‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 147 sur 170 · M‘! CANROBERT — M MARMONT · texte numérisé non relu

M‘! CANROBERT — M MARMONT

rayés, de carabines Minié, de revolvers, de frégates blindées, de canonnières à l'épreuve du boulet, et Jamais on n’a belligéré avec plus d’entrain. Avant huit jours, nous serons à Milan, les sfratégistes de salon dressent leurs plans de bataille, a marche des troupes est indiquée avec chaque étape; nous allons promener dans toute la Lombardie nos drapeaux triomphants, sans nous laisser arrêter par les forteresses les plus hérissées de canons. — On me racontait la petite anecdote que voici. Après le retour de Crimée, l'empereur dit au général Canrobert : «Vous êtes maréchal de France! — Ah! sire, merci, laissez-moi l'écrire à ma mère! — C'est fait,» dit l'empereur. Comment trouvez-vous cela? Deux beaux mouvements : un brave soldat qui pense à sa mère, un roi qui a eu la délicatesse d’en avertir la mère avant même d’en avoir parlé au fils. Au reste, Napoléon I avait fait quelque chose d’analogue. Après une grande bataille, Marmont, qui commandait sous les ordres de l’empereur, avait fait quelques fautes, et, dans une entrevue avec le maître, celui-ci avait assez malmené le général. Marmont s'éloigne, rentre chez lui, et presque aussitôt un aide de camp arrive et lui dit : «Général, voulez-vous m’embrasser? — Ma foi, non, je suis de trop mauvaise humeur, en disgrâce, etc. — C'est égal, embrassezmoi tout de même, j'ai une bonne nouvelle à vous apprendre. — Non, vous dis-je, je n'ai pas fait ma barbe! — Ça ne fait rien; vous allez m'embrasser tout de même, monsieur le maréchal de France! » Vous voyez d'ici le tableau. Il y a là la grâce du bienfait qui rehausse le bienfait lui-même.

9 juin 1850.

On dit que la lettre écrite par Orsini, la veille de son supplice, a fait une impression profonde sur l’em-

pereur. Orsini lui disait de secourir l'Italie; que, tant qu'il ne s’armerait pas pour elle, ïl y aurait des poignards et des pistolets italiens disposés à venger sur lui l'abandon de la France Ainsi ce terrible événement du 14 janvier aurait amené en définitive le résultat actuel; les bombes infernales de la rue Le Peletier auraient allumé la guerre actuelle, et ce coup furieux des démocrates italiens serait la vraie cause de notre intervention dans l'affaire piémontaise. Cela est bien singulier, et peut-être cela est vrai, au fond, tant les plus grands événements de l’histoire ont souvent une cause initiale bizarre et merveilleuse. En présence de ces péripéties surprenantes, il y a des gens qui reviennent de leurs préventions hostiles, qui se souviennent de leur titre de Français et qui se réjouissent sincèrement du succès de nos armes. Qu'on se moque de notre chauvinisme; ce sentiment-là à du bon, car il tient le

cœur chaud, et il fait merveille au jour du dévouement. Nos RÉ soïdats sont promptement imbus de l'esprit militaire; ils se montent la tête de com-

pagnie et cet entrain particulier à nos troupes leur donne une valeur incontestable. Donc, tout va bien, la gloire reconnait notre drapeau, le nom français se montre noblement, il sera respecté, honoré, et les ennemis de notre pays sauront qu'ils ne peuvent nous abattre. Tout cela sent la poudre. Vous allez me croire bien belliqueux, et cependant ] je n'ai pas de sympathie pour les tueries, si savantes, si glorieuses qu’elles soient.

3 juin 1859.

Il n'existe qu'un seul manuscrit authentique et original des œuvres de Cicéron, 1l est à la Bibliothèque Ambroisienne de Milan. Il a fallu un miracle de patience et de savoir pour déchiffrer ce volume. Il n’y a

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