RETOUR A SAINT-NAZAIRE
de France ct il m'a délaissé cette prize pour la vendre s'il en trouve l'occasion. Le corps du navire a esté jugé incapable de pouvoir retourner en Europe et il en a pris dans sa frégate le chargement, la masture et les agrès vous seront propres; je vous vendray le tout, voyez ce que vous men voulez donner, » Billoteau demanda du temps pour répondre et voulut s'informer Silse trouveroit pas des mats du pays a bon compte. Je luy fis connoistre que non et où trouveroit-il des haubans, étais et autres manœuvres, mâts d'hune et vergues et voiles, et il me pria le lendemain d'aler arrester le prix de toutes choses, ct qu'il m'aprouveroit, de fus au directeur lequel me dit : «Je ne vendray rien en particulier, il faut que vous achetiez tout ou rien, » Il en vouloit cinq mille livres et nous tombasmes d'accord pour trois mil deux cents cinquante livres. Je retournay à nostre bord en rendre compte, ct on fut avec raison bien contents. Mr de Morville me demanda sy je comptois encore me hasarder avec le navire du dit Billoteau après ce qui nous étoit arrivé, J2 dits que c'en estoit la raison et que dans tout autre que nous n'aurions pas échapé. Il me dits : « Pour moy ny mes officiers ny équipage ne nous y embarquerons pas, je vais affretter un bateau du pays pour nous portet à la Martinique, sy vous voulez venir, il ne vous en coutera rien ny à votre moine, » Je le remerciay ct luy représentay qu'à la Martinique l'on couroit risque d'estre attaqués de la maladie de Siam (1) et que nous serions aussy prets à partir de cc port que luy arrivé à la Martinique et étions au débarquement ct il se fascha de ce que je ne le voulut pas suivre, et trois jours après il partit dans le bateau. Je donnay les soins de faire faire le biscuit pendant que Billoteau accrocha son navire contre la prise et se ramasta entièrement à des vergues, cordages, et de huit canons et de deux ancres et cables et ne laissa que la carcasse de la dite prise. L'on fit des eaux et du bois; nous fismes bonnes provisions de bestiaux et volailles étant à meilleur compte que dans nos isles et deux bariques de vin, et partismes le 9° septembre 1702 de ce port : nous débouquasmes le mesme jour et continuasmes
(11 Le mul de Siam des anciens historiens des Antilles, le vomito negro des Espagnols, letyphus d'Amérique ou la fièvre jaune.
nostre route pour France jusqu'au 1$ octobre n'estant qu’à trente lieux de Belle isle nous fusmes encore frapés d'une très rude tempeste où nous pensasmes encore périr, notre capitaine voulut faire couper le grand mat et m'y oposay, et deux braves hommes montèrent à la hune et coupèrent le mat d'hune qui tomba à la mer et le navire enfut soulagé et nous étions sans aucune voile nous sentant proche de la terre. et qu'il y avoit plus de 8 jours que nous n'avions pu observer la hauteur. Sur les dix heures de nuit il calma et nous sondasmes et y trouvasmes 37 brasses d'eau, nous mismes à la cape jusqu'au jour que nous poussasmes à toute voile excepté le grand hunier dont nous avions coupé le mat, et sur les deux heures après midy nous reconnusmes la terre par la baie de Marmoutier, le capitaine Billoteau voulut reprendre au large pour regagner la Rochelle, je luy représentay que le temps étoit tout disposé à nous redonner une segonde tempeste au soleil couchant, et que n'ayant plus de grand hunier pour soutenir au vent et que nous péririons tous. Son pilote et son équipage se mirent de mon costé, et je conseillayd'entrer dans la rivière de Nantes d'ou nous n'étions plus qu’à 3 lieux et nous attrapasmes àcinq heures à l’ancre devant St-Nazère. Il vint à notre bord une chaloupe du dit lieu, je m'y embarqué et le moine et quatre autres passagers et nous ne fusmes pas sitots débarqués de la chaloupe que la tempeste recomença; on ne pouvoit se tenir dansles rues par les ardoises, qui tomboient des maisons et de l'église, et le lendemain il se trouva perdu et échoué à la coste plus de 4 batiments. Billoteau y pensa périr sy la tempeste avoit un peu duré. Nous affrétames une chaloupe pour nous porter à Nantes, où je débarquay sur les trois heures; les négossiants s'estoient assemblés à la bourse s'informant des navires qui avoient péry le jour précédent, et il yen eut qui me reconneurent et me firent de grands accueils me conviant à souper, et entr'autres M' René Montaudouin et M' le Prieur me demandant d'où je venois. Je leurs dits et donnay des lettres audit sieur de Montaudouin. Il m'embrassa et me dit : « Je suis intéressé de plus de 6 mil livres sur ce navire; j'ay receu des lettres dès son départ de Sainct-Domingue et par le long temps je l'ay creu péry, car s'il avoitesté pris j'en apris les nouvelles et hier je voulut
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