donc une déclaration à rencontre. Néanmoins plusieurs princes et républiques y répondirent et remercièrent le Roi et Leurs Excellences de cette invitation promettant d'y envoyer leurs députés, et entre autres les villes hanséatiques, Lubeck, Hambourg, Brème, Strasbourg et quelques princes.
Le 4 juillet, Son Excellence fut à une action de théâtre aux Jésuites, où se trouvèrent les députés
suédois et hessiens (1), qui furent fort caressés par ces Pères. On y représenta l'histoire du Samaritain, LuCj X (2).
Le ... juillet, M. de Bregy-Fléxelles (3) arriva destiné pour aller en Pologne pour consoler le' Roi sur la mort de sa femme et de sa fille.
Le 1 1 , se fit une procession générale et annuelle
9ui est comme une pénitence publique, où quan*
^ité de femmes vont nus pieds et vêtues d'un drap
^'dûc, en mémoire d'un embrasement qui brûla
autrefois toute la ville de Munster (4).
C^) Les députés de la landgrave de Hesse étaient M. de Groisic,
^®P\iis longtemps employé aux négociations avec la France, et le
ATolteius.
^^) Ces représentations étaient très à la mode au collège de
^i:ister. Elles étaient encouragées par les chanoines du Dôme et
^^^ les bourgeois, qui, depuis 1589, autorisaient les acteurs à
^'^^'coarir la ville à cheval avec des trompettes et des saquebutes
^6ur donnaient des prix. Mais elles n'allaient pas toujours sans
^^ndale; en 1621, on dut punir les professeurs qui avaient laissé
^^ élèves, après la représentation, danser et tirer des coups de
^^il sur la place du Dôme. ( Voy . Sokeland, Geschichie des Munsters-
^^en gymnasium, et de Backer, Bibliothèque de la Société de Jésus,
^t^l. Munster,)
(3) Nicolas de Flécelles, comte de Brégy, ambassadeur en Pologne Tannée suivante (1645); maréchal de camp en 1651, ^^eutenant général en 1655, mort le 22 novembre 1689 ; neveu de ^aumaisepar son mariage avec Charlottede Chazau. (Voy. Farces, -fnstruetions de Pologne,) M. de Brégy était un protégé de Mazarin, C(ui l'envoyait, écrit Saint-Romain aux plénipotentiaires, « apprendre le métier d'ambassadeur à votre école ». (Aff. étr., Allemagne, Vol. 27, fol. 148.)
(4) La « Grande Procession », c'est ainsi qu'on la nomme à
Le 13, partit pour HoilaDde M. de Montigny, neveu de M. Servien (1). Ilalloitpoar traiter avec MM. les États du rang que doivent tenir et des honneurs que doivent recevoir leurs plénipotentiaires en cette assemblée. Car jusqu'à présent, nos ambassadeurs ne leur ont point donné la main droite, etc., et ils veulent être traités comme Venise.
Le 22, partit M. de Rorté, agent du Roi à Osnabrug, et M. de Croisic, agent de Mme la landgrave de Hesse, à Munster, pour aller en Frise, a6n d'accorder les différends survenus entre le comte d'Embdenet les Hessiens, à cause des places qu'ils occupent en cette province. M. le prince d'Orange prend part aux intérêts du comte, à cause que le fils de celui-ci a épousé la fille de celui-là.
Le mardi 20, j'eus ordre de Son Excellence d'aller trouver les supérieurs des Capucins Observantins et Cordeliers pour faire plainte de ce que le jour précédent, fête de saint Jacques, ils avoient fait des prières à la requête des ambassadeurs
Munster, rappelle deux calamités : la peste de 1382, qui enleva 6,000 personnes, et riucendie total de 1383. Elle se célèbre tou« jours le lundi de la Sainte-Marguerite, et en 1889, nous avons eu occasion do la voir. £n 1884, on en a fôté solennellement le jubilé. (Voy. Weiiphaliieher Anzeiger, numéros des 8 et 10 juillet 1884.) (1) 11 appartenait à une branche de la famille Servien qui avait quitté le Dauphiné pour se fixer à Paris au seizième siècle.
^pagnols pour la délivrance de GraveliDes; j'étois
obligé de traiter avec eux en latin, à cause qu'ils
^'entendent pas notre langue. Us répondirent que
doQ Diego de Saavedra, plénipotentiaire d'Ës-
P3gne, étoit venu ou avoît envoyé à la vérité
^hez eux et leur avoit donné Taumône, aux uns
Poixr les obliger de prier pro re gravi ^ aux autres
f^o pace, qu'ils n'avoient eu aucune intention de
Pï^ier contre la France ni contre M. d'Avaux, dont
^'^ recevoient tous les jours tant de bienfaits; qu'ils
^ (Soient prêts de faire les mêmes prières pour nous
^t sous le même titre. Ensuite les gardiens vin-
^^nt faire leurs excuses. Les Jésuites, qui avoient
^«àit la même prière, prévinrent notre plainte fort
prudemment et, dès le jour même saint Jacques,
envoyèrent députés chez Leurs Excellences, de
^orte que je ne fus point chez eux.
Le jeudi 28, il fit un horrible éclat de tonnerre C]ui tomba sur la partie occidentale de la ville qui est le côté des Espagnols et mit le feu à une grande maison qui fut brûlée. Us ont un bon ordre pour obvier aux embrasements, et entre autres inventions, ils ont des engins en forme de pompe qui jettent une quantité d'eau, en manière d'une grosse pluie, du bas de la rue jusque sur le toit des plus hautes maisons.
Le mercredi 3 août, sur les sept heures du soir, nous reçûmes la nouvelle de la prise de Gravelines (1), par exprès envoyé de la Haye par M. de Montigny, qui l'avoit apprise de Madame la princesse d'Orange. L'amiral Tromp, qui a voit contribué beaucoup à cette action avec son armée navale, Ten avoit avertie promptement; nos Espagnols et Impériaux ne le pouvoient croire et furent faites plusieurs gageures sur ce sujet* En même temps nous apprîmes que le prince d'Orange avoit passé le canal et pris le fort de Saint-Antoine, assiégé le Sas qui est la clef de Gand, où M. de la Gapelle, lieutenant-colonel, avoit fait merveille à la tète de six cents qu'il commandoit, et M. d'Âumale avoit été blessé à mort; tous deux de nos connoissances de la Haye, et le premier catholique. Gravelines avoit été rendue le 29 du mois passé, après deux mois de siège.
Le 9, pour tempérer noire joie, nous apprîmes que Fribourg en Brisgau, assiégé par l'armée bavaroise, avoit été rendu. Mais aussi cette même armée de Bavière fut défaite peu de temps après par MM. d'Enghien et de Turenne (2).
(1) Gravelines avait été prise par le duc d'Oriéans.
(2) Fribourg, où commaDdait le colonel français de Canowsky- Langendorf, s'était rendue à Mercy le 29 juillet 1644, mais
Durant ce mois, une religieuse lorraine du nombre de celles qui sont réfugiées en cette ville et à qui je prêche tous les dimanches (1), nommée sœur Catherine, prit une fantaisie de ne point manger et d'imiter le jeûne de quarante jours de Notre- Seigneur; elle demeura dix jours entiers sans prendre aucune nourriture, quelque commandeïï^ent, remontrance, prière, qu'on lui pût faire; Qofin pressée par la nécessité elle mangea. Ce qui ^t remarquable encore en cette longue abstinence, c'est que durant huit jours elle vaqua aux exercices de la maison et à enseigner leurs écoliers comme à l'ordinaire, sans aucun changement de visage. Elle avait à la vérité l'haleine fort puante. Le 1 7 arriva M. de Beauregard, agent pour le roi vers Mme la Landgrave et résident à Cassel. Son Excellence le logea, et le reçut fort bien. Aussi est-il gentilhomme d'esprit et de mérite, homme d'affaires, de paix et de guerre (2).
quelques jours après, l'armée combinée de Turenne et de Condé remportait sur le même général la victoire de Fribourg (5 août).
(1) Ces religieuses lorraines étaient venues à Munster en 1642. Leur congrégation, qui s'était rapidement développée, s'occupait de l'éducation des filles. Un décret de Napoléon, daté de Fontainebleau, 23 Janvier 1813, l'a supprimée. (Voy. Tibus, Die Stadt Munster, p. 306.)
(2) Dans une lettre à Turenne, Mazarin appréciait ainsi Beauregard : « Je le trouve fort honnête homme et le tiens homme de service. » {Lettres de Mazarin, t. II, p. 139.)
Le 18, jour de ma naissance, nous reçûmes la nouvelle de la mort de Notre Saint-Père le pape Urbain VIII (1), et fut Son Excellence consoler M. le Nonce sur ce sujet.
Le 25, M. de Brégy partit pour Pologne et je lui fus dire adieu .
Le 26, fut fait un service public dans le Dôme pour rame de Notre Saint-Père, où furent invités MM. les Ambassadeurs.
Hoc mense, simultates, riœœ, altercationes inter utrumque legatum^ principio pressœ, dein paulatim crescenteSj sœpius maie compositœj tum demum in aperta odia prorupere. Nullus eœinde inter ipsos nequede privatis, neque de publias rébus congressus, Scripserat epistolam non satis sobriam ad Avaua> Servien {dissidia hactenus intus verba steterant). Accusabat in multis capitibus, tam negligentiœ quam imprudenticBj homo novus in legationibus veterem tractandi peritissimum. Respondit ille non tam acriter quam modeste; certe civilem modum non est transgressus, reveritusque in inimico dignitatem communis muneris. Replicatum est portenioso volumine tôt probris, convitiis, sordibusque scatente, ut nil reliquum factum sitj de pontanis bajulis,
(1) Urbain YIII (MaQ'eo Barberiai) était mort le 29 juillet 1644.
aquariis, scortis, veterique comedia. Nil retulit ad famosum libellum Avauœ; tantum scripsit ad fieginanij conquestusque est de injuria; speèie tamen querelœ apologiam texit sollertissimey ita ut qui" cumque legerit epistolam, non dubitet quin sit plane explenoque responsum horribili sacroque volumini. Interea nondum ex dierum computatione perlata a cursore epistola apologetica Lutetiam, indidem venit san Romanus litterain afferens legatis a Regina quibus auctorilate gravissima jubentur sub pœna imminutœ majestatis injuriarum oblivisci, easque condonare reipublicœ. Protinus Avaux noster^ ne tanta palma ab œmulo prœripereiur ^ currum conscendit, in dornum illius proficiscitur, deœtram offert; quid amplius interipsos actum sit, nescio; aies aperiet. Unum sciOj prudeniissivie juxia ac fortissime fecisse Memmium, qui, si prœventus fuisset, magnam jactandi obsequii erga regem sui tmno et astuto homini fenestram aperuisset. Nunc cura suojure posset uti, domi prœstolari adventum
ejus maluit omnibus exemplo esse civiliter habendas ejuscemodi discordias. Nunc quin fortiter fecerit nulli dubium est qui norit quanta animi coU'tentio impendenda sit domandœ indignationi quœ justissimis de causis concepta sit. Istud prœ om* nibus Ga^tonis Enguiemensis Auriacivictoriis habeo;
quibus ut nihil detraclum velim, omnes, quotquot pugnant, milites participant, hic omnia nostra sunt in erp. Hœc ante prandium gerebantur magna, ut ab illis qui aderant accipio, consterna^ tione in ipsius Servien^ in cujus animo odium^ pudor, gaudium^ metus, pœnitentia, in vultu rubor, pallorque invicem observabantur. Ut pransum est apud nos, ecce hic ingreditur cum maxime hœc scribo. Recesser am e mensa in cubiculum, ut litteris conscribendis vacarem. Faxit Deus Opt. Max. ut gratta sincera minimeque fucata inter ipsos sarciatur, omen pacis futures. ^ 27 augusti in pervigilio sancti Augustini.
Le 26, arriva de Paris M. de Saint-Romain, qui m'apporta des lettres de mon frère, avec quatre-vingt-seize écus d'or, dont je n'avois plus besoin, car Son Excellence m'avoit fait donner par M. Gambier (1) deux cents risdalles, qui font environ cinq cents francs, desquels, avec cinq cents autres que j'avois reçus à Paris peu auparavant notre départ, j'ai donné quittance de mille livres de mes appointements échus le premier juillet passé. Ainsi plait-il à mon unique et libéral bienfaiteur de combler le grand et signalé béné-
(1) Garabier était depuis longtemps l'un des secrétaires du comte d'Avauz. (Voy. Correspondance du comte d'Avaux.)
^H DU COriGRËS DE MUNSTER. 85
fice qu'il m'a fait en la pension qu'il m'a donnée sur l'abbaye de la Vaulx le Roy (1), d'autres nou- "veaux bienfaits.
h^ Le4septembre,M.ServiendînacliezM.d'Avaux ~iet, le lendemain, partit pour Osnabrug pour conférer avec les plénipotentiaires de Suède, comme pareillement l'un d'eux, M. Salvius (2), étoit venu quelques mois auparavant ici, à Munster.
En me promenant dans le cloître du Dôme, je lisois cette épitaplie de Rodolphus Langius (3), «chanoine de Munster, et le premier et ancien poète qu'avoit eu la Germanie depuis la restauration des bonnes lettres :
Inclûus in nostro dum vixit Langius orbe PrŒsidium doclis, pauperibusquc salus, Mox ubi suslideral tantum Decus invida Fata
Liictus erat doclis, pauperibusque famés.
Obiit octogenario major, anno Dni 1 520.
^1^ (1) LaVoIroy, abbaye ciatorcienno voisine du comté d'Avauï (Eommuoe de Saint- QueQtin-Ie-Potil, Ardonnea). D'après Talle- NANT DES RéAUX (t. JV, p. 41S}, Ogier aurait reçu deux mille livres de reqte sur cette abbaye, qui en Takit dix-huit mille.
(2) Jean Âdler Salvius (1590-16SS) était depuis 1638 chargé des
Ini^goeiations avec la Franco. Pour ses rapports de Munster, V. Handiingar vardnde Skandinaviens hUloria. vol. 5, 1818, et Hiiloriiki Bibliotek, iSie.
(3) Rodolphe Lange, chanoine de Mnnster. Drives, dans la Bibliotheca Manasleyif^is (Munster, in-S", 1799), donne la liste des nombreux ouvrages de Lange et reproduit son épitaphe.
Dans Tancienne église de Saint-Paul, qai éloit autrefois épiscopale et la cathédrale, et qui est jointe à la grande par ce cloître, est un collée de chanoines, dont Knipperdoling, frère de ce faoïeax séditieux, et porte-enseigne des anabaptistes, étoit doyen. On dit que ce bon homme fit tout ce qu'il put pour ramener ce furieux dans le bon chemin, mais il n'en put venir à bout. Il est enterré dans ce temple avec une épitaphe fort honorable.
Le 15, vint la nouvelle de la prise de Pbilippsbourg par le duc d'Anguien, ce qui étonna bien du monde (1); puis ensuite et comme de jour en jour, nous apprenions le progrès de ses victoires, la reddition de Spire et de Mayence.
Le 23, partit M. de Beauregard pour s'en retourner à Gassel, et remporta à Mme la landgrave un exemplaire d'une seconde lettre circulaire pour accompagner celle que le Roi écrit à tous les princes et États d'Allemagne. L'Empereur et ses ministres avoient trouvé quelque chose à
(1) Philippsbourg avait été prise le 10 septembre. « Le pablic, (lit le duc d'Aumale, t. IV, p. 380, n'attendait pas un succès aussi prompt; on doutait même du succès, et à la Cour on était fort disposé à rire do la confiance que montrait M. le Prince dans l'étoile et le mérite de son Ûls. Quand on sut Philippsbourg pris, il y eut un grand revirement, et tout le monde voulait avoir prévu le résultat. Mais ce qui suivit surprit bien davantage. » En effet, en moins de sept jours, Spire, Worms et Mayence se rendirent.
l redire aux termes de la première lettre circulaire
I envoyée par nos Plénîpotenliaires auxdils princes
et États pour les convier de venir à Munster. Ils
»avoient même dit en pleine assenablée à Francfort que c'étoit une lettre séditieuse, etquenosAmbasdeurs écrivant de la sorte avoient perdu la sûreté publicpie qui leur est donnée par leur qualité et leurs passeports. Cela a obligé le Roi à avouer par lettre expresse aux princes et États la procédure de ses ministres, qui ont ensuite écrit la seconde circulaire, qui avec la première est du slyle et de
».ianiain de M. d'Avaux.
Le 18, je reçus lettre de M. Descartes, et trois de ses livres (1), dont il me prioit de présenter les deux à MM, nos Plénipotentiaires, ce que je fis. Sa lettre est datée de Paris; ses livres imprimés à
^■^ (1) Le livre que Deacartes a envoyé à Ogier se trouve mainte-
^KaDt dans la bibliothèque del&vUledeCarcassoaue. (Voy. Funcin,
^Bi propoi d'un aalographe de Deicarlet : Mémoires de la Saeiiilé daa
^Uf-ti et Sciences de Carcationne. aouèB ISSi, t. IV.) C'était tes
^HPrinetp^i de la philosophie, suivis de ta traduction latine du dis-
K tours de ]a méthode, des dioptriques et du traité des lUélÉores.
ie volume, qui a été achevé d'imprimer le IS Juillet 16i4, porte à,
la première page : « F' Ogier acrii judicii tenatorii cenienda prO'
ponil Deieartis. ■ Sur le feuillet blanc qui précède la première
page sont quelques lignes presque iodéchilTrables (c'est bien là
j'âcriture d'Ogier) : » Haga comiti» mitiut liber ab auelore cum
tpiilola Monaslerium Wistofatoram, ubi nuite lempuri» eommoror
in eomilalu Ctaudii Memmii Avavxii MiBcenatii mei ad pacem
I 18 «pi. i64J. — F. Ogier. »
Amsterdam, et envoyés de la Haye par M. Brasset. Je lui tis réponse le 24.
Enfin MM. les Impériaux, qui avoient toujours refusédecommuniquer leurs pouvoirs à Osnabrug, Font fait et ont reçu communication de celui des Suédois, sur lequel toutefois, encore qu'ils l'approuvent et n'y trouvent rien à redire, ils ne veulent point donner de réponse, qu'ils n'aient envoyé à Vienne et su le sentiment de leur maître. Voilà d'étranges plénipotentiaires qui n'ont aucune puissance, et qui n'ont pas le crédit d'approuver un pouvoir auquel ils ne trouvent rien à redire. Si daps le fond de l'affaire ils usent de longueurs proportionnées à celle-ci, nous pouvons bien nous résoudre de vieillir et de mourir en ce pays-ci, et je ne sais pas si l'enfant dont Mme Servien est en travail pourroit espérer de voir terminer un traité où nos adversaires apportent des délais si extraordinaires.
Le 29, le nouveau député de Portugal, qui se faisoit appeler ambassadeur partout où il a passé, eut audience de Son Excellence, et fut reçu seulement comme un agent. Il se nomme M. d'Andrado (1).
(1) François de Andrada Leitao avait été ambassadeur ea Angleterre et aux Pays-Bas.
Le 5 octobre y nous reçûmes la nouvelle de l'élection du cardinal Pamfilio au souverain pontificat. Il est Romain de naissance et a pris le nom d'Innocent dixième. Il fut élu le 15 septembre 1644, après de longues contestations et un conclave de quarante jours. Il est venu autrefois en France quand le cardinal François Barberini y fut envoyé légat, et depuis a été nonce en Espagne. Il est âgé de soixante et onze ans.
Le 8 octobre, partit M. de Marcilly, autrement Croissy, pour aller en Transylvanie trouver le prince Ragosky et confirmer la confédération que nous avons avec lui par l'entremise des Suédois, par un nouveau traité. Auparavant que de partir, il me donna son induit (1) qu'il a en qualité de conseiller de la cour aux requêtes.
Son Excellence m'ayant laissé l'image de Notre Saint-Père, qui lui avoit été envoyée par le nonce, je fis ce sonnet sur ses armoiries, qui sont d'une colombe qui tient une branche d'olive à son bec et trois fleurs de lys à ce chef :
(1) L'induit était le droit particulier qu'avaient les officiers du Parlement de Paris de requérir sur un évéché ou sur une abbaye le premier bénéfice vacant, soit pour eux-mêmes , soit pour un autre. Chaque officier ne pouvait exercer le droit d'induit qu'une fois en sa vie.
« Si le présage heureux d'un bien qui nous arrive « Fut jamais observé par le vol des oiseaux, c Quels signes plus certains, quels augures plus beaux « Que l'aimable colombe et sa branche d'olive I
« Ce déluge de sang qui sans fond et sans rive « Est tous les jours fertile en ravages nouveaux, « Enfin arrêtera le débord de ses eaux :
« Je vois régner la paix et Bellone captive.
« Au seul regard des yeux, au signe de la main « Du grand pape Innocent, du dictateur romain, « La colombe et l'olive apaisent la tempête,
« Et les trois fleurs de lys qu'elle porte en son chef « Montrent que ce Pontife aura toujours en tête « Le soin de conserver la France de méchef. »
Le jour Saint-Denis, 9 octobre, an révolu de notre voyage.
L'onzième, vint la nouvelle que le siège de Tarragone étoit levé. On ne peut pas être heureux de tous côtés.
Le dernier du mois, nous eûmes nouvelles de la mort du comte d'Herbenstein, général de l'armée de Mme la landgrave de Hesse-Cassel, décédé . de maladie en Ost-Frise, où il étoit pour les différends qui sont entre sa maîtresse et le comte d'Embden .
Au commencement de novembre, les plénipotentiaires de part et d'autre travailloient soigneu-
sèment à la réformation et correction de leurs pouvoirs, dont ils tombèrent enfin d'accord et se fiï'eiit fort de les obtenir en la forme accordée, chacun de leurs maîtres, dans le 20 janvier prochain; tellement que nous concevions une grande espérance de venir après tant de longueurs au traiîtédepaix.
Cependant courroient plusieurs libelles des Im-
P^Tiaux contre la lettre circulaire de nos Ambas-
s^cieurs, se plaignant qu'on avoit entrepris sur
'ô^ droits de l'Empereur et passé les bornes du
I^^::^uvoir de notre légation. Ils disoient plusieurs
^^probres du Roi et de la France, voire même
^ *.oient si impudents d'avancer que nous avions
rdu le droit de la sûreté publique, et qu'il fal-
it donner des gardes à nos Ambassadeurs; mais
^la ne les épouvantoit guère, et Ton se préparoit
répondre à ces libelles, dont l'un s'appeloit
micchcritica monitio ad gallos legatos (i), et
^ 'autre Castigationes.
Le mercredi 17, M. Salvius, plénipotentiaire de
(1) Ce pamphlet est d'Antoine Brun. Voy. P. Lelong, n. 30721, et ^oiGNAND, Éloge de Brun, Amico-critica Monitio ad Galliœ Legatos ^estphalorum paeis traetandœ titulo missos, auctore Adolpho ^prengero, Ubioi'um consule. Franco furti.,. 1644, in-4«. Le P. Le- ^ong cite (n. 30722) Mathieu de Mourgue, abbé de Saint-Germain, ^omme rauteur de la réponse : Amico-criticœ Monitionis litura ®Q/at»o dedueta, 1645, ïn-A^,
Suède à Osnabrug, fut traité magnifiquement par Son Excellence, où assistoient les agents de Portugal et Catalogne. C'est la première fois que je Tai vu, quoiqu'il soit venu ici une autre fois, mais il ne vouloit pas être connu.
Le 25, jour de Sainte-Catherine, arriva l'évêque d'Osnabrug, prince de la maison de Bavière, député et plénipotentiaire tant du duc de Bavière que des trois Électeurs ecclésiastiques (1). Les plénipotentiaires et médiateurs envoyèrent leurs carrosses au-devant de lui, excepté les Espagnols, qui ne comparurent pas à leur ordinaire; son train et son équipage sentoient bien son prince, et il étoit accompagné de la noblesse d'autour de Munster, son logis est l'évêché. Il fut visité de Son Excellence le 28, qui m'apprit qu'il étoit député pour tout le collège électoral et qu'il devroit rendre compte de sa légation à deux Électeurs, Cologne et Brandebourg.
(1) Frédéric-Guillaume, comte de Wurtenberg, évéque d'Osnabrûck, de Verden et de Miuden, cousin germain du duc de Bavière et de Ferdinand, électeur et archevêque de Cologne. Il était accompagné de Thierri de Reck, prévôt de l'église cathédrale de Paderborn, chanoine de Munster; de A. de Landsberg et de Buchmann. Son entrée dut être fort belle, car Bernard Golschmidt rapporte qu'il avait avec lui soixante-dix nobles à cheval. (Voy . Lebensgeschichte des Kardinal prieslers Franz Wilhem. Osnabrûck, 1866, in-8».)
Durant le mois, les Espagnols prirent le deuil de la reine d'Espagne, de la mort de laquelle ils donnèrent avis h nos Ambassadeurs et en furent visités.
Le 1 5 décembre, vint la nouvelle de la retraite de Galas dans Magdebourg et de la défaite de son armée et du secours qui lui étoit venu de Saxe, sous la conduite de Ëkemfort, par te maréchal Torsteuson .
Le 16, arriva M. d'Avaugour, colonel dans ladite armée et agent du Roi, et M. Van den Lind, aussi colonel suédois. Ledit sieur d'Avaugour me fit l'honneur de me venir voir et de renouveler avec moi la connoissance qu'il a avec mon frère, qui l'a vu en Danemarck, Suède et ailleurs (1).
(1) Sur le mission à. k fois militaire et politique cle ces deux officiers, voy. Négociations teerélei de Mun$tti\ Le barou d'Avaugour, d'abord employé auprès de FeuquiÉres, en Allemagne, avait ri d'Avaux dans les cours du Nord. (Voy. Correepoiidance du te SAvaux.) Nommé résilient à Dan:tig en 163e, il fut, en lUi, appelé à remplacer Beauregard comme attaché militaire I WjprÈB de i'amiée de Suède. (AIT. étr., Ailemagne. vol. XVI, M. i78, Me; Pologne. ïol. V, fol. 8, 57.) Torslenson, qui avait graade oouliauce en lui, lui Qt donner, en mare 16U, un régiment de cavalerie suédoise (Suéde, Tol. VIU, fol. 65J et l'employa eu de nombreuses négociations, qui le firent aller pluaieurij fols & Munster et à Paris, A l'occasion d'un de ces voyages. d'Avaux L écrlvut û la Cour ; • M. d'Avaugour est un gentilhomme qui a K toujours bien servi et dans tes négociations et dans les armées; Irdepuis douze ou quinze ans, il est employé en Allemagne, Si la T Beine lui fait du bien, on ne demandera pas pourquoi. Je sais
M. de Brégy éloit revenu de Pologne, quelques jours auparavant, et partit incontinent pour Paris.
Le 24 arriva M. Oxenstiern(l), plénipotentiaire de la couronne de Suède à Osnabrug; il étoit venu sous prétexte de curiosité de voir les cérémonies des catholiques aux fêtes de Noël, mais en effet c'étoit pour conférer avec nos Messieurs. Cette venue surprit bien fort ceux qui croyoient que ce seigneur, qui le porte fort haut et qui est le fils du premier grand chancelier, ne viendroit point ici que M. de Longueville n'y parût, qu'il attend et considère comme son égal ; mais ceux qui ont eu cette pensée ignorent Testime que Ton fait de M. d'Avaux dans tout le Septentrion, et qu'il n'y a point de si grand seigneur en tout ce pays-là qui ne croit être bien honoré d'être apparié avec lui et de marcher sur même ligne, de sorte qu'il arriva par cette visite que nos seconds qui ont tant de peine et de contradiction à reconnaître la précédence et la dignité de leurs premiers, sont réduits
qu'il a beaucoup do créance auprès du général Torstenson, et que cela est très utile au service du Roi et au soulagement des catholiques. » {Allemagne^ vol. XXXIV, fol. 421.) D'Avaugour mourut en 1657, ambassadeur en Suède.
Sur ses relations avec Gh. Ogier, voy. les Éph^nérides, p. 41, 434, 441,4 i7.
(1) Jean Oxenstiern, né en 1611, mort en 1657.
à servir de parallèle aux docteurs Yolmar, Salvius et Brun, que les premiers plénipotentiaires de l'Empereur, de Suède et d'Espagne, regardent comme des suivants et des porteurs de registres, fournisseurs de mémoires d'État, qu'ils font venir sur le poing quand bon leur semble.