M. THIERS
que l’historien reste froid en présence de cette grande figure? La guerre a rempli les trois quarts de 1a vie de l'empereur, par conséquent M. Thiers a dû donner une grande place à ces bataïlles qu'on lui reproche de détailler avec un peu trop de complaisance. Mais, outre
qu'il les décrit fort bien, 1l en fait voir les consé-
quences politiques, ce qui est capital dans la vie de
son héros. Plus tard, dans vingt ou trente ans, on fera un abrégé de cette histoire, en huit ou dix volumes au
plus, on élaguera ces récits stratégiques qui n'auront plus la même importance. Mais aujourd’hui, il y a encore beaucoup de personnes qui ont pris part à ces combats et qui sont enchantées de lire l'affaire à la. quelle elles ont assisté. On écrit toujours l’histoire pour son temps, on reflète sans s’en apercevoir les goûts, les
opinions, les passions de son entourage, et c'est là ce
qui rend un livre en quelque sorte vivant, ce qui lui donne un si grand intérêt et explique la vozue immense dont il jouit. » Sur divers incidents du retour de l’île d'Elbe, M. Pasquier nous a dit qu'il croyait peu à ces petites scènes romanesques dont 1l à été luimême le narrateur, ou plutôt l'inventeur. Ainsi sa conversation avec sa mère est une histoire peu vraisemblable, au moins dans ses détails. I] y a eu peut-être un mot qu'il a développé, mis en relief, et qui est devenu très intéressant, — Je petit mot au prince de Monaco : Où allez-vous? — Chez moi. — Et moi aussi! — C'est très Joli, mais trop joli pour être réel. Napoléon, à mesure qu'il approchaït de Paris, sentait les difficultés de sa position. Si le roi Louis XVIII avait fait de grandes fautes, la nation entière n'était pas sa complice; on était toujours las de guerres, on re voyait pas d’un œil indifférent la perspective d’une
lutte nouvelle contre toute l’Europe. Et tout cela se
révéla plus vivement encore quand il fallut constituer une administration, un ministère; 1l y eut des refus, et
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l'empereur fut obligé d'appeler près de lui deux | ;. hommes qu’il détestait, Fouché et Carnot. ‘4
4 octobre 1861.
Le chancelier revient souvent sur l'affaire du maré-w chal Ney. Il nous disait l’autre jour que Wellmgtone avait formellement refusé de déclarer que toutes les troupes présentes à Paris devaient jouir du bénéfice de la capitulation et que, par conséquent, le maréchal Ney ne devait pas être excepté de cette circonstance, ; favorable. Cela a entraîné la perte du maréchal M. Pasquier a dit que cette action ne faisait pas hon-w neur à l'Anglais, et qu'il était fâché d’avoir à lue adresser un pareil reproche, Wellington méritant beau-… coup d'estime d’ailleurs pour son caractère. — Un pair de France qui a voté la condamnation de Ney… fit le même soir une visite à M. Pasquier. Il ne trouva chez lui que Mme la baronne et la sœur du baron. Il. raconta à ces dames le fatal procès et dit qu'il avait été mal défendu. « Voilà ce qu'il aurait fallu dire. »" Et aussitôt ce personnage se mit à plaider avec une chaleur extrême cette cause perdue. Son discours était énergique, pathétique, plein de sens et de force, — et. puis M. Pasquier arrivant, les dames lui dirent com-. bien il avait perdu. — C'est bien fâcheux, en effet, mais comment un avocat aussi éloquent en faveur de l'accusé a-t-1l été un juge si sévère? Comment ati" condamné celui qui avait tant de droits à être absous ? — Voilà les hommes.
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3 novembre 18617. % À l’époque où Napoléon, tourmenté par le désir dé : fonder une dynastie, songeait à se séparer de José
phine, on agitait dans le conseil de l’empereur la.
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| grave question d'un mariage avec quelque princesse du Nord. Des hommes d'Etat très perspicaces inclinaient vers la cour de Russie, on pensait qu'une alliance intime avec Alexandre pouvait amener la paix, et les gens les plus sages embrassaient avec ardeur
. la perspective d’un désarmement devenu bien néces-
saire. Mais il se passa alors un fait qui dérangea ces combinaisons. L’ambassadeur autrichien, causant avec
un des hauts fonctionnaires de l'empire, lui dit qu'il y
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avait à Vienne une archiduchesse bonne à marier et que, sans aller chercher si loin, on trouverait là ur: compagne digne du trône de France. — Ce propos fut rapporté à Talleyrand qui en parla à l’empereur et bientôt cette affaire fut mise sur le tapis. On avait pris des informations, Marie-Louise devait plaire, et Napoléon, tout en consultant ses conseillers les plus dévoués, avait déjà pris son parti. Le projet fut combattu par Cambacérès, soutenu par Talleyrand, et la discussion fut très vive. Le lendemain, M. Pasquier, qui était alors auditeur ou maître des requêtes au Con-
seil d'Etat, lui parla de cette grande affaire dont toute
la ville s'occupait déjà. « Vous êtes Jeune, mon ami, mais vous êtes discret, je puis donc vous dire ceci. On perd souvent son procès quand on ne peut pas se servir d’un argument qui en assurerait le triomphe. Je connais l’empereur aussi bien, j'ose le dire, que pas un de mes collègues. Je ne pouvais pas dire hier, en plein conseil, les motifs de mon opposition au mariage au-
trichien. J'ai presque forcé la porte du cabinet de
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