‹ Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur [microforme]Chapitre 81 sur 113 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Croisières sur les côtes d'Afrique. — Relâche à Lisbonne. — Doublet est pris par les Anglais. — Retour à Saint-Malo et à Honfleur. — Voyages à

Terre-Neuve. — Voyage à Saint-Domingue, — Historiette du Sr Gotreau. qui pesait les sacs à procès. — Tempête, — Retour à Saint-Nazaire. — Voyage à Paris. — Doublet prend le cemmandement de quatre vaisseaux

de Compagnie. —

Leo* avril je sorty du port de Marseille ; l'onme renvoya mescinq mutins et Le Désert étoit attaqué defièvre; il étoit naturellement mal souffrant et en avoit souvent contre les uns et autres qui luy disoient ne vouloir pas faire comparaison avec un galérien, il s'en chagrina et mourut, un mois après estre rembarqué à mon bord. Je fus détenu près d’un mois à la rade de Dome par vents contraires et pris la mer au 12 may j'ay croisé depuis aux costes d’Affrique et celles d’Espagne sans autre rencontre que des corssaires d'Alger avec lesquels nous Ctions en paix et qui nous évitoient de nous parler. Et étant pour sortir le détroit, m'étant approché de Senta et du camp des Maures, l’on m'envoya plusieurs bombes dont une surpasssa pardessus nos mâts, et je fits prendre au large et il étoit leG° juin quand je sorty le détroit sans rien trouver. Je fits les routes de m'aprocher de Cadix et les cosies D'Algarves jusqu'au travers de Lisbonne que je prits un flûton anglois de 150 thonneaux de port n'ayant que du sable pour l'est. Je le conduits à Lisbonne pour y espalmer le navire et y remettre des vivres, et vendits ma prise pour 2.700 croisades dont je payales frais de ma relasche, et partis le 16 aoust. Je prits la mer à 6o et 70 lieux au large des caps jusqu’à l'entrée de notre Manche sans rencontreet nous aprochâmes aux costes d'Angleterre entre les Sorlingues et le cap Lézard au 4e de septembre, et le neuf-

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1697 DOUHLET FAIT PRISONNIER 229

viesme nous aperceusmes un navire sur lequel nous chassions, et (4 il nous fit nos signaux et auxquels uous fismes réponsce et nous nous d joignismes, et nous parlasmes. C'étoit aussy un Garde coste An- |

glois de 36 canons, que le S' Belière-le-Fer avoit pris et donné à commander au S' De la Rüe, et nous convinsmes de croiser quelques jours par enssemble et n'ayant paseu plus de bonheur dans les rencontres que nous, et après sept jours de notre jonction nous apperceusmes 2 navires proche de Lézard, et comme nous allions ce pour les reconnoistre ils nous prévindrent en donnant eux-mêmes

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ages à vers nous. Je criay à Mr De laRüe que c'étoit deux gardes costes ]

treau. ennemis et ils dits : «ce peut estre aussy des marchands », et ne se 4

ie mit en peine de fuir que trop tard. Mes officiers et équipage en mur-

ROUE muroient. Je leur dits : « Quoy faire ? si ce jeune homme est pris +. il publiera que je l'ay abandonné, et s'il en échape il dira que c'étoit f deux forts navires marchands et quétant luy seul n'osoit les ataquer

scinq il est allié des plus puissants de St-Malo, il nous tirera l'honneur et l.

nt mal le crédit, et il vaut mieux se battre en braves. » Cepandant pour ‘0

soient l'engager à fuir je le faisois moi-même, mais il n'en étoit plus tems et 14

ina et les Anglois marchoient mieux que nous. Le plus gros qui avoit

is dé- 66 canons m'atrapa à portée de son canon et il ne m'entira

pris la qu'un seul dont je ne fits aucun cas, etil poursuivit le Sr De La-

d'Es- rüe. Voyant son camarade venir sur moy je dits : « M", celuy qui

quels nous poursuit n’est pas aussy fort que nous laissons encore dépas-

étant ser le gros et puis nous mesmes yrons d'emblée aborder celuy

p des qui nous chasse, et nous l'étourdirons ct le prendrons à coup

ardes- seur avant qne l'autre puis revenir sur nous, et disposons-nous,

ind je bien, » Et jordonnay de serrer toutes nos menues voilles pour re-

ocher virer surluy, et dans ce moment mon grand mât rompit à l’uny du

que je tillac, emporta avec luy le mât d'artimon et tomba sur le mat

du a de missenne et le cassa et le tout tomba à la mer. Nostre

ROME pont estoit couvert de nos voilles, notre navire vint le costé au tra-

sades vers sans pouvoir gouverner, et nos canons que nous avions désaisis

> prits à passoient d'un bord à l'autre par les grands rouliede notre vaisseau

notre Aucun homme n'osoit se présenter crainte d’estre écrasées, et nous

eterre 4 fusmes pris sans pouvoir combattre contre une frégatte qui n'avoit

neuf- que 32 canons nomée le Rie, et M" de la Rüe en fuyant avec des

coups deretraite fut aussy pris par le Cantorbéry de 66 canons, et ils nous conduirent tous les deux à Pleimuts où nous fusmes emprisonnés le 18 septembre 1697 nous achevasmes de remplir la prison, où nous fusmes très étroitement logées à 3 et 4 officiers sur des méchants lits; quant aux aliments nous les faisions achepter dans la ville et l’on nous les survendoit plus de la moittiée et estions fort observées par deux corps de garde, et au mois de d‘cembre l'on dépescha un paquebot avec 200 de nos prisonniers pour les porter à Sainct-Malo et faire un échange pour des Anglois. M" de Ferville et Cochard avec leurs officiers de la marine furent renvoyées avec leurs équipages en partie, et deux jours ensuitte on dépescha un autrepaquebot avec 200 autres prisonniers et les officiers dont partie avoit esté pris depuis nous. J'en fis mes plaintes à M" les commissaires de leur injustice que de renvoyer ceux depuis nous etils me dirent : Nous renvoyons la plus part de vos € juipages et nous avons ordre de vous garder jusqu’à ce que l'on nous renvoie un ambassadeur qui aloit en Suède et que les Dunkerquois ont pris. » je dits : « Cela n’a pas relation d’avec les malouins. — Pourquoy ne déteniez-vous plustots que moy les officiers de la marine ? » Et ils me dirent : « Ils n’ont pas esté sy bien recommandées que vous l’estes ; ils ne nous ne sont pas sy connus ; ils n'ont pas enlevé de navire dans ce port et ils n’ont pas esté sy bons marchands en Ecosse et ils ne sont pas réclamés de M' De Pontchartrain comme vous l'estes. Tenez, en voilà une lettre; consolées vous et prenez patience il en partira encore d’autres avant vous.» Et sur un placet que je fits présenter à la Reine, il me fut accordé permission d’aler à la ville et unelieux en dehors soubs l’escorte de deux soldats qui tous les soirs me reconduiront à la prison. J'ay eu cette satisfaction pendant un tempset avec grands frais de dépences. L'on dépescha encore deux autres paquebots sans me permettre de m'y embarquer, et à la fin de l’an 1697 l'on me permit de m'embarquer au dernier paquebot que la paix fut déclarée.

Etant de retour à Sainct-Malo, me trouvant démonté de navires et ne sachant quoy entreprendre, je proposay à mon épouze de venir à mon pays natal y voir ma mère et mesparents, et que j'avois un peu de bien dont je n’avois rien receu en considération de machère

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ns, et : Mère, et qu'il étoit bon de vois à nos petites affaires. Et nous en- i. $s ee ï treprismes avec une chaize ce voyage. Nous fusmes bien reçns de 14 la pri- ; tous nos amis, desquels une partie me proposèrent que sy je voulois | rs sur | me tabler que nous ferions une petite société d'achepter un navire fi epter À pour entreprendre de faire la pesche des morues au sec, à la coste stions 2 du Canada, pour les apporter à Honfleur où il s'en étoit fait de :mbre 2 grands débits au tempspassé, et que nous ne serions que deux navi- 4 ur les res du pays à fairece commerce. J'acceptay ces propositions ct re- }l A" de : conduits mon épouze à Sainct-Malo affin de disposer à nos affaires | t ren- pendant que j'yrois à Dunkerque ou Hollande achepter un navire, et 1 on dé- que lorsque je l'aurois a conduit à Honfleur j'yrois la prendre avec ficiers é deux enfants que nous avions (1) affin de nous établir au dit Honfleur 14 à Mr d. Je trouvay à Dunkerque un navire de 300 thonneaux et 16 canons ‘4 s Nous qui me parut convenable pour notre entreprise. Je l'acheptay et «4 ges et l'équipay simplement pour l'a conduire au dit Honfleur et pour y faire ti nvoie le nécessaire pour notre entreprise comme des grandes barques et } ris. » chaloupes, et après quoy je fus pour a conduire mon épouse et nos l rquoy deux enfants et affrettay une barque pour aller m'apporternos meu- L ne >? » bles, letout arriva heureusement. Et au commencement de mars 1698 s que je party pour le voyage du Canada, et après que j'aurois pris du sel nlevé à Sainct-Martinde Rey d'où je partis sur la fin d'avril, et après cinq ds en semaines de traversée ayant dépassé legrand banc à vert nous troumme vasmes devant nous un enchainement de glaces qui m'empeschoient t pre- 4 ma route. Je parcourus plus de cent lieux sans en trouver le bout, et ur un . nous appercumes une ouverture entre deux hautes montagnes de per- 4 glace qui nous fitcroire qu'elles estoient divisées et creusmes y trourte de 4 ver nostre passage et donnasmes dedans jusqu'à 15 et 16 lieux, que ay eu 1 nous yrencontrasmes un petit navire de Grandville quifaisoit la route | nces. J pouren sortir, lequel nous apprits quilny avoit pas de sortye et | tre de ; nous retournasmes fort à propos sur nospas, car le lieu où nous avions mbar- 1 entré se fermoit, et en arrière la brume survint fort épaisse et l'avons Ë creu enfermé, et après que nous fusmes échapés nous tismes laroute avires : pour approcher laterre du Cap Breton et dont nous eumes la conde ve- Os un (1 Nous connaissons trois enfants de Doublet , Jeanne-Rose, née à Saint-Malo vers la À fin de 1603: Marie-Magdeleine, baptisée à Honfleur le 27 août 1600 : Françoise-Louisechère Marguerite, baptisée dans la même ville Le 10 février 1704.

noissance au lendemain matin, mais nous y trouvasmes encore un grand banc de glace qui nous baroïit le chemin de notreroute, et nous arrivasmes courant au sud le long du dit banc, et en attrapasmes le bout, et nous aprochasmes de la dite terre, où nous aperceusmes à trois lieux au large un navire que nous croyons estre de Granville et nous luy parlasmes. [létoit de la Rochelle, nommé le capitaine Thomas, qui nous dit avoir party de la Rochelle le 3° février et qu'ayant fait la route jusqu'au 16 mars, ilavoit rencontré les mesmes glaces que nous qui l’avoient empeché de passer plus outre pendant sept semaines et quepar les grandes froidures qu'ils ont ressent yils avoient consomé tout leur bois à feu jusqu'à avoir décloué les planches du dedans de leurs bords et mesme ont été contrainct de brusler des bariques et tous leurs mâts et les vergues de leurs perroquets. Je leurs dits que syavant la nuit nous pouvions mouiller l'ancre dans la baye qui paroissoit devant nous, qu'il m'envoyroit sa chaloupe et je l'en assisterois, mais que nousn'avons pas ce temps à perdre pour y attraper, Île vent nous favorisa et nous donnasmes à l'ancre tous les deux dans la dite baye sur les 3 heures du soir, et la reconnusmes pour la baye de Ste-Anne,etil envoya aussitot à terre deux chaloupes pour prendre du bois et je me fis porteräterre par curiosité de voir ce pays où à ma dessente je ramassey sur le rivage plusieurs morceaux de charbon deterrre, qui me fitconjecturer qu’il yavoit aux environs une mine de ce charbon, Sur la nuit je me rendis à mon bord et le lendemain j'envoyai un de mes officiers représenter au capitaine Thomas que les glaces étoient desendus par les courants vis à vis de l'ouverture de la baye et que nous ne pourrions sortir qu'après qu'elles seroient dépassées, et que s'il vouloit d'intelligence, que je luy donnerois un homme et qu’il m'en donnat, undes siens afin qu’au cas de notre séparation le premier arrivé à L'ille Percée, lieu de nos destinations, l'on prendroit possession d’une des meilleures places pour l'arrivée du navire et il y consentit. Et voyant que nous ne pouvions sortir, je fis embarquer des provisions dans une de mes chaloupes et me fis conduire au haut de la dite baye on donnoit une rivière afin d'y faire quelque découverte et avant de partir j’avois donné mes ordres que, au casqu'il y eut apparence de pouvoir partir de tirer un coup de canon pour m'appeler, et j'avancey près de quatre lieux dans cette ri-

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