ENLÈVEMENT D'UN ANGLAIS
se fit porter à celuy de M' le comte de Tourville nommé le Conquérant monté de 90 canons, et le mesme soir il ordonna à Mr de Moyencourt (1), aide-major de l'armée, de s'embarquer avec moy pour aler croiser dans nostre Manche jusqu'au travers de Pleimuts pour y pouvoir découvrir les armées d'Angleterre :t de Holande, et que ne les trouvant pas nous reviendrions à l'ille de Ouessant donner des ordres au sieur gouverneur pour faire des signaux au cas que de son ille il aperceu les ennemis. Et puis nous retournasmes rendre compte de n'avoir rien découvert (2).
Nous étions déjà au 23 de may (3) et on n'avoit jusqu'alors pu apprendre le nombre ny les forces des armées ennemies lorsque je remis M' de Moyencourt près du Ministre, lequel dit hautement : « En vérité, Messieurs, je vois que le Roy cest très mal servy, ayant autant de ces frégates légères et barques longues bien équipées et qui vont aux découvertes, qu'il n'y en aye pas une qui luy donne nouvelle des armées ennemies ny seulement qu'ils luy ayent amené quelque bateau anglois pour en aprendre quelques nouvelles. » Un chacun gerdoit le silence. Je m'aproché de M' le chevalier Venize (4) qui étoit le capitaine du pavillon du Conqué-
Mme de Sévigné a écrit (6 août 1689) : « Tout brille de joie dans cette province de l'arrivée du chevalier de Tourville à Brest : M. de Revel a vu ce moment heureux : on l'attendoit si peu ce Tourviile, qu'on crut d'abord que c'étoit des ennemis; et quand il se fit connoître, ce fut une joie et une surprise agréable... M, de Scignelai est à son bord faisant grande chère. »
(1) Le comte de Moyencourt, volontaire du 9 mars 1682, fut nommé enseigne de vaisseau le 1°" janvier 16N4; aide-major le 10 janvier 16N7 ; capitaine de vaisseau le 1°4 janvier 1703; major le 1°" novembre 1705 ; gouverneur de la Grenade le 1e" août 1717; dela Guadeloupe le 1e" novembre 1717; mort à Paris le 2 septembre 1728. Arch. de la Marine,
(2) Durant les croisières que Doublet raconte, d'assez graves évènements maritimes passionnaient le public. Le 12 mai 1689, la flotte française sous le commandement de Château-Renault livrait la bataille de Bantry. Le 22 du même mois, Forbin et Jean Bart étaient faits prisonniers et conduits à Plymouth. Peu de temps après ces derniers réussissaient à s'enfuir dans une petite barque et ils abordaient après une navigation de 48 heures à quelques lieues de St-Malo. -- Le 5 juillet 1689 une division française prenait à l'abordage cinq bâtiments anglais, et le 27 le chevalier d'Amblimont anéantissait deux vaisseaux hollandais.
(3) Lire : août 1689. Depuis lecommencement du mois, ainsi que Doublet le mentionne, M. de Scignelay avait en vain cherché à connaitre la force de l'escadre anglaise qu'on équipait à Portsmouth, De nombreux ordres avaient été expédiés dans ce but :
Ordre pour le s' Dumené pour aller descouvrir l'armée ennemie. Il ira jusqu'à Plimouth et tâchera de prendre quelques bâtiments (17 août 1680); même ordre à M. Desfrans, commandant le Trident (17 août) ; Ordre au s' de Lévy pour aller aux Sorlingues avec la frégate la Gratienne, découvrir l'armée ennemie (17 août). — Arch. de la marine.
(ph De Venize, enseigne de vaisseau depuis le 28 décembre 1671; lieutenant de vais-
rant, et je luy dis que si Monseigneur de Scignelay vouloit me donner une commission portant les ordres de faire des dessentes et d'y enlever sur les costes ennemies ce qui peut s'uziter par les loix de la guerre, que ;e me hazarderois dans peu de temps de luy amener quelques prisonniers Anglois qui informeroient mieux Sa Grandeur que ne le pouroit un maître ou matelot de barque ou d'un pescheur. M' de Venize fit ce récit au ministre, qui me fit apeler et me quiestionna comme je m'y prendrois, et luy ayant dis à peu près il me fit délivrer ma commission ample comme je la souhaitois, signée Louis, datée de Versailles, et au bas, Colbert: ct ilme promit que sy je suis pris qu'il me feroit délivrer le plutôt possible, dont plusieurs officiers s'entredisoient : « Voilà une entreprise d'étourdi qui ne manquera pas d’estre pris et peut estre pendu : » Ce qui ne m'ébranla aucunement, et party sur le champ et fut aterrer à Monsbay en Angleterre. J'en fus chassé par un garde coste, et m'échapé au travers des rochers du cap Lézard. Je costoyois la dite coste jusqu'à Portland, et fus au matin mouiller l'ancre devant le port de Oüesmuths ayant un pavillon d'Ostende arboré, et ne fis paroistre que dix à douze hommes de mon équipage, et le surplus en bas de la calle avec le chevalier Daumonwville, mon lieutenant, pour les faire contenir dans un silence et en estat de monter au premier coup de pied que je fraperois. Il ne manqua pas de venir une chaloupe venant de terre avec six hommes me demander d'où j'étois et sy je voulois entrer dans le port. J'attiray le maistre et luy fis boire un coup d'eau-de-vie qu'il reconnut bien estre de France, et me demanda sy j'en avois encore à vendre. Je luy dis en avoir plusieurs pièces avec d'autres marchandises qui ont esté prises sur les françois, et, comme c’est contrebande en Angleterre, que je voudrois qu'il vint en rade quelqu'un avec lequel j'en peu traiter. Il me dit : « Je vais vous envoyer un brave homme et vous pourez vous acomoder enssemble ». Il s'en ala. Et bien une heure et demie après il vint une belle chaloupe bien peinte voguant à huit rames et un officier en manteau rouge, lequel s'embarqua et dit : « Où
seau le 7 février 1678; capitaine de vaisseau le 1e" novembre 1689; mort à la Havane, sur le Superbe, le 11 mai 1702. -+ Arch. de la Marine.
ouloit me dessentes er par les aps de luy mieux Sa Jarque ou qui me fit luy ayant mme je la , Colbert:
er le plu- « Voilà ris et peut arty sur le fus chassé rs du cap et fus au ayant un x à douze Ile avec le e contenir p de pied venant de je voulois c un coup demanda urs pièces françois, voudrois er. Il me urez vous et demie uit rames it: Ç Où
h la Havane,