‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 32 sur 170 · FORMES TABMIN — VICTOR, HUGO · texte numérisé non relu

FORMES TABMIN — VICTOR, HUGO

«Qu'allais-je faire là? disait-elle. Combien j'avais raison ! on ne meurt que de bêtise!»

J. Janin a vu à Bruxelles Victor Hugo et quelques autres exilés politiques. Ils sont misérables, personne ne s'occupe d'eux et tout semble leur promettre un triste avenir. Le pamphlet du poète est terminé; 1l est intitulé Napoléon le Petit. Il a beaucoup de fel et l’on prépare de plus un gros volume sur le crime du Deux Décembre. Le code Hugo n’est pas celui de la France; ces coups de plume auront peu d'éclat et moins encore de résultat. Fureurs impuissantes de quelques ambitieux désappointés, écume qui tache le sol sur lequel a passé le torrent. Je ne saurais vous dire combien Je me sens dépourvu de sympathie pour ces hommes qui ont eu si peu de bon sens dans la prospérité et que Je trouve si peu dignes dans le malheur.

13 août 1852.

«On m'écrit que le mariage Wasa est tombé dans l’eau. Il est à craindre que notre Président ne soit condamné à mourir vierge; il paraît que ce n'est pas par son fait que la chose a manqué. On parle cependant de la princesse de Baden, mais je ne la connais pas. Toutefois, je doute que le Président se décide à une alliance protestante, qui lui ferait perdre les sympathies du clergé; car il les a; c’est même un fait que je m'exphque difficilement, je l'avoue, mais qui est incontestable. Un bon ecclésiastique, de beaucoup d'esprit, avec qui je causais intimement l’autre jour, me disait : «Nous «aimons mieux celui-ci que les d'Orléans!» Et cependant les habitudes de l’ancienne famille royale étaient bien autrement régulières et morales que celles du chef actuel de l'Etat.»

40 JOURNAL DU D' P, MÊÉNIÈRE

Août 1852.

M. de Sainte-Aulaire est un diplomate de la vieille école, qui rarement se départ du sérieux professionnel. Il lui est arrivé cependant l'autre jour de raconter, chez M. Je chancelier, l'histoire d'une grande dame 1rlandaise venue en France pour sa santé. Cette dame n'avait pas d'enfant, ce qui la mettait au désespoir. Elle avait suivi les traitements les plus divers, consulté les plus habiles médecins. Un Jour, dans les environs de Trouville, elle rencontre une paysanne entourée de

‘sept ou huit mioches superbes, bien gras et bien roses.

« Ils sont à vous, ces enfants, madame? — Oui, répond la paysanne. — Mon Dieu! dites-moi donc comment vous avez fait pour les avoir si nombreux et si beaux ! »

Et l'autre de répondre : «Ma foi, c'est probablement parce que Je mange beaucoup de pommes de terre. — Eh bien, envoyez-moi donc de vos pommes de terre, dit la dame. — Oh! volontiers, rien de plus facile. Et même, ajouta la Normande narquoise, pour que l'effet soit plus sûr, je prierai mon mari de vous les porter lui-même. »

Septembre 1852.

J'aime assez la doctrine des malheurs heureux. Que de fois dans la vie n’a-t-on pas l'occasion de constater qu'un événement regardé comme une calamité affreuse s'est transformé en une chance exquise! Combien ne s'est-on pas félicité d'avoir éprouvé un refus, alors que ce refus nous avait semblé le comble de l'injustice! Par exemple, l’autre jour, dans un voyage à Bordeaux, je me suis vu refuser la porte de l'église de Saint-Seurin assez brutalement. Si j'avais visité la fameuse crypte, il est très vraisemblable que j'aurais été privé de la rencontre que Je his et que Je vais raconter.

Page 1