JOURNAL DE NE MÉNIÈRE
jour le touchant accord qui règne dans ces hautes sphères, le pauvre candidat s'est lancé dans cette vaste carrière de coups de sonnette, de salutations, de compliments et de grimaces, et voici les nouvelles notes recueillies à la hâte dans ces pérégrinations littéraires.
M. Patin. Cet immortel a une portière féroce. « Moneur Patin, sal vous plait —Ilmy est pas! (D'une voix de mégère qui a une rage de dents.) —— Pourrais-Je parler à son valet de chambre? — Il n’en a pas,ilnen a jamais eu! (La voix a haussé de deux tons et a pris la tournure d’une scie que l’on aiguise.) — Trois visites de ce genre ont amené le même résultat. À la quatrième séance, la vieille dit, vaincue par la douceur sereine du visiteur : «Vous n’avez pas de chance. Vous avez donc quelque chose à lui dire?» Cela n'est-il pas superbe, profond? On croit généralement que cette vénérable harpie a été gagnée par M. de Musset, à l’aide de quelque rogomme perfectionné.
M. Baour-Lormian. Cet autre immortel, qui habite les Batignolles, est impotent, aveugle et sourd. Le visiteur, admis en présence de cette relique, a joué aux propos discordants pendant un quart d'heure : «J'ai lu votre livre! — Merci, ça va mieux! — Les bardes vous attendent sur le palais flottant des nuages! — Vous avez bien raison, l'hiver est rude aux catarrheux, mais je vais aller en Provence!» Et ainsi de suite, jusqu'à ce que la gouvernante intervienne, une tasse de tisane à la main.
Le copostulant Ponsard a eu du malheur. Il est arrivé l’autre jour chez un des plus jeunes immortels, à l'instant où celui-ci, torturé par une indigestion, venait d’absorber un remède lénitif, carminatif et huileux, de ceux que ce pauvre Argant trouvait si chers sur la note de M. Diafoirus. L’académicien, se tenant serré dans sa robe de chambre, a sub1 des éclaircissements synthétiques et analytiques sur les trois tragédies du