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1673 DOUBLET LIEUTENANT DE JEAN BART 55 du château d'avant où j'étois pour sauter à l'abordage ; il nous falut abandonner la partie. Nous fusmes ensuite vers le cap Derneuf, coste de Norvègue; nous y trouvasmes une flotte de Holandois de la mer Baltique, chargée de froment qui étoit très-cher en France, et nous n'en prismes que vingt et deux navires ; leurs convois se sauvèrent et la plus grande partye dans un havre de Norvègue ct nous amenasmes à Dunquerque les 22 navires, qui y causèrent bien de la joye et mesme jusque dans Paris.
Nous trouvasmes le fameux M. Jean Bart qui venoit de recevoir son brevet de lieutenant de haut bord'1) auquel le Roy luy donna le comandement de la frégate l'Alcion de 40 canons, avec quatre autres frégattes légères formant son escadre de cinq bâtiments, lequel étoit prêt à sortir du Po:t, et il me fit l'honneur de me demander pour son segond lieutenant. Je n'étois encore bien guéri de mon bras ny de mon costé, je m'excusay sur cela, et que je ne ferois rien sans l'agrément de M. de Lâtre auquel je devois tout. M. Bart en ft ma cour à M. de Lastre et luy dits : « J’aurey plutots finy ina campagne que vous ne serez prets à sortir ; je vous rendray Doublet au retour. Le soir je rentray chés mes bons hostes pour souper, et je ne leur dits rien de la proposition, et sur la fin du repas, la dame me dits; « Je ne vous croyois pas sy dissimulé vous voulez aller avec Jean Bart et quiter mon mary. »
Je paru estonné crainteque M, Bart n'eut dit que c'étoit moy qui l'eut sollicité. Et M. de Latre prit la parolle et dits :”’ Non c'est M. Bart qui l'a demandé et a fait une honeste responsce, qui me fait augmenter l'estime que j'ay pour luy. S'ilétoit bien guéri, je luy consseillerois d'y aler pourveut qu'au retour il revienne à moy et jay mesme donné mon consentement à M. Bart. Et je conssentits.
Le o janvier 1674, nous sortismes les cinq frégates du Roy avec trois autres frégates de particuliers et le 20° du mesme mois nous prismes une grande flûte holandoise venant de Moscovie, richement
(1) Jean Bart fut fait lieutenant de vaisseau le 5 janvier 1679 ; capitaine de frégate le 14 août LONG 3; capitaine de vaisseau le 20 juin 1680. Il fut anobli le 3 août 1694 et nommé chef d'escadre le 16" avril 1697, Arch. de la Marine.
chargée, et après quoy nous rencontrasmes le gros de la flotte des bleds que nous avions fait relascher avec M. le Panetier et nous donnasme sur les deux convoys, l’un de 40 et l’autre de 24 canons que nous prismes et toute la flote de 36 grosses flûtes que nous aconduismes au port de Dunquerque ce qui redoubla les joyes des peuples, et les bleds diminuèrent bien de leur haut prix, et notre campagne ne fut que 37 jours. Nous trouvasmes à notre arrivée lescadreet M. le Panetier en état de reprendre la mer, et M. le marquis Damblimonts chef d'escadre etcommandant à Dunquerque avoit obtenu de commander l'Alcion dont il démonta M. Bart, et on luy donna la Serpente de 36 canons, et M. De Lastre monta la Sorcière de 30 canons formant cete escadre de M. Le Pannetier de 8 frégattes et M. De Lâtre me prits avec luy comme il étoit convenu, et je fus son premier lieutenant. Nous sortismes le s de mars pour aler aux isles Orcades et celles de Féroe, tout au nord d'Ecosse, espérant d'y rencontrer les vaisseaux venant des Indes Orientales. Mais après avoir bien essuyé des tempestes sans rien trouver, nous fusmes à la grande ille de Hitlant (1), ouil y a de très bons hâvres de toutes marées pour nous y espalmer, nos batiments étant très-sales et ne marchoient plus, et là nous y aprismes que les Indiens que nous cherchions y avoient passéil y avoit dix jours et devoient être rendues en Holande. Notre commandant s’arrachoit la barbe de dépit. Ce pays d'Hitlant est habité par des Ecossais tous galeux comme des chiens ; il ne vivent que presque tout poisson et de mauvais pain d'orge et d'avoine ; ils ont quelques troupeaux de moutons et chèvres, la laine ets métisse dont ils font de gros bas et habillement : ils appellent ville de méchantes bourgades, pauvres maisons basses où leurs bestiaux sont enfermés avec eux ct ils puent comme des boucs ; leurs chevaux ne sont pas plus haut que des bourriques ayantune grosse teste, et mal faits de corps, ainsy les beufs et vaches ; ils peschent quantité de morues qu'ils font seicher sans sel, à la gelée, quils nomment Stocfit ou poisson en baston ; les testes étant bien sei-
(1) Iles de l'Océan septentrional appartenant à l'Angleterre, Les cartes modernes les nomment Shetland.
de la flotte des anetier et nous re de 24 canons lûtes que nous bla les joyes des t prix, et notre à notre arrivée \ mer, et M. le t à Dunquerque ta M. Bart, et > Lastre monta le M. Le Panc luy comme il us sortismes le Féroe, tout au aux venant des des tempestes litlant (1), ouil us y espalmer, s, et là nous y vient passé il y e. Notre comditlant est ha- S ; il ne vivent e et d'avoine ; s, la laine ets appellent ville où leurs bess boucs ; leurs Lyantune grosse es ; ils peschent la gelée, quils étant bien sei-
cartes modernes Îles