VOYAGES AU CANADA
pertes et chagrins, et les soutenoit avec grande résignation que je luy entendois souvent dire : « Scigneur que votre saincte volonté soit faite ». Homme sans vices, beau ct bien fait et beaucoup d'esprit au récit de tous nos citoyens qui l'on connu ct regretté, mais toujours puny de malheurs dans toutes ses entreprises,
En l'anée 166$, mon père fut demandé par la compagnie du Canadas (1), lesquels luy proposèrent que s'il vouloit entreprendre pour cux d'aler à Québec sur un de nos vaisseaux qui armoit au Havre, en quallité de commissaire le long des costes de fleuve de S' Laurent, pour ; faire creuser un minne de plomb que l'on avoit découverte depuis peu dans les costes de Gasprée (2), et qu'on luy fourniroit soixsante et dix hommes engagés à ce subjet, comme aussy un ingénieur mineur allemand de nation, et qu'on leur fourniroit u interprestre pour s'entendre, tous aux gages de la dite compagnie, qui fourniroit généralement tous les instruments et vivres ainsy que les barques nécessaires. Mon père avoit 300ofr. par an ct 4 pour cent de ce qu'on rctircroit de plomb ; l'ingénieur avoit 4000 fr. et l'interprestre Goo fr. ; les forgeurs et autres à proportion. Mon père accepta le party,ce qu'il n'auroit pas fait sans les pertes cy-devant. Lorsque le navire fut à la rade du Havre prest à partir, une chaloupe vint pour y porter mon père qui se tenoit tout prest ; je fits sy bien en sorte que je le gagné rt ma mère pour me laisser aler avec luy, et nous fusmes conduits au bord de ce navire que commandoit le fameux capitaine Poulet (3), de Diepe. Nous trou-
(1) I s'agit de la compagnie de la Terre ferme d'Amérique réorganisée par un édit du 28 mai 1664 sous le nom de compagnie des Indes Occidentales,
(21 La découverte de cette mine coincida avec le départ de l'intendant Talon pour le Canada, Jugeant que la découverte des minéraux ou riches ou de basse estoffé était un point essentiel aux affaires du roi, Talon obtint l'envoi au Canada de quarante travailleurs. La compagnie les recruta en Normandie et elle en confia la conduite à François Doublet, En outre de plomb, l'ingénieur-fondeur prétendait trouver de l'argent à la côte de Gaspée; » cette prétention paroist fondée, » écrivait Talon. -- Arch. de la marine, Canada, 22 avril, 27 avril et 4 octobre 1665,
(3) Ce marin originaire de Normandie, est resté inconnu. Toutefois la correspondance de ‘Talon, intendant au Canada, et les dépêches de Colbert en font mention. Au mois de novembre 1670, le capitaine Poulet où Poullet se trouvait à Québec, « Get homme Savant par une longe habitude et une expérience acquise de bas aage et devenu habile navigateur, » proposa de tenter la découverte de la communication de la mer du Sud et de celle du Nord par le détioit de Davis, « ou par le détroit de Magellan pour après avoir doublé tout le revers de l'Amérique jusqu'au Califourny reprendre les vents de l'Ouest et à
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vasmes ce navire extrêmement embarrassé par 18 cavales et deux étalons des harnois du Roy (1) et dont les foins pour les norir ocupoient toutes les places; dans l'entre pont étoient quatrevingts filles d'honneur pour estre mariées à nostre arrivée à Québec, et puis nos 70 travaillants avec équipage formoit une arche de Noé,
Notre traversée fut assez heureuse, quoyqu'elle dura trois mois et dix jours pour arriver au dit Québec. M". de Tracy (2) étoit vice-roy, M'. de Courselles (3), gouverneur, M". Talon (4), intendant, M'. de la Chesnte-Aubert (5), commissaire général de la compagnie. Lorsque mon père eut communiqué ses ordres, on équipa une barque de 70 à 80 thonneaux de port affin de nous porter, avec tout le nécessaire pour les minnes. Le 13, nous arivasmes et nous débarquasmes au dit Gaspée, et nous travaillasmes à nos logemens et fourneaux. Dès le 28°, nous commencasm:s de perçer dans le roc du costé du midy qui étoit la première découverte qu'en firent les sauvages naturels du pais, qui en fai ant leur feu pour leurs chaudronnées mirent une de ces roches à ‘ervir de chenet, il en découla du plomb qu'ils trouvèrent après l'étainte de leur feu et en aportèrent à M'. De la Chesnée, qui l'envoya en France et qui occassionna l'entreprise, croyant qu'il se troveroit beaucoup de ce métail comme en Angleterre. Le six de septembre l'on mit le feu à la dite mine après l'avoir creuzée d: 32 pieds en profondeur
leur faveur rentrer par la baie d'Hudson. » Son dessein, en outre, était de percer jusqu'à la Chine par l'un ou l'autre de ces endroits. Arch. de la Marine, Mémoire de Talon, 10 novembre 1670; Lettre de Colbert, février 1671. (Colonies, Canada).
(1) Le débarquement des chevaux que le roi envoyait au Canada causa un grand enthousiasme parmi les habitants. A l'exception d'un cheval donné à M. de Montmagny près de vingt auparavant, c'étaient les premiers qu'on y voyait. -- Ferland, Histoire du Canada, t. II, p. 36.
(2) Alexandre de Pourville, marquis de Tracy, reçut le 19 novembre 1663 la commission de lieutenant-général des armées du roi et les fonctions et pouvoirs de vice-roi en Amérique. Décédé gouverneur de Dunkerque le 28 avril 1670.
(3) Daniel de Remy, sieur de Courcelles, reçut commission delieutenant-général en Canada le 23 maïs 1665.
(4) Jean Talon, ancien intendant du Hainaut, l'administrateur le plus éminent que Louis XIV ait envoyé au Canada. reçut la commission d'intendant à la Nouvelle-France le 23 mars 1665.
(5) Auber, sieur de la Chesnée ou Chesnaye. Nous croyons que des liens de parenté l'unissaient à la famille de Doublet, dont le grand père paternel avait épousé Marguerite Auber, fille de Richard Auber, receveur du domaine de Roncheville.
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