‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 11 sur 113 · PROMENADE A LONDRES · texte numérisé non relu

PROMENADE A LONDRES

fatiguant, et je ne me rebuté nullement ct aprenois toujours la maneuvre et la navigation. —

1669 (1). L'un de nos proche voisins qui avoit longtemps commandé un navire à terre neufve où il avoit augmenté sa fortune et se sentant apesantyr par âge et ses fatigues, ayant son fils aisné à peu près de mon âge il luy fit bastir un bon navire et luy en donna le comandement, et ayant esté camarade décolle, et que j'étois plus au fait que luy il me proposa d'aler avec luy et que je serois la 3° perssonne de son navire, et qu'en outre de mon loyer il m'acordoit ie tiers sur le sien dont il me passa un écrit secret À cause de sa mère qui n'y auroit pas conssenty Ctant très avare. Et pour abréger discours, nous fusmes près de sept mois sur le grand banc, et ne peschasmes pas entièrement la moitié de notre charge ; les vivres nous manquant nous obligèrent de revenir, et Ctant arrivés jusqu'à l'entrée de la Manche, les vents de Nord-Est nous contranèrent pendant plus d'un mois, à court de tous vivres et boissons, voltigeants d'un bord sur l’autre pendant cet espasce, nous nous rassemblasmes jusqu'à vingt et un navires tous terrencuviers, tant du Havre, Diepe et Honfleur, tous dans la mesme disette sans se pouvoir assister aucuns, et nous faisions tous nos efforts pour relischer fut-ce aux costes d'Angleterre ou nos costes de Bretagne, et lorsque nous avions aproché de l’un ou de l'autre, le vent y étoit entièrement oposé ; et après avoir bien debatu nous gagnasmes en vüe de lille de Wic. L'on prit tous résolution d'y relascher, et il n'y eut entre tous les capitaines qu'un qui dit bien en connoistre l'entrée du port, qui étoit le capitaine Duval, du Havre, qui avoit pour pilotte le s° Bougard (2) qui a fait ce bon livre le Petit Flam-

(1) Dans le ms. les pages qui suivent sont enregistrées sous la date de 1669. La date exacte est 1676; les faits citées permettent de l'établir.

(2) Nommé lieutenant de frégate le 25 octobre 1689; capitaine de brülot le 1er janvier 1693. Tué sur le Bon en mars 1694. Il a publié le Petit Flambeau de la mer où le vérie table guide des pilotes cotiers, (Havre, 1731, in-8c),

Une famille du nom de Bougard, et a laquelle le pilote-hydrographe cité par Doublet appartenait peut-être, vivait à Honfleur au milieu du dix-septième siècle : Elle profes sait la religion réformée, Nous pouvons citer: Marie Bougard mariée à Jacques Lelou, avocut; M: Bougard médecin et Judith Le Prevost, sa femme, qui abjurèrent en nove mbre 16N5 ainsi que dix-sept autres religionnaires. -- Reg. du tabellionnage d'Auge, 7 octobre 1684; Reg. de l'état civil, nov. 1685,

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beau de la mer et qui depuis est parvenu à estre un des premiers pilotes des armées navales de Sa Majesté et fait capitaine de brülot. Nous fusmes tous nos navires soubs la conduitte de ces deux conducteurs pourentrer par la pointe de SHeleinedeladiteisleetcomme c'étoit sur le soir et que la nuit s'aprochoit ils dirent qu'ils alloient alumer un fanal et marcheroient à la teste et sur lesquels nous les suivirions, ce qui fut exécuté. Mais ilsse trompèrent aux coursdes marées, qui nous transportoient sir les bancs, nomées les Ours, où ils eschouèrent et tirèrent un coup de canon qu'un chacun croyoit estre à dessein de marquer que ce soit où il falloit jetter l'ancre, mais c'étoit pour demander du secours, et tous les navires eurent le mesme sort d'échouer comme ces mauvais guides. L'on entendoit de tous costés que cris et lamentatious, etpar un bonheur les vents calmèrent et la mer, ce qui empescha le perdition totale des corps et biens, et qu'à la marée suivante du lendemain au matin un chacun se rechapèrent de leur mieux de dessus les bancs, où il n'en resta que trois dont les équipages furent sauvés, et cette pauvre flotte regagna à larade de S' Helene, puis entra au havre de Porsemuths, où l’on nous y aprist la guerre avec l'Espagne et Holande. Chaque capitaine de nos navires écrivirent à leurs interessées, ce qui Ctait arivé et demandant des lettres de crédit pour avoir le nécessaire.

Dans l'intervale il arriva à la rade de S' Heleine(1)}une escadre holandoise venant du retour du combat de Palerne contre l'armée du Roy comandé par M'le duc de Vivonne, où M'l'admiral Ruiter fut tué (2), dont son cercueil en plomb étoit dans la dite escadre, et M' Angel de Ruiter son fils, qui commandoit l’un des vaisseaux, très beau cavalier, très-affabl: ct parlant bon latin et françois. Et comme nos capitaines atendoicnt 'surs réponsces à leurs lettres, nous estions fort à loisir ; nous alions souvent les après-

(1) Sur la partie est de l'ile de Wight, au large de Portsmouth, au nord du port Brading. Cette rade peut contenir tous les vaisseaux de la marine anglaise.

(2) Le combat de Palerme cst du 2 juin 16763; 12 vaisseaux hollandais et espagnols furent incendiés, ainsi que la galère réale et quatre autres galères, L'amiral espagnol Florès et l'amiral hollandais de Haën périrent dans les flammes.

Quant à l'amiral Ruyter, ce fut à la bataille du Mont-Gibel livrée par Duquesne le 22 av'il 1676 qu'il reçut une blessure dont il mourut le 29 du mème mois.

| des premiers aine de brülot.

ces deux coneisle et comme qu'ils alloient quels nous les aux coursdes s les Ours, où chacun croyoit jetter l'ancre, navires eurent L'on entendoit 1heur les vents tale des corps matin un chaics, où il n'en cette pauvre avre de Porsee et Holande.

1teressées, ce pour avoir le

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disner aux promenades et aux cabarets boire de la bière ; M' Ruiter fils entra dans nostre auberge avec un de ses officiers et me demanda sy j'étois l'un des capitaines de ces pauvres terneuviers, et que je les pouvois tous assurer de sa parolle que sy le vent nous venoit favorable, que nous pourions en toute seureté en profiter pour nous rendre chez nous, et que aucun de son escadre ne coureroit sur nous ; ce que je raporté à tous nos capitaines. Après quoy nous nous séparasmes et busmes à la santé l’un de l'autre. Et me pria pour le landemain de me trouver à la mesme auberge du Grand Ours sur les deux heures «après midy, et mon capitaine par timidité ny voulut retourner, et je n'y manqué pas, et le trouvé qui m'attendoit. Et après avoir bu une canette de bière il me dits qu'ils prenoit beaucoup de plaisir à parler françois et qu'il les aimoit naturellement, quoyque M" son père en avoit esté tué, qu'ils étoient braves et tout ce qu'on peu d'obligeant pour une nation leurs adverses.

Comme nous sortions pour aler à une promenade, on luy dit aue Madame la duchesse de Porsemuths {1} venoit d'ariver en ville. Il me dit: Alons la saluer. Je luy dits: « J'ai l'honneur d'estre connu de Madame la contesse de Keroal, sa mère, mais de cette dame non. » Il me pressa fort d'y aler; et je m'en excusois, disant que je luy ferois deshonneur a luy mesme par mon trop conun habillement. Il me répond : « Bon c'est comme l’on aime les marins. » Et m'engagea d'y aler, Nous la trouvasmes entourée d'une grande cour d'officiers comme étant maitresse du Roy d'Angleterre, et tour à tour elle receut les compliments d'un chacun ainsy de M" Ruiter qui eut la bonté de luy dire que j'étois connu de Madame sa Mère et qu'il se plaisoit avec moy, quoy qu'en guerre. Cette dame me questionna sur Madame sa Mère et connaissant ma justesse nous fit bien des gracieusetées en la quittant et nous dit un peu bas : «Or Ça, il faut demain venir disner avecmoy, et ny manquez pas. » Ce que nous ne pusmes refuser.

Nous y fusmes. Après le disner le caffé fut présenté et puis des

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