M“ RÉCAMIER — M, LEGOUVÉ
dulgence pour les défauts des hommes, la bonté qu’elles déploient pour ceux qui arrivent à la vieillesse, répandant un charme sur les tristesses de la vie et les iliu- . sions perdues, — On estfrevenu sur la beauté de cette dame, M. Pasquier, qui Va vue et bien vue, dit qu’il ne l’a jamais trouvée très belle, mais qu’elle était parfaitement gracieuse, « Et puis, dit-il, tout change, la mode, le goût; on admirait alors la femme par devant, si j'ose m'exprimer ainsi, maintenant c'est le côté opposé qui . est en faveur. Mme Récamier avait un buste magni- fique, des dehors séduisants, et son mérite est prouvé par tant d'illustres amitiés!»
Une opinion par trop biscornue de je ne sais quel critique étranger à propos de Racine a amené une discussion à laquelle M. Lezouvé à pris une part active. On a dit que jamais la langue française n'avait rien produit de plus magnifique et que les belles scènes de Phèdre, d'Andromaque, d'Athalie, étaient des merveilles, Talma est venu sur le tapis, puis les grandes tragédiennes, et M. Legouvé à montré du goût et du tact en ces choses qua lui sont familières. [1 a fait observer que le public avait une manière d'interpréter les intentions dramatiques autrement que l’auteur de la pièce, mais que ces interprétations n’en étaient pas moins bonnes. Ainsi dans la fameuse scène où le vieil Horace dit en parlant de son fils le fameux : «qw’il mourût!» 1] est probable que le public aurait interrompu le couplet par des applaudissements, et que la suite : «Ou qu'un beau désespoir alors le secourüt,» n'aurait paru qu'un hors-d'œuvre. Déjà Voltaire avait considéré ce vers comme un remplissage exigé par la rime, mais on n’a pas été de cet avis. «Qu'il mourût!» est le cri du héros, du patriote; mais le père frémit, et la nature ajoute un correctif; et enfin la suite est encore un palliztif de cette exclamation férocæ. Un amateur à dit qu’il y avait là une faute d'impression
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et que Corneille avait écrit : «Qu'il courût !» et l'on a bien ri de cette correction si bizarre Aujourd'hui un auteur trouvant le mot placerait à la suite trois points d'exclamation!!! mais il n'y a dans l'édition princeps du grand tragique qu'une simple virgule. Il est très probable que le public, en applaudissant, a fait penser au repos, à l'interruption, et que cela n'était pas dans l'intention première de l'auteur, peut-être même n'avait-1l pas senti de prime abord toute la puissance de son mot. — Un jour, M. de Salvandy, lisant à l’Académie un éloge de je ne sais quel personnage, parlait de la Révolution, des massacres, etc. Sa phrase fort brillante se terminait par ces mots : «Il n'y avait de sublime que les victimes elles-mêmes!» Ici tout le monde applaudit, et quand l’orateur voulut ajouter quelques mots complétant sa pensée, il n'y eut plus moyen et 1l fallut se borner à œæla. Rien n'est plus heureux que ces sortes de hasards! La grande affaire des points et des virgules a fourni quelques remarques piquantes. Cela n'est pas neuf. Les oracles de Delphes en tiraient grand parti. On change le sens d’une phrase en déplaçant la ponctuation. «/8ës, redibis, non morieris 201 : Tu 1ras, tu reviendras, tu ne mourras pas là,» disait l’oracle à un héros Il mourut cependant sur le champ de bataille On accusa le prêtre d'Apollon de s'être trompé. Il fit voir que la virgule devait être placée après non, et non pas avant. Tu iras, tu ne reviendras pas, tu mourras là Et voilà comme les gens habiles se tirent d'affaire
Il y avait à la table du chancelier une figure nouvelle, M. Henri Martin, qui a fait encore une grande histoire de France. Cet ouvrage a de la valeur, il a été couronné par l'Académie française. L'auteur, que je ne connaissais pas, est grand, maigre, il paraît avoir plus de quarante ans, la tête grosse, un peu chauve, la parole peu facile, et cependant j'ai saisi quelques mots