‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 58 sur 113 · MISSION A ELSENEUR · texte numérisé non relu

MISSION A ELSENEUR

seaux n'y coupoient le chemin, ce qui venoit à mon dessein de les faire séparer. Et lorsque je les creut assez distant de ne me pouvoir rejoindre, je reviray le bord en résolution d’essuyer la bordée des deux plus gros qui marchoient le moins et forçant de voille je passay bien à portée d'un moyen canon de ces deux vaisseaux qui ne me tiroient pas leurs canons crainte d'interrompre leur marche. Mais lorsque je les euts un peu dépassées et qu'ils voyoient que Je les éloignoient, ils me cannonèrent fortement et tous les cinq couroient après moy, ct je ne receut qu'un seul coup de canon du costé de tribord en arrière de mon artimon qui brisa dans ma chambre quelques-uns de nos fusils, et la plus légère étoit une frégate de 24 canons qui aloit mieux que nous continua la chasse jusqu'à 9 heures, mais elle n'oza m'aprocher de trop près, et nous nous tirasmes heureusement, et mon passager vint m'embrasser me aisant : « En vérité, Monsieur, je vois bien ce qu'on m'a dit, qu'il n'y avoit rien à craindre avec vous. » Et je repris ma route, et passant sur le banc des Dogres, je passay proche de plusieurs de ces bastiments pescheurs de morues sans leur rien dire, j'avois les pavillons anglois arborés et me prirent pour frégatte d'Angleterre.

Et le 20° juin étant proche du cap de Kol(1) où l’on fait la cérémonie de baptizer ceux qui n'ont pas passé au Zund, il se fit un grand préparatif par mon équipage qui étoient tous flamands et que leurs coutumes ainssy qu'à tous les gens du nord est de donner la calle, en guidant les hommes au haut du bout de la grande vergue et de le laisser tomber d'en haut dans la mer trois fois quelque froid qu'il fasse, puis on leur donne un verre d’eau-cevie et ils payent ce qu'ils ont promis et on l'écrit pour le payer sur leurs apointements. et cela revestit pour avoir de quoy les régaler tous. Mon navire n’y avoit encore passé ny mon passager ny moy. Je fis présent de deux bariques de vin ponr n’estre baptizé que d’un verre d'eau de la mer et empescher pour Île navire qu'il n'en coupasse la figure en place du lion, ce qui est d’ancienne

(1) Le cap Kol, ainsi nommé sur les cartes marines du dix-septième siècle, est le cap Kullen, sur la côte de Suède, à l'entrée du Sund. Il est formé d'un groupe de montagnes qui, au dire du savant Rudbesk, étaient tout simplement les vrais colonnes d'Hercule.

pratique (1). Et le mesme soir nous entrasmes à Elseineur. Je fus à terre pour donner mes déclarations que j'étois frégate du Roy, n'ayant aucune marchandise dans mon bord, et le lendemain je fus à la rade de Copenhaguen, capitalle du royaume de Danncmarc; je fus à terre avec mon passager et nous fusmes chez M' notre ambassadeur, M' le marquis de Martangits (2), qui nous receus très-gracicusement, et sur l'heure du midy il nous mena devant le Roy de Dannemarc (3) qui nous fit un bon acueil, et ensuite il nous conduit chez le prince de Guenldenlen (4) frère naturel du Roy, lequel nous convia pour le lendemain à disner chez luy, et enssuie nous fusmes chez Mr le premier admiral Bielcs (s) et chez M" le comte de Rancinclos, chancelier, et il étoit plus de deux heures quand nous retournasmes à disner chez M' l'ambassadeur, et ordonnasmes de débarquer les hardes de mon passager, lequel me mit en bonne réputation avec M' l'ambassadeur. Après quoy je pris un pillote pour dépasser les bouez et entrer dans la mer Baltique le $° juillet. Après quoy je fus pour me rendre devant Dansik où j'arrivé en rade le 4° aoust et y trouvay la Dicppoise qui n'avoit encore commencé de prendre sa

charge, et le $ je me fis porter dans mon canot à la ville de Dan-

(1) Plusieurs voyageurs, en effet, en ont parlé, « Nous nous trouvasmes, dit l'un deux, vis-à-vis de Kolle, qui est une haute roche. Nous l'avions à main gauche. Ce fut là que pas un de la compagnie ne fut exemt de la cérémonie qu'ont accoustumé de faire observer tous les matelots qui passent par cet endroit. Ils sont deux qui mettent un cordeau autour du cou et un autre qui jette un seau d'eau de mer sur la teste. La cérémonie fut faite sans y rien oublier, car après avoir esté mouillé, il m'en cousta encore une pistole pour le vin des matelots, » -- Les Voyages de M. Des Hayes en Dannemare, 1664, p. 30. (2) « M. de Martangis, ambassadeur du roien Danemark se trouvant mal en ce payslà, a demandé son congé; le roi y enverra bientôt un autre ambassadeur en sa place. » Journal de Dangeau, t. IV, p. 175, 170.

Le roi y envoya M. de Bonrepaus, intendant général des armées navales, qui conclut avec le roi de Danemark deux traités, l'un, le 11 mars 1693, concernant le duc de Wolfenbüttel, l'autre, le 11 avril suivant, pour le bombardement de Ratzebourg. — Deschard, Notice sur le commissariat de la marine, p. 94.

(3) Christian V, roi de Danemark et de Norvège, fils de Frédéric III, nè en 1646, mort en 1699; marié à Charlotte-Amélie de Hesse.

(4) Ce nom cest défiguré. Il s'agit du gouverneur de Norwège, comte Ulric de Gyldenloeve, frère naturel de Christian 1e", roi de Danemark, né le 4 juin 1638, mort le 17 avril 1714.

(5) Plus loin Doublet écrit Bielks et commet une erreur. En effet, il entend parler du grand-amiral-lieutenant Niels-Juel, l'un des plus célèbres marins danois, et non du maréchal Bielk ou de Bieck, suédois, qui fut gouverneur de Poméranie et ambassadeur en France.

, Je fus ju Roy, emain je Danncchez M' jui nous us mena cueil, et 4) frère à disner admiral lier, et il ner chez irdes de M: l'ames bouez fus pour et y trouendre sa de Dan-

t l'un deux, e fut là que re observer un cordeau émonie fut une pistole 664, p. 30.

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Qui conclut c de Wol- Deschard,

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