‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 19 sur 170 · BOSSUET — G, NADAUD · texte numérisé non relu

BOSSUET — G, NADAUD

sa cathédrale, en plaçant contre un mur la pierre tumulaire qui recouvrait le corps du prélat. En 1793, les profanateurs enlevèrent cette pierre, Éreusèrent le mur dans l'espoir d'y découvrir les restes de Bossuet; mais ils ne pouvaient rien trouver,et, grâce à ce changement de lieux, ces ossements furent conservés. Aujourd’hui le cercueil est retrouvé intact, on va lui rendre de nouveaux honneurs. Je tiens de bonne source ces détails sur la vie privée de Bossuet; je crois qu’ils sont intéressants.

7 juillet 1851.

En fait de gaieté, j'en ai pris l’autre jour une bonne dose. Les occasions sont belles quelquefois; j'en ai saisi une et Je m'en suis bien trouvé. La grande bohème littéraire tenait une de ses assises à Chatou; la tente était fournie par Lireux, du Constitutionnel; la table, par Emile Augier. Nous avions pour théâtre de nos ébats l'ile de Cressy ou de Croissy, en face de Marly, propriété du vieux feu d’Aligre; joignez à ce cadre une douzaine d'amateurs, comme M. Ponsard le tragique, M. Latour de Saint-Ybars le comique, et puis des rapins romantiques, des musiciens incompris et quelques Journalistes comme J. Janin, et vous penserez peut-être que ce troupeau d'Epicure devait mener joyeusement une belle journée de juillet. Ainsi fut fait, et jamais Je n'ai vu pareil sabbat littéraire. Le dîner à 5 francs par tête avait pour assaisonnement plus d’esprit qu'on n'en a dépensé chez tous les financiers depuis la banque de Law jusqu'à ce jour, en y comprenant les quatre frères Rothschild. Il s’est trouvé parmi cette bande de fous un poète nommé Nadaud (ne pas confondre avec le maçon de la Nièvre), et ce poète fait des vers qu'il orne de musique singulière. Il chante le tout avec un talent merveilleux. Ce n’est pas la chanson de

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Désaugiers, ni celle de Béranger; c'est un nouveau genre, quelque chose d'original, tantôt gai, tantôt sentimental; une ode d'Horace, une élégie de Tibulle, un vaudeville satirique; puis des chansons d'amour, puis des gaudrioles piquantes, le tout rehaussé d'airs gracieux, d’accents partant du cœur, et dit avec un entrain surprenant. C'était une bonne fortune telle que je n'en ai pas eu de semblable depuis longtemps. Il y avait parmi nous des beautés légères et ce diner de garçons de plusieurs sexes a prouvé que la gaieté française n'était pas perdue. Ah! que l'on a raison de rire et que les bouffées de folle joie sont une énergique protestation contre ces tristes fabricants de révolutions qui voudraient nous enterrer ! Il y avait là parmi nous quelques barbes rouges, mais nous n'en avons pas moins abîmé la république. Notre conclusion a été que la France est à celui qui la tient aujourd'hui. Possession vaut titre, suivant le vieux dicton.

15 juillet 1851.

M. de Sainte-Aulaire me disait l’autre jour ceci : « J'étais chargé d’affaires à Vienne, quand M. Thiers est venu visiter le champ de bataille de Wagram. Connaissant bien le pays, la langue et beaucoup de vieux officiers présents à la bataille, j'ai cru lui rendre service en allant tout de suite à son auberge, me mettre à sa disposition et lui offrir de le conduire à Wagram avec quelques personnes qui lui rapporteraient, comme témoins oculaires, toutes les circonstances de la bataille; 1l m'a fort remercié, mais laissé entendre qu'il savait la bataille bien mieux que tous ceux qui y étaient, et qu'il n'avait pas besoin qu'on lui apprit rien du tout; 1l a seulement accepté mes services pour le mener sur les lieux, dans ma voiture. Nous sommes partis à neuf heures du matin, rentrés à neuf heures du

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