‹ Journal du Congrès de MunsterChapitre 39 sur 57 · ANNUS · texte numérisé non relu

ANNUS

Qui utinam sit magis pacificus quam 1res hacte^ nus elapsij nihil hic aut certe aliud agentibus quam quod ad pacem recte deducat. Interea extremam animam trahit utriusque partis populus, prœda et militum et publicanorum ad eœtrema crudelitatis exempta expositus. Gémit orbis christianus , plau^ dentibus Turcis, magnopere nostro dedecore, majore damno imperium sumn in fines nostros protenderi'» tibuSj occupata Creta. Tantum paucorum ambitio quorum reculœ per turbas crescunt potuit suadere malorum.

Le 1" jour de l'an, je ne prêchai point, contre ma coutume. L'obligation de prendre l'ordre d'ailleurs que de Son Excellence depuis la venue de Son Altesse, m'a un peu dégoûté de l'action publique. Verbum domini non est alligatum.

Le 4, vint la nouvelle de la mort de M. le

Prince (1), qui mit toute la maison de Longueville 6t particulièrement Mme sa fille en deuil. On croyoit ici que cette mort n'étoit pas avantageuse pour la paix, d'autant que ce prince l'avoit fort souhaitée durant sa vie, et avoit toujours opiné en sa faveur au Conseil, et les étrangers en furent déplaisants à cause de cela.

Le 6, je fus visiter Mme Anne Touman, fille de singulière vertu et dévotion, qui, depuis beaucoup d'années, s'est entièrement consacrée au service des Pères Capucins de cette ville, qu'elle assiste avec des soins incomparables. C'est pourquoi on l'appelle communément leur mère, et merito.

Le 15, Son Excellence partit pour Osnabrug (2) où le comte de Trautmansdorf s'étoit déjà acheminé sur l'espérance que les Suédois concluront enfin leur traité avec l'Empereur, s'étant fait entendre qu'ils ne se soucient plus du conseute-

(1) Henri de Bourbon, troisième prince de Condé, le père du duc d'Anguien et de la duchesse de Longueville, était mort le 26 décembre 1616. (Voy. duc d'Aumale, Histoire des Condé, t. V, p. 120.)

(2) Sur ce voyage de d'Avaux à Osnabrug et les négociations qui ravalent nécessité^ voy. Chéruel, Notice sur Groulart de la Courtt p. 11-18. « ...M. d'Avaux est céans, qui m'a fait la faveur de prendre la maison avec quelques-uns de ses domestiques... Tout se passe fort bien, en grande conûdence, mais néanmoins, je crois qu'il pense quelquefois au déplaisir qu'il me voulut rendre à Munster, qui lui a assez mal réussi. »

ment de l'Électeur de Brandebourg pour le fait de la Poméranie; mais les députés de ce prince ayant appris qu"on allait traiter sans eux, accourent pour consentir en son nom et renouer la partie pour les récompenses qu'on leur offroit. Les Hollandois y ont aussi été, qui y ont été reçus froidement, et des nôtres et des Suédois, à cause de leur traité qu'ils ont signé précipitamment avec les Espagnols (1), quoique l'un d'entre eux, nommé M. de Neederhorst (2), député de la province d'IItrecht, ait refusé de signer, et se soit transporté à la Haye pour justifier son procédé. Voilà donc la vraie raison du voyage de M. Servien au même lieu découverte. Nous avons ici quelques indices violents que les Espagnols ont distribué de l'argentàquelques plénipotentiaires de Hollande pour les obliger de liâter les affaires; quatre bourses de velours faites en un certain endroit par ordre d'un secrétaire d'Espagne et une notable somme partagée en quatre par un certain

(1) Le peintre Terburg a raprésenlii la signature du Iraité défloitif de pB.ix entre l'Espagne et les Pays-Bas. dans un tableau célèbre qui est maintenant à la National Gallery de Londres.

(2) < M. de Neederhorst ne se peut assez louer. Ce qu'il a fait pour nous est par un vrai principe d'honneur, parce qu'il croit que cela se doit faire, et que c'est le bien de son pays. > Lettre du duo de Longueville.

homme, en donnent des conjectures bien fortes (i).

Le 23, j'envoyai à Son Excellence un Propemtique (2) de cent vers, que j'avois composé sur son voyage d'Osnabrug. Il me semble que l'enthousiasme poétique que j'avois à vingt ans n'étoit pas encore éteint. Agnosco veteris vestigia Musœ.

Le ... février, arriva un écuyer de la Reine pour rendre office de la part de Sa Majesté à M. et Mme de Longueville, sur la mort de M. le Prince. Vint aussi M. de Marcheville, ci-devant ambassadeur à Constantinople, pour la même chose, de la part de M. le duc d'Orléans (3).

Le 13, nous reçûmes nouvelles de Son Excellence, d'Osnabrug, que l'accommodement des Suédois et de Brandebourg étoit signé et conclu pour

(1) Voy. sur la corruption des Hollandais par les Espagnols, le P. Bougeant, t. V, p. 24-26. « Il est à cette heure quasi comme constant que 12,000 richsdales ont été distribuées par les Espagnols à quelques femmes des plénipotentiaires des États, ce qui se dit par quantité de personnes et sert de conte dans Munster à présent. » Lettre du duc de Longueville.

(2) Ne vaudrait-il pas mieux lire Protreptique, terme employé par Balzac et désignant une pièce de vers composée à la louange de quelqu'un?

. (3) Henri de Gournay, comte de Marcheville, était devenu, après de nombreuses missions en Allemagne et son ambassade à Constantinople (1631), premier chambellan du duc d'Orléans. Sur son voyage à Munster, Voy. Goulas, Mémoires, t. II, p. 209.

le regard de la Poméranie (1), J'en envoyai une copie à mon Trère à Paris.

Le M, nos gentilshommes représentèrent la comédie des Visionnaires (2), pour se réjouir des bons succès de Son Excellence absente, et réussirent à merveille.

M. le baron étoit à Osnabrug avec Son Excellence. Je l'attaquai par lettre sur les (?) il y a eu réponse et réplique; ce combat dure encore, où il est secondé par Son Excellence. Vox Jacobi 'manet Esaii. Les grands esprits se délassent dans les gentillesses, comme Scipion et Lœlius à amasser des coquilles sur le bord de la mer.

Le id, nous reçûmes nouvelles que raccommodement de l'Empereur et des Suédois étoit fait par l'entremise de Son Excellence, dont toule cette assemblée eut une joie incroyable. M. de Nassau en fit avertir M. de Longueville par un des siens, et le sieur Isola (3), agent de l'Empereur,

(1) - Cetle affaire, l'crivait Groulart de la Court le 14 révrier, a duré un moLB o'. nous a doQDi'' das peines incroyAbles, car nous avons A traiter nvec MM. de Suède, qu'il est iinposaiblc, par raison, de porter à. l'auconi modem ont, croyant, en l'état que sont leur)! alTuires, que l'oD leur fait grand tort de neleurpasIuBaer toule l'Allemagne pour partage. . (Chéruei., Noticetnr Groulatl.p. 13.)

(î) Les VitioHnairei, comédie de Des Marets de Saint-Sorlin, . jouée pour la prctnière fois en i 637.

(3) Franz von Lieola. M. Phibhah a publié ses rapports d

1655 à laeu.

partit en poste pour aller porter cette bonne nouvelle à Vienne.

Le 24, M. de Préfontaine fut aussi dépêché en France par Son Excellence pour en porter les nouvelles à la Cour (1).

Le 1*' mars, j'envoyai à Amsterdam au sieur Bartoldus Nihusius une longue lettre latine pour le remercier d'un sien traité qn'il m'avoit envoyé, dans laquelle j'attaque M. de Saumaise touchant la question si saint Pierre a été à Rome ou non (2).

Les 3, 4 et 5, nos gentilshommes et nos pages représentèrent des comédies pour se diverlir dans le carnaval et se consoler de l'absence de Son Excellence.

Le 17, vint la nouvelle de la mort du prince d'Orange, Henri-Frédéric de Nassau, qui ne surprit pas beaucoup le monde. Il y avoit plus de six mois qu'on s'y attendoit, et qu'il ne faisoit phis que survivre à soi-même, tant pour l'esprit, qui étoit fort baissé, que pour le corps, qui étoit fort faible. Il étoit décédé le jeudi 14.

(1) « M. d'Avaux envoie demain son secrétaire à la Coui* pour porter les articles de raccommodement de Suède et de l'Empereur, pour faire valoir sa marchandise. » (Lettre de Groulart, du 21 février, Chéruel, loc. cit., p. 16.)

(2) Saumaise avait publié, en 1645, un livre. De primatu Papœ, qui avait produit un grand scandale parmi les théologiens.

Le 19, jour de Saint-Joseph, je prêchai par ordre de M. de Longue ville et sans beaucoup de préparation. Je rencontrai mieux, ce me semble, que je n'a vois fait autrefois à Paris, dans les Feuillants, avec un sermon bien étudié.

Le 20, Son Excellence revint d'Osnabrug avec M. de la Court, pour dire adieu à Mme de Longueville qui reprenoit le chemin de France. Il croyoit s'en retourner tout sur l'heure, pour mettre fin à une affaire si bien commencée, mais il trouva ici la négociation d'Espagne en un tel état qu'il fut obligé de demeurer quelques jours.

Le 22, nous reçûmes nouvelles que le traité d'Ulm, pour la trêve et neutralité entre France, Suède, Bavière, Hesse, Électorat de Cologne, étoit heureusement conclu, pour durer jusqu'à la paix finale qui se traite en ce lieu.

Le même jour, MM.d'Haligre et de Morfontaine, qui venoient de voyager par tout le Septentrion, vinrent voir Son Excellence et m'apportèrent des lettres de Varsovie, de la part de M. de Ransay.

Le 27, Mme et Mlle de Longueville partirent pour retourner en France (1). Je reçus force civi-

(1) Mme de Longueville étant devenue grosse à Munster, s'était décidée à retourner en France. (Voy. Cousin, Jeunesse de Mme de Longueville, p. 287, et le Voyage de Joly, p. 262 et 269.) « Nous partîmes de Munster le mercredi 27 mars et nous vînmes coucher

DU CONCR&S DE HUKSTER.

lités de l'une et de l'autre, pour les sermons que je leur avois faits. Mme de Trassy, gouvernante de Mademoiselle, me promit beaucoup d'amitiés, et je l'en crois à cause de sa verlu et de sa piété singulières. Son Excellence les accompagna jusqu'à Dulmen.

Le 1" avril. Son Excellence partit pour retourner à Osnabrug, où les vœux de tout le monde le rappeloient pour achever la négociation si bien commencée.

Le 4, un certain nommé Le Sage, secrétaire de M. de Courval, gouverneur de Mayence, étant ici venu pour les affaires de son maître, transporté de fureur et de mélancolie, se tua soi-même, dans la maison des Capucins. Ce misérable avoit autrefois tué, quoique par mégarde, un prêtre à Sa- Teme; l'on tient que depuis il n'avoit pas eu l'esprit sain.

Le 19, jour du Vendredi Saint, je prêchai la ^lise Saint-Nicolas, chez M. de Longueville, et peroravi per duas horas cum dimtdia ah hora sepHma ad sesquiiiovas .

Le 21, jour de Pâques, je prêchai au même lieu avec grand concours de l'Église françoise. Le

à Dulmeo, Juaqu'auquel lieu M. d'Avaui accorapagoa Mme et Mlle do Longuevillc. et s'en rotounia le 1(

lendemain, je fus chez les religieuses terminer mes actions.

Le seul plénipotentiaire des États qui étoit resté en cette ville, qui est M. d'Hemstedt, est retourné en Hollande pour rendre compte de sa négociation et répondre aux charges et accusations que M. Servien attente contre lui et ses compiagnons. Quelques semaines auparavant, la médiation entre nous et les Espagnols avoit été ôlée d'entre ses mains, pour être remise en celles des médiateurs ordinaires.

Le 1*' mai, je visitai M. le Nonce, et eus grande conférence avec lui des belles-lettres. Il me fit présent de deux livres qui lui sont dédiés, l'un la vie d'un saint de sa famille (1), l'autre une explication sur le canon de la messe.

Le 1 2, M. de Croissy-Marcilly arriva ici revenant d'Ulm, où il avoit été député pour le traité de trêve et suspension d'armes entre nous et les Bavarois, où il a réussi heureusement. Ce traité déplaît autant aux Espagnols qu'à nous le leur avec les Hollandois; tellement qu'ils recommencent à renouer la négociation avec nous. Ils nous

(1) Vita B. Joannis Chisii à Maciaretto Ordinis Eremit, S. P. Augustini, imprimé à Anvers, 1641, in-S®. Claude Joly (Voyage, p. 265) raconte que le nonce lui fit aussi présent de ce volume.

accordent toutes nos demandes, voire même une année de suspension pour le Portugal. La difficulté est qu'ils ne veulent pas que cet article soit couché sur le traité, mais qu'on se fie à leur parole et à la promesse qu'ils font d'envoyer tant de forces contre le Turc, qu'ils ne seront plus en état de nuire aux Portugais.

Le 19, M. de la Torre fut sacré par les mains de M. le Nonce, archevêque d'Éphèse; mais son vrai diocèse est la Hollande, dont il est natif, et où nous l'avons connu (1). Il étoit venu ici accompagné des principaux ecclésiastiques de sa province, mêmement de M. Rovénius, évêque de Philippe (2), dont il est comme le coadjuteur et successeur ; de M. Marius, d'Amsterdam, et autres. Cette cérémonie se fit en secret, de peur de donner

(1) Voy. plus haut, p. 31. Le 5 août 1647, d'Avaux et Servien écrivaient à la Cour, sur la prière du nonce et de Con tarin! , pour recommander ce personnage. « Le sieur Jacques de la Torre, natif de la Haye, archevêque d'Éphèso et coadjuteur du vicaire apostolique des Provinces- Unies, a été fait depuis quelques années aumônier de la Reine. S'il plaisait à Sa Majesté de lui donner quelque bénéfice en France, il s'en tiendrait grandement honoré. Il est d'une vie exemplaire et fait un très grand fruit parmi les catholiques des Pays-Bas. » {Négociations de Munster, t. IV, p. 142.)

(2) Sous la titre d'évôque de Philippes, Rovénius rempHssait les fonctions d'évêque d'Utrecht. Il mourut en 1651, après trentesept années d'épiscopat. (Voy. Dupac de Bellegarde, Histoire abrégée de l*église métropolitaine d'Utrecht, p. 117 à 150.)

lie la jalousie aux, Hollandois qui sont ici, et d'ex

citer quelque tempêtesur les catholiques, qui jouis — ■ sent à présent d'un assez bon calme dans l'exer — cice de la religion.

Le 21 , ledit sieur de la Torre, et M. Marins avec deux autres prêtres, dont l'un est le sieur LudolphusabHenaen, curédeDort, furent traités magnifiquement par Son Excellence, qui leur donna passeport et son trompette pour les reconduire jusques sur les terres des États.

Le 26, l'ambassadeur de Rakoczy, prince de Transylvanie (1), nouvellement arrivé, eut au-

(1) Sur ce député (le Transylvanie, François Jarml, voy. A. Sîi- LiDTi, Aclei et documentl pour servir à l'alliance de G. Rakoe:y avec Iti Fraudait et let Suédois peitdanl In gaerrc de Trente on», p. 390-*oa. — Nfgaciatiom tecrélet de Mnntier. t. IV, p. llî. (AH. élr-, Hongrie, vol. i.) — Un dDCumenl du Fonds Godefroy, vol. S86, Joane quelques détails curieux sur son séjour â Munster. • Le 3S mai. arriva ici un député de Raliocity. — Le S6, Soq Altesse l'envoya quérir dans son carrosse du corps. — Le B7, M. d'Avauï. — Le 31, Son Altesse lui donna à dîner, où le grand buffet de vermeil doré était dressé. A une petite table, du cAté de la cheminée, étoient assis Son Altesse, une place vide, H. de Saint-Ron)B.in de l'autre cûté, vis-à-vis de Son Altesse le Rakoczy, M. de Marcilly, et au bout, au milieu, le bai'on de La Fertâ. — Le 3 Juin, le Rakoczy dlaa cbez M. d'Av-aux, où il ne re^ut point tant d'bonneur, car le vermeil doré no se voyait pas, et k la table il n'eut pas un rang si honorable. Car M. d'Avaui tenait seul lo haut bout de la table; au milieu, à sa droite, le Rakoczy: A sa gauche, un capitaine de M. de Turenne. puis des gens de son logis. — Le 4, il dîna chez M. de Marcilly, où il fut soulé de telle façon qu'il ne put aller â l'audience qu'il avait demandée auK Hollandais et dégobilla même dans le carrosse de M. d'Avaux,

''ience de nos Plénipolentiaires. Quelques jours après il fut Iraité d'eux séparémeul, puis il prit 'e chemin de France. Il étoît vêtu fort extrava- ^atnnient et comme à la hongroise.

Le 16 juin, jour de la Trinité, décéda entre Mes mains Gilles de la Roche, oflîcier de Son '*' Tccelleoce. après une maladie fort longue, qu'il Souffrit patiemment et chrétiennement. Il est en lerré dans le cimetière de Saint - Jacques, (*£«Toisse du Dôme.

Les plénipotentiaires de Suède étoient ici à leur tc>-%]r, qui trailoient sérieusement de la paix de ''iîmpire, avec les Impériaux et les nôtres; et de ^*~ai on ne les a jamais vus plus disposés à con- '^» Ure ce traité; mais on doute si nous avons le *^ ^me dessein et si nous n'avons pas sujet de '^■^ainte que les Espagnols, puissamment secourus F*^r l'Empereur, qui se veut réserver cette faculté "^ "^D qualité d'archiduc d' Autriche, n'en deviennent t^ Uus insolents et moins trailables.

M. de la Court-Groulart, résident du Roi à ^--^snabrug, vint ici pour cette cause, et fut logé ^^^ans, comme Son Excellence avoit été son hôte.

•—e secrétaire hollandais dit que quand il voudrait venir, que son *■ «nbnssadeur dirait qu'il n'a pas le loisir. — Le U, le Rakociy ^*en est allé d'ici pour Fronce, conduit dons l

Le géDéral Kœnigsmarck avoil ses troupes aleo* tour de cette ville, qui doonèreut l'épouvante aux paysans qui s'y retirèrenl avec leur bétail. Il veuoit du siège et prise de Furthsthenau, cliàteau du priDce d'Osaabrug, et se devoit joindre avec les troupes du Landgrave conduites par le général Mortaigne pour assiéger une autre place (1).

Le 16 juillet, le comte de Traulmansdorff, après plusieurs remises, quille enfin celte assemblée, au grand déplaisir de tous les esprits pacifiques. Tous les plénipotentiaires, et particulièrement les députés des Élals de l'Empire, se mirent en devoir de l'arrêter; mais lui, voyant d'une part la longueur et la dureté de ceux avec qui il a toujours eu à traiter, de l'aulre, jetant les yeux sur les espérances de l'avenir qui se montrent plus favorables à l'Empereur, s'est résolu de partir. En effet, l'armée de Bavière qui est passée de sou côté, les grandes levées qu'il a faites et d'ailleurs les disgrâces que nous venons de recevoir en Catalogne et en Flandres par la levée du siège de Lérida, el par celui que les ennemis tiennent devant Landrecies, qui se va rendre,

(1) Le député de Colmar, Schneider, raconte dans ses lettres que l'apparition de Kcenigsroark Gt doubler le prix dee denrées à Munster et le força à manger du pain de Westphali» • miindt et mageoBchreLcnde Poniperniekel ». (Hevut d'Aliace. année 1889.)

m CONGRES DE MIJHSTER. 191

sont des raisons assez puissantes pour lui faire espérer une meilleure fortune. Deliberare quippe videlur fortuna quant non satis reverentia habiiimiis, de partibus nostris deserenda.

Le 7 d'août, M. Servien revint de Hollande, après sept mois de son départ de celle assemblée. Là, après plusieurs traverses et contentions, écrits et invectives, de part et d'autre, c'esl-à-dire de la faction françoise et espagnole, a été conclu le traité de garantie pour la paix future; et doivent revenir les plénipotentiaires de Hollande dans peu de jours pour y travailler par leur inlerposition.

Le 21, M. d'Herbigny partit pour Bavière, où il éloit envoyé de la part de nos Plénipotentiaires pour traiter avec cet Électeur de plusieurs affaires touchant sa neutralité, et les intérêts qu'il a dans le traité qui se fait ici ; car le bruii de la défection de son armée s'est trouvé faux; le seul Jean de Werth et le colonel Spore l'ont quitté sans aucune suite, qui, par conséquent, n'ont pu changer le mauvais état des affaires de l'Empereur et que les Suédois ne lui aient pris la ville d'Iîgre en Bohême ; d'iiutre côté, nos affaires ne sont pas si décousues que nous pensions; la prise d'Armenlières et de Landrecies étant suffisamment récompensée par

celles que nous avons faites de Dixniude et de La Bassée ; celle-ci par le maréchal de Gassion ; celle-là par le maréchal Ranzau même. Les affaires des Espagnols sont beaucoup empirées en Italie par les séditions et rébellions arrivées à Naples et en Sicile, de sorte qu'abandonnant les belles espérances qu'ils avoient conçues au com-* mencement de cette campagne, ils commencent à renouer le traité par les médiateurs.

Le 27 septembre, on apprit ici la nouvelle que le duc de Bavière avoit rompu la neutralité et envoyé son armée au secours de TEmpereur; ce qui donna bien à penser à nos Plénipotentiaires, voyant que c'est toujours à recommencer, et que tout le fruit de leur travail est perdu.

Le même jour je reçus, par les mains de M. de Cramayel, cinquante ducats que mon frère avoit payés à Paris.

Du 4 octobre, jour Saint-François, mon patron :

Ton zèle en vain te porte au fond de la Sjrie Pour répandre ton sang, prêchant la vérité, Les tyrans n'ont pour toi ni fiel, ni cruauté, Ta voix et ton visage adoucit leur fierté.

Il te faut retourner au sein de ta patrie

Sans pouvoir assouvir ta vaste charité.

Mais, courage, ô grand saint; Jésus par sa bonté

Garde un nouveau martyre à ton cœur qui l'en prie.

Daas le transport sacré des maux qu'il a soufTerts L'anciour grave sur toi ses plaies et ses fers, D'un sérafin brûlant inimitable ouvrage.

Te Voilà donc, martyr, conforme au crucifix, De Jésus-Christ mourant la respirante image, ^* le Père Éternel te connoît pour son fils.

^^ 9 octobre, jour Saint-Denis, quatre ans accomplis depuis notre départ de Paris. Je délog®^i de l'appartement que j'avois chez Son Excellence, pour aller demeurer en un lieu plus com- °^^^e, chez M. Chourlemer, chanoine du Dôme (1 ). t.e 23, M. d'Herbigny revint de Munich et de '^ Oour de Bavière, où il avoit été envoyé pour ^'^Suader à cet Électeur la rupture de la neutra- ^^^é. Mais il arriva trop tard; ce prince ayant ^^Jà publié son manifeste contre les Suédois et ^^^iégé la ville de Rimmingel, qu'il leur avoit ^^Xinée en otage,

1-e 25, partit M. de Saint-Romain, envoyé vers '-^lecteur de Brandebourg, allant pour Tempêcher ^^ prendre parti contre nous,

La nuit précédente, le même jour, décéda ^ • Joseph Bergaigne, évoque de Bois-le-Duc, puis

<1) Oans une lettre à Claude Joly, du 1" novembre, que nous ^^^lions à l'appendice, Ogier donne quelques détails sur son Nouvel appartement.

194 iOCKKAL

archevêque de Cambray, plénipot^itiaire d'Espagne, d'uQ mal de jambe où la comiption se mil de sorte qu'il fut impossible de le guérir. C'étoit un boQ religieux, Gordelier de professiou, et bleu intentionuéyàcequ'ondisoit^pourlapaix. Son Excellence, qui faisoit beaucoup d'état de sa vertu, lui ût rendre les derniers devoirs dans l'église des Clarisses, on son corps est déposé, et nous y célébrâmes la messe.

Le T' novembre, jour de la Toussaint, je prêchai à Saint-Nicolas chez M. de Longueville. La rencontre de ûion texte, becUi padpci, m'obligea à dire mes sentiments à nos Plénipotentiaires sur les longueurs de ce traité et à les menacer par ces paroles du prophète : Meniielur opus olivœ {\ ), etc. [Qu'un charpentier autrefois fut creu sur sa foy d'une révélation et qu'avec une image de la Sainte Vierge qui est Notre-Dame du Puy, il accorda une guerre cruelle entre le roy d'Aragon et le comte de Toulouze, cependant que notre Saint Père travailloit inutilement avec ses exhortation» et son nonce ; que Dieu aimoit ces ouvriers prompts, Vîdisti hominem velocem in operibus suis (2), hic coram regibus ministraboy et cependant nous lan—

(1) Habaeue, m, 17.

(2) JUber proverb., xxii, 19.

puissions ici depuis quatre ans au grand dommage

^6 la chrétienté et avec la malédiction de tant de

peuples.]

ie 3, mon frère m'envoya des vers latins sur la

'^ort du maréchal de Gassion, que je trouvai

*^3ux et dignes d'être traduits en notre lan- 8^e (1).

Cet, orgueilleux État qui n'a point de limite, "ovxp qui Tastre du jour n*a jamais d'occident, ^*^î du pôle glacé jusques au pôle ardent ^ ^^•«ngé sous ses loix l'une et l'autre Amphitrite , "^^^^c l'État françois dispute du mérite; ^^^rre, carnage, horreur; l'Europe cependant T^^^^neure suspendue, étonnée, attendant ^^Xis lequel des deux rois elle sera réduite. ^^ fortune est diverse et le sort est égal, ^^T, bien que l'Espagne ait perdu le Portugal, ^^^>tois, les Catelans, Naples et sa campagne, ^^ disgrâce est commune à chaque nation,

Xiisque la France perd autant que fait l'Espagne, ^ perdant l'invincible et l'heureux Gassion.

Xe 6, M. de Beauregard, résident du Roi à ^-ssel, me fit présent d'un tableau de saint Sébas- ^^-^n qu'il avoit tiré de sa main, sur une taille- ^^uce que je lui avois donnée. Sa vertu et l'éga- ^t.é de ses mœurs, l'amour qu'il a pour la poésie

<1) Imprimé dans les Mutes illustres, p. 108.

et la peinture, me font chérir cette marque de son affectioD.

Durant ce mois vint la nouvelle de la totale rébellion des Napolitains et qu'ils avoient abjuré la souveraineté du roi d'Espagne, se déclarant libres sous la protection du roi de France. Néanmoins nos Plénipotentiaires offrent encore de signer la paix, sans rien innover des conditions ci-devant proposées, sur quoi M. Contarini ayant entrepris le comte de Penaranda en une conférence, et lui ayant remontré par vives raisons qu'il devoit accepter le parti pour le bien de son mattre et la conservation du reste de ses États, celui-ci se voyant convaincu par tant d'arguments et ne sachant plus que répondre, avoua pour sa justification qu'il n'avoit aucun pouvoir de conclure, ni de signer, qu'il l'attendoit d'Espagne; wide consilia posl res afferuntur. Ainsy sont bien trompés ceux qui estiment qu'il n'a tenu qu'à nous que la paix ne se soit traitée dès l'année passée, veu que les Espagnols n'ont pas encore le pouvoir d'y consentir.

Le 24, vint la nouvelle de l'élection du nouvel Électeur de Mayence, déjà évêquede Wurtzbourg^ Il s'appelle Jean Philippe de Schœnborn, et est homme de grand mérite, qui a été élu de toutes

les voix sans exception (1). Aussitôt qu'il a été promu, M. de Courval, gouverneur de Mayence pour le Roi (2), lui a envoie les clefs de la ville et delà citadelle^ qu'il a acceptées, puis soudain renvoyées avec beaucoup de modestie et de prudence.

Le 7 décembre décéda M, le baron de Survilliers, Antoine de Meaux, qui avoit accompagné Son Excellence dès le commencement de cette ambassade. Il étoit âgé de soixante-sept ans, mais sa vigueur et son humeur nous promettoient qu'il iroit bien plus loin. Cependant s'étant fait couper un cor au pied mal à propos, une fièvre le saisit, et une oppression de poitrine qui l'emporta le quatorzième jour. Après avoir fait son testament en ma présence, et disposé de son âme fort chrétiennement, il expira entre les bras de Mgr d'Avauxet de M. le prieur de Saint-Maurice, parlant et priant, lorsqu'on le croyoit encore éloigné de ce dernier moment de sa vie. Concédât ei Dominus Deus quietem et pacein, quia nec domi hic fruebatur uxore parum morigera, neque potuit

(1) Jean-Philippe de Schœnborn occupa rarchevéchô de Mayence jusqu'en 1673. H succédait à Anselme d'UImstett.

(2) Sur le vicomte de Courval, qui avait été nommé gouverneur de Mayence en récompense de sa belle conduite à Uberlingen, voy. les Lettres de Mazarin,

invenire rébus per quadriennium miserum in mo^ dum prolatis.

Le iOy au soir, son corps fut conduit par les Pères Cordeliers en leur couvent, avec bon nombre de flambeaux ornés des armes du défunt, où MM. les chanoines du Dôme assistèrent pour le convier, et Son Excellence en personne, avec toute la noblesse françoise des trois familles des plénipotentiaires et autres officiers.

Le lendemain, au même lieu, fut fait un service fort solennel en la même compagnie. Il est inhumé au milieu du chœur de Téglise. J'ai fait la description dans une élégie de cent cinquante vers.

Le jour de Noël, je fis la prédication chez M. de Longueville, où se trouva Son Excellence et toute la famille.

Le lendemain, M. Mallincrot, doyen de la cathédrale, m'invita à dîner, où étoit M. Plempius, docteur et professeur en médecine à Louvain (1 ), qui est auprès du comte de Penaranda.

(1) Plemp était un célèbre médecin de ce temps. II a laissé plusieurs ouvrages qui sont encore estimés. Guy Patin en parle souvent dans ses lettres. « Ce M. Plempius, écrit-il le 22 janvier 1672 en annonçant sa mort, était un savant homme, Hollandais de nation et huguenot, qui se fit catholique pour être professeur à Louvain. II dit un jour à M. RioIan,qui me le redit: « Si MM. les États veulent me donner une de leurs charges de professeur en

Le 29, je reçus ]a triste nouvelle de la mort de messire Jean de Saint-Cir, prêtre habitué de Saiut-Merri, à Paris, homme de vertu et de probité singulière, avec qui j'avois contracté amitié depuis plus de vingt ans (1). Je lui dois mon instruction pour le sacerdoce, et célébrai ma première messe dans sa chapelle; ensuite de quoi, j'ai toujours été sous sa direction jusqu'à ce voyage. I^îeu lui rende par sa miséricorde la rétribution ^® la charité et amour paternel qu'il a eus pour ^oi. J'apprends qu'il m'a laissé quelques livres Povir mémoire de son amitié, quam semper acer- ^^'91%^ semper konoratam habebo. Il décéda le 9 ^ ^ept heures du matin, après une maladie de six '^c^is, soufferte avec beaucoup de patience. Sed ^^^ilum est sine funere funus.

M. Dolel, l'advocat, autrefois échevin de la ^ille de Paris (2), mon cousin germain. Ta suivi ^^ près, et est décédé d'une apoplexie. Il étoit

^^^decine à Leyden, je me referai huguenot et irai demeurer ^^ez eux. Que ne ferait-on pas aujourd'hui pour gagner sa vie? »

(1) Le nom de ce personnage n'est pas indiqué dans les épi- ^^phiers que cite Cocheris, dans son édition de VHistoire du diocèse de Paris par Tabbé Lebeuf.

(2) Charles Dolet avait été échevin de Paris avec Simon Marcez, ^n 1624, pendant la prévôté de Nicolas de Bailleul. Voy. Che- ViLLARD, Chronologie des prévôts des marchands, échevins, etc., de la ville de Paris, 1707.

gendre d'Antoine Mornac, excellent juriscoosnlte (1). R. I. P.

Le ..., j'écrivis à M. Le Moine, bailli du ForrÉvéque (2), qui m'avoit donné avis du mariage de Gabrielle Dolet, ma cousine, qu'il cessât de lui délivrer dorénavant la pension que je lui donnois. je lui demeure donc redevable de 300 livres, pour trois ans passés échus à la fin de 1647 (3).

(1) Antoine Mornac, né en 1554, mort en 1619. « Il joignait, dit Moreri, à la scienco dos lois romaines celle de Tusage du barreau. »

(2) Le For-rÉvôque était le siège de la juridiction de l'évoque de Paris.

(3) Le manuscrit do la Bibliothèque nationale s'arrête là. l\ contient bien encore quelques pages ; ce sont d'abord six feuillets blancs, puis la liste des lettres écrites par Ogier de 1644 à 1648. Nous résumons cotte liste à l'appendice. ËnÛn sur le dernier feuillet, collé contre la reliure en parchemin, se trouvent quelques notes indiquant les petites sommes remises par le prieur à son domestique pendant son séjour à Munster.

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