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DE SACY

vestre. Le nom ajouté et qui a fini par prévaloir n’est que l’anagramme de celui d’Isaac, prénom d’un des aieuls. Il faut dire ici que le fameux traducteur de la Bible, un des principaux solitaires de Port-Royal, bien que portant exactement le même nom, n'est pas parent des de Sacy actuels. Cette similitude de nom a donné leu aux plus étranges quiproquos; il y a des gens qui, aujourd’hui encore, croient que M. de Sacy du Journal des Débats est l’auteur de cette traduction classique des livres saints publiée il y a deux cents ans.

Tous les mâles de la famille Sylvestre portent des prénoms hébreux; Abraham, Isaac et Jacob sont les plus ordinaires. Bien qu’anciens chrétiens, et des plus pratiquants, ces messieurs adoptent cette croyance que le temps viendra où la nation juive se convertira et redeviendra le peuple chéri de Dieu. C’est pour cela que MM. de Sacy prennent ces noms glorieux de l'Ancien Testament.

Mme de Sacy, la mère, était une sainte femme, mais elle payait son tribut à la pauvre humanité par deux faiblesses : l'amour des porcelaines et des gaillardises.

Elle possédait un grand nombre de tasses et de soucoupes, de petits sucriers et autres vases de la plus merveilleuse exécution. Après sa mort, son mari, ce vénérable savant, si rigide et si froid en apparence, achetait sous main de petits chefs-d'œuvre de ce genre et venait les déposer pieusement dans la chambre de la dame. Sorte de culte tacite envers le souvenir de sa compagne défunte. L'autre goût singulier, c'était d'écouter avec des rires infinis les gaudrioles et les étranges histoires de théâtre que lui racontait J. Janin ou un de ses gendres, ancien colonel. Ce langage décolleté la ravissait en Joie; elle avait une bizarre curiosité pour ces méfaits à elle inconnus; elle n'avait de sa vie mis le pied dans une salle de spectacle, mais elle s'amusait à entendre sur ces lieux des bavardages sem-

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blables, pour elle, aux récits d’un voyageur revenant de Tombouctou. Par un hasard singulier, j'ai veillé cette respectable dame pendant sa dernière nuit. Son petit-fils, le D' Domère, mon ami, fatigué de ces soins, vint me prier de le remplacer auprès de la mourante. C'était, si je ne me trompe, en 1836. Après bien des soins inutiles, la pauvre dame allait expirer. Le jour commençait à poindre; je vis s'ouvrir une petite porte dans le fond de l’alcôve; un vieillard se présenta, m'adressa un salut, se pencha sur l’agonisante, baisa son front, se mit à genoux et murmura une prière; puis 1l disparut par où il était venu. J’ai rappelé cette scène funèbre à M. de Sacy. Son père a succombé à une attaque d’apoplexie qui le frappa en descendant le grand escalier de la Chambre des pairs.

M. de Sacy a été très longtemps chargé de rendre compte dans les Débats des séances de la Chambre des députés. C'était un rude travail, exigeant à la fois une assiduité constante, une fermeté de jugement et le talent d'écrire haut la main des articles qui devaient avoir la plus grande influence sur l'esprit public. Personne n’a mieux accompli cette tâche des plus délicates.

Jusqu'en 1848, M. de Sacy a fait de la politique conservatrice au bénéfice du gouvernement constitutionnel. Il était compté comme un des plus fermes appuis de la royauté de Louis-Philippe et du ministère Guizot. Depuis cette époque, et surtout depuis l’avènement de l'Empire, la restriction apportée à la liberté de la presse a modifié profondément son action habituelle sur les affaires publiques; il a changé d’allures : il s’occupe de l’analyse critique des bons livres, il fait dans la littérature ce qu'il faisait dans le gouvernement; il est voué à la conservätion des bonnes doctrines, de la morale, des saines traditions. Son rôle est un vrai apostolat. Il combat l’exagération des ultramontains, il

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