‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 3 sur 170 · MEMBRE CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

MEMBRE CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

Par une bonne fortune qui n'est pas toujours dispensée au biographe et que je dois à la confiance dont a bien voulu m'honorer M. le D' Ménière fils (1), J'ai possédé en main les manuscrits et toute la correspondance de M. le D' Ménière père, et, muni de ces précieuses sources d'information, J'ai pu me former un

Jugement sur les pièces mêmes.

(1) M. le D' Émile Ménière continue, avec distinction, la tradition paternelle. Rentré depuis quatre ans à l’Institution des Sourds- Muets au titre de chirurgien en chef de la Clinique Otologique, il est l’auteur de nombreux et remarquables mémoires scientifiques ayant trait à la spécialité qu’il a prise de son père. C’est à sa piété filiale qu'a été eommis le soin de publier le journal que M. Ménière père avait dressé de la Captivité de la duchesse de Berry. Ajoutons que le portrait de Ménière par Bodinier d'Angers a été donné à la

Faculté de médecine par son fils.

Il JOURNAL DU D' PROSPER MÉNIÈRE

Tout de suite, j'ai été captivé. M. le D° Ménière

1 PA L L ê père n'est pas seulement le grand spécialiste que chacun sait : la maladie de l'oreille à laquelle 1il a laissé son nom lui constitue certes un titre de gloire. Mais

il] vaut encore par bien d'autres marques. Avant tout,

il est une nature supérieure, et il est rare que la supériorité d'un homme, quand elle est réelle comme la sienne, ne se traduise que par la mise en valeur d'une seule aptitude. Un esprit élevé est propre à de nombreuses besognes; il se consacre plus particulièrement à l’une d'elles, il ne consent pas à s'y restreindre, à s'y claquemurer. C'est un besoin instinctif qui le pousse à s'étendre, à satisfaire sa curiosité et son avidité d’inconnu, à retirer de ses incursions incessantes en dehors de ses préoccupations professionnelles une somme quotidienne et renouvelée d’impressions dont la variété entretient la fraîcheur. La lassitude ne se produit pas; fatigué, l'esprit se porte d’un autre côté, et la distraction qu'il retire de ces changements de

direction apporte la détente, le maintient en haleine,

le ramène plus dispos et naturellement préparé à la tâche qu’un peu de pesanteur et d’ennui lui avait fait tout d’abord abandonner. M. Ménière était une de ces intelligences qui ne connaissent le repos que dans le travail; praticien recherché, opérateur habile, avec cela botaniste réputé, il passait sans effort, et par le jeu naturel de ses facultés diverses et toujours éveil-

lées, de la science aux lettres, à la poésie, à l’histoire,

à l'étude de la littérature médicale et de l'antiquité. Il extrayait les connaissances médicales éparses dans les œuvres des poètes et prosateurs latins, et ces amis de jeunesse dont une culture littéraire approfondie n'avait fait que lui développer l'attrait et le charme, il y revenait, sa vie durant, comme à la source jaillissante où se retrempe le sens du goût, la fleur d'urba-

nité, ce tact de la pondération, de la mesure, de la.

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