‹ Journal du Congrès de MunsterChapitre 44 sur 57 · JOANN · texte numérisé non relu

JOANN

Il est facile de louer les Athéniens en présence des

(1) Actions publiques de M. François Ogier, prestre et prédicateur. Tome I, Paris, Camusat, 1652, in-4». — Tome II, Paris, Pierre Le Petit, 1665, in-4o.

APPÏKIlICl

Athéniens, dUoit cet ancien : il vouloit dire que ces peuples avoient tant de dispositions à écouler leurs propres louanges, qu'il n'étoit pas fort difficile de les contenter en cette matière. Pour peu d'industrie et de suffisance qu'eût l'orateur, il passoit pour habile homme en un sujet si favorable. Aussi cet illustre personnage qui étoit de la même humeur et de la même ville, interrogé quel homme lui paroissoit le meilleur disant : Celoy, dit-il, qui chante mes louanges : il n'importe sur quel ton, et en quels termes, il n'y a pas de musique plus agréable à mes oreilles. Cette considération me fait résoudre plus facilement à entreprendre l'éloge de saint Louis. Il ne me sera pas difficile à ce prix de loOer un Roy de France, un saint françois, en présence d'une compagnie françoise : il ne me sera pas difQcile de loiler un Etoy de France en présence de ses propres enfans; d'un Prince descendu de 1 uy par la branche d'Orléans ; d'une Princesse issue de son sang par la branche de Bourbon, qui règne aujourd'huy, et remplit heureusement le mesme trône où ce saint Monarque a régné avec l'applaudissement du Ciel et de la Terre. Il ne me sera pas difficile de dire ses [oiiangea en présence des principaux Ministres de l'Estat qu'il a gouverné si saintement, des tidelJes Conseillers de son petit-fUs Louis XIV, qui dès sa plas tendre jeunesse est instruit à marcher dans les vestiges de son Patron, de son Grand-Père, de son Prédécesseur. Je veux dire enfin que je suis asseuré d'une audience favorable, et que tout ce qui me manque pour parler dignement de ce grand Roy, sera suppléé facilement par le contentement que les François doivent prendre d'oflir parler de l'honneur de leurs Princes; et par la vénération qu'ils ont envers leur Roy qui

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règne dans le Ciel avec Jésus-Christ. Mais puis que je prétends de montrer que son Ilojaume n'a point été de ce monde, c'est-à-dire qu'il n'a point Été gouverné par les maximes de ce monde et de la Politique ordinaire; puis que tous les Peuples de la Chrétienté ont ïnterest que leurs Princes se forment sur ce modelle parfait des bons Rois; puis qu'en sa personne s'est rencontré le sang de France et d'Espagne par sa Mère Blanche de Castille, je ne doute point que toutes les nations ne conspirent à la loiJange de ce Grand Saint, et mesme les principales qui composent cet auditoire. J'entre donc en ce discours à la faveur des nôtres et des Étrangers, des François et des Espagnols : et dans le dessein qu'il soit profitable à toutes les Nations de cette illustre assemblée, qui sont accourues pour célébrer la Feste de ce grand Roy, j'invoque la grâce du Saint-Esprit, etc.

SBBUON DE LA PASSION DE KOTnE-SBIGNBCR

Prononcé le jour du vendrfdi saint, 30 mars 1646, dans l'église des Cordeliers à Munster, en présence de MM. les

plénipotentiaires de l'Empire, de France, d'Espagne, etc., et de M. le nonce, tnédiateur pour la paix (1).

Il est vrai que les plus grands Monarques de la

chrestienté, qui donne le braosle à tout le reste, ont

(1) François Ogier ariût pour la première to'ia • tiré ce Hermoa des ténèbres de aon étude • ea 1658. 11 l'avait publié à la suite de SOD • ImcTiption antique de la vraye croix de l'abbaye de Grandinonl : (Paris, Bùmiult, iii-12.) Il voulait, disait-il dans sa

esté touschés de la compassion de tant d'oppression et de misères. Ds se sont sonvenos de leurs noms : d'Empereurs fidelles et défenseurs de l'Église; de Bois très chrestiens et de Princes catholiques; et pour appaiser ces guerres cruelles, ils ont député leurs Ambassadeurs et leurs Plénipotentiaires en cette capitale de la Westfalie. Je les voy, tous les jours, pour ainsi dire, le caducée à la main, travailler avec un soin infatigable et des peines incroyables, à un ouvrage si important et si désiré de toute la terre.

Oui, Messeigneurs, je peux dire que je voy sous mes yeux aujourd'huy toute la prudence humaine, assemblée en vos personnes : toutes les lumières de la raison, toutes les connoissances plus pénétrantes de la politique; toutes les raisons d'État qui s'empressent, qui s'étudient, qui veillent incessanmient pour faire réussir une si grande entreprise. Mais, permettez moy, Messeigneurs, dans la liberté que me donne la qualité de Prédicateur Évangélique; dans le transport du zèle que m'inspire la sainteté de ce jour, auquel Jésus- Christ a pacifié au prix de son sang toutes choses, comme dit l'Apostre; permettez-moi de vous dire : que pour achever heureusement l'ouvrage de la paix entre les chrestiens, il est nécessaire que la prudence humaine cède quelquefois à la sagesse divine; que le discours de la raison défère aux mouvemens de la foy, et que les intérests de la Religion prévalent à quelques

dédicace à Tabbé de Chavaroche, son ancien compagnon de Munster, devenu supérieur de Grandmont, « grossir son discours, pour faire an corps raisonnable qui senrit comme de base à la croix et à son inscription »; et il le faisait « dans Tespérance qu'après avoir été écouté favorablement de toutes les nations de l'Europe, ce sermon pourroit bien être lu avec indulgence par nos Français ».

AI'PESDICE. 223

Espérances incertaines que vous peut donner la politique.

Je ne doute point, Messeigncurs, qu'il n'y en ait pas

dd de TOUS qui ne diSaire passionnément ta paix. Ce

"ooiestcapable d'adoucir les espril» les plus farouches,

^' l'iionneur de vous voir en bdni^diction à tant de

"ations et à toute la postérité pour luy avoir procuré

"H si grand bien , est un charme bien puissant pour

'es imes désireuses de gloire. Je ne doute point que

^ovis ne soyez prests, mesme dès aujourd'huy, d'en-

•"er dans le jardin des Olives avec les apostres pour y

''^Cueillir ce mystérieux fruit, dont le goust est si déli-

•^^eux aux hommes de bonne volonté, et qui est la féli-

^^t-é des Monarchies et des Républiques. Mais je ne

^Çey; pardonnez encore un coup à mon zèle; si voua

^^tes tous disposez d'écouter et d'exécuter les ordres

*ïv*e le Fils de Dieu y prescrit à ses disciples : VigilaU

®* orate, ut non intreHs in tentaltonem. Veillez, priez, et

^tirtout prenez garde de ne pas succomber à la tenta-

'-ion. De vray, ne vous y endormez-vous point un peu

'■ï'op longtemps avec les Apostres? Il y a quatre ans,

"lesseigneurs, que vous estes assemblez en ce lieu,

^ans que vos bonnes intentions et vos loiiables travaux

^yeiit produit encore aucun effet qui puisse satisfaire

^ux. ardens désirs et à la juste impatience de tant de

;Ç>euple8. Ne vous semble-t-il pas que toutes les peines

^t les fatigues que vous vous donnez sont semblables

«u sommeil d'un homme qui dort, et qui cependant est

travaillé d'un songe inquiet et laborieux qui le met

"tout en sueur, sans qu'il puisse espérer aucun fruit de

tant de peines? Vigîlate, vii/ilatc. Ouvrez enfin les yeux

de vostre pitié sur la désolation de tant de Provinces,

SOT la misère de tant de nations, sur les désordres

APFESDICK.

effroyables qae cause nne si lODgae guerre. No» intretu l'n tenlalionem. Que la tentation d'un succès apparent, que l'espérance aux uns du progrès de leurs victoires, aux autres du recouvrement de leurs pertes, ne vous empescfae pas de conclure un traitté si nécessaire à tous les deux partis. Une place de plus, une place de moms. peut-elle enrichir un grand ftoy de France: peut-elle appauvrir un puissant Roi d'Espagne î

Certes, Messeigneurs, quand je considère ces deux grands monarques, les plus puîssans sans doute, non de la chrestienté, mais de la terre habitable , il me semble que l'un, je veux dire !e nostre, le Roy Très Chrestien, est comparable à un océan que tous les fleuves qm s'y répandent de tous costés ne peuvent augmenter : il est toujours également plein, profond et vaste. Les richesses prodigieuses d'un Boy de France, la source inépuisable de ses hommes, la multitude incroyable de ses villes, ne peut estre gueres augmentée que de conquestcs superllQes et presque inutiles. Ce Royaume invincible suffit à soi mesrae, et peut faire teste luy seul à toute l'Europe.

D'un autre costé, le Roy Catholique, je veux dire le Roy d'Espagne, possède un Empire d'une si grande este n due, qu'il me semble comparable à un fossé d'une escessive longueur, à qui, plus on le creuse, plus on luy oste de terre, et plus on le rend grand et large, et plue il paroist difficile à franchir et à surmonter : sa diminution fait sa grandeur et sa force, il croist de son dommage et peut servir quelquefois de précipice à ses adversaires. C'est en vain que ces deux puissans monarques voudroient se détruire l'un l'autre, cela ne 66 peut : Dieu est trop bon et trop miséricordieux

pour le permettre : que deux frères liez par tant d'interests, de sang et de Religion, se ruinent par des discordes irréconciliables.

Mais, grands Rois, souffrez un peu, par cette clé^ mence et cette bonté qui vous est si naturelle, que je m'adresse à vos Majestez, puisque je peux vous voir et vous parler en la personne de vos plus cherg Ministres, qui sont pour ainsi dire, et les yeux clairvoyans et les oreilles fidelles des Princes : si Dieu est miséricordieux, s'il fait paroistre aujourd'hui les excès de ses miséricordes, redoutez toutefois la sévérité de sa justice. Ce Roy couronné d'épines, dont vous n'estes que les vassaux, vous demandera compte un jour de ces couronnes de perles et de pierres précieuses que vous portez avec tant d'éclat et de pompe : ce Roy qui porte un roseau dans la main, vous fera rendre raison de ces sceptres d'or, dont vous vous parez si magniOquement : Ce Roy dont la croix est le tribunal, dont les titres sont un éloge de supplice, Jesm NazarenuSj Rex Judœorum, vous examinera rigoureusement sur le fait de l'administration de vos thrônes et des provinces qui composent les qualitez superbes de vostre Royauté.

Je vous ay fait mes lieutenans en ce monde, pour estre le dispensateur de ma justice sur les autres hommes. Je vous ay mis en un estât, qui n'est guères moindre que celuy de mes anges; ils donnent le bransle aux corps célestes, vous donnez le mouvement à toute la machine de la terre : je vous ay couronnez d'honneur et de gloire et je vous ay cstablis sur les plus beaux ouvrages de mes mains; enfin,- j'ay mis sous vos pieds tous les autres mortels. Je vous ay donné des richesses immenses, des peuples nombreux,

aao APPENDICE.

(ion t&iijots inthùs : De quelle manière les avez-voiis (linponst^os? Comment les avez-vous gouvernez? De (|uollo sorlo avox-vous traité mes créatures, qui sont faitos ii ma semhianoe aussi bien que vous? Je vous ay diMUU^ do grandes armées de terre et de mer, pour vouH ivndiH> formidables aux Turcs et aux infidelles: |uuir tonir los horotiques dans le devoir, pour la protooliiU\ ot la défonse de mon Église : cependant, elles ruinont mos tomplos, elles violent mes autels, elles dt^orlonl los provinces chrestiennes, tandis que l'ennon\y dt> mon nom ne se contente pas d'usurper le l*ay« (|Uo j*ay consacré aiyourd'hui par mon sang et t|ul hit conquis autn^fois si généreusement par vos Pt^roH; nuùs il étond toujours ses limites, et il bastit dt^jA 80» mosquées sur les ruines de la misérable Candio,

Von» no tiHuivoiHM pas estrange, Messeigneurs, si le juHto roprocho quo lo Dion des armées fera aux Princes qui auiHMit abusé do colles qu'il a confiées à leur conduilo, n\o remet on iVsprit un événement funeste et mémorable arrivé autivfois en cette Province. Vostre curiosité no vous permet pas d*ignorer que les lieux voisins de cotle ville, sont ceux mesmes où advint cette fau\euso défaite des légions Romaines, sous Quintilius Varus. Nous nous promenons tous les jours sur les vestiges d*un si sanglant carnage. Ce Proconsul négligeant la discipline de son armée et encore plus do gouverner avec justice les peuples qui luy estoient commis par TEmpeivur, attira leur révolte. Trois légions entières, c*est-à-dii*e vingt à trente mille hommes, furent passez au fil de Tépée et massacrez sans résistance. Auguste, surpris de cette effroyable nouvelle, s*emporte jusqu'à la fureur et au désespoir

et s'écrie : Vare, redde Legiones, Ha, Messeigneurs, qu'il est à craindre que ce souverain, devant qui les Rois et les Empereurs sont incomparablement moins que Varus devant Auguste, ne leur die un jour avec une voix tonnante dans sa divine fureur, Ludovice, Philippe ^ redde Legiones. Rendez-moy compte de mes légions, de mes armées et de mes peuples.

Ces chrestiens et Religieux Princes se veulent sans doute garantir d'une menace si terrible, et pour rendre bon compte à Dieu doresnavant de leur administration, ils voyent bien qu'il est nécessaire de faire une paix générale. A cet effet, vous estes députez et assemblez en ce lieu : vous estes Plénipotentiaires de leurs Majestés. Cette glorieuse qualité, Messeigneurs, vous met en plein pouvoir de procurer un si grand bien à toute la chrestienté. Pourquoy différer davantage? N'a-t-elle point assez souffert? Ses playes ne vous sontelles point de pitié ? Son sang répandu de toutes ses veines, n'émeut-il point votre charité à l'étancher et à luy conserver ce qui luy en reste? Vous avez l'appareil en main : hélas, seriez-vous si impitoyables de ne le pas appliquer promtement à ses blessures? Si les playes, et le sang de la chrestienté, ne vous touchent point, hé ! soyez touchez des playes et du sang de Jésus-Christ, c'est luy qui vous demande et qui vous exhorte, qui vous conjure aujourd'huy par sa cruelle et douloureuse mort, par le mérite de son sang, par l'efficace de sa passion, de donner la paix à l'Europe affligée.

Sa passion, Messeigneurs, a eu une influence merveilleuse pour pacifier les esprits des hommes et pour réconciUer les Princes. Ceux mesmes qui estoient ses persécuteurs, qui ont prononcé sentence de mort contre

luy, qui l'ont attaché à ce bois funeste, en ont ressenty les miraculeux effets, Herodes et PUatus anùci facti saiit in- illa die. Deux ennemis passionnez, un Juif et un Gentil, se sont réconciliez, comme au pied de sa croix; et ses principaux-adorateurs, des empereurs fidèles, des monarques très chrestiens, des Rois Catholiques, demeureront dans des discordes sans fin, dans des guerres irréconciliables? Non, non, Messeigneurs, il n'en sera pas ainsi, et je voy dans l'air de vos visages, je ne sçay quel mouvement de tendresse; dans le regard de vos yens, je ne sçay quel signal favorable; dans l'attention extraordinaire qu'il vous plaist de donner au saint emportement qui me fait aller en vérité, comme malgré moy, bien plus loin que je ne pensois ; je voy, dis-je, des espérances certaines d'une promle et heureuse conclusion de ce traité. Cette sainte journée ne se passera pas, qu'il ne se fasse quelque démarche importante pour parvenir à un but si désiré. 11 y va de vostre honneur chrestien et de la réputation de vostre piété; que quelque article de conséquence et fondamental de la paix soit dalté du Vendredy Saint, jour auquel Jésus Christ a réconcillié le ciel avec la terre.

En vérité, Messeigneurs, vos Altesses et vos Excellences ne feront point aujourd'huy de station si dévote et si agréable à Dieu, dans aucune Eglise, que celle que vous ferez chez Mgr le Nonce, en qualité de premier Médiateur et de Plénipotentiaire du Saint Siège, pour un si digne sujet. Sa maison qui fait une partie de ce dévot monastère où je vous parle, estvrayemenl le sanctuaire de bonnes intentions, l'oracle des conseils salutaires, bref, le vray Temple de la Paix. Entrez-y, Messeigneurs, entrez-y à la foule ; la porte en est tou-

jours ouverte : elle vous invite, elle vous appelle, avec cette mystérieuse inscription, tirée si ingénieusement des saintes lettres : In conveniendo populos in unum, et Reges ut serviant Domino : donec auferatur luna. C'est icy, en effet, où s'assemblent les peuples et les Roys, pour travailler à un ouvrage où il y va du service de Dieu, et d'un traité qui doit estre la ruine de la Lune et de ce Croissant qui est le symbole de l'Empire des infîdelles. Jésus^ l'auteur de paix, favorise vos bons desseins et me fasse la grâce, etc., etc.

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