‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 25 sur 170 · CR RS · texte numérisé non relu

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SOHRALONIS-PHILLIPEE = M .MON'TEFE 27

8 ‘évrier 1852.

Jeudi dernier, J'ai diné chez M. le chancelier. Je suis heureux de recevoir ses confidences, ses appréciations, et cependant il y en a de désolantes. Par exemple «Le roi Louis-Philippe eût certainement songé à défendre son trône, s’il n'avait craint par là, en cas d'insuccès, de ruiner sa famille. C’est le sentiment de la propriété qui l’a retenu; c’est le père et le mari qui ont agi dans l'intérêt de la femme et des enfants, et non le roi qui met l'Etat avant tout. Les vertus privées deviennent des crimes en politique, un roi ne doit pas avoir d’entrailles; or, comme ils en ont tous plus ou moins, ils ne valent jamais rien.

M. le chancelier, à propos du duc d'Enghien dont la mort a été un remords pour Napoléon jusqu’à ses derniers instants, dit-on, m'a assuré avoir lu dans le testament authentique de l'Empereur un article qui na jamais été rendu public, et dans lequel le héros affirme que le jugement était légal et qu’il n’y avait pas à balancer. Croyez donc aux sentiments que l’on prête à ces personnages qui sont inexorables comme le destin! L'histoire vraie donne toujours des démentis à l’histoire vraisemblable. Les hommes sont méchants et ne veulent pas que leur portrait ressemblant arrive à la postérité vengeresse.

20 février 1852.

M. Monteil disait, l’autre jour, dans un article de a Revue des Deux Mondes : «Le pauvre M. de Rambuteau... étranger à ce genre de littérature. » C'est bien à tous les genres qu’il l'était. Peu de temps avant la Révolution, il faisait des visites avec sa femme et laissait des cartes auxquelles il ajoutait de sa main : Venus moi-même. Pour entrer au Conseil d'Etat, on lui

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avait pourtant fait subir un examen qui consistait à écrire sans faute le mot c/o. On prétend qu'il a mus sitron, mais Je n’en crois rien. Au surplus, cela prouve que l’on peut être honnête homme, habile administrateur même, sans savoir l'orthographe, car M. de Rambuteau fut un préfet des plus remarquables.

1" mars 1852.

Le fameux bal n° 2 des Tuileries séra probablement le dernier. Il y a eu, en effet, entre deux ofhciers allemands, Badois et Wurtembourgeois, dit-on, et assurément non-Français, une dispute assez vive qui se termina par une carte donnée courtoisement à un des personnages. L'autre n'ayant pas donné la sienne, il en résulta un surcroît d'explication à la suite de laquelle le Badois saisit son partenaire par le milieu du corps et le Jeta à plat sur le parquet. Cela se passait au commencement de la grande galerie. Depuis, les deux officiers se sont rencontrés l'épée à la main; l’un d'eux a été blessé et cela s’est terminé ainsi. Les journaux élyséens ont dit quelques mots de cette affaire. En somme, ces bals sont finis et il ne paraît pas que le Prince en donne d’autres, d'autant plus que deux femmes un peu trop connues, Mlle Sarah, la sœur de Rachel, et une autre princesse de même calibre, ont honoré cette fête de leur présence Au prochain, Mile Ozy, Mile Doche et Frisette se sont fait inscrire. Mabille et la Chaumière se croient déjà ruinés. Fatale concurrence ! La princesse X... et miss Howard ont déclaré qu’elles se croiraient déshonorées si ce monde était reçu. Voici, à ce propos, une petite histoire que je tiens de M. de Sainte-Aulaire :

« Je me rappelle qu’un jour, à Rome, chez mon père, à un bal, on est venu m’avertir qu'il y avait un grec à

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