REINE VICTORIA — CHATEAUBRIAND
Voilà le sultan mort, l’impératrice d'Autriche va achever de mourir à Corfou, la reine Victoria se détraque peu à peu au moral, les grosses têtes de l’aristocratie anglaise tombent sous le coup des années, les embarras de toute sorte sûrgissent partout, et l’on dirait que le monde va chanceler. Rassurez-vous, le monde marche tout seul, les hommes ne sont jamais que la mouche du coche; il y a une main qui dirige et conduit la faible humanité dans les routes de l'avenir : celles-ci sont toujours nouvelles, toujours inconnues. Il n'y a pas de poteau indicateur; le troupeau humain s'engage aveuglément dans la voie qui lui est tracée; les chefs qui ont l’air de mener la foule tombent à leur tour, mais la foule va toujours; un nouveau berger s'élève, prend la houlette, simple lieutenant d’un chef mystérieux dont la main se cache dans les nuages.
5 juillet 1867.
M. de Chateaubriand était jeune, ardent à la vie, emporté par son géme vers des routes nouvelles. Mais il inclinait fortement à l’amour, 1l payait un gros tribut aux faiblesses du jeune âge. Donc, il avait résolu de visiter Jérusalem, et l’on sait quel beau voyage il fit là. Mais, songeant à tout, 1l avait le désir de voir le midi de l'Espagne, d'étudier Grenade, et 1l avait donné rendez-vous à une belle dame dans cette noble cité des Abencérages. La dame fut exacte et ces deux personnages, pleins de sentiments exaltés, passèrent quelques belles journées au milieu de ces ruines où survivent tant de souvenirs de vaillance et d'amour. Or, il est arrivé qu'un voyageur français, visitant Grenade, a découvert dans un coin fort retiré de l’une de ces salles mystérieuses embellies par l'architecture arabe une inscription en caractères grecs Le visiteur curieux
456 JOURNAL DU D' P. MÉNIÈRE
et instruit a bientôt reconnu que si les caractères étaient orecs, la phrase était tout simplement française, par conséqueat il ne lui a pas été difficile de la déchiffrer. C'est un souvenir de bonheur, une de ces émanations des cœurs heureux, indiscrets par conséquent et que les indifférents lisent avec un sourire. Mais ce n'est pas tout. Cette inscription avait été lue déjà, et un touriste anglais qui avait reconnu la signature imperceptible de Chateaubriand, touché de la singularité du fait, avait écrit au crayon quelques vers charmants. Ce poète rival de Byron est tout simplement lord Howden, marquis de Caradock, qui a été depuis ambassadeur de la reine Victoria auprès de la cour de Madrid. — Le susdit lord est un parfait gentleman, 1l aime toutes les belles choses. Il est riche à millions; il a fait bâtir un petit palais près de Bayonne pour y abriter une señorita belle à faire rêver tous ceux qui pourront la voir. Mais revenons à M. de Chateaubriand. La dame qui avait illuminé les ruines de Grenade par sa radieuse beauté, par son esprit plus brillant encore, était une duchesse de X..., née de L. B..., une des plus charmantes femmes que l'on ait vues, des plus heureusement douées sous tous les rapports. Elle est devenue folle et est morte dans cet état si déplorable.
M. le chancelier ne veut pas qu’on parle de lui dans les journaux, 1l crie très fort contre celui qui met son nom nimporte où, il menace de se désabonner. Les hommes du pouvoir ont des goûts fort différents à ce sujet. Ainsi M. de Villèle, alors qu'il était président du conseil des ministres, se faisait lire chaque matin pendant qu'on le rasait, qu'il faisait sa toilette, tous les articles de journaux les plus hostiles; il aimait à connaître les opinions de ses ennemis. — Le maréchal Bugeaud ne lisait guère que les journaux de l’oppo-
Le
Ch IE: 26 3