VOYAGE À COPENHAGUE
sik trouver Mr Souchey, agent du Roy, auquel nous étions recommandées. Jele priay de nous diligenter le chargement de la Dieppoise, et il me fit conoistre que les mastures n'étoient encore dessendues la Vistule, ny les câbles encore faits, et j'eus le temps d'examiner cette belle ville qui est magnifique et bien policée par un sénat, et y ayant un bel arsenail toujours prêt à armer 30 mil hommes ; toutes marchandizes combustibles sont en un quartier hors la ville entourées de grands fossées plains d'eaux, et à chaque bout des magasins ce sont de grands dogues enchainées le jour et qui la nuit rodent; les magasins aux froments sont de mesmes et séparées et mesme garde les dehors de la ville sont en plaine remplie de jolis maisons de campagne où l'on va librement avec les dames faire des colations avec des truites et écrevisses et à très bon compte, et c'est une ville d'un très grand commerce. Les câbles se trouvèrent faits: l'on embarqua des barils d'acier et de fer blanc et de cuivre en table et 18 gros câbles et d'autres à proportion, et 22 gros mâts et de plus moïens du godron et du bray, et le chargement s'acheva au 25, et ayant receu les expéditions je party avec la dite flûtte pour nous rendre devant Elseineur, et en partismes le 29 septembre. J'avois receu les ordres de n'escorter la dite flutte que jusqu'aux illes de Fer par le nord d'Ecosse, et après l'y avoir conduite de la laisser seule pour se rendre à Brest. Je tiray un certificat du capitaine Postel du lieu où je le quitois pour suivre mes ordres qui étoient que je ferois la course jusqu’au boutde mes vivres. Et croisant aux costes d'Ecosse devant la ville de Scarbourg(1), nous aperceusmes une moyenne frégatte qui nous reconnut, et c'étoit le capitaine Piter Baert ayant $4 canons, lequel m'ayant parlé me dits qu'il y avoit à la rade du dit Scarbourg cinq navires. je luy dits : » Il faut les aller reconnoistre. » [1 répondit : « Mais il y a une bonne forteresse pour leurs défférences. » Je luy dits : « La forteresse ne sortira pas de sa place pour venir après nous, et sy vous voulez me seconder nous yrons les attaquer ». Et il me le promit, et nous
(1) Scarborough, ville d'Angleterre, sur la mer du Nord, au fond d'une belle baie. Son port, le plus important de la côte orientale de l'Angleterre est vaste, commode et d'une profondeur suffisante pour recevoir les plus gros vaisseaux.
préparasmes un combat pour les attaquer, et lorsque nous fusmes à la portée des canons des dits navires et de la forteresse, c'étoit une gresle continuelle, et le dit Bart se tira au large, et je fus d'emblée en aborder un qui me couvroit des coups de la forteresse, et mon équipage ayant sauté au bord de la bordée ne savoit par où entrer, ayant les gaillards bien fermées, et tuoient mes gens autant qu'ils en découvroient, et de de dessus mon pont nous étions battues en ruine par les 4 autres navires qui avoient 20 et 24 canons. Je fits couper le câble de celuy auquel j'étois accroché ; je me trouvay abandonné tout seul sur mon pont, tous mes faux braves d'officiers s'étoient jettés dans la calle et dans ma chaloupe qui étoit entre nos deux navires. Je leur fis honte et ils remontèrent, mais le combat étoit fini, et étions hors de cannonades, et il est certain que sy j'avois esté tut ou bien blessé qu'au lieu de prendre j'aurois esté pris, ou s'il avoit sauté deux outrois anglois dans mon bord je n’en pouvois échaper. J'eus
e morts 28 hommes ©! :ix estropiés des bras et jambes et seize blessés, et dont ;'eus une cuisse offencées dans les chairs, mon mats d'artimon hors d'estat de service et beaucoup de nos manneuvres endommagées, et ainsy que nos voiles, et mon coquin de prétendu camarade n'osa plus s'approcher de moy. Je pris résolution de faire route pour Norvègue où les ports de mer sont fréquents et sans forteresses, étant neutre, le capitaine de ma prise me proposa de luy ransonner, et j'en convins avec luy par dix mille livres, monnoye de France, quoy qu'il en valus plus de 25,000 liv. étant bon navire de 160 thonneaux, douze canons et chargé de charbon de terre et plusieurs saumons d'étain et de plomb. Je luyrelascha son navire et chargement soubs la conduite de son pillote qui étoit son oncle, et que luy me resteroit pour seureté de la ransson. Je fis ma relasche à Suinneur ‘1) pour y reprendre un mât d'artimon qui ne me coûta que deux pots d'eaude-vie et le travail de mes gens, et étant bien réquipé je remis en mer au 16° octobre après avoir bien espalmé ma frègatte en vue de ne pas retourner sans bonne prize. Je fus à l'embouchure du
(1} Elseneur.
lé nous la forteau large, ps de la ordée ne t tuoient non pont | avoient étois acnt, tous et dans leur fis ons hors ou bien oit sauté er. J'eus et seize rs, mon 10$ man- >quin de ris résosont fréa prise par dix plus de nons et n et de onduite oit pour
pour y s d'eauemis en en vue hure du
Texel jusqu'à passer les deux premières boüées ou tonnes. Je pris une grande galliotte bien richement chargée destinée pour Londres, et je la conduis jusque tout proche de la rade de Dunkerque, et je repris la mer malgré les murmures de mon équipage sur ce que j'étois bien affaibli de monde par la première rencontre, Cependant je fus croiser entre le dogre blanc, la Flye et le Texel qui sont les entrées pour Amsterdam, et au bout de trois jours et nuitamment nous nous trouvasmes proche d'une flotte que nous reconnusmes par les lumières des fanaux des convois. J'éprouvai ma marche, et voulus me mesler dans le gros de la dite flotte ; un convoy voulu m'aprocher et je l'évitay et ils étaignirent leurs feux. Je tiray, étant éloigné après deux lieux, dix à douze canons distant les uns des autres commesy j'en avois combattu quelqu'un écarté, et lestrois convois y coururent où avoient paru nos hommes, et moy je recours au-devant de la flotte et en aborde ‘ne grosse flutte et, sans bruit ny un seul coup tiré ny fait paroistre de lumière, je luy mets promptement vingt hommes de mon équipage et en retire partie des siens et la fait changer de route, et m'étant un peu écarté je refis ma première maneuvre de tirer quelques canons et mettre fanal à ma grande hune et les convois redonnèrent après moy, et au petit jour ils m'aperceurent seul et sans prize à ce qu'ils creurent, mais lorsqu'ils furent à leur troupeau ils en trouvèrent un de moins, et je forçay de voille pour suivre sur la route que j'avois ordonné à la prise de faire, et sy j'avois eu quelque autre frégatte avec moy je leurs aurois enlevé une partie de leur flote sur les contre temps que je leur faisois, et je ne savois ce que j'avois pris; étant fort attentif à la rencontrer, je fis ma chasse à peu près, et sur le midy notre homme de la découverte cria : « Navire devant et au-devant de nous. » Et à deux heures nous étions à la voix. Le S' Havard, mon capitaine en segond, que j'y avois pozé pour la comandar me cria : « Voilà une belle prize venant de Moscovie. » Elle avoit 24 canons et plus de Goothonneaux de port et toute neuve se nomoit la Lailière d'Amsterdam. Je l’escortois avec grand plaisir, mais les joyes de ce monde sont de peu de durée. Le 11 novembre, feste de St-Martin, nous étions au petit jour devant Ostende, — et je
n'écris cecy qu'avec frayeur; — nous tinsmes conseil sy nous yrions entre les bancs de Flandre et la terre ou sy nous en passerions au large. Il fut représenté que plusieurs vaisseaux de guerre anglois avoient gardé pendant l'été le passage du dehors, n'osant se mettre entre les bancs. Nous avions un pillotte pour les bancs, réputé habil homme, proche parent de M'le chevalier Baert, portant mesme nom, lequel nous dit : « Il ne faut pas hasarder de faire prendre une si belle prize, et il n'y a rien à craindre de passer entre la terre et les bancs, je suis pour cela et je réponds sur ma vie. Et il fut conclu que nous y passerions, et étant au travers du vieux port notre homme de la découverte cria : « Il y a 4 gros navires à la passe du costé de Graveline. » Notre pilote dit : « Ai-je pas bien conseillé de ny pas risquer ? Et ne craignez pas, je suis sûr de mon fait, » Et il sondoit à chaque moment, et j'étois tout proche de luy, et il se crut échappé des dits bancs, en disant: « Monsieur ne craignez plus ; faites-moy donner un verre d'eau-de-vie, et sy vous avez quelque signal à faire, faites-le. » Et aïant convenu avec M: l'Intendant avant mon départ que sy j'amenois quelque prise au-dessus de valeur de cent mil livres, que j'arborerois au grand mât un pavillon rouge je l'envoyay arborer ; et dans l'instant, nous sentismes nostre frégate toucher et s'arester tout cour malgré toutes les voiles déployées. L'épouvante prend un chacun ; la frégate s'emplit d'eau, et les vents du Nord-est s'augmentèrent, et un froid rigoureux et violent. Je fais couper tous les mâts et jeter les ancres à la mer afin que le bâtiment ne se rompre sytots. Un chacun se lamente et pleure ; notre prise n'eut pas meilleur sort, excepté qu'après avoir perdu son gouvernail elle sauta par dessus les bancs et elle fut s'échouer à la coste proche de Boulogne dont le monde fut sauvé. Mais ce ne fut pas de mesme à nostre bord, j'envoyai ma grande chaloupe avec 16hommes et un de mes nepveux pour demander le secours à M'l’Intendant qui fit tout le pos- Sible pour m'envoyer des chaloupes du Roy avec des officiers, et comme ils venoient à nostre secours les vaisseaux que nous avions creu estre des Anglois étoient quatre vaisseaux du Roy sortys de Dunkerque qui étoient à la rade, desquels l'Ecueil cassa par legros vent son câble et fut risque de se perdre sur le banc
sy nous 1 passeguerre n'osant s bancs, portant de faire er entre ie. Et il eux port la passe as bien sûr de proche [onsieur ce, et sy nu avec le prise u grand t, nous rré toufrégate et un ter les n chaort, exssus les dont le À bord, ë
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