OUVRARD — LAMARTINE
chose avec. On s’étonnera peut-être de trouver l'empereur crédule à ce point; mais ces faiblesses sont une maladie de l'esprit humain, et aucune position sociale n’est à l'abri de cette infirmrité contagieuse.
— M. le chancelier nous a raconté l'affaire des marchés Ouvrard, l'incapacité des chefs de l'expédition en Espagne, comme quoi rien n'avait été préparé pour cette campagne et comment, pour ne pas laisser tomber la responsabilité de ces fautes sur le duc d’Angoulême et sur le duc de Bellune, alors ministre de la guerre, on fut obligé d'en passer par où en voulurent des traitants qui gagnèrent des sommes énormes sur les marchés nécessaires. Tout cela n’est pas d’un bien vif intérêt historique, mais ce sont bribes de Mémoires particuliers que ne ramassent pas les grands écrivains modernes.
À propos de la souscription Lamartine, on dit qu'il y a des cœurs jeunes et passionnés pour les Méditations. Je connais une jeune personne qui, depuis l’ouverture de la souscription, consacre une partie de la petite somme qu'on lui donne chaque mois pour ses menus plaisirs à cette œuvre pieuse, et qu’elle pleure au récit des misères de cet homme dont elle admire les œuvres. Cela est bien ingénu, bien gracieux, et je ne répondrais pas qu'il n'y eût en France bon nombre de cœurs tout aussi sympathiques que celui-ci.
Mais où va cet argent si pieusement offert par des mains pures? Le croira-t-on? On sait que beaucoup de ces offrandes arrivent directement au poète, les demoiselles savent son adresse rue de la Ville-l Evêque, elles se font un plaisir d'envoyer ces petites sommes sous le couvert de M. de Lamartine; elles y joignent quelques mots de sympathie, quelques douces phrases échappées
PET à
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à leur enthousiasme, et le poète recueille le tout avec un plaisir marqué. Ces souscriptions ne vont pas à la caisse centrale, elles ne figurent pas sur le livre de recette, M. de Lamartine, dit-on, se vole lui-même, et la commission de tutelle n’en est pas saisie. C'est ce que me racontait en riant un des amis du grand homme, et l’on semblait trouver cela tout naturel. Sin-
gulière aberration d’un si grand esprit!
Je m'amusais hier en entendant M. Crémieux désignant Blanqui sous le nom de factieux. Tous les révolutionnaires arrivés au pouvoir ne se souviennent plus qu'ils étaient eux-mêmes des factieux à l'égard du couvernement qu'ils ont renversé. M. Guizot était aussi un factieux sous le roi Charles X, et dans cette poursuite ardente des compétiteurs du pouvoir chacun accuse le nouveau venu qui veut sa part de royauté.
Tout homme devenu ministre demande qu’on le laisse accomplir son œuvre, 1l voit un ennemi dans tout ambitieux qui se dispose à suivre la route qui mène au pouvoir, route éternellement ouverte à tout esprit ardent qui veut Jouer un rôle dans le gouvernement des Etats. « Laissez-moi faire. Me voilà le maître de la situation, je vais donner des places à mes amis, je conduirai les affaires de façon à plaire à tout le monde, sinon Je sévirai avec énergie contre les mécontents.» Voilà au juste l’histoire de nos amateurs de gouvernement représentatif, vous en connaissez plus d’un qui a tenu ce langage et peut-être sont-ils de bonne fo1; les insensés!
On a beaucoup parlé chez Mme de Boigne de la reine des Pays-Bas. Elle a du mérite, dit-on, elle est curieuse, instruite, elle part tous les matins à huit heures des Tuileries, bien conduite par un guide
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