PROMENADE A LONDRES
(1) Louise de Kerhouent, duchesse de Portsmouth, maitresse de Charles II, roi d'Angleterre, avait été amenée de France, en 1670, par Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans.
tables pour les jeux. Elle demanda à M' Ruiter s'il avoit vu Londres et la cour, il dit que non. « Et vous, me dit-elle, » « Non madame » — € Ah! vraiment puisque vous en êtes sy proches il faut que vous y alliez. » Nous nous excusions très-fort tous les deux en disant ne pouvoir nous écarter de nos navires, en cas pour moy d'un bon vent. « Hé.bon, bon, dit-elle, ce n’est qu'un voyage de sept à huit jours. Je vous presteray ma chaiseà deux et mon cocher, et prendrezlogement dans mon hostel. Quoy ! des jeunes gens. » — Enfin elle nous gagna par ses belles manières, elle se mit au jeu qui nous donna lieu de sortir sans sérémonie et sans estre aperceus.
Ce seigneur craignoit la dépence comme tous ceux de sa nation et moy pour n'avoir en pareille occasion rien épargné, je n'en avois pas. Il fallut pensser tous les deux comment faire et comment nous dégager. Il me dits qu'il ne pouvoit faire ce voyage qu'incognito, que sy Mr les Etats Généraux le savent que se sera pour estre disgrascié. Je luy dits que l'odeur de Mr son père étoit forte en Holande et quil avoit beau se couvrir, en disant qu'il aloit s'emboucher avec M" leur Embassadeur qui étoit son oncle, mais que pour moy que j'étois excusable, n'ayant ny argent ny crédit ny de quoy en faire, cependant que s'il payoit les trois quarts de nostre dépence, que je ne l’abandonnerois pas. Et il fut sy bas de me dire quej'en payeroisla moittié et à la fin nous scordasmes pour luy les deux tiers. Sur quoy je fut emprunter dix livres sterlins à un marchand nommé M" Smits, et entreprismes le voyage etestant arivées à Londre M" L'Angel Ruiter fit toujours servir la chaise de Madame la duchesse à nos promenades du Withals, S'Jemes et Winsorts et dont j'en avois honte, et une mexquinerie horible en tout, et après neuf jours et demy nous remerciasmes la dame Duchesse notre bienfaitrice.
Peu de jours ensuitte, il nous arrîva à S“ Héleine deux frégattes du Roy de 24 et 18 canons, soubs les comandements de M" de Gravansson (1) et S' Mars Colbert (2), que les intéressés de
(1) Le capitaine Gravenson était originaire de Nantes. Il fut promu lieutenant de vaisseau le 1°" janvier 1667; capitaine de frégate en 1671 et capitaine de vaisseau le 1°" mars 1673. Noyé au Havre en 1670.
(2) François Colbert de St-Mars, Enseigne en 1672, lieutenant de vaisseau en 1673, capi-
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avoit vu Londres « Non madame »
il faut que vous deux en disant ne cy d'un bon vent.
sept à huit jours.
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eux de sa nation né, je n'en avois et comment nous ge qu'incognito, ra pour estre distoit forte en Hoil aloit s'emboue, mais que pour rédit ny de quoy > nostre dépence, me dire quej'en uy les deux tiers.
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