M DE SAINTE-AULAIRE — M. DE RÉMUSAT
autrefois Mme L..., que j'aurais condamnée sans hésiter, rien qu'à regarder sa figure. On me l’a montrée hier; c'est une assez belle personne, mais qui a du poison dans les yeux et un crie sur le front. Elle a trouvé un second mari, encouragé probablement par l'idée qu'on n’empoisonne pas deux fois son mari. Elle est, à ce qu'il paraît, fort riche, grâce à son crime. Mon Dieu! qu'est-ce qui doit se passer dans cette tête, si vraiment elle est coupable, et qu'est-ce qui sy passera au moment où elle sera sur le point de mourir ellemême ? — Quand M. de Sainte-Aulaire était ambassadeur à Rome, il demandait un Jour directement au pape des dispenses pour un de ses amis qui voulait épouser sa belle-sœur. « Ce sont, lui dit Grégoire XVI, des dispenses que j'accorde le moins volontiers, et si vous pouviez entrer dans les archives de la Grande Pénitencerie, vous n’auriez pas de peine à comprendre que J'ai raison!» Quelles découvertes on ferait sur les mystères du cœur humain et sur son histoire, en fouillant ces archives!
24 juillet 1852.
« J'ai trouvé, me disait M. de Sainte-Aulaire, le temps “e Hre le” dermer numéro de la Revxe des Deux Mondes. Les amours de Cousin pour la duchesse de Longueville sont vraiment trop plaisantes. On voit qu'il parle galanterie comme M. Thiers batailles; 1l a appris la théorie dans de bons livres, et la pratique avec une chambrière. Quelle figure ferait la pauvre duchesse, si elle pouvait lire cette espèce de déclaration? Il y a dans le même numéro un grand article de M. de Rémusat sur Walpole. Ce qui m'en a paru curieux, c'est qu'il a évidemment voulu se peindre luimême sous le nom du personnage dont il écrivait la biographie. C'est de lui que M. Guizot a dit : «C’est un
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«amateur d'une jolie force en tout genre.» Il applique à Walpole ce mot qui lui va à merveille. Je n'ai jamais rencontré personne ayant plus d'esprit que M. de Rémusat, et prouvant mieux combien l'esprit tout seul est insuffisant pour plaire; c'est une espèce d'Abélard intellectuel, qui n'a jamais pu ni se faire prendre, ni se prendre lui-même au sérieux, touchant à tout, mais incapable de rien faire, et ne sachant que juger et blâmer. Voilà pourtant les hommes d'Etat dont le nouveau régime nous a délivrés. S'il ny avait pas autre chose à lui reprocher, j'avoue que je lui donnerais l'absolution de grand cœur.» |
«On mécrit que le mariage du Président avec la petite princesse Wasa est probable, et que l'empire suivra le mariage. J'ai connu à Vienne cette princesse qui était alors une jolie enfant. Le mariage me paraît convenable; entre autres avantages, il pourra, au besoin, un Jour, servir de prétexte à quelque expédition de Strasbourg, en Suède; car le prince Wasa est le Charles X de ce pays-là, et se fait traiter à Vienne comme un roi légitime dépossédé par un usurpateur. Ce serait curieux de voir notre Président revendiquer sa légitimité en Suède.»
27 juillet 1852.
Vous avez vu la mort accidentelle de ce pauvre maréchal Exelmans. Il a tenu à donner une preuve nouvelle de l’assertion de Mme Du Deffant, qui prétendait que l'on ne mourait que de bêtise. À soixante-dix-huit ans, monter à cheval la nuit, c'est folie, d'autant plus que personne ne pouvait le voir et l'admirer. Dans une revue, passe encore, 1l y a des spectateursen foule; mais sur une grande route... À quoi bon? Mme Du Deffant attrapa une fluxion de poitrine en suivant une procession de jubilé en hiver, en dépit de son grand âge.