‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 4 sur 170 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

nuance, tout cet ensemble de qualités délicates et élégantes qu'il possédait à un degré exquis et auxquelles est attribué le nom d'atticisme. Et puis à côté de cet affinement littéraire et artistique et outre ses talents d'homme de science et son adresse de spécialiste, que d'ouvertures encore par où se donnait issue et se révélait la noblesse de son âme!

Les lecteurs de la Revue hebdomadaire ont eu la primeur de cette correspondance dont M. Ménière fils veut bien livrer aujourd’hui le volume au public. Dans cette suite de lettres on verra se profiler, avec une remarquable intensité de vie, la société aristocratique du milieu du second Empire. Les hauts personnages du temps y sont dessinés d’un trait ferme et qui met en relief les signes essentiels. L'éloge est amène, généreux, la critique discrète et souriante. À l'égard des siens, c’est une effusion émue, une douceur et bonté de nature, un attachement qui part du cœur. On sent l’homme bienveillant et le père tendre. Sa morale est ferme; il ne badine pas sur la droiture, mais ne tombe pas dans l’austérité raide et anguleuse. On ne le voit pas froncer le sourcil. Des voiles d’indulgence drapent à ses yeux les misères humaines, et vis-à-vis des grandes infortunes, il trouve les paroles qui consolent. À parcourir ces pages, on regrette de ne pas en avoir connu l’auteur. Quel plaisir à le fréquenter et comme son intimité devait être chère!

En 1855, M. Ménière père dut aller à Genève.

C'était le 23 décembre. Il gelait à pierre fendre. De passage à Nantua, en face des monts couverts de neige et qui encerclaient l'horizon de leurs cimes blanches, M. Ménière frissonna. «J'ai trouvé la Sibérie,» s’écrie-t-1l.

Combien J'aurais été heureux, moi qui ai habité ce pays, de recueillir le voyageur transi et de lui faire oublier la détresse du dehors dans la chaleur de mon

coin de feu! Hélas! il y a de cela près de cinquante ans. L'homme que j'eusse aimé à recevoir n'est plus Jà et moi-même je n'étais pas né. Que d’impossibilités semblables dans la suite des âges et combien en rencontre-t-on, de ces esprits dont le dernier venu est attiré vers celui qui l’a précédé, alors que des années l'en séparent et parfois des siècles!

Né à Angers le 18 juin 1709, d’une famille de petits commerçants et le troisième de quatre enfants, Prosper Ménière fit ses classes au lycée de sa ville natale et y commença ses études de médecine. Condisciple à ses débuts de Bérard et d’'Ollivier, il se rendit à Paris en 1810 et, sa troisième année de cours terminée, immédiatement externe des hôpitaux et, sur cette première marche, nouant connaissance avec Ricord, son colièoue d’externat, et établissant les fondements d'une amitié partagée que scella le temps et qui ne se démentit pas; interne en 1823, médaille d’or en 1826, on le voit, en 1828, reçu docteur, suivre en qualité d'aide de clinique les visites quotidiennes de Dupuytren à l’'Hôtel-Dieu.

Eclatent les troubles de Juillet. M. Ménière reste à son poste à l’hôpital, à côté de son Maître. Il soigne les blessés, dont ilen entre à l'Hôtel-Dieu jusqu'à deux cent quatre dans la journée du 20, et dont le chiffre total atteint environ deux mille, reçus au cours de l'émeute, dans les différents hôpitaux de Paris. De ces Journées de fièvre et de sang, il consigne la relation médicale dans un récit animé : L’Hôtel-Dieu de Paris en juillet et août 18 30.

Au sortir de cette époque troublée, le soleil se montre sur l’horizon et la carrière de M. Ménière se iessine dans sa note riante. À peine quelques heures d'angoisse lorsque Orfila, chez qui notre Jeune homme avait trouvé un accueil, que les attaches angevines du

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