‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 46 sur 170 · MARQUIS DE FAVRAS · texte numérisé non relu

MARQUIS DE FAVRAS

convives, employé au ministère de la justice, nous raconte qu'appartenant dans ce ministère à la division des grâces, 1l a eu l’occasion de voir tous les dossiers des gens condamnés à mort. Le roi Louis-Philippe a très souvent usé de son droit de grâce ou de commutation de peines. Il examinait attentivement toutes les pièces, les annotait de sa main, et souvent, dans ce travail, 1l a montré non seulement un esprit de charité des plus vifs, mais encore une sagesse merveilleuse, appreciant les actes, leurs intentions, leur moralité; indiquant les excuses, les circonstances atténuantes; modérateur suprême des rigueurs légales, cœur généreux, compatissant aux misères, aux faiblesses de l'humanité, toujours prêt à pardonner, surtout quand :il était personnellement en Jeu.

Jamais homme n’a porté plus loin ce sentiment d'indulgence; et s’il était permis d’argumenter ainsi, si les procédés habituels d'un homme pouvaient être appréciés à ce point de vue, on pourrait dire que le roi avait bien souvent failli, puisqu'il était si indulgent pour autru; 1} devait sentir le besoin du pardon, lui qui l'accordait si aisément aux autres; 1l avait donc beaucoup à se reprocher, puisque les criminels étaient à ses yeux s1 facilement excusables.

Le succès de la première lecture a engagé M. le chancelier à en tenter une seconde. Il a tiré de son portefeuille un autre morceau intitulé : a Vérité sur l'affaire du marquis de Favras. Voici ce dont il s'agit. Au commencement de la grande Révolution, un gentilhomme du nom de Favras fut pendu sur la place de Grève pour avoir comploté contre la sûreté de l'Etat. Il voulait délivrer Louis XVI alors prisonnier. Il avait, dans ce but, enrôlé un certain nombre de volontaires destinés à composer une sorte de légion, pour sauver

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le roi et la monarchie. Cette organisation avait dû se faire avec l’assentiment de Monsieur, frère du roi (depuis Louis XVIII); mais celui-ci, au dire de M. Droz, de l’Académie française, aurait nié toute participation à cet acte et aurait ainsi abandonné son agent à la rigueur de la loi.

Il y a eu à ce sujet plus d’une polémique ardente de 1815 à 1820, et c'est pour éclairer cette affaire que M. le chancelier a écrit un chapitre d'histoire rétrospective. Ce travail a été lu par l’ancien secrétaire, qui s’en est fort bien acquitté. M. Pasquier dit à peu près ce qui suit : «Il y avait à Paris, en 1787, un gentilhomme nommé de Favras, sans fortune, ambitieux, remuant, une sorte de chevalier d'industrie, en quête des moyens de se faire une position. À cette époque, 1l avait été question de transférer l’'Hôtel-Dieu à l’île des Cygnes, vers le Gros-Caillou. Cette mesure était l’objet de vives controverses. Le marquis de Favras avait chaudement épousé ce projet, il en parlait sans cesse, et, comme l’édit qui devait ordonner cette mesure devait être enregistré au Parlement, notre homme visitait tous les membres de ce corps judiciaire. Il vint quelquefois chez mon père, dit M. le chancelier; je me rappelle avoir dîné à côté de lui, et quand le repas était fini, 1l étalait sur une table du salon des plans du nouvel édifice, exposant avec beaucoup de chaleur les avantages qui devaient en résulter suivant lui. Ces visites le mirent en relation avec des hommes influents, et comme la Révolution, qui éclata bientôt, anéantit ce grand projet de l’Hôtel-Dieu, le marquis de Favras dut songer à autre chose. Le roi Louis XVI, contraint de venir habiter les Tuileries, tomba bientôt entre les mains de ses mortels ennemis. Les gens un peu clairvoyants apercevaient sans peine la fatale issue de ces violences démagogiques.

Le marquis de Favras, très ardent royaliste, conçut

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