‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 49 sur 113 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Prise d'un navire hollandais dans un port d'Angleterre. — Croisières dans la Manche. — Naufrage à Cherbourg. — Doublet est présenté à M. de Seignelay. — Il prend le commandement de deux barques longues. — Son arrivée à Brest. — Il découvre la flotte de Tourville. — Ses entrevues avec Seignelay. — Enlèvement d'un percepteur anglais. — Croisières. — Prise d'un navire anglais. — Naufrage. — Autres prises.

Et deux jours après cette rencontre, ne trouvant rien, je fus mouiller l'ancre vis à vis d'un petit bourg situé au bord de la mer et sans forteresse, éloigné d'une bonne lieue de Pleimuth, ayant le pavillon d'Ostende déployé. Nos échappés nous reconnurent et vivoient au dit bourg nomé Ramshed (1) où sont tous françois réfugiés, et ne nous décelèrent aucunement. Et sur les 3 heures du soir, il me prit fantaisie d'aller avec deux hommes dans nottre petit bateau à terre, et moy déguisé en bon et simple matelot, voulant m'informer adroitement s'il n’y auroit pas dans les ports quelques navires Holandois prets à en partir, et dont je réussis à mon dessein. Et lorsque je mis pied à terre, je trouvai le capitaine Roc et son fils qui me disoient mille bénédictions, et me voulurent convier à boire de la bierre et les priay de m'en dispenser, et que je serois fasché d’estre connu de d’autres, et leur déclaray le subjet de ma dessente, et ils me dirent qu’au port du cap Ouastre, il y avoit un houcre Holandois de dix canons, venant d'Espagne richement chargé, et que ce seroit bien mon fait s’il sortoit en mer, mais qu'ils ont appris qu’il n’en sortyroit sans avoir un con-

(1) Ramchead, pointe à l'ouest de la baie de Plymouth.

sières dans M. de Seies. — Son revues avec ss. — Prise

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voy; et que dans le port de Saltache (1) il y avoit une grande pinasse de six à sept cents thonneaux de port et ayant 40 canons et peu d'hommes à proportion, et que les canons de sa batterye de bas ne pouvoit jouer, estant embarrassés par des ballots de laine d’Espagne, mais que nous avions trop peu de force pour y attenter. Je quittay mes deux amis et fus au bourg de Saltache dans un cabaret demander une pinte de bierre. Et je rencontray le capitaine de ce navire, lequel je reconnus à son nées extraordinairement long et avec lequel j’avois autrefois bu en Portugal, mais il ne me reconnus pas et il me quiestionna d’où j'étois et ce que je faisois. Je luy dis que j'étois de Bruges en Fiandre et que j'avois fait naufrage sur une belandre chargée de vin et eau-de-vie et avions esté poussé par tempestes sur la coste de Gandetur, et que je cherchois passage pour retourner au pays, et luy demanday passage pour Holande qui en est proche. Il me dits : « Mon camarade je ne say quand je partiray d'icy et ne le feray sans un convoy, car mon navire vaux plus de quatre cents miles florins. » Je luy dits : « Vous avez bien du canon. » — « Oui, dit-il, mais mon plus fort ets embarrassé, et je n'ay que trente ct huyt hommes. La nuit s'approchoit ; je n'en voulus savoir d'avantage et je me retiray promptement à mon bord avant qu'il fust nuit, et les bateaux venant de la pesche se retiroient au vort. Il y en eut un qui passoit proche de nous. Je luy fist demander par le capitaine Laurens s'il vouloit nous vendre du poisson. Il répondit que ouy, et pendant qu'il venoit à notre bord, je racontay en peu ce que j'avois apris à terre et représentay la faiblesse de notre bastiment, où nous avions échapé un grand péril, et que nous courions risque d'en essuyer d’autres dont peut estre nous n'en échaperons pas, et que notre fortune étoit dans le port de Saltache dans cette mesme nuitée dont les vents et ce batteau nous étoient favorables. Les sieurs Laurens et Welkisson trouvèrent la choze faisable et la firent gouster à nostre équipage. On

(1) Saltash, bourg d'Angleterre, en Cornouailles, sur le penchant d'une colline baignée par la Tamer; l'embouchure de cette rivière ini forme un portsitué à 2 milles marins audessus de Plymouth. Ce fut dans ce port que Doublet captura, sous le feu des forts, un vaisseau hollandais de 6 à 700 tonneaux et armé de 40 canons.

acheta tout le poisson de ce basteau où ils n'étoient que trois, le maistre étoit âgé de plus de soixante années et son fils environ de 30 à 35 ans. Nous les conviasmes d'entrer dans notre cahute de chambre pour leur faire boire de l'eau-de-vie de France: ils nous croyoient d'Ostende. Et ayant eu la teste échauffée de la liqueur qu'ils aiment passionément, ils jasoient avec mes deux Anglois qui se conservoient sur la boisson. Le vielard disoit beaucoup de louanges du gouvernement de Mr le prince d'Orange qui alloit exterminer tous les chiens de papistes françois, etc.; et pour finir on les saoula sy plains qu'ils tombèrent à beste morte dans la chambre et degorgeoient leur estomac. Nous avions mis au mesme état le troisiesme et le plus jeune dans son bateau et on l'embarqua dans notre bord. Nous nous munismes de dixhuit pistolets et autant de sabres et de vingt quatre grenades et de six bonnes haches de charpente, ne devant faire qu'un prompt coup de main. Et sur la minuit nous nous eribarquasmes en tout vingt-huit de l'élite de nos hommes et partismes sourdement avec ordre d'un grand silence, et qu'il n'y auroit que le Sr Laurens qu: répondroit à ceux qui demanderont d'où est le batteau. C'étoit entrant au 26 de novembre 1688 et en passant près du chasteau de l’ille de Rat (1), un des sentinelles ne manqua pas de crier : « D'où ets le bateau ? » Laurens répondit : « A fischer Boat », qui veut dire basteau pescheur. Il en ariva autant passant sous la citadelle et au fort de l'entrée de Saltache, et nous y entrasmes sans aucun cont-edit, et fusmes droit aborder le Holandois au travers de ses grands haubans, et nous grimpasmes tous exepté un seul pour la garde de nostre bateau. Il se trouva un seul Holandois sur leur pont, qui d'un levier cassa un bras d’un de nos matelots qui étoit de Calais, et nous nous emparasmes de toutes les portes des dunettes et des gaillards de proüe et de poupe, ainsy que de toutes les écoutilles, et avec les haches on enfonssa la dunette, où l'on se saisit de trois officiers qui y reposoient, et il y avoit une écoutille dans le milieu de cette dunette qui communiquoit dans la grande chambre où reposoit le capitaine qui, enten-

(1) Dans l'île de Saint-Nicolas.

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dant le bruit, se préparoit À faire un mauvais spectacle. Mais par un bonheur tout extraordinaire, mon charpentier qui avoit foncé la dunette, nomé Jacques Férand, de la ville de Caen, ayant entré dans la dite dunette, tomba dans la grande chambre sur le dos du capitaine Holandois par cette écoutille où il y avoit six pieds de haut et acabla soubs luy le dit Holandois, et Férand se sentant avec un homme criant quartier, dougre quartier, en rüant de sa hache il blessa au bras le pauvre capitaine. Le dict Ferrand cherchant à taston la porte de la grande chambre, il l'ouvre, et cria : « Qu'on aporte vite de l'eau, tout est icy plain de poudre répandue soubs mes pieds, et qu'on aproche pas aucun feu. » Je fis aporter force sceaux d'eau qu'on jeta partout dans la dite chambre, et il n'ariva aucun acxident, car le coquin de capitaine advoüa qu'il aloit battre du feu pour faire périr son navire et g‘néralement tout. Je fis rassembler tout et autant que nous peusrnes trouver gens de son équipage et les fis enfermer dans le gaïllard d'avant, et garder par deux de nos gens armés et n’en peusmes trouver que vingtsix ; les autres s'estoient cachez parmy les balles de laine. Ce navire avoit ses deux vergues majeures amenées tout bas, ce fut un gros et long travail pour les reguinder pour pouvoir apareiller le navire avec le peu de monde que nous étions dont quatre étoient occupés en sentinelle à garder les sorties. Je fus prendre dix de nos enfermés et les fis aider à guinder avec nos gens, et quand le taut fut bien préparé pour apareiller et mesme les deux huniers furent déployés et guindés, je fis renfermer mes dix prisonniers et crainte qu'ils ne tirassent quelque canon de gaillard où ils estoient je fus à tastons en oster les amorces, et fis couper les deux câbles sur ses écubiers. Et il étoit à ma montre un peu plus de cinq heures quand le vent fut dans nos voilles, et fit déployer la misenne la tenant toute preste à la laisser aussy déployer. Le capitaine Laurans fut un peu blessé au gras de jambe par un sabre de nos gens par mégarde, et lequel connaissoit parfaitement le port, et pour nous éviter de passer entre la citadelle, le fort et le château de Rat, il nous fit sortir par la passe du Ouest, quoyque très dangereuse par les rochers et qu'il n'y passe presque que quelques moyens navires. Il hazarda le tout pour le tout, cepen-

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dant sans nous rien ariver. Et comme nous passasmes à portée d'un moyen pistolet du costé du dit chasteau de Rat, un des sentinelles cria en anglois : « Où vale navire ? Avez-vous vos despesches ? » Laurans répondit que ouy, et que les courants nous forssoient de passer au risque par cette passe. Et nous sortismes très heureusement que le jour commençoit à pointer. Nous amarinasmes nostre belle prize et laissé le capitaine Laurens et Welkisson pour la conduire avec une copie de ma comission et vingt de nos meilleurs hommes, et dans le bateau anglois je m'embarqué avec le reste de mes gens, le capitaine Holandois et vingtquatre de ses gens et les conduis au bord de ma corvette quoy que plus en nombre que nous n'estions. Je trouvay mes trois anglois encore endormis et eusmes de la peine à 12s réveiller pour se rembarquer. Je leur payay grassement leurs poissons et les fit boire chacun un verre d'eau-de-vie et je leur dis : « Voilà mon câble et mon ancre que je vais laisser, je vous le donne. » Car étant foible de mon monde je ne pouvois le lever sans perdre bien du temps, et ma prise étoit déjà de plus de $ lieux de l'avant. Mes trois anglois se trouvant trop foibles pour lever mon ancre furent prier des bateliers qui aloient à la pesche pour leur aider, qui aprirent à nos yvrongnes que j'avois enlevé le gros navire Holandois et que tout toit en rumeur dans la ville et les forteresses dont les sentinelles furent tous emprisonnés, disant qu'il y avoit connivence avec moy; nos prisonniers en disoient autant. Mais depuis j'apris qu'il y eut trois sentinelles de pendues et le vieux battelier et son bateau et le câble brullé par le boureau, ei l'ancre jetté dans le passage où j'avois sorty la prize. Sitost que je fus soubs voille je la ratrapay en peu de temps et puis j'alois à trois et quatre lieux devant elle, et sur les costés pour faire la découverte. et estant le travers du cap Blancquef je découvris une frégate Holandoise de 24 canons, je creus bien qu'elle me raviroit ma proye. Je reviré dessus et fut advertir le sieur Laurens qui me cria : « Nous sommes en estat de nous bien dertendre, et sy vous nous voyez embarassés venez tous vous embarquer et laissez aller la corvette à l'abandon. » Et après quoy j'étois tout resoult, et la frégatte vint reconoistre notre prize qui arbora le

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pavillon de France et cargua ses deux basses voilles tout à coup et tira un canon de douze livres de boulet sur la frégatte Holandoise, laquelle s'en tirer s'en écarta. Nous avons bien creu qu'elle ne creu pas que ce fût notre prize et plustot la creurent un bâtiment de ces grosses flûtes du Roy, et nous laissa faire nostre route. Et le 30 novembre nous entrasmes dans les jettées de Dunkerque ayant cependant abordé en entrant la jettée du fort vert que je creus la prize preste à couler au pied, mais il n'y en eut que le haut d'endommagé : et un chacun fut surpris de voir une soury avoir enlevé un éléfant. Mais ayant apris l'endroit fort dont elle fut enlevée étonna bien plus, et creurent qu'il y avoit eu connivence. Je fus caressé et des louanges entières, puis on me pria de sortir en mer pour achever d'y consommer le restant des vivres de l'armement; ce qui fait connoistre que l'homme avide n'est jamais content des biens du monde (1).

Enfin je les voulus contenter et rassemblay mon petit équipage qui disoient ne rien craindre soubs ma conduite, quoiqu'on dize que j'ay de la présomption, mais c'est choze réelle que cela fut dit par mon équipage. Nous sortons du port du 6 décembre et poussons la route vers le Ouest de la Manche, où étant proche de Portland en Angleterre nous creusmes estre abimés par la mer. Je fis à petite voilure coure vers les costes de France et atrapé la rade de Cherbourg, où je fus à terre et y saluay M'le Marquis de Fontenay (2) quien étoit gouverneur et seigneur de mérite et bien grascieux. Après l'avoir satisfait sur la manière de ma prize, je me retiray à mon bord sur les trois heures du soir que les vents sautèrent au nord-ouest qui sont très dangereux dans cette rade, et sur les six heures ils augmentèrent et la mer devint impétueuse. J'aurois bien souhaité estre dans la crique, mais il y avoit encore

(1) Doublet doit revenir plus loin sur cet épisode et expliquer qu'il eut l'honneur d'en raconter les péripéties à M. de Seignelay. En outre, il y a lieu de croire que « l'action jolie » mais d'une grande témérité racontée ici devint l'objet d'une assez vive curiosité, En effet, on en trouve le récit dans l'Anguisition française ou Histoire de La Bastille (t. II, p. 325) par C. de Renneville.

(2) Hervé le Berçeur, seigneur et patron de Fontenay et d'Emondeville, enseigne au régiment des Gardes et commandant des villes et château de Cherbourg, allié, par contrat

du 21 novembre 1664, avec Marie-Anne-Jacqueline de La Luzerne, dame de Brévant. — (Lachesnaye-Desbois, XII, p. 632.)

PTS Zone gérdie 5

plus de trois heures pour attendre que la mer fus haute, où pendant cette attente nous souffrions beaucoup par les fréquents coups de mer qui nous couvroient depuis la proue à la poupe. Mon équipage disoit : « Il faut abandonner les câbles et pousser en coste. » Et je leur remontray qu'aucun de nous ne pourroit sauver la vie, et que pour périr il vaudroit mieux périr où nous étions pour n’estre blasmés d'imprudence, et nous soufrismes jusques sur les 8 heures et demye que je fis tirer un de nos canons par distance, et la mer se devoit trouver en son plain à neuf heures et demie. De nuit très obscure et au bruit de nos petits canons M le Marquis de Fontenay fit aborder les deux costés de la crique de lanternes allumées, ce qui nous dénotoit la voye que nous devions tenir, et dans l'instant un coup de mer nous fit rompre une de nos bittes où nos câbles nous tenoient attachés, et il falut de toute nécessité couper nos câbles et donner au hazard pour entrer, et nous nous dépouillasmes tous en chemise pour mieux nous sauver, et nous entrasmes très heureusement et échouasmes tout au haut de la crique. Et je repris mes habits et fus au gouvernement remercier M. de Fontenay qui achevoit son souper avec grosse compagnie d'officiers suisses dont M. Du Buisson étoit du nombre. Tous ces messieurs me tesmoignèrent leur joye de ce que j'avois échapé du naufrage ct particulièrement Madame de Brevent, belle-mère de M. le Marquis.

Deux jours enssuite arriva à Cherbourg Monsieur le Marquis de Seignelay chez M. de Fontenay. On luy conta l’avanture de ma prize et aussy comme je venois de réchaper du naufrage. Il dit : « L'on m'a écrit sucintement sur la manière qu'il fit cette prize, mais puisqu'il est icy je seray bien aize de l’aprendre par luy mesme. » Il m'envoya chercher par un officier de marinne. J'y fus ayant des botines aux jambes, et si tost que je l'eus salué il me dit : « Comptées moy un peu comme vous vous y pristes pour enlever cette prize, et me dites au net sy quelques anglois ne vous y ont pas facilité. » Je lui dis : « Non, Monseigneur, et en moins que je le pourray j'en vais fairele détail à Votre Grandeur, et j'ay mon journal qui justifira letout. » Et je commençay par la rencontre de réfugiez et de celle du capitaine au grand neez nommé Jean Stam,

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et la suite jusqu'à Dunkerque. Après quoy il dit tout haut : «Il y a eu de la témérité mais beaucoup de précautions et bien de la conduite. » J'inclinay la teste. Puis il me dit : « Je vous ordonne que du premier beau temps vous retourniez à Dunkerque et que vous désarmiez cet engin propre à périr du monde; je l'ay veu en passant, et j'écris à l’intendant de marinne de vous employer pour le service du Roy, en ce que je luy indiqueray. » Et je remerciay Sa Grandeur. Je fus congratulé de toute sa cour, et M. de Combe, (1) ingénieur, me fit bien valoir que c'étoit par ses bons récits que j'avois esté apelé du Ministre, mais j'en étois redevable seul à Monsieur de Fontenay ce que j'apris au sertain. Le Ministre partit au lendemainpour Torrigny et suivre sa routte pour Brest (2), et trois jours après qui étoit au 9° janvier 1089, je party de Cherbourg pour me rendre à Dunkerque où j'arrivayle 12 ensuivant et aussitost que je fus débarqué, M. Geraldin :3) me dit : « Notre frégatte neufve s'avance bien et il faudroit donner vos atentions. » Je fus ensuite saluer M' Patoulet, (4) intendant de marinne, et il dit : « J'ay des ordres du Ministre de vous donner le commandement des deux barques longues qui sont neuves et prestes de lancer à l'eau, et à vousde choisir un capitaine bien expérimenté pour en commanuer l'autre, et de suivre vos ordres. » Je le priay de m'en nommer un de son choix, et il me dit qu'il ne me faloit pas un jeune officier qui fût de qualité, parce qu'il me pourrait contrecarer dans la subordination à cause de sa naissance et que cela préjudicieroit au service. Il jetoit en vue sur le capitaine Pierre Harel ($) qu'on avoit envoyé du Havre pour servir de pil-

(1) Ingénieur du roi, chargé pendant quelques années de l'inspection des travaux maritimes en Normandie. Au mois de mars 1684, il visitait le port de Honfleur par ordre de Seignelay.

(2) Seignelay arriva à Brest dans le courant du mois de mars 1680 pour accélérer les grands mouvements qui s'y faisaient, Vauban, après avoir visité toutes les côtes et une partie des îles depuis Ypres jusqu'à l'embouchure de la Loire, l'y avait précédé et était arrivé le 1# février. — (Levot, Hist. de Brest, t. 11, p. 28.)

(3) André de Géraldin, né à Saint-Malo, fut nommé capitaine de brûlot le 1°" janvier 1691; capitaine de frégate le 1°" janvier 1703; capitaine de vaisseau le 23 avril 1708. Mort le 11 avril 173N. — (Arch. de la Marine.)

(4) Jean-Baptiste Patoule, che «lier, conseiller du roi, commissaire général à Rochefort le 15 août 1676: intendant aux îles d'Amérique, 10° avril 1679; intendant à Dunkerque, 19' janvier 1683. — (Arch. de la Marine.)

(5, Capitaine marchand du quartier du Havre, fut fait capitaine de brülot en 1602 et mourut en mer vers 1704.

lote sur un des gros vaisseaux du port, mais Mr l'intendant me dit que sije pouvois m'acomoder de M' Durand (1) que luy étoit recomandé par Mr Begon, (2) intendant à Rochefort, que je ferois plaisir à tous les deux, et qu'il faudroit que ce fût moy qui anonsst cette nouvelle au dit Sr Durand comme de mon choix pour le tenir plus ataché à moy, ce que je fis, et M° l’Intendant luy confirma la chose qu'il acxepta. L'on équipa les deux barques longues, (3) la mienne étoit nomée la Sans Peur, et l'autre l'Utille; j'avois huit canons et l’autre six et chacun quarante-cinq hommes d'équipage, et nous receusmes les ordres de la cour cachetées pour ne les pas ouvrir que nous ne fussions hors des bancs de Flandre, et les ayant ouvertes elles portoient d'aller devant la Tamise, rivière de Londres, pour observer combien de vaisseaux de guerre nous y pourions découvrir, et à peu près leurs forces et enssuite aux Dunnes, et puis à l'ille de Wic, Darthemuths, et Plemuths, et après avoir observé nous revenions rendre compte de nos gestions. La cinquiesme journée d'après nostre départ, qui fut le premier de février et la 6° dito, étant le travers de la Rie éloignée de 3 lieux, sur le soir nous aperceusmes un batiment qui venoit pour nous reconnoistre et la nuit survenant nous le perdismes de vue. Je fis passer la nuitée soubs la cape pour ne nous exposer dans les bancs, et au jour nous aperceusmes M' Durand éloigné de plus de trois lieux et qui donnoit la chasse sur un bastiment. Je fis tirer un coup de canon pour le rappeler à nous, il n'en fit aucun cas ; et fis tirer un segond coup et il ne cessa pas quoy que ses ordres comme les miennes portoient d'éviter toutes occa-

(1) Nicolas-Jacques Durand commanda en course en 1675 et 1678 plusieurs frégate: légères armées à Dunkerque. Il fut envoyé en croisière dans la mer du Nord, en 1605, ei mourut pendant la campagne.

(2, Michel Begon, chevalier, né à Blois en décembre 1638. Etait frère du premier commis de M. de Scignelay. Président et lieutenant général du bailliage de Blois en 1677, il devint commissaire général de la marine à Rochefort en 1650; intendant aux iles, 1684; intendant général des galères, 16N5; intendant à Rochefcrt, 1688; à la Rochelle, 1694. Il fut revoqué, vers 1705, par M. de Pontchartrain et décéda à Rochefort le 13 mars 1710, laissant plusieurs enfants.

(3) Petites frégates de 6, 10 et 12 pièces de canon, « qui vont parfaitement à la voile, « mais qui ne sont bonnes pour la course que l'été, l'hiver les Dunkerquois se servent « de doggres pêcheurs qu'ils équipent en guerre, et comme ces vaisseaux sont fort ronds « ils soutiennent parfaitement la mer dans les plus rudes tourmentes. » Arch. de la Marine, campagnes, 1689-1600.

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sions de prendre aucun bastiment ny de nous faire prendre. I] fut bien surpris de voir que celuy sur qui ilavoit chassé, le chassa luy mesme, et qu'avant que je le peus secourir, il fut pris par une frégatte de douze canons de Flessingue qui l'ammarina. Et le 7° février, je rentra au port et rendis compte à M. l'intendant qui fut fort irité envers le sieur Durand, etle o la frégatte de Flesingue et notre barque longue furent encontrées par deux de nos frégates, qui revenoient escorter trois prises qu'ils avoient faites au Nord sur les Hollandois, lesquels prirent le flessinguois et l'Utille devant Ostende, et nous les amenèrent dans Dunkerque, et où le pauvre Durand fut menacé du cachot et traité d'incapable de commander, dont il creu que je l’avois par trop blasmé sa conduite. Mais M. l'intendant luy fit bien conoistre le contraire, et que je l’avois excusé, mais ses officiers propres, après estre de retour, déposèrent son entestement, luy reprochant de luy avoir remontré qu'il outrepassoit les ordres et n'avoir voulu cesser la chasse après que j'eus fait tirer les deux coups de canon. M" l'intendant m'ordonna de nommer un autre capitaine pour l'Ulille qui avoit esté rechaspée. Je luy dits: « M. Durand sera corigé et fera mieux. » Ilme dit : « Ne m'en parlez pas, la cour deffend de l’employer. Vous m'avez cy-devant proposé Harel comme homme expérimenté et posé, prenez-le et vous disposez à partir dès demain sy le vent permet pour escorter plusieurs petits bastimants qui atendent pour aler à Calais, à Bologne et St Valery-en-Somme et puis en rameinerez d'autres qui sont pour revenir icy. » Le S' Harel étoit d'une entière reconnoissance de son élévation et avoit toutes soubmissions possible ; et le Roy étoit bien servy. Nous fismes ce manège près de deux mois et puis nous escortasmes des bssti. timents jusqu'au Havre, où M. de Louvigny (1) pour lors intendant m'ordonna d'en escorter jusqu'à Cherbourg où je trouverois mes ordres chez monsieur De Matignon (2), qui après l'avoir esté salué m'ordonna de rester avec l’Ulille jusqu'à ses ordres.

(1 Paul de Louvigny, seigneur d'Orgemont, conseiller du roi. Intendant au Havre, 1: septembre 1688 ; à Brest le 15 mai 1701. Mort à Brest le 24 décembre 1702.

(2) Jacques Goyon, sire de Matignon, comte de Thorigny, baron de Saint-To, lieutenant général en Normandie, gouverneur de Cherbourg, Granville et les iles Chaussey,

Peu après ariva à Cherbourg monsieur De la Hoguette, (1) lieutenant général des armées du Roy, qui avoit un camp volant pour au cas que les ennemis voulut atenter une dessente vers ces costes. Le conseil de ces seigneurs s’assembla à la Paintrerye (2) proche de la Hogue. Je receu leurs ordres par écrit, portant que M.le chevalier de Beaumonts, (3) commandant une petite frégate de douze canons, et M' de Rantot (4), son frère, comandoit une corvette de six canons qu'ils avoient armées à leurs frais, lesquels devoient étant en mer suivre en tout mes ordres. Je représentay à M" de Matignon et De la Hoguette que c'étoit faire affront à des M'° d'une naissance bien au-dessus de la mienne et que l’on m'accuseroit d'ambition. Ces messieurs me dirent : «Vous êtes porteur de commission du Roy et eux de M'l'admiral, et ils acceptent avec plaisir, d'aller soubs un habille homme. » Nos ordres étoient d'aller croiser de dans notre Manche {($), le long des costes d'Angleterre, pour y découvrir leurs armées et savoir s'y celle de Hollande y étoit join.:, et que ne rencontrant dans le canal, que nousirions en mer depuis les hauteurs de $o° degrez, jusqu'aux 47° degrez et sur le tout de ne nous pas arrester À faire aucunes prises. Et nous partismes avec les deux M" de Baumont, de la Hongue, le 17° juillet, et croisasmes de tous costés jusqu'au 11° aoust, qu'en rétrogradant nos premières routes étant proche de Torbay, (6) nous aperceusmes une flotte qui y estoit à né à Thorigny en 1644, chevalier des ordres en 1688, lieutenant général des armées en 1093. Mort à Paris en 1725.

(1) Charles Fortin, marquis de la Hoguette, après avoir servi dans les gardes, était devenu corvette des mousquetaires gris en 1672, enseigne en 1683, sous-lieutenant en 1684, maréchal de camp en 1688, lieutenant-général et gouverneur de Mézières en mars 1603. 11 mourut d'une blessure reçue à la bataille donnée en Piémont, le 4 octobre 1693, par le maréchal de (atinat,

(21 Les régiments n'y campèrent que quelques jours. Leur commandant se rapprocha de Cherbourg et envoya une partie de ses troupes vers Granville que les frégates anglaises menaçaient.

3) Henry-Joseph de Beaumont d'Eschilais, originaire de la Saintonge, fut promu enseigne de vaisseau le 1°" janvier 1691, lieutenant de vaisseau le 1°" janvier 1692, capitaine de frégate le 12 novembre 1706, capitaine de vaisseau le 24 juin 1709. Mort le 8 décembre 1724.

(4) Ne se trouve pas inscrit au répertoire Laffilard des Archives de la Marine.

(5) Le 23 juillet 1689, Scignelay écrivait à M. de la Hoguette: « Je n'ay pas besoin à présent des s"° de Beaumont et Doublet,.…. vous pouvez leur permettre de faire la course ainsy qu'ils en avoient dessein lorsqu'ils ont commencé d'armer leurs bâtimens. -- (Arch.

de la Marine. Ordres du Roi.) (6) Baie et port d'Angleterre, dans la Manche, sur la côte du Devonshire. C'est le lieu

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