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1685 AVENTURES A MADÈRE It!
vous de Lisbonne un moyen navire de la Rochelle pour venir icy. » Je luy dis que ouy; mais que mon mat ayant cassé je rentray pour en prendre un autre et qu'il avoit continué sa route. Et sur quoy il dit: J'en ai lettre d'advis par votre bastiment. C'est pour mon compte qu'il est chargé de pareils effects que les vosires puisque vous ne m'avez voulu intéresser avec vous, et je crois que c'est luy qui paroit et cela vous fera tort à vostre vente. » Pendant nos discours on vint luy donner advis qu'il paroissoit encore un autre navire qui avoit le pavillon blanc et qui faisoit sa route pour aler parler au premier qui avoit paru, Je secouois les oreilles. Il me presta sa lunette et fusmes hors du chasteau pour mirer. Je dis:
« Le plus petit des deux est le navire que vous atendezet l’autre à sa démarche me fait bien paine que ce ne soit un saletin, toute l'aparence y est. » Et en peu moins de deuxheures nous vismes à plain tirer les canons et niousqueterye, et il fut pris en un quart d'heure et changement de routte, ce qui véritablement fit bien du chagrain de voirun tel spectacle de la captivité.
Le ruzé gouverneur avoit fait dire dans toute j'ille qu’il atendoit ce navire et que le voyant disgrascié qu'il vendroit à bon marché ces effects, ce qui fit que pas un ne deriandoit de mes marchandizes, mais le lendemain c'étoit à qui en auroit pour les vendanges qui étoient proches. Et pendant que j'étois à terre, le 27 aoust, il parut autour de notre bastiment un monstre marin qui après quelques promenades se vint prendre à une corde où étoit une chemize de matelot qui trempoit à la mer. Ce matelot en la peur qu'il ne lui enleva sa chemize fut tirer sur la corde, apelant d'autres à son secours. Et cet animal tenoit ferme comme avec deux mains, et l'élevèrent jusqu'à moitié de son corps hors de l’eau, et remarquèrent que la teste et le minois et lesoreilles étoient d'une figure d'homme et autour de son menton étoit comme une longue barbe à la capucine d'un tisssu de peaux comme les nageoires d'une morue qui luy pendoient sur l'estomac, et avoit deux seins comme les nostres et le corps en forme humaine jusqu’à la ceinture, et le restant amenuissant comme un saumon ainsy que sa queue, mais d’un pied de largeur à peu près, ayant des peaux
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de poisson comme nageoires tenantes aux esselles, n'ayant àses ÿ bras de coudes, et point plus long que nous les avons du coude à BR la main, dont les doits étoient bien distingués, mais remplis de peaux comme les pieds d'un oye, et le chef étoit garny de petites peaux pendantes sur son col d'un demy pied de long, et le front à découvert avec des gros yeux de toureau et un regard fier et plain de feu. Je fis débarque: nos gens pour en faire leurs raports devant Mr le Consul. Jean Le Natro, originaire de Penerf en Bretagne, qui étoit maitre et propriétaire de notre bastiment et son frère en firent cette déclaration. Et Nicolas Thiberge, de Dunkerque, nostre pillotte et homme d'esprit, confirma le tout pit de point en point, et signèrent le procès-verbal qui en fut dressé, po er quelques pescheurs du pays déclarèrent avoir veu plusieurs fois cette mesme figure, qui une fois leur arachaun poisson au bout de leurs cordeaux. (1)
Je m'apliqué à faire mon négosse pour partir au plustôt de cette ille voyant la saison de l'hiver s'approcher, et n'en peut partir que le 20 novembre pour retourner à Dunkerque avec un autre
: chargement de vin, écorces de citrons confits ou sec, et fleur d’o- AE range, et une partie de cuivre en tangoul venant de Saincte-Croix Ps | de Barbarie. Le jeune Caire nommé Joseph se trouvant fort attaqué d'un asme s'embarca avec nous dans le dessein de se rendre à ti Paris pour se faire traiter de la maladie, et sur notre route nous 471 fusmes très mal traités par vents contraires et tempestes, qui nous poussèrent jusqu'au $2° degré et demi de latitude, où dans une bonnace nous nous trouvasmes entourés d'un nombre infiny de poissons dorades, et dont nous er peschasmes à discrétion; dans la matinée à moy seul j'en embarqué vingt-huit, et n’en voulions plus ne sachant qu'en faire, n'étant bonnes lorsqu'elles sont sa-
(r) Cette description si peu séduisante qu'elle soit permet de croire qu'il s'agit d'une de ces divinités marines qui durent leur naissance à la fable. La croyance aux sirènes ou aux monstres marins à figure humaine se maintint longtemgs. comme on le voit, puisque Doublet mentionne très sérieusement la merveilleuse apparition qui, « par son regard fier et plein de feu » terrifia son équipage. D'ailleurs, dans son enfance, il avait été familiarisé avec ces contes, car une ruelle de sa ville natale portait et porte encore le nom de rue de la Sirène (ruette et advenue de la Seraine », en 1588; une figure fantastique était gravée sur La pierre à l'angle de cette rue; il en subsiste des traces.
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