LA FLOTTE DE TOURVILLE
l'ancre composée d'une soïixssantaine de vaisseaux tant de guerre que gros marchands, et il nous fut donné chasse par deux frégattes, et nous nous sauvasmes devant la Hougue où je débarquay avec le chevalier de Beaumonts. Nous montasmes à cheval et fusmes à Cherbourg rendre compte à ces deux messieurs les généraux qui creurent que c'étoit les deux armées jointes enssemble qui avoient dessain de faire quelque dessente ; nous eusmes beau leur dire que non, et leurs dits : « Donnez-nous quelqu'un auquel vous ayez plus de confiance qu'à nous et nous allons retourner les observer, autant que nous le pourons. » Ces messieurs disoient : «Allées, toute la confiance est en vous. » Et remis soubs voille et fusmes observer, et le 14 ils mirent soubs voilles et firent route pour sortir la Manche et je renvoyay M' De Baumonts randre fidel compte et rassurer ces messieurs et que j'alois continucr d'observer leur marche pour ensuite en donner les avis, et j'accompagnay toujours de vüe pendant six jours cette flotte jusqu'à la hauteur du Cap de Finistère à 70 lieues dans le ouest faisant leur route vers le Portugal en Espagne, et je jugeay à propos de n'aler plus loing, et de reiourner à Cherbourg pour ne tenir olus longtemps nos deux généraux en suspends et arivay à Cherbourg le 8° de septembre où je feu bien receu, et le 20° suivant ces messieurs receurent ordre de me garder quelque temps pour garder le long de la coste depuis la Hougue jusqu'à l'entrée du Ras de Blanchard et de tems à autre d'aler 15 à 20 lieux vers l'Angleterre, pour faire découverte, et sur la fin de Novembre j'eus ordre d'aller à la Hougue, joindre les deux frégates du Havie commandée par M" De Failly et Sainct- Michel qui y avoient escorté une flotte de moyens bastiments chargés pour fournir aux magazins de Brest, où nous eusmes les ordres de les y escorter avec les dites deux frégates et fusmes avec cette flote de port en port le long dela Bretagne, où nous y joignions plusieurs autres bastiments pour le mesme subjet des maga-
de réunion des forces maritimes anglaises. Doublet l'a déjà cité plusieurs fois comme le point principal de ses croisières.
zins du Roy, et nous n'arrivasmes À Brest que le 5° février, (1) que
monsieur le mareschal d'Estrées, le père, étoit commandant que je fus saluer et luy demanday ces ordres et où il souhaiteroit de m'occuper, Il me parut triste (2) en me disant : « Ce n'est plus à moy de vous ordonner, M' le Marquis de Scignelay arivera demain où le jour ensuivant qui disposera À sa volonté. » Et je pris congé.
Juillet 1689, M" de Scignelay sitosts son arivée À Brest (3) fit empresser l'armement de tous les vaisseaux de haut bort et des frégates et brulots ct flûtes de transport; c'étoit un fracas terrible dans le port de Brest jour et nuit. Et Sa Grandeur nous ordonna Atous les capitaines des barques longues et corvettes de différents endroits d'aler croiser. (4) Mon quartier fut devers Belille après que j'aurois eu délivré un paquet de lettres A M" de Bercy qui y estoit, Et aussitôt je remis en mer 30 et 40 lieux au large, où je fis rencontre de M' le chevalier de Lévy, (5) lieutenant de haut bord, qui comandoit une barque longue de 4 canons, et nous nous joignismes enssemble quelques jours. C'étoit un officier d'un grand esprit mais bien débauché et satirique. I me dit : « Le Ministre ne sait comment se défaire de ma personne que par me faire commander cette coque de noix, mais il ne sait pas que Îles ivrognes ont leurs Dieux, et ainssy je ne crains
au) U faut lire Juillet. Doublet donne ses dates assez négligerument, ainsi les faits relatés ci-dessus et les suivants se rapportent à l'année 16N0 ; le manuscrit les enregistre à la date de 1600.
i2) Le maréchal d'Estrées avait été investi du commandement de la flotte réunie à Brest durant îies premiers mois de 16N0. Vers le milieu de l'année, alors que le maréchal était embarqué et que tous ses ordres étaient donnés, M. de Scignelay prit en personne le commandement, et le comte d'Estrées resta « sur le pavé des vaches à Brest », suivant l'expression de Me de Sévigné. [ne s'en consola pas: Me De La Fayette et Me de Sévigné l'ont constaté, On voit en outre que son déboire ne passa pas inaperçu aux yeux de Doublet,
4) Le voyage de Seignelay à Brest fut tout un évènement. « Il étoit général en tout, dit Me De La Fayette dans ses Memoires, lors qu'il ne donnait pas le mot; et mesme il en avoit les habits et a mine, » (Michaud et Poujoulat, 4e série,t. N,p. 244.)
4) Arch, de la marine, Ordres du roi, Ponant, 14, 13, 24, 26, 30 et 31 juillet 1689 Dans la lettre du 40 juillet on lit: « les sieurs de Beaumont et Doublet ayant eu ordre de « naviguer entre Pennemarc et Glenan pour descouvrir si les ennemis s'estoient avancez « jusqu'à ce parage, il (M. de Beaugey) les cherchera et leur ordonnera de revenir inces- « samment à Brest, »
(31 Enseigne de vaisseau, 3 mars 1673: capitaine de brülot, 1e° juillet 1673: aide-maijor, 20 janvier 1676: capitaine de frégate, 4 avril 1686: capitaine de vaisseau, 16 août 16N0. Mort à la Hougue, 26 janvier 1704.
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