‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 53 sur 113 · ENLÈVEMENT D'UN ANGLAIS · texte numérisé non relu

ENLÈVEMENT D'UN ANGLAIS

est le maistre ? » Je luy dis que c'étoit moy et le fis entrer dans ma chambre, et je frappay du pied sur le tillac. Le chevalier Daumonville, au moment, fit monter mon équipage et luy. Ils sautèrent dans la chaloupe une partie pour piller les matelots anglois. Je quité compagnie à mon hoste qui fut tout troublé et j'empeschay la pillerie, et fis rendre ce qu'on avoit pris et fis lever nostre ancre ct apareiller nos voilles et changeay de pavillon, ce qui consterna mon hoste et ses gens. Il me pria de luy dire qui j'étois et que je luy donnast lieu d'écrire à son épouze. Je luy dis n'avoir ce loisir et je me nommay, et que j'étois pour le Roy de France, et qu'il ne luy seroit fait aucun mal ny tort, et congédiay la dite chaloupe et les 8 hommes, et fis ma route pour gagner nos coste. En arivant en vue de l'ille de Bats en Bretagne, je fus rencontré par deux frégates de Flessingue, qui me donnèrent la chasse et à grands coups de canon. Je me sauvay entre les rochers et mouillay l'ancre devant Roscof où je débarquay avec mon hoste, et trouvay M' Le Roy de la Potterie (1), commissaire de la marinne, auquel je dis de me faire donner des chevaux de poste pour conduire plus seurement mon cavalier à Brest où estoit encore l'armée à Berteaume, Mr de la Potterie nous fit servir à manger pendant la recherche de trois chevaux, mais mon anglois ne peut que boire un verre de vin et moy je fis très bien le devoir de table. Et puis montasmes à cheval et arivasmes le mesme soir 29 may à Brest, et fusmes descendre à l'intendance où Mr Descluzeaux (2), intendant, me fit donner une chaloupe bien équipée et de bon vin pour nous rendre à Berteaume où j'arrivé sur les 4 heures du matin, 30°, au bord du Conguérant, où M' de Tourville me receut très gracieusement, sachant ma capture, et fus éveiller Mr de Seigneiay, qui en robe de chambre me fit entrer et mon anglois auquel il fit bien des honnestetez, en le rassurant que sy il luy dizoit vérité à ses demandes il le renvoiroit en peu de temps à son pays, puis il luy demanda son nom, son em-

(1) Ecrivain principal de la marine à Roscoff, le 20 juillet 1604; à Port-Louis en 1096; nommé contrôleur au Canada le 1°" mai 169N.

(2) Hubert de Champi, seigneur Desclouseaux, commissaire général à Dunkerque de 1671 à 1680 : intendant à Brest en 1683. Décédé dans ce port le 6 mai 1701.

ploy, et comme je l'avois enlevé, et sy je ne l'avois point maltraité ni pillé, sur quoy il tira une belle montre et une bourse bien garnie de guinées et son diamant au doigt et dis : « J'ai offert tout cecy à votre Capitaine afin qu'il me laissat retourner dans ma chaloupe, et a tout refusé. Je me nomme Thomas Fisjons. Je suis le colecteur ou receveur des deniers royaux de la ville et dépendance de Œsumths(1), que souhaitez-vous de moy ? Alors le ministre luy dit : « Je vous demande en toute sincérité que vous me déclariez le nombre et qualitez des vaisseaux de l'armée du Roy de la Grande Bretagne et aussy des vaisseaux Holandois, et de quel temps la dijonction s'en fit. » Il resta une poze sans répondre et jetant un grand soupir et puis il dit : « Seigneur, je serois perdu en le dizant et passerois pour traistre à l'Etat. Et le ministre le voulant rassurer luy promettoit le secret. [dit : « Si vostre capitaine eut esté un pillard et qu'il m'eust ou fait fouiller, il auroit trouvé ce que vous demandez. » Le ministre entendit à son discours et se retira au balcon et me fit venir et medit: « Vous n'avez fouillé, ni fait faire à votre prisonnier : « Je dis : « Non, en vérité, Monseigneur. » Je le say. « Fouillez-le et luy 7 * son portefeuille et tous les papiers et me les aportez. » Je me . l'effect dans la chambre du conseil, où plusieurs officiers furent surpris de me voir faire en disant : « Tenez-vous, voilà le ministre qui vous voit. Pourquoy n'avez-vous fait cela étant dans votre bord ? » Je pris son portefeuille n'ayant trouvé d'autres papiers; je les porté au ministre, et à l'ouverture nous trouvasmes deux pancartes, où étoit en la plus grande, le dénombrement des vaisseaux des deux armées, et bien désignées, les noms de chaque vaisseaux et des commandants, le nombre des canons d'un chacun et des équipages, ainsy de ceux d’'Holande avec les divisions et les ordres de la marche de bataille au cas de rencontre et aussy tous les signaux. Sur quoy M' de Seignelay et fit venir M' de Tourville et luy dit: « Jen'en désire pas davantage. » Mais ces deux Seigneurs furent bien surpris que la deuxième pancarte que j'ouvris que c'étoit les véritables portraits et nombre et les forces et si-

(1) Weymouth |?)

maltraité bien garffert tout dans ma s, Je suis et dépenors le mi- > vous me e du Roy lois, et de répondre rois perdu tre le voucapitaine oit trouvé iscours et Yez fouillé, ité, Monortefeuille ct dans la ris de me vous voit.

» JC pris

ÿ porté au artes, où des deux Lux et des s équipardres de us les siburville et eux Sei-

e j'ouvris

ces et si-

gnaux de notre armée. Et fort étonné le ministre dit: « Nous n'avons plus de secrets en France ; elle est trahie de tous costés. » Et me dit: « Alées à votre bord jusqu'à ordre et j'aurey le soin de vous. »

Le consseil s'assembla et dura toute l'après midy jusqu'au soir, après quoy on me fit venir où Mr de Seignelay me dit : « J'ay fait demander à M' Thomas Fisjons s'il vouloit que jele renvoyast par terre à Calais ou Zélande pour repasser chez luy. Il craint les fatigues, et me demande d'estre renvoyé par celuy qui l'a emmené et qu'il répond qu'il ne vous sera fait aucun tort au cas de rencontre. » Sur quoy je dis: « C'est à quoy je ne doibs m'y fier, et pour bonne expédition, je supplie Vostre Grandeur d'ordonner que l'on me délivre une petite chaloupe outre la mienne et qu'on me donne quatre matelots anglois qui sont aux prisons afin que lorsque je seray proche de la coste d'Angleterre où je pouray atraper, je mettray mes anglois dans la dite chaloupe tout près de terre, et reprendray ma route. » Mon expédient fut trouvé bon, et le Ministre me fit porter 48 bouteilles de vin de champagne, douze flacons de malvoizie et des liqueurs de Marseille, des saucissons, cervelas, jambons, langues fumées, des patées, deux moutons et volailles pour régaler en route mon anglois. Mais je ne le garday que deux jours, l'ayant débarqué près de Torbay, avec des bouteilles de champagne dont il fut très content et m'embrassa (1)et jetta sur mon pont trente guinées d'oripour mon équipage, et dont Mr le chevalier Daumonville s'en voulut retenir la plus grosse partye et je les fis partager.

(1) Ces embrassades reviennent souvent dans le récit de Doublet. La mode de ces caresses, de ces saluts était générale parmi les gens de qualité au dix-septième siècle. Elle a été ridiculisée par Quinault dans la Mère Cognette : Estimez-vous beaucoup l'air dont vous affectez D'estropier les gens par vos civilités, Ces compliments de main, ces rudes embrassades..…..

et par Mo!ière dans les Précieuses, dans les Facheux et dans le Misanthrope : Je vous vois accabler un homme de tendresses Et témoigner pour lui les dernières tendresses; De protestations, d'offres et de serments Vous chargez la fu. eur de vos embrassements.

Plus loin Molière dit de nouveau :

Et je ne hais tant que les contorsions

De tous ces grands faiseurs de protestations, Ces affables donneurs d'embrassades frivoles..….

RE arr one API rnS

En retournant joindre notre armée, ce qui fut le 8° juin (1) et je la trouvay toute preste à mettre soubs les voilles pour sortir par Liroize. Je fus rendre compte du débarquement de mon hoste, et dis le présent qu'il fit à mon équipage et il me pria de présenter ses respects au Ministre et à M" de Tourville, lesquels m'ordonnèrent de mettre soubs voile et d'aler cinq à six lieues au devant de l'armée pour faire découverte, et l'on me donna par écrit tous les signaux. Je me croyois hors d'espérance de quelque gracieusetez, mais comme j'étois pour descendre à m'embarquer dans mon canot, M" de Tourville me fit rentrer et me mis dans la main un papier bouchonné, où il y avoit des espèces. Je fis un peu de difficulté, et il me dit : « C’est Mr de Scignelay qui vous fait ce présent, atandant vous mieux faire et ne refuzées pas, et il m'a dit de luy faire souvenir de vous à la promotion, et que si vous aviez esté un pillard que vous auriez profité davantage avec votre anglois, mais vous auriez perdu l'estime qu'il a conceu et moy pour vous. Allez et continuez à bien servir.» Sitot que je fus dans ma petite chambre, je fus curieux comme les enfans de voir mes bonbons. Je trouvay soixante louis que je mis à remotis et fit appareiller. L'armée sortit et courut toute la nuit au large et sur le jour on courut vers le sud-ouest, jusqu’au soir que nous pouvions estre 60 lieux au large de Bellille où l'on garda ce parage plusieurs jours d'une assées beau temps, et je reconus bien que l'on avoit pas envie de rencontrer nos ennemys, et l'onziesme jours après la sortye l'on fit le signal de m'apeler au bord de l'admiral où m'étant aproché à la voix, l'on m'’envoya le canot blanc destiné pour le grand major nommé M de Remondy (2), lequel s'embarqua dans mon bord et renvoya son canot. Il m'indiqua les vaisseaux de l'&rmée où il vouloit aler, et lorsque nous en étions proche il demandoit qu'on l'envoyast chercher, puis tour à tour il fit ses visites savoir s’il manquoit quelque chose, s’informoit combienil yavoit de malades et les envoyoit sur les flûtes hospitaliè-

(1) Août 1689.

(2) De Raymondis, lieutenant en 1677, major en 1682, fut élevé au grade de capitaine de vaisseau le 1°" février 1682 et de major général le 1°" novembre 1689. I1 mourut le 5 juin 1602 d'une blessure reçue à la bataille de la Hougue.

uin (1) et jortir par >n hoste, présenter m'ordonau devant écrit tous > gracieuquer dans is dans la fis un peu vous fait ,etilm'a 1e Si vous avec votre eu et moy que je fus ns de voir emotis et au large et que nous da ce paonus bien l'onziesme d de l'adanot blanc 2), lequel m'indiqua en étions bur à tour moit comospitaliè-

de capitaine mourut le 5

res et sur l’assoirant revenoit à mon bord où il se trouvoit indisposé du mal de teste et de la mer par la petitesse de mon bâtitiment qui agitoit bien plus que les gros. Cepandant il fit la revue généralle en trois jours et demy et me quitta fort content des manières dont j'avoy agy à son égard et me mena avec luy auprès du Ministre, lequel faisant bon acueil dizant : « M" de Remondy, je vous ay plaint et je vous trouve changé. Vous trouvez-vous mal ? Et je croy que vous avez fait bien pauvre chère dans un sy petit bastiment ». Sur quoy M' De Remondy luy dit : « Il n'y a eu que les agitations qui m'ont esmeu et empescher de bien manger ; j'ayesté surpris de sabonne chèreet de son bon vin de champagne ; il a ce que vous n'avez pas, qui sont des petites huitres à l'écaille toute fraiches. » Le Ministre s'étonnant dit : « Et vous n'avez pas désemparé l'armée! Comme avez-vous fait pour les consserver ? » Je le luy dis. Etil dits : « Ha, il m'en faut un peu. » Et j'envoyay chercher mon reste conssistant à plus de deux cents. M' de Moyancour luy dits : «a Monseigneur, quant vous m'envoyastes avec luy à Ouessant il me régala très bien et proprement. » Sur cela M de Seignelay me demanda à combien estoient mes gages. Je répondis : « Monseigneur, à cent livres par mois, mais je me fais honneur qu'il m'en coûte du mien.» Répliqua le Ministre : «Je ne veux pas qu'il vous en coute, et vous aurées 20o livres tous lesmois. » M'* de Moyencourt et le chevalier de Venize dirent : « Iles méritte bien. » Puis M" de Venize me dit tout haut : « Qui chapon mange, chapon luy vient. » Je dis: « Plus Sa Grandeur m'honorera des bienfaits de Sa Majesté je n'en mettray point en poche. » Il se prit à rire, et je m'en retournay très content à mon boïd.

L'armée tint la mer jusqu'au 20° aoust sans rien encontrer. Le Ministre se trouva indisposé à la poitrine; il fist relascher devant Bellille et despescha un courier au Roy et dont il atendit la responsce, et le Roy luy ordonna de se débarquer, et de retourner à la cour et ordre à l'armée d'aller désarmer. M' de Seignelay me fit l'honneur de me choisir pour le porter dans ma barque longue jusqu'à Paimbœuf, rivière de Nantes, et M' de Tourville luy dit que ce seroit faire affront au chevalier de Lévy, ancien offi-

cier qui avoit aussy une barque longue. Le Ministre dit à M" de Tourville : « Hé bien, faites-moy souvenir de Doublet dans la promotion. » Et peu après que le grand Ministre fut à la cour il mourut, (1) et je fus mis aux oubliettes.

Après que nous eusmes désarmé à Brest, Mr le chevalier de Venize demanda deux frégattes en brulot dont on tira les artifices pour les équiper en course soubs son commandement, et il me fit l'honneur de me choisir pour son capitaine, en segond; l'autre étoit monté par M. Naudy (2) capitaine de brulot. Et ayant party de Brest au 16 de septembre, nous fusmes croiser vers les illes de Madère et Porto-Santo; nous y encontrasmes un navire anglois qui avoit 14 canons et nous étions seuls, parce que M' Nandy s'étoit séparé de nous. Ce navire anglois étoit fort par ses deux gaillards d'avant et d'arière bien garnies de vieux câbles entre les éclouezons, et avoit à chaque gaillard deux pièces de canon qui batoient devant et arière, et aussy des meurtrières d'où ils tiroient en seureté leurs mousqueteries et fauconneaux de bronze, et sans que nous puissions les découvrir, et sur les deux gaillards y avoit à chacun quatre coffres à feu remplis d'artifices et des flacons de double verre plains de poudre. Je dis à Mr de Venize qu'avant que nous l'abordions, qu'il faudroit luy envoyer notre bordée de canons. Il dit : « Point du tout, il faut l'aborder damblée. » Ce qu'il fit faire, et je passay au gaillard d'avant pour sauter 4 l’abordage avec une vingtaine de nos hommes et ceque nous fismes. Je passay arrière de ce navire et voulut en baisser son pavillon, mais il étoit cloué par le haut. Leurs 4 canons de dessoubs leurs corps de garde tiroient à mitraille ainssy que leurs fauconneaux qui tuoient et estropioient ceux qui étoient avec moy, et nous ne scavions par quels endroits pouvoir en découvrir aucuns. Notre frégatte avoit déborde et croyons qu'elle avoit receu quelque coup fatal. Je m'étois mis aans le porte hauban d'artimon pour n'estre à découvert

(1) Le marquis de Seignelay, secrétaire d'Etat, arriva de Brest à Versailles le 4 septembre 1680; il mourut l'année suivante, le 3 novembre.

Un ordr: du roi, du 2 mai 1690, donna à Doublet le commandement de la frégate la Gentille, à Dunkerque. -- Arch. de la Marine.

(2) Capitaine de brûlot le 1e" janvier 1691 d'après les répertoires de la Marine ; sauté on l'air sur l'Oriflamme à Vigo, le 21 octobre 1702.

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des anglois qui nous défaisoient d'autant de nos hommes qu'ils en découvraient. Je criay à M' de Venize de faire tirer quelques canons dans le bord de ce navire, sans quoyje ne pouvois le réduire et que j'avois perdu plus de moitié de mes gens qui étoient avec moy, et il fittirer presque à bout portant sept à huit coups qui firent bresche, par lesquelles Je jettay des grenades qui firent rendre nos ennemis et demandèrent quartier à ceux du chasteau de poupe. Et celuy d'avant tenoit encore fort, j'y cours avec quatre hommes dont un nommé Bérurier, de Touque, (1) s'y porta vaillament. Leurs deux canons furent tirés sur nous sans nous endomager, mais j'aperceu à une meurtrière un fauconneau ajusté sur moy et je pris par un bras le dit Bérurier en luy disant : « Retire toy », etil receut le coup dans le sain et tomba mort à mes pieds. J'apellé mes deux hommes qui avoient des haches pour enfoncer la porte de ce château d'avant et aux premiers coups il fut ouvert par un anglois qui vouloit sortir avec un fauconneau, et sur lequel bien à point je luy déchargeai du taillant de mon sabre au travers du nez et des yeux un rude coup qui l'aresta, et puis je l'achevay de pointe et taille qu'il tomba sur la place; après quoy le reste demanda quartier. Lorsque nous en fusmes les maitres, ils nous déclarèrent venir de lille de Sainct-Michel où ils avoient chargé de bled pour apporter à Madère et qu'ils nous crurent pour un Saletin, ce qui les fit autant nous résister. Et comme nous étions proche de Porto-Santo noue les y débarquasmes ainsy que quelques portugais qui y étoient pour passagers. Et nous eusmes dix hommes tuez et sept estropiez, et les Anglois n'y perdirent que trois des leurs et un portugais de leurs passagers et trois blessés; mais il est surprenant comme j'ay échapé de ce rencontre. Et deux jours après nous prismes une flûte holandoise sans résistance, laquelle alloit à Madère avec son chargement de plusieurs marchandizes, et fut donnée à commandement à Jean Bérengier (2), segond pilote, à cause qu'il m'étoit parent. Et la mesme mvit il s'enyvra et son équipage; il fut à toutes voilles donner du nez contre la grande ille déserte et le navire coula à fond où il s’y noya 14 hom-

(1) Bourg du Calvados, arr. de Pont-Levêque, sur la rivière du même nom. (2) Voyez ci-dessus, page 40.

EU

mes, et luy et un matelot ayant monté au haut de leur mât trouvèrent un tronc en forme de trou à cete ille toute escarpée et se jetèrent dedans, et les mâts et son navire disparurent et au jour se trouvèrent tous les deux sans savoir par où se retirer de leur trou futs à dessendre ou monter, ils trouvèrent beaucoup d'oiseaux qui au jour prirent le vol, et trouvèrent piusieurs nids avec des œufs et les oiseaux voltigeant autour, il n'y avoit ni herbes ny eau et ils se substentèrent avec des œufs cruds pendant trois jours mais ayant une grande soif, et le matelot buvoit son urine, et à la 4° journée il s'aviza qu'il avoit un batement à feu et en tira et rompit le devant de sa chemize et aluma du feu avec des bruttilles des nids d'oiseaux et de leur fiente, cela faisoit fumée qui les fit découvrir par les Portuguais habitants de la dite ïlle, consistant en tout en trois petites familles qui avoient aperceu quelques débris du navire naufragé, et ils furent à l'extrémité de l'ille ou paroissoit la fumée, et crièrent du haut en langue portugaize : « Y a-t-il quelqu'un ? À ye a qui algunos ? » Les deux emprisonnés répondirent : « Sy seignor, sauve la vie ! » Et les portuguais crièrent : « Esper. » Et furent au débris des mâts que la mer avoit transportés à une petite plage d'où ils en tirèrent des cordes, et puis revindre sur le haut du cap, qui estoit extrêmement haut et escarpé ct filèrent deux cordes vis-à-vis le trou où paroissoit la fumée et attirèrent nos deux hommes avec eux, et les soulagèrent à leurs besoins de la soif et noriture pendant six jours jusqu’à trouver le temps favorable de les passer à l'ille de Madère, où nous étions avec notre frégatte et notre prize Angloise : Et on nous aprit qu'à la dite ille déserte il n’y a que trois pauvres familles, qui font rente au Roy de Portugal de 80 mille raies qui sont presque autant de nos deniers montant à 8o livres de rente, et qu’ils y recueillent un peu de bled, et font la chasse aux oizeaux nommés par nos terreneuviers des fauchets, que les portugais nomment pardelles, qui veut dire par couples, étant toujours deux à deux dans leurs nids comme les pigeons, et ils en sallent les corps, et de leurs tripes et graisses en font des huilles à brusler aux lampes et que dans la saizon avec la glue ils font la chasse aux cerins canariens qu'ils vendent à Madère et aux étrangers, de plus ces habitants font amas d'une

mât troupée et se et au jour r de leur d'oiseaux avec des es ny eau ois jours , et à la 4° et rompit tilles des it découistant en es débris paroissoit € Y a-t-il és réponcrièrent :

it trans- , et puis L escarpé fumée et t à leurs ouver le 1S étions prit qu'à nt rente tant de illent un erreneuqui veut comme graisses on avec t à Mas d'une

mousse seiche qui croit sur les gros rochers au bord de la mer et où l'eau ne les frape pas ne PrOVEñant que par les salitres exalées et est nommée orchilla, servant aux teintures, et quoy que la dite ille est sans aucune deffences d'armes et que les corssaires d'Alger, et de Saley y fréquente souv.nt au tour, il est comme impraticable d'y monter, et un homme seul faisant rouler des pierres du haut il n'y a aucune accessibilité.

Et au 10 décembre, nous partismes de Madère, Mr de Venize n'y ayant voulu vendre le bled de nostre prize et me pria de la conduire en France soubs son escorte, et estant 4 40 lieux de Belille nous encontrasmes un navire portuguais soubs pavillon et commission de France, Chargé de fromage de Hollande venant d'Amsterdam, et nous découvrismes que le chargement étoit pour le compte des marchands holandois, ce qui nous la fit conduire à Brest où elle fut jugée bonne prize, et audessous des fromages il S'y trouva des ballots d'épisseries, cloux, muscade et cannelle qui

méritoit des atentions plus qu'aux fromages, ct nous désarmasmes à Brest au 28 décembre 1690,

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