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LÉ BARON LOUIS — CH. NODIER

pour les frais de la guerre et l’on ne savait comment se tirer d'affaire. On voulait faire un emprunt. Ouvrard avait l'oreille des Anglais, et il proposait des projets superbes. Le prince était partisan d’un emprunt forcé, et il y eut à cet égard des discussions d’une violence extrême dans le conseil des ministres. Ce fut dans une de ces séances orageuses que M. Louis eut le courage de dire au comte d'Artois {depuis Charles X) : «Le trône de France n'est pas un canapé où tous les'princes du sang puissent prendre place; c'est un fauteuil, et le roi seul a droit de s’y asseoir.» En somme, le baron Louis a rétabli le crédit en France, et c'est à lui que l’on doit la vraie fortune de notre pays. Comme M. de Talleyrand, ce financier était violent, et, dans leurs disputes, ils perdaient l’un et l’autre toute mesure. On ne saurait croire à quel point de violence les choses étaient portées.

Laissons un peu là ces vains éclats de la diplomatie, et occupons-nous de la pauvre Académie française qui ne sait où trouver un remplaçant de M. de Tocqueville. M. Mignet, recu l’un des Quarante vers la fin de 1835, trouva ses confrères occupés de la rédaction du fameux dictionnaire de la langue française. On venait de reprendre le projet de ce grand travail et l’on entamait la lettre À. — Charles Nodier était chargé du travail préparatoire; il y mettait surtout de l'esprit, de la fantaisie, quelques bonnes idées sur l’étymologie des mots; mais rien ne pouvait sortir de bon d’une tête aussi excentrique. On sait que l’illustre compagnie avance lentement dans son œuvre; elle n’en est encore qu'au mot Amitié, et il a fallu vingt-trois ans pour arriver là. Quelqu'un a dit : « Vous serez tous morts avant d'arriver à l'Amour!» À ce compte, la lettre Z ne sera terminée qu'en 2500, et Dieu sait les changements qu'il aura fallu faire.

— Charles Nodier, que J'ai été voir à la bibliothèque

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de l’Arsenal en 1823, était un homme de beaucoup d'esprit, tête exaltée, fantaisiste, espèce de savant en plusieurs choses, mais de science embrouillée. Il a beaucoup écrit, des romans, des articles de critique,

des dictionnaires et une foule de choses souvent fort

piquantes. Il formait une bibliothèque de raretés, puis la vendait, souvent fort cher. Il a toujours crié misère et vivait un peu en bohémien. Il avait une fille qu'il maria à M. Menessier, employé dans je ne sais quel ministère. Cette jeune dame ne tarda pas à voir sa famille augmenter rapidement, et un Jour, pendant qu'elle accouchait de son quatrième enfant, Nodier, à qui l’on faisait presque un compliment de condoléance, dit : «Bon! quand àl n'y a rien pour trois, 1l y en aura bien assez pour quatre!» — Une dame de ses amies, riche et qui admirait son talent, l'avait invité à venir passer un mois dans son château. Nodier, bien installé, bien traité, se montrait joyeux, mais vers la fin de son séjour, il devient sombre, mélancolique, et la dame, attristée, s’informe avec intérêt de ce qui le préoccupait. Il dit bonnement : «Je m'ennuie de ne pas voir ma femme.» La dame fait venir Mme Nodier, et quelques semaines se passent dans une humeur des plus charmantes Voilà Nodier qui retombe dans ses idées noires. Nouvelles questions, et il dit : «C’est vrai, Je suis heureux de voir ma femme, mais ma fille, mapauvre fhlle...» On fait venir la fille, et la famille, ainsi installée, prolongea son séjour un peu au delà des strictes convenances. |

Tout récemment, M. Sainte-Beuve a fait un charmant article sur les mémoires de Mme Récamier. M. Guizot vient aussi d'en faire un, mais un peu solennel, mème lourd, quoique solide, et on y trouve entre autres choses un bon passage sur la douce in-

fluence qu'exercent les femmes dans la société, leur in-

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